LA SAVOIE 1T LA SUISSE
el de Laboulaye, ayant auprès d'elle une. nièce belle et aimable, la D"° de Cernay, dont le mariage s'arrange avec un seigneur piéraontais; le comte d'Apchon, chevalier des ordres, homme vertueux, voué à la bonne cause, mais infirme ; l'évfique de Saint-Pons, le baron de Chalabre, et leur soeur, M" de Badens, dont l'époux était député et membre du coté droit ; M. et M"* de Mon tchal ; la comtesse de Lusignem el sou époux, lieutenant-général, royaliste prononcé, mais goutteux et infirme. Le comte de Lusignem a le malheur d'être père du marquis de Lusignem, député de la noblesse de Paris et colonel du régiment de Flandre, dont la conduite a été des plua coupables. Il s'est montré pour le parti de la Révolution dès le commencement. Il intrigua pour être élu député. Cousin germain de La Fayette et lié avec tous les principaux chefs de la Révolution, il a été de la minorité de la noblesse et a passé au tiers avec elle et siégé constamment au coté gauche. Le régiment de Flandre, dont il était colonel, se trouvant à Versailles, le 5 octobre 1789, il ne se contenta pas d'affecter de n'y pas paraître à cause de son caractère de député : il employa tout son crédit pour réduire ses soldats et les exciter à l'insurrection. Le comte de Lusignem aime beaucoup l'argent et depuis longtemps est connu pour agioteur. Tous ses fonds sont dans la banque, il craint la banqueroute; l'intérêt l'a rendu démocrate. Il a été fortifié dans ces principes par la marquise de Oontaut, avec laquelle il est très lié. Au surplus, il opine à l'Assemblée toujours selon les désirs des constitutionnels mais il n'y a pas encore parlé. Oui ou non, assis ou levé, voilà toute sou éloquence.
Sont aussi à Chambéry : la comtesse de Riccé et sa fille, cbanoinesse de Neuville, dont le mariage parait aussi s'arranger avec un Piémontais (la comtesse de Riccé est mère du comte de Riccé, démocrate au service des révolutionnaires) ; la comtesse de la Tour d'Auvergne et ses enfants; M. et M** de Sonville; M. et M™* de Médavy; M. et MM de Sennevoy ; MM. de Bosredou; le bailli de Villefrancbe, grand prieur de S'-Gilies; l'abbé de Vermont; M™ d'Amas et Mme de Rochetaillé, dont le mari a été massacré à Saint-Etienne ; M"* de Chousy et M"* de
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Chamailles, sa fille; MM""* de Fargues, de Bcsse, de Verdonnet, de Bussy, de Valins, de Courtivron, de Mercy, de La Porte, d'Agoult, de Baronnat, de La Baume, Delaubrière, etc., etc.
Je retrouve ici avec plaisir une aimable et jolie Piemootaise, la comtesse Roero de Monticello, que j'avais beaucoup vue à Turin. Elle est venue passer l'été avec son mari, capitaine dans le régiment de Savoie cavalerie, présentement en garnison ici. Cette dame, que je n'avais pu voir que rarement chez elle à Turin, nous reçoit ici tous les jours et même nous donne plusieurs fois à dîner. Je loue un appartement pour deux louis par mois, pour moi et mon fils, et nous nous arrangeons pour manger à un «eu par tête, avec une compagnie habituelle dont est le président d'Ornacieux, de Grenoble, vieillard octogénaire très aimable, qui a été forcé de quitter sa terre, où il n'avait fait que du bien à ses habitants.
La ville de Chambéry est la capitale de la Savoie. Elle est intérieurement effroyable et les maisons en sont mal bâties. Le roi de Sardaigne y tient toujours une garnison. Il y a un évêque, un gouverneur, une cour souveraine. La ville est assez bien habitée et il y a beaucoup de noblesse, mais la société française est si nombreuse depuis un an que l'on n'entend presque pas parler des dames du pays dont les fortunes sont généralement très médiocres. D'ailleurs on y a reçu peu de prévenances et on s'en est aisément consolé. L'hiver a été très gai parmi nos compatriotes, qui ont beaucoup vécu ensemble, ayant alternativement des assemblées très agréables, jeux, danses et rafraîchissements. Les environs de Chambéry sont très pittoresques et offrent des promenades charmantes. Les endroits les plus intéressants sont la cascade du bout du monde, celles de S'-Jean-de-Cour et de la Pcisse, le lac du Bourget, l'abbaye d'Hautecombe, les eaux d'Aix et quelques maisons de campagne, telle que les Marches, etc.
Avril 1791. — Du 1" au 30. — Je mène une vie très douce à Chambéry et je m'y plais infiniment. Aux agréments de la société on joint celui d'être beaucoup mieux instruit des nouvelles de l'intérieur de la France. Le courrier arrive
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