LA SAVOIE KT LA COIÏSE
jour il afficha une impudence dont on ne peut se faire d'idée, ayant l'air de braver te Roi, ses ministres et toute la cour. II devint le chef du parti révolutionnaire, se lia avec le duc d'Orléans, dont il était le guide dans ses atroces manœuvres, et conduisit l'Assemblée tant qu'il vécut. 11 avait voué une haine implacable a Neeker et finit, en effet, par le perdre et par le culbuter. Son caractère se déployant tout entier, il manifesta les plus grands talents et les connaissances les plus profondes dans tous les genres d'administration et les moyens les plus étendus pour jouer le premier râle dans une Révolution. Personne, à l'exception de l'abbé Maury, n'a montré une plus solide éloquence, surtout lorsqu'il avait préparé son discours. C'est assurément le plus grand caractère, et l'on pourrait dire le seul, qu'ait produit jusqu'à présent la Révolution. Avide d'or et d'honneur, Mirabeau eût été facilement gagné par le gouvernement au commencement de la Révolution. On le dédaigna alors et depuis on s'y est pris trop tard. II paraît que c'est le comte Auguste de La Marck d'Ârenberg, député du Quesnoy, qui, pour chercher à réparer sa détestable conduite, s'était chargé de cette négociation et avait, dit-on, réussi. Il parait qu'il a été empoisonné par les jacobins. On dit que, dans une des fréquentes orgies dans lesquelles Mirabeau se livrait à tous les excès de la débauche, la dame Coulon, danseuse de l'Opéra, vendue au triumvirat Duport, Alex. Lameth et Barnave, se chargea de cette horrible commission. H est certain que, peu de jours avant de tomber malade, Mirabeau s'était élevé avec force cootro les trois scélérats que je viens de nommer. Quoi qu'il en soit, pendant la maladie qui vient de conduire au tombeau ce célèbre et atroce révolutionnaire, l'Assemblée a paru y prendre le plus grand intérêt. Le Roi lui-même, soit faiblesse, soit politique, a envoyé publiquement prendre de ses nouvelles. La garde nationale a été employée à veiller à la tranquillité du quartier qu'il habitait. Après sa mort, il a été ouvert, en présence du peuple, pour constater qu'il n'a pas été empoisonné. On lui a rendu des honneurs divins. Son corps doit être placé au Panthéon. Un deuil de huit jours est ordonné pour toute la France. Il n'y a pas une petite ville du royaume
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qui croie pouvoir se dispenser de lui rendre les honneurs funèbres. Son buste se trouve partout ainsi que son image. On assure qu'on avait promis à Mirabeau l'ambassade de Constantinople et une grosse somme d'argent pour embrasser le parti du Roi. Il a laissé une fortune considérable, fruit de ses rapines depuis deux ans qu'il est un des principaux agents des affaires de France. Le ci-devant évèque d'Autun a pris le soin de l'assister dans ses derniers moments et a eu une part considérable des legs . Son exécuteur testamentaire est le comte Auguste de LaMarck.
Le comte de laHarck est frère cadet du duc d'Arenberg. Il est maréchal de camp au service de France et colonel propriétaire d'un régiment d'infanterie. Au commencement des États Généraux, il était du nombre de la majorité de la noblesse et ne passa au tiers qu'avec la totalité de la chambre, mais sa liaison intime avec le vicomte de Noailles et avec plusieurs autres principaux chefs du parti démocrate le décida à se ranger du côté des scélérats, peu de temps après la réunion des ordres. Il a depuis constamment siégé et opiné avec zèle au côté gauche. Il démanda, lors des premiers troubles du Brabant, un congé à l'Assemblée pour aller prêcher la nouvelle doctrine aux belges, les entretenir dans leurs dispositions révolutionnaires et les exciter à secouer le joug du souverain. En revenant de sa mission, il instruisit publiquement ses confrères du succès de ses manœuvres. C'est ainsi qu'il trahissait à la fois l'empereur, son légitime et premier souverain, et le Roi de France qui l'avait reçu à son service et dont il a annuellement un traitement considérable. Un homme d'une si grande naissance peut-il jamais réparer tant de bassesses et d'ingratitude?
M. le comte d'Artois, après avoir été à Parme en même temps que ses tantes, est retourné encore à Venise, sous le prétexte d'y attendre l'empereur qui vient effectivement en Italie et avec lequel il espère avoir une entrevue à Milan ou à Mantoue. — M"" de Chousy, épouBe de M. de Chousy, l'un des commissaires de la maison du Roi, meurt à Charabéry. — Nous apprenons que le fameux comte de Cagliostro vient enfin d'être jugé à Rome et a été condamné à être pendu. Le Pape a commué sa peine en une prison per-
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LA SAVOIE ET LA SEJISSK tll
e. Le capucin, son complice, est condamné aux galères et la dame Cagliostro enfermée dans une maison religieuse. J'ai plusieurs fois rencontré à Paris cet insigne imposteur ainsi que son épouse. Pour les voir de plus près, je fus leur faire une visite à Passy, lorsque Cagliostro sortit de la Bastille, lors de l'affaire du cardinal de Rohan. J'y fus témoin du respect, de la soumission et du dévouement aveugle de quelques-uns de ses disciples
La chaleur commence à se faire sentir à Chambéry et le soleil y est déjà très ardent. Beaucoup de monde quitte en ce moment cette ville. Les hommes se dirigent vers l'Allemagne. On va rejoindre M. le prince de Condé à Worms. Je prendrai également le même parti lorsque mon épouse aura quitté le Piémont pour venir s'établir en Suisse ou en Savoie, pour y chercher à vivre le plus économiquement. Déjà nous ne recevons presque plus rien de nos terres. Nos paysans, nos fermiers se refusent à payer. Les moyens s'épuisent chaque jour et nous nous trouverions dans le plus grand embarras si les affaires ne prenaient pas promptement une tournure plus heureuse
Haï 1791 . — do 1" au 31 . — Mon épouse s 'étant décidée à quitter le Piémont pour venir passer la belle saison en Savoie, je vais le 3 de ce mois à Aix pour Taire les arrangements de son petit établissement. Cet endroit est à 3 lieues de Chambéry par un fort beau chemin. Les environs offrent des promenades charmantes. Il y a à Aix des eaux minérales qui attirent ordinairement beaucoup do monde en été. L'année dernière, la société y était extrêmement nombreuse en Françaises. Les ordres de faire partir de Chambéry ont amené du monde à Aix et il doit y avoir cette année encore plus de ménages que l'an passé. Beaucoup de dauphinois, de lyonnais, de comtadins. Il y en a également un grand nombre d'établis à Annecy. Tous les jours l'émigration augmente. La fermentation continuelle et la persécution des prêtres y décident les habitants des provinces frontières. Les logements deviennent déjà rares à Aix et y sont chers, quoique ce ne soit pas encore la saison des eaux. Cependant je trouve à arranger le petit établissement de mon épouse, dont le train se borne à une
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temme Je chambre et un «ml domestique. Apre. i avoir dtné chTmon parent le'comte d'Apchon, avec l'archevêque de
Parie, je reviens à Chambéry'...
Les six jours que je reste à Lausanne sont agréablemeot employé, à voir l'excellente et nombreuse compagnie qui , est rtuni. et à me mettre au courant de. nouvelle. ,», Lu. intéressent le plus en ce moment. Tout le monde» dîspose à se rendre en Allemagne et il paraît que ce sera fé reite-vous général. Le marquis d'Aulichamp ,u, e.l ici en « moment et qui reçoit de. nouvelle, Mkd'Artois, invite tous les hommes a se rendre à Coblente à la Bn de juin. 11 passe journellement le. une grande quan- Uté de gentilshomme. sortant de France et se .rendant £ Allemagne, à cheval, en voilure et même à pied. M. le du ï'Enghfe,, nous ayant écrit assez exactement a mon dis « à moi nous étions étonnés de n'en pas recevoir de nouveHes'depuis quelque temps. Mais nou. apprenons parle, ôanier. publies de France qu'une lettre écrite par ce prince ,„P SSnHomt. d'Espincbal, mon fils, a été mterceplée, probablement a Bâle, et envoyée à Pans pour instruir fe comité de l'avis que M. le duc d'Enghien nous donna,! d'arTver très promptement à Worms », nous voulon t rendre par. aux événement.. Cette lettre a fait grand bn* à l'Assemblée et a occupé plusieurs comité». - M. Chr ,► „„ secrétaire de M. de donne, arrive a Lausanne le 1! au'sôir et descend au Lion d'Or, où je loge. I arrive de vVence dont il est parti le 9 de grand matin, et a fart un II gence incroyable/ayant passé par Milan et traversé le sSon. Il a laissé M. le comte d'Artois l Vicence. 1 Sure que ce prince doit voir l'empereur à Mantoue et partir suri-champ pour se rendre par le Tyrol en AUmagne et à Coblenw'...
Du 21 xu 31 »xi. - Je passe ces huit jours à Aix aïe< mon épouse, dont je vais me séparer, peut-être pour Ion, temps, et je fais me. préparatifs pour partir au comment,
„U..e d. Ul«, « o. U » Uiauu».