LA SAVOIR ET LA SIJI88K SIS
bien triste de nous voir nous éloigner l'un de l'autre sans prévoir quand nous pourrons nous rejoindre.
2 juin. — Temps magnifique. C'est aujourd'hui de grand matin que nous nous mettons en route. Nous allons coucher seulement à Frangy, nous conformant à cet égard aux volontés des voiturins auxquelles je suis depuis longtemps accoutumé '. . .
6 juin. — Tout le monde vient voir, en passant à Coppet, ce petit monument d'orgueil et d'amour-propre. Le temple est petit et très propre. Necker, qui a été l'apôtre de l'égalité et de la liberté, n'en a pas moins conservé un fauteuil et une place marquée dans cette église et n'en est pas moins âpre à faire valoir tous les droits onéreux de la baronnie. Ses vassaux se plaignent de sa rigueur à les exercer. Il est établi en ce moment à Coppet, avec sa digne compagne et la fille unique provenue de cette union si rare et si bien assortie. Ces deux personnages sont bons à faire connaître. Suzanne Curchod est fille d'un ministre protestant, pasteur de l'église de Cranier. Elle a été maîtresse d'école à Montélimar, puis gouvernante des demoiselles Seymandi à Marseille, et lorsqu'elle s'unit à Necker, alors apprenti banquier genevois, elle était en qualité de demoiselle de compagnie auprès de M"" de Vermenon. Necker ayant fait dans la banque une fortune considérable et gelant fait connaître par quelques écrits, M" Necker commença aussi à se faire une certaine réputation d'esprit, en rassemblant chez elle, à Paris, une société de philosophes, de gens de lettres, d'académiciens, dont elle fit autant de preneurs à Bon époux. Aussi hypocrite que lui et au moins aussi fausse, elle fit avec ostentation des œuvres multipliées de charité et des actes de bienfaisance, visitant les hôpitaux et les prisons, répandant beaucoup d'argent et salariant des prdneurs de toutes espèces. Il était convenu de ne poiot appeller autrement son époux que « le grand homme », mais à la condition que celui-ci, dans tous ses
i . Dana le récit de ce voyage, nous supprimons tonte la partie uniqueiBut descriptive. Le S juin, il passe à Coppet.
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écrits moraux, politiques et même financiers, insérerait toujours un article pour la vertueuse épouse. Elle a parfaitement secondé Necker dans toutes ses intrigues et dans ses différents ministères, mais ses plus grands travaux ont été depuis la convocation des Etats Généraux. Elle a employé tous ses moyens à faire triompher la cause populaire. Séduction pour les uns, caresses pour les autres, elle n'a rien négligé. Sa vertu n'était point effarouchée de la conduite déréglée de sa fille, puisque cela pouvait contribuer à l'avantage du parti.
Telle a été, avant et depuis la Révolution, l'épouse de Necker. La haine que l'un et l'autre avaient vouée à la France était si forte qu'elle fit taire leur vanité et leur orgueil. Une fille unique, héritière de leur immense fortune, devint l'objet des désirs de plusieurs personnes de la première qualité, chez qui souvent l'amour de l'argent est parfaitement d'accord avec la bassesse des sentiments et pour qui la différence de religion est un léger obstacle. La D"* Necker fut mariée à M. de Staël, ambassadeur du roi de Suède en France. M™ l'ambassadrice est laide et d'une tournure ignoble; elle a l'air extrêmement commun et conforme à sa basse extraction. Elle se croit cependant charmante et affecte sur toute sa personne un désordre si mal entendu qu'elle a tout l'extérieur d'une dévergondée, dont elle a constamment le jeu. H"* de Staël a réellement beaucoup d'esprit naturel et même un grand fonds d'instruction et de connaissance. Mais tout cela est gâté par une imagination exaltée, brûlante, toujours exagérée et par un amour-propre désordonné. Souvent elle se croit sensible et elle n'est galante que par une suite de cet amour-propre, ou par un sentiment de démocratie. C'est ainsi qu'on l'a vue frère d'avoir cru enlever le comte Louis de Narbonne à l'aimable et piquante Contât et se contenter ensuite de partager les affections de ce révolutionnaire avec une actrice dont les sentiments, plus nobles que les siens, n'avaient d'autre objet que de ramener son amant à des principes royalistes et dignes d'elle. Précédemment l'ambassadrice avait prodigué ses faveurs aux premiers chefs de la Révolution, pour lesquels elle ne devînt depuis qu'un objet de dégoût et de mépris. L'évêque
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