‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 32 sur 92 · LA SAV01K ET LA BUIS»* JI · texte numérisé non relu

LA SAV01K ET LA BUIS»* JI

l'Autan et Alex. Lameth soût de ce nombre. Au surplus, ft" de Staël est jacobine zélée et révolutionnaire ardente. Elle a l'Ame vicieuse et atroce ; complice des crimes de son père, préchant la sédition, la révolte et donnant son approbation aux horreurs qui en sont les suites, elle ne put cacher sa joie d'avoir contribué aux atrocités des fi et 6 octobre 1789. Elle joue dans les sociétés démocratiques le rôle de la Théroigne dans les places publiques. Malgré son dévouement actif à la Révolution, elle n'en est pas moins méprisée de tous les partis. Bafouée et tympanisée dans tous les journaux de la capitale, elle n'a rien perdu de son effronterie. Elle est en ce moment établie à Goppet chez ses parents, qui, se trouvant maintenant dans une pénible nullité politique, ne sentent phis autant le mérite des mouvements patriotiques de leur fille et n'aperçoivent plus que ses vices. Aussi nous assure-t-on qu'elle n'y fera pas un long séjour. Ses goûts la ramèneront au milieu des sans-culottes de la capitale et auprès de son digne complice.

Après avoir satisfait ma curiosité dans le temple de Goppet, je continuai ma route, conduisant mes chevaux, jouissant de la beauté de la soirée et des agréments que procure ce délicieux chemin. Une voiture à quatre chevaux et des gens vêtus de vert me firent reconnaître le seigneur de Coppet, revenant de la promenade. Je ne puis exprimer l'horreur que j'éprouvai à la vue de ce scélérat, dont les crimes se retracèrent sur-le-champ à mon imagination. Je ris sous mes yeux l'auteur des maux de ma patrie, le destructeur de ma fortune, le bourreau de mon Roi, qui avait eu la faiblesse de lui donner aa confiance et dont la perte est inévitable. Le mouvement d'horreur qu'il m'occasionna fat si marqué que j'eus, après être passé, une petite jouissance d'imaginer qu'il s'en était aperçu et qu'il m'avait reconnu. Sileciel est juste, pourquoi permet-il qu'un aussi grand coupable jouisse tranquillement, ainsi qu'un honnête homme, de la vue de ce site enchanteur et du beau lac de Genève ?

Hais abandonnons ce monstre à ses remords. Son tourment, c'est sa conscience. J'arrivai de bonne heure a Nyon où je couchai. Nyon est une jolie petite ville sur le

SIS JOURNAL D'Ém«RAT10N

bord du lac qui, dans cet endroit, est dans sa plus grande largeur- Une partie de la ville est sur le coteau ; on y jouit d'une vue superbe et de l'air le plus pur. Je passai ma soirée avec M. de Saint-Maixent. Il y a plusieurs familles établies ici ou dans les environs. M. Lenoir, ancien lieutenant de police de Paris et conseiller d'État, y est depuis longtemps. 11 s'enfuit à propos pour éviter la fatale lanterne, où les factieux de la capitale l'eussent infailliblement suspendu s'il y avait été arrêté. 11 arriva à Genève déguisé en garde suisse. M. Lenoir a été un fort bon lieutenant de police. Cette place donne ordinairement un grand nombre d'ennemis et ce ne sont pas les honnêtes gens. Malgré ses détracteurs, M. Lenoir est un homme de mérite, dont les principes sont purs et prononcés. Il n'a qu'une allé unique, qu'il a mariée à M. Boula de Nanteuil, intendant de Poitiers. Mn,s de Nanteuil a donné dans les erreurs de ta Révolution et en a professé les principes. Elle est petite, d'une figure agréable, mais sans tournure. Elle est fort sentimentale et a infiniment de prétentions à l'esprit. Je l'ai vue très assidue aux différents cours du lycée et aux séances académiques. Fréquentant les philosophes et les gens de lettres, intimement liée avec l'immoral et fripon académicien Montesquiou, elle est démocrate, autant par air que par principes. Elle a abandonné un père qui la chérissait tendrement et qui avait droit d'en attendre quelques consolations. Il y a encore ici M. le comte de Tourdonnet, officier aux gardes, et son épouse ; le vieux général comte de Turpin, plein de zèle et d'ardeur, étant venu à Turin offrir ses services aux princes et se disposant à rejoindre M. le prince de Condé, auquel il est fort attaché et avec lequel il a fait la guerre de Sept-Ans...

13 hjih. — Temps couvert; froid assez vif; neige et grêle vers midi. — En sortant de Morat, on jouit d'une vue très intéressante sur le lac et la campagne qui l'avoisine. Près de la ville et de ce même côté, on voit une maison qui paraît charmante, autant par sa situation et ses dehors que par les soins qu'on prend pour l'embellir. C'est une acquisition nouvellement faite par la comtesse de Tessé, sœur du duc d'Ayen. Cette dame y est éta-

îigilizedbyGoOgle

Page 1