‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 34 sur 92 · LA S&VOIE 1T LA S0I8BK · texte numérisé non relu

LA S&VOIE 1T LA S0I8BK

nouvelle et il est, ainsi que nous, l'ennemi du système des deux chambres, dont ses détracteurs le disent entiché. Ce système existe bien parmi quelques membres de l'Assemblée et leurs adhérents, et je suis obligé de convenir que, si jusqu'à ce moment j'en ai trouvé ailleurs l'existence et le plan, c'est dans l'ouvrage que M. de Calonne fit paraître avant son départ de Turin.

Je revois à Soleure, avec grand plaisir, un honnête homme, ancien ami de mes pères, et que je connais depuis ma tendre jeunesse : c'est le comte d'Angevillers, directeur général des bâtiments. 11 est sorti de France pour éviter la persécution et après avoir prouvé la pureté de sa gestion. Le comte d'Angevillers est frère de M. de La Billarderie. Il a été exempt des gardes du corps. Feu H. le Dauphin l'honorait de ses bontés. Il fut placé gentilhomme de la manche auprès de ses enfants. Louis XVI étant monté sur le trône, l'a nommé à la place de directeur général des bâtiments. Sa probité et la pureté de ses mœurs lui ont mérité la confiance de son maître. C'eBt un sage, un véritable philosophe, pur dans ses principes et n'ayant point adopté ceux de la philosophie moderne, quoiqu'ayant beaucoup vécu avec ses sectateurs. 11 y a encore ici H. Leffevre d'Amécourt, un des plus marquants du parlement de Paris, conseiller de grande chambre, autrefois rapporteur de la cour, fort riche et sorti do France avec une somme d'argent considérable. — M. le marquis de Verne, ambassadeur du Roi en Suisse, est encore en exercice de sa place. Je dîne ches lui. Il est ici avec toute sa famille, composée de 3 garçons, dont un destiné à l'état ecclésiastique mais se disposant à suivre ses deux frères pour rejoindre H. le comte d'Artois, et une fille, ayant le malheur d'être épouse du marquis de La Côte et le sentant profondément. M. de La Cote est député de la noblesse du Charolais. Il a commencé par suivre la carrière diplomatique et on avait de lui la meilleure idée. Hais arrivé à l'Assemblée, il s'est rangé sur-le-champ du parti des constitutionnels, conservant Bon air faux et hypocrite. It a passé au tiers avec la minorité de la noblesse, a constamment siégé au côté gauche et a été un des plus ardents persécuteurs de la noblesse et du clergé. — Aux environs de

îigilizedbyGoOgle

2SB JOURNAL D'iaiS«ATIOK

Soleure est établie la duchesse de Liancourt, qui, quoique méprisant son époux autant qu'il le mérite et ne vivant point avec lui, n'en est pas moins imbue des principes de la démocratie. Elle vit retirée ; on ne la voit pas...

17 jdot. — Le tempB est très radouci. Il était froid ta veille et aujourd'hui la chaleur commence à se faire sentir. Le ciel est clair. — J'arrive de très bonne heure à Bâle. Je m'y arrête pour dtner à l'auberge des Troie-Rois, à la table d'hôte. J'y rencontre un jeune officier de dragons de ma connaissance, M. de Pujol, dont le régiment est à Huningue. Les soldats de cettB garnison viennent journellement à Bâle et y insultent les émigrés qui passent. L'indiscipline et l'insubordination sont extrêmes. Cependant les dragons sont en moins mauvaises dispositions que l'infanterie.

Je trouve encore ici, dans la même auberge, une dame normande, femme d'un conseiller au parlement de Rouen, extrêmement jolie, très bien faite, d'une tournure leste et enjouée, M™ de Coqueremont. Elle se dispose à descendre le Rhin et à se rendre en Allemagne. Une rencontre moins agréable est celle de la princesse de Roctiefort, qui, m'ayant fait prier de passer chez elle, la connaissant à peine, m'apprend qu'elle arrive d'Ettenheim, de chez le cardinal de Rohan, qu'elle y a laissé son époux dont elle vient définitivement de se séparer. Cette folle me conte toutes ses affaires, me force à les entendre. Heureusement je trouve le moyen de m'en débarrasser et, pour n'y être pas repris, n'ayant rien à faire à Bâle, je me détermine à aller coucher à quatre lieues plus loin. M. de La Verpillière, venu avec moi, ainsi que son fils, jusqu'à Bâle, retarde à se rendre en Allemagne et attendra les nouvelles que je lui manderai, pour me rejoindre. Il reste à Bâle. La route est belle. La poste y est établie. On suit la rive droite du Rhin dont on s'écarte un peu. On est sur terre de l'empereur. Je couche à Ralterberg où est la poste.

îigilizedbyGoOgle

Page 1