BUIS
Le prince Louis de Rohan est oé en 1734, a été fait coadjuteur de Strasbourg en 4760, est devenu titulaire en 1779, cardinal en 1778 et à été grand aumônier de France en 1777. Le prince Louis est entré dans le monde avec tous les avantages que donne une naissance illustre, jointe à tous les agréments de l'esprit et de la nature. D'après les arrangements de sa famille, qui lui assuraient une fortune immense par l'expectative de ï'évêché de Strasbourg, il embrassa l'état ecclésiastique, pour lequel il n'avait aucune espèce de vocation. Aussi a-l-il vécu trop en homme du monde pendant toute sa jeunesse. Ayant été nommé ambassadeur à Vienne, il y parut dans toute sa magnificence. Des 1761, il avait été élu membre de l'académie française. Il jouissait en fortune, eu dignités, en honneurs de tout ce qui peut flatter l' amour-propre et contenter une ambition sage et modérée. Mais son goût pour les plaisirs, ses dépenses excessives, ses prodigalités le firent sortir des bornes imposées à son état. II contracta des dettes immenses, fit de mauvaises affaires et, dans le plus fort de son dérangement, se livra à des usuriers, puis à des empiriques dont Caglîostro fut le plus marquant.
Dans ce même temps, arriva la trop fameuse affaire du collier, dans laquelle la Heine se trouva outrageusement compromise, ainsi que plusieurs autres personnes considérables. Cette malheureuse affaire, dans laquelle le cardinal a joué le principal rôle et dont le secret est impénétrable, doit être plus que jamais ensevelie dans les ombres du mystère et il faut s'imposer a cet égard le silence le
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plus absolu. Je m'abstiendrai donc de toutes réflexions à ce sujet. Je ne parlerai que des faits. Le cardinal fut arrêté publiquement à Versailles dans la galerie, le jour de la Pentecôte 178..., vêtu en habits pontificaux, conduit a Paris, enfermé à la Bastille et étroitement resseré puis mis en jugement. Ayant eu le choix de ses juges, il demanda, dans la conviction de son innocence, à être jugé parle parlement de Paris, malgré la défaveur dont il avait la certitude de jouir dans cette cour. Cependant le cardinal De put fitre trouvé coupable. Hais le jugement eut beau être entièrement en sa faveur, les portes de la Bastille ne lui furent ouvertes que pour être exilé dans un endroit horrible, à l'abbaye de la Chaise-Dieu, dans les montagnes d'Auvergne. 11 en sortît au bout de quelques mois pour un exil moins rigoureux, dans l'abbaye de Marmoutier, sur les bords de la Loire, auprès de Tours. Enfin, au bout d'un an, il eut la permission de retourner à Strasbourg, sans avoir la faculté de revenir à Paris, ni à la cour. Ou lui avait ôté sa place de grand aumônier. Il supporta cette persécution sans plainte ni murmure. Au commencement des troubles, en 1789, et lors des assemblées bailliageres pour les États Généraux, dans cea moments où les factieux et les mécontents se liaient pour satisfaire leurs projets ambitieux ou leurs vengeances personnelles, le cardinal de Bohan fut élu député de son clergé et vivement sollicité pour accepter la députation. Mais il se refusa oblinément à toutes les instances qu'on put lui faire. Celui qui le remplaça étant veau à mourir, il fut nommé une seconde fois. Il eut la faiblesse de céder aux nouvelles sollicitations et accepta la députation pour venir siéger dans une assemblée illégalement constituée, où les ordres étaient réunis et confondus et où sa dignité de prince de l'Eglise se trouvait déplacée. C'est la seule faute que l'on puisse reprocher au cardinal de Bohan depuis le commencement de la Révolution et sa conduite a été parfaite depuis cette époque. Il ne parut à l'Assemblée qu'après en avoir fait demander l'agrément au Boi. Il ne se présenta point au château et évita de donner à la Beine le déplaisir de voir an homme qu'elle avait persécuté avec acharnement. Il résista k toutes les instigations dos factieux qui l'obsé-
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datent sans cesse, en l'excitant à la vengeance. Il ne ee permit point la moindre invective contre le Roi ni contre la Reine. Il se montra sujet fidèle et attaché aux principes de la religion et à la véritable constitution de l'Etat. II resta peu de temps à cette Assemblée, où il eût été plus grand à lui de ne pas paraître, et passa le Rhin pour éviter la cruelle persécution des ennemis du clergé. Depuis ce temps, il est à Ettenheim...
Nous apprenons à Ettenheim que M. le comte d'Artois est établi tout nouvellement à un quart de lieue de Coblenlz, chez son oncle l'électeur de Trêves, et que, passant par Mayence, il y a été reçu par l'électeur, avec la distinction la plus inarquée, comme frère du Roi de France, et avec les honneurs que l'on pourrait rendre à un souverain. L'électeur y a mis la plus grande magnificence. M. le prince de Condé et ses enfants ont assisté à celte superbe réception. Tous les Français qui se sont trouvés à la suite des princes, et dont te nombre était considérable, ont été traités avec beaucoup d'égards el priés à dioer par l'électeur. Cent coups de canon ont salué M. le comte d'Artois à son arrivée. L'électeur, environné de toute sa cour et en grande cérémonie, a été audevant de lui. Apres un jour de séjour, les grands officiers de la cour ont accompagné M. le comte d'Artois, qui s'est rendu de Mayence à Coblentz par eau, dans le yacht de l'électeur.
20 au 24 juin. — Je séjourne à Ettenheim ces cinq jours, avec bonne compagnie, quelques jolies femmes el bonne chère. Le temps se passe agréablement. Je retrouve ici le vicomte de Mirabeau, s'occupant de la formation de sa légion et ayant avec lui son épouse qui s'est réunie à lui depuis sa bonne conduite. Les premiers jours d'avril, je me suis étendu sur le comte de Mirabeau dont nous apprenions la fin: je vais aujourd'hui parler du frère cadet. Le vicomte de Mirabeau a été longtemps chevalier de Malte. Il est d'une assez belle figure, mais très gros, court et ressemblant au portrait qu'on nous fait de Sancho-Pança, ce qui, joint à son goût pour le vin, l'a fait surnommer « Mirabeau-Tonneau ». Il a de l'esprit, beaucoup d'originalité
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dans le caractère, une grande facilité à parler en public et des poumons infatigables. Mais il est en tous points fort au-dessous de son frère aîné. Aussi, le comte de Mirabeau disait-il plaisamment que dans sa famille le chevalier était un sot et un bon sujet, mais que dans le monde il passait pour un homme d'esprit et un mauvais sujet. Le vicomte de Mirabeau est naturellement doué d'un courage extraordinaire qu'il pousse même jusqu'à ta témérité, bravant souvent inutilement les dangers les plus apparents et conservant une gaieté folle dans les moments où il pourrait se croire perdu. Il s'était bien conduit pendant la guerre d'Amérique et cela lui valut au retour d'être fait colonel en second du régiment de... Depuis, it a été nommé colonel du régiment de Touraine. A cette époque, il épousa la demoiselle de Robien, bretonne, fille de qualité, majeure, maîtresse de ses actions et à laquelle il convînt. Mais ce ménage no fut pas très longtemps uni. II se conduisit assez mal pour que son épouse s'éloignât de lui et désirât sa séparation. Le vicomte, joueur et dissipateur, se trouva fort embarrassé et sans ressource. Il eut recours à la caisse de son régiment et y puisa jusqu'à la concurrence de 30.000 livres, avec la ferme intention de remplacer ce vide aussitôt qu'il le pourrait. Mais ce déficit ayant été connu, l'affaire allait devenir très fâcheuse pour le vicomte, qui, heureusement, trouva moyen de l'apaiser. 11 en restait sur son compte une impression plus que défavorable el il était dans cette situation critique lorsque commencèrent les assemblées dans les bailliages pour les Etats Généraux. Le vicomte de Mirabeau arriva à celui de Limoges, sa mère possédant des terres en Limousin. Il fut élu secrétaire de la noblesse. Ses talents lui firent des partisans et un peu d'intrigue le lit élire député et collègue du comte d'Escars, commandant de la province et lequel était alors à Paris. Il eut la préférence sur le duc it'Ayen, qui était venu à ce bailliage avec des airs de grand seigneur, prolecteur envers les uns, baB et rampant envers les autres, et qui, honteux d'avoir été bafoué et rejeté, repartit pour la capitale sans avoir réussi dans toutes ses petites manœuvres.
Dès son arrivée aux Etats Généraux, le vicomte de
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Mirabeau se montra l'antagoniste de son frère et manifesta les sentiments les plus royalistes. Il détruisit prompterrien t la mauvaise impression qu'on avait prise sur son compte. Mais il essuya d'abord quelques petits désagréments. On peut se rappeler qu'à cette époque il s'était établi à Viroflay, chez le duc d'Aumonl, un club où se réunissaient les factieux des trois ordres et où ils combinaient la veille les manœuvres du lendemain dans leurs chambres respectives. La majorité de la noblesse, à cet exemple, en établit un dans Versailles, pour également convenir de sa conduite et se mettre en garde contre les attaques de ses ennemis. Le vicomte s'étant présenté à ce club, il en fut d'abord rejeté par douze ou quinze boules noires ; on assura de ses bonnes dispositions; on revînt au scrutin, il fut accepté. J'ai été le témoin de ce fait. Depuis ce moment, le vicomte ne s'est pas un seul instant dérangé du droit chemin et a eu dans l'Assemblée les scènes les plus énergiques. Tout le monde a eu entre les mains la relation de son voyage au régiment de Touraine, où il pensa Être la victime de ses soldats rebelles, auxquels il imposa par la contenance la plus courageuse, il enleva les cravates de son régiment, fut arrêté et courut les plus grands dangers. Le vicomte a été longtemps un des collaborateurs des Actes des Apôtres et La Lanterne Magique est presque entièrement de lui. Enfin, après avoir souvent couru les plus grands périls, il se détermina à sortir de France dans l'été de 1790. 11 partit de Paris, emportant peu d'argent et y laissant des dettes. Il vint à Francfort, assista au sacre de l'empereur Léopold, joua le plus gros jeu, gagna beaucoup d'argent, fit grande dépense et arriva à Turin sans un écu. M- le comte d'Artois accepta ses offres pour la levée d'une légion, dont les princes font tous les frais qui ne peuvent manquer d'être énormes vu le dérangement continuel et incorrigible du vicomte.
Cette légion doit être de 1.800 hommes. Elle commence à se monter, mais la désertion enlève chaque jour beaucoup de nouvelles recrues. 11 doit y avoir dans cette légion des chasseurs à pied, des hussards, des chasseurs tyroliens, des volontaires, de l'artillerie, etc. L'uniforme est noir, avec les différences pour chaque arme. Rien
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n'est plus bizarre que de voir le colonel propriétaire avec un de ces uniformes, surtout celui de hussards. Le vicomte a l'air d'un véritable charlatan. Au surplus, il y a deux cents gentilshommes placés dans cette légion en qualité d'officiers. Je désire que ce corps puisse un jour être utile à nos princes, mais en attendant je réponds que la dépense en sera excessive. La vicomtesse de Mirabeau, que j'ai autrefois connue à Paris, a été très jolie, mais en ce moment l'amabilité a entièrement remplacé les grâces.
Le 33 au soir, après souper, le cardinal noua fait part des bonnes nouvelles qu'il vient de recevoir par un courrier que lui a dépêché M. de Gelb, lieutenant général commandant à Strasbourg. Le Roi, la Reine et toute la famille royale sont partis secrètement de Paris le SI et l'on ignore encore leur entière délivrance. Nous nous livrons tous à la plus vire joie. Celle du cardinal est égale à la nôtre. Il noua dit dans le premier mouvement qu'il oubliait ses malheurs et toutes les persécutions qu'il avait éprouvées. Cependant un autre courrier nous apprend que l'on dît que le Roi a été arrêté du coté de Verdun. Hais aucun de nous ne veut croire à cette affreuse catastrophe, rien ne le confirmant pendant deux jours. Le vicomte de Mirabeau, dans la persuasion du bonheur, fait mille extravagances avec sa légion. Il va au bord du Rhin, braver les patriotes qui ont des postes sur l'autre rive. Un jour même, il a la témérité de passer le fleuve dans un petit bateau, suivi de quelques étourdis comme lui, et plante sur terre de France le drapeau blanc et sa cocarde, les gardée nationaux ayant pris la fuite. Cepeodant, nos inquiétudes sur la famille royale ne font qu'augmenter, n'apprenant aucune nouvelle de ce qui les concerne. Le baron de Breteutl, que je venais délaisser à Soleure et qui probablement est dans le secret du Roi, passe en grande hâte pour se rendre auprès de S. M. et y être un des premiers.
24 joui. — Temps superbe, grande chaleur. — N'apprenant aucune nouvelle et dans l'impatience de ce qui se passe, je pars d*Ëttenheim après dinar et je viens coucher à Offenbourg. Mais rien n'a encore transpiré et on y est dans la plus affligeante incertitude sur les événements.
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25 jdih. ■ — Même temps et chaleur. — Je pars de grand matin d'Offenbourg, l'esprit rempli d'inquiétude sur le bruit sourd de l'arrestation du Roi. La route est superbe. Le pays riche et magnifique. On passe de très gros villages qui annoncent la grande opulence. On est peiné en traversant ce beau pays de penser qu'il a été si souvent le théâtre de la guerre. Il a été témoin des exploits de Turenne et on passe auprès de l'endroit où fut tué ce grand homme. Le cardinal de Rohan y a fait élever un petit monument. C'est à un demi-quart de lieue du grand chemin. 11 y avait même attaché un petit revenu qui servait de retraite à un ancien officier du régiment du maréchal de Turenne. Ce monument se dégrade et se sent déjà du malheur des temps.
Je m'arrête près de là, à Ottersweiger, pour y dîner dans une auberge occupée par de fort bonnes gens, et je vois avec plaisir le bon esprit des habitants de ces cantons. Ils étaient indignés des traitements qu'éprouve journellement le Roi et témoignent leur joie de sa délivrance dont ils sont persuadés. J'arrive de fort bonne heure pour coucher à Rastadt. Mon premier soin est de me rendre chez le marquis de La Salle, lieutenant général, établi ici avec toute sa famille, espérant avoir des nouvelles sur la famille royale. Je trouve chez lui le margrave de Bade et le prince héréditaire. Ils partagent l'inquiétude générale et ne savent rien. Si le Roi était libre, tout retentirait de sa délivrance de ce côlé duRhin et cette incertitude est du plus mauvais augure. Le margrave retourne à sa résidence de Carlsruhe où je dois aller le lendemain. Peut-être sera-t-oo plus instruit...
26 et 27 juin. — Nous apprenons à Carslruhe que H. le comte d'Artois a dépêché un courrier à Turin, lequel a passé ici cette nuit. Monsieur et Madame sont en ce moment hors de France, à Bruxelles, où toute la famille royale va probablement arriver, mais il n'y a rien de positif. Noub restons tout le jour dans la même incertitude. Toute la société française de Rastadt est venue passer la journée ici, espérant y apprendre de bonnes nouvelles. Le soir, on se livre à la joie sur une lettre de
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Francfort qui assure que le Roi est libre. Le margrave nous en fait part avec une satisfaction qui marque l'intérêt vif qu'il y prend. Tout cela ne me persuade point et mon incrédulité me Tait chanter pooille par tout le monde. Le lendemain, nous commençons à être déBabusés sur nos flatteuses espérances. Les bruits de l'arrestation du Roi se confirment. Nous apprenons enfin tous nos malheurs et ceux de la famille royale. Nous ignorons encore les détails de cette catastrophe, nous savons seulement que le Roi, la Reine, leurs enfants et Madame Elisabeth, ont été arrêtés à Varennes par la trahison du maître de poste de Saiote-Henehould et l'activité des aides de camp de La Fayette. Toute cette famille infortunée est reconduite à Paris par une armée de gardes nationales. Nous en saurons plus de détails à Manheim où je vais me rendre incessamment.
Séjournant un jour & Calsruhe, je dîne chez la jeune duchesse de Choiseul, établie ici (tans une petite maison charmante, bien décorée, avec cour, écurie et remise et louée 6 louis par mois. Cette dame, aussi légère dans sa conduite qu'à l'ordinaire, vit ici en ménage avec M. do LsojameL, avec lequel elle est liée depuis Nancy, lorsque le régiment du Roi y était. Elle est fille de la maréchale de Stainville, de galante mémoire, et sœur de la princesse Joseph de Monaco. Elle est peu jolie, sa figure est de fantaisie, et elle a du piquant dans le caractère. Au surplus, elle est comme toutes les femmes disposées à une tendresse facile : elle joint un bon cœur a une mauvaise tête. Les arrivants à Carlsruhe confirment toutes les mauvaises nouvelles. L'âme et l'esprit profondément affectés, je refuse une invitation à souper chez le ministre de Prusse pour me livrer entièrement aux réflexions les plus tristes et les plus sinistres.
28 juin. — Je me remets en route à 5 heures du matin, pour me rendre à Schwetzingen. — J'oubliais de dire que la comtesse de Fougiëres. veuve du comte de Fougières, triste et ancien sous-gouverneur des Enfants de France et, depuis, premier maître d'hôtel de M. le comte d'Artois, fille du feu maréchal de Vaux et dame de
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M™ la comtesse d'Artois, s'est établie a Carlsruhe avec un nouveau mari, le chevalier de Pontgibaud, frère cadet du comte de More de Pontgibaud, major en second du régiment de Dauphiné et gentilhomme de ma province. Ils ont acheté une jolie m aÎBon à Carlsruhe et y ont formé un véritable établissement. La comtesse de Fougiëres, autrefois très jolie, très gaie, très leste, aimant le plaisir, ne pouvait mieux remplacer un époux ennuyeux et maussade et faire une fin plus raisonnable qu'en s'unissant. à l'honnête homme qu'elle a choisi. Le chevalier de Pontgibaud a été aide de camp de La Fayette en Amérique et était resté très attaché & son général jusqu'au moment où il a manifesté ses sentiments révolutionnaires. Alors le loyal chevalier de Pontgibaud s'en est sur-le-champ éloigné et a refusé les offres les plus brillantes qui lui ont été faites par le commandant de la garde nationale parisienne, qui a trouvé beaucoup plus de complaisance et moins de délicatesse chez deux autres anciens aides de camp, Gouvion et La Colombe '...
30 juin. — Je vais avec mon fils passer la journée à Worms, pour rendre mes devoirs aux princes, revoir une société dans laquelle je passais ma vie depuis vingt ans et en même temps témoigner mes regrets à M. le prince de Condé de ne pouvoir me fixer entièrement auprès de lui, me croyant obligé de me réunir à mes compatriotes d'Auvergne, dont la coalition, déjà considérable, faille plus grand effet et dont les engagements les plus formels sont pris avec M. le comte d'Artois- De Manheim à Worms, il y a 5 lieues et beau chemin. J'éprouve une véritable satisfaction à revoir cette famille respectable et à me retrouver avec mes premiers compagnons de voyage et d'émigration. M. le prince de Condé me traite avec sa bonté ordinaire et son amitié accoutumée pour moi. M. lo duc d'Enghien me lait les instances les plus pressantes pour que je lui laisse mon 01s, mais cet enfant est encore trop jeune ' pour être ainsi sans moi et livré à lui-même. Nous
1. Le lendemain. Ï9 juin, M. d'Esptnebal arrivu.lt a Manheim.