‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 37 sur 92 · SUR LA ROUTE DE COBLEKTZ 13S · texte numérisé non relu

SUR LA ROUTE DE COBLEKTZ 13S

dirions et nous soupons avec les princes. Ils sont parfaitement établis à Worms, dans le ehftteau appartenant à l'électeur de Mayence, comme prince-évêque de cette ville. Indépendamment de logements commodes pour eux et toute leur suite, ils ont d'immenses salons qui leur deviennent 1res utiles en ce moment, vu l'affluence des Français qui se rendent auprès d'eux. Le nombre est journellement de 300 et augmente encore, se fixant soit à Worms, soit a Manheim. Tous, sans distinction de grades, montent alternativement la garde chez te prince, qui n'a pu se refuser à cet égard aux désirs de la noblesse, pour qui son existence est trop précieuse pour ne pas employer tous les moyens de la préserver des projets atroces de la société jacobine. Je retrouve ici avec plaisir des officiers de la maison de M. le prince de Condé que je n'avais pas vus depuis 1789. Le bon, l'honnête et vertueux chevalier de Maintier, le chevalier de Gonty, Sarobert, d'Auteuil et l'abbé Labdan, précepteur de M. le duc d'Enghien, homme du premier mérite, ci-devant instituteur du jeune duc de Bichelieu, avec lequel il a voyagé dans toute l'Europe, son élève le faisant distinguer partout '. C'est avec regret que je ne vois plus ici le marquis d'Autichamp. Le comte de Damas, qui le remplace, est en exercice de sa charge, mais malgré cela ne loge point au château et n'a pas voulu quitter le cantonnement assigné à tous ses braves camarades, les officiers du régiment de Beauvoisis, avec lesquels il vit, partageant sa bourse avec eux. La comtesse de Damas, sa mère, est avec lui. Quant à son épouse, elle est restée en France. Il en est séparé. Elle passe son temps dans la capitale autant en galanteries qu'en démocratie. Elle est américaine et d'une très jolie tournure. M. le prince de Condé se conduit ici de manière à se faire adorer et respecter de tout ce qui l'entoure. Non seulement il reçoit tout le monde avec grâce et en même temps avec dignité, mais il est sans cesse occupé de tous les arrivants. Il

1. * On ne peut oublier une anecdote très honorable «ur ion compte- L'amperaar JoMpfa II voyageant en Italie rencontra, le petit-Ali du mare, chai de Richelieu et ion précepteur II fat si content du jeune homme, le trouva si bien élevé que, lui donnant A dîner, il voulut que l'abbé Labdan rtt également cet honneur. * (Noie de M. d'Ëaptachal.)

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S36 JOURNAL D'ÉMIGHATION

pourvoit à l'économie de leur établissement et de leur subsistance. — Apres avoir passé agréablement toute la journée à Worms, je reviens après souper à Manheim

Juillet 1791. — du 1"'ajj 4. — Je séjourne tout ce temps & Manheim, sortant peu de la maison du prince des Deux- Ponts, dont la princesse fait leB honneurs avec infiniment de grâce. Le nombre des Français établis ici est en ce moment très considérable et s'augmente à chaque instant. J'y trouve une vingtaine de mes compatriotes qui y ont passé une partie du printemps et qui attendent les auvergnats qui viennent de Fribourg. Plusieurs familles y sont depuis longtemps. Le marquis de Vaubecourt, lieutenant général et commandeur de L'ordre de Saint-Louis, précédemment commandant en second en Lorraine, parfait honnête homme et bon militaire, est ici avec son épouse. Il parait qu'il s'est voué à M. le prince de Condé qui lui témoigne beaucoup d'égards. M. le comte de Hessey avec frères et sœurs, M. et M°" de Mahony, M™ de Brachet, H. et M"* de Laitier, etc.

Je dîne chez le prince des Deux-Ponts, avec M™ de Matignon et la baronne de Montmorency sa 611e, arrivant de Soleure, ainsi que la duchesse de Brancas et allant à Bruxelles, où probablement le baron de Breteuil va s'établir voyant ses espérances de l'instant entièrement évanouies. Je retrouve aussi la jolie et aimable marquise de Bougé, établie avec toute sa famille à Heidelberg. Je dîne le 2 chez M. le marquis de Vaubecourt. Le môme jour, M. le prince de Condé et M. le duc de Bourbon pussent à Manheim, allant à Bruchshall voir l'évoque de Spire, dont les sentiments en faveur de notre cause sont très prononcés. Il en est de même de l'électeur de Mayence, qui semble provoquer tout l'empire pour demander justice sur les envahissements de l'Assemblée et la violation de tous les traités. Il est assez singulier que les seuls princes qui se montrent en cette circonstance pour une cause si intéressante pour tous les souverains de l'Europe soient trois princes eclésiastiques et seulement usufruitiers, l'électeur de Mayence, l'électeur de Trêves et l'évêque de Spire...

Nous apprenons à Manheim une infinité de détails sur

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