IV AVANT-PROPOS
jusqu'aux dents », dit-elle, M. d'Espinchal se f'aisaiton jeu de percer l'incognito le plus jalousement gardé. A une de ces fêtes, il remarque nn homme qu'il ne connaît pas et qui s'approche des femmes portant un domino bleu, les regarde un moment et s'éloigne avec un geste de désespoir. Intrigué, il l'aborde :
— Puis-je quelque ehose pour votre service, lui demande-t-il ?
— Hélas ! lui répond l'inconnu j'ai perdu ma femme dans la foule. Arrivée d'Orléans ce matin, elle a voulu venir ici. Elle ne sait ni le nom de l'hôtel dans lequel nous sommes descendus, ni même le nom de la rue.
— Rassurez-vous, Monsieur, votre femme est assise dans la seconde fenêtre du foyer.
Ils y vont. Le mari a la joie de reconnaître le domino bleu de sa femme.
— Mais comment, dit-il à M. d'Espinchal...
— Madame est la seule personne du bal que je ne connaisse pas, répond M. d'Espinchal, d'où j'ai conclu qu'elle n'est pas de Pari».
« Ou assure, ajoute Mm" Vigée-Lebrun, qu'avant de mourir il brûla une énorme quantité de notes qu'il avait l'habitude d'écrire chaque soir. J'avais, en effet, entendu parler de ces notes par plusieurs personnes que peut-être elles effrayaient. Il est certain qu'elles auraient pu fournir la matière d'un ouvrage très piquant, mais bien certainement aussi très scandaleux, »
Cette affirmation n'est pas complètement exacte.
Il est vrai qu'il a rédigé une masse prodigieuse de notes. Il en prenait sur tout ce qu'il lisait, sur tout ce qu'il entendait, sur tout ce qu'il voyait. Événements, impressions, souvenirs, anecdotes, bons mots, il notait tout, de sa petite écriture fine, claire, lumineuse et ordonnée. Méticuleux à l'excès, il n'hésitait pas à copier
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ÀVAUt-PROPOS T
une lettre, une proclamation un décret, on discours qui lui semblaient avoir de l'intérêt pour l'histoire. Une chanson, une pièce de vers, un Anagramme, un article de journal loi paraissaient-ils curieux, il les inscrivait -ur ses petits carnets. A partir surtout du moment où les événements se précipitent, quand la Révélation commence a gronder, puis se déchaîne, il multiplie ses Dotes. Dès lors, il raconte tout ce qui passe, formanten outre de véritables dossiers sur tous les individus mêlés à ces événements, dressant sans relâche des listes Je tontes sortes, listes de députés, de généraux, d'officiers, de membres d'une municipalité, d'amis du Roi, d'ennemis du trône, de condamnés & mort, de guillotinés, de conventionnels, de gens votant de telle on telle manière... A ces listes, il joint des notes biographiques sur ces personnages. Sans se contenter des vivants, il reproduit la généalogie des familles importantes. C'est une encyclopédie ! Au cours de ses uiyagcs. il note avec soin les endroits par lesquels il passe, il décrit les localités, retrace la route, s'attache particulièrement aux études de mœurs.
Quoi qu'en dise M"* Vigéee-Lebrun, ces notes existent encore, dans leur plus grande partie du moins, frites soigneusement et réunies dans un nombre considérable de petits carnets, proprement reliés. Données par le comte d'Espinchal à son fils Hippo- Me, elles ont été léguées par ce dernier à la ville de Clermont-Ferrand, où on les trouvera à la Bibliothèque municipale '. Ces petits volumes sont trop
1. Qu'il me soit permis Ici de signaler la bonne grâce parfaiW avec a.pK-ll» M. le Comerrateor et MM. les Bibliothécaire» ventent bien aider iïj ptrtonnes i)oi viennent travailler dans cette bibliothèque, si riche en imprimes «tan manuscrits admirablement catalogués, et qu'il* acceptent ki i ««pression de ma racanaaisHiicfl pour le contours qne j'ai trouva
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