‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 42 sur 92 · JOURNAL »' É H IGR *T [ (1 H · texte numérisé non relu

JOURNAL »' É H IGR *T [ (1 H

est arrivé depuis et de ce que nous avons lieu de craindre encore. Assurément, on né peut nier l'intérêt majeur qu'a Monsieur d'être attaché aux vrais principes de la monarchie et à la constitution d'un État à la possession duquel il peut un jour prétendre, mais on ne peut se dissimuler qu'au commencement de la Révolution, ce prince a beaucoup influé sur la formation illégale des États Généraux, qui devait nécessairement amener la délibération par tête, la confusion des ordres dont les suites funestes nous ont plongés dans des malheurs dont la France ne pourra se relever de plusieurs siècles. Cependant, une triste expérience ayant éclairé Monsieur sur son erreur, il l'a abandonnée, en dissimulant néanmoins avec prudence jusqu'au moment où il a pu sortir de France et se réunir à son frère. C'est par une suite de celte prudente dissimulation, dont le contraire aurait pu nuire au Roi, que Monsieur a cru devoir se soumettre a des démarches qui, sanB ces puissantes raisons, jetteraient un jour défavorable sur sa conduite. C'est ce qui le détermina à sa ridicule visite au maire de Paris. Depuis que Monsieur est à Gobleutz, il a plusieurs fois témoigné le désir d'effacer entièrement l'impression qu'aurait pu laisser sur son compte une erreur qu'il a hautement abjurée. L'union la plus intime parait régner entre Monsieur et H. le comte d'Artois. Ces deux fràres, devenus nos chefs légitimes pendant la captivité du Roi, restant étroitement liés et ne faisant qu'un, réuniront les vœux, l'amour et l'attachement de toute la noblesse et de tous les bons et fidèles royalistes.

La maison de Monsieur est en ce moment très peu considérable à Coblentz. Plusieurs de ses premiers officiers ont embrassé le parti de la Révolution, tels que Montes* quiou, son premier écuyer ; le duc de Lévis ; le comte de Chabrillant et son fils, ses capitaines des gardes ; le marquis de Noailles, son premier gentilhomme de la chambre ; le. prince de Saint-Mauris, capitaine de ses suisses ; Cadignan, premier fauconnier ; Collier de La Marliere, capitaine des levrettes. Je reviendrai dans un autre moment sur le compte du tous ces démocrates, dont les actions révolutionnaires me donneront plus d'unie fois occasion de parler d'eux. Monsieur est sorti de France *vee le comte

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f Ararmy fils, maître de la garde robe eo survivance de ton père. Moniteur l'a fait capitaiao de ses gardes. Le D&rqui».d.e Fumel, gentilhomme d'honneur, est le seul qui te trouve ici, mais on en attend encore plusieurs autres. Après avoir parlé de Monsieur, il est juste de faire conultre aussi Madame. Madame, fille aînée du roi de Ssrlaigiie, est née le 3 septembre 1763 et s'eat mariée le 14 mai 1771. Arrivant à Versailles avec une tournure assez maussade et uue figure peu agréable, elle n'a eu racheter tous *s désagréments de la nature par aucune qualité aimable. Uncaraetère peu sociable et un défaut que l'on ne peut cooeoucevoir ni excuser dans une femme, surtout de sa naisunes, celui de la boisson, n'ont paa peu contribué à éloigner d'elle un époux auquel elle n'a pas fait sentir les douceurs de la paternité- Madame a toujours vécu a ta cour tans considération ui crédit, point aimée de la Heine, détestée dans sa propre maison, y ayant fait tracasseries sur tracasseries et ayant l'habitude de- manquer à ses togageenents, n'ayant d'autre société que la dama Gour* tùllou, sa lectrice, dont «Ue a lait sa confidente et sa compagne intime. Cependant il /sut convenir que, relativement à la Révolution, il n'y a que des éloges à donner à Madame. Des le commencement des troubles elle s'est réconciliée avec la Reine et, jusqu'au moment de son départ, elle a témoigné à cette malheureuse princesse l'intérêt le plue vif et un dévouement sans borne. Madame, depuis l'ouverture des Etats Généraux, a manifesté hautement les principes les plus royalistes et les a constamment professés de la manière la puis énergique, n'oubliant eu cette occasion ni la dignité de sou rang, ni celle de sa naissance. Elle n'a voulu se soumettre a aucune démarche tuuniliaote, désapprouvant de la façon la plus prononcée ceux qui paraissaient se conformer aux décret» d'une usemblée, dans laquelle elle ne voyait que des sujets ■belles. Enfin elle ne se gênait pas plus au Luxembourg ■r l'expression de ses sentiments qu'aujourd'hui dans le mIqo de Scbonbornshut au milieu de la noblesse émigrée. îvertie du départ de la famille royale, elle prit promptepenl le même parti, u'ayaat avec elle que son amie, la Urne Goorbillon, et M. dé Criminil, sou «cuver ordinaire.

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Elle s'est réunie à Monsieur à Namur, n'ayant éprouvé aucune difficulté dans sa fuite. La comtesse de Baibi, sa dame d'atours, instruite de la sortie de Monsieur, s'est rendue sur-le-champ auprès de Madame, à laquelle elle tînt lieu de dame d'honneur, La duchesse de Caylus et la comtesse de Montleart, dames de compagnie, étant arrivées à Goblentz, ont repris leur service auprès de Madame, ainsi que le jeune comte de Bémnger, chevalier d'honneur en survivance de son père.

M. de Bouille reste peu de temps à Coblentz après le départ de M. le comte d'Artois. Le connaissant particulièmentet allant beaucoup chez lui à Paris, je le revois avec plaisir. Je le trouve fort changé, extrêmement rêveur et comme atterré de son malheur. En effet, il a vu en peu de temps s'évanouir la flatteuse espérance d'être le libérateur de son maître et de jouer le plus beau râle que puisse remplir un sujet Gdële. Le roi de Suède, qui, lors de l'évasion du Roi, était à Spa et a Aix-la-Chapelle, a nommé M. de Bouille lieutenant général de ses troupes. Il paraît que M. de Bouille va se rendre à Berlin auprès du prince de PrusBe et qu'il rejoindra M. le comte d'Artois en Allemagne.

Parmi la grande quantité de gentilshommes qui se rendent à Goblentz il s'en trouve dont la présence indispose ceux dont la conduite a 'été pure et sans reproche. Le comte d'Aubusson, major en second, accusé d'être un zélé membre de La société des amis des noirs et ne s'en défendant pas, reçoit un si mauvais accueil de tout le monde qu'il est obligé de s'en retourner.

Le prince de Saint-MaurÎB, fils unique du prince de Montbarrey, colonel du régiment d'infanterie de Monsieur et capitaine de Suisses de la garde de ce prince, arrive à Coblentz, le 48 de ce mois. A peine la nouvelle s'en estelle répandue que cela occasionne la plus grande fermen- I talion parmi les gentilshommes. Les Francs-Comtois disent ] hautement que M. de Saint-Mauris a été un des plus zélés révolutionnaires de la province, qu'il a été à la tête i" l'administra lion de Besancon, qu'il aurait pu empêcher les horreurs qui se sont commises et les incendies de plusieurs châteaux, qu'il en a favorisé l'impunité et qu'il ne peut

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8tre admis ausBi lestement au repentir. On sait d'ailleurs, à n'en pouvoir douter, que son épouse professe à Paris la démocratie et qu'elle s'est flattée de voir introduire des principes constitutionnels à Cohleutz. Cependant, le prince de Saint-Mauris, averti de toutes les dispositions peu favorables que l'on témoigne sur son compte, reste à son auberge sans paraître. Tons ses amis, qui entourent Monsieur, le protègent en vain. Les têtes de. nos jeunes gens ne t'en montent que davantage et le ton impérieux de H" de Balbi à cet égard n'est pas propre à les calmer. Malgré le ressentiment qu'elle manifeste à ce sujet, le prince de Saint-Mauris est obligé de repartir le lendemain dans la crainte d'un esclandre désagréable pour Monsieur, qui paraît très attaché à cet officier de sa maison. On lui a donné le prudent avis de s'éloigner prompte ment.

Si M. le comte d'Artois eût été ici, il fût peut-être parvenu, d'après la confiance et l'attachement que lui a voués toute la noblesse, à calmer fea esprits et à les disposer & une indulgence, peut-être nécessaire parmi nous, surtout lorsqu'on arrive avec le repentir de son erreur. Lorsque M. le comte d'Artois arriva à Gobleotz, dans le mois de juin, on vit paraître dans les premiers jours le comte Boaon de Périgord. dont la présence excita & peu près la même rumeur. Mais les faits n'étaient paa si graves, quoiqu'on lui reprochât d'avoir manifesté en plus d "une occasion les sentiments les plus démocratiques et particulièrement à la tribune des suppléants, où il applaudissait avec transport les décrets de l'Assemblée pour la destruction de la noblesse. On lui faisait également un crime de rester attaché à un frère aussi profondément scélérat que l'évoque d'Autan, M. le comte d'Artois fit assembler les gentilshommes qui se trouvaient alors à Coblentz ; il leur témoigna le désir qu'avait le comte Boson de se justifier et de faire sa profession de foi. Il le fit paraître au milieu de la noblesse. Là, Boson dit qu'il était animé des mêmes sentiments que les bons et purs royalistes ; il articula qu'il avait la conduite de son frère en horreur, que toute liaison entre févêque d'Aubin et lui était rompue et qu'il publierait hautement ses sentiments à cet égard, s'engageant a les faire consigner dans les papiers publics. Après

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cette explication, H. le comte d'Artois demanda aux gentilshommes s'ils 'étalant contents. Sur l'affirmative, le prince se tournaot vers Boson lui dit : ■ En en cas, je le suis aussi. »

La nouvelle organisation des compagnies de noblesse dont on s'occupe actuellement met tout le monde en rumeur. Chacun voudrait être chef. 11 se fait dee intrigues, même parmi ceux qui jusqu'à ee moment ont donné le meilleur exemple. N'ayant à cet égard aucune prétention et ayant avant la Révolution donné les preuves de mon peu d'ambition par la manière dont je vivais et ayant presque quitté W service, je me garderai bien d'élever aucune prétention. J'attendrai que le règlement me donne la place où je dois servir avec mes compatriotes. Ne voulant pas dire témoin de toutes les petites menées qui se préparent en l'absence de M, le comte d'Artois et que son retour dissipera, je me décide à aller voir les eaux de Spa, ■n'arrangeant pour me retrouver à l'arrivée de M. le comte d'Artois...

SiioUH a Spa du 13 aoot au 1" Bimnaa. — En entrant dans Spa, ja rencontre une infinité de gens de ma connaissance et d'habitants de Paris. On me mène sur-lechamp à la redoute du matin et je me crois transporté au milieu de la capitale, d'après la quantité de jeunes femmes et de jeunes gens que j'y trouve réunis. Je suis bientôt au courant de la vie que l'on mène ici, où l'on ne pense qu'a s'amuser, courir, danser et jouer et où les intrigues amoureuses vont leur train avec plus de liberté qu'en aucun lieu du monde. Cette année, Spa est plus brillant qu'il ne L'a jamais été. C'est avec raison que l'on dit que cet endroit est le rendez-vous de toute l'Europe. On y voit des gens de toutes les nations. Le roi de Suède y a été au commencement de la saison, mais en est parti depuis longtemps et quoiqu'il y ait en ce moment beaucoup de monde, il en est déjà parti un grand nombre. Il y a au moins une centaine de Françaises. Je revois ici avec le pluB grand plaisir H"* la princesse de Lamballè, dans la société dé laquelle j'avais été fort lié il y a quatorze ans, ayant passé une saison .entière avec cette princesse à Plombières et

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ayant pondant oe temps joué ia comédie avec elle. M" la princesse de Lamballe, tendrement attachée à la Reine, mat été avertie du départ de la famille royale, prit éga* forcent le même parti. Elle arriva à Dieppe, non sans courir quelques dangers, et éprouva même quelques difficultés à s'embarquer pour passer en Angleterre. Si elle avait mis à la voile un instant plus tard, elle aurait été arrêtée et ramenée à Paria, s'il ne lui fût pas arriva pis au milieu d'un peuple qui a perdu tout sentiment de respect et d'humanité. Elle a été accueillie en Angleterre avec tous les égards qui lui sont duB et l'intérêt qu'elle inspire. Après avoir séjourné quelque temps à Londres et a Bath, elle s'est rendue à Bruxelles, puis à Aix et à Spa. J'aurai oeca<eion de revenir une autre fois sur le compte de cette bonne et intéressante princesse. Hu de Lamballe a avec elle M" de Las Cases sa dame d'honneur...

La vie de Spa est très amusante pour ceux qui aiment à être toute la journée au milieu du tourbillon du grand monde. Des le matin, on voit toutes les jeunes femmes a cheval, courant les environs sur de petits chevaux du pays appelés « oscalins », parce qu'on ne les paye qu'environ drux ou trois eacalsns pour la matinée. A voir le nombre de nos étourdis à la suite de toutes les belles, à leur gaieté, on dirait que notre triste patrie jouit de la plus profonde tranquillité, que leur souverain et son infortunée compagne, dont beaucoup sont comblés de bienfaits, jouissent d'une heureuse liberté. 11 semble que Versailles les attend pour reprendre leur manège ordinaire. Oo croirait que leur fortune est intacte, que tous leurs parents mènent une vie paisible et ne sont pas journellement exposés sous le couteau des assassins. Enfin je retrouve ici la foule incorrigible des nos insolents de cour. Je les retrouve tels que je les avais laissés peu avant de sortir de France et ai nos malheurs viennent à augxsenter ils n'en changeront pas davantage. Hais revenons à la vie de Spa.

Après la promenade du matin et les petits déjeuners particuliers tout le monde se rend en négligé, vers le midi, au vauxhall, situé presque hors de Spa, sur la hauteur. On y trouve de superbes salles soit pour les bals, soit pour les assemblées et les jeux. La salle principale a 68 pieds

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de long et 38 de large et est fort bien décorée. Dans les autres salles il y a des banques de pharaon, de biribi et de trente-et-un. La principale banque est toujours de trois mille louis. Cette année, le jeu y est très considérable. On reste & ce vauxhall jusque vers trois heures, heure à laquelle chacun va dîner. Les tables d'hâte de l'hôtel de Flandre ou de l'Aigle Noir sont parfaitement servies et on fait généralement très bonne chère à Spa. Les dames mangent dans leurs maisons. Après dtner, pendant que les dames font leur toilette, les hommes vont à la redoute où le jeu est établi pendant deux heures. Le bâtiment de la redoute est situé au milieu de Spa, dans la grande rue. Il y a au rez-de-chaussée café et billard ; au premier, plusieurs grandes et belles salles de jeu et d'assemblée très bien décorées. Près du salon est la salle de spectacle, qui est fort jolie. Ces deux pièces se communiquant servent quelquefois à des bals. La comédie commence à six heures et Gnit à neuf heures. On revient & ta redoute où tout le monde se rend pour la soirée jusque à minuit. Les jours où il n'y a pas spectacle, H y a bal au vauxhall. L'entrée en est de 3 livres seulement pour les hommes. Le reste du temps ces endroits sont ouverts au public sans payer.

Tous les jours on fait la même chose, mais il y a aux environs des promenades charmantes. Il serait trop long d'en donner la description, ainsi que des différentes fontaines d'eaux minérales où les buveurs se rendent dans la matinée. On commence ordinairement & venir à Spa à la fin de juin et tout le monde en part dans le courant de septembre. On y est généralement bien logé, mais chèrement. Indépendamment des auberges, qui sont en grand nombre, il n'y a pas une maison qui ne soit occupée par des étrangers, pendant la saison des eaux. La vie y esl très chère pour un ménage et pour les personnes qui vivent à la grande ; mais un homme sage, qui, pendant quatre mois, voudrait jouir de tous les agréments que l'on trouve à Spa, vivra très bien avec son domestique avec dix ou douze louis par mois. On passe son temps dans la meilleure compagnie, on fait des connaissances intéressantes dans tous les points, on fait très bonne chère, on mène une vie libre et charmante, on trouve de

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quoi contenter à peu près tous ses goûts, mais il faut tâcher de se préserver du jeu et ne s'y livrer qu'avec la plus grande prudence. Malheureusement, la tentation se présente à chaque instant et on a peine à y résister. Ayant on peu essaya de tenter la fortune, elle m'a été un instant favorable. J'ai gagné 40 louis, que j'ai aur-le-champ employés en les remettant au vicomte de Hauroy pour ra'acbeter on cheval de monture.

Spa fait partie de la principauté de Liège, mais la police y est faite en ce moment par un détachement de troupes autrichiennes, et depuis les derniers troubles du pays on recherche ceux qui les ont excités. Nous avons vu exposé au carcan, à la satisfaction des honnêtes habitants, un des principaux acteurs des dernières insurrections.

Nous apprenons ici des nouvelles du voyage de 11. le comte d'Artois. En partant de Coblentz, il s'est arrêté quelques heures chez l'électeur de Hayence, à ABchaffenbourg. Il est arrivé à Vienne le 18, avant le départ de l'empereur, en a été parfaitement reçu et mené par Sa Majesté au théâtre, où il a été très applaudi et a reçu les plus grandes marques d'intérêt. Il a logé chez l'ambassadeur d'Espagne, ne voulant pas voir le constitutionnel marquis de Noaîlles. Le lendemain, il est parti de Vienne en marne temps que l'empereur pour se rendre à la conférence de Pilnitz, où doit se trouver le roi de Prusse, et il doit être de retour à Coblentz du 3 au 5 septembre.

Il arrive ici journellement des Français allant & Coblentz pour se trouver au retour de M. le comte d'Artois. Beaucoup de gens marquants se disposent à y aller. On peut espérer que les affaires vont prendre une bonne tournure puisque les gens de la cour prennent aussi ce parti. Hais on ne voit pour cette année aucun préparatif ni aucune mirche de troupes...

Septembre 1791. — Du 4 au 16. — J'arrivai* de très bonne heure à Coblentz et pour dîner. M. le comte d'Artois, ayant couché à Schwalbach et dîné à Nassau, doit être ici l'après-midi. Depuis 15 jours que je suis absent, le

1 . Après u eoart séjour à Spa, H. <TE*piDchal revint à Coblaati.

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nombre des arrivants est extraordinairement augmenté. Tout le monde va au-devant de M. le comte d'Artois, an moins jusqu'au pont volant. Beaucoup de gentilshommes vont a une demi-lieue & cheval. Tous nos auvergnats établis au Thaï sont de ce nombre. Monsieur, M. le prince de Condé et ses enfants, suivis d'une foule de gentilshommes, passent le pont volant poor se trouvera la descente de voiture de ce prince si cher à la noblesse et aux bons Français. Les deux frères s'élancent avec vivacité dans les bras l'un de l'autre et s'embrassent le plus tendrement. « Vive le Roi ! vivent les Princes ! » se fait entendre mille fois Bar le pont volant et sur les deux rives. Tout le monde pleure de joie et de sensibilité. On ne peut se figurer combien cette scène fut touchante et intéressante. Si quelque démocrate en a été le témoin, qu'il en fasse la comparaison avec toutes les scènes d'horreur dont Paris a été le théâtre. Le maréchal de Broglie se trouve à la descente du pont volant. H. le comte d'Artois l'embrasse, puis se rend à pied à la résidence, avec un cortège de plus de 800 personnes. M. le comte d'Artois a assisté à l'entrevue qui a eu lieu, les 36 et 27 août, à Pilnitz, près de Dresde, entre l'empereur et le roi de Prusse, à l'effet de s'occuper de leurs intérêts respectifs et particulièrement des affaires de France. Il s'en est suivi l'acte suivant :

« Déclaration signée en commun par l'empereur et le « roi de Prusse, le 27 août 1791. Sa Majesté l'Empereur et a sa Majesté le roi de Prusse, ayant entendu les désirs et « les représentations de Monsieur et de M. le comte d'Ar- « tois, se déclarent conjointement qu'elles regardent la

* situation où se trouve actuellement le roi de France

* comme un objet d'intérêt commun à tous les souverains o de l'Europe. Elles espèrent que cet intérêt ne peut man « quer d'être reconnu par les puissances dont le secours

* est réclamé et qu'en conséquence elles ne refuseront pas a d'employer conjointement avec leurs dites majestés les « moyens les plus efficaces relativement à leurs forces, « pour mettre le roi de France en étal d'affermir, dans la a plus parfaite liberté, les bases d'un gouvernement a monarchique également convenable aux droits des sou-

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■ veraïuB et au bien-être de la nation française. Alors et

• dans ce cas, leurs dites majestés l'Empereur et le roi « de Prusse sont résolus, d'agir promptement, d'un mutuel

• accord avec les forces nécessaires pour obtenir le but

• proposé et commun. En attendant, elles donneront à

■ leurs troupes les ordres convenables pour qu'elles soient

■ à portée de se mettre en activité.

A Pilniti, le 17 août (791 .

Signé ; Lsofold et Frédéric-Guillaume.

Assurément, si nous 'sommes contents de cette déclaration, c'est que nous ne sommes pas difficiles. Je la trouve très louche et d'un style entortillé, tel que l'emploie la politique quand on ne veut pas agir de bonne foi. Au surplus, on assure que le roi de Prusse est dans les meilleures dispositions en faveur de notre cause, mais on ne voit pas l'empereur aussi franchement décidé. H. le comte d'Artois a été traité partout avec les égards et la distinction qui loi sont dus. Le baron de Montesquiou, fils du marquis et ministre du Roi auprès de l'électeur de Saxe, s'est absenté de Dresde pour ne pas recevoir M. le comte d'Artois. C'est annoncer assez ses sentiments; & moins d'être décidément démocrate, peut-on se dispenser de rendre ce que l'on doit au frère de son roi ? Il est à remarquer que le baron de Montesquiou est premier écayer de Monsieur, en survivance de son père. M. le comte d'Artois, parti de Coblantz le 13 août au matin, a fait cette longue course en 22 jours et y a mis le zèle et l'activité qu'il apporte depuis deux ans à la cause qu'il a embrassée. Quelqu'un lui disait qu'il marchait sur les traces d'Henri IV : « Je serai plus heu* « reux que lui, répondit le prince : il agissait pour lui et « j'ai le bonheur de travailler pour mon frère. »

La présence de H. le comte d'Artois commençait à devenir nécessaire ici. 11 y avait déjà un peu de fermentation dans la noblesse, relativement au règlement des princes pour l'organisation des compagnies de gentilshommes Monsieur, connaissant la déférence de toute la noblesse aux désirs de ton frère, n'a voulu prononcer sur rien avant son arrivée. Un mot de M. le comte d'Artois apaise tout, fait

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disparaître toutes les réclamations et chacun se conforme au règlement, qui est daté du 19 août dernier. Voici comment les princes s'expriment au commencement de ce règlement :

« Monsieur et Monseigneur comte d'Artois qui, à « l'exemple de Henri IV, prisent comme un de leurs plus « beaux titres celui de gentilhomme français, voulant « mettre cette illustre et fidèle noblesse, que le zèle a raso semblée auprès d'eux et qui de tout temps a été l'ornent ment et le soutien de la monarchie, en état de lui « rendre les services les plus signalés dans la crise dan- « gereuse où elle se trouve, ont décidé et décident ce qui « suit... etc., etc. »

D'après ce règlement, dont le maréchal de firoglie a été chargé, toute la noblesse doit être divisée, soit à pied, soit à cheval, en trois classes : officiers en activité de service, officiers retirés et gentilshommes n'ayant pas servi. Dans chacune de ces classes il sera formé des compagnies de 5i gentilshommes ou officiera, y compris un capitaine en premier, un capitaine en second et quatre chefs de section, etc. Deux compagnies à cheval formeront un escadron, huit compagnies à pied formeront un bataillon. Les rangs doivent se prendre au grade et à l'ancienneté de service. lies princes approuvent les compagnies de gentilshommes de provinces en se conformant pour leur formation au règlement général. Des officiers généraux seront nommés pour commander les escadrons et partie de bataillons. Les gardes du corps et ceux des princes se formeront suivant leurs ordonnances en se conformant au règlement pour la force de leurs escadrons. Les compagnies rouges doivent se former à mesure en brigades de Si maîtres. Les anciens officiers hausse-col ont droit à y reprendre leurs places et les princes nommeront aux brigades les commandants nécessaires.

Quant à l'uniforme, les officiers en activité doivent conserver celui de leur corps. Quant à celui des autres compagnies, il doit être bleu, veste rouge, culotte jaune, boutons de cuivre avec une fleur de lys, plume blanche au chapeau et la cocarde blanche. Les officiers des compagnies seront reçus a la tête de leur troupe, par un offî-

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cîer général avec cette formule : a De par le Roi et de

• Tordre des princes, Messieurs, vous reconnaîtrez pour « votre commandant en premier ou etc.. M. N... et vous

■ lui obéirez en tout ce qui vous sera ordonné par lui « pour le service du Roi de la part des princes. »

Les gentilshommes doivent répondre : a Nous le recon- « naissons et nous promettons sur notre honneur de lui

■ obéir dans tout ce qu'il nous commandera pour le ser- « vice. »

Ce règlement finit par un article sur la subordination conçu en ces termes : « Une subordination exacte et gra- « duelle étant la base invariable de l'ordre et des succès qui

• en résultent à la guerre, Monsieur et Monseigneur comte « d'Artois se persuadent qu'ils n'ont sur cet article irapor- « tant rien à recommander à des gentilshommes, à des « officiers, dont ils connaissent le zèle et qui sont disposés

• à seconder de tous leurs moyens les efforts que ces

■ princes seront bientôt dans le cas de faire pour remettre « le Roi sur le trône et rétablir l'ordre et la tranquillité « dans le royaume. »

Nos compagnies d'Auvergne s'organisent conformément à ce règlement. En ce moment, nous formons déjà un escadron bien complet. Le commandeur de Seyssel, ancien capitaine de vaisseau, Agé de 67 ans et dont la commanderie est en Auvergne, commande la première compagnie, et je commande la seconde. Nos deux commandants en second sont le vicomte de Montboissier-Canillac et le comte de Retz. D'après les avis que nous recevons de notre province, nous pourrons encore former quelques compagnies. Je donnerai par la suite un état exact de notre coalition ainsi que l'acte par lequel nous nous sommes unis '.

Le nombre des gardes du corps augmente chaque jour; ils arrivent ici par vingtaines. Dernièrement, 12 gardes de la compagnie écossaise, portant avec eux leur étendard, sont venus rejoindre le corps. Le prince de Naasau-Siegen, actuellement général de terre et de mer au service de

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l'impératrice de Russie, ayant eu la permission de sa souveraine de se rendre auprès de M. le comte d'Artois, est venu offrir ses services aux princes. Partout où il y a quelque occasion d'acquérir de la gloire et de la célébrité, on est sûr de voir arriver le prince do Nassau Sa vie entière ferait un beau roman de chevalerie. Le prince de Nassau est reconnu eu cette qualité dans toute l'Europe, excepté danB l'empire. Son grand-père était le dernier des fils du prince de Nassau, chef de la branche de Nassau-Siegen, mort en 1699. Il était général feld maréchal lieutenant de l'empereur en 1734 et avait épousé, à l'âge de 23 ans, la fille de Louis de Mailly de Neele et de M"* de Coligny.

Le prince de Nassau est né en 174... et est d'une tour* nure agréable et leste. C'est sans contredit un des hommes les plus courageux de ce siècle. U pousse la bravoure jusqu'à la témérité, et il en a donné des preuves multipliées dans toutes Les circonstances de la vie la plus active. Il eût opéré les plus grandes choses s'il eût eu plus de tenue dans le caractère, moins d'inconstance dans sa conduite, s'il eût eu une éducation plus soignée et s'il avait plus do moyens et de capacités. A peine le prince de Nasaau a-t-il été connu à Paria et à la cour qu'il y a fait des dépenses si considérables que, pour mettre de l'arrangement dans seg affairas déjà délabrées, il se décida à faire le tour du monde avec M. de Bougainville. U s'embarqua en 1766 et revint de ce grand voyage en 1769, ayant eu pendant ce temps les aventures les plus romaueBques, tantôt se signalant à O-Taiti et dans les îles de la Société par les exploits les plus galants en présence de tous ses compagnons de voyage, tantôt en' ayant un combat à mort avec un tigre royal, qu'il tua au moment où il allait en devenir la proie. Après son retour en France, le prince de Nassau obtint la propriété du régiment de Roy al-Aliemaod. Il se remit dans le train des plue folles dépenses, tenant partout un étal de prince et contractant des dettes si considérables qu'il se vit obligé de vendre des terres qu'il tenait de sa mère, en France. U fut obligé, par les racines raisons, de traiter avec le prince de Lambesc pour la propriété de son régiment, qu'il lui vendit. Mais ne pouvant rester dans l'inaction, il leva une légion avec laquelle il

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devait faire une descente à Jevrey '. Il fit ensuite lie projet d'aller faire des conquêtes sur la côte d'Afrique et de s'établir une souveraineté. Déjà il avait pris un chancelier, l'abbé Beaudeau, qui donnait en son nom des patentes, des titres, d'après le gouvernement féodal qu'il se proposait d'établir dans ses états. Tous ces projets extravagants ont réellement existé et les bureaux placés dans son hôtel, à la barrière Blanche à Paria, ont été vus par qui a voulu s'en convaincre par ses propres yeux.

Tout ce superbe plan s-'étant facilement évanoui, le prince de Nassau passa en Espagne et entra au service de cette cour. Il se livra avec ardeur au système de M. d'Arçon pour les batteries flottantes qu'on devait employer devant Gibraltar. Quelque périlleuse que dut être cette entreprise, il monta une de ces batteries et échappa aux dangers qui semblaient le menacer. Il fut fait grand d'Espagne et obtint du roi des concessions considérables, dont un autre eût tiré meilleur parti, mais dont il dissipa promptement le produit. Il fit un voyage à Varsovie, puis à Berlin, passa à Vienne, vint faire un tour à Paris «t retourna à Madrid, ayant couru pendant cinq mois et ayant pendant ce temps mangé et vécu avec cinq ou six souverains. Depuis, il a épousé une princesse polonaise, riche et divorcée. Il a quitté le service d'Espagne et, retournant à Varsovie, il B'est fait naturaliser Polonais. Je ne craindrais pas d'avancer que le projet d'être un jour élu roi de Pologne ne soit entré dans sa tête insensée. Le prince de Nassau a été depuis offrir ses services à l'impératrice de Russie, à laquelle son caractère actif et chevaleresque a eu le bonheur de plaire. Il y est devenu, en très peu de temps, général de mer et la fortune l'a si bien servi qu'il a eu l'avantage de gagner une bataille navale contre le roi de Suède en personne. La reconnaissante Catherine l'a comblé de faveurs, de dignités, de grâces pécuniaires.

C'est dans cette brillante position qu'il arrive h Coblentz et qu'il y rejoint la princesse de Nassau, qui l'y attendait. Il monte sa maison sur le plus grand état et veut avoir presque tous les jours trente h quarante couverts. Les

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princes l'ont admis à leur conseil. Il nous annonce les dispositions les plus favorables de la part de l'impératrice de Russie. La princesse de Nassau a été d'une figure agréable et a encore des prétentions. Elle a infiniment de piquant dans l'esprit. Elle conte avec beaucoup de grâce, mais badine un peu trop avec la vérité. Elle est en son nom princesse Sangusco et divorcée Sapieha. Elle s'est amourachée a Spa du prince de Nassau et l'a épousé en 1*7... ; elle lui a apporté de belles propriétés en Pologne. Elle n'a pas d'enfant, mais a avec elle une jeune personne, fruit des anciennes amours du prince de Nassau avec la dame Fleury, allemande et célèbre courtisane de Paris.

Ce qui occupe le plus nos princes en ce moment est une lettre au Roi, par laquelle ils paraissent protester contre tout ce qui s'est fait jusqu'à ce moment et contre la nouvelle constitution qu'il semble que le Roi va accepter. Cette lettre doit être portée à Sa Majesté de la part de ses frères avant la clôture de l'Assemblée. Mais il y a tout lieu de croire qu'elle arrivera trop tard. Cette lettre est lue à toute la noblesse et doit être imprimée et distribuée avec profusion '. M. de Calonne jouissant de toute ta confiance de M. le comte d'Artois est l'auteur et le rédacteur de la lettre au Roî.

16 ac 30 septembre. — Une grande partie des gardes du corps déjà arrivés se rendent à cheval et en troupe au château de Schônbornslust et présentent leur étendard aux princes. Le duc de Guiche est à leur tête et l'électeur est présent à cette espèce de revue. On ne peut être meilleur parent que l'est en cette occasion ce prince de la maison de Saxe, oncle du Roi et de nos princes. Clément- Venceslas, prince de Saxe, né le 28 septembre 1739, est le plus jeune des fils de Auguste III, roi de Pologne et électeur de Saxe, père de feue M"" la Dauphine, mère du Roi. Il a été éluélecleur et archevêque de Trêves, le 10 février 1768. Ce prince réunît les meilleures qualités; il est bon, charitable, très religieux et vit très honorablement. Ses revenus, toutes charges payées, peuvent aller à près de deux millions, parce qu'il est en même temps prince-évêque

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d'Augabourg depuis 1168. Il est impossible do montrer plus d'intérêt à notre cause et d'être plus accueillant pour tous les bons français que ne l'est ce bon et respectable électeur. Mais il manque d'énergie et de caractère vis-à-vis de sa régence, qui ne montre pas des dispositions aussi favorables et dont les membres sont déjà imbus des principes démocratiques. L'électeur cependant ne met aucun obstacle à la formation et à l'établissement des différentes compagnies dans . l'électoral. Il s'en forme de tous les côté» et son ministre se prêto à assigner des cantonnements à toutes ces troupes. Il paraît être en tout aux ordres de nos princes à cet égard et pour tout ce qui concerne l'organisation de la noblesse- Le baron Duminique est extrêmement honnête pour tous les Français et, en mon particulier, je ne puis que me louer de ses extrêmes politesses. J'ai plusieurs fois mangé chez lui. ainsi que chez le baron de Kerpen, président de la noblesse immédiate de ce pays et dont l'épouse est infiniment aimable. Je passe h peu près toutes mes soirées chez cette dame, qui montre le plus grand désir de se former une société française et voit plusieurs de nos dames, dont le nombre est déjà augmenté

Cependant on s'occupe à Coblentz, ainsi qu'à Worms, de l'organisation des compagnies. Déjà on manoeuvre sans trouver d'obstacle à cet égard. Tout le monde acheté des chevaux et très cher. Les arrivants de France ont tous de l'argent et personne ne regarde à la dépense.

Les brigades déjà formées des nouvelles compagnies rouges et notre escadron d'Auvergne se rendent en troupe à Schonbornslust et y passent la revue des princes. Monsieur y fait authentiquemenl, au nom du Roi, la réception des officiers. Nos deux compagnies font l'admiration de tout le monde, par la beauté de nos chevaux et la manière dont nous nous présentons. Notre petite troupe a l'air d'un corps formé depuis longtemps. Nous avons adopté pour uniforme, avec l'agrément des princes, habit bleu, collet et parements jaunes. Nos chevaux seront équipés uniformément avec de belles chabraques de peau d'ours. Ce qui est remarquable, c'est de voir dans nos deux compagnies huit commandeurs de l'ordre de Malte et une treo-

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S7* JOURNAL D'tHlGRATION

taine de chevaliers. Une section entière est composée de la famille Boaredoo.

M. le comte de Romanzow, ministre de l'impératrice de Russie auprès des cercles, arrive à Coblentz avec des lettres de créance auprès de nos princes. M. le maréchal de Broglie, à la tête do toute la noblesse qui est ici, fait une visite au comte de Romanzow et te harangue. Le ministre répond avec la grâce du français le plus instruit et le plus aimable. La protection marquée de l'impératrice de Russie détermine la noblesse à adresser une lettre a celte souveraine. Elle est signée par tous les gentilshommes cantonnés dans l'électoral et dans les pays voisins et généralement par presque tous les émigrés. La lettre faite par M. de Macarthy-Levignac est celle qui est adoptée pour être adressée à l'immortelle Catherine '.

Enfin, il semble que nos affaires vont prendre une tournure plus favorable, et, d'après les démonstrations de l'impératrice de Russie, on doit croire que les principales puissances de l'Europe vont se mettre en mesure d'agir, au moins au printemps prochain. La captivité de notre malheureux souverain est plus que jamais constatée. Son acceptation de la nouvelle constitution ne peut être regardée comme un acte libre, et, s'il jouit en ce moment des apparences de la liberté, il n'en est pas moins gardé à vue. Il n'a pas le choix de ses ministres. Ceux qu'il a auprès de lui et qu'il a été obligé de prendre sont tous vendus au parti jacobin. Nos princes assurent ici très hautement toute la noblesse assemblée auprès d'eux que rien ne fera changer leurs sentiments et qu'ils seront invariablement et éternellement attachés aux vrais principes de la monarchie française. Cependant il est question en ce moment d'un congrès composé de ministres des principaux souverains de l'Europe et convoqué à Aix-la-Chapelle. Il paraît que le baron de Breteuil jouit toujours de la confiance du Roi et de la Reine. Il a conservé un grand crédit à la cour de Vienne; il y a des agents, ainsi que dans d'autres cours, et il travaille à quelque nouvelle négociation qui va tra-

1. Cette lettre, ainsi que la harangue du maréchal do Broglie an comte Romanzow, se trouve aux appendices, a la Un du tome V du manuscrit de H. d'Esplnchal.

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verser les projets de nos princes. Le baron de Breteuil n'a pas perdu l'espoir de rentrer au ministère et le peu de ménagement qu'il a montré pour M. le comte d'Artois peut lui faire craindre d'en être éloigné si nos princes prenaient plus de consistance et de crédit. Le baron de Breteuil s'est établi à Bruxelles avec sa famille. Il y est fort bien traité de l'archiduchesse Christine, qui affecte de mal recevoir les émigrés qui sont en grand nombre dans le Brabant.

Le nombre des arrivants à Coblentz est tellement considérable qu'on remarque qu'il n'y a que très peu de familles marquantes qui n'aient envoyé quelques-uns de leurs membres auprès des princes. Nous y voyons des Montmorency, des Durfort, des Choiseul, des Kohan, des La Trémoille, d'Harcourt, Périgord, des Montboissier, des La Tour d'Auvergne, des Uzes et CrusBol, des La Rochefoucauld, des Broglie, des Mortemart, Villequier, Castries, Bavré et Crouy, des Coigny, Caumont La Force, Mailly- Nesle, des Grammont, Maillé, Craon, de Gand, Brancas, de Rîeux, Pleury, Richelieu, D'Eacars, Gossé et une infinité d'autres.

La maison de Noailles est peut-être la seule que l'on pourrait citer comme exceptée de celle respectable liste. On ne peut penser sans indignation à l'ingratitude de cette famille que les bienfaits de nos rois avaient depuis cent ans élevé au plus haut degré d'illustration et de richesse*

1. A la salle de ce passage, 11. d'fCspincbal donne (t. V, p. 13 et inir.) de* notes biographiques asseï détaillées sur an certain nombre de membres de la famille de Noailles.

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