‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 43 sur 92 · CHAPITRE XIII L'ÉMIGRATION AUGMENTE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII L'ÉMIGRATION AUGMENTE

Octobhk 179i. — Le )" octobre, l'électeur, ayant été quelque temps absent, revient à Coblentz. Les Français s'empressent à témoigner à ce respectable prince la reconnaissance dont ils sont pénétrés et la vénération qu'inspire sa conduite envers nos princes et envers la noblesse Depuis que le Roi a accepté et sanctionné la nouvelle constitution, les prisons, ainsi que je l'ai déjà dit, ont été ouvertes et l'Assamblée a accordé une amnistie à tous les coupables de lèse-nation. Nous voyons arriver ici plusieurs de ceux qui ont profité de cette faveur. Les trois prisonniers de Lyon sont de ce nombre, le marquis d'Escars, Teissonnetet Guillin, Ils étaient dans les prisons de l'abbaye Saint-Germain depuis leur arrestation à Lyon, à la fin de l'année dernière. Le marquis d'Escars, possédant des terres dans notre province, ne veut pas servir ailleurs qu'avec les gentilshommes d'Auvergne et, quelqu'attachement qu'il ait pour M. le prince de Condé, il refuse d'être son aide de camp et s'engage avec nous. M. Terrats de Teissonnet, capitaine d'infanterie, accepte cet honneur. En même temps, arrive ici le comte Charles de Damas, sortant des prisons de l'Abbaye où il était détenu depuis la funeste arrestation du Roi à Varennes. Le comte de Damas est colonel du régiment de Monsieur et gentilhomme d'honneur de ce prince. Il a eu une conduite pure et prononcée depuis le commencement de la Révolution. Il a maintenu la discipline dans son régiment jusqu'au dernier moment et, ayant été employé avec ses dragons dans le Lyonnais, la province lui a dû sa tranquillité. Il est frère de la charmante et aimable M"* de

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L ÉHIUBATION AUGMENTE ITT

miaae dont je ne pois m'empéoher de dire deux mots. La comtesse de Simiane est veuve depuis quelques inées du comte de Simiane, lequel, amoureux sana sue* « et mari sans jouissance, ne put supporter la vie et se ,-ûla la cervelle. La comtesse de Simiane, dame de coraiguie de Madame, a été un des ornements de la cour de raoce. Figure, taille, tournure, grâce, un ensemble ichanteur, de l'amabilité, de l'esprit, an* coquetterie éceate, elle a tout ce qui peut plaire et séduire. Dès vant la Révolution, elle avait été sensible pour le héros 'Amérique. C'est avec regret qu'on est forcé de la comreadre au nombre des dames démocrates, mais, nièce liérie du duc de Ghatelet, amie de coeur de La Fayette, itimement liée avec la comtesse de Tessé, il eût été dificile que ses principes ne fussent pas un peu conformes à eux des personnes avec qui elle vivait habituellement. jais sa démocratie est douce. Pour sauver le comte parles de Damas, son frère, on ne doute pas qu'elle n'ait nigé de La Fayette d'employer tout son crédit en cette :ircons tance pour obtenir l'amnistie qui vient d'avoir lieu. Il faut en conclure que l'amour est le plus puissant des lieux. 11 inspire des actions généreuses et fait adoucir les ueurs les plus féroces.

Le duc de Choiseul est également hors de prison, mais il est resté en France et se voue, à ce qu'il paraît, au sort de son maître et de la Ruine sa bienfaitrice. Les trois gardes du corps : Valory, JAaledant, Moustier, qui avaient accompagné le Roi et qui avaient été emprisonnés au retour à Paria, arrivent aussi à Coblentz.

Le landgrave de Hesae-Rothenbourg passe a Coblentz et peste deux ou trois jours. Il vient me voir. J'étais fort lié avec lui à Paris où il passait ordinairement ses hivers. Il pense un peu différemment de son frère, le prince Charles de Hesse, qui est au service de France, maréchal de camp, et qui jouissait d'un traitement assez considérable. Ce mauvais sujet, dont l'âme est ausBi empestée que ia personne, a embrassé avec ardeur le parti de la dévolution autant par amour de l'argent que par inclination. Il est enragé jacobin et peut être compté au nombre fe& plus scélérats.

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Le comte de Fersen, colonel propriétaire de Royal-Suédois, célèbre par l'attachement qu'il avait inspiré à une grande et malheureuse princesse, passe à Coblentz et soupe à Schônbornslust avec nos princes. Il a élé obligé de s'évader de France, se trouvant compromis dans la sortie du Roi. Il s'était chargé de faire faire la voiture dans laquelle devait voyager l'infortunée famille royale et il parait qu'il a servi de cocher pour sortir de Paris et arriver à la première poste.

Le 7, le feu prend à Coblentz, sur le bord du Rhin. L'électeur, s'y étant transporté sur-le-champ, est témoin du zèle avec lequel tous les gentilshommes français travaillent à l'éteindre et y contribuent beaucoup plus que les habitants du pays M. le prince de Condé fait de fréquents voyages de Worms ici ; il vient en ce moment pour apaiser une division qui s'est élevée, dans le conseil des princes, entre M. de Calonne et le marquis de Jaucourt que Monsieur protège ouvertement. Calonne l'accuse de trahison, ne veut plus se trouver avec lui et, sous prétexte de sa santé, va s'établir aux eaux d'Ems, à trois lieues de Coblentz. M. le prince de Condé parvient à arranger cette affaire et ramène M. de Calonne. Mais il en reste un vernis désagréable sur le compte du marquis de Jaucourt, d'ailleurs peu goûté de la noblesse à cause de sa liaison intime avec la comtesse de Balbi et de l'air important qu'il affecte vis-àvis de tout le monde.

Depuis l'acceptation de la constitution, l'émigration est plus forte qu'elle n'a jamais été. Chaque jour on voit arriver à Coblentz 60 à 80 personnes. On part ouvertement de Paris pour se rendre ici. Quelquefois on trouve des obstacles à la frontière, mais plus souvent grande facilité. Un grand nombre d'officiers émigranta s'arrêtent en Brabant, particulièrement à Ath, où ils se forment en compagnies, sous l'inspection et les ordres du loyal comte de La Châtre, maréchal de camp et premier gentilhomme de la chambre de Monsieur. Le comte de La Châtre était député de la noblesse du Berry aux Etats Généraux. Il a élé pur dans sa conduite, comme il l'est dans ses principes, et a constamment siégé au coté droit. Dès le commencement des troubles, au risque de déplaire à son prince qui l'honorait de son

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amitié, il s'est ouvertement montré contre les innovations qu'a produites le système populaire et qu'a amenées la double représentation du tiers. Les affaires dérangées de la famille du comte de La Châtre l'engagèrent, pour les raccommoder, à contracter une alliance dont il a dû promptement Be repentir et qui, en ce moment, lui donne le chagrin d'avoir pour épouse une des plus zélées démocrates de la capitale. La comtesse de La Châtre est fille atnée de feu Bontems, premier valet de chambre du Roi, dont la veuve a épousé depuis le comte de Bissy et laquelle est tille de Teyssier, de son vivant notaire au Châtelet de Paris et chargé des affaires de Samuel Bernard. Le riche financier Beaujon ayant épousé une sœur de Bontems et dotant sa nièce, le comte de La Châtre se décida à ce mariage, dans l'espérance d'en tirer par la suite beaucoup plus qu'il n'en a eu. La comtesse de La Châtre est grande, jolie et très agréable ; destinée à devenir un peu grasse, elle est parvenue, au détriment de sa santé, à s'amaigrir et à paraître bien faite. Elle est aimable mais très coquette et naturellement un peu galante. Au commencement delà Révolution, se trouvant depuis quelque temps intimement liée avec le comte François de Jaucourt, elle a dès le principe manifesté les mêmes sentiments que son amant. Dès lors, le boudoir de MD> de La Châtre est devenu le lieu de réunion de tous les agréables du parti démocratique, parmi lesquels on distinguai t principalement le» Lamoth, Barnave, le prince de Broglie, etc. Elle a été citée comme une des plus zélées patriotes. On l'a vue partout où elle a pu donner des preuves de son civismes. Elle a paru aux tribunes de l'Assemblée, dans les jardins et promenades publiques, Duivie d'une cour révolutionnaire. Elle s'est fait remarquer au champ de Mars avec la princesse de Broglie et quelques antres de même trempe, lorsqu'il a été question d'y élever l'autel de la Patrie pour la fédération du 14 juillet 1790. Elle y traînait la brouette avec ses dignes compagnes, ne ' s'effarouchant pas de tous les propos libres qu'elle pouvait entendre et que la décence ne permet pas de répéter. Enfin, elle est connue comme une des plus zélées constitutionnelles de la capitale. Mais revenons à l'aristocratie. Les officiers de la marine sortent de France en foule et se ren-

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dent en Brabant, où ils se réunissent à Enghîen et à Binch. On y voit leurs principaux chefs. Lu comte Hector, lieutenant général, en est le plus ancien et les commande.

L'Assemblée Nationale a enfin terminé ses séances, le 30 du mois dernier, et la nouvelle assemblée s'est installée le i" octobre. Ainsi qu'on l'avait pu penser, elle est composée généralement des plus enragés jacobins des départements et remplie de mauvais sujets connus depuis longtemps pour tels. On y compte un grand nombre d'avocats et de médecins, quelques prêtres jureurs et quelques-uns des nouveaux évoques, peu de militaires, et il est à remarquer que ceux de ce nombre sont du corps du génie et de l'artillerie. Lea gentilshommes ne sont pas au nombre d'une douzaine. . .

Depuis la clôture de l'Assemblée Constituante, une grande partie des membres du côté droit de l'ordre de la noblesse et quelques-uns du clergé et du tiers état sortent de France, arrivent à Coblentz et doivent se réunir à Trêves, pour y signer une protestation très étendue sur ce qui s'est fait depuis deux ans. Ne valait-il pas mieux dûs lo commencement se retirer tous de l'Assemblée que d'y opiner inutilement et de donner, par de longues discussions, plus de consistance à tous ces décrets, contre lesquels ils veulent aujourd'hui prolester ? Au surplus, ils sont bien reçus par nos princes et pur l'électeur. Toute étiquette est levée pour eux. Ils sont invités à dîner, même ceux du tiers1. Dans ce nombre, on distiogue le marquis de Bonnay, sous-lieutenaut dus gardes du corps, dont les principes ont paru être pendant quelque temps uu peu douteux, et que l'on a vu, non sans étonnument, président de l'Assemblée lors de la Fédération du 14 juillet 1790. 11 a d'abord été reçu assez froidement, mais il a si bien défendu les gardes du corps et il s'est si bien prononcé eu faveur du Roi, lors de son arrestation, que ses camarades l'ont bien accueilli. Dans les députés du tiers sont : Martin d'Auch, Guillermy, Henri de Longue ve, Durget, Roi, Gontior-Biran, Dutreisse-

1. On trouvera, en appendice, à. la En du quatrième volume du inanoicril de M. d'Iispinchal, la liste des députés de la noblesse qui se sont rendus auprès des princes et ceux du tiers-étal qui ont fait la campagne de

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Duchey. Casalee est ausBÎ venu ici. En rendant justice à sa coaduile énergique, à ses talents, on est fâché de le voir délirer encore une tenue d'États Généraux et une nouvelle assemblée. Assurément on devrait en être dégoûté. Mais il y a des gens à qui il faut une tribuns et un auditoire. . .

Le 29 de ce mois, l'abbé Maury, annoncé depuis longtemps, arrive enfin à Coblentz. Il est reçu avec une distinction marquée, autant par les princes et l'électeur que par la noblesse. Il en a été de même sur toute sa route : à A th, dans les cantonnements du Brabant, à Bruxelles, à Aix, partout où il a passé et séjourné. Les auvergnats lui font nne visite de corps. Il ne reste que peu de jours à Coblentz, se pressant d'aller à Rome, où l'on assure qu'il recevra la juste récompense de ses travaux et de ses efforts pour la cause de la religion et de la monarchie. Le chapeau de cardinal lui est, dit-on, promis. Ce sera assurément une superbe fortune...

Le triomphe de l'abbé Maury fut complet le soir à la résidence. Le nombre des émigrés réunis à Coblentz étant devenu énorme, il en vint plus de 500 pour le voir et lui rendre une espèce d'hommage. Les princes se trouvant au milieu de celte cour aussi nombreuse, M. le comte d'Artois demanda à l'abbé Maury s'il le trouvait changé : — «Je vous trouve grandi, Monseigneur, lui répondit l'abbé. »

A la On de ce mois, en date du 30 octobre, les princes font paraître un règlement ' pour la police et l'établissement des cantonnements. On y lira avec plaisir la lettre qu'ils adressent aux chefs des cantonnements, en leur envoyant ce règlement. On y verra la manière dont ils parlent à la noblesse, les soins paternels dont ils paraissent occupés pour les gentilshommes qui se réunissent à eux et, pour ne pas laisser le moindre doute sur leurs principes, ils y joignent la promulgation des sentiments dont ils sont animés. Le style en est franc et loyal et digne d'Henri IV, leur aïeul. Ce règlement est généralement approuvé mais est distribué si ouvertement que l'Assemblée Nationale ne peut man-

I. Ce règlement se trouve on appendice, à la suite du louie V du manuscrit île H. d'F!spinclial. avec divers autres règlement* ou documents relitlib & l'organisation de l'armé* doi éinigrdt.

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quer de faire des réclamations. Les princes, comptant sur des secours des puissances étrangères, promettent aux gentilshommes montés 75 livres par mois et 45 livres à ceux qui sont à pied. Les auvergnats, ne voulant pas être à charge aux princes, déclarent qu'ils ne prendront rien et qu'ils serviront entièrement à leurs frais.

Novembre 1791. — Do 1" au 30. — Le nombre des arrivants ne fait qu'augmenter. On part publiquement de Paris pour se rendre à Coblenlz. Noub avons vu arriver ici plusieurs voitures du bureau des coches, avec la livrée du Roi, remplies d'émigrés, ayant fait leur route sans la moindre difficulté. En entrant dans la ville, on est conduit chez M. Prioreau, ancien grand prévôt de maréchaussée à Versailles, lequel examine l'arrivant et en prend note. Pour aider le sieur Prioreau dans ce travail, qu'au commencement il faisait tout seul, ou lui établît un bureau, avec une commission de l'électeur, et ou lui adjoint M. Rey, ancien lieutenant de police de la ville de Lyon, très actif el très intelligent. Avec ces moyens, on devrait empêcher qu'il ne s'introduise des gens suspects. Mais la régence du pays favorise les démocrates et met obstacle aux sages précautions de l'électeur. — L'archevêque de Reims et l'évêque de Laon arrivent à Coblenlz pour rendre leurs devoirs à nos princes et s'enrelournentàAix. Tous deux étaient députés et membres du côté droit. Les princes paraissent se décider a passer l'hiver ici et prennent leurs arrangements pour quitter le château de Schônbornslust et venir s'établir à la ville. On fait en conséquence les dispositions nécessaires et ils louent une maison considérable, qui ne peut cependant loger que leurs personnes et un très petit nombre de celles qui leurs sont attachées et pour lesquelles ils payent de gros loyers en ville.

4 novembre. — Le temps est affreux et il tombe beaucoup de neige. C'est aujourd'hui la Saint-Charles, fête de M. le comte d'Artois. Tout le monde se rend avec le plus grand empressement à SchPnbornslusi pour rendre ses devoirs à un prince qui doit être l'idole des Français. Les auvergnats s'y rendent à cheval et en troupe et se mettent en bataille dans la cour du château.

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8 novembre. — L'électeur ouvre à la résidence les états du pays de Trêves, consistant en clergé et tiers, la noblesse relevant immédiatement de l'empire. L'esprit démocratique s'y manifeste comme partout. On y parle au souverain d'un ton absolument différent d'autrefois. Les états demandent la dispersion des corps d'émigrés qui se forment dans le pays de Trêves. Il est visible qu'ils sont poussés à cette démarche par les agents de l'Assemblée Nationale. Tout cela n'empêche pas d'augmenter chaque jour le nombre des cantonnements, tant il arrive d'officiers et de gentilshommes. Les gardes du corps sont déjà classés en quatre compagnies, lesquelles sont déjà considérables. Un grand nombre d'officiers a rejoint le corps et il paraît qu'il en manquera fort peu, quelques démocrates et les infirmes.

Le comte de Montboissier, le plus ancien lieutenant général de l'armée, âgé de près de 80 ans, se rend auprès des princes, qui donnent à ce respectable vieillard le commandement général des compagnies rouges. Le comte de Montboissier est né en décembre 1712. Sa maison tient un des premiers rangs dans notre province. Après la réforme des mousquetaires, dont le comte de Montboissier commandait une compagnie, il fut décoré de l'ordre du Saint- Esprit et obtint le commandement en chef de l'Auvergne. C'est un de ces braves et loyaux gentilshommes, sur les sentiments et l'honneur desquels on peut compter, mais qu'il est prudent de ne pas employer en affaires politiques et de gouvernement. Ayant élé de la première convocation des notables en 1787, il Tut rappelé à celle de 1788. H donna sans mauvaise intention sa voix en faveur de la double représentation du tiers aux États Généraux, dans le bureau de Monsieur dont il était, sans autre raison, en reveuant d'un assoupissement, que parce qu'on lui dit que c'était l'opinion de Monsieur. Le bureau était en ce moment partagé et cette voix était décisive. On se souvient avec quelle perfidie Necker se prévalut de l'opinion du bureau de Monsieur dans son insidieux rapport au conseil. Le comte de Montboissier fut nommé depuis député de la noblesse de Clermont aux États Généraux. Il arriva à l'Assemblée porteur d'un excellent cahier, dont les principes étaient

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purs et conformes à ses sentiments. Se trouvant le plus âgé des gentilshommes, il a présidé, pendant les commencements, l'ordre de la noblesse, jusqu'au moment où la chambre eût élu le duc de Luxembourg. Le comte de Montboisster a été très prononcé au côté droit et sou opinion a été invariable tant qu'il est resté à l'Assemblée. Il l'a quittée longtemps avant la clôture et est sorti de France avec son épouse, M"* de Rochechouarl, femme de mérite, royaliste zélée, autrefois très jolie et constamment aimable, et avec la marquise de Mirepoix, leur fille unique, épouse du marquis de Mirepoix, député de Paris. Ile sont établis à Bonn.

L'Assemblée prenant de l'inquiétude de l'énorme émigration qui augmente journellement ainsi que des rassemblements qui se font à Coblentz et dans les électorats de Trêves et de Mayence, prononce un décret sur les émigrés, que le Roi refuse de sanctionner et sur lequel il met son veto. Dans le même temps, le Roi écrit à ses frères pour les engager à rentrer. Le ton de celte lettre est dur, d'un style qui n'a jamais été te sien, qui prouve qu'il y a été forcé et combien sa captivité est évidente.

12 novembre. — Les princes quittent définitivement le château de Schôrhornslusl et s'établissent à Coblentz. Ils y montent un état de maison énorme, une salle des gardes, des pages, nombreuse livrée, des sentinelles à leur appartement, à peu près cent couverts par jour. Il leur est arrivé beaucoup de monde de leur maison et ils nourrissent tous ceux qui leur sont attachés. Ils sont assez mat logés pour un si grand étalage, qui parait un peu précoce et afflige les gens raisonnables. Chaque prince a remis sur pied ses deux compagnies dos gardes. Elles sont déjà complètes et il y a même déjà beaucoup de surnuméraires. Cela forme à peu près 300 gardes, bien vêtus et galonnés, montés et équipés et recevant 90 livres par mois. Toutes ces dépenses sont enrayantes, excepté pour l'incorrigible Galonné qui est chargé du la partie des finances et qui se croit encore contrôleur général. Cinq jours la semaine, les princes ont un grand dîner et reçoivent toute la noblesse et les présentations des arrivants, jusque à cinq heures et

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demie, heure à laquelle ils rentrent dans leur intérieur, ainsi que Madame. Cette princesse se renferme chez elle et ne voit personne jusqu'au lendemain. Les princes vont à leur conseil, qui est habituellement ainsi composé : Monsieur, H. le comte d'Artois, M. le prince Xavier de Saxe, le prince de Nassau, l'évêque d'Arras, le marquis de Jaucourt, le maréchal de Broglie, le comte de Vaudreuil, Calonne, le baron do Flachslanden ; de plus M. le prince de Condé et H, le duc de Bourbon quand ils viennent à Coblentz, ainsi que le maréchal de Castries et le marquis de La Queuille. Le marquis de Bouille y est aussi entré.

M"* de Balbi étant, comme dame d'atours de Madame, logée dans la maison deB princes. Monsieur passe chez elle tout le temps qu'il n'est pas occupé d'affaires. Le soir, avant neuf heures, ta porte de M"" de Balbi est ouverte pour une liste de personnes qui conviennent aux princes. On y trouve Monsieur, et M. le comte d'Artois s'y rend exactement et y reste jusque passé minuit. Il faut convenir que M*" de Balbi est extrêmement honnête chez elle. On y est très librement. Monsieur, habitué à souper, y a une table de dix à douze couverts. Cette maison est infiniment agréable. On y voit les princes tant qu'on veut, ainsi que tous les gens marquants passant à Coblentz. On y trouve tous les papiers publics et on y est très au fait de toutes les nouvelles politiques. J'y vais exactement tous les soirs. Je suis également bien traité des deux princes et le comte de Cossé m'a dit, de la part de Monsieur, de venir dîner quand cela me conviendrait. J'en profite à peu près une fois la semaine.

M. le comte d'Artois passe tout le temps où il n'est pas en affaires chez lui ches M™ de Polastron, où il trouve une petite société, composée de M1™ de Lage, de M"" de Poulpry et de M'" et M"° de Montant cl de quelques hommes habitués. Souvent il y travaille avec M. de Calonne. Ces dames passent souvent la soirée chez M™ de Balbi. Deux fois la semaine, les princes dînent avec l'électeur et passent la journée à la résidence. 11 y a grande cour. On se tient, à cause de la grande affluence, dans une salle immense destinée à une salle à manger de 80 couverts. 11 y vient dans la soirée huit a neuf cents personnes.

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Monsieur a fait de grands changements et des remplacements dans sa maison. Avant l'arrivée du comte de Cossé, son premier gentilhomme de la chambre en survivance du marquis de Nouilles, n'ayant en cette qualité personne auprès de lui, il a accordé au comte Louis d'Hauteforl la survivance du comte de La Châtre. Est-ce le moment de donner une survivance! Les deux capitaines des gardes, le duc de Lé vis et le comte de Chabrillant, sont remplacés pas le comte d'Avaray, fils, qui a accompagné le prince dans sa sortie de France et qu'il appelle son cher Biondel, et par le comte Charles de Damas, qui s'y est refusé pendant quelque temps, ayant la loyauté de dire qu'il n'était pas venu à Coblentz pour y obtenir des places. Le duc de Lévis jouissait des bontés et même de l'amitié de Monsieur, et soit inclination, soit complaisance, il a, dès le commencement, donné dans le nouveau système et embrassé la cause populaire. Député de la noblesse deSealis aux Etats Généraux, il a été de la minorité et passa au tiers avec elle. Il a siégé au côté gauche. Cependant, sans vouloir l'excuser, il n'est peut-être pas aussi coupable qu'il a paru l'être et l'on devine aisément les raisons qui ont pu le déterminer à suivre ce parti. Mais on ne peut s'empêcher de lui reprocher sa condescendance et. depuis, sa faiblesse à avoir prolongé l'erreur de sa conduite. On assure qu'il en est repentant. Quoi qu'il en soit, Monsieur lui ayant caché son projet de départ, il lui a envoyé la démission de sa charge. Quant au comte de Chabrillant, j'ai déjà parlé de cet ingrat et plat personnage, relativement à sa basse démarche à la barre de l'Assemblée lors du départ du Roi. Il est père du comte de Moreton, exécrable sujet dont je parlerai dans une autre occasion, étant en ce moment en possession d'un rôle dans la horde jacobine. J'en ferai mention lorsqu'il sera plus en scène.

M. le comte d'Artois ayant enfin reçu la démission du prince d' Bénin, le remplace par la chevalier de Puységur. On aurait cru que dans un moment aussi critique et aussi intéressant, nos princes auraient pensé à s'entourer de personnages marquants et d'un âge plus avancé au lieu de choisir ces jeunes gens. De plus, indépendamment des officiers de leur maison, ils viennent de s'attacher une foule

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d'aides de camp, tous pris dans les plus agréables étourdis de ta cour et dont quelques-uns n'ont pas eu une conduite franche et pure. Enûn, on ne manque à rien de ce qui peut rappeler les abus de la cour et indisposer la noblesse des provinces contre les courtisans et les insolents. Aussi, tous les gens un peu considérables, les gens âgés paraissent ici un instant, y font un séjour très court et s'éloignent promptement de Coblenlz...

23 novembre. — Jour de saint Clément, fête de l'électeur de Trêves. Tous les Français réunis à Coblentz ou cantonnés dans les environs s 'empressent à venir rendre leurs devoirs au respectable souverain qui leur donne asile. Dès neuf heures du matin, le bruit se répand dans la ville que le Roi s'est sauvé de Paris el qu'il est même arrivé àPresines, prèB de Condé. Une lettre, que le comte de Vergennes vient de recevoir de Bruxelles el qui lui est adressée par une personne sûre, paraît donner de l'au* thenticilé à cette nouvelle. On dit tant de circonstances qu'il n'est presque plus permis d'en douter. Le Roi est parti avec lu duc de Choiseul, ayant confié la Reine et ses enfants au baron de Vioméuîl et Madame Elisabeth au jeune Montmorin, de Fontainebleau. Nos princes vont avec empressement annoncer à l'électeur cet heureux événement et manifestent la joie la plus vive. Tout le monde Be porte à la résidence et l'électeur embrasse tous les Français qui se trouvent près de lui. Plus de trois mille émigrés remplissent les rues, les places, les cours et tous les appartements de la résidence. La joie est générale. Tous les habitants paraissent partager notre satisfaction. Tout le monde pleure et se livre à la plus douce illusion. On débile que la famille royale est gardée par 12.1)00 Autrichiens, que Valenciennes ouvre ses portes, que des régiments français viennent rejoindre le Roi. Tout le monde à Bruxelles est dans la ferme persuasion de celle nouvelle, à ce que marque la lettre. Les princes veulent partir sur-le-champ pour se rendre auprès du Roi, leur frère Les voilures se chargent, les relais sont commandés, mais on atlend qu'un courrier vienne apporter la confirmation de ce grand événement. La journée entière se passe dans cette cruelle

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incertitude. On veille toute la nuit sans rien apprendre. Enfin, le lendemain, notre illusion cesse à l'arrivée d'une lettre qui apprend que l'archiduchesse elle-même a partagé à Bruxelles l'erreur générale, qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce qu'on avait mandé la veille, que le Roi est tranquillement à Paris et qu'il n'y a pas eu la moindre apparence d'évasion. Que penser de tout cela? Est-ce un nouveau tour de la propagande? Ne serait-ce pas un projet éventé et déconcerté? Secret mal gardé ou nouvelle faiblesse du Roi ï

Le roi de Suède, à l'exemple de l'impératrice de Russie, envoie un ministre auprès des princes. C'est le comte Oxenstiern qui est chargé de cette commission. Il arrive à Coblentz pour y résider on cette qualité. La noblesse lui fait une visito, pour lu prier de présenter à son maître ses hommages et sa juste reconnaissance. Les promesses du roi de Suède paraissent positives. Il doit lui-même mener un corps de troupes ; le marquis de Bouille sera son t'eldmaréchal et le jeune Bouille fils est aide de camp du roi...

Décembre 1791. — du i" au 31. — On s'occupe sérieusement de l'équipement des gardes. On achète des chevaux à force, mais les dépenses deviennent excessives par le peu d'ordre qu'il y a dans l'administration des financée des princes, qui reçoivent cependant des sommes très considérables des différentes puissances. L'impératrice de Russie leur en a envoyé, Léopold en promet et on en attend encore de l'Espagne et de Naples. Beaucoup d'émigrés, sortis de France avec beaucoup d'argent, en ont également prêté aux princes et j'en connais plusieurs qui ont eu ce mérite. Les deux tiers des officiera du régiment des gardes, étant venus se réunir aux princes, ont espéré, voyant recréer une nouvelle maison du Roi, avoir l'agrément de former un nouveau corps. En conséquence, pour n'être pas à charge, les 32 plus anciens ont mis en masse chacun la somme de 20.000 livres en assignats, pour faire un fonds de 800.000 livres, à l'effet de former et équiper 32 compagnies. Ayant été contrariés dans ce projet, les futurs capitaines sont venus offrir aux princes les 800.000 livres dont ils ont fait les fonds et ont versé cette somme dans la

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aisse de Lear* Altesses Jloyaksl pour l'enpUyer utilement iour lu noblesse, déclarant vouloir servir en compagnie k gentilshommes comme tous las officiers de l'année. La corps des gardes du Roi est en ce monwat.de .200 hommes, dont il y a plus deêôQ des anciens. Les lulres sont de nouveaux agnégés. Beaucoup do jeunes .■eus de marque y sont inscrite et l'on a admis les frères ■l proches parents des anciens gardée : les du Hepaire, Htomaoure, Vsiory, Maledsut, Mous tiers, sont ici. Ln officiers des gardes d« corps, au nombre d'environ 70, sa tout renais à leurs différentes compagnies. 11 ne manque nue las infirmes et cinq ou six démocrates marquants, tels que le duc d'Ayen, te prince de Poix, Pontecoulant, Groaehy neau-frere de Condorcet, DurforirLeohard, le chevalier de La Totir~Maubourg. Les gardes sont cantonnés par compagnie au Thaï, à Boppard et dans les tu virons de Cobleutz.

Lee eompagaies rouges se forment moitié à Aadernacht cl moitié dans la principauté du Neuwied. Le duc de Large s'est établi à Linabourg, à huit lieues de Cublentz, et il se fait auprès de lui un rassemblement considérable d'officiers de cavalerie; il y en a aussi a Montenaur. Les poitevins, qui sont en très grand nombre, se forment à Castellaun. Enfla l'électoral de Trêves est entièrement occupé parles cantonnements d'émigrés soit à .cheval, soit à pied. L'électeur s'est prêté à tous ces arrangements, malgré les vives représentations de l'Assemblée Nationale qui deviennent chaque jour plus pressantes. Le comte de Vergennes, ministre du> Koi en celte cour et chargé de toutes ces réclamaitious, s'est entièrement voué aux prisées et se conduit salon kure daeiis, soit pour ses demandes à l'électeur, soit pour ses réponses an ministre des affaires étrangères. L'émigration a tellement augmenté depuis que le Roi a accepté la constitution que l'on compte plus de 6 000 gentilshommes -ou officiers passés sans difficulté aux tronlièresetiten arrive encore jour acUomqirt. La maréchal île Rroglie, chargé de tout ce qui « rapport ^ la partie militaire et à l'organisation des corps, a uu bureau monté via pour l'aider dans son travail M. île Mirait, lieutenant giinéral , MM. de La Koziere et de La Chapelle, tuaréxliuux

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de camp, H. Bouthillier, député de la première Assemblée et membre du côté droit, aide aussi H. le maréchal et est le rédacteur soit pour la correspondance, soit pour les ordonnances et règlements. M. de Calonne, étant chargé de ta partie des finances, a placé son neveu, H. de Ballainvilliers, comme intendant de l'armée. H- de Laqueuille reste à Bruxelles chargé des affaires des princes. Sa bonne conduite à l'Assemblée nous a fait désirer de lui donner une marque de notre estime. En conséquence, nous avons demandé aux princes que M. de Laqueuille fût commandant des compagnies d'Auvergne, ce qu'Us ont accordé. Le duc de Polignac est l'agent des princes à Vienne, le comte d'Esterhazy à Pétersbourg, le baron de Roll à Berlin, le marquis de La Rousière à Ratisbonne, le baron d'Escars en Suéde, le baron de Castelnau en Suisse, le duc d'Havre en Espagne, le baron de Taileyrand à Naples.

Quelques bourgeois s'étant rendus à Coblentz et les princes se flattant, d'après les rapports exagérés qu'on a coutume de leur faire, que le nombre en serait très considérable, firent paratlre, le mois dernier, un règlement pour l'organisation des compagnies du tiers état'. C'est également pour placer les bourgeois qu'ils jugent à propos de recréer la gendarmerie bous le nom d'hommes d'armes à cheval. Sur le refus positif du maréchal de Castrieset de Bon Os, le commandement en est donné au marquis d'Autichamp. Il est chargé de la formation et de la composition de ce corps. Beaucoup d'anciens gendarmes viennent rejoindre le marquis d'Autichamp, qui avait été commandant en second de ce corps, sous le maréchal de Castries. D'anciens officiers réformés de la gendarmerie doivent y reprendre leurs rangs et les emplois à remplir seront donnés à des officiers de cavalerie. Il y aura 32 officiers supérieurs, qui doivent faire chacun 15.000 francs de fonds, en espèces, pour l'achat des chevaux et premier équipement des gendarmes. La majorité du corps est donnée au marquis d'Apchier, ancien capitaine de gendarmerie, lequel était député de la noblesse de Mende aux

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l'Amigration AUGMENTE SOI

Etats Généraux, a été très prononcé au côté droit tant qu'il y est resté, donna sa démission et fut remplacé par un de ses parents du même nom, le marquis de Chflteau- Deuf-Randon, lequel a été, par parenthèse, un jacobin décidé- Le chevalier de Boisgelin, maréchal de camp et lieutenant-colonel du régiment des gardes, meurt à Cohlentz dans le courant de ce mois.

11 y a en ce moment à Goblentz un grand nombre d'anciens députés. Quoique leur mission soit entièrement finie et qu'assurément peu de gens soient tentés de voir une seconde tenue d'États Généraux, plusieurs d'entre eux ont la prétention de se croire encore députés. L'habitude contractée de former un corps délibérant et la fureur de jouer encore un râle font éclore des projets, des plans de finance. 11 est question de coaliser les provinces entre elles, de faire des emprunts jusqu'à la concurrence de 40 millions dont les biens de la noblesse répondront. On s'intrigue, on forme des assemblées de provinces. Galonné goûte tous ces projets et les fait adopter aux princes. On nomme des commissaires. Déjà on fait des délibérations ; il se forme des partis pour et contre; on s'échaufle de part et d'autre et la désunion est au moment d'éclater en voulant établir une union générale. Heureusement, tous ces extravagants projets, aussi insensés qu'ils sont impraticables à exécuter, tombent et s'évanouissent. Nous y avons un peu contribué en déclarant très formellement, en réponse au plan qui nous a été communiqué par ordre des princes, que nous ne nous sommes pas réunis et rendus à Coblenlx pour délibérer et nous occuper de projets politiques et de finance, mais pour agir militairement, avec une commission sans borne aux ordres des princes, pour concourir avec eux & servir notre malheureux souverain et rétablir la religion et la monarchie dans toute leur intégrité.

Le 14 de ce mois, j'éprouve un petit événement désagréable que les circonstances rendent plus fâcheux que dans tout autre temps. Logeant près de l'hôtel de Trêves, au rez-de-chaussée, des voleurs, cassant un carreau de fenêtre, entrent dans la soiré dans mon appartement et me volent deux montres à répétition, deux chaînes d'or, des étuis, bagues et autres bijoux renfermés dans une cassette,

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où je n'avais heureusement que très peu d'argent, mais des petits volumes et le journal de mes voyages. Je fais de vaines perquisitions. Au bout de quelques jours, on me rapporte ma cassette, trouvée dans le Rhin a dix lieues audessous de Contenu. On y avait laissé les livres et les manuscrits ' mais les bijoux sont perdus. Cette perte est pour moi d'environ mille écus.

Nous apprenons la mort de H. de Matllebois à Maastricht. La nouvelle de l'évasion du Uni «'étant également répandue dans cette ville, H. le comte de Maillebois, mourant, ranime le peu de force qui lui reste, se lève, s'habille en grand uniforme, court toute la ville, se dispose à partir pour aller rejoindre le Roi. Mais il apprend que l'erreur a été générale. Son illusion ayant disparu, il rentre chez lui, se met au lit et expire.

Lee assignats éprouvent subitement nne baisse considérable et perdent 40 et jusqu'à Su pour cent. Cela devrait annoncer le discrédit de l'Assemblée et même de la nouvelle constitution. On apprend de Saint-Domingue les plus affligeantes nouvelles. H s'y est manifesté les plus violentes insurrections parmi les noirs delà colonie. Il y a eu ua grand nombre d'habitations incendiées et dévastées. Il y a eu des massacres. Les troubles avaient déjà commencé au mois de mars du cette année et M. Duplessis-Hauduit, officier de mérite, y avait été massacré par les soldats. Voilà ce que produit le système dos amis des noirs, de ces prétendus unis de l'humanité. Déjà la Révolution s'est propagée aux Grandes Indes. M. do Macnemara, officier de distinction du corps de la marine a été massacré à lisle de France.

Cependant l'état de Parts devient chaque jour plus intéressant. Quoiqu'il se soit formé un grand nombre de différents partis, il semble qu'il n'en existe en oc moment que deux bien distincts dans l'Assemblée et dans la capitale : lus jacobins républicains et anarchistes, dirigeant tons les clubs et les sans-culottes, et les constitutionnels, comprenant les monarebieas, les feuillants et tous les gens faibles et peu prononcés. Quant aux royalistes purs, il n'en existe

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