Voir J' Avant-propos
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L'iUieiATlOft- ADCJIKHTE ïtl
pas dans l'Assemblée et le fioi n'en a qu'un très petit nombre auprès lie lui. Les véritable» amis do tronc et de la monarchie ïont presque tous émigrés et «ont répandus dans le Brabant, a Aîx et daiiB les États ecclésiastiques- Le centre de ce parti devrait naturellement être où sont nos princes. Il ne devrait y avoir qu'une seule et même opînion, mais malheureusement c'est absolument le contraire, et l'intérât et l'ambition se sont introduits où l'honneur aurait dû se faire entendre. Hais si Coblentz est un foyer d'intrigues, Bruxelles eu offre au moins autant. La Reine, qui a tant d'intérêt à sortir de la pénible situation oii elle se trouve et qui désire impatiemment Un nouvel ordre de choses, ne pourrait cependant voir sans chagrin une contrerévolution s'opérant par les princes et à laquelle aurait contribué kl. le prince de Condé, pour lequel elle a toujours eu de l'éloîgnement. D'ailleurs, elle aime peu la noblesse. Elle a su inspirer ces sentiments au Roi. Le baron de Breteuil est l'agent de Leurs Majestés auprès de la cour de Vienne. 11 est entouré de gens qui comptent sur sa rentrée au ministère, et tous paraissent être contraires aux projets de Coblentz. On ne sait que penser des intentions de Léopold. 11 semble qu'il reconnaisse la nouvelle constitution et qu'il en regarde l'acceptation par le Roi comme faite librement.
Cependant l'Assemblée emploie tous ses moyens pour arrêter l'orage qui la menace. Ses agents usent même des moyens les. plus atroces. On doit tout craindre des jacobins. Ces jours derniers, on a découvert et arrêté à Worms un chevalier de Malte, lorrain, nommé Bussetot, venant de TUion ville, avec dessein d'assassiner M. le prince de Condé. Ce scélérat a été reconnu par quelques officiers qu'il avait fait maltraiter outrageusement à leur passage & Thionville, en émigranl. Il y commandait la garde nationale. Ce monstre a tout avoué. Le maire de Thionville lui avait promis 10.000 livres pour exécuter cet horrible attentat. II est étroitement gardé par les officiers du régiment do Bcauvoisia. Il avait des complices qui se sont évadés en apprenant son arrestation. Busselot a d'abord été fort arrogant dans sa prison, espérant qu'on le délivrerait. On a elleetivement rôdé la nuit autour de la maison, où il est gardé,
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M* journal d'émigration
trop bien pour qu'on ose rien entreprendre. Quand ce lâche assassin a tu qu'il n'y avait plus rien à espérer, il est convenu de tout. On doit le livrer incessamment à la justice de l'électeur de Mayence. Busselot a deux frères émigrés, bons sujets, en ce moment gardes de Monsieur et lesquels sollicitent la juste punition du coupable.
Cependant nous recevons tout a coup l'ordre de ne plus manœuvrer et de ne plus nous réunir en troupe. Les règlements de formation et de discipline dana les cantonnements, que les princes ont répandus avec trop de publicité, ont donné des inquiétudes à l'Assemblée Nationale. H. de Vergennes a reçu de fortes réprimandes de la part du ministère constitutionnel et l'électeur reçoit également des plaintes et les réclamations les plus fortes. On a même fait écrire par le Roi à tous les princes souverains qui ont des rassemblements d'émigrés dans leurs Étals pour les engager très sérieusement à empêcher ces réunions et à renvoyer les gentilshommes. En cas de rems, ils sont menacés d'avoir la guerre et de voir armer 150.000 hommes pour les envahir. Ne voyant aucun mouvement dans les troupes autrichiennes, la peur prend à tous ces petits souverains. Sur ces entrefaites, le comte de Vergennes reçoit sa lettre de rappel et l'ordre de venir rendre compte de sa conduite, ce dont il se dispensera très certainement. Tout le monde s'empresse ici à lui témoigner ses regrets. Etant établi à Coblenlz avec toute sa famille, il y reste, étant parfaitement bien traité de l'électeur et des princes.
Les Etats du pays de Trêves, qui sont encore assemblés et que la propagande a travaillés, font, d'après les menaces de la France, des représentations très insolentes à l'électeur, à l'effet de nous renvoyer de l'électoral, pour éviter l'incursion des Français. Larégence du pays, dans laquelle il y a beaucoup de gens démocrates, nous fait également tourmenter. Dans cet embarras, l'électeur, dont les intentions sont bienfaisantes autant pour la noblesse que pour les princes, ses neveux, a envoyé un courrier à Léopold et on en attend le retour avec la plus grande impatience. La peur prend également à l'électeur de Mayence, dont le pays, plus voisin de la France, est plus exposé. Quoiqu'il ait montré jusqu'à présent les meilleures dispositions,
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l'émigration AUGMENTE 495
parait vouloir se conformer aux demandes de l'Assemblée et oo craint que H. le prince de Condé ne soit obligé de quitter Worms.
Pendant toutes ces inquiétudes et ces défenses de manœuvrer, de se réunir, de s'armer, nos princes pensent à la formation de nouveaux corps. M. de Bussy, gentilhomme du Beaujolais et capitaine de dragons, qui, en 1190, soutint un petit siège dans son château, fut pris et mené dans les prisons de Paris dont il ne put sortir qu'à force d'argent distribué aux membres du comité des recherches que présidait Voidel, revint ensuite dans sa province et entretint les meilleures dispositions dans la jeune bourgeoisie du canton. 11 devait contribuer a l'affaire de Lyon qui fut éventée. Depuis cette époque, H. de Bussy s'est toujours ménagé ces mêmes bourgeois qui lui sont dévoués. Il vient d'obtenir des princes l'agrément d'en former un corps, sous le nom de dragons de la couronne. La composition sera la même que celle de la gendarmerie. Ce corps se lèvera sous les yeux de M. le prince de Condé. Le prince Maurice de Salm-Ksrbourg, colonel des hussards d'Esterhazy et frère cadet du prince de Salm commandant en 1789 et 1790 d'un bataillon de la garde nationale de Paris, obtient également l'agrément de la levée d'un corps de hussards. Les princes acceptent la proposition d'un comte de Wittgenstein pour un régiment d'infanterie qu'il doit former pour servir avec nous.
Le baron de Vioménil arrive à Goblentz le 14 de ce mois et y séjourne jusqu'au 6 janvier. On voit positivement qu'il est envoyé de la part du Roi et de la Reine à nos princes, mais on ignore le sujet de la mission dont il est chargé. Hais on le voit avec plaisir. On connaît sa loyauté et la pureté de ses principes. Il est également attaché au Roi, à la Reine et aux princes, et est généralement estimé de tout le monde....
Le comte de Vergenoes voit arriver ici celui qui est envoyé pour le remplacer. C'est le sieur Bigot de Sainte- Croix, que j'ai autrefois beaucoup rencontré à Paris et qui, lors des assemblées de la noblesse pour l'élection des députés, se faisait appeler le comte de Sainte-Croix. Il est fils d'un honnête avocat de Rouen. H est instruit et
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même très aimable. H a été autrefois secrétaire d'ambassade à Tufin, puis à Stockholm, avdc ttn brevet d'offieïer qui lui a servi par la suite à oblcnir la décoration de la croix de Hatnt-Looifi, sans avoir jamais autrement servi, I) était depuis plusieurs années à Pari», fréquentant beaucoup les gens de lettres,» 1ns banquiers et s> donnant l'air important. Lors des premières assemblées de district pour la noblesse, il se. présenta à celle de ki Bibïiotheiqne du Roi ddnt j'étais. Il n« '■ vint a l'idée do personne de loi contester son titra do noblesse. Il y eut mémo une contenance si -décente qu'il fui choisi pot/r être un des électeurs à l'Archevêché, et il dst -qualifié 4c eomtfe dans cette liste dnÊ électeurs, Il se conduisit encore très modestement dans cette assemblée do 300 nobles, et il ne se montra en rien nui pût faire croire qu'il tenait au parti populaire. Cependant il fréquentai! beaucoup la- maison et la sociale de Neciterj Les drus première» années de la Révolution' se sont passée» sans qu'on ait parlé de lui, mais il a profité de cette cireonstanco4 où l'Assemblée a paru désirer le renouvellement entier du corps diplomatique. PtniF avoir1 été1 chargé; de la déliante' commission de Gott lente, il faut qufil ait cbnveîih but jacobins, Cependant on assaro qu'il îl'esl foncièrement que fouillant.
Quoi qu'il en soit» Haintd-Groix arrive ici le 27 au soir et descend à* la posta. Aussitôt/grande rumeur dans toute la jeunesse émigré*. Il n'ose pas sortir de sa chambre. Les princes recomrtiatiderit la. plus grande sagesse à tous les jeunes gens à cause du l'électeur qui se trouverait compromis: Le lendemain de sari arrivée, Sainta-'Groîx va faire Visite au comte do Verjennee1 dont le père avait été autrefois son protecteur. Il en reçoit l'accueil le plus froid; De là il se rend ehefc le baron Duminiquo, ministre de 8. Aj E., pour lui communiquer ses lettres dé créance, et demande a les présenter à l'électeur. Alors, grand embarras pour savoir si on recevra cet envoyé des- jacobins. Nos princes sont consultés par leur onde. Le ministre de Russie et celui de Suitde sont appelés au conseil. Od dépêche un courriel* à l'électeur de Mayence pour savoir le parti qu'il va prendre^ car il lui arrive aussi un nouveau ministre de France. Le résultai est qu'il est impossible de
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1/ ÉMULATION AUOWKNTE tfî
ne pas voir an envoyé, porteur de lettres du Roi . Enfin, soit politique, prudence ou faiblesse, l'électeur se décide à donner audience au »itnir Bigot de Sainte-Croix, mais on lai signifie qu'il ne doit pa» paraître k la résidence les jours de cour, lorsque nos princes y vont. Il est arrête que, selon l'usage ordinaire, il dînera chea l'électeur te jour de son audience, mais qu'il n'y aura pas de Français. Fendant les deux ou trois jours* que cela se traite, le sieur Bigot ose a peine sortir de l'auberge. Par respect powr l'électeur et nos primes, il n'est pas insulté, mais nos jeune» gens le vexent par mille plaisanteries à, ta porte de 9* chambre. On lui chante l'air Ça ira... On l'étourdit de cria de « Vire to Roi. » On lit à haute et intelligible voix une lettre que l'électeur vient de recevoir de l'empereur, laquelle est très satisfaisante et le tranquillise sur les menaces d'invasion de l'électorat. Tout ce train dure pendant la nuit et on empêche de dormir le ministre démocrate qui en porte ses plaintes. H n'ose sortir que le soir, à la brune et en voilure. 11 a avec lui des domestiques allemands. Ses gens portent la livrée du Roi. Il parait que c'est un usage nouvellement adopté par les ministres constitutionnels depuis la suppression de la noblesse et, par conséquent, des livrées.
On veille avec soin à toutes les démarches du sieur de Sainte-Croix. On veut savoir qui il voit, afin de découvrir les propagants et agents de l'Assemblée qui peuvent s'être glissés parmi nous, Enfin, le 30, il est admis à l'audience de l'électeur. 11 arrive k la résidence, selon l'usage accoutumé, en voiture de la cour et dîne avec le prince. Il demande formellement la dispersion de tous les corps d'émigrés et la dissolution de tous les rassemblements de noblesse. Il travaille à ce sujet avec le baron Duminique qui lui promet satisfaction. Sainte-Croix fait demander aux princes à les voir de ta part du Roi, mais ils croient devoir se refuser à recevoir cette visite qui eût mis le comble à la fermentation qu'il y a en ce moment à Coblentz. Il est question d'en faire partir tous les Français et de recevoir celle humiliation sur la demande d'un envoyé des scélérats qui tiennent notre Roi en captivité et qui entretiennent les désordres qui déchirent notre malheureuse patrie.
Cependant l'électeur de Mayence a déjà exigé le départ
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de M. le prince de Condé et de tous les émigrés qui composent le rassemblement de Worms, et tout le monde se dispose à se soumettre à cet ordre rigoureux et humiliant. Le corps des gardes du Roi, étant ici le plus marquant et le plus nombreux, est celui qui oflusque le plus le ministre Sainte-Croix. En conséquence, pour lui donner une apparence de satisfaction, on en ordonne la dispersion et il est arrêté que chaque jour il partira une vingtaine de gardes pour sortir de l'électoral. Ils doivent chercher à s'établir de l'autre côté du Rhin et se disperser dans les villages, en évitant de faire corps. Les autres cantonnements sont moins tracassés. On invile la noblesse à la patience, en attendant les effets des promesses de l'empereur et du roi de Prusse d'après le traité de Pilnitz.
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