LES PBBMIERS MOIS DE 11SS
le séquestre qui a été décrété commence à inquiéter quelques personnes, mais le nombre des rentrants est très petit et celui de veux qui arrivent augmente journellement. Après quelques légères apparences de dispersion des corps d'émigrés, pour paraître satisfaire aux demandes de Sainte-Croix, il n'en a plus été question. Les seuls gardes du corps en ont éprouvé tous les désagréments et sont éparpillés par petites troupes de l'autre côté du Rhin et aux environs de Mayence. Cependant tous les rassemblements du Brabant sont tourmentés par l'archiduchesse Christine, gouvernante des Pays-Bas. Les marins qui étaient cantonnés à Enghien et a Binch sont venus dans la petite principauté de Stavelot, & Malmédy, ou le princeabbé les reçoit parfaitement. Tous les officiera de ce corps respectable, ont fait leur route à pied, portant le havre-sac but le dos, et ont traversé ainsi les villes du Brabant, ayant à leur tôle leurs braves chefs, les plus anciens officiers généraux de la marine, donnant à tous le meilleur exemple : MM. Hector, lieutenant général, commandeur de l'ordre de Saint-Louis, de Chabert, de Souiltac, d'Albert de Rions, d'Aymar ayant un bras de moins, de Nieul, de La Grandiëre, de La Porte, d'Amblémont, de Soulanges, etc., etc. Partout où ces troupes passent, les corps de garde autrichiens prennent les armes pour témoigner le respect et la vénération que leur inspirent ces vénérables militaires. Cela vaut bien le triomphe qu'accorde une populace rebelle a quelque furieux démagogue après quelques atrocités.
Tous les cantonnements d'Ath viennent s'établir dans les environs de Trêves. La conduite de tous ces gentilshommes arrivant des Pays-Bas est des plus attendrissantes. Us supportent avec galté les fatigues d'une roule pénible, mangeant cinq à six sols par jour. Parmi les jeunes gens, on distingue le chevalier de La Trémoille, à pied, portant son sac et n'ayant pas voulu quitter en cette circonstance ses camarades du Colonel-Général infanterie et partageant avec eux leur noble et glorieuse misère. Mais à la vue d'un si louchant spectacle qui traverse tout Bruxelles, que penser de nos insolents étourdis dont cette ville est remplie, en les voyant coiffés et accoutrés comme les femmes qu'ils con-
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m jpuaiui, d'4»io»atiqn
(luisent en wiski et en phaéton, venant sur le passage de ces troupes respectables et embarrassant souvent la marche de ceux dont ils devraient rougir de ne pas suivre l'exemple ! Comment espérer quelque changement pour l'avenir et quelque succès pour le présent quand on pense que ce sont toujours ces mêmes étourdis, qui, allant et venant par air de Bruxelles à CoblenU, sont les mieux traités, ont toutes les préférences et, qui pis est, sont souvent plus écoutés dans leurs conseils extravagants que les gens raisonnables etd'une conduite pure et sans reproche? J'aurais l'air d'avoir de l'humeur en faisant cette sortie, si tout le monde n'avait pas été témoin de l'affligeante vérité de ce que je viens de dire.
On compte près de 1.900 gentilshommes poitevins émigrés, répartis dans différents corps, mais il y en a sept à huit compagnies à pied de réunies. Les bretons sont cinq a six cents, formés en compagnies. Une compagnie de ces braves gentilshommes passe par Copient*- M. de Kermadec, leur chef, les présente a M. le comte d'Artois. Sa harangue est courte et énergique : « Du pain, des armes et le chemin de Paris. » Les normands sont également quatre à cinq cents, avec des compagnies à cheval
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Le ministère de la guerre, occupé pendant quelques mois par le comte Louis de Narbonne, vient d'être également renouvelé1. Mais avantde parler deson successeur, il faut faire connaître le comte Louis de Narbonne-Lara et tout ce qui concerne sa famille.
Le comte, aujourd'hui duc de Narbonne, né en 1718, serait toute sa vie resté dans l'oubli où sa grande nullité devait le tenir, si son épouse, dame d'honneur de Madame Adélaïde et son amie intime, ne l'eut fait participer à sa grande fortune et aux grâces dont elle a été comblée. Dn beau jour, le comte de Narbonne apprit, par hasard, que, gr&ee à son épouse, il venait d'être fait duc. Il végétait à Paris et s'est depuis retiré dans sa province. Le duc de Narbonne a deux frères, qui se sont ressentis aussi du crédit de leur belle-sœur. L'un est évêque d'Evreux, l'autre jouit de bénéfices très considérables. La duchesse de Narbonne est fille du comte de Chalus, de la province d'Auvergne, et sa famille prétend tenir a celle de saint Amable, patron de la ville de Riom et mort dans le cinquième siècle. La duchesse de Narbonne, attachée à Mesdames depuis environ 40 ans, suivit l'infante à Parme et depuis passa à Madame Adélaïde, dont elle est devenue l'amie intime et la société particulière, passant l'année entière à la cour, et, n'ayant pas d'autre établissement, elle a profité de la faveur de la princesse pour obtenir toutes les grâces qu'elle a désirées pour elle et pour les siens. Elle a été
1. H . d*Eiplncha1 Tenait de signaler les changements mirvoniw d&ni le
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faîte duchesse à brevet et jouissait d'un traitement considérable. Elle est sortie de France avec Madame Adélaïde et est à Rome avec elle. On ne peut douter de la pureté de ses principes mais on ne peut voir sans peine sa persévérante tendresse pour le comte Louis de Narbonne depuis ses égarements et sa conduite révolutionnaire. La duchesse de Narbonne est mère de deux garçons. Je vais premièrement parler de l'aîné.
Le vicomte de Narbonne, colonel du régiment de Forez, et maréchal de camp de 1790, était mon camarade au régiment de la Reine-Dragons et nous avons été capitaines dans le régiment pendant six ans ensemble. Le vicomte de Narbonne, avec de l'esprit, un cœur droit, des principes purs et ayant eu constamment une excellente conduite pendant toute sa vie, n'a pas été autant favorisé de la nature au physique qu'au moral. Il est petit, assez laid et singulièrement sourd. Il a toujours été mal vu de sa mère dont toutes les affections se portaient sur le cadet. Constamment rebuté dans l'intérieur de la société de Mesdames, repoussé même par la femme à laquelle on l'avait uni et laquelle est sœur de MM. de La Roche-Aymon, le vicomte de Narbonne avait pris le parti de venir peu à Paris, restait dans sa province et y passait le temps qu'il n'était pas à son régiment. Aimé et estimé de ses voisins et de ses camarades, il se consolait des rigueurs de sa mère. La Révolution est venue troubler la tranquillité1 dont il jouissait et la conduite démocratique de son frère a porté dans son âme le plus juste chagrin. 11 se disposait à suivre le torrent de l'émigration, à la lin de 1791, lorsqu'il reçut dans sa retraite une lettre de Bon frère qui, en lui faisant part de son entrée au ministère, le sollicitait de se rendre auprès de lui pour prendre part à sa nouvelle fortune, l'assurant qu'il n'a accepté la place de ministre de la guerre que dans l'intention d'être utile au Roi, ainsi que le disent ordinairement tous les constitutionnels. Le loyal vicomte répondit sur le champ au comte Louis que la nouvelle qu'il apprend est pour lui le signal de se rendre où son devoir et son honneur l'appellent, mais que, le sachant au ministère, il éprouve au moins une consolation par l'assurance de n'avoir pas l'horreur de se trouver vis-à-vis de
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lui les armes à la main. Le vicomte m'a mootré cette lettre. Il se mit sur le champ en route et, ayant traversé tout le royaume, il est arrivé à Coblentz il y a deux mois. Il a été reçu des princes avec beaucoup d'égards et chacun s'empresse à le consoler des chagrins que doit lui causer la conduite de son frère.
Le comte Louis de Narbonne, second 61b de la duchesse de Narbonae, est chevalier d'honneur de Madame Adélaïde ; il était colonel du régiment de Piémont et a été fait maréchal de camp en 1791 . La naissance du comte Louis de Narbonne est un problème & résoudre et l'on fait à ce sujet tant de contes si singuliers qu'il serait difficile de démêler la vérité au milieu de tout ce qui s'est débité à cet égard. La duchesse de Narbonne, ayant suivi autrefois Mesdames de France à Parme, avait, dit-on, accordé ses faveurs à l'infant don Philippe. On a dit aussi que cet enfaat n'appartenait pas à la duchesse de Narbonne ; qu'elle s'en était officieusement chargée et que la reconnaissance qu'on lui en avait témoignée a été le fondement de sa brillante fortune. Il faut se taire sur tout cela et laisser croire ce qu'on voudra. Il en résulte que le duc de Narbonne ne peut pas se flatter d'avoir contribué à la facture de ce second fils, lequel, avec un teint olivâtre, a du Bourbon dans les traits, de la ressemblance avec Louis XV et a toujours été l'objet des tendres affections de Madame Adélaïde doot l'aveugle attachement durait encore l'année dernière.
Le comte Louis de Narbonne, qu'on pouvait avant la Révolution comparer a Lovelace ou à Valmont des Liaisons dangereuses, a infiniment d'esprit et ne manque pas d'instruction. Mais il est Bans principes, Bans mœurs, sans délicatesse, intrigant et ambitieux, aimant trop ses plaisirs pour pouvoir mettre de la suite à ses projets de fortune, inconséquent et léger, ce qui pendant son court ministère lui a fait donner le sobriquet de a Linotte ». Dissipateur infatigable des bienfaits dont son auguste protectrice l'a accablé en payant plusieurs fois les dettes énormes qu'il avait contractées, le comte Louis remplissait à merveille le rôle d'un des plus aimables roués de Paris, soit à la ville, soit à la cour, soit à la garnison, avec les femmes du bel air ou avec les courtisanes les
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plus célèbres. Placé de bonne heure dans la gendarmerie, il y servait d'une manière punissable et désolait le maréchal de Castries, son chef, par un persiflage indécent et continuel. On lui donna depuis le régiment de Piémont, dont il ne s'occupa en aucune manière. La jolie, la piquante, l'aimable Contât, actrice des Français, alors des plus h la mode, s'étant prise de belle passion pour le comte Louis, il y passait sa vie entière, se montrant partout sans pudeur avec elle, faisant les honneurs de sa maison à la ville et à la campagne. Tout Paris fut témoin, il y a quelques années, d'un spectacle charmant qui se donna à Auteuil, dans une petite maison appartenant à la Du* Contât. J'étais du nombre des spectateurs ; ou y représenta deux petites pièces très agréables et très gaies, du comte de Ségur. Il fut du bon ton d'y aller. Les plus belles dames de la cour y vinrent, ainsi que les plus jolies fille» de la capitale. Toutes se trouvèrent ensemble dans le salon après le spectacle et beaucoup de ces dames seraient restées à souper avec les demoiselles si elles l'avaient osé. Le repas fut très brillant et les officiers de la bouche de Mesdames y servaient des glaces. Ces princesses n'ont pu l'ignorer. Mais leur aveugle indulgence pour le comte Louis était sans bornes.
Pendant ce commercé indécent, qui ne fut pas même interrompu après, les bontés de Mesdames préparèrent au comte Louis un très riche établissement. Montholen, conseiller d'État, très ambitieux et dont on flatta la vanité, lui donna sa fille, unique héritière et jouissant de très grosbiena à Saint-Domingue. Le comte Louis ne changea pas son train de vie ordinaire. Il trouvait dans son intérieur des parents fort tristes et une femme laide et maussade. La célébrité d'esprit, dont jouissait alors l'auteur des lettres brûlantes et romanesques sur J . -Jacques Bousseau, Ht désirer au comte Louis de connaître la fille du grand homme et de la vertueuse épouse. La guenon genevoise, pétrie d'amour-propre et de ridicules, fit le projet d'enlever le comte Louis a la charmante Contât. Ce qui paraîtra sans doute extraordinaire c'est que ses avances eurent quelques succès. Cependant l'actrice n'eut pas de peine à conserver toujours des droits mt «on infidèle amant,
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qu'elle traitait parfois très lestement relativement à sa démocratie, et l'ambassadrice, peu délicate dans ses sentiments, se contenta de partager les faveurs du comte Louis avec Contât. Hais Narbonne, devenu dans le monde amant eu titre de M" de Staël, dont il souffrait les fréquentes distractions pour ne pas essuyer de reproches sur les siennes, augmenta la cour du grand Necker, fut un de ses disciples et, se trouvant lié au commencement des premiers troubles avec les principaux factieux, dont le plus intime était l'évêque d'Àutun, il se livra entièrement à la Révolution. Le régiment de Piémont se trouvant en Franches-Comté, la mission du comte Louis fut pour cette province. Il s'y rendit dès les premières Insurrections. Les amis de Necker le mirent en avant et, secondé par son ami, le prince de Saint-Maum, il fut élu commandant général de la garde nationale dans une province qui lui était absolument étrangère et il s'empressa de quitter l'uniforme du régiment de Piémont pour endosser celui de la Nation. Il faut cependant lui rendre la justice de dire que, pendant tout le temps qu'il a conservé ce commandement, il n'a mérité aucun reproche et s'y est conduit avec sagesse.
Cependant sa liaison avec l'atroce ambassadrice se cimenta de plus en plus fit les scènes affreuses des 5 et 6 octobre, dont cette scélérate semblait jouir, ne refroidirent pas le comte Louis. Les humiliations de la famille royale, dont Necker est le premier instigateur, ne l'ont pas détaché de la plus ardente ennemie de ses bienfaiteurs. Mais ce qui sans doute doit paraître extraordinaire, c'est que, malgré les principes démocratiques que le comte Louis professait si ouvertement, il ne perdit pas l'amitié de M** Adélaïde. Il avait eu l'art de lui persuader que ses Intentions étaient pures ; elle avait la faiblesse de le croire et d'excuser ses manœuvres. Pourtant, Mesdames auraient dû être désabusées sur son compte, lorsqu'elles voulurent partir de Bellevue, en 1791, et qu'au milieu des obstacles qu'elles éprouvèrent elles ne purent douter des lenteurs qu'apportait le comte Louis pour retarder leur départ et les empêcher de se mettre en route. Ces princesses forent arrêtées 4 Àrnay-le-Duc et Narbonne y a peut-être un
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peu contribué. Mesdames l'envoyèrent à Paris pendant leur détention pour solliciter la liberté de continuer leur route. Narbonoe, abusant de leur confiance, écrivit au nom de Mesdames une lettre si humble, si déplacée, au président de l'Assemblée que ces respectables filles de France l'auraient certainement désavouée si la circonstance n'eût pas été si pressante. Narbonne, arrivant à Paris, descendit chez son infâme maîtresse, chez M"' de Staël, avec laquelle il fit des gorges chaudes sur tout ce qui venait de se passer. Il obtint cependant de nouveaux passeports et revint auprès de Mesdames avec l'ordre de leur rendre la liberté. Il les accompagna jusqu'à Chambéry, où il éprouva toutes sortes de mortifications de la part des français qui s'y trouvaient. Il se disposait a suivre Mesdames à Turin, mais M. le comte d'Artois, eu ayant eu connaissance, écrivit à ses tantes pour l'en empêcher. Narbonne prit alors le prétexte d'aller à Paris rendre compte au Roi du voyage de Mesdames. Il en repartit encore pour rejoindre ces princesses en Italie, mais il passa par Anlibes et Gênes.
Son séjour auprès d'elles ne fut pas très long. Son intime liaison avec La Fayette le rappelait au foyer de la Révolution. Ayant été fait maréchal de camp au mois de septembre, il fut employé en cette qualité et, à la fin de l'année, il fut appelé au ministère de la guerre. Ce choix ridicule fit croire d'abord à une mauvaise plaisanterie des jacobins. Il vint faire de superbes discours au milieu de l'Assemblée, où il paraissait sans cesse. Après y avoir été traité souvent avec distinction, il fit, il y a quelque temps, une tournée ministérielle et visita toutes les frontières de la manière la plus superficielle et avec tout le luxe insolent de l'ancien régime. A son retour, il vint faire à l'Assemblée un rapport qui est un chef-d'œuvre de ridicule. A cette époque, il y avait encore des gens qui se plaisaient à croire que le comte Louis avait de bonnes intentions, mais on sait, à n'en pouvoir douter, que, pendant son court ministère, il a fait offrir la dictature de la France au duc de Brunswick, qui est destiné à commander l'armée prussienne. Enfin, après beaucoup de légèretés, d'inconséquences et même de déplaisances pour le Roi, il vient
d'être renvoyé, au grand déplaisir des jacobins de l'Assemblée qui, pour mortifier encore Sa Majesté, ont fait
déclarer qu'il emportait les regrets de la Nation
Le maréchal de Broglie est allé à Trêves, passer quelque temps avec toute sa famille qui y est établie. 11 y avait précédemment laissé toutes les femmes et, à part la galanterie dont je fais profession, je pense qu'il eût été à souhaiter que tout le monde ici eût pensé de même, & commencer par nos princes. Beaucoup de choses ici n'en auraient été que mieux et on n'y aurait rien perdu. Il y a un mois que le maréchal est absent et il se presse pas de revenir. Pendant que les dévotions du carême le retiennent, beaucoup d'affaires sont ici en souffrance. On ne nomme pas l'état-major de notre future armée et les corps qui s'organisent ne savent à qui s'adresser.
Avril 1792. — Do 1" au 30. — Au commencement de ce mois, nous apprenons les nouvelles les plus désastreuses de notre province et particulièrement du Cantal, dans lequel se trouvent situées mes terres. Il y a eu beaucoup de châteaux pillés ou incendiés. Les propriétaires en sont tous ici avec nous. Il s'y est commis plusieurs assassinats. Le sieur de Niocel, lieutenant criminel de la sénéchaussée d'Aurillac, a été massacré. Sa tête a été portée en triomphe par les brigands. Les sieurs Collinet de Labaud, ses deux enfants, sont en ce moment à Coblentz. Les princes leur témoignent, par une lettre consolatrice et pleine de sensibilité, la part qu'ils prennent à leur juste douleur. Le principal instigateur de tous ces attentats est un certain Hebrard, avocat, député de la Haute-Auvergne à la première Assemblée et un des enragés du côté gauche, jacobin atroce et dangereux par ses moyens.
3 avril. — Une nouvelle affreuse vient apporter la consternation à Coblentz. Le roi de Suède a été assassiné à Stockholm, dans un bal masqué, la nuit du 16 au 17 du mois dernier. Il lui a été tiré à bout portant un coup de pistolet dans le côté gauche. Le régicide a été arrêté, ainsi que plusieurs complices. On assure que dès le i" mars on parlait de cet horrible attentat dans les clubs des jacobins et dans les rues de Paris. Le caractère entreprenant et
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loyal de Gustave gênait nos atroces révolutionnaires. Ils connaissaient ce dont il était capable et combien il arait à cœur la contre-révolution, dont il espérait être un des principaux acteurs. Cependant, au premier moment, on assure que le coup n'est pas mortel. Le 5, on reçoit un courrier qui assure que la plaie est belle, que l'on a retiré des corps étrangers de la blessure, mais ou se flatte de Ce qu'on désire si vivement! Les princes font partir sur le champ le baron de Damas, aide de camp de Monsieur, espérant qu'il arrivera & temps pour témoigner à Gustave la part qu'ils prennent à ce funeste événement. Mats les bulletins que nous recevons successivement devenant moins satisfaisants, on s'attend au malheur qui nous menace. Voilà donc dans le même mois, et tout porte a le croire, deux souverains victimes des principes régicides que professent ouvertement les scélérats qui conduisent la révolution française ! Pourrait-on en douter quand on voit s'établir un club aux Cordeliers qui s'intitule publiquement la société dos tyrannicides ! Quant aux jacobins, les plus horribles motions se font entendra tous les jours contre notre souverain et contre tous ceux de l'Europe. Après ces terribles exemples, les rois ne devraient-ils pas être suffisamment avertis de tout ce qu'ils ont & craindre et ne doiventr-ils pas être convaincus de la nécessité de mettre de côté leurs projets ambitieux, de faire taire leur fausse politique pour ne s'occuper que des moyens de sauver leurs États, leurs couronnes et leurs propres personnes?
Le roi de Sardaigne commence à se brouiller avec l'Assemblée Nationale. Le baron de Choiseut, qui était ambassadeur en cette cour, ayant été rappelé, ou a nommé pour le remplacer M. de Sémonville, en ce moment ministre à Gênes. Mais Amédée a refusé cet envoyé des jacobins. Sémonville a été arrêté à Alexandrie, n'a pu pénétrer eu Piémont et a été forcé de revenir à Gênes. Il a porté ses plaintes à l'Assemblée, qui menace le roi de Sardaigne de la guerre s'il persiste à refuser son ambassadeur. Mais Sémonville est trop connu pour qu'on veuille le recevoir et le rot de Sardaigne tient bon...
11 avril. — Ce matin, Madame se met en route pour
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Turid. Ce départ étude le plus sensible chagrin a Monsieur. Son épouse est bien loin d'en être l'objet, mais elle emmené avec elle sa d&me d'atours, la comtesse de B&lbi. Cette dame, qui a infiniment d'esprit, a senti la nécessité de s'éloigner de Coblentz, où, n'ayant plus aucun titre décent pour y rester, sa présence pourrait en cette circonstance être nuisible à Monsieur et ou, d'ailleurs, tout le monde paraît acharnée contre elle. Quoique Madame, avec qui elle a été autrefois fort liée, ne puisse actuellement la souffrir, elle s'est décidée cependant a accompagner cette princesse jusque à Turin, où elle ne doit rester que quinze jours et sera remplacée par la dame d'honneur, M"* la duchesse de La Vauguyon, qui, dit-on, doit y rejoindre Madame. Alors M"* de Balbi reviendra en Allemagne, attendre l'issue des événements que doit procurer la campagne qui va s'ouvrir.
Le rot de Sardaigne, en consentant a recevoir sa flllc à Turin, a eu beau demander qu'elle n'ait qu'une très petite suite, on a cru ne pouvoir se dispenser d'en donner une beaucoup trop considérable pour la circonstance et d'autant plus ridicule en ce moment que, les princes se trouvant dans le plus grand embarras pour l'argent, on en était aux expédients pour faire partir Madame et pour subvenir aux dépenses de sa route. Elle a donc avec elle, H"" de Balbi, la duchesse de Gaylus douairière, la comtesse de Montléart, nombre de femmes de chambre et de valets de chambre, le jeune Bérenger, chevalier d'honneur, qui doit revenir sur le champ, ainsi que le vicomte de Virieu, le plus ancien des gentilshommes d'honneur de Monsieur, maréchal de camp, et lequel est chargé de la conduite de toute la caravane. Madame a de plus avec elle un écuyer, un secrétaire des commandements et la dame Gourbillon, sa lectrice, son amie intime, dont elle ne peut se passer.
Monsieur accompagne cette société les premiers jours. On avait d'abord arrêté de passer par Francfort, où le comte de Romanzow, ministre de Russie, qui y a son principal établissement, devait y recevoir Madame. Mais on a prudemment changé d'avis, cette ville commerçante et libre étant tellement infestée de patriotes qu'on aurait couru
les risques d'y être insulté par une populace soudoyée par les démocrates. On s'est donc décidé à passer par Mayence, où l'on est arrivé le même soir. On ya séjourné le 12 pour y être traité par l'électeur avec sa magnificence ordinaire. Mais la fête a été troublée par la nouvelle accablante de la mort du roi de Suède, arrivée le 29 mars, après treize jours de maladie, après l'attentat commis sur sa personne. Nous l'apprenons le même jour à Coblentz. La consternation est générale. Après dîner, tous les Français vont en corps témoigner leur juste douleur et leurs éternels regrets à M. le comte Oxenstiern que Gustave avait envoyé auprès des princes en qualité de ministre.
13 avril. — Madame se remet en route pour continuer son voyage, se dirigeant sur le Tyrol, devant s'arrêter à Augsbourg et à Milan. Le même jour, Monsieur est descendu par le Rhin à Bingen pour y passer la journée avec M. le prince de Condé et y voir toute la brave noblesse qui y est rassemblée.
M. le comte d'Artois est parti de son côté, le 12, avant minuit, pour se rendre également par le Rhin à Bingen et y arriver en même temps que Monsieur. 11 comptait n'être que dix à onze heures à faire ce trajet, niais le vent ayant contrarié sa navigation, elle a été de dix-sept heures. Les princes ont vu tout le monde dans la même soirée et ont paru un peu étonnés de l'ordre qui règne à Bingen, de l'organisation exacte de toutes les compagnies et généralement de tout ce qu'ils y voient, en le comparant à ce qui existe à Coblentz, où tout est décousu et où rien n'a encore pris une forme raisonnable.
Les princes sont de retour à Coblentz le 14 après midi, ayant couché à Bingen et ayant fait leur voyage par eau.
17 avril bt jours suivants. — M. Reynaud de Montlosier, gentilhomme d'Auvergne, qui a été député de la noblesse de Riom, en 1*789, était déjà venu se réunir à nous après la clôture de l'Assemblée Constituante et nous avait quittés peu de temps après pour retourner passer l'hiver à Paris. Pendant ce temps, il n'a pu résister à la démangeaison d'écrire sur les affaires et il s'est montré favorable au sys-
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terne des deux chambrés, dont le nom seul excite la fermentation à Coblentz et surtout a Bingen. Monllosier, dont je crois le cœur pur et dont les principes le seraient également si les dérèglements de Bon imagination, les élans de son amour-propre et la fureur de parler et d'écrire ne l'avaient quelquefois détourné du droit chemin, Montlosîer, arrivant aux Etats Généraux après la démission de M. de La Bouaiëre, se rangea au coté droit et occupa la trihune aussi souvent que cela lui fut possible. 11 y eut quelquefois de beaux mouvements d'éloquence qui lui ont valu les éloges des journaux aristocratiques. Il s'est montré le zélé défenseur du Boi et, lors de l'arrestation à Varcnnes, il se refusa avec le courage le plus énergique à prêtera l'Assemblée un serment qu'il croyait ne devoir qu'à Bon souverain. C'est à peu près dans le temps qu'il se montrait avec tant de loyauté que sa manie d'écrire lui fît répandre dans le public un mauvais ouvrage, sur la manière de constituer les peuples. En donnant l'essor à son imagination déréglée, H y trace le projet d'une constitution impraticable, dans laquelle il détruit la noblesse, et encore plus vicieuse en tous points que celle à laquelle on travaillait dans l'Assemblée et dont, comme royaliste et membre du coté droit, il se montrait journellement l'ardent ennemi. Malgré ses écrits, nous nous sommes plu à croire à la pureté de ses sentiments et il fut reçu l'automne dernier par tous nos camarades comme animé des mêmes principes que nous tous. Il revient de Paris en ce moment, où il a passé l'hiver, fréquentant plusieurs fameux constitutionnels, lié intimement avec Malouet, Mallet du Pan, etc., et ayant eu encore la fureur d'écrire, ainsi que je l'ai déjà dit plus haut. Il est reçu froidement de presque tous les gentilshommes de notre province, etsaperBonneoccaaionnedans Coblentz une fermentation très vive, qu'excitent encore contre lui les déclamations publiques de M. le vicomte d* A mbly, cousin et gendre du député. Montlosier commence à s'expliquer avec nous dans une assemblée générale de la coalition d'Auvergne, se disculpe, avoue les erreurs de sa plume, auxquelles son cœur ne participe point et nous fait une profession de foi telle que nous la pouvons désirer. Pour faire ensuite cesser tous les propos, il va trouver
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3» jovRKit p*tmfi*4Tion
H. d'Ambly, se bat avec lui, lui donne va bon coup d'épée et il n'est plus question de rien.
Depuis quelque temps, les princes ont adopté un projet pour former un nouveau corps, à l'effet de placer les officiers du régiment des gardes dont ils ont reçu, ainsi que je l'ai dit plus haut, la somma de 800 000 livres en assignats. Mais, en recréant un corps pour oes officiers, ils font une formation qui ne ressemble en rien a ces gardes française!! qui ont eu une conduite si indigne qu'il serait déplaisant à tout le monde de voir un corps qui en rappelât le souvenir. En conséquence, dans l'intention de placer touB les bourgeois que l'on espère voir arriver, les princes ont créé une gendarmerie à pied avec les privilèges dont doit jouir la gendarmerie à cheval et ce corps s'appelle c les hommes d'armes à pied ». 11 doit être composé de 32 compagnies formant 8 brigades. Chaque compagnie doit être de 54 hommes et sera commandée par un capitaine, un lieutenant en premier, un lieutenant en second, et on attache des jeunes gens en qualité d'officiers volontaires. Tous les officiers du régiment des gardes y conservent le rang qu'ils avaient dans leur corps. Les officiers généraux en commandent les brigade». M. le comte d'Artois a la bonté de me donner, sans que je le lui demande, une place d'officier volontaire pour Hippoly te, le plus jeune de mes fils. Je ne puis qu'être reconnaissant d'après la grâce qu'y met le prince, mais si ce corps devient trop dispendieux, ainsi que cela est probable, il ne conviendra pas k un cadet, et il serait peut-être imprudent de laisser prendre a cet enfant le goût d'une dépense qu'il ne pourra pas soutenir.
24 avril. — On a des nouvelles positives de la marche des troupes autrichiennes et les bonnes dispositions dans lesquelles paraît être le nouveau chef de la maison d'Autriche ne nous font pas regretter Léopold, dont la politiqut était inexplicable et dont la conduite avec la Reine de France, sa sœur, a été au moins aussi extraordinaire. H n'a pu douter qu'une scélérate, que le hasard avait fait tomber entre ses mains, n'ait été une des complices des atrocités des 5 et 6 octobre 1789 et que l'infâme Théroigne
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QMKIRM PR*P*»ATIFS 3»
de Mericourt n'ait été du nombre des furies qui voulaient attenter aux jours de la Reiue. Cette malheureuse, après avoir été quelque temps enfermée dans une forteresse du Tyrol, a eu les portes de sa prison ouvertes, est venue à Vienne, y a eu, à ce que l'on assure, des entretiens avec l'immoral Léapold et a tellement joui ensuite de «a liberté qu'elle a reparu impudemment à Bruxelles et à Tournai et est retournée en France pour y comploter et exécuter de nouveaux crimes. Cette Théroigno, célèbre par le râle qu'elle a joué dans toutes les scènes atroces de la Révolution, est du pays de Luxembourg. Il serait assez difficile de connaître sa vie dans les premières années de son obscure jeunesse. Mais les personnes qui, comme moi, fréquentaient beaucoup les spectacles et les endroits publics avant 1789, peuvent se rappeler que, peu d'années avant, il parut fréquemment à l'Opéra, et particulièrement au concert spirituel et seule dans une grande loge, une inconnue se faisant appeler M"" Campinadoa, couverte de diamants, ayant équipage, venant d'un pays étranger, ayant bien l'air d'une fille entretenue, mais laissant ignorer la source de ses dépenses. C'est la même personne qui, depuis la Révolution, a reparu sous le nom de la D"* Tbéroigne de Méricourt et dont les prétendus amours avec le député PopuluB ont été l'objet des continuelles plaisanteries des Actes des Apélres. Elle est petite, peu jolie, avait déjà l'air usée lorsque je l'ai connue, mais ne montrait pas alors le caractère féroce qu'elle a déployé depuis. Il est constant que le 5 octobre elle était parmi les poissardes, au château de Versailles, et dirigeait ces horribles furies. On assure que cette scélérate a été quelque temps maîtresse de Pétion et de quelques autres principaux révolutionnaires. Nous entendrons encore parler d'elle s'il se commet de nouvelles atrocités à Paris. Comment Léopold a-t-il eu assez peu de pudeur pour lâcher un pareil monstre dans la société, l'ayant & sa disposition?
Le 25 de ce mois, les princes, encore tout préoccupés de l'excellente organisation du rassemblement de Bingen et de l'ordre qui y règne, paraissent vouloir faire la visite de quelques cantonnements aux environs de Coblenz. Ils commencent par aller voir à Wallindar ce qu'il y a de
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formé du corps des hommes d'armes à pied, qui c'est encore que très peu considérable. Il y a plus d'officiers que de soldats et le nombre de ces derniers n'augmentera que difficilement. Les princes se rendent ensuite à Neuwied et y passent en revue la première division des compagnies rouges, formée des anciens gendarmes et chevau-légers de la garde du Roi et composant environ 600 mattres à cheval, bien montés, bien équipés, bien vêtus et entièrement à leurs frais. La seconde division, qui est à Andernach et que les princes doivent voir un autre jour, est au moins aussi considérable. Le comte de MontboÎBsier, commandant général des compagnies rouges et dans sa quatre-vingtième année, reçoit les princes à la tête de sa troupe. Les princes voient en m(me temps le régiment de Barwick, de 500 hommes, dont une partie est de l'ancien corps de ce nom, avec la totalité de ses officiers, le duc de Fitz-James, pair de France et colonel propriétaire, à leur tête, ayant avec lui ses deux fils et le commandeur de Fitz-James, son frère, ainsi que lui maréchal de camp. Ce régiment est très bien tenu et prêt à entrer en campagne. Il formera la brigade irlandaise avec le commencement des régiments de Dillon et de Walhs. Tous les officiers a peu près de ces deux corps ayant eu l'agrément des princes pour lever un nouveau régiment, nous voyons aujourd'hui environ 200 recrues de fort bonne mine. Mais ce qui dépare un peu celte revue, c'est un nouveau corps, formé par M. de Saint-Clair, gentilhomme anglais, dont les soldats, au nombre d'environ 250, ont l'air de véritables sansculottes.
Le prince de Neuwied a reçu dans son château Monsieur et M. le comte d'Artois et leur a donné, ainsi qu'à une suite très nombreuse, un déjeuner-diner, meilleur pour l'intention que pour l'exécution. Au surplus, nos princes ont eu raison de témoigner leur reconnaissance à ce petit souverain qui, au milieu de toutes les contrariétés que nous avons éprouvées relativement à nos rassemblements, a eu tes meilleurs procédés pour les émigrés, a donné toutes facilités pour se former dans aa petite principauté et n'a écouté à cet égard aucune réclamation. Le même soir 25, le Courrier de Paris nous apporte la nou-
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velle de la déclaration de guerre à la maison d'Autriche, Le Roi s'est rendu à l'Assemblée le 20 et la guerre a été décrétée. Quoique nous ne puissions douter à présent que les puissances ne fussent disposées à agir habilement, nous sommes bien aise de les voir encore provoquées par une déclaration de la France. Tout le monde ici est transporté de joie. Nous pouvons nous flatter que les affaires vont enfin prendre une tournure satisfaisante, surtout si les alliés agissent de concert et de bonne foi-..
Le maréchal de Broglie, absent depuis deux mois qu'il a été passer à Trêves, au sein de sa famille, et ou il avait l'air de rester par humeur, est enfin revenu ici, sur les pressantes sollicitations des princes, qui sentent la nécessité d'organiser tous les corps et de mettre de l'ensemble à tout ce qui est ici si décousu, pour lui donner au moins les apparences d'une petite armée. Mais malgré les bureaux qu'a montés le maréchal, rien ne se finit et il ne peut se résoudre à nommer les premiers officiers de l'étatmajor, sur qui tout doit rouler et qui doivent s'occuper de tous les détails dont le soin leur appartient et dans lesquels le maréchal veut toujours minutieusement entrer
Aussitôt que la déclaration de guerre au roi de Hongrie a été décrétée, l'Assemblée s'est empressée à faire donner des ordres pour mettre ses trois armées en activité. La première qui paraît devoir agir est celle du nouveau maréchal de France, le comte de Rochambcau, dont les opérations doivent se diriger sur le Brabant
On voit dans celte armée, faisant leur première campagne, deux jeunes princes, dignes fils du monstre dont ils tiennent l'existence, le duc de Chartres et le duc de Hontpensier. L'un est né le 6 octobre 1773, l'autre le 3 juillet 1775. L'éducation de ces princes fut confiée des leur plus tendre enfance a la comtesse de Genlis, devenue marquise de Sillery et, depuis la suppression des titres, la dame Bruslart. Cette dame, que l'on a vue successivement galante, bel esprit, philosophe, dévote, révolutionnaire des plus zélées, demeura, chose sans exemple, gouverneur des jeunes princes dont elle avait été la gouvernante. Quel fruit peut-on attendre d'une éducation dirigée par une femme aussi immorale, qu'on avait vue être
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publiquement maîtresse du duc d'Orléans ? Ses élèves furent imbus des principes dont elle faisait profession, et le naturel du duc de Chartres y a prêté tellement que la dame Bruslart convient, dit-on, que dans son enfance, ce prince réunissait les germes de tous les vices, maïs elle ajoute aussi que son patriotisme les a fait remplacer par toutes les vertus. Dès le commencement de la Révolution, le duc de Chartres a paru suivre avec ardeur le parti qu'a embrassé son père. S'étant rendu à Lille, il y a été l'objet du mépris des officiers honnêtes de la garnison. Pour se rendre populaire et contribuer à la corruption des troupes, on l'a vu buvant avec les soldats et les conduisant dans les clubs dont on le faisait président. Quant au duc de Montpensier, plus jeune de deux ans que te duc de Chartres, on assure qu'il annonce des dispositions encore plus vicieuses que celles de son frère.
La seconde armée, confiée au général La Fayette et qui s'assemble en Lorraine, est commandée par beaucoup d'officiers généraux attachés au parti constitutionnel. quoiqu'il s'en trouve quelques-uns aussi zélés jacobins'
Les princes font paraître, le 21 de ce mois, un règlement pour l'examen des discussions d'admission et la vérification des grades obtenus depuis le 17 juillet 1789, époque depuis laquelle ils regardent le Roi, leur frère, en captivité. En conséquence, toutes les grâces accordées depuis ce jour mémorable où le Roi fut forcé de se rendre à l'Hôtel de ville, sont regardées comme nulles à Coblentz et chacun ne prend rang que selon le grade qu'il avait avant. Les maréchaux de camp, colonels, lieutenants-colonels, majors, etc., remettent leurs brevets constitutionnels entre les mains de Monsieur. Les nouveaux chevaliers de S'-Louis remettent également leurs croix1...
13 au 30 haï. — Les arrivants de Vienne nous annoncent la marche positive des Iroupes. Dans moins de six
1. M. d'Espinchal donne des Dotes biographiques sur les divers générwu de nos Armées (t. V de sod manuscrit, p. tïVet suiv.).
t. Ce règlement se trouve en appendice à la fin du tome V du manuscrit de M. d'Espinchal.
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semaines les Autrichiens et les Prussiens seront sur les bords du Rhin. Le roi de Prusse sera à la tête de son armée, et le roi de Hongrie, venant pour être élu empereur, aura peut-être le désir de marcher avec la sienne el de ae pas laisser à Frédéric seul une gloire qu'il pourra partager. On assure également que les Piémonlais, aidés par un corps autrichien, vont arriver en Savoie au nombre de plus de 20.000 hommes. Le comte de La Châtre et le baron de G al 1 i [Te t arrivent ici de l'armée de Beaulieu, où ils ont servi avec activité pendant 15 jours avec les 600 émigrés qui se trouvaient encore à Ath, et nous donnent les détails les plus intéressants des difiérentes déroutes des patriotes et du pillage de leur camp, etc. Ces 600 émigrés sont présentement à Huy, d'après les ordres du maréchal de Broglie, qui n'a pu s'empêcher de témoigner un peu d'humeur au comte de La Châtre d'avoir agi dans les Pays-Bas sans sa participation.
La charmante duchesse de Guiche, arrivant aussi de Vienne où toute sa famille est établie, vient se réunir pour quelque temps à son époux, qui est ici commandant de tous les gardes du Roi. Il paraît que l'intention des princes a été de faire une convocation de tous les pairs du royaume et de former une assemblée composée des plus grands seigneurs de France et des principaux magistrats des différentes cours souveraines, à l'effet de constater la captivité du Roi et de déclarer Monsieur régent du Royaume. Mais il semble que ce projet, qui a besoin de la sanction des puissances étrangères, a souffert trop de difficultés pour être mis à exécution. Les personnes qui conseillent la Reine lui ont inspiré une injuste méfiance sur la loyauté de nos princes el la pureté de leurs sentiments. Ils font, au nom de cette princesse et du Roi, tous leurs efforts pour que le cabinet de Vienne mette des entraves à tout ce qui pourrait donner à Monsieur une autorité qui dérangerait toutes leurs manœuvres ambitieuses. Le nombre des pairs et des grands seigoeurs émigrés ainsi que des membres des parlements est assez considérable pour qu'on puisse former une assemblée des plus respectables, dans laquelle les principaux prélats du clergé de France auraient aussi été appelés
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Les bureaux du maréchal de Broglie sont en pleine activité. On s'occupe enfin des moyens d'organiser notre future armée, et ce n'est pas chose aisée : l'habitude des considérations particulières n'est pas encore perdue. II est difficile d'organiser des corps avec toutes les compagnies qui se sont formées et qui se forment encore journellement. Les unes sont plus que complètes, les autres ont de la peine à l'être. Toutes les provinces à peu près ont formé des compagnies du gentilshommes, à notre exemple, soil à pied soit à cheval. Cependant le maréchal ne peut se décider à nommer l' état-major de l'armée. Cette indécision met des entraves à tout. Malgré les défenses, les réclama tious de la régence, les compagnies à cheval s'exercent de tous les côtés et manœuvrent séparément
Juin 1792. — Le 2 de ce mois, le marquis de Bouille arrive de Berlin et nous donne les meilleures nouvelles sur nos affaires. Il nous assure que les Russes que Catherine a promis arriveront aussi. Jusqu'à présent, il y a un grand nombre d'incrédules sur cet article et il paraît difficile que nous voyions arriver ces braves auxiliaires, de cette campagne. Depuis la mort du roi de Suède, les projets de l'impératrice peuvent avoir changé et d'ailleurs les affaires de la Pologne peuvent encore l'inquiéter. Le général Schonfeld, lieuteuant général prussien, arrive & Coblentz dans le commencement de ce mois et loge dans la même maison que moi. II vient pour régler tout ce qui a rapport à l'armée prussienne, qui est en marche pour arriver ici. Il est également chargé de traiter avec nos princes tout ce qui peut concerner nos affaires. Il est reçu, comme on peut le penser, avec tous les égards possibles. Les princes l'appellent plusieurs fois à leur conseil. J'ai eu occasionde voir M. de Schonfeld et j'ai été content de ses honnêtetés. Ce général était employé par le roi de Prusse il y a peu de temps, lors de la dernière insurrection des brabançons et patriotes liégeois.
J'ai encore une attaque de goutte et de rhumatisme dans les reins qui me retient quelques jours chez moi. J'espère que j'en serai quitte pour le reste de l'année.
Depuis le départ de Madame, et par conséquent de
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M°* de Balbi, la manière de vivre de nos princes a entièrement changé. Pour avoir l'air de mettre de la réforme dans le gaspillage de leur maison, ils ne donnent plus à dîner qu'une fois la semaine à la noblesse et diminuent beaucoup le nombre des couverts. Monsieur, étant dans l'habitude de ne point dîner, a tous les jours à souper pour 20 personnes qu'il invite et passe sa soirée dans les appartements de MM. d'Hautefort et d'Avaray. C'est là que toutes les personnes marquantes, arrivant ou à demeure ici, viennent faire leur cour aux princes jusqu'à dix heures et apprendre les nouvelles. Quelquefois il y a des dames à souper. M. le comte d'Artois ne soupant pas, y paraît à peu près dix minutes, quelquefois point. C'est cependant le seul endroit oit l'on puisse lui faire sa cour. Sa journée entière, depuis dix heures du matin jusqu'à minuit, se passe chez Mu* de Polastron. Il y travaille surtout avec M. de Calonne. Le reste du temps se passe avec une société intime, composée de quatre ou cinq femmes et de quelques jeunes gens, parmi lesquels il ne se trouve d'homme raisonnable que lorsque quelque affaire l'attire auprès de M. le comte d'Artois pour quelque chose de pressé ou d'indispensable. C'est avec peine que j'ai vu y venir à cet effet M. de SchOnfeld, pour y traiter d'aflaires. Que peut penser un étranger, chargé de la confiance du roi de Prusse, en voyant un prince, en qui toute la noblesse française paraît avoir mis toutes ses espérances et sur qui toute l'Europe a les yeux, vivre d'une manière aussi inconséquente et aussi légère, dans l'instant où, dans toutes les cours, se traitent des intérêts d'une telle importance que le sort de la France, l'existence du Roi et de ses fidèles sujets et la sienne propre en dépendent ! La maison de M"" de Polastron donnant sur la place de la résidence et sur la promenade et M. le comte d'Artois étant sans cesse à la fenêtre avec ses familiers courtisans, des milliers do gentilshommes sont journellement témoins de ce pénible spectacle. Tout le monde cependant rend justice à M"" de Polastron. Cette femme sensible aime tendrement M. le comte d'Artois. Sa passion l'occupe uniquement. Elle est douce, réservée, se montrant peu, nullement intrigante, ne se mêlant d'aucune affaire. Mais on ne peut en dire
autant de ce qui l'entoure. Tout cela fait le plus grand tort au prince, dont nous avons fait notre idole et qui, par la bonté de son cœur, la pureté de ses principes et de ses intentions et une excellente conduite pendant trois ans, mérite si justement notre amour. Il semblerait presque que Monsieur a gagné ce que son frère est au moment de perdre. On lui sait gré d'être plus parlant, de vous écouter avec attention lorsqu'on s'adresse à lui et de se montrer avec la dignité qui convient. I! paraît moins familier avec les jeunes gens, et il n'en aurait peut-être pas tant autour de lui si sa faiblesse pour M"* de Balbi ne l'avait forcé à subir cette inconséquence et & s'attacher tous les étourdis auxquels cette femme légère et galante a pris intérêt. Mais il est temps que la trompette soune, que les petits-fils d'Henri IV se mettent à notre tête, que leurs panaches blancs nous montrent le chemin où la gloire nous appelle, qu'ils nous conduisent aux pieds du trône que la noblesse est impatiente de relever et auquel elle donnera un nouveau lustre en y replaçant un Roi qu'elle brûle de délivrer des mains de ses atroces oppresseurs.
Mon second fils, Alexis, que j'avais placé dans la marine, était sorti du collège d'Alals et avait été reçu élève en 1789- Après avoir fait, selon l'usage, une petite campagne dans la rivière de Gênes, il fut embarqué pour une campagne dans le Levant, laquelle val ordinairement de dix-huit à vingt mois. Il a donc passé ce temps dans ces parages, dans l'archipel et à Smyrne. Il est revenu & Toulon au commencement du printemps, et, aussitôt qu'il l'a pu, il en est parti pour venir me rejoindre. II a passé par Lyon, où il a été obligé d'attendre quelque temps pour se procurer des passeports. lia vu sa mère à Chambéry et, venant par Genève, traversant la Suisse et le Bmgau, il est arrivé ici au commencement du mois. Il jouit du bonheur de revoir ses frères et de se réunir à un père dont il connaît l'égale tendresse pour ses enfants. Quant à moi, ma satisfaction est sans égale de n'avoir plus dans l'intérieur de la France aucun de mes enfants, de savoir que mon épouse est aussi dehors et en sûreté et que tout ce que j'ai de plus cher n'est plus exposé aux fureurs de nos atroces persécu-
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leurs, que leurs crimes envers nous ont rendu nos plus implacables ennemis.
Le maréchal de Broglie s'est enfin décidé à nommer l'état major de notre armée. M. de La Rousière, maréchal de camp de 1781, est maréchal général des logis, M. le comte de La Chapelle, maréchal de camp de 1784, major général de l'infanterie, et le comte deChalup, maréchal de camp de 1784, maréchal général de la cavalerie. On a ajouté ensuite une nuée d'aides-maréchaux généraux comme pour une armée de deux cent mille hommes. Il y a eu pour toutes ces places autant d'intrigues qu'autrefois à Versailles et, soit intrigant ou protecteur, chacun a joué son râle comme à l'ordinaire. Le ministre de la guerre s'est fait solliciter avec la même importance que s'il était question de faire des officiers généraux ou de donner des régiments. Nous serons assurément plus heureux que noua ne le méritons, si, d'après tout ce que l'on voit ici, tout tourne à bien.
Il paraît en ce moment, et lorsqu'il est question de s'occuper sérieusement de se mettre on marche, de nouveaux règlements pour les manœuvres de l'infanterie et de la cavalerie. Il y a trois mois qu'on aurait pu et qu'on aurait dfi nous les donner, afin que nous eussions pu nous instruire à cet égard. Il parait aussi un règlement pour fixer notre manière de servir on campagne. Quoique les gentilshommes se soient faits cavaliers ou soldats, il a paru nécessaire de donner uno forme nouvelle aux anciennes ordonnances et même à l'organisation des corps. M. de Ballaiovilliers, qui fait les fonctions d'intendant de l'armée, a sous lui une si grande quantité d'employés de toute espèce qu'on croirait que l'armée la plus considérable va entrer en campagne. Il y a beaucoup de commissaires des guerres émigrés, tous employés. Les préparatifs pour les hôpitaux, pour les vivres, sont si considérables, qu'on serait tenté de croire que nos princes ont de l'argent de reste. Cependant, l'embarras est à son comble. Chaque jour on en est aux expédients, quoiqu'ils aient été souvent aidés par des personnes qui, sorties de France avec des sommes considérables, leur en ont fait un généreux hommage, sans prévoir s'ils pourront rendre et s'ils ne se pri~
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venl pas de ressources pour l'avenir. Je pourrais citer beaucoup d'auteurs de si belles actions, dont ils n'ont pas même voulu que le public fût instruit. M. de Calonne luimême, à qui son goût naturel pour la dépense rend l'argent si nécessaire pour son propre usage, a fait des avances considérables aux princes et son épouse, qui jouissait d'une belle fortune, l'a presque toute engagée depuis qu'elle est à Goblentz. Je ne puis me dispenser de citer un beau trait de la famille Vergeones qui est établie ici. Apprenant l'embarras des princes, ils se sont réunis pour apporter leur argenterie, leurs bijoux, leurs diamants. La comtesse de Vergennes mère a donné tous les riches présents qu'elle avait pu recevoir pendant les différentes ambassades de son époux, disant très noblement que leur véritable source venant des bontés du Roi, il était juste de les employer au service de Sa Majesté.
Les Prussiens devant arriver à Coblentz à la fin du mois ou au commencement de juillet, on donne avis à tout le monde de l'obligation où l'on s«ra d'en partir. En conséquence ebacun fait ses derniers préparatifs pour la campagne. Les chevaux se vendent à un prix exorbitant, mais personne ne regarde plus à la dépense, tant on est convaincu du succès des opérations et de l'immanquable contre-révolution. Quoique ce soit un peut tard, il arrive cependant encore journellement de nouveaux émigrés. Plusieurs sont reçus très froidement par les corps auxquels ils vont se réunir. Plusieurs même sont refusés ; pour éviter les inconvénients d'une trop rigoureuse et souvent injuste sévérité, les princes nomment une commission composée de quelques officiers généraux pour examiner les griefs de ceux qu'on refuse d'admettre. On se plaint du peu d'indulgence qu'on a à Worms et à Coblentz, en repoussant quelquefois des gens dont le repentir est sincère. On a certainement tort de se montrer si difficile, et mon avis est bien pour que l'on pardonne les erreurs de celui qui témoigne ses regrets et son retour aux bons principes. Mais lorsqu'on propose aux officiers d'un régiment de recevoir un de leurs camarades qui, lorsqu'ils sont partis du corps, y est resté pour profiter de leur départ et devenir le chef du régiment ou
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lieutenant-colonel, a prêté tous les serments, a vécu dans les dubs avec les soldats, peut-on se flatter qu'ils puissent consentir à admettre parmi eux celui qu'ils ont regardé comme déshonoré? Peut-on proposer à des gentilshommes qui, sortant de leurs provinces, ont abandonné leurs foyers, leurs familles, leurs intérêts les plus chers, pour se rendre où ils onteru être appelés par l'honneur, le devoir et le désir de servir leur Roi, de rétablir son autorité et rendre à la religion tout son lustre, qui ne sont animés que par cette noble et seule ambition, peut-on, dis-je, leur proposer d'admettre parmi eux celui qui, arrivant en ce moment, n'est resté en France que pour contribuer aux vexations qu'ont éprouvées leurs parents; qui, membre des sociétés populaires, aura mérité la confiance des factieux par l'exercice d'un emploi dans la garde nationale, dans le département, dans le district ou dans la municipalité; qui aura favorisé la Révolution en acquérant des biens du clergé et qui, n'ayant que son intérêt pour guide, ne vient que lorsqu'il croît l'informe édifice de la constitution prêt à s'écrouler? Devrait-on recevoir parmi des gentilshommes, dont les principes sont purs, des anciens députés membres de cette coupable minorité de la noblesse qui, se réunissant au tiers, abandonnant lâchement leur ordre, trahissant leurs serments, sont les premiers auteurs de nos malheurs et ont coopéré plus particulièrement aux décrets de cette coupable assemblée, un se rangeant constamment parmi les factieux et partageant leurs principes? Eh bien, malgré celte intolérance qu'on reproche tant à Coblentz, on voit ici, parmi les officiers des gardes du corps, un député du Dauphiné qui, plus empressé que ses camarades de la minorité, fut avec son beau-frère, le marquis de Blacons, son collègue, se réunir au tiers, à l'église Saint-Louis, le lendemain de ta séance séditieuse du jeu de Paume. Le comte Antoine d'Agoult est depuis resté au côté gauche par faiblesse. Il y a six mois qu'il est au cantonnement avec tous ses camarades. Un autre député du Dauphiné, qui, dans cette province, a été un des chauds partisans de Necker et du système populaire, M. de Marsanne, qui est compté au nombre des membres du côté gauebe, est ici depuis peu. 11 n'y a guère de compagnies
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où il n'y ait quelqu'un à qui on pourrait reprocher des erreurs plus ou moins grandes.
Le comte de Luxembourg, capitaine des gardes du corps, jeune homme de peu de moyens et dont on avait blâmé le peu d'énergie auprès du Roi, arrive ici pour faire la campagne avec sa compagnie et servir en qualité de volontaire. Plusieurs maréchaux de camp constitutionnels, employés dans l'intérieur avec le consentement des princes et dont on connaît les bons principes, arrivent dans le courant de ce mois, ayant depuis peu quitté les armées où ils n'ont pu trouver le moyen d'être utiles et faire passer des corps comme ils s'en étaient flattés. Ce sout MM. de Wurmser, de Pestalozzi et Dulau d'Allemans...
L'armée prussienne arrivant décidément à Coblentz tout au commencement de juillet, les ordres se donnent pour que cette ville soit entièrement évacuée, ainsi que les environs, par tous les corps d'émigrés que l'on va disperser, en attendant de nouvelles dispositions, dans l'électoral de Trêves. Les princes doivent également partir de Coblentz avec toute leur suite, pour établir ailleurs leur quartier général. Nous recevons nos ordres pour partir de Coblentz le 2 de juillet et nous rendre, dans le même jour, aux cantonnements qui nous sont assignés, sur les bords de la Moselle, à Carden, Treiss et Clooten, à six et huit lieues de cette ville. Le 29 de ce mois, l'évêque de Saint Orner, premier aumônier de M. le comte d'Artois, vient au Thaï pour faire la cérémonie de la bénédiction de nos deux étendards que les princes nous ont donnés. Pour cette fois, nous paraissons au Thaï avec un détachement en grande tenue, sabre à la main, trompettes sonnant, étendards déployés, ce que l'on n'avait encore permis à aucun corps. Depuis que l'on est certain de la marche des Prussiens et des Autrichiens, la régence se tient tranquille et a cessé de nous tracasser...
D'après le règlement des princes, 4 escadrons doivent former une brigade. Le duc de Lorge, établi depuis plus de six mois à Limbourg, a rassemblé dans le cantonnement un assez grand nombre d'officiers de cavalerie et particulièrement des régiments de Colonel-G-énéral, Royal-Piémont, Royal-Lorraine et Royal-Guyenne, pour former quatre
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compagnies. Le vicomte de Vergnotte, major, puis lieutenant-colonel du Colonel-Général, ayant émigré avec la cornette blanche, les princes ont arrêté que la première brigade de cavalerie porterait le nom de Colonel-Général, ayant à son premier escadron la cornette blanche, portée par M. le marquis de Bellegarde, propriétaire de la charge de cornette blanc. Le duc de Lorge, connaissant notre bonne composition et nous étant instruits de l'excellente formation de ses deux escadrons, nous avons tous sollicité les princes d'être unis ensemble pour former la brigade de Colonel-Général. Toutes Icb brigades devant être commandées par un lieutenant général, les princes ont encore eu égard à notre province et ont nommé un gentilhomme d'Auvergne, le vicomte de Beaune, lieutenant général de 1784, dont le fils, appelé le marquis de Montagu, mari d'une des filles du duc d'Àyen, se trouve être le beau-frère du vicomte de Noailles et de La Fayette et n'a pas encoro paru dans l'émigration, ce qui afflige extrêmement son père. Il espère cependant que le marquis de Montagu finira par prendre le parti de le rejoindre. Il vaut mieux tard que jamais. Le marquis de Bouzols, maréchal de camp de 1781, commandeur de l'ordre de Saint-Louis, frère cadet du vicomte de Beaune, est ici en ce moment...
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