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contre les troupes de leurs majestés impériales et royales. Il déclare que si le château des Tuileries est forcé ou insulté, que s'il est fait la moindre violence, le moindre outrage à LL. MM. le Roi et la Reine et à la famille royale.il en tirera une vengeance exemplaire et à jamais mémorable, en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d'attentats aux supplices qu'ils auront mérités. — Cette déclaration paraît être assez généralement approuvée. Cependant, il semble extraordinaire que l'empereur et le roi de Prusse, admettant dans leurs armées les frères du Roi de France et plusieurs princes de son sang, les plus grands seigneurs et les plus riches propriétaires du royaume, la presque totalité de la noblesse, enfin environ dix-huit mille gentilshommes, le duc de Brunswick n'en fasse nulle espèce de mention dans ce manifeste des puissances. Au surplus, il paraît qu'il a été adopté par le cabinet de Vienne de préférence à plusieurs autres qui ont été proposés. Les princes n'ont pu obtenir que celui qu'avait présenté H. de Calonne fût accepté. L'intrigue de Bruxelles s'est encore mêlée de cette affaire. On assure que Limon est l'auteur de cette déclaration et que c'est par le moyen de l'archiduchesse Christine et du baron de Breteuil qu'il a eu la préférence sur tous les autres...
Mayence a été extrêmement agréable cet hiver. L'électeur y a été de la plus grande prévenance envers toutes nos dames qui y étaient en grand nombre. II y a eu toutes les semaines des concerts et des réunions générales. Manheim, Rastadt, Heidelberg ont également eu des plaisirs et nombreuse société française, mais Aix-la-Chapelle et surtout Bruxelles paraissaient être le rondez-vous de la cour de France et de la ville de Paris. Le carnaval y a été brillant. Nos jeunes dames y ont affiché le même luxe, la même élégance que dans les temps les plus heureux. Tout cela règne encore en ce moment à Bruxelles. Voilà comment on s'accoutume au malheur et on devient insensible à celui des autres. Les personnes les plus marquantes, faisant parade de leur attachement au Roi et surtout à la Reine, n'en ont pas moins eu bal chez elles, réunissant
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la plus nombreuse société, tenant une bonne maison, ne se refusant aucun des plaisirs dont on pouvait jouir autrefois et oubliant ainsi les peines, tes tribulations, les outrages, les humiliations dont sont journellement accablés leur infortuné souverain et celle dont ces personnes se disent les plus zélés1 serviteurs...
Nous allons être longtemps sans avoir des nouvelles de France ot, une fois en marche vers'la frontière, nous n'eu recevrons que difficilement. D'après les règlements des princes , il doit être formé des brigades de cavalerie et d'infanterie. Les brigades de cavalerie doivent être de huit compagnies de 56 hommes, y compris les officiera. Deux compagnies forment un escadron. Ainsi quatre escadrons doivent faire une brigade, qui, en y comprenant les surnuméraires, forme un corps d'environ 500 gentils* hommes, commandé par un lieutenant général, 4 maréchaux de camp, 1 major de brigade, 8 capitaines en premier, 8 capitaines en second, 4 aides-majors; à chaque compagnie, 4 chefs de section, 2 fourriers, 8 chefs d'escouade et 40 maîtres. Les 4 compagnies formées par le duc de Lorge et avec lesquelles, ainsi que je l'ai déjà dit, nous devons être accolés pour former la brigade du Colonel-Général arrivent lé' 2îi de ce mois dans les villages qui nous avoisînent. Désirant nous lier avec ces nouveaux camarades, nous allons tous au-devant d'eux à leur arrivée, nous leur donnons une halte militaire, des viandes froides et abondance de vin, suffisamment pour en griser Un grand nombre, en portant les santés de nos maîtres, de nos princes, de tous les souverains de l'Europe et de tous les bons et fidèles royalistes. Cette réception amicale ei sans cérémonie doit commencera établir l'union qui doit exister entre des gentilshommes réunis pour une si belle cause et qui doivent faire la campagne ensemble.
Tous les différents corps qui doivent former l'armée des princes sont presque tous cantonnés aux environs de Bingen. M. le- prince de Condé, établi à Creutznach, se dispose a partir, ainsi que M. le duc de Bourbon, chacun pour sa destination -respective. 'Nous recevons nos ordres pour partir le 30 au matin, et nous rendre en sept jours au camp de Bellingéii, près de TT&ves. Tous les autres corps reçoi-
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vent les mômes ordres pour se porter au môme point, sur différentes colonnes. Nous sommes prévenus que d'après les soins et les ordres des princes, nous recevrons sur notre route des rations de bouche et de fourrage, et qu'arrives à notre destination, il nous sera délivré des tentes et toUB les ustensiles pour la campagne.
30 juillet. — Temps affreux. Pluie à verse tout le jour. — Nous partons de nos cantonnements de Nieder et Ober- Ingelheim pour nous rendre à Langenlosheim. Nous nous séparons des quatre compagnies du duc de Lorge, que nous ne devons retrouver que près de Trêves. Mon petit équipage, quelque économie que j'aie pu y mettre, est devenu très coûteux, ayant deux de mes enfants avec moi, et ayant retiré le plus jeune du corps des (tommes d'armes à pied. II consiste en quatre chevaux de selle et deux de voiture pour traîner ma voiture et tout mon bagage, deux gens d'écurie et le fidèle Picard, ayant l'inspection sur le tout. Je m'arrange pour faire ordinaire en campagne avec le comte de Retz, mon commandant en Becond, le duc de Caylus. le comte de Pons, ses deux neveux et son cousin le comte de Maeheco, mes deux enfants, le vicomte de Retz, tous servant dans ma compagnie, et le vicomte de Fleury, qui a désiré faire la campagne avec nous. Mon maître — Jacques, Picard, qui s'emploie à tout avec la meilleure volonté du monde, est le maître d'hôtel et le cuisinier en chef de tout cet ordinaire consistant en onze maîtres et environ douée domestiques.
Pour nous rendre & Langenlosheim, nous traversons la ville de Bingcn et nous remontons les bords de la Nahe, pendant environ deux heures, par des chemins affreux et gâtés par les plaies. Langenlosheim est un gros village dans lequel nous nous logeons tous, tant bien que mal mais en payant nos logements, nos fourrages et nos rations.
31 juillet. — Le temps remis au beau. — Nous séjournons à Langenlosheim. Ne nous trouvant qu'à une lieue de Creuttnach, j'y vais avec mes deux enfants pour y faire ma cour à M. le prince de Condé. Mais les trois princes étant allés a Blngen pour les derniers arrangements de
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leurs divisions, je D'y trouve que M™ la princesse Louise, avec laquelle je dîne ainsi que mes enfants. J'ai le plus grand plaisir à revoir celte respectable princesse, pour laquelle mon attachement est égal à ma vénération, et que je n'avais pas vue depuis plus d'un an, à Worms. Je la trouve extrêmement triste de se voir obligée de se séparer de son père dont elle est depuis trois ans le secrétaire de confiance, de son frère qu'elle aime tendrement. Elle me parle de Bon juste déplaisir de la division de nos trois petites armées et du peu d'égards qu'on a eu pour M. le prince de Gondé dans la répartition des corps et compagnies. Il y a même à cet égard des détails qu'il faut ensevelir dans l'oubli. M*" la princesse Louise est encore incertaine du lieu où elle se retirera pendant la campagne. Mais il me paraît qu'elle se déterminera à s'établir entre Francfort et Mayence, afin d'être plus & portée, par les moyens d'une grande ville, d'avoir les nouvelles qui peuvent l'intéresser.
Août 1792. — i" août. — Beau temps. Commencement de chaleur. — Séjour à Langenlosheim.
2 août, i — Beau temps et chaleur. — D'après les ordres que nous recevons, nous quittons ce matin notre village pour nous rendre à Stromberg, qui n'est qu'à trois lieues. C'est une très jolie petite ville, dépendant de l'électeur palatin qui, conservant ta neutralité, nous aurait refusé le passage sur son territoire, si le roi de Prusse ne nous eût précédé. Mais la ville s'est prêtée à nous loger par billets, à la vérité en payant, et les rations de fourrages commencent à nous être fournies par des bons des princes. Plusieurs autres corps logent avec nous à Stromberg et malgré cela nous y sommes tous passablement. Nos princes sont également partis de Bingen. Ils sont en pleine marche à la tête d'une colonne de cavalerie et des hommes d'armes à pied. Ils nous précèdent d'un jour et se dirigent sur Trêves.
3 août. — Beau temps et chaleur. — Nous ne faisons aujourd'hui que trois petites lieues pour nous rendre à Zimmeren, autre jolie petite ville du Palatinat. Nous y
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sommes bien logés et fournis de râlions de fosrrage, de viande et de pain Nous nous y trouvons avec l'escadron composé des officier» des carabiniers. Je n'ai rien à dire de Zimmereo, sinon que nos jeunes gens y passent la soirée à danser au châleau avec les filles du concierge, très jolies, d'une belle tournure et qui, avec vingt-quatre heures de plus, auraient été d'excellente composition, à en juger par les œillades du premier jour.
4 août. — Pluie, orage, mauvais temps. — Notre journée est aujourd'hui de quatre lieues pour nous rendre a Kilchberg, petite ville où nos princes ont couché la veille avec le quartier général. Nous y sommes mal logés et le passage de l'énorme suite de nos princes fait tort à ceux qui viennent après. lie vicomte de Beaune, lieutenant général, notre compatriote, que les princes, d'après nos désirs, ont nommé pour commander la brigade de Colonel-Général, dont nous formons la moitié, arrive pour nous rejoindre à Kilchberg. 11 n'eût tenu qu'à lui d'éviter un désagrément qu'il a fallu essuyer, se trouvant obligé d'éloigner d'auprès de lui son fils, qu'il a pris pour aide de camp et qui parait aujourd'hui pour la première fois, arrivant de Paris, où il n'a pas été assez circonspect sur ses liaisons. En cette occasion, je ne puis m'empecher de trouver mes camarades infiniment trop sévères envers le marquis de Montagu, qui, beau-frère de La Fayette et du vicomte de Nouilles, n'a d'autre tort que de ne s'être pas éloigné assez promptement de ces deux coupables révolutionnaires. Le marquis de Montagu n'a joué aucun rôle en France et je le crois pur dans ses principes comme dans ses actions. Hais le père avait été prévenu de la mauvaise disposition des gentilshommes de notre province et n'a pas voulu agir en conséquence. Le marquis de Montagu va auprès du marquis de BouzoU, son oncle, à l'armée de M. le duc de Bourbon.
5 août. — Pluie, mauvais temps. — Séjour à Kilchberg. Nous commençons à éprouver des difficultés pour faire accepter les bons des princes pour les rations de bouche et de fourrage. M. de Galonné passe à Kilchberg, allant
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rejoindre les princes et a assez de peine s arranger cette affaire en donnant quelques acomptes, dont les fournisseurs veulent bien se contenter pour le premier moment, pour ce qui a été consommé par les corps qui ont déjà
6 août. — Temps assez beau. — Nous allons coucher k trois lieues de Kilchberg et nous sommes répartis daas les villages de Gunzvodt et Hundheim, où nous sommes très mal logés. Les soins du nombreux état-major de notre armée ne se sont pas portés jusqu'à préparer notre passage dans ces misérables villages. On ne nous y fait par conséquent aucune espèce de distribution, et nous sommes forcés de nous pourvoir très chèrement à nos propres frais.
7 août. — Nous séjournons dans nos villages. D'après les ordres que nous avions reçus, en date du 1" de « mois, nous faisons partir dans la nuit un détachement pour se rendre au prétendu camp de Pellingen, près de Trêves, pour y recevoir les tentes qu'on doit nous y distribuer et enfin pour y établir notre troupe dans le lieu qu'on indiquera. Mais il n'existe pas plus de tentes que de camp. Notre détachement, arrivé sur le terrain désigné, n'y a trouvé personne de l'état-major, aucun ordre, et n'y rencontre que des détachements d'autres corps, aussi embarrassés les uns que les autres. Nos camarades ne savent par conséquent que devenir ni où nous retrouver et nous sommes quatre ou cinq jours sans en entendre parler.
8 août. — Très beau temps. — Nous quittons nos villages des cinq heures du matin, pour nous diriger sur Trêves, dans la ferme persuasion d'arriver de bonne heure as camp de Pellingen. Notre nouveau général de Beaune, très honnête homme d'ailleurs, mais militaire peu prévoyant, n'ayant pris aucune précaution pour faire bonne route, nous nous perdons dans les bois. Pendant notre embarras, un paysan, qui nous rencontre par un heureux hasard, remet à notre chef un ordre signé de Monsieur, pour nous rendre à Holzberg, village où lès princes ont couché et
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d'où ils sont partis seulement, ee matin. A quoi servent donc les soixante aides de camp de nos princes et tes quatre-vingts officiers de l'état-major ! Peut-on commencer plus ridiculement le service de la campagne ? Que penser de l'ordre qui va régner dans notre armée, si les autres corps en éprouvent autant? Enfin, après avoir pris des guides dans le bois et nous être remis dans notre chemin, dont nous nous étions fort dérangés, et avoir marché pendant neuf heures, nous arrivons au mauvais village de Holzberg, où il n'est pas concevable que l'élat-major ait pu établir le quartier général de nos princes. Noue trouvons les habitants de ce petit endroit très justement ulcérés du gaspillage de la suite pillarde de nos princes et disposés à nous refuser ce qui nous est nécessaire, d'autant plus qu'aucun officier de l'état-major n'a prévenu de notre arrivée. Agissant difléremment que ceux qui nous ont précédés et payant comptant et exactement tout ce qu'on pourra dous fournir, nous sommes néanmoins au moment de manquer de, tout. Cependant la. vue de nps couronnes. établit la confiance et les fourrages, les vivres nous arrivent, mais lobs nos chevauxsont au bivouac et beaucoup de nos camarades sont obligés d'y passer la. nuit.
9 août, — Noub séjournons & Holzberg. Heureusement le temps nous est favorable et la chaleur nous fait supporter l'incommodité de notre premier bivouac, La journée se passe Bans entendre parler de rien et sans savoir ce qui se passe, mais il n'est plus question de camper à Pelbngen. On ne comprend rien à cette manière de servir. Cependant nous avons le maréchal de Broglie pour commandant général et c'est lui qui a choisi tous ceux qui doivent l'aider dans tous les détails.
10 août. — Beau temps et chaleur. — Enfinnous recevons l«s ordres pour partir ce matin et nous rendre à Trêves, où nous en recevrons de nouveaux pour notre destination. Du village de Holzberg à Trêves, il y a près de 5 lieues. Aux environs de la ville, nous trouvons beaucoup de corps cantonnés dansles villages, Nos princes sont établis auprès de Trêves. Le quartier général du. roi de Prusse en esta
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une lieue et son armée est en avant. Nous recevons l'ordre de nous rendre au delà de Trêves, à trois lieues plus loin, au château de la Quinte. Nous traversons dans toute sa longueur la ville de Trêves, dont le pavé est détestable. Nous passons la Moselle sur un beau pont et nous descendons sur la rive gauche de cette rivière jusqu'à notre destination. En nous laissant dans nos cantonnements de Treiss et de Carden, on nous aurait évité les désagréments dispendieux de plusieurs déplacements et de soixante lieues de route. On nous eût épargné des dépenses considérables, faiteB en pure perle et sans aucun motif, puisque le cantonnement des poitevins n'a bougé de Gastellaun que pour se rendre à Trêves, où nous aurions également été rendus en deux jours. Mais il est écrit, je crois, que tout doit se faire au rebours du bon sens. Enfin, nous voici as château de la Quinte et nous y retrouvons notre détachement du camp de Pellingen. Notre cantonnement consiste en une grande et vaste maison, toute meublée, quelques moulins et forges et un très beau bois, seul endroit pour établir nos chevaux. Nos généraux ont chacun une chambre dans la maison et on a la liberté de coucher sur la paille dans plusieurs grandes salles où l'on peut s'arranger environ une cinquantaine. Pour moi, à l'exemple de beaucoup d'autres et faute de tente, je fais pratiquer sous le bois une feuillée et j'y dors à merveille. Les princes ayant proposé au roi de Prusse de lui faire voir une partie de notre petite armée et surtout la cavalerie, nous recevons l'ordre, à minuit, de nous rendre, le lendemain 11, dans la plaine au delà de Trêves.
1 1 AOUT. — Beau temps, forte chaleur, orage après midi. — De grand matin nous sommes en marche pour aller passer encore une revue du roi de Prusse, à près de quatre lieues de l'endroit où nous venons d'arriver la veille. Il faut encore traverser la désagréable ville de Trêves. Notre place de bataille nous est donnée à la suite des corps réputés de la maison du Roi. Beaucoup de corps cantonnés à une distance trop éloignée n'ont pas été mandés pour cette revue, où cependant on montra au roi de Prusse huit à neuf mille hommes, tant de cavalerie que d'infanterie.
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Sa Majesté, accompagnée du prince royal, do duc de Brunswick, de nos princes et d'une suite très nombreuse, arriva vers midi. Après avoir été passés en revue, nous avons tous défilé devant le roi, avec le désagrément d'une poussière si affreuse qu'il a été de toute impossibilité a S. M. de nous voir. Mais le roi n'en a pas été moins honnête et a dit les choses les plus flatteuses sur la noblesse française et particulièrement sur chaque corps. Mais les souverains doivent avoir un certain protocole de compliments d'usage dont ils se servent en pareille occasion. Les uns mettent plus de grâce à les débiter que les autres. Après cette revue insignifiante, qui nous a occasionné une course fatigante de huit lieues, comme la veille, nous sommes revenus reprendre notre établissement sous le bois de la Quinte, où nous éprouvons un fort orage qui dérange un peu nos fouillées et nos cuisines.
12 au 18 AOUT. — Séjour k la Quinte jusqu'au 18. Pendant ce temps nous avons quelques jours de pluie extrêmement incommodes au bivouac. II nous avait été annoncé depuis longtemps des fournitures complètes d'effets de campement et de tous les ustensiles de cuisine, ce qui fait que nous avions négligé de nous en pourvoir à nos frais, ce que nous aurions aisément supporté, en ayant fait tant d'autres infiniment plus considérables. Nous sollicitons vainement la livraison des tentes qui doivent nous être données, d'après le règlement des princes à ce sujet. Nous sommes 360 maîtres et tout ce que nous avons pu obtenir s'est réduit k une douzaine de canonnières et à des marmites et bidons. Beaucoup d'entre nous prennent le parti de faire faire des tentes & nos dépens. Nous recevons ici des rations de bouche et des fourrages, mais toutes ces livraisons se font avec un désordre qui annonce le plus grand gaspillage dans cette partie. Cependant, notre armée est pourvue d'un intendant, de commissaires des guerres, de munitionnaires, fournisseurs et entrepreneurs de toute espèce, et M. de Calonne est l'ordonnateur général de toutes les dépenses. D'ailleurs le quartier général absorbe tout. Indépendamment de l'énorme et ridicule quantité de personnes qui y sont employées, les officiers des maisons des princes.
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leurs adjudants généraux, leurs aides de camp, leurs gardes dont lu guet est considérable, les trois états-majors, il a été de plus décidé que deux compagnies à pied do corps des officiers de la marine y feraient un service journalier auprès des princes. Quelques cent-suisses de U garde du Roi, au nombre d'environ 20 et qui sont arrivés depuis la réforme de la garde du Roi et l'emprisonnement de M. le duc de Brissac, leur commandant, servent à la garde intérieure du logis des princes et sont commande! provisoirement par le comte de Cossé, maréchal de camp. Outre cela, il y a encore an quartier général la prévôté el ses bureaux, les médecins, chirurgiens, etc..» de plus tons les membres du conseil des princes. Ajoutez à tout cela un grand nombre d'officiers généraux non employés aux brigades, s'étant mis à la suite du quartier générai avec un gros train, sans avoir rien à faire et n'en ayant pu moins des aides de camp. Pour juger de cette inconcevable cohue el de tout cet extravagant cortège de nos princes. ■' faut en voir l'étal.
Depuis que les princes sont arrivés a Trêves, ils ont fait paraître une déclaration de leurs sentiments et de leur intention, faite à la France et & l'Europe entière. Ce manifeste, daté du quartier général près de Trêves, le 8 août 4792, est signé par les deux princes frères du Roi et par les princes de la maison do Gondé. U est également signé par les deux enfants de M. le comte d'Artois qui sont en ce moment en route pour se rendre de Turin a notre armée. Cetlo pièce est trop longue pour être rapportée ici '.
Depuis le commencement de la Révolution, la ville de Trêves a été un deB endroits où il s'est le plus retiré dt familles françaises. 11 y est venu également un très grand nombre d'ecclésiastiques fuyant la persécution. Le 7 août, au passage du roi de Prusse, l'archevêque de Narbonne, accompagné de l'évèque de Verdun, des évoques in partibus de Tricomie et d'Orope, présenta à S. M. cette portion du clergé de France, au nombre de plus de 300 ecclé-
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élastiques des diocèses de Metz, Toul, Verdun, Nancy, Saint-Dié, Reims, etc. et adressa au roi un discours1. Le 23 août, jour de la Saint-Louis, l'archevêque de Narbonne célébra la messe à l'église de Saint-Gangoult et prononça un discours analogue àla circonstance...
Pendant que nous attendons qu'il plaise au duc de Brunswick de nous mettre en activité, l'armée prussienne est en marche et se porte en avant de Luxembourg, sur Longwy et Thionville, Le général Clerfayt, arrivant des Pays-Bas, se porte aussi du cdté de Longwy et le prince Hohealoe, autrichien, arrive du haut Rhin avec un corps de vingt mille hommes. Nous ne recevons plus aucune nouvelle de France. Les lettres, les papiers publics ne nous arrivent pas. Nous ignorons absolument ce qui se passe dans l'intérieur en ce moment. Mais la fermentation qui existe à Paris depuis le 30 juin et la lutte entre les constitutionnels et les jacobins nous font tout craindre pour la famille royale, et nous ne pouvons douter des projets atroces du parti républicain et des anarchistes. Il noua' arrive encore cependant de l'intérieur quelques tardifs camarades, qui avaient déjà paru & Goblentz, que quelques affaires importantes avaient engagés à rentrer en France, mais sur lesquels nous pouvions compter, connaissant leurs principes. Nous sommes en ce moment 260 présents, formant 4 compagnies plus que complètes ; la mienne est à 68, officiers compris.
18 août. — Pluie à verse presque tout le jour. — Nous partons de notre bois de la Quinte. Tonte notre armée est en marche. Les chemins, gâtés par la pluie, sont horribles. Le quartier général des princes est à Grevenmacher, sur la route de Trêves a Luxembourg. Nous en traversons tous les embarras pour aller bivouaquer à une lieue plus loin, auprès du village de Berdorff. Nous y rejoignons les deux escadrons commandés par le duc de Lorge et le comte de Toustain de Viray, maréchal de camp. Le comte de Toustain était député de la noblesse du bailliage de
1. Cette pltce se tronn dus le nuMcrit de M. d'Eipineh»!, aux «ppeu-
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Mirecourt et membre du côté droit. Toute la brigade est établie au milieu' d'une terre labourée, où hommes et cbevh ua nous bivouaquons très désagréablement à cause du mauvais temps. Le village n'a que très peu de place et le château est occupé par nos officiers généraux. Suivant l'ordre 4e bataille arrêté par les prinoes, nous devons, conjointement avec Royal-Allemand, former l'aile droite de la seconde ligne de la cavalerie. M. le comte de Caraman, lieutenant général de 47BO, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, doit commander cette aile. Nous le trouvons ici avec le plus grand plaisir s'attachant à notre brigade. Il jouit d'une bonne réputation militaire. Il entend son métier, s'en est toujours occupé et sa présence nous inspire une confiance que nous ne pouvions avoir dans l'inexpérience de ceux qui nous- ont conduits jusqu'à ce moment. Le comte de Caraman était, au commencement des troubles, commandant «a chef en Provence. Il ne s'y est pas conduit 'avec toute l'énergie qu'y a mise, depuis, le marquis de Mîran, son commandant tfl1 second. Le comte de Caramati a bien quelques petits reproches a se faire à cet égard, et la fureur de vouloir, à celte époque, être parent de Riquetti Mirabeau lui a fait' tort. Hais il est bon royaliste, attaché aux vrais principes, et fles sentiments sont prouvés, par sa conduite aetaeite.
Les quatre 'escadrons1 de la brigade sont, ainsi que je l'ai déjà dit, commandés par des maréchaux de camp : savoir : le duc de Lorge, le comte de Toustain, le marquis de La Roche- Aymou et le marquis de Laqueuilie. Un cinquième maréchal de campt non "employé, s'est attaché comme volontaire 4 la brigade. C'est le marquis d'Hargiepurt, frère cadet du fameux comte l>u Barry et, du comte Guillaume, mari de la comtesse. Le marquis d'Hargicourt est un fort honnête homme, qui a toujours joui de la meilleure réputation et qu'on a toujours distingué de tous les Dm Barry. Lors de la faveur, de cette famille, l'ambitieux comte de Fumel, lui donna sa fiUe.unique en mariage, ce qui, dans le temps, parut 1res extraordinaire atout le monde. Quoique ce mariage ait eu des suites heureuses, il a servi à donner la mesure de la délkateaae dos sentiments du comte de Fumel, qui, ne se contentant pas d'une énorme
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«i»A(lf »E CoM.tKtZ- 871
fortune, ambitionnait de grandes 'dignités. ' Lieutenant îénéral ait 1780, !grand-croU de l'ordre de Saint-Lodisj il était commandant en Basée-Guyenne et a Bordeaux au commencement de la Révolution. La crainte de voir piller et dévaster sa superbe terre de Margot lui a fait accepter dans ce nouveau régime la place de maire do Bordeaux, et on l'a vu transformer le Gouvernement en hôtel de la mairie. Au surplus, M"* d'Hargicourt, sa fille, jouit, ainsi que son époux, de l'estime publique. Elle est restée à Bordeaux.
Notre brigade se trouve renfermer onze anciens ex-députés aux Etats Généraux, savoir : MM. le comte de Toustain et l« marquis de Laqueuille, maréchaux de camp ; le duc de Caylue; le* baron d'Aurillae't le baron de Rochebrune, de Saint-Flour ; Montlosïe'r, de Riom; Dufreissa- Duchey, noble, lieutenant général du bailliage de Riom et député du tiers, excellent membre du coté droit ; le chevalier de ChAlons, de Castel-Moren-d'Àibret ; le chevalier de Yerlhartiout, de Bordeaux, commandant une compagnie ; le comte de Panetier», député du Conserans, et le comte deMarsanne, député du Dauphiné, un des plus Hélés partisans du système populaire au commencement, un peu membre du côté gauche, mais assurant de son repentir et de l'abjuration de ses erreurs.
H. le comte de Garaman commence a' établir dans la brigade Un service militaire. Notre troupe prend un air de consistance et mâme assez respectable. Un corps de 900 gentilshommes, parfaitement bien montés et animés, comme on peut le penser, dès sentiments qui caractérisent la nobleftse française) peut être utilement employé à tout ce qu'on vaudra. Cependant) il faut l'àvouor, il aurait été à désirer que tous ces* officiers ou gentilshommes, devenus cavalier» ou soldats, eussent un peu oublié leurs grades et leurs rangs et eussent observé une exacte discipline. Mais notre affreuse révolution a mis dans toutes les têtes un levain d'indépendance dont peu de personnes puissent franchement se dire exemptée. Mai» agissons et tout ira à merveille. L'activité occupe et étouffe les raisonnements dont nos esprits sont cruellement imbus et entichés.
19 août, *■* Vilain temps; Pluie: '— Chemin afreuxs
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Nous nous rendons aujourd'hui par des chemins de traverse épouvantableinent gâtés au village d'OEttriogen et environs, à deux lieues.de Luxembourg, sur la grande route de cette ville à Remich. Le quartier général de nos princes est à Statbredimus, horrible endroit que le mauvais temps rend encore plus désagréable. Tout le monde campe ou bivouaque dans la boue. Noub en sommes à une forte lieue.
19 au 29 aodt. — Pendant ces dix jours, le temps a été presque continuellement affreux et à la pluie, ce qui fait le plus grand tort pour les convois de vivres et de fourrages et nuit considérablement à toutes les opérations des années prussienne et autrichienne. Nous ne sommes guère mieux établis à OEttriogen que le quartier général de Statbredimus. Nos chevaux sont tous au bivouac et nous sur la paille et dans des greniers à foin, faute de tentes dont une grande quantité de nous se pourvoit à Luxembourg pendant notre séjour à OEttringen. Le corps d'armée aux ordres du prince de Hohenlohe arrive à Remich, sur le bord de la Moselle, et, après quelques jours de repos.se dirige sur Thipnville. Le général Clerfayt, arrivé des Pays-Bas devant Longwy, attaque cette place, qui se rend aux Autrichiens avec une garnison peu considérable, sans avoir fait une forte résistance. Monsieur va, du 24 au 27 de ce mois, rendre une visite au roi de Prusse, campé aux environs de Longwy, passe par cette ville, est très bien reçu des habitants, y est harangué par les municipaux, mais il paraît qu'il n'a pas eu la liberté d'y faire aucun acte au nom du Roi. On assure cependant qu'il a été fort question de reconnaître Monsieur régent, que le roi de Prusse y paraissait consentir mais qu'on veut attendre à cet égard ce qu'en décidera le cabinet de Vienne, dont il semble que 1m dispositions ne sont ni favorables, ni franches.
Nous commençons à juger de La confiance que l'on peut accorder à la pompeuse déclaration du duc de Brunswick, du 25 juillet dernier, par l'inexécution des principaux articles. Les gardes nationaux qui étaient armés à Longwy sont en pleine liberté et on. ne-se dispose à aucun acte de
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DÉPART DE COBLSim 373
sévérité envers ceux qui sont reconnus pour acteurs des atrocités commises dans le pays. Rien n'a été fait au nom du Roi de France. Tout cela est du plus mauvais augure et annonce une mauvaise foi marquée de la part des puissances alliées.
Pendant notre séjour à OEttriogen, je vais deux fois à Luxembourg pour m'y faire faire deux petites canonnières de coutil et pour quelques autres emplettes. Je vois avec le plus grand intérêt cette place, qui passe pour une des premières forteresses de l'Europe. La ville m'a paru assez jolie. Beaucoup de familles françaises l'ont habitée depuis trois ans et il y en a encore plusieurs en ce moment. J'y retrouve avec plaisir M"** de Ballainvilliers , de Fouquet, de Cherisey et la baronne d'Hunolstein, sa bellesœur ; la comtesse du Puget; de Verthamy ; la baronne de Pouîlly, dont le mari, député de la noblesse de Verdun, a eu une excellente conduite aux États Généraux, est maréchal de camp et est en ce moment employé par les princes auprès des généraux autrichiens. 11 y en a encore beaucoup d'autres. Je vais faire ma cour & l'archiduc Charles, qui se rappelle m'avoir vu à Pise en 1789. Je trouve dans le major de la place un compatriote auvergnat, ancien officier au service de l'empereur, le chevalier de Rochefort d'Ailly.