‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 54 sur 92 · CHAPITRE XVII LE 10 AOUT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII LE 10 AOUT

En revenant à notre village, je rencontre un nouvel arrivant de Paris, M, Aubier, gentilhomme de notre province, parti depuis les horreurs qui su sont commises le 10 août. M. Aubier est gentilhomme ordinaire du Rot. Depuis deux ans, il s'eBt dévoué a Sa Majesté, tùnsi qu'à ia Reine, qu'il n'a pas quittés un instant pendant ces temps orageux et dont il ne vient de s'éloigner que forcément. Il vient de se réunir à nous et nous Tarons reçu avec l'empressement et tous les témoignages d'estime dus à sa conduite et à son attachenieut au Roi. Menacé d'être massacré et élan! môme désigné à cet eftêt, il n'a cependant pris le parti de la fuite qu'après avoir vu l'impossibilité d'être utile au Roi et à la Reine depuis leur nouvelle captivité au Temple. M. Aubier étant un témoin irréprochable, c'esj d'après son intéressant récit que je rendrai compte, très succinctement, de toutes ces nouvelles et horribles scènes qui se sont passées bous ses yeux1. M. Aubier s'est rendu surle-champ auprès de M. le comte d'Artois, dont il a été parfaitement reçu et qui, après avoir été instruit par lui de tant de détails si intéressants et si louchants, Ta aussitôt envoyé au roi de Prusse et au duc de Brunswick pour le3 instruire du véritable état de Paris en cet affreux moment. M. Aubier a été accueilli avec distinction par le roi de Prusse, qui lui a fait l'honneur de le faire dîner avec lui et Ta entretenu plusieurs heures, ainsi que le duc de

1. C'est pour cette raison qne noue avons cité ce récit, quoique 11. i pincliil n'ait pas été lui-même témoin des faits qu'il raconte.

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Brunswick. U est revenu .ensuite au milieu de nous. C'est d'après plusieurs conversations que j'ai eues avec lui que je vais tâcher de donner un extrait fidèle et exact de œ qui s'est passé, depuis la Su de juillet jusqu'au 12 août, date à laquelle il est parti de Paris, et, à mesure que dans cette narration il se présentera quelque acteur nouveau dont je n'aurai pas encore parié, j'en donnerai là notice historique, d'après les renseignements que j'ai pu me procurer sur chacun d'eux. J'y joindrai également les détails que j'aurai pu apprendre ailleurs.

Le parti constitutionnel, n'ayant, pu décider le Roi à une démarche rigoureuse, perdait journellement son crédit et les principaux chefs étaient retournés aux armées. Los jacobins entretenaient la fermentation . dans la capitale Leur» agents agitaient les. sections, et. surtout les faubourgs. Paris se remplissait de brigands. 11 eu arrivait de toutes parts. On attendait L'arrivée d'une bande de Marseillais, venant en troupe et en armes dut fond de la Provence avec les projets les plus sanguinaires!. Le 27 juillet, 11. d'Eprémesnil, se promenant après dîner sur la terrasse des Feuillants, y est reconnu par quelques brigands, et bientôt, sans y avoir donné lien par aucun propos et par le moindre geste, il est assailli par .ces. scélérats,, déshabillé et abîmé de coups de sahre et de bâton et menacé d'être pendu et décollé. C'est avec graod'peina que, couvert de blessures et reconnu par les garons nationales du poste du Palais-Boyal, U a .pu arriver an jardin, mourant et baigné dan» son sang. C'est dans cet état qu'est venu le visiter le maire Pétion et lui témoigner les apparences de l'intérêt. D'Eprémesnil ne lui a pas dil autre chose, sinon : • Et moi aussi,. Monsieur, j'ai été l'idole de ce peuple ! » Ce spectacle a tellement troublé, Pétion qu'il s'est trouvé mal. D'Eprémesnil rapporté eue» lui. aucune de ces blessures ne s'est trouvée mortelle et il est hors de danger actuellement-..

Le 30 juillet dernier, les brigands qui sont à Paris ont été renforcées par l'arrivée do. la horde sanguinaire des fédérés de Marseille, chassés de Lyon, chargés d'imprécations sur la route et entrant sans difficulté avec armes et bagages dans la capitale. Bien plus, Pétion, au nom delà

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37S JOURNAL d'bIIICRATION

municipalité les fait loger, l'Assemblée pourvoit à leurs dépenses et un des plus furieux jacobins, appelle Sergent, leur délivre de la poudre et des gargousses. Pétîon, qui reçoit leurs premiers nommages, tes harangue et les engage à la plus grande union. Bientôt ces scélérats fraternisent avec tous les brigands des faubourgs et de la ville.1 Tous les assassins et acteurs des atrocités commises dans le Comtat sont parmi eux. Un nommé Barbaroux s été leur conducteur, leur directeur et leur chef. Ce monstre, partant de Marseille et faisant ses adieux au club des Jacobins, leur montra un poignard, disant qu'il ne partait pour Paris qu'avec ce seul bien. Il a pour collègue, à la tête des Marseillais, un certain Pournier, âgé de 60 ans, propriétaire à Saint-Domingue, se plaignant d'injustice du gouvernement, ayant éprouvé un incendie sur son habitation et ayant perdu son procès contre ceux qu'il en accusait. Le désir de se venger, joint à un caractère atroce, lui a fait prendre le parti le plus sanguinaire dans la Révolution. Depuis l'arrivée de ces Marseillais, que Brissot appelle « la Providence du midi », tout Paris a été en combustion. Ils se sont pris de querelle avec les gardes nationaux reconnus pour fidèles au Roi et leurs insultes n'ont pas été réprimées.

C'est au milieu de cette horrible agitation que, le 3 de ce mois, Pétion est venu apporter à l'Assemblée une adresse de la commune de Paris, demandant la déchéance du Roi et de la race des Bourbons. L'Assemblée ordonne l'impression de cette affreuse pétition, dont les dernière! paroles ne peuvent se lire sans frissonner : « Que chacun de nous illustre sa mémoire par ta mort d'un esclave ou d'un tyran ! » La discussion de cette grande et importante affaire fut ajournée au jeudi 9 de ce mois. Pendant cet intervalle, le département a fait en faveur du Roi et de la constitution ses derniers et inutiles efforts. Les factieux firent ouvertement tous leurs préparatifs. Le département requit, le 8, Mandat, qui se trouvait commandant de la garde nationale, de faire augmenter la garde du Roi, el Pétion y joignit l'ordre positif et écrit de repousser la force par la force. Pétion, qui conduisait les scélérats, fut cependant obligé de venir à l'Assemblée avec le sieur Rœderer,

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procureur généra), syndic du département, annoncer leurs craintes sur un mouvement populaire qui se tramait, mais on passa froidement à l'ordre du jour. Mandat fit ses dispositions en conséquence et tripla ses gardes, des le 9 à six heures du soir.

Les gardes suisses, dont le régiment était réduit à environ 800 hommes, étaient au château depuis deux jours. Ils étaient commandés par M. de Maillardor, lieutenant générai et lieutenant-colonel, et le comte d'Aflry, dont la conduite a été très louche, se disant malade et ne remplissant point ses devoirs de colonel. Le major Bachmann, homme pur et intact, était a son poste. A onze heures du soir, le régiment était sous les armes', les postes distribués et beaucoup placés au bas des escaliers. Un marseillais, en chemise et le sabre nu, insulta une sentinelle suisse et lui dit : « Malheureux ! voilà la dernière garde que tu montes, nous allons l'exterminer. » Cela excita de la rumeur et on cria aux armes. La gendarmerie nationale à pied et à cheval se trouvait aux ordres de l'officier général divisionnaire' qui, depuis la démission du lieutenant général Wittenghoff, était M. de Boissieu, maréchal de camp, ancien militaire distingué, ayant servi dans l'Inde pendant la dernière guerre en qualité de lieutenant-colonel, gentilhomme d'Auvergne, dévoué au Roi et qui n'était resté auprès de sa personne que sur un' ordre exprès, d'après sa fidélité reconnue. Mais M. de Boissieu avait pour collègue le nouveau maréchal de camp, Jacques Menou, jacobin décidé, ancien député de la- noblesse de Touraine aux États Généraux et un des plus scélérats de cette coupable assemblée, dont il a été one fois président. Avec un tel camarade, les mesures sages de M., de Boissieu ne pouvaient manquer d'être déjouées. Ces deux officiers ne commandaient ni à la garde nationale ni aux Suisses. La gendarmerie à cheval, au nombre de 600, était aux ordres de M. de Rulbière, ancien commandant du guet à cheval, très honnête homme, fidèle au Roi par inclination et par principes, frère de l'académicien Rulhière mort au commencement de la Révolution. Cette troupe était en bataille à onze heures du soir sur la place du Louvre. A la même heure, tous les officiers de la garde du Roi,

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nouvellement lioenciée, s'étaient rendus ad château, ainsi que d'autres gentilshommes dévoués au Roi, mais dont le nombre ne fut pas si considérable qu'on l'avait annoncé- Us étaient armés de pistolets et d'épées. D'après M. Aubier, il ne se trouva aux Tuileries qu'environ 450 officiers ou volontaires de la garde du Roi : 60 à 80 officiers ou serviteurs du Roi et au pUiB 60 gens de qualité ou gentilshommes. Quant aux: prétendues coalitions de gens honnêtes de Paris et de ceux qui disaient y demeurer pour être utile au Roi, il ignore, où ils pouvaient être. J'aurais désiré a voir, la- liste de ceux qui sont restés auprès de la iamille royale dans ces. affreux moments,, mais il ne m'a pas été possible de me la procurer- On 'y distinguait le vieux maréchal de Mailly, âgé de plus de $0 ans et à qui le Roi donna le soin de commander 'cette petile troupe fidèle, ayant sous lui le comte de Puységur et le baron de Vioménil, lieutenants généraux; le due de Choiaeul; le prince de Poix,, cherchant par Je dévouement, à mériter le. pardon de «on erreur ; le baron.: de Ponliabbé; le marquis d'ilervilly ; le marquis de Clermuntd'Anaboise, chevalier des ordres ; le chevaJieB d'AllnjnvUle, maréchal de camp, sous-gouvorneur du premier Dauphin ; le marquis do Cleruiofit-ti^Uorande, maréchal 'du camp ; le comte de Eriges, premier écuyer de la, grande écurie, et plusieurs autres dont, les noms paraîtront dans de courant de cette narration. Tous les ministres. sa rendirent également auprès du Roi,, ..-.

Dès le t}, août, M. Aubier, avait appris par un député qu'un certain abbé Dubois de La Mathopie* originaire d'Aurillac, logé au Palais-Royal, payait une solde de trente sols, par, jour à .deux mille brigands, 1ns uns, appelés de divers départements par les députés et reconnaissant pour chef le plus scélérat député, du département,* ce qui formait une espèce d'organisation, les autres étrangers, tellement qu'il y avait 30 Génois logés dans nne seule maison du faubourg Saint-Antoine. Le 9 au soir, les jacobins n'étaient pas d'accord entre eux. Les Marseillais montraient moins de férocité et paraissaient être moins montés contre le Roi que contre l'Assamblée -pour avoir décrété qu'il n'y avait pas lieu a accusation contre, La Fayette,

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Cajwindant le tocsin sonne s, minuit; la générale bat ; loe imitateurs mettant les sections on mouvement. Le maire Pétion était au château depuis onze heure», mais on ne pouvait le trouver. Il concertait ses manœuvres aveo Bœlerer et Bel complues. Deux officiers municipaux, Borie ^t Le Rnux, passèrent la ouit aux Tuileries. La gajde nationale qui était au ch&teau paraissait dans les meilleure* dispositions. Les détachements requis par Mandat arrivèrent toute la nuit et composaient environ 2.400 hommes à six heures du matin, avec onze canon». Les Suisses déclarèrent qu'ils feraient comme la garde nationale,. ai plus ai moins. Cependant, la tocsin ne. rendit pas d'abord autant que les factieux l'espéraient .et ce ne fut 'qu'après que Mandat eût été arrêté à l'Hôtel de Ville et qu'on lui eût arraché le réquisitoire que lui avait donné Pétion que les rebelles se mirent décidément eq mouvement; Pendant ce tempe, des commissaires deB peciions\ rendus .à, l'Hôtel de Ville, y forment une, nouvelle cQmtnune, classent la municipalité doet ils ne conservent: que Potion* Manuel et Danton, et en établissent une composée des pLua grands scélérat» de :1a capitale, Le président da ce conseil général de. la commune est uu certain Huguosin,; ancien déserteur des carabiniers, pois commis aux barrières, puis souteneur de tripots et de mauvais lieux. L* eeorétajr© de cette commune est un nommé Tallien, jeune homme de 25 ans, rédacteur d'une affiche journalière, .l'Ami dés Citoyens. Las principaux mambws de cette commune sont Marat, Bobespierre, Pants, Swgfsûl, Santerre, Billaudr Varenne, Qsselin, Léonard Bourdon, Yon, Gollio, Gbaur mette, Hébert, Collot d'Herbois, Camille Deanioulius, L'Huillier, Fabre d'Ëglantiue et une infinité, d'autres scér lérats dont les noms n'étaient connus jusqu'à- présent qui pour leurs crimes. . . ,

Cependant les Marseillais, casernes au faubourg Saint- Marceau, ayant à leur télé Barliaroux et Fpurnjer et saxoOr dés par Alexandre, commandant du bataillon des Gobelins «l beau-frère de Santerre, se réunissaient près du Théâtre Français, tandis que les brigands du faubourg Saint-An~ toine, «u nombre de 45.000, dirigés .par le comité de la nouvelle municipalité, s'assamblaieut a V Arsenal eb envi-

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rona. Les quatre dignes conseillers du duc d'Orléans, Laclos, Sillery, Sieyes et Coodorcet, étaient les chefs et directeurs de cette horrible conspiration. A six heures du matin. le tO août, les brigands se mirent en marche vers le château, sur différentes colonnes, par le pont et les guichets, par la rue Saint-Nicaise et le Carrousel, par la rue Saint- Honoré, etc. Tonte cette armée, n'ayant d'autre canon que les deux des Marseillais, n'arriva au Carrousel qu'à huit heures.

Pendant toute la nuit, tout le monde fut sur pied au château, à l'exception du Dauphin et de Madame, que la Reine fit venir auprès d'elle à cinq heures. Le Roi vit dans la nuit l'abbé Hébert, son confesseur, et s'occupa de ses devoirs religieux, se préparant à tous les événements avec calme et résignation. La Reine, allant et venant et accompagnée de Madame Elisabeth, a conservé la contenance la plus courageuse, la plus noble, la plus froide, la plus majestueuse. Les ministres, communiquant avec la famille royale, concertaient les moyens de défendre et de préserver le Roi des poignards qui menaçaient sa personne et son auguste famille. Rœderer, procureur-syndic du département, et les deux officiers municipaux paraissaient concourir à ces conseils. Le maire Pétion, mandé à l'Assemblée pour rendre compte de l'état de Paris, était rentré chez lui où il s'était fait consigner par une forte garde. A six heures, quelques bataillons à piques arrivèrent, sous le prétexte de défendre le château, avec du canon, maïs avec de mauvaises dispositions. Dans ce moment, le Roi hit invité d'aller visiter tous les postes établis pour la défense du château. Ayant veillé toute la nuit, sa toilette était en désordre. Il était en habit violet uni, le chapeau sous le bras et l'épée au côté. Il fut accompagné dans cette visite des postes du château par la Reine, sos enfants, M"* la princesse de Lamballe et quelques dames attachées à la Reine. Le Roi tint les propos les plus touchants à ses défenseurs et la Reine, étouffant les sanglots que lui occasionnait sa sensibilité, parla avec grâce, sans rien perdre de sa dignité. La garde nationale parut émue et dans les meilleures intentions. Mais pendant cette revue que le Roi prolongea dans les cours, suivi de MM. de Boissiau, de

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Menou, de Maillardor, de Bachmann, de Lageard, de Sainte-Croix, de Briges et de Poix, et pendant laquelle les cris de « Vive le Roi ! » se firent entendre, les canon» niera vendus au factieux et le bataillon de la Croix-Rouge ne cessèrent de crier : « Vive la Nation ! d II arriva en même temps 2.000 autres gardes nationaux, voués à la conspiration, qui commencèrent le désordre. Meuou parut de la plus grande familiarité avec ces derniers. Un canoonier du groupe où il s'était arrêté, dit en montrant le Roi : a Dans une heure nous serons défaits de sa plate figure ». L'absence de Mandat, qui avait été mandé à l'Hôtel de Ville et qui avait emporté le réquisitoire en vertu duquel il avait donné l'ordre de repousser la force par la force, semblait intimider et même faire perdre la tête aux chefs bien disposés de la garde nationale, et le mélange des factieux acheva de les déconcerter.

Quant au malheureux Mandat, anciennement officier aux gardes françaises, homme borné, faible et sans énergie, mais qui, avec de bonnes intentions, était depuis le commencement de la Révolution dans les emplois de la garde nationale et était constitution nullement très attaché au Roi, Mandat se rendit avec peine à la sommation qui lui fut faite de venir à l'Hôtel de Ville. 11 trouve le conseil de la commune et la municipalités changés et remplacés par cette compagnie de scélérats dont j'ai parlé. On lui demande compte de sa conduite. On lui arrache le réquisitoire, on l'accuse de trahison, on donne l'ordre de le conduire à l'Abbaye. L'atroce président Huguenin, faisant le geste convenu, dit qu'on l'entraîne. L'infortuné Mandat est massacré sur les marches de l'Hôtel de Ville. Il est renversé d'un coup de pistolet et achevé à coups de sabre et de pique. Son cadavre est jeté dans la Seine. Cette scène se passa à quatre heures du matin. Pendant ce tempa, l'Arsenal était forcé et on y pillait les fusils qui s'y trouvaient. Après avoir fait la revue des cours et de la terrasse du palais des Tuileries, le Roi fut sollicité et pressé avec tant d'instances par des grenadiers fidèles de faire celle des postes de réserve placés au Pont-Tournant que Sa Majesté m put s'y refuser, malgré le danger qu'on lui faisait craindre d'être attaqué en chemin par des bataillons corn*

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posés1 de factieux qui criaient dé toutes leurs forces : m A bas le Veto ! A bas le traître ! * Cette visite fut tranquille et ce poste était dans les meilleures dispositions. Mais te retour an château fut enrayant par les menaces et les injures horribles dont le Roi fut accablé parles factieux.

Pendant ces dernières revues la Reine et la famille foyate étaient restées au château. Les darnes qui n'abandonnèrent pas la Heine dans cette nuit critique méritent d'être connues : M"° la princesse de Lamballe, surintendante de la maison de la Reine : M™ la princesse de Tarente et M"* la marquise de La Boche-Aymon, dames du palais ; M™ la marquise de Tourte), gouvernante des enfants de France, et Pauline, sa fille ; M"" de Mackau, de Soucy, de Yillefbrt, sous-gouvernantes; M*" la marquise de Ginèstous, dame attachée à M*' de Lamballe, et les femmes de chambre de service. La jeune duchesse de Maillé, âgée de HO ans, dame du palais de la Heine, fille de la duchesse 'de Fitz-James et qui, lorsqu'elle parut à la cour, avait l'éclat et la fraîcheur de la rose et qui, par son dévouement & la Heine et son assiduité à lui donner ses soins et à lui témoigner sa reconnaissance, fait oublier quelques moments d'erreur au commencement de la Révolution, M*** de Maillé, apprenant de grand matin les dangers du château, où elle n'avait pas passé la nuit, est venue de chez elle à pied, traversant toute la populace en furie, et voulait forcer les gardes qui gardaient les portes du palais. Saris crainte du danger qu'elle pouvait courir, elle criait qu'elle était attachée à la Reine, qu'elle devait âtre près de Sa Majesté, que C'était son poste et son devoir. Elle fut heureusement reconnue par quelques personnes bien intentionnées, qui, l'enlevant de force, purent la soustraire k une perte inévitable. 11 est à remarquer qu'en ce moment plusieurs époux de ces dames sont dans notre armée : le prince deTarente, aide de camp de M. le comte d'Artois ; le marquis de La Rocho-Aymon, avec les compagnies d'Auvergne; le duc de Maillé, premier gentilhomme de M. le comte d'Artois, auprès de son prince; le marquis de Ginèstous, sous-lieutenant des gardes du corps avec ses camarades. Quant à M. le marquis de Toureel, fils, il est du inombre des fidèles serviteurs du

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hftteaa. Mais Maokati1 fil» et Souey augmentent la liste dès ngrata et sont employés dans la Révolution, l'un dans la tolî tique, l'autre dans les armées:

II était sept heures et demie lorsque le Roi revint au -.hâteau, après k revue des différents postes extérieurs. Uors les gentilshommes et officiers réunis au château basèrent s s'organiser et se divisèrent en deux camparaies, sous les ordres du maréchal de Mailty. Une1 compagnie, commandée par le comte de Puysegur, lieutenant général, grand-croix de l'ordre de Saint-Louis, ayant sous lui M. le marquis d'Hervilly, fut placée dans la galerie des Carracue, a la porte de l'appartement de la Reine. Ces Jeux troupes, ainsi que' je l'ai dit, étaient fort mal armées. Il y avait use vingtaine se grenadiers des gardes nationales,' mêlée avec les gentilshommes. Le Roi et la Reine furent jusqu'au fend de J'antiehàriïbre, a travers ieS deux1 haies' de ces fidèles et dévoués serviteurs. La Reine, s 'adressant plus particulie renient atut grenadiers, leur dit : « Messieurs, tout M que r&tts avez :de plus 'cher, vos femmes, vos enfants, Vos propriétés, tout dépend aujourd'hui de notre existence; notre intérêt est commun; vous ne devez pas avoir la moindre défiance de ces braves serviteurs qui partageroat vos dangers et vous défendront Jusqu'à leur dernier «odpir. te La dignité et ,1a chaleur que mit la Reine à prononcer ' ce peu de paroles arrachèrent :des" larmes à tout le monde. Le Roi- 'parla danslè mCtne genre1. Les grenadiers étaient tellement élettflSéS qu'il* chargèrent leurs armes en présence de Su Majesté. Tout èe qui était il&ns l'intérieur était dans la plus' parfaite 'intelligence. Quelques moments avant, M. de Belair, chef de légion, était venu représenter ii ta Reine que le rassemblement intérieur inquiétait' les gardes extérieurs. La 'Reine répondit avec autant de vivacité que de sensibilité : a Rien ne pourra nous séparer de ces Messieurs, ce sont nos amis les plus fidèles ; ils partageront les 'dangers de la gardé nationale, ils vous obéiront; mettez-les*, l'embouchure du Canon, ils vous feront voir comme on meurt pour son Roi. » Il parait que la Reine était décidée à ne pas sortir du château plutôt que de laisser livrer le Roi à f Assemblée Nationale. Elle dit même k deux personnes, en qui elle avait confiance,

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qu'elle préférait se faire douer aux murs du château plutôt que d'en sortir.

Cependant ie danger devenait de plus en plus pressant. Le ministre de la guerre, d'Abancourt, se montrant très dévoué au Roi dans cette journée, donna les ordres pour que, dans l'intérieur, si on était forcé, on tirât sur les rebelles. Mais tout commençait à se corrompre dans li garde extérieure, autant par le mélange qui y augmentait à chaque instant que par l'indécision des chefs depuis l'absence de Mandat, dépositaire du réquisitoire. Les colonnes des brigands s'avançaient sur le Carrousel et sur touB les abords du château- Elles se formèrent en ordre de bataille sur trois côtés, 5 canons devant l'hôtel d'Elbœuf, braqués sur le château, un sur ehaque bout des rues Saint- Nicaise, de l'Echelle et des Guichets. D'autres colonnes étaient au Pont-Royal et au Pont-Tournant. Alors Rœderer, procureur général, syndic du département, dont la conduite a été très louche pendant ces vingt-quatre heures, entra en écharpe à la tête du directoire du département, en disant : a Personne ae doit intervenir entre le Roi et le département. » Le Roi, la Reine, le département et les ministres passèrent dans l'intérieur. Rœderer déclara à Sa Majesté que le danger était à son comble ; qu'il était audessus de toute expression ; que la garde nationale fidèle était en très petit, nombre ; que les' autres étaient corrompus et tireraient même les premiers sur le château; que le Roi, la Reine, leurs enfants et tous ceux qui étaient auprès d'eux seraient infailliblement égorgés si le Roi ne prenait sur-le-champ le parti de se rendre à l' Assemblée Nationale. La Reine s'éleva avec beaucoup de force contre cette proposition, mais Rœderer repartit : « Madame, « vous voulez donc vous rendre responsable de la mort du « Roi, de votre fils, de Madame, de vous-même et de toutes a les personnes qui sont ici pour vous défendre ?» A ces mots ils s'écrièrent tous unanimement : « Ah ! puissions-nous a être les seules victimes ! » Il paraît que Madame Elisabeth s'est laissé entraîner par l'avis de l'artificieux Rœderer et du perfide ministre de la justice, Joiy, qui, depuis, le félicitait d'avoir décidé le Roi, qui, s' abandonnant à sa destinée, se détermina à sortir du ch&teau, accompagné de sa famille,

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suivi d'un très petit nombre de serviteurs et ordonnant aux autres de rester aux Tuileries, la Reine assurant de bientôt revenir.

Apres avoir montré autant de courage, avoir fait toutes ces dispositions de défense une heure avant, se voyant entouré de serviteurs fidèles, pouvant compter sur les Suisses et même sur une partie de la garde nationale en se montrant avec énergie, que penser de cette nouvelle démarche du Roi, d'aller affronter les humiliations de toute espèce, courir des dangers inévitables en allant se livrer à ses plus cruels ennemis, abandonner à toutes les horreurs d'un massacre presque certain cette poignée de braves gens qui s'étaient dévoués n la défense de sa personne et dont les sentiments invariables ne pouvaient un seul instant se déguiser comme ceux des gardes nationales, laisser dans les mêmes craintes les dames de la Reine, les femmes de service et les autres employés ? L'esprit et le cœur sont sensiblement et douloureusement affectés quand on cherche à approfondir l'inexplicable caractère de notre infortuné souverain. 11 est unique dans cette longue suite de rois que compte notre antique monarchie et je doute que le pareil ait jamais existé.

Le trajet du château jusqu'à la terrasse des Feuillants se fît sans obstacle ; le Roi et son cortège étaient protégés par des détachements de grenadiers suisses et nationaux. Hais la foule était devenue si considérable au bas de l'escalier de la terrasse qu'ont fut arrêté pendant un quart d'heure, pendant lequel la populace séditieuse criait : « Nous ne voulons plus de tyrans ; la mort ! la mort ! » Le Roi et la famille royale furent accablés des plus horribles injures et des plus atroces imprécations. Deux fois le Roi fut couché en joue. Le Dauphin fut arraché des mains de la Reine par un des plus affreux brigands, nommé Rochet, porteur d'une figure effrayante et connu pour un dos chefs des insurrections précédentes. Il déposa le Dauphin dans l'Assemblée, où I» Roi fut reçu sur la demande du département, mais a condition de laisser son escorte en dehors. Les personnes qui accompagnèrent le Roi dans ce trajet furent les six ministres Joly, Sainle-Croix, d'Abancourt, du Bouchage, Le Roux de La Ville et Champion ; le prince de

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386 JOURNAL ft'frMlCIATION

Poix, le marquis de Tonnel, le marquis de Moatmeria, gouverneur de Fontainebleau, 1* comte de Briges, d'Horvilly, Aubier et d'autres qui arrivèrent successivement.

L'officier municipal Le Roux annonça à l'Assemblée l'arrivée du Roi. On nomma une députalioa pour aller audevant de Sa Majesté. En entrant, le fiai dit : « Je suis venu

■ ici pour éviter un grand crime qui allait se commettre et « je pense que je ne saurais être plus en sûreté qu'an miliew

• de vous, Messieurs. * Vergnîaud, en ce moment président, répondit : « Vous pouvez, Sire, compter sur la fer-

■ meté de l'Assemblée Nationale. Ses membres ont juré de

• mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités

• constituées. » Le Hoi s'assit d'abord a côté du président, mais il fut bientôt après se placer, avec sa famille, dans la loge destinée aux rédacteurs du journal Lé LogogwapAt. Pendant que le Hoi était à côté de Guadet et que la famille royale était devant ta barre, sur les chaises affectées a*x ministres et aux administrateurs, on agita si M. le Dauphin irait près du Roi ou demeurerait près de m Reine. Il mt porté au Hoi. M. Aubier assure qu'à l'instant où il traversait la salle, quoique les tribunes fussent garnies d'af&dés républicains, il se manifesta un intérêt si prononcé en faveur de cet enfant si intéressant que les meneurs eurent de la peine a le réprimer.

Trois quarts d'heure après, un oflkier de la garde nationale vint annoncer h ta barre que les pertes des Tuileries étaient forcées, que les factieux se disposaient a eanonner le château. Le Roi envoya M. Aubier voir ce qu'il en était. 11 parvint • entrer par lo côté de l'hôtel de Marsan, dans la cour dus Suisses. Il trouva les officiers se plaignant de l'indécision de leurs chefs, qui, n'ayant plue le commandant ds la garde nationale, porteur de h réquisition, pour répondre de l'exécution des ordres, hésitaient s'ils se replieraient sur l'Assemblée pour y garder le Roi, ou s'ils continueraient la défense du château. EHe était difficile, surtout pour eux, parce qu'ils étaient divisée eo plusieurs postes mêlés de gardes nationaux, les ime deeowragés, les autres prêts & les attaquer par derrière. M. Aubier fut a* bataillon de l'Oratoire, qu'il avait laissé à muait dans de bonnes dépositions. Un officier, en qui H avait

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confiance, lui dit qu'an» heure avant, tout oe qui était «oui les arme» routait voler de grand cœur à la défense du Roi, mais qu'ayant appris sa retraite à l'Assemblée, les bien pensants avaient quitté le bataillon pour se rendra a leurs familles. Les enragés, qui ne s'y étaient pas rendus quand on annonçait qu'il fallait défendre le Roi, y étaient arrivés. Les imbéciles, les lâchée leur obéissaient, parce qu'ils avaient perdu la tête au point que vingt scélérats allaient mener au feu des gens qui n'avaient pris les armes que par peur. Hadancourt, capitaine, exhorta M. Aubier à se retirer. Il courut au bataillon Sainl-Honoré ; mêmes effets, par mêmes raisons. Il jugea des lors que tout était perdu sans ressources.

Il était à peu près neuf heures lorsque l'attaque du château commença. Les brigands avaient forcé a la retraite- la gendarmerie à cheval, qui était allée se ranger en bataille sur la place du Palais-Royal. Il était arrivé uns voiture de poudre et une voiture de boulets au milieu de ta place du Carrousel. Le commandant de cette horde rebelle fut lui-même frapper à la porte Royale et en demander l'ouverture, qui lui fut refusée. Le peuple paraissait fort animé contre les Suisses. Dans l'intérieur, les gentilshommes aux ordres du maréchal de Mailly, les volontaires et les grenadiers unis à eux et ee qui composait cette petite troupe, organisée le matin, se disposaient à se défendre. Mais leur armement et leur rassemblement avaient indisposé les garde» nationales des cours, parmi lesquelles le départ du Roi avait fait un très mauvais effet. Ceux qui étaient franchement dévoués au Roi étaient affectés de la retraite de 8a Majesté. Les Suisses surtout témoignaient l'envie d'aller rejoindre le Rot et de le garder à l'Assemblée. Toutes ces troupes se désorganisèrent. Tout le monde était pêle-mêle dans le château. Personne ne donnait d'ordre. Bachmaon, major des Suisses, avait accompagné te Roi avee son état-major. Enfin tout était dans le désordre. Mais bientôt les portes du palais Furent enfoncées et le peuple entra en foule dans la cour royale. Les gardes nationales perdirent la tate et, d'après ce que m'a confirmé M. Aubier, la défense du château se réduisait à 700 Suisses répartis dans différents postes, à la troupe des gentilshommes, à un petit nombre

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de gardes nationales, le tout ne montant pas à 1 .200 hommes, sans chefs, sans ordres, sans armes et sans munitions. Les attaquants étaient plus de 30.000 et on peut les évaluer à 100.000 âmes, en y comprenant le peuple, et les brigands avaient alors 30 canons à leurs ordres. Les canonniers destinés à la défense du château changèrent la direction de leurs six canons et les tournèrent contre le palais. On criait aux Suisses de mettre bas les armes, mais les brigands n'osaient cependant pas avancer plus loin. Ils étaient effrayés de la bonne contenance des Suisses. Au moindre mouvement la frayeur les saisissait.

Cela dura ainsi pendant quelque temps. Enfin, une douzaine de sans-culottes, avec un officier national plus hardi que les autres, s'avancèrent jusqu'au pied du grand escalier et parvinrent à saisir successivement six factionnaires suisses au moyen de piques à crochets, avec lesquelles ils les attiraient, les désarmaient et les assommaient. Ayant été suivis bientôt après de la masse entière des brigands, les Suisses se mirent en bataille sur l'escalier. Le capitaine Turler et M. de Castelberg, lieutenant, voyant leurs cinq Suisses massacrés, ordonnèrent de faire feu. Cette première décharge mit à bas les premiers assassins. 11 se lira quelques coups de fusil par les fenêtres du château. Alors on tira du Carrousel trois coups de canon sur le palais, si mal ajustés que les boulets allèrent frapper à l'extrémité des toits. Cependant, aux premiers coups de fusil des Suisses, la terreur s'empara tellement des assaillants que les cours parurent se vider en un moment et qu'elles étaient jonchées de piques, de fusils, de bonnets de grenadiers des fuyards. Les canonniers abandonnèrent leurs canons et s'enfuirent comme les autres. Le capitaine Turler, à la tête de 120 Suisses, descendit dans les cours, les balaya, s'empara des canons abandonnés, les lit ramener au vestibule du cbâteau, sans en pouvoir faire usage faute de munitions et d'ustensiles pour le service de ces pièces. 11 lit faire un feu roulant sur les factieux qui restaient au Carrousel.

On a beaucoup exagéré les suites de celte vigoureuse sortie du capitaine Turler. M. Aubier, témoin oculaire, m'a dit, en effet, que dans cette bande de brigands armés, mon-

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tant à environ 30.000, la plupart s'enfuirent, mais il y avait un noyau, sur la place et dans la cour, qui agissait avec ordre et courageusement, qui recula bien uu peu mais ne lâcha jamais pied entièrement. Le feu des fenêtres, mal dirigé, portait plus sur la foule qui était derrière K-s rangs que sur ceux-ci. Les Suisses de la cour de MarBaii se défendirent faiblement. Cependant Iei colonne formidable du Carrousel n'existait plus. Les fuyards avaient abandonné 4 pièces de canon, vis-à-vis de l'hôtel de Longueville. Ils se répandaient dans toutes les rues voisines, poussant des cris affreux ; les quais étaient couverts de ces lâches scélérats. Pendant co temps, te capitaine Salis, avec un autre détachement, alla s'emparer de trois autres canons à ta porte du manège et les amena sur la terrasse du jardin, à la grille. Cette affaire fut meurtrière. On tirait sur les Suisses de la terrasse des Feuillants; ils y perdirent une trentaine d'hommes, mais en tuèrent prodigieusement.

Dans l'intérieur du château, la garde nationale qui y était de service fut dans la plus grande agitation. On prit les armes et chacun se mit tant bien que mal à son rang. On se joignit aux Suisses et on descendit dans la cour. Quant aux gentilshommes, étant mal armés et n'ayant point de fusils, ils restèrent dans les appartements. 11 était dix heures du matin. La gendarmerie nationale à cheval, placée au Louvre, commença à se débander. Les cavaliers s'enfuirent et remplirent la rue Saint-Honoré et les rues <|uî y aboutissent. Il y en avait un détachement de 100 hommes aux voitures de la cour. L'officier voulut les ramener au gros de ta troupe. Us furent criblés de coups de fusil en passant le Pont-Royal. Il y en eut 25 de tués. Cependant ces cavaliers se réunissaient a la populace pour tirer sur les Suisses.

Le Roi, retiré dans la loge du Logograpke, apprenant ces différents détails, envoya M. d'Hervilly au château pour ordonner aux Suisses de se retirer et de venir le rejoindre. D'Hervilly arriva aux Tuileries au moment où le capitaine Turler et les Suisses, à la suite de leur premier avantage, ramenaient au Carrousel les canons abandonnés. Ils essayaient de les enclouer avec les baguettes de leurs fusils. M. d'Hervilly leur cria de la terrasse :

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« Messieurs, de la part du Roi, j'en ai l'ordre, à l'Asseai- « blée Nationale, et avec vos canon s I a Mais cette dernière partie de l'ordre ue put être exécutée, faute, comme je l'ai déjà dit de munitions et de ce qui était nécessaire pour servir les pièces. Le capitaine Turler, avec une centaine de Suisses et très peu de gardes nationales, se mit en marche pour se rendre à l'Assemblée. Ils reçurent dans cette traversée plus de mille coups de fusil. Manquant de cartouches, ils ne répondirent que faiblement et perdirent encore environ 30 hommes. Arrivés à l'Assemblée, l'ordre fut donné aux soldats de se rendre au corps de garde des Feuillants où ils furent désarmés et déshabillés. Leurs fusils et leurs habiu furent portés en triomphe dans les rues. Les officiers, au nombre de onze, furent conduits dans le bureau des inspecteurs de la salle. Cet ordre avait été donné par écrit par le Roi au capitaine Turler.

Pendant tout ce temps, les brigands s'étaient ralliés et étaient revenus en force au Carrousel avec de nouveaux canons. Le peuple s'était porté dans te jardin et attaquait le château par ce coté. Les Suisses restés au château ne pouvaient recevoir d'ordres. Le tumulte et la confusion se mirent parmi eux- Il s'en rallia un groupe d'à peu près 80 qui, pendant un feu de 20 minutes, tuèrent plus de 400 factieux, mais tous ces braves gens y périrent. La populace, ne trouvant plus de résistance, monta dans les appartements. Les Suisses qui y étaient se défendirent faiblement ; tous furent massacrés avec la plus grande barbarie. Les gardes nationales qui étaient avec eux se réunirent à la populace pour les achever. 17 gardes Suisses, cachés dans la sacristie de la chapelle, ayant été découverts, remirent leurs armes en criant : « Vive la Nation ! » espérant avoir la vie sauve. Ils furent aussitôt massacrés. Sur une centaine qui Be sauvaient par la cour de Marsan, U y en eut 80 de tués, les autres curent le bonheur d'échapper.

Quant aux gentilshommes restés dans les appartements pendant la durée du feu, ils résolurent de se rendre auprès du Roi à l'Assemblée Nationale. Ils rallièrent les Suisses qui se trouvaient dans cette partie du château, quelques gardes nationales, cl descendirent dans le jardin au nombre d'environ 500. H fallut briser la grille de la Reine pour

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sortir du château. On oe pouvait passer qu'un à un et oo élût à 30 pas des bataillons postés au Pont-Royal, ce qui rendait cette marcha extrêmement périlleuse. Deux Suisses, qui passèrent les premiers, furent tués. Dans le trajet il périt deux gentilshommes, le marquis de Clermont d'Araboise, chevalier des ordres et lieutenant général, et M. de Casteja. Le baron de Vîoménil fut blessé à la cuisse et eut beaucoup de peine à se sauver. Mais presque toute cette troupe ne put aller phiB loin que l'escalier de la terrasse des Feuillants. Un très petit nombre, dont était le duo de Choiseul, arrivèrent a l'Assemblée et auprès du Roi- Les autres gentilshommes et tes Suisses se sauvèrent comme ils purent, par-dessous les arbres; plusieurs y périrent. Le chevalier d'AUonville, maréchal de camp, sous-gouverneur du Dauphin, fut tué sur la terrasse, Le chevalier d'AUonville, dont les deux frères sont émigrés et employés, était un très honnête homme, fort aimé et estimé du Roi. Il avait obtenu la permission de Sa Majesté d'aller passer 15 jours auprès de sa mère en Champagne. Mais la Roi lui écrivit de presser son retour, voyant le danger devenir pressant et voulant avoir auprès dé sa personne un sujet aussi fidèle. Il arriva à Paris le 8*.

Le vicomte de Maillé, maréchal de camp, oncle du duc actuel, fut grièvement blessé et n'arriva qu'avec peine à l'Assemblée, et tout couvert de sang.

Les Suisses, voyant les gentilshommes cherchant leur salut et s'enfuyant sous les arbres du jardin, se déterminèrent à percer le passage des Feuillants et à arriver à l'Assemblée, ayant en tête de leur colonne le peu do gardes nationaux qui étaient avec eux. Cette troupe pénétra jusqu'au tiers de la salle. A la vue de ces hommes

1. < Le çomto d'A lion ville, «on frère aîné, maréchal do camp de 178t, tris bon militaire, brave et loyal gentilhomme, commande à l'armée de Bourbon l'escadron des gentilshommue de la Champagne, ayant avec loi ut quatre garçons, dont l'aîné, major en second, écrivit, il y a quelques mois, une lettre très bien faito a M- Malouet. Ce petit écrit, intitulé : Lettre d'un HoyalUte, est signé par le comte Armand d'AUonville et réfute par entamant t* système des constitutionnels et particulièrement celui de» deux chambres. Le baron d'AUonville, troisième frère, est colons! des chasseurs de Normandie, maréchal de camp de mai 1790 et employé en ce moment dans l'étal-major de la cavalerie de M, le prince de Coudé. ■ [Nota <!»M. d'U '

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armés, l'épouvante s'empara des députés. Plus de la moitié se levèrent pour s'enfuir. Mais on donna ordre aux grenadiers nationaux de rebrousser chemin, ainsi qu'aux Suisses, à qui le Roi fit enjoindre de déposer leurs armes. Cependant, quelques-uns suivirent le groupe des gentilshommes qui sortirent du jardin par l'escalier du cul-desac de l'orangerie. Plusieurs se réfugièrent à l'hôtel de l'Infantado, occupé par M- Piaani, ambassadeur de Venise, qui leur donna l'hospitalité et les soins les plus généreux. Le baron de Vioménil y arriva à peine, aidé par M. le chevalier d'Etigny, ancien officier aux gardes et frère de M. de Serilly, trésorier de l'extraordinaire des guerres. M. de Mondragon fils, maître d'hôtel ordinaire du Boi, se sauva dans une maison voisine dans la rue Royale. Mais il y en eut beaucoup de massacrés dans toutes les rues et sur la place Louis XV, allant aux Champs-Elysées Charles d'Autichamp, second fils du comte d'Autichamp et neveu du marquis d'Autichamp, se retirant du château par la rue de l'Echelle, fut arrêté par deux hommes; il les tua raide de deux coups de pistolet. Il fut arrêté par la populace, el on le conduisit à la place de Grève pour le décoller. Charles, grand, très leste et très vigoureux, parvint à se débarrasser à coups de couteau de ses deux gardiens et s'évada. Cet intéressant jeune homme était venu à Coblentz en 1791 et, son père l'ayant fait revenir eo France, il était entré dans la garde du Roi. Le vicomte de Broves, septuagénaire, ancien député du bailliage de Draguignan, membre du côté droit, avait été blessé eu sortant du château. Il fut massacré devant Saint-Roch.

Les brigands, devenus maîtres du château, y firent no massacre effroyable de tout ce qu'ils trouvèrent. Le sang ruisselait de tous côtés. Les huissiers de la chambre, les garçons du château, les Suisses des portes, les moindres employés du château furent indistinctement les victimes de ces horribles scélérats. Cependant, la plupart des employés aux cuisines étaient démocrates et s'en cachaient si peu que, quelques jours avant, on s'était réjoui à l'office de la pétition de la déchéance. Mais les Marseillais l'ignoraient et ne voyaient que les galons et la livrée. M. Aubier n'avait pu, dans son premier voyage au chtt-

ttau, y pénétrer et savoir ce qu'étaient devenues les dames delà Reine et les autres dames de service, dont le Roi et la Rtine étaient dans les plus vives inquiétudes. Mais à un second voyage, il apprit aussitôt qu'elles avaient été sauvées par une partie des assaillants mêmes, Marseillais, qui les défendirent surtout des Parisiens, cruels comme des lâches, qui, n'ayant pas le courage de combattre, déchiraient les victimes et les prisonniers que faisaient les autres. Les Marseillais se battaient comme des soldats qui gagnent leur paye.

A neuf heures Ju soir, M. Aubier retourna encore au château, par ordre du Roi. Il lui parut que le nombre des morts ^ du côté des assaillants dépassait 1.800. Celui des Suisses et autres employés dans le palais, à plus de 600. Mais les cours étaient couvertes de cadavres dépouillés. Il s'est passé au château des atrocités qu'on a peine à croire. Un scélérat, appelle Grammont Roselli, mauvais acteur tragique de la Comédie-Française, où il était constamment sifflé, jacobin ardent depuis le commencement de la Révolution, a été un des principaux acteurs de celte journée. Ce monstre but publiquement du sang d'un Suisse. La fameuse Théroigne de Méricourt reparut encore sur la scène. Un certain Bonjour, ancien commis de la marine, jacobin forcené, présidait la section des Feuillants, où l'on avait mené plusieurs personnes arrêtées dans la nuit. Le peuple s'était amassé dans la cour des Feuillants dits sept heures du matin et demandait le massacre de ces malheureux, y étant excité par la furie Théroigne de Méricourt, velue en amazone, en uniforme national, le sabre en bandoulière, et montée sur un tréteau pour haranguer la populace. Elle monta au comité de la section, suivie de quelques brigands et se fit livrer tes victimes qu'elle aida à immoler. De ce nombre fut Suleau, journaliste, dont j'ai parlé en 1792. Ce malheureux fut saisi au collet par Théroigne. En se débattant, il parvint à s'emparer d'un sabre dont il allait percer celte infâme scélérate, mais il fut désarmé par la multitude et massacre. Avant lui et sous ses yeux, un autre avait eu le même sort. C'était l'abbé Bouyon. auteur dramatique du théâtre de la Montansieret coopératcur d'un journal aristocratique,

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311+ JOURNAL D'BMIGRATION

Les Lunes du cousin Jacques. Après eux, un ancien garé* du corps, appelé Vigier, et un autre, appelé Solmioiae, furent également massacrés ainsi que cinq autres prisonniers. Suleau venait d'épouser uue des deux filles du célèbre peintre Hall, que je connais depuis leur enfonce et que je laissai extrêmement jolies lorsque je partis de Paru en 1789. On ne saurait dire au juste, et on ne le saura jamais, combien il a péri de monde dans cette affreuse journée. Les rebelles en ont considérablement perdu et on n'exagère pas en en portant le nombre à plus de 4.000. Mais dans le parti du Roi, on compte que, sur environ 900 Suisses, il n'en est pas échappé plus de 180. Ge fidèle régiment est détruit- Presque tous les officiers ont péri. On a emprisonné ceux qui restent. On pourrait compter, en personnes attachées au Roi ou gentilshommes, au moins 300 personnel.

Revenons aux détails que m'a donnés M. Aubier sur ce qui se passait à l'Assemblée Nationale depuis l'arrivée do Roi et de la famille royale. Ces augustes personnes, ainsi que je l'ai déjà dit, avaient été placées dans la loge dn topographe. C'est une tribune de dix pieds carrés sur six d'élévation, dont les murs blancs réfléchissaient l'ardeur du soleil. La chaleur y était excessive. C'est là que le Roi, sa famille et plusieurs personnes de leur suite ont pasté 15 heures consécutives. Le Roi resta tout ce temps les yeux fixés sur l'Assemblée, écoutant attentivement ce qui s'y passait, sans prendre d'autre nourriture qu'une pèche et un verre d'eau. Sa Majesté causait de temps en temps avec les députés placés sur les gradins près de la tribune et était exposée aux impertinences de quelques-uns de ces scélérats. Au milieu de tout le désordre occasionné par les attaques du château, il arrivait continuellement des pétitionnaires atroces, demandant, au uom des sections, la déchéance du Roi. 11 vint aussi des députés du nouveau conseil général de la commune. Ce sont Huguenin, Bourdon, Tronchon, Deriem, Vigaud et L'Buillîer. Huguenin portant la parole, dit : « Ce sont les dangers de la Patrie, « qui ont provoqué notre nomination. Le peuple las d'être « depuis quatre ans le jouet des perfidies et des intrigue* a de la cour, a voulu arrêter l'empire sur le bord dt

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LC iû AOUT M*

..5 t'abiaie. Le peuple nous a donné «a confiance, nous la

> justifierons par notre zèle. Pétion, Manuel, Danton sont

v toujours nos collègue». San terre est à la tête de la force

, armée. Le sang du peuple a coulé. Des troupes étren-

., gères, des Suisses, qui ne sont encore À Paris que par

ud nouveau délit du pouvoir exécutif, ont tiré sur les

citoyens. Des veuves et des orphelins demandent leurs

* époux et leurs pères. » Enfin, à la suite de tout ce tu-

* uilte, de tout ce désordre, Vergniaud propose différents

' écrets qui sont adoptés. L'Assemblée en fait faire l'analyse

our calmer la fermentation et envoie publier et afficher

ss paroles suivantes :

« Le Roi est suspendu : lui et sa famille restent en i ÔUge. Le ministère actuel n'a pas la confiance do la ' i Nation et l'Assemblée va procéder à le remplacer. La . * liste civile cesse d'avoir lieu. »

Il est bon de savoir que la séance de l'Assemblée avait commencé dans la nuit, mais, jusqu'à sept heures du matin, il ne s'y était rendu qu'une trentaine de dépotés, et

- itans tout le jour, sur 745, il ne s'y en trouva que 384 pour rendre tous ces décrets. La salle était remplie d'étrangers,

- assis sur les bancs des législateurs. Trois présidents successifs occupèrent le fauteuil dans cette mémorable journée. Trois avocats de Bordeaux, députés de la Gironde ; Guadet, Vergniaud, Genaouoé. Merlet, député de Maine-et- Loire, qui était président de quinzaine, n'osa pas ce jour-là remplir ses fonctions.

A six heures du soir, les ministres Joly, Sainte-Croix, du Bouchage, d'Abancourt, Le Roux de LaviUe et Champion, destitués par le décret de l'Assemblée, ont été obligés de se retirer promptement pour veiller à leur conservation- Us furent rapidement remplacés et l'Assemblée nomma pour ministre de la justice Danton, homme atroce et sanguinaire, un des principaux agents de cette affreuse journée, natif d'Arcis-sur-Aube, âgé de 32 ans, d'une figure des plus sinistres et des plus ignobles, constitué fortement, pourvu d'une voix de stentor, autrefois avocat aux conseils ; scélérat profond, fondateur de la société des Tyrannicides séant aux Cordelîers. Le ministre des affaires étrangères est Lebrun, né à Noyon en 1755, s'ap-

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396 JOURNAL D'ÊKIGBATION

pelant Pierre-Marie Tondu, dit Lebrun ; d'abord ouvrier imprimeur, il vint s'établir à Maëslrîcht, a été journaliste, ayant commencé par être rédacteur d'une feuille qui paraissait à Hervé, près d'Aix-la-Chapelle. II a été un des agents de la révolution de Liège, puis rédacteur du Journal de l'Europe. C'est un jacobin ardent, incendiaire et atroce. Le département de la guerre a été rendu à Servan, que le Roi avait chassé il y a deux mois. Le déparlement de la marine a été donné à Monge, professeur de mathématiques, physicien de l'académie des sciences, examinateur des élevés de la marine et un des professeurs du lycée pour la physique et les mathématiques, y remplaçant Condorcet. Clavière est revenu au ministère de finances et Roland à celui de l'intérieur.

Le Roi écouta tranquillement les discussions sur tous les différents décrets et entendit froidement celui de sa déchéance. Le député Couttard, de Nantes, était près de la loge où était le Roi. Se levant pour voter en faveur de sa déchéance. Sa Majesté lui observa que ce qu'il faisait là n'était pas trop constitutionnel. « C'est vrai, Sire, répondit Couttard, mais je vous sauve la vie. a La famille royale avait vécu toute la journée avec de l'eau de groseille, que M. Aubier avait pris la peine de faire lui-même avec le cafetier, dans la grotle des Feuillants. Le soir, on fît un peu de soupe pour le Dauphin, qui s'endormît dans les bras de sa mère. Le Roi goûta d'une volaille froide et but un verre de vin. La Reine et les autres ne mangèrent rien. Enfin, vers minuit, la famille royale traversa le jardin pour se rendre aux Feuillants, sans garde, mais accompagnée des plus fidèles serviteurs du Roi. M. le Dauphin, dont la Reine tenait la main, entendant les hurlements de la populace qui entourait la salle, eu des Irémoussemenls de frayeur. La Reine lui dit quelques mots à l'oreille qui le calmèrent. En montant il dit & ceux qui suivaient : « J'ai été bien sage. Maman me couchera avec elle »; il sauta de joie et baisa la main de la Reine. Arrivés aux Feuillants, quatre cellules se communiquant furent leur retraite. Calon, député de l'Oise et inspecteur de la salle, y conduisit la famille royale. La première de ces cellules servit d'antichambre. Le Roi s'établit dans la seconde

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et y coucha; la Reine dans la troisième, sou fils dans son lit, et Madame Royale sur un matelas doublé, au pied du lit; Madame Elisabeth et M™ de Tourzel dans la quatrième ; M™ la princesse de Lamballe s'établit dans une cellule visà-vis, de l'autre côté du dortoir. M. le duc de Choiseul coucha dans la première pièce, ainsi que M. Goguelal, ingénieur géographe, lequel avait été employé par M. de Bouille dans son état-major, avait été arrêté à Varennes et conduit dans les prisons d'où il était sorti lors de l'amnistie accordée après l'acceptation de la constitution. M. le comte de Poix, M. d'Hervilly et te vicomte de Rohan- Ghabot, frère cadet du prince de Léon, restèrent à l'extrémité des portes dans le dortoir. Le marquis de Tourzel et M. Aubier demeurèrent dans la chambre du Roi. Thierry, premier valet de chambre du Roi, avait eu soin de faire porter des lits du garde-meuble. MM. de Villereau, ancien lieutenant des gardes du corps, maréchal do camp, officier de mérite; le comte de Brige, fils, premier écuyer de la grande écurie; Nantouillet, maître des cérémonies; Beaugeard fila, secrétaire des commandements de la Reine et quelques autres, dont je ne puis affirmer la présence en ce moment, passèrent également la nuit aux Feuillants. Plusieurs serviteurs dévoués ne purent peut-être pas pénétrer jusqu'à la modeste demeure de Leurs Majestés, et en furent empêchés par les circonstances, tels que MM. de Moudragon, de Brezé, grand maître des cérémonies, Salvert, écuyer de la Reine ; Cubières, écuyer du Roi; Chamilly, Champlost et son frère, TluerryelSepteuil, premiers valais do chambre du Roi, Gentil, premier valet de garde-robe, etc., qui tous avaient passé la nuit précédente au château. Un chevalier de La Serre, maréchal de camp constitutionnel, agent des princes à Paris, arrivant de Coblentz, était aussi aux Feuillants. La Reine, qui ne le connaissait pas, l'apercevant en habit national près du Roi a l'Assemblée, demanda qui il était. Le chevalier de La Serre s'en aperçut et, s'approcbanl de la Reine pour la rassurer, lui apprit qu'il était envoyé des princes et eut l'imprudence de montrer ses pouvoirs qu'il avait dans sa poche. Il y avait de quoi former la plus forte inculpation contre la famille royale. Cela prouve combien la confiance de nos princes

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398 JOURNAL S'iUISRATION

«Ht toujours mal placée. Lo chevalier de La Serre est assurément un très brave homme et ■ donné des preuve» de dévouement au Roi, étant resté 48 heures en faction comme garde national auprès du Roi, mais on ne peut disconvenir qu'il n'est pas doué d'une grande prudence. Son salut est un miracle. II est vrai qu'il était connu des principaux meneurs, qui se sont bien gardés de faire périr un homme qui, par son indiscrétion et son étoarderie, ne leur laissait rien ignorer ; ils auraient été moins instruits avec un autre.

Revenons au Roi. MM. Aubier et Le Vasseur, officier de la chambre, qui se trouva là, déshabillèrent Sa Majesté. Il fallut envelopper sa tête d'un mouchoir. La Reine, Madame Royale, Madame Elisabeth s'enveloppèrent de serviettes prêtées par le concierge. Dans un instant où MM. de Tour* zel et Le Vasseur étaient sortis, le Roi dit à M. Aubier : « Eh bien ! cela s'est passé précisément comme on nous « l'avait annoncé ; il n'y avait pas moyen de s'en tirer. ■ Aubier se permit de dire à Sa Majesté : « qu'il pensait encore que, jusqu'à cinq heures du matin, il y avait de la ressource; qu'alors la majorité du peuple du faubcort; n'était pas encore décidée; que si le département avait pris occasion des premières violences des factieux contre la garde de f Arsenal pour les faire charger par des bataillons qui étaient Bûre ou encore bien disposés, ils auraient été battus, dispersés, et que le peuple, qui s'était joint à eux quand ils lui avaient livré les armes de l'Arsenal, se serait joint aux vainqueurs. » Cette réponse parut faire de la peine au Roi et, à sa physionomie, il semblait blâmer intérieurement ce que, par bonté, il ne voulait pas dire. Il parla ensuite comme croyant au fatalisme. Des furieux dans le jardin demandaient sa tête, celle de la Reine. Sur ce nom, le Roi dit arec vivacité ; * Eh ! que leur a-t-elle fait? » et puis, très froidement, il ajouta : « Nous avions bien peu « d'amis. » Et il s'endormit. M. de Tourzel, exeédé des courses qu'il avait faites pour avoir des nouvelles de l'intéressante Pauline sa soeur, s'endormit sur des chaises, au pied du lit. Les fenêtres étaient basses, sans volet, donnant sur le jardin rempli de brigands, sans autre gants qu'une sentinelle à pique sous la fenêtre. M. Aubier passa

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Lt M AOUT 1W

la nuit debout, derrière la vitre, craignant qu'on ne montât.

Il y eut alors peu de brait dans le jardin. Il semblait que les sans-culottes respectassent le sommeil du Hoi. On imposait silence. Mais les hurlements des tribunes de la salle, dee pétitionnaires et même des députés furent affreux et s'entendaient oomme ai on y eût été. Tout cela n'empêcha pas le Roi de ronfler jusqu'à cinq heures du matin. En se réveillant, il dit à M. Aubier : « Avex-vous dormi? »

— « Non, Sire, je guis demeuré près de la fenêtre. » — « Avez-voas pu remarque? à travers la porte vitrée ai la « Reine et me* enfants ont reposé? » — ■ Non, Sire, le

■ rideau empêche de voir, mais j'ai entendu Madame beau - <r coup tousser. » — Les eris de la veille recommençaient.

— « Quoi, toujours les mêmes cris ? dit le Roi, contre

■ la Reine aussi? » — « Oui, Sire. » — « Que veulent-ils « donc de moi 9 La suspension de mon pouvoir est pro-

■ noneée. » Pais il parla froidement du tumulte des délibérations de la veille, de ce que les discussions étaient pleines de digressions irréfléchies, souvent si étrangères h la chose traitée qu'il était impossible que les députés entendissent la question. Anbier dit : « Sire, comme tous « les députés présents hier étaient du même parti et d'ae-

■ cord d'avance de leurs faits, il y a eu moins de débats v entre eux et de personnalités que de coutume. » — « Je « ne suis pas étonné, dit le Roi, si leurs décrets ne sentent « que la passion dé l'instant. Aves-vouB, ajouta-t-il, « quelques moyens de vous informer de l'état de Paris? » M. Aubier sortit, avec une carte de M. Galon, député, inspecteur de la salle. Quand il revint, le Roi s'empressa de lui demander ee qu'il en était. « Sire, les neuf dixièmes de

■ ceux que j'ai vus sont dans la stupeur. La peur leur fait « crier : • Vivent les Marseillais ! Vivent les sans- « culottes! » quand les bandes à demi ivres passent. « Mais les conducteurs ne sont pas ivres. On m'a dit qu'il « n'y avait personne dans les sections; le bourgeois s'est a caché. Quelques scélérats, gens d'écritoire, y vomissent « des imprécations pour mettre les imbéciles dans leur « sens. » — m Le royaume est perdu, dit le Roi, il n'a paa

■ été en mon pouvoir de l'empêcher. »

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400 JOURNAL I>'É*TGBATION

Vers dix heures du matin, la famille royale reprît te chemin de la tribune du Logographe- La Reine, passant par un sentier entre deux carrés de légumes, tenant par la main M. le Dauphin, dont Aubier tenait l'autre main, un jeune homme, bien vêtu, d'une tenue recherchée et d'une

figure agréable, en lui tendant le poing, lui cria : a B ,

« tu as voulu la perte de la Nation, noua aurons la tête. > il fallut essuyer les imprécations de la populace. Arrivé à l'Assemblée, il fallut entendre les insultes des pétitionnaires et les motions des députés. Le peuple, excité par des agents des sanguinaires jacobins, demandait a grands cris la tête des Suisses, détenus au corps de garde des Feuillants depuis la veille. Les menaces des brigands devinrent si fortes que la terreur s'empara de l'Assemblée. On craignit un moment pour la famille royale. Des députés, voyant MM. d'Uervitly, de Poix, Villereau, Aubier et Goguelat, causer bas dans la tribune derrière le Roi, crurent qu'il s'agissait de quelque complot. Les députés se parlèrent à l'oreille ; un d'eux se détacha et vint à la tribune demander s'il n'y avait pas près du Roi quelque ancien ministre ou personne de son conseil. Le Roi répondit que non. L'agitation et la crainte durèrent jusqu'au moment où Pétion et Danton vinrent dire qu'ils avaient calmé le peuple et qu'ils répondaient des Suisses. M. le vicomte de Chabot et M. de La Serre, ainsi que Beaugeard fils, secrétaire des commandements de la Reine, tous trois en gardes nationaux, gardèrent encore toute cette journé la porte du Logographe. Anaoliarsis Cloots, voyant M. de Chabot qui dormait, dit : « De l'aristocratie sous les livrées de la Nation, il faut voir à cela. » Ce jeune Chabot avait, dans les commencements, donné dans les erreurs de la Révolution. C'était un des disciples de l'hôtel La Rochefoucauld. Mm* d'Armaillé, sa grand mère, le duc de La Rochefoucauld, son oncle, Condorcet, La Fayette, l'avaient séduit et égaré. Il fut aide de camp du général parisien et même capitaine national dea anciens soldats rebelles du marquis de Saint-Blancard. Mais au bout d'un an, le vicomte de Chabot eut honte de sa conduite et en conçut un sincère repentir. Il fut se jeter aux pieds du Roi, qui lui pardonna en faveur de sa grande jeunesse. Depuis ce

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temps, il a bien mérité sa grâce, n» laissant échapper aucune occasion de donner des preuves de son dévouement. Mais cet infortuné jeune homme, digne d'un meilleur sort, fut arrêté le même soir et jeté dans les cachots de l'Abbaye.

Tous ceux qui avaient échappé au massacre de la veille et qui ne se cachèrent pas avec assez de précaution furent arrêtés ot emprisonnés. La famille royale rentra lo soir encore aux Feuillants, mais les personnes qui, depuis 48 heures, n'avaient pas quitté le Roi, donnaient de l'ombrage. Un ancien caporal de Cent-Suisses, placé près du comité de surveillance qui joignait les cellules où était la famille royale, excitait et animait la garde et tes députés contre le Roi. Grangeneuve et Merlin, membres de ce comité, furent à l'Assemblée pour demander que la garde fût changée. On mit de nouvelles sentinelles qui accablaient d'injures leurs augustes prisonniers. Le Roi s'en plaignit è Calon, qui observa que le peuple en voulait à ceux qui étaient restés auprès du Roi et qu'il était nécessaire qu'ils sa retirassent pour éviter le prétexte à de nouveaux excès. Le Roi répondit froidement à Calon : « Je « buis donc en prison 1 Messieurs, Charles I" fut plus heu- « roui que moi : il conserva sea amis jusqu'à l'échafaud. a Dans ce moment, on vint annoncer au Roi que son souper était prêt. Leurs Majestés furent encore servies, mais pour la dernière fois, par leurs fidèles serviteurs. Il fallut obéir aux conseils de Calon qui, bientôt, allaient être suivis d'ordres rigoureux. Le Roi leur commande en sanglotant de s'éloigner; il les embrasse, leur fait embrasser ses enfants. La Reine leur tient les propos les plus touchants et leur dit : « Ce n'est que de ce moment, Messieurs, que « nous commençons à sentir l'horreur de notre situation. « Vous l'avez adoucie par vos soins et votre dévouement, n Elle les assure de son éternelle reconnaissance. La veille, la Reine manquant d'argent, Aubier prit la liberté de mettre devant elle un rouleau de $0 louis, en se retirant précipitamment, dans la crainte que la Reine ne le refusât. Mais cette princesse, le rappelant, lui dit, avec cette grâce qui lui est particulière : « Monsieur Aubier, est-ce qu'on refuse « à ses amis î » elle lui rendit ses 50 louis au mo-

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ment de cette douloureuse séparation. Â peine ces déchirants adieux étaient-ils faits que l'on entendit la garde monter pour saisir ces braves gens. Us n'eurent que le temps de se Boustraire à ce malheur en «'évadant par un escalier dérobé. Le jeune Chabot fut arrêté près du corridor, mené à l'Assemblée et de là à l'Abbaye. M. Aubier, de qui, ainsi que je l'ai déjà dit, je tiens tous ces détails, se cacha dans Paris pendant peu de jours et, à l'aide d'uu faux passeport, parvint à s'évader et à sortir du royaume. 11 nous rejoignit aussitôt.

La famille royale passa encore la journée du dimanche et la matinée du lundi dans la loge du Logographe. Comme on avait éloigné du Roi et de la Reine tous ceux qui avaient paru leur être attachés, on n'a pas encore de détails sur ces journées. Tout ce que l'on sait, c'est qu'après beaucoup de discussions sur le choix de la prison du Roi, que l'on voulait d'abord établir au Luxembourg, il a été décidé par tes scélérats, aujourd'hui seuls souverains, que notre infortuné monarque et toute sa famille seront déposés au Temple. Le lundi, 13 de ce mois, sur la demande de Manuel, procureur de la commune, et d'après le décret de l'Assemblée, la famille royale est partie en deux voitures, pour se rendre à la nouvelle prison du Temple. Pétion et Manuel étaient dans la voiture du Roi. En passant par la place Vendôme, ils eurent l'insultante attention de faire remarquer au Roi les débris de la statue de Louis XIV. Le trajet dura deux heures, pendant lesquelles il fallut encore essuyer toutes les imprécations d'une populace ivre et excitée par tes brigands soudoyés.

Tous les journaux royalistes ou constitutionnels ont été supprimés, Bavoir : la Gazette de Paris, rédigée par DuroBoy. Celte feuille était du royalisme le plus énergique, mais souvent trop exagérée et peu exacte dans les faits. L'Ami du Roi, de Royou, avait été supprimé depuis trois mois. L'auteur avait été décrété d'accusation et était mort le lendemain des scènes du 20 juin, de douleur des outrages faits au Roi et à la Reine. Cette feuille était comme la Gazette de Paris. L'Ami du Roi, de fOrdre et de la Paix, par Monjoie, avocat, plus modéré que les précédents, un peu constitutionnel. La Correspondance poli-

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tique, par Peltier, écrite avec énergie et exactitude, mais louant quelquefois de célèbres constitutionnels. La Feuille du jour, journal piquant en anecdotes et en plaisanteries sur tous les partis, rédigé par plusieurs personnes dont était le vicomte de Ségur. Le Spectateur et modérateur national par Chamois, gendre du comédien Préville, très constitutionnel. Le Journal de la Cour et de la ville, feuille remplie de plaisanteries, quelquefois un peu trop libres, et d'anecdotes un peu hasardées, souvent scandaleuses, mais toutes dans le sens le plus royaliste. Cette feuille sous ie nom du « Petit Gautier » avait beaucoup de collaborateurs, parmi lesquels on distinguait Champcenetz et Saint-Méard, l'un ancien officier aux gardes, auteur de quelques chansons et de quelques articles dans les Actes des Apôtres, mauvais sujet connu pour tel depuis longtemps à Paris ; l'autre capitaine au régiment du Roi-Infanterie, très brave, mais d'une conduite peu régulière. Le Journal de Paris, entièrement constitutionnel et rédigé par Kegnaud, ancien député de Saint-Jean-d'Angely, et rempli d'articles constitutionnels, par Suart, Chénier, de Pange, Trudaine, etc. La Gazette universelle, par Cerisier, également constitutionnelle, mais exacte dans les faits et ayant 14.000 souscripteurs. Les Annales monarchiques, tenant un peu du levain constitutionnel. Le Bulletin de minuit. Le Journal ecclésiastique, par l'abbé Barruel, bien rédigé et dans d'excellents principes. Le Logograpke a été aussi supprimé. Il rendait compte trop littéralement et trop exactement de ce qui se passait à l'Assemblée et se trouvait par conséquent en contradiction avec le procèsverbal, ordinairement arrangé et tronqué, Le Mercure de France, dont la partie politique n'est plus rédigée par Mallet du Pan, qui, quoique zélé constitutionnel, y rendait un compte très exact et très bien fait de tous les événements. Il n'y a plus en ce moment d'autres feuilles périodiques que celles vendues aux jacobins et dont les plus marquants rédacteurs sont : Marat, Gorsas, Brissot, Ginguené , Carra , Louvet , Robert , Condorce t et autres pareils.

La commune de Paris, Pétion, Manuel, Danton, sont en ce moment les maîtres absolus dans la capitale. Il faut

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s'attendre à de nouvelles horreur». Le brasseur Santem est commandant général de la garde nationale. Les cheti de ta gendarmerie nationale, Cari, d'Hermigny, Guinguerle, ont été massacrés. On a été plus de trois jours à enlever les corps des hommes qui ont péri le iO août- Les appartements, teints de sang, sont restés ouverts pendant deux jours. H s'y est Tait dans le premier moment un pillage épouvantable. Tout y a été bouleversé.

Après tous ces affreux détails sur lesquels jo me suis un peu étendu, d'après les récits intéressants de M. Aubier, il est temps de revenir à ce qui se passe de notre côté et à l'armée des princes dont j'ai laissé le quartier général à Stalbredimus, entre Trêves et Luxembourg. Je parlerai de la suite des événements à mesure que je pourrai me procurer des renseignements sur ce qui se passe à Paris.

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