‹ Journal d'émigration du comte d'Espinchal publié d'après les manuscrits originauxChapitre 55 sur 92 · CHAPITRE XVIII L'ENTRÉE EN CAMPAGNE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII L'ENTRÉE EN CAMPAGNE

19 au 29 août. — Suite du séjour & OEltringsn. Le quartier général de» princes à StalbredimuB. — Nous apprenons que le roi de Prusse b' avance sur Verdun avec son armée. M le duc d'Angouléme et H. le duc de Berry, vouant de Turin pour faire la campagne avec leur père, arrivent au quartier général. Quelle douce satisfaction pour M. le comte d'Artois qui en était séparé depuis environ dix-sept mois 1 Le bon roi de Sardaigoe, leur grand-père, qui les chérit tendrement, a eu beaucoup de peine à les laisser partir el c'est à regret que M"* la comtesse d'Artois a vu exécuter les ordres de son époux. Ces charmants princes passant par notre cantonnement, j'ai eu le plus grand plaisir à les revoir. Leur arrivée produit la plus grande sensation parmi la noblesse qui, dévouée à M. le comte d'Artois, semble partager les jouissances du cœur de ce père tendre et sensible.

H. de Rivarol, connu parles plus agréables productions d'esprit, vient en ce moment de donner encore des preuves de son savoir fairedans un petit écrit intitulé : Adresse à la noblesse française au moment de sa rentrée en France. On y trouve les sentiments les plus purs, de l'éloquence et le meilleur style.

Le chevalier de Franclieu, aide de camp de H. le duc de Bourbon, arrive auprès des princes pour leur apporter la nouvelle de l'arrestation de La Fayette avec une vingtaine de ses adhérents et complices. Ils ont été arrêtes, le ' 19 de ce mois, un peu au-dessus de Rochafort, près de Marclie-eo-Famène, par un piquet de six volontaires Lim-

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bourgeois aux ordres de M. d'Harnoncourt. Le piquet, voyant venir un gros de cavalerie, le coucha en joue, l'arrêta et ordonna que l'un de ceux qui le composaient s'avançât pour être conduit à M. d'Harnoncourt. Celui qui a mis le premier pied à terre est Bureau de Puzy, officier du génie, ex-député de la noblesse du bailliage d'Amont, en Franche-Comté, un des coryphées du côté gauche, ayant été trois fois président de l'Assemblée. M. d'Harnoncourt, apercevant sur son chapeau la cocarde nationale, ordonna que deux officiers et cinquante hommes fussent se saisir au plus vile de cette cavalerie consistant en 24 maîtres et 16 domestiques. Ils n'ont fait aucune résistance et se sont laissé désarmer. Se disant émigrants, on leur a proposé de lus mener à M. le duc de Bourbon. Leur refus a donné du soupçon. Alors, ils se sont fait connaître. Ayant été interrogés sur leurs projets, La Fayette a répondu que leur dessein était de passer sur les derrières de l'armée autrichienne, dans la bonne foi qu'ils n'y rencontreraient personne, de gagner ainsi Maastricht, la Hollande, l'Angleterre et l'Amérique. Ils sont tous gardés très exactement en attendant que le roi de Prusse et l'empereur ^décident de leur sort. Ces zélés défenseurs des droits de l'homme, ces apôtres de la liberté ont jugé à propos de faire une espèce de protestation, pour leur honneur, contre le despotisme de la puissance qui les arrête. Cette pièce curieuse mérite d'être rapportée:

« Les soussignés, citoyens français, arrachés par uo « concours impérieux de circonstances extraordinaires ao « bonheur de servir, comme ils n'ont cessé de le faire, « la liberté de leur pays, n'ayant pu s'opposer plus longk temps aux violations de la constitution que la volonté « nationale y a établie, déclarent : qu'ils ne peuvent être k considérés comme des militaires ennemis, puisqu'ils « ont renoncé à leurs places dans l'armée française et u moins encore comme celle portion de leurs compatriotes « que des inlérèts, des sentiments ou des opinions absolu- <( ment opposés aux leurs ont portés à se lier avec les « puissances en guerre avec la France, mais comme des « étrangers qui réclament un libre passage que le droit des « gens leur assure et dontilsuserontpour se rendre promp-

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