ADMINISTRATION DE LOUIS XIV. - REFORMES FINANCIERES ET LEGISLATIVES
Ce n’est pas seulement pour le procès de Nicolas Fouquet que le Journal d’Olivier d’ Ormesson fournit des renseignements nouveaux. Il retrace l’histoire de la période la plus féconde de l’administration de Louis XIV. En effet, de 1 6 6 5 à 1672, Colbert donna l’impulsion la plus énergique aux réformes législatives, au commerce, à l’industrie, aux lettres et aux arts. C’est comme législateur et administrateur que Louis XIV nous apparaît à cette époque. Un historien d’une grande autorité1 a comparé l’essor que prit alors la France au mouvement fécond que le premier consul lui imprima après les tourmentes révolutionnaires. Lois, finances, hiérarchie administrative, tout semblait sortir du chaos pour s’organiser sous l’œil du génie. L’héritier des rois, comme le soldat couronné, allait s’asseoir dans le conseil des légistes et discutait avec eux les articles du Code. Tous deux descendaient aux plus petits détails sans crainte de déroger; mais l’un, dirigé par d’habiles ministres; l’autre, guidé surtout par l’inspiration du génie; Louis, au sein d’une paix glorieuse due aux négociations de Mazarin; Napoléon, en face d’une coalition européenne. On ne doit jamais perdre de vue, en parlant des premières années du gouvernement de Louis XIV, l’appréciation si juste de Saint-Simon 2 : « Sa première entrée dans le monde fut heureuse en esprits distingués de toute espèce. Ses ministres au dedans et au dehors estoient alors les plus forts de l’Europe; ses généraux, les plus grands; leurs seconds, les meilleurs; les mouvemens dont l’Estat avoit esté si furieusement agité au dedans et au dehors, depuis la mort de
1 M. Guizot, Histoire de la civilisation 2 Saint-Simon, Mémoires, tome XII,
générale en Europe, dernière leçon. p. 386, édit. Hachette, in-8°.
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INTRODUCTION
Louis XIII, avoient formé une quantité d’hommes, qui composoient une cour d’habiles et d’illustres personnages et de courtisans raffinés. » Louis XIV eut le mérite de discerner la capacité de ces hommes éminents, de comprendre leurs pensées et de faire concourir à la grandeur de la France la diversité de leurs talents et souvent même l’opposition de leurs caractères et de leur ambition.
Olivier d’Ormesson est loin d’avoir compris ce qu’eut de fécond l’administration de Louis XIV. Sa position, ses préjugés, ses intérêts, tout devait contribuer à l’aveugler. Il appartenait de cœur et d’intérêt à ces classes parlementaires dont Louis XIV diminua considérablement l’influence. Dès les premières années du ministère de Colbert, il trouvé en lui un ennemi qui, n’ayant pu gagner le juge, persécuta le maître des requêtes et lui enleva la récompense de ses longs services. D’Ormesson est donc prévenu contre Colbert et Louis XIV; il est nécessaire de se tenir en garde contre ses jugements. Cependant il fournit des renseignements précieux sur le caractère du roi et de ses ministres, sur les finances et la réforme des lois. C’est à recueillir ces renseignements épars, à les mettre en lumière et à les compléter que je dois m’attacher dans cette introduction. Ici tout est important, car, si les événements sont considérables, les documents imprimés sont peu nombreux. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur les mémoires de l’époque : Mme de Motteville assiste aux derniers moments d’Anne d’Autriche et prend peu d’intérêt à la nouvelle cour; MUe de Montpensier ne s’occupe que d’intrigues romanesques ; Gourville fuit la sévérité de la chambre de justice et erre dans les pays étrangers sous le coup d’une condamnation capitale; Guy Patin ne parle du Gouvernement que pour donner cours à son humeur chagrine. La Gazette ou Muze historique de Loret, qui, au milieu d’insipides bouffonneries, fournit quelques renseignements précieux, s’arrête en 1 6 6 5 . Les lettres de Mme de Sévigné ne commencent à être un tableau piquant et animé de la société qu’à l’époque où sa Allé s’éloigne d’elle, en 1671. On trouve dans la seconde partie des Mémoires de Conrart quelques anecdotes qui se rapportent à cette époque du règne de Louis XIV; mais Conrart ne s’occupe pas de l’administration de Colbert. Charles Perrault ne donne de renseignements que sur les lettres, les sciences et les arts. L’abbé de Choisy , après avoir esquissé le portrait des ministres et le tableau de la cour en 1661, franchit rapide-
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