tome II du Journal d'Olivier d' Ormesson
3 Voy. dans les Mémoires de Mademoiselle, à l’année i652, les noms de plusieurs des dames qui furent exilées.
D’ANDRÉ D’ORMESSON
dant nos divisions. Les gardes des portes furent levées dès le lendemain que Octobre 1602. le mareschal de l’Hospital et M. Le Feron, prévost des marchands, furent revenus à Paris avec les colonels.
Paris commençoit à respirer. Les environs à dix lieues avoient esté pillés , saccagés et ruinés entièrement par les armées , qui n’en avoient bougé pendant huit mois. Les voleurs et les coureurs pilloient encore et empeschoient de labourer les terres, crainte de perdre les chevaux.
Ce retour du roy est miraculeux et un ouvrage de nostre bon Dieu, qui ne pouvoit estre attendu ny espéré , selon les discours de la prudence humaine; car ceux qui gouvernoient l’esprit de Leurs Majestés, despendant entièrement des bonnes grâces du cardinal Mazarin, retiré à Sedan ou à Bouillon, ne désiroient pas que Leurs Majestés entrassent dans Paris, le cardinal n’osant y entrer et voulant tousjours gouverner la cour. Le duc d’Orléans et le prince de Condé, le duc de Beaufort et autres grands de leur parti faisoient tous leurs elforts avec le parlement de Paris pour y establir leur puissance et en bannir le roy. Néantmoins, Dieu ayant inspiré dans l’esprit de tous les peuples de Paris un désir du retour du roy, les peuples l’ont emporté contre les intentions des ministres d’Estat estant près de Leurs Majestés, contre l’intention des princes et de tous leurs adhérens.
Ce qui nous fait reconnoistre la bonté de Dieu, qui s’est laissé fleschir aux prières de Mme sainte Geneviève, dont la châsse avoit esté descendue au mois de juin, et de quantité de bonnes aines qui sont dans Paris, qui ont obtenu cette grâce que l’on n’avoit deu uy attendre, ny espérer des hommes qui n’ont que leurs intérests en recommandation et n’ont aucun soucy ny désir du bien du roy ny de son royaume.
Fait à Paris, ce jeudy matin 24 octobre 1 6 5 2 .