‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 38 sur 71 · MALHEURS DES GUERRES CIVILES · texte numérisé non relu

MALHEURS DES GUERRES CIVILES

Relisant mes observations sur l’histoire du sieur de Castelnau-Mauvissière2, où j’avois remarqué la différence des guerres estrangères et des guerres civiles, je trouvois que j’avois eu tout loisir de détester les guerres civiles, en

1 Mémoires d’ André d’ Ormessan , f° 2/10. nau, sieur de Mauvissière, qui s’étendent

2 Les Mémoires de Michel de Castel- de 1 54 7 à 1670.

Octobre 1662. ayant ressenti les misères pendant les années i 6/19, 1 65o et suivantes, où nous avons veu Paris se révolter contre le roy; les estrangers, Allemands et Lorrains, ravager les environs de Paris et estre les bien-venus dans Paris; le duc d’Orléans et le prince de Condé, les ayant fait entrer en France pour faire la guerre à leur roy, gourmander le parlement, et vouloir brusler l’hostel-de-ville et trois cens habitans qui y estoient assemblés; le duc de Lorraine estre bien reçu dans Paris , son armée aux environs pour les princes. [Nous avons veu] donner une bataille dans le faubourg Saint-Antoine, tirer le canon de Paris sur les troupes du roy; bref, nous avons reconnu, par expérience, cette calamité publique qui a ruiné tous les villages à dix lieues à la ronde de Paris, qui a fait mourir de misère les deux tiers des paysans et laissé les terres incultes. Ces malheurs n’ont cessé que par le retour et l’entrée du roy dans Paris, au mois d’octobre 1 6 5 2 .

Mai i653. ARREST Dü CONSEIL D’EN HAUT1 (2 MAI l653).

Le roy voulant estre pleinement informé des droits de M. le chancelier et de M. le garde des sceaux2, sur les différends qui sont entre eux pour raison de la fonction de leurs charges, l’intention de Sa Majesté est qu’ils mettent ès mains des sieurs comte de Brienne, conseiller secrétaire d’Estat et des commandemens de Sa Majesté, d’Ormesson et de La Marguerie, conseillers ordinaires au conseil d’Estat, chacun un mémoire raisonné de leurs prétentions, avec les pièces dont ils se voudront servir, pour la justification d’icelles, pour, au rapport desdits sieurs commissaires, estre pourveu, par Sa Majesté, sur ces différends, ainsy qu’elle estimera raisonnable, et ce pendant, jusques à ce qu’ils aient esté réglés, Sa Majesté désire que M. le chancelier commette et subroge des rapporteurs aux procès et instances, et reçoive le serment des conseillers d’Estat, et que M. le garde des sceaux continue de recevoir les foy et hommage et à jouir du droit annuel des avocats dudit conseil, sans que lesdites jouissances, ny celles que M. le garde des sceaux a eues, depuis que M. le chancelier a esté rappelé par Sa Majesté près sa personne, puissent faire aucun préjudice aux droits des charges de mesdits sieurs le chancelier et garde des sceaux.

1 Mémoires d’André d’Ormesson, f° 335 5 Le chancelier était toujours Pierre

recto. Séguier, et le garde des sceaux Matth. Molé.

D’ANDRE D’ORMESSON

Fait au conseil d’Estat du roy, tenu à Fontainebleau, Sa Majesté y estant, Mai i653. le 2 mai i 6 5 3 . Signé LOUIS; plus bas, de Guénégaud.

Depuis cet arrest, M. le chancelier a commis et reçu le serment des conseillers d’Estat; ce qu’il ne faisoit pas auparavant. M. le garde des sceaux y a obéi et aucun des deux n’a demandé le jugement définitif, de peur d’empirer sa condition, tesmoignant estre malcontent de la provision. Ce que je préjugeai d’abord, et que nous n’aurions pas l’honneur de faire rapport de leurs différends devant Sa Majesté. J’ay néantmoins esté curieux de faire une copie de cet arrest d’en haut, pour ce que ce m’a esté un grand honneur d’avoir esté choisi par sadite Majesté pour avoir esté un des juges et rapporteurs d’un différend de sy grande importance entre les deux premières personnes du conseil de Sa Majesté. M. le comte de Brienne y est nommé devant moy contre son intention, ayant déclaré qu’il m’avoit tousjours cédé la préséance et devoit me la céder, et il n’y a esté mis que par l’adresse des autres secrétaires d’Estat, qui prétendent précéder tous les conseillers d’Estat. Ce que les conseillers d’Estat ne voudront jamais souffrir.

J’ay transcrit ce que dessus le jour de la Madeleine, 2 juillet i653.

J’oubliois qu’en cette saison le cardinal Mazarin avoit toute l’autorité et plus grande que jamais. M. le chancelier fut commis pour interroger M. de Croissy-Fouquet 1 et reprit son intelligence et familiarité avec ledit sieur cardinal , et, en ayant esté asseuré , il entreprit sa dispute pour les committitur du conseil2, lorsque M. le garde des sceaux eut résigné sa charge de premier président à M. de Bellièvre, et, comme ledit chancelier est sage et sçait endurer, jamais il n’osa attaquer l’escarmouche pendant que M. le garde des sceaux estoit premier président. Le cardinal eust eu crainte qu’il ne s’en fust ressenti dans sa place de premier président, très importante. Maintenant qu’il en est désarmé, on a moins de crainte de l'offenser. 11 a deu ressentir cette touche franche et reconnoistre que son autorité en est diminuée et celle de M. le chancelier augmentée, le garde des sceaux n’osant plus quasy parler, M. le chancelier prenant la parole sur toutes les affaires qui se présentent et les résolvant , ayant l’esprit fort prompt, la parole fort aysée et estant très entendu en toutes sortes de matières, ayant desjà exercé

1 Conseiller au parlement de Paris , ac- 2 C’est-à-dire pour les commissions don-

cusé d’avoir tramé un complot contre le nées aux conseillers d’Etat, cardinal Mazarin.

Mai 1 653. cette charge pendant vingt ans. Je les estime tous deux malheureux et malcontens dans l’exercice de leurs charges, l’un ayant un compagnon, l’autre un supérieur, ayant tous deux aecoustmné d’estre tout seuls et de n’estre point contrôlés en leurs actions.

Juillet 1 653.

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