‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 39 sur 71 · ESTAT DE LA FRANCE LE MARDY 8 JUILLET 1 G · texte numérisé non relu

ESTAT DE LA FRANCE LE MARDY 8 JUILLET 1 G

En ce temps, le roy, la reyne, le duc d’Anjou, toute la cour, tout le conseil estoient dans Paris, la ville fort paisible et obéissante à Sa Majesté, laquelle, pour faire connoistre au peuple de ladite ville combien il estoit plus heureux sous le commandement de son prince légitime qu’il n’estoit sous la violente domination des princes rebelles et révoltés, voulut qu’il fust fait un feu de joye, le l\ de ce mois de juillet, devant Thostel-cle- ville , auquel elle assista avec toute la cour, pour l’opposer au U du mesme mois de l’année précédente, que les princes, poussés d’un pernicieux dessein, firent mettre le. feu dans l’hostel-de-ville et firent massacrer quantité de gens d’honneur pour ce qu’ils ne vouloient pas se joindre avec eux contre le service et l’obéissance qu’ils dévoient au roy. A ce dernier feu ce n’estoit qu’allégresse, cris de Vive le roy, lequel, par une grande bienveillance qu’il tesmoignoit à tous ces peuples assemblés, leur jeta de sa main quantité de monnoye d’or et d’argent; ce qui allumoit encore l’affection des peuples à Sa Majesté, au lieu que les princes brusloient l’bostel-de-ville et respandoient le sang innocent des meilleurs citoyens.

Leduc d’Orléans estoit, demeurant dans la ville de Blois avec sa femme et ses quatre filles2, fort mesprisé de tous les François. On luy payoit ses pensions. Il estoit fort seul et solitaire, n’osoit demander son retour à la cour, et la cour ne le désiroit point aussy, croyant mieux conduire le royaume en son absence qu’en sa présence, et il eust esté honteux à luy de céder au cardinal Mazarin, lequel il avoit tousjours détesté.

M. le Prince estoit en Flandre avec l’archiduc Léopold et le duc de Lor-

1 Mémoires d’André d’Ormesson , f° 333 verso.

2 Gaston d’Orléans n’avait ordinairement près de lui que ses trois fdles du second lit, Mllc'1 d’Orléans, de Valois et

d’Alençon. Quant à M11 de Monlpensier, elle habitait presque toujours Saint-Fargeau ; cependant elle vint plusieurs fois à Blois. (Voy. les Mémoires de M'1' de Mont pensier, à l’année 1 653 et années suiv.)

raine, se préparant à faire la guerre avec eux contre la France, prenant Juillet 1 653. pensions et appointemens du roy d’Espagne, ne tirant plus rien de son revenu de France, lequel estoit administré par les sieurs de Laffemas et d’Orgeval.

L’armée du roy, que l’on opposoit à celle des Espagnols, estoit commandée par les mareschaux de Turenne et de La Ferté, et estoit sur les frontières de Champagne, aux environs de Piethel et de Sainte-Menehould.

La ville de Bordeaux estoit encore dans la rébellion, recevant son secours et sa subsistance des Espagnols. Dans ladite ville estoient le prince de Conty,

Mme la Princesse, la duchesse de Longueville, assistés du colonel Marsin, du colonel Balthazar, du comte de Maure et de quelques autres François. Le duc de Vendosme estoit aux environs avec son armée navale; le duc de La Valette y estoit aussy, avec une armée, pour réduire cette ville dans l’obéissance du roy. Il s’estoit eslevé à Bordeaux une faction appelée YOrmée, qui avoit pris le dessus du prince et du parlement. Le parlement avoit perdu toute son autorité et estoit justement rescompensé de sa révolte contre le roy, en faveur de princes qui l’ont ruiné. Un parlement n’a nulle force quand il se sépare de l’obéissance du roy et qu’il n’est plus fortifié de son autorité et de cet esprit royal et vital qui l’anime.

L’on tenoit que les. Catalans estoient plus animés contre les Espagnols qu’ils n’avoient esté, et leur coupoient la gorge, lorsqu’ils les trouvoient à l’escart. Les Espagnols avoient levé le siège de Roze. Le roy y envoyoit le marescbal d’Hocquincourt, avec une armée, pour assister et fortifier les habita ns.

Le conseil du roy travailloit à l’ordinaire sous M. le chancelier et M. le garde des sceaux. MM. Servien et Fouquet, procureur général, estoient surintendans des finances. M. d’Hervart , intendant, avoit leur confidence et l’espargne. Il y avoit huit intendans, Mauroy, Tiliier, Bordier, Foulé, de Bordeaux, Gargan, d’Hervart et Marin.

L’on ne parloit à Paris que de resjouissances. L’on remeubloit toutes les maisons des environs de Paris. On réparoit les ruynes de la guerre civile; mais l’on ne trouvoit personne aux champs pour travailler. Les deux tiers des gens de village des environs de Paris estoient morts de maladie, de nécessité et de misère.

Les dames de haute condition se promenoient aux environs, se faisoient

1 653. traiter magnifiquement, estoicnt superbement parées, mondaines et ne se soucioient plus des misères passées.

Il n’y avoit point d’argent à l’espargne et il estoit malaisé d’y en mettre, les fermes du roy estant chargées de rentes et de despenses, le peuple dans la nécessité, le parlement contraire aux édits et créations de nouveaux offices.

M. le cardinal Mazarin estoit plus puissant que jamais et avoit tout pouvoir auprès de Leurs Majestés. Tous les principaux ministres estoient mis de sa main et estoient dans sa confidence. Il disposoit de tout.

Il y avoit neuf ou dix conseillers de la cour disgraciés et bannis de Paris. Le parlement insistoit tousjours pour les faire revenir et rentrer dans l’exercice de leurs charges. MM. Fouquet de Croissy, Courtin, maistre des requestes, Hardier, sieur de Vigneuil, estoient tousjours prisonniers dans le bois de Vincennes. Us avoient esté interrogés et les tesmoins à eux confrontés par M. le chancelier, M. de Bellièvre, premier président, et MM. Doujat et Sevin. Mais on ne les jugeoit point encore au parlement. On n’en sçavoit pas la cause.

Pour contenter les grands, le roy avoit érigé force duchés nouvelles et fait quantité de nouveaux mareschaux de France pour satisfaire leur ambition et les retenir dans leur devoir.

Le conseil d’en haut estoit rempli de beaucoup de grands seigneurs, sçavoir le chancelier, le garde des sceaux, les deux surintendans , le cardinal Mazarin, le duc de Guyse, le duc de Longueville, prince Thomas, duc d’Elbeuf, les secrétaires d’Estat (comte de Brienne, La Vrillière, Le Tellier et de Guénégaud) , les mareschaux Du Plessis, de L’Hospital, de Villeroy, de Grammont, de Senneterrc, d’Estrées, de Turenne, M. le duc d’Orléans, M. le Prince, M. le prince de Conty, le duc de Vendosme et la reyne, qui doit estre nommée la première1.

1 Note d’André d’Qrmesson, P 334 verso : « En ce conseil d’en haut, tous se tenoient debout pour esviter les disputes pour le rang et la séance, n’y ayant que les princes du sang dont le rang soit sans dispute, tous les autres princes leur cédant, mais se disputant le rang les uns

aux autres à cause de leurs diverses prétentions, lesquels différends ne seront jamais jugés, les roys ne voulant point les offenser sur ce point d’honneur, dont ils sont fort sensibles, et d’ailleurs il est de l’intéresl du roy de ne le point décider, pour ce que, ne se pouvant accorder, ils

D’ANDRE D’ORMESSON. 675

Le blé et le vin estoient à bon marché. R y avoit abondance de toutes sortes de marchandises sur les ports, et l’année promettoit encore quantité de blés et quantité de vins. Ainsy le bon Dieu , après avoir affligé Paris et les environs, luy redonne maintenant la paix et le calme; il luy redonne abondance après misère et nécessité. Ce sont des effets de la bonté de Dieu, des prières de Mme sainte Geneviève et de nouveaux miracles que Dieu a opérés de nos jours, pour nous monstrer que les vents et les tempestes luy obéissent. Car les prudens et avisés ne se pouvoient promettre et n’eussent ose espérer l’année passée, au mois de juillet, la prospérité, le calme et l’abondance dont jouit Paris maintenant.

Fait et escrit le mardy 8 juillet 1 6 5 3 .

ESTAT DE LA FRANCE LE l6 OCTOBRE 16531.

Le roy, la reyne et M. le duc d’Anjou estoient dans la ville de Soissons, Le cardinal Mazarin estoit auprès du roy en plus grande autorité que jamais; M. le duc d’Orléans réduit dans Blois et Orléans, terres de son apanage, avec madame sa femme et ses fdles, sans oser venir à la cour ny à Paris. M. le prince de Condé estoit dans la ville de Rocroy, qu’il avoit prise2, avec

demeurent, ou foibles, ou dans l’obéissance de Sa Majesté. Un jour, le feu roy Louis XIII dit tout haut, il y a environ vingt ans, qu’il les vouloit régler par l’antiquité de leur aage, et que les plus aagés marclieroienl les premiers (ce que j’ay ouy moy mesme, estant lors auprès de Sa Majesté) ; et, ce faisant, que le comte de Saint-Paul marcheroit le premier, M. de Nemours le second, M. de Guyse le troisième ; ainsy tous les autres princes , selon leurs aages. M. le duc de Longueville n’y voulut pas obéir, estant lors le plus jeune de tous les princes, et eust marché tout le dernier. Mais il auroit maintenant repris tout son avantage, estant le plus aagé de ceux qui vivent aujourd’huy. Ainsy ce règlement n’a point eu lieu, et la contes¬

tation y est demeurée tout entière. Les maisons des princes qui sont maintenant en France consistent en la maison de Savoye, la maison d’Orléans de Longueville, la maison cl’Orléans fort peuplée, la maison de Vendosme, la maison du duc d’Angoulesme tout seul, le marquis de Verneuil tout seul. Il n’y a plus de princes de Gonzague-N evers en France , ces princes estant devenus ducs de Mantoue. Fait ce sarnedy 12 juillet i653. »

' Mémoires d’André d’Ormesson, f° 336.

2 On composa sur le siège de Rocroy, par Condé, les vers suivants que je trouve dans les Mémoires d’André d’Ormesson, f° 335 verso :

«A ton coup d’essay de Rocroy Fut deffaite l’armée ennemie,

Juillet i653.

Octobre 1 653.

Octobre i 6 .i

3. madame sa femme et M. le duc d’Anguien, son fds. M. le duc de Longueville ne bougeoit de Rouen el de la Normandie. M. le prince de Conty, ayant fait sa paix avec le roy, avoit obtenu la mainlevée de tous ses biens et de ses gouvernemens et demeuroit dans Pezenas. Mme la duchesse de Longueville demeuroit en Poitou. Mademoiselle habitoit Saint-Fargeau et alloit quelquefois à Blois. M. le comte d’Harcourt demeuroit dans Brisach et dans l’Alsace, dont il est gouverneur. M. le duc de Vendosme et M. le duc de La Valette estoient dans la ville de Bordeaux, qui s’estoit réduite en l’obéissance du roy. Les Espagnols estoient tousjours dans les rivières ; l’on estoit en résolution de les aller combattre avec l’armée du roy. Le mareschal d’IIocquincourt estoit en Catalogne, avec M. Du Plessis-Bellière , commandant l’armée. Le mareschal deGrancey estoit en Italie, où il commandoit l’armée du roy.

Le conseil du roy demeuroit dans Paris. M. le chancelier y présidoit; il avoit obtenu les committitur, qu’il n’avoit point auparavant. M. Molé, garde des sceaux, n’avoit plus son ancienne autorité et fermeté; il estoit souple et obéissant à Monseigneur le chancelier.

Le président de Maisons estoit relégué dans l’abbaye de Conches; M. de Longueil, son frère, en Bourgogne. M. le duc d’Espernon jouissoit paisiblement de son gouvernement de Bourgogne. M. le Prince, avec l’archiduc Léopold et le duc de Lorraine, estoient venus, avec leurs armées, fourrager et saccager la Picardie, et s’estoient avancés jusques à Roye. M. le mareschal de Turenne, avec l’armée du roy, qui estoit plus foible, les avoit tousjours c.ostoyés pour les empescher de faire des sièges. Le chevalier de Guyse, qui cornmandoit les troupes du duc de Lorraine, estoit décédé de maladie et avoit empesché, avant sa mort, que la ville de Guyse ne fust assiégée par M. le Prince. Sur la fin de la campagne, le mareschal de Turenne prit la ville de Rethel et ensuite la ville de Mouzon (26 septembre). M. le Prince prit presque en rnesme temps la ville de Rocroy (3o septembre), dans laquelle il est malade d’une fièvre double quarte. Le duc de Lorraine a retiré ses troupes d’un autre costé. L’archiduc Léopold s’en est allé prendre son

Et maintenant contre ton roy Tu parois, avec infamie,

A la teste des ennemis ,

Que ton courage avoit soumis.

Tu veux effacer ta victoire; Mais je plains ton aveuglement Rocroy fut le commencement Et sera la fin de ta gloire. »

D’ANDRE D’ORMESSON

quartier d’hyver en Flandres. M. le mareschal de Turenne est aux environs de Sainte-Menehould. On est fort incertain des desseins du roy.

L’on avoit, au commencement de ce mois, establi une chambre de justice dans l’Arsenal , composée du chancelier, du garde des sceaux , de MM. de La Poterie, d’Aligre, de Lezeau, de Morangis, de La Terrière et Ricouart, conseillers d’Estat, et de MM. de LalTemas, Chomel, Le Lièvre, Du Gué, Paget, Garibal, La Marguerie et Méliand, maistres des requestes. M. Tonnelier de Rreteuil estoit procureur général de cette chambre1.

M. de Mercœur estoit paisible dans son gouvernement de Provence , le duc d’Angouiesme ayant esté rescompensé en argent. M. le duc de Guyse estoit tousjours dans Paris et à la cour. Le duc de Joyeuse, grand chambellan, lousjours auprès du roy. La chambre des vacations du parlement travailloit à l’ordinaire. M. de Bellièvre, premier président, estoit fort respecté dans le parlement; il avoit l’esprit doux et avoit emporté cette première présidence sur M. de Novion, qui y avoit aspiré. Tous les autres présidens, MM. de Nesmond, de Mesmes, Le Coigneux, Le Bailleul, Champlastreux, ne disoient mot. L’on avoit banni de Paris neuf ou dix conseillers de la cour, les plus mutins. Les princes estant foibles et absens , les frondeurs n’avoient plus de courage, et puis le peuple de Paris estoit desgousté des princes et ne vouloit plus manger de la guerre. J’oubliois de parler de M. le duc de Beaufort, qui estoit réduit à Chenonceaux et alloit quelquefois voir M. le duc d’Orléans, mais n’osoit plus revenir à Paris.

Le secrétaire d’Estat, confident, et qui avoit tout le secret, estoit M. Le Tel lier.

L’on disoit que M. le Prince envoyoit des gens desguisés aux environs de Paris pour prendre des personnes de conséquence et les mener prisonniers à Rocroy pour luy servir de représailles 2.

La paix de la France avec l’empereur et l’Allemagne duroit encore, et le roy avoit obtenu Brisach et l’Alsace, Metz, Toul et Verdun en propriété et en toute souveraineté, ne les tenant auparavant qu’en sa protection armée.

1 Voyez, dans l'Introduction du tome II du Journal d’Olivier d'Ormesson, quelles furent les principales condamnations prononcées par cette chambre.

3 II y eut, en effet, des personnes enlevées, et, entre autres, un des plus riches financiers de l’époque , nommé Girardin.

Octoli

ictobre 1643. L’Angleterre estoit tousjours gouvernée en république par Olivier Cromwell, protecteur; la reyne d’Angleterre, tousjours à Paris avec ses trois garçons, le roy d’Angleterre, le duc d’York et le duc de Glocestre, et une fille quelle amena en France avec elle. La duchesse de Lorraine, tousjours à Paris, n’osant se fier au duc de Lorraine son mari, attaché d’affection à la comtesse de Cantecroix1, dont il a un fils et une fille.

Le roy d’Espagne a deux filles, l’aisnée, aagée de quinze ans, qu’il a eue de la fille de France; la seconde, aagée de deux ans, qu’il a eue de sa cousine, fille de l’empereur et de sa sœur Catherine d’Autriche2, et sa femme est grosse.

Le roy a maintenant quinze ans passés. L’on ne parle point encore de le marier. Il est fort question de son sacre dans la ville de Rheims; mais l’on attend un temps plus paisible. M. le duc d’Anjou a treize ans passés; mais il demeure tousjours fort petit pour son aage.

L’on ne parloit point de paix générale avec les Espagnols, ny de particulière avec M. le Prince, lequel est bien deschu de ses espérances et réduit en mauvais estât, ayant perdu son gouvernement de Guienne, la ville de Bordeaux et les autres villes de Guienne qui tenoient son parti; ayant perdu Montrond, place très forte dans le Berry, Bellegarde, place très forte dans la Bourgogne, la grosse tour de Bourges; ayant perdu le prince de Conty et Mm0 de Longueville, sa sœur, qui ont quitté son parti, de manière que les Espagnols ne feront pas grand cas de luy, et, du costé du roy, il n’obtiendra que tout ce qu’on luy a accordé autresfois et aura de la peine à se fier à M. le cardinal et à la reyne et au roy, qu’il a offensés, et craindra tousjours quelque vengeance. Sa condition est très périlleuse et misérable, soyt qu’il persiste dans sa rébellion avec les Espagnols, soyt qu’il revienne désarmé se remettre en la miséricorde du roy. Dieu disposera de toutes choses pour le mieux et pour le bien de la France.

Fait à Paris, ce jeudy 16 octobre 1 6 5 3 .

1 Béatrix de Cusance , veuve du prince de Cantecroix; elle eut du duc de Lorraine deux enfants, Charles-Iienri, comte de Vaudémont, et Anne, princesse de Lislebonne, sur lesquels on trouvera des détails dans les Mémoires de Suint- Simon.

2 Philippe IV avait épousé en secondes noces Marie-Anne d’Autriche, fdle de l’empereur Ferdinand III et de Marie- Anne d’Autriche, sa propre sœur. C’est à tort qu’André d’Ormesson l’appelle Catherine d’Autriche.

D’ANDRÉ D’ORMESSON

SÉANCE DU ROY EN SON LICT DE JUSTICE, DANS LE PARLEMENT DE PARIS, LE LUNDY Janvier i654.

MATIN 19 JANVIER 1 6 5 4 , POUR LE PROCES CRIMINEL DU PRINCE DE CONDÉ ET

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