‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 4 sur 71 · XLVII · texte numérisé non relu

XLVII

INTRODUCTION

quet eust voulu porter son ambition si haut que de donner quatre cent mille livres d’argent comptant de la charge de chancelier et de garde des sceaux des ordres du roy, dont M. Servien estoit pourvu. Il n’en fit pourtant aucun scrupule, et en presta le serment entre les mains de Sa Majesté le 1 i de ce mois de décembre ( 1 656), se souciant fort peu de toutes les conséquences que ses ennemis en pourroient tirer. »

Bien loin de se faire pardonner sa puissance par l’affabilité et la douceur, l’abbé Fouquet sembla vouloir braver l’opinion publique en affichant l’insolence d’un parvenu. Il se rendit ridicule par ses amours, et odieux par ses violences. Mme de Châtillon, qui s’était trouvée mêlée dans le procès de Ricous et de Bertaut1, était célèbre par sa beauté, et les ennemis de l’abbé Fouquet ne manquèrent pas de répandre qu’il n’était pas insensible à ses charmes. Il paraît certain, par les mémoires du temps, qu’il fut le jouet de cette femme artificieuse et avide, qui prit son argent et se moqua de lui2. En même temps que cette passion rendait l’abbé Fouquet ridicule, il compromettait le pouvoir par ses violences. Un homme qui fut attaché au surintendant et qui partagea sa disgrâce, Gourville, dit que l’abbé Fouquet « entretenoit à ses despens cinquante ou soixante personnes, la pluspart gens de sac et de corde, qui lui servoient d’espions et qui le faisoient craindre3.» Souvent même il se servait de ces coupe-jarrets pour lutter contre des personnages de la plus haute noblesse. Il ne craignait pas d’armer contre le prince de Marsillac, fils du duc de La Rochefoucauld, un Biscarra , d’origine obscure et de noblesse douteuse 4, qu’il avait placé dans les gardes du cardinal Mazarin.

Une anecdote assez plaisante, dont nous devons le récit à Gourville, donne une idée du despotisme avec lequel l’abbé Fouquet disposait de la Bastille. Gourville y avait été enfermé par ordre du cardinal , et il ne tarda pas à reconnaître qu’il ne pouvait en sortir que par la protection toute-puissante de l’abbé Fouquet. «Ace propos, dit-il5, je me souviens d’un procureur, homme d’esprit et grand railleur, qu’il (l’abbé) y avoit fait mettre.

1 Voy. plus haut, p. xl et xli. Cf. les Mémoires de Mademoiselle (édit. Charpentier, t. II, p. 438, et t. III, p. 225 227.)

2 Mémoires de Mademoiselle, t. III,

3 Mémoires de Gourville (édit. Michaud et Poujoulat), p. 524-

4 Mémoires de Mademoiselle , édit, citée, t. III , p. 365 et 366.

5 Mémoires de Gourville, p. 5 18.

INTRODUCTION

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