‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 42 sur 71 · DISCOURS SUR LA FORTUNE DU PRINCE DE CONDE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA FORTUNE DU PRINCE DE CONDE

Ce prince, héritier des grandes charges, des grands biens et des gouvernemens du feu prince de Condé son père, ayant fort bien estudié dans le college des Jésuites de Bourges, commença, en l’année 1642, à porter les armes, et fut plustost général de l’armée du roy que soldat. Il gagna la bataille de Rocroy en i643, aagé seulement de vingt-deux ans, et ensuite gagna encore trois autres batailles fort mémorables, Fribourg, Nordlingen etLens, et prit des villes estimées imprenables et passa pour le plus grand et le plus heureux capitaine de son temps. Ces victoires, signalées avec ses grands biens et sa haute naissance, luy enflèrent le courage, ne prenant pas tous ces grands avantages pour des bornes, mais pour des degrés, afin de monter plus haut. 11 en prit l’occasion , après les barricades de Paris , que la rey ne , irritée contre les Parisiens et les ennemis du cardinal Mazarin, avoit envie de se venger; car il s’offrit à ladite dame et au cardinal et promit d’amener son armée victorieuse aux environs de Paris pour le réduire à la famine , désoler les environs, contraindre les Parisiens à demander miséricorde, la corde au col , et les assujétir à toutes les volontés de Leurs Majestés. En cette considération , on luy donna Stenay, Piocroy, Clermont et autres avantages. Il fit une guerre cruelle à Paris, soustenant qu’il n’appartenoit pas à des sujets de contrôler les volontés de leurs roys, ny de vouloir chasser leurs favoris, et maintenoit puissamment la faveur du cardinal Mazarin. Mais Paris s’estant deffendu et ayant attiré des villes et des provinces entières à son parti, la cour fut contrainte, de peur d’une révolte générale, de traiter avec Paris et le parlement et de s’accorder. M. le Prince, après ce traité, voulant ruiner

meurer, et autres abbayes jusques à la valeur de deux cent mille livres , et il est en estât de ne jamais rentrer dans Paris , s’estant rendu suspect au roy et à tous ceux qui gouvernent sous son autorité, pour punition de son ambition trop impatiente et trop hastée , qui l’a précipité dans la misère. « — « Au mois de juin 1 664 , le cardinal de Retz a vu le roy et toute la cour; il est entré dans Paris et dans son abbaye

de Saint-Denys, et est retourné à Commercy. Il a demandé pardon au roy à genoux. » Retz était seigneur, ou, comme on disait alors, damoiseau de Commercy.

1 Mémoires d'André d’Ormesson , P 33g verso. Ce morceau reproduit beaucoup de faits déjà indiqués dans les articles précédents; mais la fin contient quelques détails nouveaux ; c’est ce qui m’a déterminé à le publier.

D’ANDRÉ D’ORMESSON

le duc deBeaufort, le coadjuteur de l’archevesché de Paris, Paul de Gondy, Avril 1654. et M. de Broussel , conseiller de la cour, les accusa de l’avoir voulu faire assassiner sur le Pont-Neuf. Au mesme temps, il se rendoit importun à la reyne à cause de ses demandes et de ses hautes prétentions, et, le craignant plus que les frondeurs, elle le fit emprisonner dans le bois de Vincennes, du consentement du duc d’Orléans et par l’entremise du duc de Beaufort et du coadjuteur, le mardy 18 janvier i65o, avec son frère le prince de Conty et le duc de Longueville, son beau-frère.

Ils demeurèrent en prison plus d’un an et en sortirent par la promesse du mariage du prince de Conty avec MDo de Chevreuse, laquelle fut signée par ce prince dans sa prison. Au mesme temps , le cardinal Mazarin fut contraint de sortir de Paris et il alla délivrer les princes, sans aucune condition, contre l’intention de la reyne, qui avoit envoyé des députés pour leur imposer certaines conditions pour le bien du royaume. Le prince de Condé, estant rentré dans Paris avec l’allégresse de tous, ayant dans son carrosse le duc de Beaufort et le coadjuteur, se remit dans la possession de ses gouvernemens et en plus grande autorité que jamais. Mais, s’estant moqué du mariage de son frère le prince de Conty avec Mlle de Chevreuse, il irrita tellement la duchesse de Chevreuse, sa mère, quelle protesta tout haut quelle s’en vengeroit, n’estant pas résolue de souffrir cette injure et ce mespris, sans s’en ressentir. Elle estoit puissante dame et dame d’intrigue et de hautes entreprises. Elle avoit esté fort familière avec la reyne et la gouvernoit secrètement. Le prince de Condé ayant demandé le gouvernement de Guienne au lieu de celuy de Bourgogne, on le luy donna; et celuy de Bourgogne fut donné au duc d’Espernon, au lieu de celuy de Guienne, qu’il avoit auparavant.

Les hrouilleries du prince de Condé, qui se tenoit dans Paris et dans Saint-Maur sans aller saluer Leurs Majestés, feignant d’avoir crainte d’estre arresté, furent cause qu’il ne voulut pas assister à la majorité du roy, qui fut le 7 septembre 1 6 5 1 . Il se retira à Saint-Maur et de là à Chantilly, et se déclarant ouvertement mescontent du gouvernement et s’estimant fort puissant pour entreprendre choses grandes, ayant le gouvernement de Berry avec Montrond et la grosse tour de Bourges, le gouvernement de Guienne et le gouvernement de Champagne, tenu par le prince de Conty. Le roy fut contraint d’aller en Berry et à Bourges, qui luy ouvrit ses portes. Le

Avril 1 654. prince se retira en Guienne avec son armée et appela les Espagnols dans Bordeaux. Il fut tellement attaqué par l’armée du roy, commandée par le comte d’IIarcourt, qu’il fut tousjours battu; et, craignant que le duc d’Orléans, estant dans Paris, qui estoit de son parti, ne se monstrast foible et ne fist accord à son préjudice, il quitta la Guienne et y laissa son frère et la duchesse de Longueville, sa sœur, pour entretenir la guerre et conserver la province contre le roy, par le secours des Espagnols. Estant donc arrivé dans l’armée du duc d’Orléans, il luy redonna des forces et luy inspira un nouveau courage, et, ayant appelé le duc de Lorraine par deux fois à son secours, il maintint la rébellion fort longtemps dans Paris et partout où il avoit du pouvoir. Mais enfin les Parisiens se lassèrent du gouvernement des princes, qui vouloient exiger de l’argent d’eux pour entretenir la guerre et qui firent tirer des arquebusades sur les présidens de la cour et les conseillers qui leur estoient contraires, pour leur faire changer de langage, et qui firent mettre le feu dans l’Hostel-de-Ville de Paris et assassiner, à coups d’arquebuse, tous ceux qui en sortoient pour ce qu’ils ne s’estoient pas voulu joindre à leur parti contre le roy, qui furent deux entreprises qui les ruinèrent dans les affections du peuple de Paris et de trois cens des plus notables habitans , qui se trouvèrent enfermés dans les appréhensions de la mort en cette furieuse journée de l Hostel-de-Ville. Les Parisiens frent seavoir aux princes qu’ils vouloient reconnoistre le roy et se délivrer des misères de la guerre civile, qui les ruinoit.

Le prince de Condé fut contraint de se retirer de Paris, comme aussy fit le duc de Lorraine avec son armée, et ne demeura à Paris que le duc d’Orléans, qui avoit esté déclaré lieutenant général, et M. le Prince commandant les armées du roy sous son autorité, qui fut une hardiesse insupportable des princes et un crime inexcusable au parlement de Paris. Tous les corps ayant supplié Leurs Majestés de revenir dans Paris, Leurs Majestés y arrivèrent le lundy 21 octobre i652. Le duc d’Orléans fut contraint d’en partir le lendemain de grand matin et d’embras er l’amnistie pour sa seureté. Il s’en alla, avec sa famille, à Blois, où il est encore. M. le Prince se retira à Stenay et sur les frontières de Champagne avec les Espagnols, et il a tousjours depuis fait la guerre à la France avec le duc de Lorraine et les Espagnols, commandés par l’archiduc Léopold et le comte de Fuensaldagne. Mais son frère, le prince de Conty, ne pouvant résister au duc de Vendosme et au

D’ANDRÉ D’GRMESSON. 689

duc de Gandale, commandant l’armée de Guienne, a esté contraint de s’ac- Avril i65/i. corder et de remettre la ville de Bordeaux et la Guienne entre les mains du roy, et s’est retiré quelque temps dans Pezenas en Languedoc, et la duchesse de Longueville dans Moulins, auprès de Mœe de Montmorency, le duc de Longueville ne la voulant pas recevoir auprès de luy, s’estant mal gouvernée en son endroit, luy estant demeuré paisible dans son gouvernement de Normandie et tousjours bon et fidèle serviteur de Leurs Majestés.

Pour le regard du prince de Conty, estant fort mal content du prince de Condé son frère, et, pour le bien de ses affaires et s’acquérir du repos, il a recherché l’alliance du cardinal Mazarin ; espousa sa nièce au mois de febvrier 1 654, et consomma, dans le Louvre, le mariage avecMlle Martinozzi , qui estoit fort belle. Après il alla loger dans le palais du cardinal Mazarin , paré et orné des plus riches tapisseries et meubles de France. Au inesme temps, le roy, voyant que le prince de Condé persistait tousjours dans sa rébellion et félonie, envoyoit en Espagne pour avoir de l’argent et des gens, envoyoil en Angleterre pour exciter Cromwell, protecteur, et les Anglois à nous faire la guerre et se joindre avec luy, fut conseillé de luy faire son procès dans le parlement de Paris et d’y appeler les pairs de France et d’y observer les formes accoustumées en telles occasions. En ayant esté appelé avec tous ceux qui ont leur séance au parlement1, je m’y suis trouvé en toutes les assemblées qui s’y sont faites en la présence du roy, assisté des premiers pairs de France, mareschaux de France, conseillers de la cour, où présidoit M. le chancelier, où tant a esté procédé que, par l’arresl intervenu le 27 mars i654, le prince de Condé a esté privé du nom de Bourbon et de la qualité de prince du sang, condamné à souffrir la mort telle qu’il plairoit au roy de l’ordonner, et autres clauses ordinaires dans tels arrests. Quatre furent condamnés à estre décapités, le président Viole, le sieur Lenet, Marsin et de Persan; quantité d’autres en prise de corps.

Voilà l’estât auquel est réduit maintenant le prince de Condé, ayant perdu le gouvernement de Guienne, le gouvernement de Berry, la grosse tour de Bourges, qui a esté abattue, Montrond pris et rasé, Bellegaide, en Bourgogne, pris et rasé, des commissaires donnés pour recevoir le revenu de tous ses biens confisqués et de tous ses duchés et grandes seigneuries. Il

1 Voy. plus haut, p. 679.

Avril iü54. n’y a plus que Rocroy, Stenay, Mouzon et Clermont qui tiennent pour luy.

Madame sa femme, princesse de Coudé, est tousjours dans Rocroy avec le duc d’Ànguien , son lils, aagé de dix ans, le prince ne pouvant avoir d’autre argent que celuy d’Espagne qui luy vient fort estroitement, les Espagnols n’en ayant guère et ne se fiant guère en luy, veu la légèreté ordinaire des esprits françois et que le roy d’Espagne ne luy sçauroit donner autant en le servant, comme il en espère en France pour son service. Sçavoir ce qu’il deviendra à l’avenir, il est difficile de le prévoir; mais le prince de Condé n’est pas maintenant sans grande peine d’esprit. Il n’oseroit traiter avec nous, de peur d’estre arresté par les Espagnols, à l’exemple du duc de Lorraine, ny se fier au roy, qu’il a tant offensé. De continuer la guerre, il sera mal secondé des Espagnols qui se deffient de luy et ne se plaisent pas d’obéir à un prince françois, avec la jalousie des capitaines espagnols. Il faudra qu’il s’expose à tous les périls pour conduire tous les autres aux combats. Je crains que sa fortune, qui a beaucoup de convenance avec celle de Charles de Bourbon, connestable de France, n’ayt une fin pareille, ayant tous deux eu la fortune très favorable en leur jeunesse et fort ruineuse à la fin. Dieu le veuille ramener à son devoir et disposer l’esprit de Leurs Majestés à luy pardonner toutes ses fautes et luy faire la grâce de les réparer par ses bons services à l’avenir.

Fait à Paris, ce vendredy 3 avril 1 6 5 A L

Juin i 654. LE SACRE DU ROY LOUIS XIV, FAIT X RHEIMS , LE DIMANCHE 7 JUIN 1 6 5 A 2.

Vis à vis la chaire du roy estoit une tribune pour la reyne Anne d’Au-

1 Notes ajoutées successivement par André d’Ormesson : « En ce mois de juin 1660, le prince de Condé est en France, ayant veu et salué Leurs Majestés et M. le cardinal Mazarin. Il a esté restabli en tous ses biens et toutes ses charges suivant le traité et la paix générale de France et d’Espagne (traité des Pyrénées). Il a esté veu et salué à Paris , après avoir salué Leurs Majestés. Ainsy le voilà remis dans son devoir, tant la iortune a esté inconstante envers ce

grand prince ! Ce mercredy 23 juin 1 660. » — «Dans ce mois de juillet 1662, il est tousjours auprès du roy dans Sainl-Germain-en-Laye, allant souvent à la chasse avec Sa Majesté, se rendant fort sujet et exact à faire sa cour, ayant son fds, le duc d’Anguien, tousjours auprès de luy, et Mme la Princesse, sa femme, à la cour ou dans Paris. »

2 Mémoires d’André d’Ormesson, P 4 recto.

triche, où estoient aussy la reyne d’Angleterre, les ducs d’York et de Glo- J uin 1 65acestre, ses fils, et la princesse sa fille avec la princesse palatine, et, à l’autre costé, la princesse de Conty, la duchesse de Vendosme, la dame de Senecey et quelques autres, et derrière Sa Majesté estoit un banc pour le prince Thomas et un de ses fils. De l’autre costé estoient le nonce du pape, les ambassadeurs de Portugal et de Venise, le commandeur de Souvré, ambassadeur de Malthe, et le sieur Bartet, résident de Pologne. Il y avoit un banc pour les cardinaux Mazarini et Grimaldi, au dessous du banc des pairs ecclésiastiques. Derrière la chaire de Sa Majesté, il y avoit un siège pour le mareschal d’Estrées, qui représentoil le connestable ; un autre pour le chancelier de France, Séguier; derrière, un autre banc pour le mareschal de Viileroy, qui représenloit le grand maistre de France; le duc de Joyeuse, grand chambellan, et le comte de Vivonne , qui représentoit le premier chambellan. Dans les hautes chaires, le mareschal de L’Hospital, gouverneur de Paris. A la gauche estoit un autre banc pour M. d’Anjou , frère unique du roy, représentant le duc de Bourgogne, le duc de Vendosme représentant le duc de Normandie, le duc d’Elbeuf représentant le duc d’Aquitaine, le duc de Gandale représentant le comte de Champagne, le duc de Roannez et le duc de Bournonville représentant les comtes de Flandre et de Toulouse.

Le roy estant devant l’autel en sa chaire, ayant à ses costés le comte de Noailles et le marquis de Charrost, capitaines des gardes, la sainte ampoule fut apportée par le prieur de l’abbaye de Saint-Remy, en habits pontificaux, monté sur un cheval blanc, sous un dais de toile d’argent soustenu par quatre religieux, précédés par quelques habitans du Chesne-Pouilleux, à cause qu’ils recouvrèrent autrefois cette sainte ampoule, et suivis des marquis de Coaslin et de Richelieu, et des sieurs de Mancini et de Biron, fort bien montés, avec leurs guidons ou estendarts aux armes du roy et de la ville. A l’arrivée de ce saint présent du ciel, l’évcsque de Soissons (Simon Legras), et M. le coadjuteur de Rheims, et plusieurs autres évesques en habits pontificaux le furent recevoir à la porte de l’église de Nostre- Dame avec les cérémonies ordinaires. Le roy, au mesme temps, se leva de sa chaire pour révérer cette sainte ampoule, qui fut mise sur le grand autel.

Puis l’évesque de Soissons s’alla revestir pour dire la messe, et estant revenu , le roy se leva pour luy faire honneur. L’évesque s’approchant, le roy

Juin i (i54.

6t le serment de conserver toutes les églises àluy sujettes. Le mesme prélat demanda aux seigneurs et au peuple s’ils l’acceptoient pour roy, et, les acclamations laites, il prit de luy le serment du royaume, que Sa Majesté fit les mains sur l’Evangile, qu’il baisa. L’évesque dit ensuite sur le roy les oraisons accoustumées, puis il bénit l’espée, laquelle le roy prit et l’offrit à Dieu et ensuite la déposa entre les mains du mareschal d’Estrées, qui la porta toute nue pendant la cérémonie. Puis l’évesque prit la platine de saint Remy, sur laquelle il mit du. saint chresme et de l’huile de la sainte ampoule avec une aiguille d’or, les mesla ensemble et, les prières dites, commença d’oindre Sa Majesté par le sommet de la teste, sur la poitrine, entre les deux espaules, sur l’espaule droite, sur l’espaule gauche, au pli du bras droit et au bras gauche. Il prit ensuite des gants bénits, et la bénédiction se fit de l’anneau, par lequel Sa Majesté espousa le royaume. Cet anneau est de grand prix et a servi au sacre des roys ses prédécesseurs et au mariage de la reyne. Puis l’évesque bailla le sceptre à la main droite du roy et la main de justice en la gauche , posa sur sa teste la couronne de Charlemagne avec les pairs laïcs et ecclésiastiques, qui avoient esté appelés par le chancelier de France. Sa Majesté s’alla seoir sur son trosne, suivie du chancelier, du grand maistre et du grand chambellan.

L’évesque, luy ayant fait la révérence, le baisa, comme firent aussy tous les autres pairs, avec les cris de Vive le roy! et le bruit des canons. On lascha cinquante douzaines d’oiseaux et les hérauts firent largesse au peuple de pièces d’or et d’argent, où estoient, d’un costé, la figure du roy couronné; de l’autre, la ville de Rheims avec la sainte ampoule.

L’évesque de Soissons dit la grand’ messe. L’Evangile fut présenté à baiser au roy par le cardinal Grimaldi. Le mareschal de L’Hospital, le marquis de Souvré, le sieur de Saint-Simon portèrent à l’offrande le pain d’or, le pain d’argent et une bourse de velours rouge, où estoient treize pièces d’or et un vase de vermeil doré. Le roy communia sous les deux espèces, dans le calice qui servit à saint Remy, au sacre de Clovis.

Le roy, avec l’évesque de Soissons, dans les mesmes habits, alla disner dans la grande salle de l’archevesché.

Le sieur de Rhodes estoit grand maistre des cérémonies et le sieur Sainctot maistre des cérémonies.

Le lendemain, 8 du mois de juin, le roy, fort paré, fit, le matin, sa

cavalcade depuis Nostre-Dame jusques à l’église de Saint-Remy, accompagné Juin j 6 5 4 . de tous les seigneurs de la cour fort parés, pour ce que le roy estoit entré en carrosse, dans la ville de Rheims, au lieu d’y entrer à cheval, comme avoient fait ses prédécesseurs. L’apresdisnée, Sa Majesté reçut, dans l’église Nostre-Dame, l’ordre du Saint-Esprit de la main de l’évesque de Soissons, et puis Sa Majesté le donna à M. le duc d’Anjou, son frère.

Le mardy 9 juin, le roy alla entendre la messe dans Saint-Remy, assisté du cardinal Grimakli , qui faisoit la fonction de grand aumosnier en l’absence du cardinal Antoine Barberin. Puis Sa Majesté toucha trois mille malad es des escrouelles.

Cinq conseillers d’Estat se trouvèrent à cette cérémonie et eurent place honorable: MM. de La Poterie, de Vertamon, de Villemontée , de Sève et de Caumartin, et neuf maistres des requestes : Laffemas, d’Orgeval, Manoury, Boucherat, Lamoignon, Bouville , Meliand, Courtin, Vertamon.

M. le chancelier estant de retour, nous l’allasmes saluer, mon frère et moy. Il nous dit qu’il composeroit un livre qui contiendroit fort exactement toutes les cérémonies du sacre et qu’il feroit faire quinze ou vingt planches de peinture qui les représenteroient. Ce livre sera fort recherché.

Escrit à Ormesson , le dimanche 21 juin 1 6 5 A .

J’oubliois les six pairs ecclésiastiques : l’évesque de Soissons (Legras) représentoit l’archevesque et duc de Rheims (duc d’Aumale et de Nemours); l’évesque de Beauvais (Choart) représentoit l’évesque et duc de Laon; l’évesque de Noyon (Baradas) représentoit l’évesque et duc de Langres (Zamet); l’évesque de Chaalons (Viallart) représentoit l’évesque et comte de Beauvais; l’archevesque de Bourges (de Levis-Vcntadour) représentoit l’évesque et comte de Noyon; l’archevesque de Rouen (de Harlay) représentoit l’évesque et comte de Chaalons. Les évesques pairs précédèrent les archevesques non pairs, qui ne faisoient que représenter les absens; ils ne voulurent pas leur céder et ils avoient raison.

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