‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 43 sur 71 · ESTAT DE LA FRANCE LE 1 1\ JUIN 1 6 5 A · texte numérisé non relu

ESTAT DE LA FRANCE LE 1 1\ JUIN 1 6 5 A

Le roy, après avoir esté sacré à Rheims avec les cérémonies et magnifi-

1 Mémoires d'André d’Ormesson , f° 5.

uin i65Æ.

cences ordinaires , estoit allé à Sedan avec la cour, le duc d’Anjou , son frère , et le cardinal Mazarin. L’armée du roy, commandée par les mareschaux de Turenne et de La Ferté, estoit aux environs de Stenay, appartenant à M. le Prince: le capitaine Fabert l’assiégeoit. Le roy avoit vingt mille hommes effectifs. M. le duc d’Orléans estoit tousjours dans Blois avec sa famille. Il n’avoit nulle envie de revenir à la cour, veu les choses passées, ny la cour aucun désir qu’il y revinst. M. le Prince estoit tousjours parmy les Espagnols dans Bruxelles, fort empesché de sa personne et ne disposant pas des Espagnols à sa volonté; ils ne se fioient. pas beaucoup à luy, craignant qu’il ne fist sa paix à leurs despens. L’archiduc Léopold et le comte de Fuensaldagne commandoient les forces d’Espagne. Le duc Charles de Lorraine estoit tousjours prisonnier dans la citadelle d’Anvers, soupçonné d’avoir voulu livrer M. le Prince au roy, avec quelques places, et d’avoir fait sa paix avec le roy à ces conditions. Le duc François, son frère, avec ses deux enfans, estoit en Flandre, dans l’armée de son frère. Mme la Princesse etleducd’Anguien, son fds, estoient dans Rocroy. Elle avoit présenté requeste au parlement pour venir demeurer en France avec son fds, demandant ses conventions matrimoniales. M.le Prince ayant esté condamné et ses biens confisqués, la requeste de Mme la Princesse fut renvoyée au roy, qui n’y a fait aucune response favorable. M. le prince de Conly, marié avec Mlle Marlinozzi, nièce du cardinal Mazarin, estoit allé commander l’armée du roy en Catalogne, assisté du duc de Candale.

Le comte d’Harcourt, qui estoit malcontent dans Brisacb, avoit fait son accommodement avec le roy et luy avoit rendu la ville de Brisacb. Il s’estoit retiré à Philipsbourg.

Mademoiselle faisoit sa demeure ordinaire dans Saint Fargeau. Le duc de Beaufort, tant aimé autrefois dans Paris, estoit souvent auprès du duc d’Orléans, n’osant plus revenir dans une ville qui n’en feroit pas grand compte, le peuple n’ayant plus aucune affection pour luy. M. de Vendosme estoit tousjours à la cour, jouissant paisiblement de son amirauté. Il avoit signé le contrat du duc de Mercœur, son fils , qui avoit espousé MUe Mancini, il y avoit plus de deux ans l. Le duc de Mercœur est tousjours en Pro-

1 Le duc de Mercœur avait épousé Laure Mancini dès 1 65 1 - Il le reconnut

à la séance du 7 août, en plein parlement.

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vence, dont il est gouverneur. M. de Guyse se prépare à quelque expédition de grande conséquence, mais il ne sçait pas encore où il sera employé. Le duc de Joyeuse, son frère, colonel général de la cavalerie légère, fait un esquipage magnifique pour aller, en cette qualité, servir dans l’armée du roy. 11 avoit esté gratifié par le roy du duché d’Angoulesme et du comté de Ponthieu, dont jouissoit son beau-père, lequel don avoit esté vérifié partout où besoin avoit esté. Le cardinal de Retz, archevesque de Paris par le décès de son oncle, estoit dans le chasteau de Nantes, en la garde du mareschal de La Meilleraye; il y avoit esté mené du chasteau de Vincennes, où il estoit prisonnier.

CHANCELIERS ET GARDES DES SCEAUX DE 1 5 1 A À 1 656 h Antoine du Prat, chancelier, cardinal, légat et archevesque de Sens.

Antoine du Bourg, chancelier.

Guillaume Poyet, chancelier, disgracié en l’an i54o1 2.

François de Montiiolon, président de la cour, garde des sceaux.

François Airault de Chenans, garde des sceaux.

François Olivier, premier président de Paris, chancelier de France, parla destitution du chancelier Poyet.

Jean Bertrand, premier président au parlement de Paris, fut fait garde des sceaux par la disgrâce du cliaccelier Olivier-, il mourut cardinal et archevesque de Sens.

Le chancelier Olivier, estant rentré dans l’exercice de sa charge sous le roy François second, mourut à Amboise, en l’an x56o.

1 Mémoires d’André d’Ormesson, P 1 1 verso et suivants.

2 On place ordinairement en i542 la disgrâce du chancelier Poyet ainsi que la

nomination de Jean de Montholon comme garde des sceaux. On assigne généralement à la nomination d’Airault, ou Errault , la date de i5 43.

Juin 1 6 5 A .

Messire Michel de L’Hospital, conseiller de la cour, puis maistre des requestes, surintendant de la chambre des comptes de Paris, chancelier de Marguerite, duchesse de Savoye, fut fait chancelier par le décès du chancelier Olivier. Il fut disgracié de la cour en fan i568.

Messire Jean de Morvilliers, évesque d’Orléans, ancien conseiller d’Estat et employé aux plus importantes affaires, fut fait garde des sceaux en l’an i 5 6 8 et les rendit volontairement, et d’une générosité sans exemple, en l’an î 5yo , demeurant tousjours dans ses emplois et sa première réputation et auctorité.

René de Birague, Milanois, président de Turin, fut fait garde des sceaux, lorsque M. de Morvilliers les rendit. Il assista à l’entrée de la reyne Elisabeth d’Autriche, fille de l’empereur Maximilien et femme de Charles IX, dans Paris, et précéda le parlement, encore qu’il n’en eust pas le tiltre. Le chancelier de L’Hospital estant décédé dans sa maison de Belesbat, le 3 mars i 5 7 3 , René de Birague fut fait chancelier de France; mais, estant aagé, il remit, en 1677, fes sceaux > qui furent baillés à messire Philippe Hurault de Chiverny (ou Cheverny). René de Birague fut fait cardinal sans bénéfice, acheta la terre d’Amboille et fit hastir l’hostel de Saint-Paul près de l’église Sainte-Catherine, où il fut enterré solemnellement en l’année 1 583, en habit de pénitent rayé, le roy Henry III assistant à son enterrement avec tous les pénitens. 11 disoit de luy-mesme qu’il estoit cardinal sans tiltre, prestre sans bénéfice, courtisan sans faveur, docteur sans science, chancelier sans sceau, et se disoit chancelier du roy et non chancelier de France.

Philippe Hurault, comte de Chiverny, garde des sceaux en l’an 1577, fut fait chancelier en l’an 1 5 83 , par le décès du chancelier de Birague, et tint les sceaux jusques en octobre 1 588, qu’il fut disgracié. Le roy Henry III donna les sceaux à François de Montholon, fils du garde des sceaux de Montholon , ancien avocat de la cour et avocat de Ludovic , duc de Nevers , lequel n’avoit jamais veu le roy ny la cour. Après la mort de Henry III, en aoust 1589, if demis de sa charge, et les sceaux baillés en garde à Charles, cardinal de Bourbon, puis au mareschal de Biron, Armand de Gontaut , qui les garda jusques en juillet 1 590 , que le roy Henry IV les rendit audit

D’ANDRÉ D’ORMESSON

comte et chancelier de Chiverny, qui demeura dans sa charge jusques à sa i583 mort, qui fut au mois d’ aoust 1 ^99 , en sa maison de Chiverny, près de Rlois.

Messire Pomponne de Bellièvre, fils de Claude de Bellièvre, premier pré- x 599 sident au parlement de Grenoble, ayant esté président au parlement de Paris, surintendant des finances, employé en plusieurs ambassades1 et à la conférence de Suresnes, fut fait chancelier de France en aoust 1099, au décès de M. Chiverny , et exerça cette charge , avec grande intégrité , jusques à sa mort. R rendit, en aoust i6o5, les sceaux, qui furent baillés à M. Nicolas Bruslart de Sillery, et mourut au mois de septembre 1 60 y, et fut enterré, dans sa chapelle, en l’église de Saint-Germain-de-l’Auxerrois.

Messire Nicolas Brüslart, seigneur de Sillery, fils de Pierre Bruslart, 1607 président de la troisième chambre des enquestes, après avoir esté conseiller de la cour, président aux enquestes, ambassadeur en Suisse, ambassadeur à Rome, président de la cour, conseiller d’Estat fort employé, fut fait garde des sceaux au mois de juillet de l’année i6o5 et chancelier en septembre 1607, par le décès de M. de Bellièvre. Il exerça cette charge paisiblement jusques au mois de mai 1 6 1 6, qu’il fut renvoyé en sa maison, et les sceaux baillés à M. Du Vair, premier président de Provence, en avril 1617, après la mort du maréchal d’ Ancre et la disgrâce de la reyne mère et de toute sa bande. Il fut restabli dans la première place du conseil, les sceaux estant tenus par MM. Du Vair, Mangot, Du Vair, une seconde fois, de Luynes, de Vie et de Caumartin, après la mort duquel les sceaux luy furent rendus en janvier 1623. Il fut de rechef disgracié en febvrier 162/1 et mourut, en sa maison de Sillery, au mois d’octobre 162/1, et a esté enterré à Marines, sa maison, près de Pontoise.

Messire Guillaume Du Vair, conseiller d’église au parlement de Paris, puis maistre des requestes de création nouvelle, en 161/1, puis premier

1 André d’Ormesson a mis en note que Bellièvre fut employé , entre autres ambassades , « au traité de Vervins , où fut conclue la paix entre la France et l’ Espagne, en 1598, .à l’avantage de la France, cinq ou

six places de Picardie ayant esté rendues par les Espagnols aux François. » Bellièvre avait aussi été envoyé en Ecosse , en 1 586, pour engager Elisabeth à ne pas faire périr Marie Stuart.

i ci i fi. président de Provence, fut appelé, au mois de mai 1616, pour cstrc garde des sceaux. En novembre suivant, les sceaux luy furent ostés. Au mois d’avril 1617, ils luy furent rendus, et il les tint jusques à sa mort, qui arriva, au siège de Tonneins, le 3 aoust 1621. Son corps fut apporté à Paris et enterré dans une chapelle des Bernardins.

Messire Claude Mangot, après avoir esté conseiller de la cour et commissaire en la seconde chambre des requestes du Palais, maistre des requestes dix huit ans, nommé premier président de Bordeaux et avoir exercé par commission la charge de secrétaire d’Estat, fut nommé garde des sceaux en novembre i 6 1 6 , par la disgrâce de M. Du Vair, et les rendit le 1 1\ avril 1617, le jour que le marcschal d'Ancre fut tué. 11 mourut en 1 62/1 , sans avoir esté resta bli en sa charge.

Messire Charles d’Albert, duc de Luynes, ccnnestable de France, tint les sceaux après la mort de M. Du Vair, en avril 1621, et scelloil en présence du roy et des officiers du sceau , recevoit le serment des officiers et fit: toutes les fonctions de garde des sceaux jusques au jour de sa mort, qui fut, le 1 /1 décembre 1621, au siège de Monheurt. Son corps fut porté et enterré à Maillé, en Touraine, qu’il avoit fait ériger en duché et à qui il avoit fait porter le nom de Luynes.

M. Me ry de Vio, frère de M. de Vie, grand capitaine, gouverneur de Calais, après avoir esté conseiller de la cour, maistre des requestes, ambassadeur en Suisse, ancien conseiller d’Eslat, fut fait garde des sceaux, le 20 décembre 162 1, après le décès du duc de Luynes, le roy estant lors à Bordeaux, où ledit sieur de Vie avoit esté envoyé vers messieurs du clergé. Ledit sieur de Vie mourut le 2 septembre 1622. Son corps fut enterré en sa terre d’Armenonville, près de Senlis.

En attendant que le roy cust choisi un garde des sceaux, furent commis pour sceller six conseillers d’Estat qui estoient à sa suite, au siège de Montpellier : MM. de Caumartin, de Bullion, de Léon, Viguier, Préaux et HaL ligre.

Messire Louis Lefebvre, seigneur de Caumartin, après avoir esté con-

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seiller de la cour, maistre des requesies, président au grand conseil, ambas- ) 6 2 sadeur en Suisse, ancien conseiller d’Estat, fut fait garde des sceaux, au camp de Montpellier, le 2 lx septembre 1622, et mourut, en sa maison de Paris, le samcdy 2 1 janvier 1623, et fut enterré, le dimanche suivant, en la chapelle de l’église Saint-Nicolas-des-Cbainps , où j’assistai.

Le lundy 23 janvier 1623, le roy rendit les sceaux à M. le chancelier de Sillery, à l’instance de M. de Pisieux, son fils. Ainsy, après sept ans et six gardes des sceaux, il rentra dans la pleine et entière fonction de sa charge de chancelier jusques au second jour de janvier, que le roy luy osta les sceaux, qu’il bailla à M. Halligre, le samedy 6 janvier 162/1; et, au mois de fehvrier ensuivant, ledit chancelier de Sillery fut renvoyé en sa maison de Sillery1, où il mourut d’une dyssenterie, le ier octobre 162/1. Son corps fut apporté et enterré en sa terre de Marines, près de Pontoise.

Messire Estienne IIalligi.e, natif de Chartres, après avoir esté conseiller au grand conseil, en l’an 1 588 , fut fait intendant de la maison de Charles de Bourbon, comte de Soissons, entra dans le conseil du roy en l’an 1610, et, après plusieurs emplois dans les provinces de Languedoc et de Bretagne, il fut fait garde des sceaux le 6 janvier 1 62/1 et chancelier le 3 octobre audit an, par le décès du chancelier de Sillery, il estoit aussy surintendant de la maison de la reyne. Il fut renvoyé en sa maison de la Rivière, près de Chartres, le premier jour de juin 1626, où il mourut le mardy 1 1 décembre 1 6 3 5 , et y est enterré. '

Messire Michel de Marillac, ayant esté conseiller de la cour en i 5 88 , maistre des requestes, conseiller d’Estat, surintendant des finances avec M. de Champigny, en aoust 162/1, puis seul, enjanvier 1626, fut fait garde des sceaux, le premier juin 1626, par la disgrâce de M. le chancelier Halligre. Les sceaux luy furent ostés à Glatigny, le roy estant à Versailles, le mardy 12 novembre i63o; il finit ses jours dans le chasteau de Chasteaudun, où il mourut au mois d’aoust 1 632, et fut enterré aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques, dans sa chapelle.

1 « Avec M. de Pisieux (ou de Puisieux), secrétaire d’Estat, son fils, disgracié comme lui. » (Noie d’André d’Ormesson. )

Messire Charles de l’Aübespine de Chasteauneuf, fils de M. de Chasteauneuf, doyen du conseil, après avoir esté conseiller d’église, conseiller d’Estat, ambassadeur en Flandre et en Angleterre, chancelier de l’ordre du Saint- Esprit, conseiller ordinaire du roy en ses conseils, par le règlement de Compiègne, fut fait garde des sceaux par la disgrâce de M. de Marillac, cà Versailles, le 13 novembre i63o, fut aussy fait surintendant de la maison de la reyne, comme estoit M. de Marillac. Il fut arresté prisonnier dans Saint- Germain-en-Laye, le vendredy ib febvrier 1 6 3 3 et mené prisonnier dans le chasteau d’Angoulesme.

Messire Pierre Séguier, seigneur d’Autry, fils de M. Séguier, lieutenant civil, et petit-fils de Pierre Séguier, président de la cour, après avoir esté conseiller de la cour, maistre des requestes, intendant de la justice en Guienne, près le duc d’Espernon , président de la cour par la résignation d’Antonin Séguier, son oncle et bienfaiteur, fut fait garde des sceaux par la disgrâce de M. de Chasteauneuf et la faveur du cardinal de Richelieu, le lundy 28 febvrier i633. Il fut fait chancelier, le 19 décembre i635, par le décès de M. le chancelier Halligre , M. le cardinal de Richelieu l’ayant fait attendre huit jours avant que d’en prester le serment au roy.

Au mois de juin 1 6 4 3 , M. de Chasteauneuf sortit de sa prison du chasteau d’Angoulesme et vint demeurer à Montrouge. Sa tapisserie estoit de Heurs de lys; il portait le cordon bleu et le Saint-Esprit et la robe de satin. Ne pouvant rentrer dans sa charge, comme il s’y attendoit, après la mort du cardinal de Richelieu, il se résolut de faire sa demeure à Montrouge et de ne point rentrer à Paris en cet estât, la charge estant tousjours exercée par M. Séguier, qui l’exerce encore en ce mois d’avril 1 6 4 6 , que j’escris cette page.

Il faut dire aux chanceliers et gardes des sceaux ce que Paulus Æmilius dit à ses soldats après avoir pris Perseus, roy de Macédoine : «Exemplum u insigne cernitis, milites, mutationis rerum humanarum. Vohis hoc præ- « cipue dico, juvenes. Ideo in secundis rebus nihil in quemquam superbe «et violenter considéré decet, nec præsenti credere fortunæ, cum quid « vesper ferat incertum sit. Is demurn vir erit, cujus animum nec prospéra « flatu suo elferet, nec adversa fortuna infringet1. » J’ay escript cette liste de Tiie-Live, XLV, 8.

D’ANDRÉ D’ORMESSON

chanceliers et gardes des sceaux à Ormesson, le lundy 3o avril 16/16, afin 16 de m’en mieux ressouvenir, les ayant presque tous connus familièrement, depuis M, le chancelier de Chiverny, qui me scella des lettres de conseiller de la cour en 1698, en vertu desquelles je fus reçu au parlement en 1 600 1, et M. le chancelier de Bellièvre, qui me fit prester le serment de maistre des requestes, au mois de janvier i6o5.

André d’Ormesson a ajouté ultérieurement des détails sur les changements qui arrivèrent pendant la Fronde et jusqu’à la mort de Mathieu Molé :

Le mardy ier mars i65o, M. de La Vrillière (Phelypeaux), secrétaire d’Estat, alla reprendre les sceaux de M. Séguier, chancelier de France, lequel se retira à Pontoise, près de la mère Jeanne, sa sœur, religieuse carmélite, et puis à Rosny, chez son gendre. Le mercredy 2 mars, jour des Cendres, la reyne régente remit les sceaux entre les mains de M. de Chasteauneuf, qui prit la qualité de garde des sceaux et ne fit. point de nouveau serment, estant rentré dans son ancienne charge et n’ayant point esté interdit ny condamné, mais seulement emprisonné. Le 3 avril 1 65 1 , M. de Chasteauneuf rendit les sceaux, qui furent à l’instant baillés à M. le premier président2, duquel on les retira, le i3 avril, pour les rendre à M. le chancelier.

Le jour de la nativité de Nostre-Dame, le jeudy 8 septembre 1 6 5 1 ,

M. le chancelier fut renvoyé en sa maison. M. de Chasteauneuf fut Fait chef des conseils du roy, et messire Mathied Molé, premier président du parlement de Paris, fut fait garde des sceaux de France et tint le premier conseil des parties, le mardy 19 septembre 1 65 1 .

Messire Mathieu Molé décéda à Paris, en la maison du président Séguier, le 3 janvier 1 656, jour de sainte Geneviève, à six heures du matin, et les sceaux furent rendus à messire Pierre Séguier, chancelier de France, le 5 janvier 1 6 5 6 , à onze heures du matin, par le roy, la reyne et le cardinal Mazarin. Voilà la troisième fois qu’on luy donne les sceaux de France 3.

1 « Je l’ay veu aussy plusieurs fois ac- 3 Voy. la mort du chancelier Séguier

compagnantle président d’Ormesson mon dans le tome II du Journal d’Olivier d’Orpère.» (Note d’André d’Ormesson.) messon, p. 6a4-

2 Matthieu Molé.

, 6">4. les surintendans des finances que J'AY vus et connus1 ( j 5g4-i 654)-

Quand le roy Henry IV entra dans Paris, au mois de mars 1 5 9 4 , il lit messire François d’O, seigneur de Fresnes, gouverneur de Paris et surintendant des finances, lequel mourut en l’an 1 5 9 5 . Après sa mort, plusieurs furent employés aux finances. Messire Nicolas de FIarlay, seigneur de Sancy , luy succéda en cette charge, et, ayant parlé trop librement au roy sur son mariage avec la duchesse de Beaufort2, il fut disgracié, et fut mis en sa place, en l’année 1 5 9 8 3, messire Maximilien de Bétiiune, marquis de Rosny, qui, estant fort rude et fort mesnager, paya les dettes du roy, tant envers les estrangers que les François, remplit son arsenal de canons et d’armes pour armer cinquante mille hommes, et la Bastille, dont il estoit gouverneur, de quantité d’or et d’argent. 11 fut aussy grand maislre de l’artillerie et duc de Suilly, et, ayant gouverné les finances avec un pouvoir absolu , lorsque le roy Henry IV décéda , en mai 1610, il fut disgracié , en 1 6 1 1 , par MM. de Sillerv, chancelier, Villeroy, secrétaire d’Estat, et le président Jeannin, qui ne le pouvoient souffrir à cause de sa rudesse et paroles insolentes.

En la place dudit duc de Suilly, au lieu du surintendant, fut establie une direction de finances, composée de sept personnes, de MM. de Chasteauneuf, président de Thon, président Jeannin, Maupeou, Arnauld, Bul lion et Viilemontée. Cette direction rapportait, tous les samedys, ce quelle avoit fait pendant la semaine, devant M. le chancelier de Sillery, où toutes les despenses estoient arrestées. Cet ordre dura jusqu’au mois de mai 1616, que le président Jeannin, lequel avoit tousjours esté contrôleur général des finances depuis l’establissement de la direction, fut fait surintendant des finances, et son gendre, M. de Castille, intendant.

Pierre Jeannin, président autrefois de Bourgogne, fut fait surintendant des finances en l’année 1616 et bailla son contrôle général à 'Claude

1 Mémoires d’André d’Orrnesson , folios 9 el 1 o.

Gabriel le d’Estrées

s Note d’André d'Ormesson : «Les inlendans des linances d’Incarville, d’Heu-

dicoini, Marcel, de Bussy, Des Barreaux, Senleny, D’Atlichy, Devienne, furent supprimés en l’an i5(j6; MM. de Maupeou, Devienne, Arnauld, mis en leur place, sous M. de Rosny »

D’ANDRÉ D’ORMESSON

Barbin, favori et confident du mareschal d’Ancre, lequel Barbin usurpa 161 toute l’autorité dans les finances et les affaires d’Estat, et demeura en cet estât jusqu’au i4 avril i6iy, que ledit mareschal d’Ancre fut tué sur te pont du Louvre, auquel jour il (Claude Barbin) fut arresté prisonnier et mis dans la Bastille. Le président Jeannin reprit lors la surintendance des finances et fit son gendre, M. de Castille, intendant et contrôleur général.

Le comte de Schomberg fut fait surintendant des finances à Tours, au mois de septembre 1619, et y demeura jusqu’au mois de janvier 1620, qu’il fut disgracié et renvoyé en sa maison.

Messire Charles, marquis de La Vieüvjlle, fut mis en sa place. 11 esioii fort entendu aux finances et très puissant dans l’esprit du roy et, estant encore fort jeune, faisoit très bien cette charge. 11 avoit esté capitaine des gardes et lieutenant de roy de Champagne et gouverneur de la ville de Rb eims. Il demeura en grande autorité depuis janvier 1628 jusques en l’an 1624, que M. le cardinal de Richelieu fut fait chef du conseil, lequel, ayant pris le dessus, le fit disgracier à Saint Germain-en Laye, au mois d’aoust 1624, et fut envoyé prisonnier dans le chasteau d’Amboise, dont il se sauva au mois d’aoust 1625.

Messire Jean Bosciiard, seigneur de Champigny, et messire Michel de Marillac furent faits surintendans des finances ensemble, audit mois d’aoust 1624, et demeurèrent ensemble jusqu’au commencement de l’année 1626. que ledit sieur de Champigny fut mis au conseil des dépesches. Messire Michel de Marillac demeura seul surintendant jusques au mois de juin de l’année 1626, qu’il fut fait garde des sceaux de France, par la disgrâce de M. le chancelier Halligre, renvoyé en sa maison de la Rivière, près de Chartres.

Audit sieur de Marillac succéda Messire Antoine Rüzé, seigneur d’Effiat, qui fut fait surintendant des finances, au mois de juillet 1626, par la faveur du cardinal de Richelieu, et exerça cette charge jusqu’en l’an 1 6 3 , qu’il mourut mareschal de France, commandant une armée du rov dans l’Allemagne, près la ville de Strasbourg.

32. Par son décès, furent faits ensemble surintendans messire Claude Bullion , ancien conseiller d’Estat, et messire Claude Bouthillier, secrétaire d’Estat, et exercèrent cette charge ensemble jusqu’à la fin du mois de décembre i 64 1 , que M. de Bullion mourut. M. Bouthillier demeura seul surintendant et estoit un des six ministres qui ne pouvoient estre changés pendant la régence1. Néantmoins, au mois de juillet i644, il fut disgracié, et sa charge donnée à Messire Nicolas Le Bailleul, président de la cour et chancelier de la reyne régente. Claude de Mesmes, sieur d’Avaux, fut fait surintendant avec ledit sieur de Bailleul. Il fut presque à l’instant envoyé à Munster, plénipotentiaire pour la paix, avec M. le duc de Longueville et M. Servien. Il a tou sj ours esté employé dans les ambassades, vers les princes estrangers. Je ne veux pas oublier de dire que la principale conduite et direction des finances estoit, sous M. le président Le Bailleul, entre les mains du sieur Michel Particelle, seigneur d’Émery, contrôleur général des finances. Les sieurs de Mauroy, de Charron et Mallier, intendans, n’approchoient pas de leur employ et autorité.

Au mois de juillet i 647, ledit sieur président Le Bailleul donna sa démission de la charge de surintendant des finances, de laquelle fut pourvu Messire Michel Particelle, seigneur d’Ëmery, contrôleur général des finances, lequel en presta le serment entre les mains de Leurs Majestés, dans la ville d’Amiens, lejeudy 18 juillet 1647. Pour le regard de M. d’Avaux , il estoit encore en ce mois à Munster, plénipotentiaire pour la paix générale, avec M. le duc de Longueville et M. Servien, plénipotentiaires comme luy. Ledit sieur d’Avaux fut disgracié en juin iG48 et réduit dans Roissy.

Le 9 juillet , M. d’Emery fut disgracié et envoyé en sa maison de Tanlay,

1 « Les six ministres qui ne pouvoient estre changés pendant la régence estoient monseigneur le duc d’Orléans, monseigneur le prince de Condé, monseigneur le cardinal Mazarin, M. le chancelier, M. Bouthillier, surintendant des finances , M. Bouthillier-Chavigny, secrétaire d’Es¬

tat; mais à la cour il n’y a rien de certain et nulle stabilité en la condition. M. Bouthillier fils est demeuré dans le conseil d’en haut, mais a esté contraint de résigner sa charge de secrétaire d’Estat à M. de Loménie, comte de Brienne, qui l’exerce encore. » (Noie d’A. d’Orinesson.)

D’ANDRÉ D’ORMESSON

et le mareschal de La Meillf.raye fait surintendant des finances, et 1648. MM. Halligre et Morangis faits directeurs le mesme jour, le président Le Camus estant tousjours controleur général des finances, sans crédit, ayant

perdu son appuy, M. d’Emery, son beau-frère.

En mars 16/19, le mareschal de La Meilieraye quitta la surintendance, i64y. et, en octobre 16/19, MM. d’Émery et d’Avaüx furent restablis dans leurs charges de surintendans, et lors les directeurs signoient les arrests du conseil des finances avec eux; mais M. de Chasteauneuf ayant esté restabli dans la charge de garde des sceaux, au mois de mars i65o, les directeurs n’ont plus signé les arrests, ny esté appelés aux affaires de conséquence concernant les finances, MM. d’ Avaux et d’Émery résolvant tout sans les y appeler, et toute l’autorité estoit entre les mains de M. d’Emery, encore qu’il fust tousjours malade.

Au mois de [mai] i65o, M. d’Emery estant décédé, la reyne donna la i65o. charge de surintendant des finances, vacante par la mort dudit sieur d’Emery, à M. le président de Maisons (René de Longueil), président de la cour, et, au mesme temps, M. d’ Avaux remit volontairement sa charge de surintendant entre les mains de la reyne, ne se voyant pas aux bonnes grâces de M. le cardinal Mazarin, qui ne communiquoit ses secrets qu’audit sieur de Maisons, son bon amy, et fit une action de prudence et de générosité tout ensemble et a esté fort estimé. Satins est cam dignitate cadere quam cam ignominia servire.

Le 8 septembre 1 6 5 1 , M. le marquis de La Vieüville fut restabli en sa i65i. charge de surintendant des finances, vingt-sept ans après en avoir esté despouillé, et fut mis en la place de René de Longueil, président de la cour et seigneur de Maisons. Il trouva huit intendans des finances : Mauroy, Tillier, Bordier, Foulé, Bordeaux, Gargan, Hervart et Marin.

Le marquis de La Vieüville estant décédé le mercredy second jour de !653. janvier 1 653 , MM. Servien et Fouquet furent faits surintendans des finances le samedy 18 février 1 6 5 3 , et M. Mesnardeau-Champré troisième directeur, avec MM. Halligre et Morangis.

1 65 4. De nouveaux intendans furent establis en 1 6 5 A : Paget, Houssay, Bri-

sacier, Roislève.

1 656. ENTRÉE DE LA REYNE CHRISTINE DE SUEDE DANS PARIS1 (9 SEPTEMBRE 1 656).

La reyne Christine de Suède fit son entrée magnifique dans Paris le vendredy 9 septembre 1 656, jour de la nativité de Nostre-Dame, accompagnée du duc de Guyse, qui l’avoit esté recevoir à l’entrée du royaume de la part du roy. Elle alla faire sa prière dans l’église de Nostre-Dame et alla descendre au Louvre pour loger aux appartemens du roy. Elle avoit esté en Flandre, Allemagne, Italie et à Rome, où elle embrassa nostre religion catholique entre les mains de nostre pape Alexandre VIL Toutes les cours souveraines et autres corps avoient ordre de l’aller saluer et de luy faire harangue. Le clergé avoit depesché M. Godeau, évesque de Vence, pour luy porter la parole. Elle devoit estre visitée pendant le temps qu elle demeureroit à Paris de toutes les princesses et dames de qualité.

Le roy, ce pendant, estoit à Compiègne avec la reyne, M. d’Anjou son frère et M. le cardinal Mazarin. Ils l’attendoient pour luy tesmoigner toute leur affection et luy faire rendre tous les respects et honneurs dus à sa qualité et à son mérite et encore à la parfaite alliance qui a esté cy-devant entre nostre feu roy Louis XIII et le père de cette reyne, le grand Gustave, roy de Suède, qui a fait de grands progrès en Allemagne contre l’empereur et la maison d’Autriche, y a gagné de grandes batailles et a esté tué, dans la dernière qu’il donna, combattant valeureusement. Il est mort victorieux, plein de gloire et de bonheur, laissant un nom immortel et mis au nombre des princes les plus illustres. Il n’a laissé que cette reyne Christine, qui a

1 Mémoires d’André d'Ormesson, folio 1 verso. On ne doit pas s’étonner de trouver au commencement du manuscrit de ces mémoires les derniers morceaux écrits par André d’Ormesson. II avait laissé en blanc plusieurs feuillets , qu’il a remplis dans les dernières années de sa vie. Outre le morceau queje donne sur l’entrée de la reine Christine à Paris, André d’Ormesson a

inséré dans ses Mémoires une lettre du duc de Guise, où ce prince fait le portrait de la reine de Suède. Elle est intitulée : Description de la reyne de Suède, envoyée par le duc de Guyse à un sien ami à Paris. Elle commence par ces mots : « Je veux , dans le temps que je m’ennuye, etc.»

Cette lettre a été publiée.

D'ANDRE D’ORMESSON. 707

résigné sa couronne a son cousin et a les pays de l’Europe.

Fait ce samedy matin g septembre

1 Note ajoutée par André d’Orrfiesson :

« Elle demeura dans Paris jusques au vendredy i5 septembre qu’elle est partie pour aller à Chantilly et de là à Compiègne trouver le roy. Pendant son séjour, elle vit tous les palais, les belles églises, les bibliothèques et tout ce qui estoit digne

mieux aimé estre libre et voir tous

d’estre visité. En partant, elle vit Montmartre, dont la sœur du duc de Guyse est abbesse, et l’église de Saint-Denys. Elle avoit reçu dans Paris toutes sortes d’honneurs, et le peuple se pressoit partout pour la voir et considérer à son ayse. »

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