‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 52 sur 71 · CHANGEMENT DE MINISTRES (4-10 AVRIL · texte numérisé non relu

CHANGEMENT DE MINISTRES (4-10 AVRIL

«Le mardy 4 avril 1601, le garçon du conseil vint avertir qu’il n’y en avoit point, et que la reyne avoit osté les sceaux à M. de Chasteauneuf. Je fus voir M. le curé de Saint-Nicolas sur l’élection faite de M. de Beaufort pour marguillier, par la brigue de MM. de Montmort, Briçonnet et La Marguerie, quoyque l’assemblée eust esté remise à un autre jour, et que M. d’Aligre, marguillier, ne s’y fust point trouvé, ny les plus honnestes gens de la paroisse3. De là chezM. de Chasteauneuf, où je trouvai la porte fermée,

' Voy. plus haut, p. 745, la lettre du 6 septembre 1649.

2 Ce fragment isolé du Journal d’Olivier d’Ormesson se rattache au changement de ministres dont il a été question dans les Mémoires d’André d’Ormesson (p. 656).

3 La réception du duc de Beaufort, comme marguillier, qui nous paraît un

événement bien insignifiant , fit alors quel que bruit. J’en trouve une nouvelle preuve dans le journal ms. Bibl. imp. suppl. fr. 1 238 lis b, f° 262 : « M. le duc de Beaufort 'cioit tombé malade d’une fièvre si dangereuse, quelle avoit obligé M. de Vendosme de le faire porter chez luy et l’oster de la rue Quincampoix, où il se

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et de là au Palais, où M. Balthazard et moy parlasmes du procès criminel d’un nommé du Cbastelet, pour fausseté de lettres de noblesse, et décrétasmes prise de corps contre Toury.

« Là je sçus comme M. le premier président avoit dit, à sa place, la relation des remonstrances faites à la reyne sur le sujet de la déclaration contre les cardinaux pour les exclure du conseil du roy, mesme leur interdire le séjour en France, comme la reyne le leur avoit promis, et qu’ensuite, sur les dix heures du soir, la reyne f avoit envoyé quérir et luy avoit mis les sceaux entre les mains, qu’elle avoit envoyé quérir à M. de Chasteauneuf, et qu’il ne les avoit pris qu’à condition de ne point quitter sa place et que, pour rien du monde, il n’abandonneroit la compagnie, et que M. le chancelier revenoit. Les maistres des requestes députèrent ensuite pour faire leur compliment à M. de Chasteauneuf, à M. le chancelier, sytost qu’il seroit de retour, et à M. le premier président, nouveau garde des sceaux.

u Au sortir du Palais, je fus avec M. de Lamoignon chez M. le chancelier, où nous vismes Mmes de Laval et de Sully b qui nous dirent comme M. de Sully estoit parti à minuit pour aller quérir M. le chancelier et qu’il arriveroit ce soir. Je fus après chez M. le garde des sceaux, et j’entrai chez M. Mignon. Là, je vis Brugères, Rives et les autres domestiques en pleurs prests à partir. Brugères me dit, comme hyer M. le premier président ayant fait les remonstrances pour obtenir la déclaration contre les cardinaux2, la reyne avoit respondu quelle avoit tousjours dit qu’elle seroit de l’avis de M. le duc d’Orléans et de M. le Prince, et, s’estant tournée vers eux pour leur demander leur avis, ils luy auroient dit n’en avoir point d’autre que le sien. Après quoy, elle dit quelle accordoit donc la déclaration ; que , Messieurs du parlement s’estant retirés, M. le garde des sceaux avoit persisté au refus de la sceller, et s’estoient ainsy séparés; qu’à sept heures du soir la reyne avoit encore renvoyé quérir M. le garde des sceaux pour le presser de sceller cette déclaration; ce qu’il auroit encore refusé, et que,

plaisoit si fort , qu’il s’estoit fait eslire marguillier de Saint -Nicolas, sa paroisse, clans laquelle il estoit fort aimé du menu peuple, pour le voir aussy assidu aux moindres fonctions de cette charge qu’un

simple bourgeois , tant il affectoit la popularité! »

1 Filles du chancelier Séguier.

2 Cette déclaration leur interdisait de prendre part aux affaires publiques.

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sur les dix heures du soir, M. de La Vrillière luy estoit venu redemander les sceaux. Incontinent après, je le vis descendre et le saluai. Il monta dans sa chaire ordinaire et partit. pour Montrouge, suivi de quatre hommes de cheval et de son carrosse.

« L’apresdisnée , je fus avec mon père saluer M. le premier président, qui nous dit qu’il garderoit sa charge avec les sceaux, et que, si ces deux fonctions estoient incompatibles, il auroit bientost pris sa résolution, et que dans ce temps il croyoit pouvoir servir plus utilement le roy dans sa place que dans les sceaux; que M. le chancelier tiendroit les conseils, et luy tiendroit le sceau. Il nous raconta que la reyne favoit mandé sur les sept heures, et luy avoit dit que M. le garde des sceaux estoit demeuré d’accord de sceller la déclaration, et quelle favoit renvoyé quérir sur les dix heures et luy avoit mis entre les mains les sceaux , qui estoient dans son oratoire , et qu’il luy avoit dit qu’il ne les acceptoit qu’à condition de conserver sa place.

«Le soir, l’on nous apprit que M. le duc d’Orléans, estant entré le lundy apresdisner au conseil chez la reyne et y ayant veu M. de Chavigny, que la reyne avoit mandé sans luy en parler, s’en estoit plaint, et que la reyne luy avoit dit qu’il en avoit fait bien d’autres sans elle, et que M. le duc d’Orléans s’estoit retiré fort en colère et M. le Prince avec luy, et que le soir, ayant sçu que les sceaux estoient ostés àM. de Chasteauneuf et donnés à M. le premier président, il estoit dans une furie extresme; que M. le coadjuteur luy avoit proposé beaucoup de conseils violens : de faire sédition , enlever le premier président; que M. le Prince avoit tesmoigné n’avoir eu aucune connoissance de ces conseils, avoit offert tous ses amys et ses places à M. le duc d’Orléans et paroissoit fort en colère, quoyqu’il soit aysé de juger que tout est de sa conduite par le choix de tous les siens qui sont élevés en puissance, et qu’il ne se joint au duc d’Orléans que pour rompre tous ses conseils et J’empescher de faire du bruit.

« Le mercredy 5 avril, je fus chez M. d’Aligre concerter les arrests contre les payeurs des rentes des aydes. De là chez M. le surintendant, qui alloit au conseil chez M. de Villeroy. J’allai ensuite saluer M. le chancelier, où la terre abordoit. Il paroissoit bien gay, et la salle n’estoit pas tendue de sa tapisserie fleurs de lys, soit de dessein, ou qu’il l’eust ostée de Paris. Je sçus que M. le premier président l’estoit venu voir avec tous ses enfans; que

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M. le chancelier l’avoit reconduit à son carrosse, et luy avoit donné la droite.

« L’apresdisnée, à Montrouge , avec mon père , visiter M. de Chasteauneuf, que nous trouvasmes gaillard, parlant avec peu de sentiment de sa cheute. Il nous dit que les charges de garde des sceaux et de premier président estoient incompatibles pour le bien de la justice , et que, dans moins de huit jours, M. le premier président auroit perdu crédit dans le parlement; que le chancelier et un garde des sceaux ne pouvoient s’accorder; que M. de Sillery, qui estoit très-modéré, avoit eu de grands différends avec M. Du Vair l, qui estoit grand personnage; qu’ils partageroient les maistres des requestes en toutes les affaires; que la justice ne s’cn feroit pas si bien. Luy ayant dit que les conseils des parties se tiendroient au Louvre, il me dit que M. Du Vair alloit au conseil chez M. le chancelier, et n’en avoit jamais fait difficulté. Il y arriva en mesme temps M. Balthazard et Mme de Cavoye, et quantité d’autres. Nous nous retirasmes. Brugères me dit que c’estoient ses ennemis qui disoient qu’il avoit consenti de sceller la déclaration, parce que certainement il l’avoit tousjours refusé, et que, quand il l’auroit accordé, on n’auroit pas laissé de luy oster les sceaux.

«Le soir, le père Irénée nous dit, comme le dimanche de la Passion il y avoit eu dans son couvent une conférence entre M. le président de Novion, M. Servien et M. de Longueil, le conseiller, où l’on avoit résolu le retour de M. le chancelier; que M. de Bouville 2, maistre des requestes, luy en avoit dit quelque chose.

«Tous les gens de bien et qui aiment la justice regrettent l’esloignement de M. le garde des sceaux Chasteauneuf, estant très-bien intentionné pour la justice, sans acception de personne, fort désintéressé, aimant les gens d’honneur, ennemi des fripons, grande attention aux affaires et grande mémoire de celles qui avoient passé devant luy, grande connoissance du dedans

1 Voy. plus haut, sur les chanceliers et gardes des sceaux , un extrait des Mémoires d’André d’Onnesson, p. 697. On y voit que Guillaume Du Vair, évêque de Lisieux, fut deux fois garde des sceaux, pendant que Nicolas Brulart de Sillery était chancelier. Créé garde des sceaux en mars

1616, Du Vair les remit au roy le 2 5 novembre suivant. Ils lui furent rendus le 25 avril 1617, et il les garda jusqu’à sa mort, arrivée le 3 août 1621.

* Jacques Juhert, seigneur de Bouville et de Bissy, maître des requêtes depuis le

du royaume et du pouvoir de toutes les différentes compagnies, s’arrestant plus au fond des affaires qu’à la forme, parlant peu, n’ayant pas grâce ny facilité pour les longs discours, fort autorisé dans sa charge, en sorte que personne ne l’osoit contredire, fort aysé en son particulier et à ceux auxquels il avoit pris créance.

« Le jeudy 6 avril, à laMercy, M. de Novion me dit queM. le coadjuteur avoit demandé son congé à M. le duc d’Orléans sous prétexte de luire sa charge pendant ces saints jours, et on luy vint dire qu’il s’estoit retiré tout à fait. L’apresdisnée, chez M. Gargam, pour l’affaire des payeurs des rentes sur les aydes; à Ténèbres au Calvaire1, où M. Housset me dit que la cause pour laquelle M. de Chasteauneuf n’avoit pas voulu terminer son affaire venoit de Mmt' de Bretonvilliers , qui estoit intéressée avec luy dans ses prests , et dont M. de Chasteauneuf vouloit qu’il l’en sortist.

« Le vendredy, à la passion de M. Brousse, à Saint-Nicolas, et au service. L’apresdisnée, aux Ténèbres aux Minimes, où M. de Tiluau et M. de Nogent dirent que M. de Chasteauneuf avoit promis de sceller la déclaration, mais que ce n’estoit pas la cause de sa disgrâce, et qu’il y avoit plus de huit jours que ce dessein paroissoit. M. de Tiluau me dit qu’il l’en avoit averti et que ses parens luy avoient aussy dit la mesme chose, mais qu’il estoit demeuré aveugle.

«Le vendredy 8 avril, à Saint-Nicolas, faire nos Pasques, oùM. de Beaufort lit sa première fonction de marguillier. L’apresdisnée, chez M. de La Ferté, qui estoit mort le matin à six heures, le septième jour de sa maladie. Mme sa femme demeure avec onze enfans , et elle grosse. C’est une perte pour nostre quartier2. Le soir, au salut à la Mercy. Au sortir, M. de Villarceaux et moy nous trouvions, parlant des affaires, que M. le Prince estoit cause de tout ce changement pour estahlir ses amis dans les principales charges : M. le chancelier, le premier président, Chavigny, et ainsy se rendre

1 11 y avait à Paris deux couvents des filles du Calvaire, l’un rue de Vaugirard, l’autre sur l’emplacement duquel on a ouvert la rue Neuve • de - Bretagne et la rue Neuve-de-Ménilmontant. Je présume qu’il est question du dernier.

2 II s’agit ici du quartier des maîtres

des requêtes de janvier, dont Scipion Mare de La Ferté faisaiL partie aussi bien qu’Olivier d’Ormesson. On a vu souvent, dans le texte du Journal d Olivier d’Ormesson, que les maîtres des requêtes servaient par quartier.

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le maistre de la cour; qu’il ne le pouvoit faire qu’en ostant M. de Chasteauneuf, qui estoit bien intentionné pour l’Estat et ferme pour contredire ses desseins, et ostant le coadjuteur pour mettre de sa main un autre auprès de M. le duc d’Orléans, ou faire revenir l’abbé de La Rivière, ou en estre asseuré; qu’il avoit trouvé grande disposition à la reyne contre M. de Chasteauneuf, auquel elle imputoit l’esloignement du cardinal; que, M. le Prince estant fort habile, il s’establiroit tellement de tous costés qu’il seroit absolument le maistre de la cour; que la reyne le reconnoistroit bientost, mais elle seroit impuissante pour y résister, et que le roy, devenu majeur et sentant son cœur, se trouveroit bien empesché pour diminuer cette puissance; ce qui nous causeroit sans doute une guerre civile; que la reyne devroit s’estre fait un conseil de gens fermes, indépendans des princes, pour résister à leur ambition, et que M. de Chasteauneuf, les mareschaux de L’Hospital et de Villeroy y estoient très-propres. Le soir, je sçus qu’il n’y avoit point eu de rémissions le vendredy saint, parce que M. le chancelier y vouloit présider; ce que M. le garde des sceaux ne voulut point.

«Le dimance 9 avril, jour de Pasques, à Saint-Nicolas en robe rouge, où M. de Beaufort présenta six pains bénis avec toute la fanfare possible. L’apresdisnée , au sermon de M. Brousse. J’appris de M. Sevin que M. le Prince avoit rescompensé tous ses serviteurs; qu’il avoit donné le gouvernement de la tour de Bourges, de Montrond et la lieutenance de Berry à M. de Persan; le gouvernement du chasteau de Dijon et de Saint-Jean de Laosne h à M. Arnauld2; celuy de Seure, à M. de Boutteville; celuy de Stenay, à Marsin; celuy de Clermont et Jametz, au baron de Meille. Par là, l’on voit qu’il est plus puissant après sa prison qu’auparavant , et qu’il n’y a présentement que la modération de son esprit qui le puisse retenir.

«Le soir, l’on nous dit le démeslé de M. le chancelier avec M. le garde des sceaux sur la fonction de leurs charges, et que M. le garde des sceaux avoit envoyé dire à M. le chancelier par M. de Champlastreux qu’il ne pretendoit rien quitter de toutes les fonctions dont ses prédécesseurs avoient joui avec les chanceliers.

«Le lundy 10 avril, je fus à Amboille.

1 Petite ville du déparlement de la Côte- dant des carabins. (Voy.sur ce personnage

d’Or. les Flistoriettes de Tallemant des Réaux et

2 Isaac Arnauld de Corbeville,comman- les Mémoires de Henri Arnauld.)

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«Le mercredy 12 avril, je revins d’Amboille; j’appris que M. le duc d’Orléans ne s'apaisait point et que l’on proposoit de retirer les sceaux à M. le premier président, lequel avoit tenu le sceau le matin, où s’estoient trouvés quantité de maistres des requestes, et que l’on croyoit que ce seroit son dernier.

«Le jeudy i3 avril, j’appris , fapresdisnée, que M. le premier président avoit reporté les sceaux, le matin, à la reyne et l’avoit remerciée de trois propositions qui luy avoient esté faites : l’une, de le faire cardinal; l’autre, de luy donner cent mille escus; et la troisième, de faire un cinquième office de secrétaire d’Estat pour M. de Champlastreux , et qu’il avoit tesmoigné grande vigueur d’esprit. Je sçusque, moyennant ce, l’accommodement estoit fait et que les princes dévoient aller, l’apresdisnée, au Palais-Royal, où ils délibéreroient à qui l’on donneroit les sceaux. Le bruit esloit que c’estoit pour M. le chancelier, et qu’il luy en coustoit cent mille escus; d’autres disoient que l’on pressoit M. de Cbasteauneuf de les reprendre, mais qu’il les avoit refusés et que, s’il vouloit, ce seroit pour luy.

«Le vendredy 1 lx avril, je fus à Saint-Gervais au service de M. de La Eerté, où j’appris que les princes avoient esté au Palais-Royal et que la réconciliation estoit faite; que M. le chancelier estoit asseuré des sceaux, mais qu’il devoit auparavant rendre ses complimens aux princes, et qu’il y alioit ce matin, et que, l’apresdisnée, il devoit aller voir la reyne, qui luy redonneroit les sceaux.

« Le samedy 1 5 avril , M. Joly m’apporta un arrest des aydes à recorriger; l’apresdisnée, M. Gargam me vint voir pour cette affaire. Les rentiers de Chastelain me vinrent parler; MM. des Yveteaux et Guillon y estoient; ils s’en retournèrent fort contens. Je sç.us qu’il y avoit eu le matin petite direction chez M. le chancelier, où Messieurs du conseil n’avoient point esté appelés; qu’il avoit les sceaux de la veille.

« Chacun considéroit ce changement avec estonnement, et l’on plaignoit M. le premier président, auquel la reyne avoit fait une injure très sensible de luy avoir donné les sceaux pour les luy oster trois jours après. L’on ne pouvoit comprendre pourquoy M. le Prince l’avoil abandonné. Les uns disoient qu’il n’auroit pas deu tenir le sceau ny en faire la fonction, se voyant si peu asseuré; les autres, qu’il favoit fait pour conserver le rang au dessus des mareschaux de France, et avoir sa place dans le conseil d’en haut.

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« Le dimanche 16 avril, je fus porter les arrests des aydes à M. le surintendant 1 et saluai auparavant M. le chancelier. Je vis qu’il dit à Catelan qu’il ne signeroit pas les arrests, si M. le surintendant les signoit avant iuy. Cela estant rapporté au surintendant, qui s’en alloità Maisons et avoit signé les arrests résolus à la petite direction, il s’en indigna fort, dit qu’il les luy feroit bien signer et que les arrests de finance despendoient de luy et de sa signature, et envoya M. Gargam luy faire signer tous les arrests des aydes.

« Il couroit un bruit d’un grand changement dans tous les gouvernemens: que M. le Prince auroit la Guienne; M. le prince de Conty , la Provence; M. d’Angoulesme , la Bourgogne; M. d’Espernon , la Champagne; chacun murmuroit de ce bruit comme de très-grande conséquence. »

AVIS D’OLIVIER -LEFEVRE D’OIIMESSON DANS LE PROCES DE FOUQUET2. (VOY. JOURNAL D’OLIVIER D’ORMESSON, T. II, P. 2 7 O.)

ci Messieurs les rapporteurs du procès ayant pris place au bureau, Monseigneur le chancelier a dit à M. Lefèvre, premier rapporteur, d’exposer son avis. A quoy satisfaisant, M. d’Ormesson a dit qu’après avoir fait la récapitulation de tous les chefs du procès intenté par le procureur général du roy contre Nicolas Fouquet, et avoir expliqué quels sont les moyens de part et d’autre, il restoit à décider quelles estoient les preuves, quels estoient les crimes et, en dernier lieu, quelles estoient les peines establies par les loys du royaume; que ces trois propositions l’estonnoient, et qu’il avouoit qu’il se trouvoit en peine d’avoir à juger le premier du bien , de l’honneur et de la vie d’un officier et d’un homme qui avoit tenu un rang considérable dans le royaume; que ces trois considérations luy donnoient des pensées fort différentes, et luy faisoient désirer de n’avoir pas à parler le premier pour marcher avec plus d’asseurance, par les ouvertures qui luy seroient faites ,

1 Le surintendant des finances élail alors llené de Longueil, marquis de Maisons, président au parlement 11 ne fut surintendant que pendant un an. C’est

lui qui a fait bâtir le château de Maisons; il mourut en 1 677.

2 Extrait du Journal de Foucault , t. X, p. 1 5 1 , sqq.

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à suivre des lumières que peut-estre il n’a pas. Mais, puisque l’honneur qu’il avoit receu de se trouver le rapporteur du procès l’obligeoit d’en dire le premier son avis, il tascheroit de le proposer sur toutes les réflexions et connoissances qu’il avoit pu prendre du procès, mais avec tant dedestachement et si esloigné d’aucune préoccupation, qu’il seroit tousjours prest à revenir à un meilleur sens, lorsqu’on luy auroit donné d’autres lumières;

«Que le procès estoit composé de quatre-vingt-seize chefs d’accusation, qu’il croit devoir estre réduits aux pensions, aux prests que l’on disoit supposés, aux acquisitions des droits du roy, sucres et cires, aliénation des parisis des péages, office de commissaire des tailles de Melun, octroys, marc d’or, emprunt des comptables, aux six millions et au crime d’Estat1;

«Que, pour reprendre par ordre ces chefs, il ne s’arresteroit point aux pensions dont M. Fouquet n’estoit point accusé d’avoir profité, comme de celles de Bruant, Pellisson et de la dame du Plessis-Bellière; mais qu’il suffirait d’examiner celles des six vingt mille livres, des gabelles, des cent quarante mille livres sur les aydes, et des cinquante mille livres sur le convoy de Bordeaux ;

« Que le fait de la pension des gabelles se réduisoit à trois questions : la première , de sçavoir si c’estoit une pension véritable ou une remise de part; la deuxième, si l’acte en a esté trouvé dans les papiers du sieur Fouquet, et la troisième au profit de qui elle avoit tourné; que la première proposition estoit aysée à décider; que c’estoit une pension bien establie; que cette remise de part n’estoit qu’un prétexte, dont l’on s’estoit servi pour couvrir toutes les pensions que l’on avoit prises; mais que réellement et de fait c’estoit une pension véritable, stipulée et convenue; qu’ autrement Contarini ou tout autre n’auroit point fait de difficulté de paroistre et de signer l’acte; mais qu’ayant esté receu pour une personne inconnue, ce secret et cette affectation faisoient visiblement connoistre que cette remise de part n’estoit qu’un déguisement pour couvrir cette pension, qui passoit dans son esprit pour constante et bien establie; qu’il estoit encore constant que l’acte avoit esté trouvé parmi les papiers de l’accusé, que cela se voyoit par le petit mémoire trouvé dans la cassette peinte de l’inventaire de Fontainebleau , dans lequel il en estoit fait mention; que cela ne suffirait pas, parce que

1 Voy. l’opinion de Pussort dans l’Introduction au tome II, p. lxxxvi et suiv. ii. 98

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l’acte ne s’estoit pas trouvé dans la cassette peinte; mais que les commissaires, qui l’avoient trouvé dans Saint-Mandé, en avoient fait la description par leur inventaire; qu’il restoit la supposition que véritablement, par l’inventaire de Saint-Mandé, il estoit porté que M. Colbert y estoit venu par l’ordre du roy et qu’il y avoit fait apporter une cassette; mais qu’il n’avoit jamais esté persuadé de ce fait de supposition de pièces; qu’il estoit destitué de toute apparence; qu’un bomme d’une probité ordinaire ne le feroit pas; que, par ses interrogatoires, M. Fouquet n’avoit dit aucune chose de cette supposition; que, s’il en avoit dit quelque chose et qu’il eust tousjours suivi ce fait avec uniformité, cela auroit pu donner du scrupule; mais que l’accusé avoit changé de discours dans les temps dilïérens; que les termes du premier interrogatoire de l’accusé y estoient exprès, par lesquels, sur ce que l'acte de cette pension luy fut représenté et qu’il fut enquis sur ces trois petites lignes raturées au dos de l’acte, et sur ce que ce mesme acte est enregistré dans ce petit inventaire sous ces mots: Déclaration des fermiers des gabelles, l’accusé avoit respondu que, s’il avoit eu d’autres papiers secrets, on les auroit trouvés aussy bien que ceux-là. D’où l’accusé tiroit deux inductions : l’une, qu’il ne tenoit point de papiers secrets, et l’autre, qu’il ne les avoit pas destournés, puisque ceux-là se trouvoient dans ses inventaires; ([ue cela convainquoit celuy qui parloit qu’il n’y avoit point eu de supposition, et que, constamment et de fait, la pièce s’estoit trouvée dans ses inventaires; que la plus grande difficulté qui se présentoit à juger estoit de sçavoir pour qui cette pension avoit esté accordée, et qui en avoit profité; que le procureur général tiroit ses preuves de l’interrogatoire du sieur Fouquet; que l’accusé y trouvoit pareillement ses deflfenses; que le procureur général faisoit voir par cet interrogatoire que l’accusé avoit reconnu cet escrit; qu’il estoit demeuré d’accord l’avoir eu en sa possession; qu’il l’avoit fait voir à Chastelain, l’un des fermiers, et qu’il s’estoit fait avancer une somme de cent quatre-vingt mille livres, que c’estoit donc l’accusé qui se trouvoit saisi de la pièce, qui s’en estoit servi et qui en avoit reçu le bénéfice; que l’accusé, de sa part, avoit dit qu’il mesnageoit des pensions pour feu M. le cardinal, et qu’il avoit traité pour luy quelque chose de considérable; que le petit inventaire de la cassette peinte, dans lequel cet acte est inventorié, peut donner quelque soupçon qu’il en faisoit estât comme d’une pièce à luy appartenant. Mais, par le mesme inventaire, il paroist que cet

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acte n’a point esté trouvé dans la cassette avec les autres pièces mentionnées au petit inventaire, mais à Saint-Mandé; que le billet de Delorme, de fournir deux mille louis d’or sur les six vingt mille livres qu’il sçait, ne fait rien au sujet, parce que l’acte portoit sa date, estant porté que c’estoit pour payer au sieur Leclerc, trésorier de l’extraordinaire, qui estoit en exercice en 1 6 5 5 ; que la négociation de feu Girardin estoit induite de part et d’autre, le procureur général soustenant que c’estoit le confident de l’accusé, l’homme dont il se servoit en toutes affaires, dont il a vengé la mort, et qu’il s’estoit servi depuis de son frère; que l’accusé prétendoit, de sa part, que ce mesme Girardin estoit dans une fort grande liaison et dcspendance tout entière de feu M. le cardinal; qu’il avoit esté le fermier de ses revenus ecclésiastiques et des aydes qui luy appartenoient; que M. le cardinal luy avoit fait passer, par M. Colbert, une procuration bien ample; qu’il prenoit confiance en luy et l’employoit pour les négociations de ses plus particuliers intérests dans le mesme temps que cette pension a esté traitée ; qu’ainsy il seroit difficile de prendre parti dans ces différentes prétentions, et de se déterminer sur les preuves qui estoient rapportées de part et d’autre ;

aQue les payemens faits à des inconnus augmentoient encore l’obscurité; que véritablement Chastelain avoit dit qu’il y avoit eu des payemens faits à Tafus, qui estoit commis de Bruant; mais il a ajouté une circonstance qui aflfoiblit ou plustost destruit ce fait en ce qu’il a dit que, pour raison de ce payement, il fut expédié des billets qui furent volés, et pour raison desquels il y eut quelques procédures qui furent faites. Or ces procédures furent faites avant ce payement de Chastelain, ainsy qu’il paroist par les registres de Tafus, et ainsy ce fait ne convient pas et ne s’applique pas à l’affaire; que la déposition de Chastelain parloit assez précisément en ce qu’elle portoit que l’acte luy auroit esté représenté par l’accusé , et qu’il avoit esté excité de payer par avance et avoit expliqué les suites de cette proposition, qui aboutit au payement qui fut fait par les ordres de l’accusé. Mais d’ailleurs le mesme tesmoin ajoute que l’accusé luy demanda avec incertitude, en luy monstrantcet escrit, ce que c’estoit et si l’on en pouvoit faire quelque chose; que ce n’estoient pas là des termes d’un homme qui ayt toute connoissanoe de l'affaire, et au profit duquel la pension auroit esté négociée; qu’en cela il pouvoit y avoir quelque doute; qu’il est constant au procès que l’acte

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avoit passé par les mains de l’accusé. Mais il prétend qu’il luy avoit esté donné par feu M. le cardinal en payement d’une pareille somme de cent quatre-vingt mille livres qu’il luy devoit; que la preuve qu’il en rapporte se tire des registres et comptes de Bernard, qui se trouve chargé dans iceux du recouvrement d’une somme de cent quatre-vingt mille livres, qui luy estoit due par feu M. le cardinal; que l’estât de décembre 1 6 5 6 , dans lequel l’on dit que ces promesses n’ont point esté rapportées en reprise , n’est point final, mais dressé seulement à l’effet de faire un partant-quitte; qu’en effet les mesmes effets qui paraissent par cet estât avoir esté rendus par Bernard à l’accusé se retrouvent encore entre ses mains, et qu’ils sont employés dans un estât dressé par le mesme Bernard, pour l’année i 6 o y , et qui a esté rendu à l’accusé et par luy produit; que la somme empruntée par Bernard, de Dastrie, et dont M. de Rouillé l’a depuis deschargé, moyennant la promesse de l’accusé, a relation à cette partie de cent quatre-vingt mille livres; que, d’autre costé, l’accusé avoit reconnu par son interrogatoire qu’il avoit receu en deniers comptans, de M. Rouillé, une somme de cent quatre-vingt-neuf mille livres; mais qu’y ayant dans les inventaires une lettre de M. Rouillé escrite à l’accusé sur ce sujet, il eust esté bon de la rapporter; que pour la lettre de Bernard, escrite à Lespine, elle estoit de nulle considération, n’ayant esté tirée des inventaires et pouvant avoir esté faite toute telle que l’on l’avoit voulu ; mais que la conformité de ces sommes l’empeschoit de décider, et qu’il estimoit à propos d’examiner les autres pensions pour porter un mesme jugement sur toutes, y ayant des raisons communes qui peuvent servir pour la décision de toutes les pensions dont il s’agit.

« Qu’ à l’esgard de la pension des cent quarante mille livres sur les avcles , il y avoit trois propositions à examiner : la première, qu’en 1660 le sieur Fouquet, ayant demandé à Arnaud, fermier des aydes, une pension, et en ayant esté refusé, il le fit emprisonner; la deuxième, que Gourville et Bruant négocièrent cette pension avec Arnaud, et la troisième, que c’estoit au profit du sieur Fouquet; que la première de ces propositions estoit fausse par tout ce qui se trouvoit au procès; que les fermiers n’en disoient rien dans leurs dépositions; car de dire que la taxe ayt esté faite ad effectuai de la pension, cela n’avoit aucune apparence, n’en paraissant rien au procès; qu’au contraire, il avoit esté prouvé que les fermiers de toutes les fermes

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du roy avoient esté taxés esgalement, et chacun selon sa proportion-, que l’emprisonnement d’Arnaud se trouvoit causé pour la taxe-, que l’eslargissement estoit du lendemain, antérieur à la pension, et conséquemment que cette première proposition n’a voit aucun fondement; qu’à l’esgard de la seconde, qui consistoit en la négociation de Gourville et de Bruant, elle estoit appuyée sur la déclaration des fermiers; mais qu’il ne se voyoit point qu’ils y eussent esté répétés, ou que, sur icelle, ils eussent esté confrontés à l’accusé, ny quelle luy eust esté représentée, ou qu’aucune formalité y eust esté observée; que l’acte de protestation , en forme de testament, auroit pu faire preuve , mais qu’il ne se voyoit point de quelle manière l’ouverture de l’enveloppe avoit esté faite; qu’il eust esté nécessaire qu’un de Messieurs en eust dressé un procès-verbal pour rendre la pièce authentique , laquelle autrement demeuroit pure privée, sujette à reconnoissance; qu’elle n’avoit point esté faite par ceux qui l’avoient signée; qu’il n’y avoit encore eu aucune formalité gardée à cet esgard, point de confrontation , point de représentation de la pièce à l’accusé; qu’à l’inspection d’icelle, l’on eust pu s’expliquer de part et d’autre et donner quelques esclaircissemens aux juges; que , pour la preuve testimoniale, elle paroissoit authentique; que l’information estoit composée de quatre tesmoins; que deux d’iceux parloient à la descharge de l’accusé; que les deux autres expliquoient ce qui s’estoit passé; qu’ils convenoient des baux et ne faisoient aucune mention de Bruant, et chargeoient seulement Gourville; qu’en ce qui concernoit la troisième proposition, qui ahoutissoit à dire que cette pension estoit au profit du sieur Fouquet, elle estoit fondée sur la confidence d’entre l’accusé et Gourville, l’excès de la somme, l’avance de deux années qui ne pouvoit avoir esté accordée sans la considération d’une grande autorité, de laquelle il avoit fallu user pour emprisonner les fermiers; mais que la confidence de Gourville avec l’accusé estoit une induction et non pas une preuve; que la relation d’un commis à son maistre ne concluoit pas; qu’autrement la condition d’un homme de bien seroit fort dure, si on le rendoit nécessairement responsable de ses domestiques, qui ne s’avantagent ordinairement que trop de la confiance de leurs maistres, dont ils abusent; que le bail des aydes se trouvoit antérieur de dix mois à cette pension , laquelle partant ne pouvoit estre présumée avoir esté donnée pour y parvenir, qui seroit le cas auquel le roy auroit pu recevoir du préjudice par la diminution du prix;

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«Que la taxe, que l’on disoit avoir esté faite sur les fermiers pour les porter à accorder cette pension n’estoit pas un moyen pour en estre traité favorablement, tous les fermiers du roy ayant esté taxés, et qu’ainsy cette taxe n’estant pas singulière , et ayant esté réduite par l’événement à la moitié ainsy que celle des fermiers des autres fermes, il n’avoit rien esté fait d’extraordinaire contre ceux des aydes ; que véritablement le rencontre du temps pouvoit donner du soupçon, la protestation portant que toutes choses s estaient passées en mesme temps; mais que cela n’estoit prouvé que par des acte^ informes et qui ne faisoient point en justice une foy suffisante;

« Que ce qui restoit estoit la preuve qui résultoit de l’agenda qui portoit : Aydes-pensions 140 m. I. plus 10. G. 1662, et est intitulé Gourville, et se trouvoit escrit de la main du sieur Fouquet; que l’on prétendoit parla prouver que l’accusé avoit marqué cette pension sur son agenda comme chose à luy appartenante, et que 10. G. 1662 vouloit dire que le sieur Fouquet avoit à recevoir, en 1662, la somme de 10,000 livres de Gourville à cause des fermes des élections de Thouars, Mauléon et autres, dont Arnaud avoit cédé le bail à Gourville; mais que tout cela n’estoit qu’une présomption, et que l’accusé devoit estre plustost cru dans une chose douteuse, qui estoit de luy, que tout autre;

«Que, lorsqu’il a esté interrogé la première fois, il avoit déclaré les mesmes choses qu’il a suivies depuis par ses deffenses et qu’il a réitérées sur la sellette , qui sont qu’il avoit mis sur cet agenda plusieurs choses différentes pour en parler à Gourville, et qu’en effet il se trouvoit sur ce mesme agenda diverses choses qui ne regardoient point Gourville; que les mots de Langlade et de La Palatine s’y trouvent, qui ne le concernent pas; que l’acte examiné de près se destruit par la diversité des choses qui s’y rencontrent, et que l’interprétation pourroist n’estre pas juste; qu’il n’y avoit aucune nécessité de faire un agenda pour le fait d’une pension qui auroit appartenu à l’accusé. Pourquoy faire mention dans cet acte des intérests de Gourville? Ce soin estoit-il du sieur Fouquet? Pourquoy ce mot de moy escrit tout du long? Que tout cela luy donnoit du scrupule; que, parce que dans ce mesme agenda il y avoit ces mots , gabelles de Daiiphiné, le procureur général s’en servoit pour dire qu’il y avoit eu une pension sur les gabelles de Dauphiné; que cependant il n’y en avoit jamais eu, et qu’il ne s’en rapportoit aucune preuve; que ces mots de sol de Charente faisoient encore une contrariété,

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parce que cette ferme avoit esté unie au convoy de Bordeaux , et qu’il n’y avoit pu avoir aucune pension sur une ferme dont il ne se faisoit point de bail particulier. A quoy donc cela devoit-il se réduire? Qu’il n’estoit pas assez hardy pour le décider; mais que la présomption estoit grande que Gourviile, attaché au sieur Fouquet, s’estoit servi de son autorité pour en tirer des avantages; mais que les personnes qui sont en place et qui ont la principale autorité dans les affaires seroient bien malheureuses si elles despendoientde leurs gens, et si elles estoient responsables de leurs désordres; qu’il ne croyoit pas pouvoir encore bien décider cet article séparément, et qu’il se réserve d’en dire son avis conjointement avec celuy qui portera sur la pension des gabelles;

« Que, pour ce qui touche la pension des cinquante mille livres prise sur les fermiers du convoy de Bordeaux, elle estoit constante par la déposition de trois tesmoins uniformes; que la convention en avoit esté passée avec Gourviile; que ce que l’on pouvoit imputer au sieur Fouquet n’estoit pas de l’avoir fait donner, mais de l’avoir connu et de l’avoir toléré; qu’il y avoit en cela fort grande différence de l’avoir fait donner ou de l’avoir sceu; qu’il estoit certain, mesme par son propre aveu, qu’il en avoit eu connoissance; mais que les mesmes pièces qui servoient à l’eslablissement de cette pension deschargeoient le sieur Fouquet de l’avoir fait donner et d’en avoir eu connoissance, parce qu’en mesme temps que cette pension avoit esté convenue la distribution s’en estoit faite par cinq promesses des fermiers de dix mille livres chacune; que la pension n’avoit esté connue qu’après l’establissement d’icelle et les payemens exigés; donc que cela se réduisoit à dire que le sieur Fouquet n’avoit point demandé cette pension, mais qu’il l’ avoit connue, et qu’à son sens c’estoit une faute considérable en la personne d’un surintendant, auquel le roy confie l’administration de ses finances, d’en avoir connu l’abus et de l’avoir toléré; mais qu’il falloit ranger le fait dans son espèce pour y porter raisonnablement son jugement; que c’estoit ce quil estimoit qu’il y avoit à dire sur le sujet des pensions;

«Que les prests suivoient les pensions; que le procureur général prétendoit que l’accusé avoit supposé des prests pour en tirer des intéresls; que, pour une somme de onze cent mille livres, il avoit tiré cinq cens et tant de mille livres de bénéfice; que, lorsque M. le cardinal a désiré une avance d’un million, l’accusé a tiré de luy une asseurance par escrit; mais qu’il

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n'avoit tiré aucune seureté pour tous les autres prests qu’il a prétendu avoir faits; qu’à l’esgard de ce billet, l’accusé a soustenu, et Ton a vu par les pièces par luv produites qu’il avoit esté escrit de concert entre M. le cardinal et luy, et qu’ainsy il ne pouvoit estre tiré à conséquence; qu’il estoit constant que l’accusé avoit fait des avances; qu’il en avoit esté recherché par M. le cardinal , et le procureur général convient qu’il en avoit pu faire en la manière accoustumée; qu’en ce qui touche les quatre prests particuliers de dix millions huit cent mille livres, dans lesquels l’on prétendoit que l’accusé n’avoit contribué que de la somme d’onze cent mille livres et qu’il en avoit retiré cinq cens et tant de mille livres d’intérests, que luy, rapporteur, avoit expliqué la chose dans son rapport et fait voir par les pièces que le prest de dix millions huit cent mille livres avoit esté effectif; que la part actuellement payée par M. Fouquet avoit esté de trois millions huit cent mille livres; qu’outre les registres de l’espargne et les pièces qui en font mention, il n’y a aucune apparence que M. Servien eust signé les ordonnances de cette qualité pour un prest supposé; que, de cela, il n’y avoit aucune preuve quelconque; que le fait ne tomboit pas sous le sens commun, et qu’il n’y avoit rien de si esloigné de toutes les apparences que cette somme de cinq cens et tant de mille livres eust esté prise par le sieur Fouquet pour cette avance de onze cent mille livres; qu’il ne parle pas encore de l’abus des prests, et que cela se diroit en son lieu dans la suite;

«Que M. Fouquet se trouvoit chargé d’avoir acquis des droits du roy; qu’il estoit prouvé et qu’il estoit demeuré d’accord qu’il s’estoit rendu adjudicataire des droits des sucres et cires de Rouen; que, dans la discussion qui avoit esté faite de cette affaire, l’une des questions avoit esté de sçavoir s'il y avoit eu un traité; que la vérité du traité estoit establie par l’ordonnance de remise, employée dans l’estât de menu de comptant, et par l’ordonnance d’intérestde prest, qui faisoient voir que ce traité avoit esté fait en 1 655 ; que Bernard se charge, par ses comptes, de trois billets assignés sur le traité des sucres et cires de l’année î 6 5 5 ; qu’il demeuroit encore constant, par les actes, que le sieur Fouquet avoit acquis, par contrat du î 3 octobre 1657, les deux tiers aux deux tiers de ce droit, et que c’estoit la véritable marque par laquelle l’on pouvoit fixer le temps de la vente; que ce qui pouvoit donner du soupçon estoit que Remy estoit adjudicataire dès le 5 mars 1 65 y, et que ce contrat pouvoit estre une fiction , mais que,

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quand bien mesme l’accusé auroit eu un intérest en cette affaire, cela ne tiroit pas à conséquence-, mais qu’à l’esgard du traité, la vérité subsistoit par l’ordonnance passée dans le comptant postérieurement au contrat passé quatre mois après la vente , et qu’ainsy le contrat estoit véritable et le traité de mesme, d’où il s’en suivoit que l’accusé n’avoit point de part dans le traité. A quoy donc se pouvoit réduire cette affaire? à dire que l’accusé avoit fait donner ces droits à bon compte à Girardin, lequel, de sa part, luy en avoit fait une composition avantageuse; que cela se réduisoit à un abus qu’il estimoit très-considérable; que c’estoit une grande faute à un surintendant d’acquérir de la première main, et d’un traitant, des droits du roy; que l’on présumeroit tousjours qu’au lieu d’en avoir usé comme un bon père de famille et d’avoir mesnagé les biens du roy en les faisant monter à leur juste valeur, il y avoit eu entre luy et les traitans quelques conditions tacites de leur faire bon marché d’un bien qui luy seroit rendu de mesme ; mais qu’en toutes façons ce ne pouvoit estre qu’un grand abus absolument inexcusable en la personne d’un surintendant; mais qu’il y avoit grande différence entre avoir esté traitant du droit ou l’avoir acquis du traitant;

« Qu’il restoit le remboursement de sept cent cinquante mille livres pour parfaire, lequel on avoit ramassé de tous costés, ce qui en pouvoit enfler la finance; que l’on avoit retiré, mesme après coup , la quittance de xxxix mille livres de la taxe de Monnerot; mais qu’elle avoit esté rejetée et que, si l’intention de ceux qui avoient négocié ce remboursement avoit esté mauvaise, elle n’avoit point eu d’effet; que le remboursement avoit esté fait suivant l’usage ordinaire; que l’on avoit remboursé cy-devant, lorsqu’il y avoit eu quelque liquidation de finance, la remise aussy bien que la finance effective; que l’on y avoit mesme employé les autres conditions avantageuses; que ces retranchemens estoient bons dans une chambre de justice, mais qu’ ailleurs ils n’avoient pas esté pratiqués, les remboursemens ayant tousjours esté de tout le comptant dans les quittances de finances qui estoient rapportées. L’on dit que l’arrest porte , toutes les remises desduites; que cela estoit un fait, duquel l’accusé rejetoit la faute sur l’inapplication de Bruant, son commis; mais que l’on pouvoit dire que le remboursement n’estoit pas absolument mauvais; que le mesnage pouvoit avoir esté plus grand; que cela n’estoit pas un crime, mais un abus punissable sans doute dans la personne d’un ordonnateur, dont le devoir principal a deu estre d’économiser

786 APPENDICE

en bon père de famille les finances du roy, dont l’administration iuy a esté confiée pour en bien user;

«Que, dans l’ordre du procès, suivoit le fait de l’aliénation des parisis des péages; que la finance avoit esté de quarante-cinq mille livres; que déduction faite de la remise, si elle avoit esté accordée, elle se réduisoit à trente mille; que pour cela l’accusé avoit joui de xxx mille livres de revenu, mais pour un an seulement; qu’il y avoit eu un supplément de finance de cent soixante-trois mille livres, qui avoit esté fait un an après; qu’il n’estoit pas prouvé que le payement n’en eust pas esté actuellement fait; qu’il y avoit des billets; que l’on avoit avancé que c’estoient de vieux billets réformés, mais sans preuve; que la vérification n’en avoit pu estre faite, les registres de l’espargne ayant esté brusiés; que d’ailleurs ces droits avoient esté supprimés sans remboursement; conséquemment que cela se réduisoit à une jouissance de trois années;

« Que les parisis des entrées estoient de la mesme qualité , mais avec cette différence que la finance en estoit forte, estant de 3oo,ooo livres, qui n’avoient produit que 10,000 escus; que la question estoit de sçavoir si l’accusé l’avoil payée; mais que, dans cette incertitude, ce qui en pouvoit rester dans l’esprit estoit l’abus qu’ avoit pu faire un surintendant; mais la jouissance n’avoit esté que d’une ou deux années;

«Que, pour l’affaire des commissaires des tailles, il ne s’y arrestoit pas; que c’en auroit pu estre une fort grande; mais que , le procureur général s’estant desparti du procès-verbal fait sur les registres de l’espargne, la chose se réduisoit aux offices des commissaires des tailles de Melun; que Coquille • n’avoit pas dit que le sieur Fouquet les eust demandés, mais qu’ils luy avoient esté offerts et portés à Bruant; que la jouissance avoit esté de deux années, montant à vingt-trois mille livres; que le fait des octroys estoit plus considérable; que la plus grande question qui avoit esté agitée entre les parties avoit esté de sçavoir qui en avoit esté le traitant; qu’il ne diroit point le fait résultant des dépositions de Baron, Charpentier et Fauveau; que les déclarations de Baron, qui avoient esté trouvées parmi les papiers de Bruant, faisoient connoistre qu’il n’y avoit pas un bien grand intérest; qu’il avoit néantmoins formé une opposition aux scellés de Bruant, et réclamé tous les papiers de ce traité comme à luy appartenant; que l’accusé, par ses premiers interrogatoires, avoit parlé de cette affaire, comme d’une

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régie laissée à la conduite de Bruant; qu’il avoit tousjours suivi et maintenu la mesme chose partout et jusques à la fin; qu’il s’estoit trouvé une liasse d octroys, sur l’enveloppe de laquelle Bruant avoit mis, Octroys appartenant à Monseigneur ; que, dans cette contradiction, luy, rapporteur, avoit tasché de pénétrer jusques à la vérité; que Fauveau avoit dit que l’on luy faisoit entendre que c’estoit l'affaire de la dame du Plessis-Bellière, et que le sieur Fouquet l’appuyoit de son autorité; que Charpentier avoit dit la mesme chose; qu’asseurément Baron n’avoit pas tout dit; que la pensée de luy, rapporteur, estoit que c’estoit l’affaire de la dame du Plessis-Bellière, laquelle elle avoit fait négocier par le prieur de Bruc, qui n’estoit pas de taille à soustenir ce traité, dans lequel il n’agissoit que pour la dame du Plessis-Bellière; qu’il croyoit par là avoir trouvé le mot de l’énigme. Car pourquoy l’accusé auroit-il fait une promesse à Baron, si le traité avoit esté pour luy? Cela ne paroissoit pas compatible, et toutes les apparences estoient que c’estoit l’affaire de la dame du Plessis-Bellière; mais que ce ne fust pas un grand abus qu’un surintendant souffrist qu’un commis fist la régie d’un traité, sans prendre aucune précaution pour le roy, et que Bruant ayt agi avec la confusion qui se voit au procès, c’estoit asseurément un abus et une malversation qui ne se pouvoient assez expliquer;

«Qu’il y avoit encore un très-grand abus dans la consommation du prix du traité; que le supplément de 5oo,ooo livres et de l’augmentation, qui en avoit esté faite, paroissoit dans les registres de l’espargne; que toutesfois elle estoit contestée par le procureur général; mais que luy, rapporteur, pust croire que les ordonnances et le prest eussent esté supposés, cela ne luy entreroit jamais dans l’esprit; que M. Servien, qui les avoit signés, sçavoit ce qu’il faisoit, et Marandé de mesme. Ainsy, réduisant la consommation dans les formes, il se voyoit que le fond avoit esté mis de la main de M. Servien, et que Marandé l’avoit paraphé; que luy, qui rapporte, ne voudroit pas dire que ce fust une mauvaise despense, et qu’apparemment M. le comte de Brienne avoit touché le payement de ses billets; que les deux cent soixante mille livres de billets vendus par M. Marin pouvoient faire quelque sorte de difficulté; que l’on en pouvoit demander des nouvelles au sieur Jeannin, trésorier de l’espargne; mais que ce que luy, rapporteur, en avoit pu voir estoit que ces billets n’estoient cotés ny du nom de Bruant ny de celuy de Brienne; mais que celuy de Jeannin paroissoit

788 APPENDICE

encore. Restoit la promesse de 269,000 livres de l’accusé, qui se trouvoit encore par luy due; que c’estoit constamment un fort grand abus et quelque ch ose de très-criminel de faire, par un surintendant, une promesse de fournir des descharges à fespargne, et quelles n’ayent pas encore esté portées; que c’estoit une mauvaise delfense de dire que ces descharges estoient entre les mains de son commis; qu’au moins la conduite de ceux qui sont constitués en dignité doit estre accompagnée de bienséance; qu’ils doivent l’exemple et que leurs fautes sont suivies de celles d’une infinité de gens qui les observent, et qu’il n’y a rien de si blasmable que cette sorte de prostitution.

«Quant au marc d’or, qu’il estoit de considération à son sens; qu’il estimoit nécessaire d’establir ce qui estoit contesté , et réduire ce qui n’estoit pas contesté; que la part du sieur Fouquet, dans ce droit, ainsy que celle du sieur de Nouveau, estoient constantes; qu’il appartenoit au sieur Fouquet, dans ce droit, quatre parts, dont les cinq faisoient le tout dans les trois quarts de la moitié du doublement du droit; que la part du sieur de Nouveau consistoit en un quart au total de cette moitié; qu’il estoit certain que le revenu avoit esté quelquefois de 1 48,000 livres, sur quoy l’on pouvoit faire un pied certain de i4o,ooo livres; que la plus grande difficulté estoit de sçavoir combien le sieur Fouquet avoit payé pour sa part; que le procureur général avoit prétendu qu’il falloit payer deux millions à fespargne, et qu’au lieu de cela il y avoit eu deux ordonnances pour augmentation de finances qui avoient tourné au profit du sieur Fouquet; que, pour asseurer ce fait et connoistre la vérité, il falloit voir si, lorsque ce droit avoit esté adjugé, l’on avoit prétendu que cette somme de deux millions seroit entièrement portée à fespargne; qu’il se pouvoit dire que cette affaire avoit esté fort connue; que M. Servien, chancelier de l’Ordre, avoit esté commis avec deux commandeurs pour régler cette affaire, et qu’ils en avoient fait l’adjudication à Duché; qu’il falloit sçavoir s’il avoit entendu régler le prix et forfait de la chose à 1,200,000 livres, et le reste en remises; que 1 4o,ooo livres de rentes n’avoientpas grande proportion aux deux millions; que ce seroit la jouissance à moins que sur le pied du denier quinze ( G , G 6 p. 0/0), qui n’esl pas un pied sur lequel 011 acquière de ces droits; qu’il y avoit encore dix ou douze mille livres pour la part du revenu des offices; que ce seroit tousjours au denier quinze, et que personne n’auroit

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volontairement traité sur ce pied lé; que la preuve est au contraire; car M. Servien ayant mis le fonds de sa main , l’on ne croira pas qu’il eust voulu consommer huit cent mille livres au profit du sieur Fouquet; que Delorme avoit porté les quittances à l’espargne; que, dans la vérité qui résulte évidemment de toutes les circonstances de l’affaire, l’on convint à 1,200,000 de net et d’une augmentation de finance de 800,000 livres; qu’il n’y a eu ny prest ny remise, et que tout ce qui paroist n’est que fiction; que M. Servien avoit tout fait par l’entremise de Delorme; que la chose donc se réduisoit à dire que le sieur Fouquet avoit acquis les trois quarts de ce droit de M. Servien sous le nom de Duché, qui estoit un nom dont M. Servien et M. Fouquet se servoient; que ce qui en résultoit estoit que le sieur Fouquet avoit eu ce droit à bonne composition; que la preuve estoit que le net du prix de ce droit estoit de 1,200,000, dont les officiers avoient payé sept cent soixante-treize mille livres; mais que c'estoit deviner, et qu’il n’y en avoit aucune preuve au procès; que le sieur Fouquet avoit dit en avoir payé cinq cent mille livres pour sa part; qu’il a prouvé qu’il avoit fait une avance et que ce fonds luy estoit destiné pour son remboursement, mais que cela n’avoit point de liaison avec les 5oo,ooo livres qu’il disoit avoir payées; que l’on demandoit si le fait du billet de 2 5o,ooo livres réformé sur ce fonds regardoit M. Servien ou M. Fouquet; que, si c’estoit du fait du sieur Foucjuet, cela estoit abominable; car il se trouveroit qu’il 11’auroit rien payé. La preuve, que l’on en rapportoit, estoit que Delorme avoit porté ce billet à l’espargne; mais cela ne concluoit rien; que luy, rapporteur, estoit convaincu que ce billet avoit appartenu à Morin , qui estoit dans la confidence deM, Servien; qu’il avoit esté par luy réformé et porté, de sa part, à l’espargne; que ce que luy, rapporteur, croyoit le plus véritable estoit que M. Servien et M. Fouquet s’ estoient accommodés ensemble; que celuy-cy avoit eu à bon compte de l’autre les droits dont il s’estoit rendu adjudicataire1, et que M. Servien, pour sa part, avoit profité de ce billet de 25o,ooo livres, et qu’ils ont encore fait quelque part du profit aux officiers de l’Ordre, par les mains et à la connoissance de qui cette affaire avoit à passer ;

1 Voy. ce que dit Colbert (Introduction, p. xlvi et xlvii) d’une affaire avantageuse que Servien fit faire à Fouquet.

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u Qu’il n’y avoit aucune apparence que M. Servien , sans trouver son compte , eust tout signé ou tout passé seulement pour faire profiter M. Fouquet; que la chose s’est faite de concert, et que tous ont eu leur part du bénéfice de l’affaire en laquelle M. Servien estoit sans difficulté le tout-puissant, estant chancelier de l’Ordre, et les officiers conséquemment estant dans son entière despendance; que, n’ayant point de preuve pleine et convaincante, il en falloit venir à la vraysemblance, qui estoit que les deux supérieurs s’estoient accommodés; qu’ils avoient stipulé entre eux de faire faire une augmentation de finance pour la faire porter aux officiers un peu plus haut que leur véritable finance; que le billet a esté la part de l’un, et une diminution considérable du prix de l’adjudication celle de l’autre; que de Nouveau auroit pu parler; qu’il l’avoit fallu faire taire en luy donnant son compte; que tout cela estoit une présomption; mais qu’en toutes façons c’estoit un grand abus et un abandonnement extraordinaire.

«Pour ce qui estoit du fait concernant l’emprunt des comptables, que Chartier avoit dit que c’estoit un recouvrement; quil avoit fallu tirer les descharges de l’espargne; qu’il avoit donc fallu décerner une ordonnance portant qu’il seroit fourni des descharges de l’année courante; qu’il paroissoit que Chartier n’avoit pas retiré les descharges; qu’il avoit pu s’en accommoder avec Bruant sans la participation du sieur Fouquet; qu’au fond le roy n’avoit rien perdu, puique, par l’estât qui estoit rapporté, il y avoit des despenses effectives jusques à la concurrence de la mesme somme, et qu’ainsy l’abus estoit grand dans la forme , mais qu’au fond il n’y avoit rien eu de fort considérable.

«Quant à ce qui regardoit les six millions1, le fait estoit grand; que la

1 Celte affaire des six millions , dont il est souvent question dans le procès de Fouquet , demande quelques explications ; nous les prendrons surtout dans le Journal de Foucault (t. X, fol. 187 et suiv.). Pussort, exposant cette affaire, dit que, le 20 septembre 1 658 , Bruant et Gourville portèrent à Jeannin de Castille, trésoi’ier de l’épargne, trente-sept billets, de la part du surintendant Fouquet, comme représentant une avance de six millions qu’ils

avaient faite à l’Etat, sous le nom d’un certain Tabouret. En réalité, ils n’avaient avancé que douze cent mille livres; mais ils avaient obtenu du surintendant qu’il leur donnât des billets pour la valeur de six millions. 11 y en eut de payés pour quatre millions cinq cent mille livres; les quinze billets restants «subsistent encore, ajoutait Pussort, sur les fonds sur lesquels ils ont été réformés, « c’est-à-dire, assignés de nouveau par le surintendant.

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première preuve résultent de la déposition de Tabouret; que le sieur Fouquet l’avoit arguée de faux; quelle paroissoit suspecte à luy qui opine; que c’estoit un tesmoin reprocbable; que c’estoit un homme mal dans ses affaires, qui avoit eu recours à un sauf-conduit, qui estoit en décret lorsqu’on l’a fait paroistre pour déposer contre l’accusé; qu’aussytost qu’il a rencontré la moindre ouverture de parler contre luy, il est entré en matière et a dit plus qu’on ne luy deinandoit; que l’on ne présumera pas qu’en la posture où estoit lors Tabouret, il- ayt esté assez hardy pour arrester le sieur Fouquet en luy fermant le passage pour l’obliger de luy donner audience; qu’au lieu d’employer celte audience, qu’il se faisoit donner par force, à s’expliquer de quelque chose de considérable pour ses intérests particuliers ou à luy recommander l’exécution de son traité, il se soit ingéré, par une mission bien peu ordinaire aux traitans, de luy faire des remonstrances sur l’abus que l’on pouvoit faire de l’ordonnance des six millions; toutes ces choses tomberont malaisément dans le sens. Cependant on le voit subitement changer de langage; car le lendemain on luy représente l’ordonnance, au dos de laquelle le nom de Chirol estoit entier. Il dit qu’il en bastonna l’endossement, de peur que l’on n’en abusast. Cela est-il encore vraysemblable? Point du tout, et il seroit contre le bon sens que Tabouret, qui pressoit l’exécution de son traité, eust rayé et biffé une ordonnance nécessaire pour sa consommation. De sorte, qu’examinant cette

Pussort, après une longue discussion sur cette affaire des six millions , concluait (pie Fouquet avait partagé avec ses créatures le vol commis au détriment de l’Etat, et qu’il était d’autant plus coupable, qu’en sa qualité de surintendant des finances il reconnaissait avoir reçu une somme qui n’avait pas été versée dans le trésor public , au moins en totalité, et en ordonnait le remboursement en billets assignés sur les fonds de l’État. On trouve dans le même passage du Journal de Foucault (t. X, fol. 1 85 v°) des détails curieux sur les ordonnances de comptant pour intérests de prest et sur les ordonnances de diffé¬

rence de fonds. Les premières « tenoienl lieu au traitant d’un payement effectif et lui donnoient un titre pour recevoir les effets de son recouvrement. » Les secondes étaient des ordres aux trésoriers de payer une certaine somme pour la différence entre la constitution de rente au denier 18 (5,55 p. o/o), seul admis légalement, et l’intérêt réel. On pouvait ainsi présenter à la chambre des comptes une apparence de régularité. Dans l’affaire des six millions, l’avance avait été faite au denier 3 (33,33 p. o/o), et, par conséquent, à un taux que n’aurait pas admis la chambre des comptes.

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déposition de près et dans ses circonstances plus particulières, elle donne beaucoup de peine, et il semble que l’on n’y puisse pas faire un fort grand fondement.

«La seconde preuve se tire de l’interrogatoire du sieur Jeannin , qui dit que Gourville et Bruant luy ont apporté l’ordonnance par l’ordre de M. Fouquet et pour luy, et que les reformations ont esté mises et signées par l’accusé. Mais à cela l’on peut dire que le sieur Jeannin est aussy accusé; qu’il est chargé par son registre et qu’il tascbe de se descbarger par son interrogatoire; qu’à dire vray, ce fait cust esté beaucoup mieux esclairci, si l'on n’eust point séparé leurs procès, qui naturellement estoient conjoints. On a sans doute eu des raisons. Mais cela diminue la preuve, et, quoyque luy qui opine le tienne pour homme d’honneur, il est vray néantmoins de dire que c’est son affaire, et que les déclarations qu’il a faites dans son interrogatoire regardent ses propres intérests. Mais par qui donc la réformation des billets aura-t-elle esté faite? C’est ce qui n’est pas constant. Il n’y a nul ordre ny certitude dans l’enregistrement ou date des billets. Il s’en trouve dix-huit dans les registres du sieur Jeannin enregistrés avant le premier; ce qui fait voir que l’incertitude en est fort grande. De dire que l’on a pu estre surpris par des changemens et suppositions d’ordonnances, cela ne se peut pas encore, et la deffense ne seroit pas bonne en la bouche d’un ordonnateur. De vouloir aussy faire croire que ce n’est qu’un changement de descbarges, c’est encore une illusion ; car, bien que le surintendant soit le maistre des formes, il ne l’est pas néantmoins à ce point qu’il puisse faire un changement de descharges sans un arrest qui l’ordonne, et sans qu’en conséquence le comptant soit deschargé, et ce d’autant moins qu'il s’agit de quatre millions, dont il n’est pas possible de disposer sans l’observation des formes. De dire aussy qu’il se trouve autant de bonnes que de mauvaises descharges, c’est un fait qui n’est pas véritable; car il y en a de toute nature. Ce qui embarrasse le plus est le billet de quatre millions de Bruant; car il a fallu substituer de mauvaises despenses les unes aux autres; ce qui fait voir une estrange confusion; car, s’il a pris quatre millions, il a pu y remédier par les mesmes voyes; cela a despendu de luy : c’est ce qui surprend l’esprit et ce qui empesche de prendre une résolution bien décisive sur cet article.

« Pour ce qui est du crime d’Estat, on peut dire que le projet qui en est

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la preuve est quelque chose de fort mescbant; qu’il est absolument inexcusable, et pour lequel l’on ne sçauroit jamais trouver une bonne raison; qu’il faut cependant examiner et réduire la thèse à sçavoir si c’est une simple pensée sans exécution, ou si l’accusé a esté dans la volonté déterminée de l’exécuter. L’on se sert contre luy de l’engagement de Deslandes pour prouver l’exécution du projet; mais les dates font convenir que cet escrit n’a rapport quelconque avec ce projet. En effet, dès 1 6 5 5 et i 6 5 6 , Deslandes estoit è Concarneau de la main du président de Cbaslins. En 1 6 5 7 , par ce projet, l’accusé en fait mention comme d’un homme de confiance, et, en i658, Deslandes dresse i’escrit de cet engagement, qu’il faut demeurer d’accord estre conçu en des termes abominables1; aussy est-il véritable que, tant luy que l’accusé se rencontrent en ce point qu’ils avouent de n’estre entrés en aucune intelligence sur le fait de cet engagement et qu’il fut porté à l’accusé par Deslandes, auquel il dit qu’il n’y avoit rien de plus obligeant. Mais ce qui décide, c’est que, trois mois après, Saint-Père fut mis à sa place dans Concarneau et Deslandes en sortit très-mal satisfait, et l’apparence est tout entière que cet escrit estoit fait contre l’abbé Fouquet, quoy cpi’il n’y soit pas dénommé, pour raison de certaines affaires domestiques d’entre les frères qui sont connues, mais qui furent mal rédigées par escrit, par un homme qui ne sçavoit pas les termes. Il est donc vray de dire que, si Deslandes est renvoyé chez luy mal satisfait, la liaison n’ estoit pas grande entre les conjurés, et que, lorsque l’escril fut passé, l’on n’avoit nullement en vue le service du roy, mais seulement le détachement des intérests de l’abbé Fouquet2. Il est vray que cet escrit s’est trouvé dans la cassette de l’accusé, mais qu’en peut- on conclure, sinon qu’il faisoit amas de toutes choses et qu’il conservoit esgalemcnt celles qui estoient de nul usage, mesme cpii pouvoicnt luy estre préjudiciables, comme celles qui luy auroient esté de quelque utilité? escrit d’autant plus inutile que l’on s’imagine bien qu’il n’auroit pas fait assigner ny poursuivre Deslandes pour luy en demander l’exécution. C’est donc une affaire purement domestique, et Deslandes mesme s’en est senti si peu chargé, qu’il s’est rendu volontairement prisonnier, et a esté eslargi par la chambre à la charge de se repré-

1 Cet engagement de Deslandes , comme quet, en tête de son Histoire de Colbert. celui de Maridor, a été publié par M. P. a Voy. dans l’Introduction du tome II,

Clément, p. 3ç de l’Essai sur Nicolas Fou- p lxxxix, l’opinion contraire de Pussort.

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senter. L’on prétend que l’accusé l’a servi près du roy et de M. Servien, et luy a fait donner la somme de 3,ooo livres pour des canons et le gouvernement de l’isle (Belle-Isle), dont il s’est qualifié gouverneur; mais le sieur Fouquet a tousjours soustenu qu’il ne luy avoit point donné ce gouvernement, ny contribué à aucun des avantages qu’il peut avoir reçus;

«Qu’en ce qui touche le président Maridor, il a esté lasche pour donner l’engagement que l’on voit au procès b L’accusé a très-mal fait de le recevoir; mais cela ne conclut rien de fort considérable, et moins encore pour establir l’exécution du projet, non plus que les démissions de tous les autres petits gouverneurs qui sont pareillement au procès. Il est vray que l’acquisition de Belle-Isle est une preuve de l’ambition de l’accusé, de l’oubli de sa fortune particulière, et l’on peut dire que c’est un grand aveuglement, mais non pas une preuve de l’exécution de son projet; qu’en effet M. le cardinal l’a sçu, et avoit approuvé qu’il en traitast avec la maison de Retz; que l’acquisition en a esté publique; qu’il a obtenu un brevet signé d’un de MM, les secrétaires d’Estat pour y faire les fortifications nécessaires, et que toutes ces choses ont esté connues; que véritablement les bastimens et les despenses excessives qu’il a faites sont sans doute une grande prostitution; mais que cela prouve la dissipation et non pas l’exécution de ce projet; qu’il est devenu inutile au moment de la paix générale, laquelle a changé la face de quantité de choses; que toutes les circonstances de cette affaire convainquent luy qui parle que c’est un projet oublié, les fortifications n’ayant esté commencées qu’en 1660; que c’est l’effet d’une ambition déréglée, d’un esprit blessé de la maladie du temps de se rendre considérable par une place forte qui peut donner de la jalousie et faire peur; que toutes ces choses sont une grande faute, mais non pas l’exécution du projet; que les vaisseaux qu’il achetoit de tous costés n’avoient autre visée que celle du commerce; que l’on peut faire le mesme jugement des charges et commandemens pour la mer; que c’estoit un homme qui estoit enivré de sa fortune, dont les pensées estoient vagues et se portoient partout; que les charges de la cour, du conseil, des compagnies, de l’ordre, jusques à celles de l’hostel de ville, estoient de sa compétence, et qu’il embrassoit tout; mais que cela n’avoit aucune relation au projet; que l’on avoit entassé preuves sur preuves

1 Publié par M. P. Clément, Histoire de Colbert.

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très-recherchées, dont on pouvoit retrancher la pluspart; que l’escrit de Maucroix1 estoit une des suites de son ambition, qui alloit à succéder à feu M. le cardinal; mais que cela ne pouvoit estre appliqué au projet, et que, pour finir et trancher, l'on pouvoit conclure que c’estoit une très-meschante pensée, indigne d’un homme d’honneur;

« Qu’ après avoir passé sur les chefs d’accusation et sur les preuves, il restoit de sçavoir quelles estoient les peines statuées sur les cas dont l’accusé se trouvoit convaincu; qu’il ne parleroit point de celles qui estoient portées par le droit romain; qu’elles n’estoient que pécuniaires, soit que le crime ne fust pas connu, soit que l’on espargnast la vie des citoyens romains; que les empereurs en avoient autrement disposé, ayant prononcé la peine de mort contre le péculat; que cette peine avoit esté modérée par la novelle de Léon 2 et convertie en des amendes; mais que cette novelle n’avoit pas esté reçue; qu’en ce qui regarde le droit françois, il y avoit des distinctions des temps à faire; qu’avant François Ier l’on n’avoit en France aucune ordonnance qui eust statué la peine de mort contre le péculat; que la première loy qui avoit porté la peine à la dernière sévérité estoit celle de i53e faite pour la commission de la tour carrée, qui estoit une chambre de justice, où elle avoit esté registrée; que cette peine estoit la confiscation du corps et des biens; que l’esprit du législateur avoit esté de laisser à la discrétion des juges l’interprétation de la loy pour la modifier ou en user avec plus de sévérité, selon la différence des cas, y ayant dans le péculat plusieurs degrés et distinctions à faire; que les dispositions de l’ordonnance de 1629 estoient plus fortes, mais qu’elle n’avoit point esté enregistrée; qu’il est persuadé que le crime de péculat est très -punissable en la personne d’un surintendant; qu’un des plus grands exemples que nous ayons est l’arrest qui fut rendu contre le chancelier Poyet, qui fut condamné3 . La modération de ce jugement surprit le

1 Cet écrit se trouve tout entier dans le manuscrit de Foucault : c’est un projet d’ambassade à Rome avec l’indication des moyens pour s’assurer de la cour de Rome. Fr. de Maucroix, chanoine de Reims, est connu par un grand nombre d écrits et surtout par sa liaison avec La Fontaine.

2 Léon le Philosophe, qui régna de

886 à g 1 1 . La rédaction des Novelles fut achevée sous son règne.

3 La peine n’est pas énoncée dans le manuscrit. Le chancelier Poyet fut condamné, par arrêt du 24 avril i545, à être dégradé de sa charge et à payer 100,000 livres d’amende.

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roy; il en demanda raison aux juges avec de fascheuses paroles. Mesnar, qui présidoit à la commission, respondit au roy qu’ils avoient rendu justice avec exactitude; que l’on jugeoit sur la qualité des preuves et non pas sur des faits posés par des accusations, et que l’inobservation des formes pouvoit affoiblir les preuves d’un procès. M. le rapporteur a ajouté que, pour se réduire à appliquer les preuves aux faits à l’esgard de la pension des six viugts mille livres, le titre de cette accusation n’estoit point un péculat, mais une exaction très-injuste contre les fermiers et qui ne concernoit point le roy, puisqu’elle avoit esté exigée après le bail exécuté; que l’on pouvoit juger la mesme chose à l’esgard des pensions sur les aydes, qui estoient postérieures au bail ; que les preuves de la première sont embarrassées, et qu’il estoit difficile de se persuader que le sieur Fouquet l’eust négocié, et au profit de qui; que la pension sur les aydes de Languedoc regardoit le fait de Gourville; qu’il est vray que celle de cinquante mille livres avoit esté connue de l’accusé, mais il n’y avoit aucune preuve quelle eust esté demandée. Quant aux prests supposés, l’on ne pouvoit pas imputer à crime à l’accusé d’avoir fait des prests, mais que la manière peut estre criminelle ; qu’un surintendant a dû prendre ses précautions et s’assujettir encore plus aux formes que les autres; mais qu’en cela il a failli par le mauvais exemple du temps; que M. le cardinal Mazarini et M. Servien ont fait des prests; que les formes n’y ont point esté gardées; que ça esté un fort grand abus; qu’il y a pu mesme avoir de la supposition; mais que, par ce qui paroissoit au procès, il n’y avoit aucune certitude pour la conviction; que, pour ce qui regarde les droits du roy, il peut y avoir de l’abus dans l’exécution, selon les différentes circonstances et la condition de ceux qui les acquièrent, lesquelles sont tout à fait extraordinaires en la personne d’un surintendant; que, pour ce qui concerne les billets procédant de l’ordonnance des six millions, c’ estoit sans doute un péculat qualifié et un vol des deniers du roy; mais que la difficulté estoit de sçavoir à qui on pouvoit l’imputer; que Tabouret estoit reprochable, et que l’on pouvoit dire que sa déposition estoit fausse; qu’il y avoit eu de l’abus dans la réformation, mais qu’il auroit fallu avoir le sieur Jeannin au procès, et avoir la confrontation de l’un à l’autre; que les registres ne portent pas que l’accusé les ayt réformés, ny que ce soit à son profit; que les présomptions en sont grandes, mais que les dates des registres sont incertaines et qu’il faut avoir la certitude pour

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juger nettement; que les billets sont cotés du nom de Bruant; mais que cela ne fait point naturellement de preuve ; qu’il est surpris que l’on ayt pu trouver des preuves et qu’on ne les ayt pas rapportées, les registres du sieur Hervart pouvant servir à cela; que ce sont les plus importans, qui peuvent prouver et empescher les abus tant du surintendant que des trésoriers de l’espargne, toute vérification se devant faire sur ses registres b Pourquoy donc ne l’avoir pas fait entendre, y en ayant eu tant d’ouvertures, le sieur Jeannin ayant mesme indiqué ce qu’il falloit faire en cherchant ses remises? Pourquoy n’avoir pas entendu Jacquier, qui a eu 800,000 livres de billets? Pourquoy n’avoir pas ouï dix autres hommes d’affaires, qui pouvoient parler et donner les esclaircissemens nécessaires? Que toutes ces omissions luy donnent des scrupules; qu’il voit jusques à son nom coté, son billet porté par Bruant à l’espargne ; que c’est une supposition d’une bonne despense pour une autre, et que la mesme chose a pu estre faite pour les autres ;

«Mais que ce qui luy paroist inconcevable est que le surintendant ayt pu voler en quatre mois quatre millions et tant de mille livres. Il avoit du temps pour y remédier et remettre les choses en ordre, et il ne l’a pu faire; cela donne un grand soupçon de péculat; que luy qui parle ne feroit pas difficulté de dire que cela est capital , mais qu’il trouve beaucoup de choses qui le font douter et peu qui le déterminent.

«L’accusé, de plus, est argué d’une mauvaise administration dans les finances, d’avoir fait l’espargne chez luy ou par ses commis; mais qu’il falloit considérer le temps; que M. le cardinal traitoit des despenses de la guerre, de la marine et des munitions; que cela se faisoit par un bon principe; que cependant chacun prenoit occasion d’en abuser, et le surintendant, par l’empressement de fournir de l’argent, croyoit estre dispensé de l’observation des formes.

«A l’esgard des despenses faites par l’accusé, quelles estoient au delà de toute raison; que Senèque dit que c’estoit un combat digne de la présence des dieux de voir un homme de bien combattre contre la mauvaise fortune; mais que c’est un grand spectacle de voir un homme de bien com-

1 Voy. sur les registres du contrôleur général Hervart, pages g4~9 5 du tome II du Journal d’Olivier d’Ormesson.

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battre contre la bonne; que l’on a vu l’accusé garder assez de mesures dans son adversité, quoyque dans la prospérité il n’en ayt gardé aucune. L’on veut prétendre que la dissipation en soy n’est pas un crime; que, comme les mineurs ne sont pas reçus à prouver la mauvaise administration de leurs tuteurs par leurs grands biens, de mesme la grande fortune ny la profusion de ceux qui administrent les deniers publics, ne sçauroient leur estre imputées à crime; que luy qui opine n’est pas de cet avis; que les fortunes subites luy sont suspectes, si ce n’est que les moyens en soient universellement connus pour légitimes; qu’il croit qu’il est plus seur de se ranger du costé des ordonnances, qui emportent, en ces cas, confiscation de corps et de biens; mais, comme elles peuvent souffrir différentes interprétations, il prendra plus volontiers le parti du bannissement, eu esgard à toutes les circonstances de l’affaire; qu’au surplus, le crime d’Estat ne se trouve prouvé que par le projet, qui ne sçauroit passer que pour une pensée fort criminelle; que cela ne s’appelle pas, à proprement parler, crime d’Estat, et qu’on doit garder de la proportion dans les peines; qu’il reste des nullités proposées par l’accusé contre les inventaires; qu’ils ont esté faits sans contradicteur légitime, sans procureur du roy, qui est la partie publique; que cela peut bien estre une nullité, mais que, comme elle ne seroit pas suffisante pour en oster la foy, elle est appuyée par une plainte de soustraction et supposition de pièces. L’on respond à cela que le roy a envoyé quérir ces pièces. Cela estant (comme il n’en faut point douter, puisque le roy l’a déclaré), il ny a point de soustraction ny de supposition, et qu’il est, en son particulier, convaincu que M. Colbert n’auroit point esté capable de semblable chose; que ce qui pourvoit luy donner du scrupule, et surquoy il fait considération, est que toutes les cassettes de Bruant ont esté portées à Fontainebleau; quelles ont esté ouvertes; que cela a dû estre fait dans les formes, et que cependant il voit des pièces produites non cotées, ny paraphées de MM. les commissaires; que, dans l’inventaire de Saint-Mandé, il y a eu quatorze cens pièces cotées de la main du greffier. Soupçonnera-t-on sa foy? Non, en façon quelconque; mais les formes sont obligatoires, et l’inobservation d’icelles affoiblit les preuves; qu’il y a eu des portefeuilles tirés de la surintendance de Fontainebleau, cotés seulement sur le dos, dans lesquels l’accusé prétend qu’il y avoit des pièces de conséquence qui pouvoient servir à sa deffense; que la connoissance des mains par où ces

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pièces ont passé luy donne de la peine; que le greffier sçait bien qu’il n’entend pas parler de luy, et que chacun sçait sur qui ce soupçon peut tomber1 et que tout cela diminue la foy des preuves.

« L’accusé sera-t-il donc déclaré innocent? Nullement. Mais les preuves n’estant pas entières, et les temps de sa surintendance estanl considérables2 pendant l’administration d’un ministre estranger, qui ne sçavoitpas les formes et qui a pu, par son exemple, quoy qu’innocent, donner lieu à beaucoup de confusion et servir de prétexte aux deffenses de l’accusé sur beaucoup de faits, luy qui opine estime, par toutes ces considérations, qu’il y a lieu de déclarer l’accusé duement atteint et convaincu d’abus et malversations par luy commis au fait de finances et en la fonction de la commission de surintendant; pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résultans du procès , d’ordonner qu’il sera banni à perpétuité hors du royaume , enjoint à luy de garder son ban à peine de la vie, ses biens acquis et confisqués au roy, sur iceulx préalablement prise la somme de cent mille livres, sçavoir : cinquante mille livres au roy, et cinquante mille livres en œuvres pies. »

MORT DE MADAME. - EXAMEN DU RECIT DE SAINT-SIMON (vOY. LE JOURNAL

D’OLIVIER D’ORMESSON, T. II, P. 5q2, 5 9 3 ET 5 9 A ) .

Olivier d’Ormesson n’admet pas les bruits d’empoisonnement répandus à l’occasion delà mort de Henriette d’Angleterre, duchesse d'Orléans. Comme plusieurs écrivains ont répété, sur la foi de Saint-Simon3, que cette princesse avait péri empoisonnée et ont reproduit, dans ses moindres détails, l’accusation portée contre le marquis d’Effiat, le comte de Beuvron et le chevalier de Lorraine, il ne sera pas inutile de comparer les témoignages et surtout de les peser. Je crois qu’il résultera de cet examen la preuve que

1 On voit, par le Journal d’Olivier d’Ormesson, qu’il s’agit de Berryer.

2 Considérables veut dire ici dignes de considération.

3 Voyez les Mémoires de Saint-Simon

(édit. Hachette, in-8°, t. III, p. 181 et suiv.) — M. Walckenaër, Mémoires sur Mmc de Sévigné (t. III, p. 223 et 46i), a adopté et soutenu avec force l’opinion de Saint-Simon.

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le récit de Saint-Simon est loin de mériter la confiance qu’on lui a accordée. Nous commencerons par remettre sous les yeux du lecteur la narration dramatique de cet écrivain :

«D’Effiat, homme d’un esprit hardy, premier escuyer de Monsieur, et le comte de Beuvron, homme liant et doux, mais qui vouloit figurer chez Monsieur, dont il estoil capitaine des gardes, et surtout tirer de l’argent pour se faire riche, en cadet de Normandie fort pauvre, estoient estroitement liés avec le chevalier de Lorraine, dont l’absence nuisoit fort à leurs affaires h et leur faisoit appréhender que quelque autre mignon ne prist sa place, duquel ils ne s’aideroient pas si bien. Pas un des trois n’espéroit la fin de cet exil, à la faveur où ils voyoient Madame, qui commençoit mesme à entrer dans les affaires et à qui le roy venoit de faire faire un voyage mystérieux en Angleterre, où elle avoit parfaitement réussi, et en venoit de revenir plus triomphante que jamais. Elle estoit de juin j 6 A A , et d’une très-bonne santé, qui achevoit de leur faire perdre de vue le retour du chevalier de Lorraine. Celuy-cy estoit allé promener son despit en Italie et à Rome. Je ne sçais lequel des trois y pensa le premier; mais le chevalier de Lorraine envoya à ses deux amys un poison , seur et prompt , par un exprès, qui ne sçavoit peut-estre pas îuy-mesme ce qu’il portoit.

«Madame estoit à Saint-Cloud, qui, pour se rafraischir, prenoit depuis quelque temps, sur les sept heures du soir, un verre d’eau de chicorée. Un garçon de sa chambre avoit soin de la faire; il la mettoit dans une armoire d’une des antichambres de Madame, avec son verre, etc. Cette eau de chicorée estoit dans un pot de faïence ou de porcelaine, et il y avoit tousjours auprès d’autre eau commune, en cas que Madame trouvast celle de chicorée trop amère, pour la mesler. Cette antichambre estoit le passage public pour aller chez Madame, où il ne se tenoit jamais personne, parce qu’il y en avoit plusieurs. Le marquis d’Effiat avoit espié tout cela. Le 29 juin 1670, passant par cette antichambre, il trouva le moment qu’il cherchoit, personne dedans, et il avoit remarqué qu’il n’estoit suivi de personne qui allast aussy chez Madame; il se détourne, va à l’armoire, l’ouvre, jette son boucon, puis, entendant quelqu’un, s’arme de l’autre pot d’eau

1 Le chevalier de Lorraine venait d’ètre exilé, comme on le voit dans le Journal d'Olivier d’Ormesson, t. II, p. 58 1.

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commune, et, comme il leremettoit, le garçon de chambre, qui avoit le soin de cette eau de chicorée, s’escrie, court à luy, et luy demande brusquement ce qu’il va faire à cette armoire. D’Effiat, sans s’embarrasser le moins du monde, luy dit qu’il luy demande pardon, mais qu’il crevoit de soif, et que, sçachant qu’il y avoit de l’eau là dedans (luy montrant le pot d’eau commune), il n’a pu résister à en aller boire. Le garçon grornmeloit tousjours, et l’autre, tousjours l’apaisant et s’excusant, entre chez Madame et va causer, comme les autres courtisans, sans la plus légère esmotion. Ce qui suivit, une heure après, n’est pas de mon sujet, et n’a que trop fait de bruit par toute l’Europe.

«Madame estant morte le lendemain 3o juin, à trois heures du matin, le roy fut pénétré de la plus grande douleur. Apparemment que, dans la journée, il eut des indices et que ce garçon ne se tut pas, et qu’il y eut notion que Purnon, premier maistre d’hostel de Madame, estoit dans le secret, par la confidence intime où, dans son bas estage, il estoit avec d’Effiat. Le roy couché, il se relève, envoie chercher Brissac, qui dès lors estoit dans ses gardes et fort sous sa main, luy commande de choisir six gardes du corps bien seurs et secrets, d’aller enlever le compagnon, et de le luy amener dans ses cabinets par les derrières. Cela fut exécuté avant le matin. Dès que le roy l’aperçut, il fit retirer Brissac et son premier valet de chambre, et, prenant un visage et un ton à faire la plus grande terreur : «Mon amy, luy dit-il en le regardant depuis les pieds jusques à la teste, escoutez-moy bien; si vous m’avouez tout, et que vous me respondiez vérité sur ce que je veux sçavoir de vous, quoy que vous ayez fait, je vous pardonne, et il n’en sera jamais mention. Mais prenez garde à ne me pas desguiser la moindre chose; car, si vous le faites, vous estes mort avant de sortir d’icy. Madame n’a-t-elle pas esté empoisonnée? — Oui, sire, luy respondit-il. — Et qui l’a empoisonnée, dit le roy, et comment l’a-t-ori fait?» Il respondit que c’estoit le chevalier de Lorraine qui avoit envoyé le poison à Beuvron et à d’Effiat, et luy conta ce que je viens d’escrire. Alors le roy, redoublant d’asseurances de grâce et de menaces de mort : «Et mon frère, dit le roy, le sçavoit-il? — Non, sire, aucun de nous trois n’estoit assez sot pour le luy dire; il n’a point de secret; il nous auroit perdus. » A cette response, le roy fit un grand ha! comme un homme oppressé, et qui tout d’un coup respire. «Voilà, dit-il, ce que je voul ois sçavoir. Mais m’en arseu-

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rez-vous bien? » Il rappela Brissac et luy commanda de remener cet homme quelque part, où tout de suite il le laissast aller en liberté. C’est cet homme luy-mesme qui l’a conté, longues années depuis, à M. Joly de Fleury, procureur général du parlement, duquel je tiens cette anecdote.»

Quiconque ne se laisse pas prendre à l’amour de l’extraordinaire et du dramatique trouvera ce récit peu vraisemblable. Comment Louis XIV, instruit du crime du marquis d’Efïïat et du comte deBeuvron, leur aurait-il si facilement pardonné, et même les aurait-il laissés près de son frère, au milieu de sa cour? On comprendrait à peine que le roi eût fermé les yeux sur un pareil attentat dans le cas où son frère en eût été complice; mais l’impunité d’empoisonneurs subalternes esttoutà fait inadmissible. D’ailleurs le récit de Saint-Simon est en opposition avec le témoignage des contemporains. Il écrivait plus de cinquante ans après les événements, sur des ondit, tandis que Mme de La Fayette, Mllc de Montpensier, Bossuet, Daniel de Cosnac, Gui Patin, Olivier d’Ormesson, vivaient à l’époque même de la mort de Madame, et que les trois premiers avaient assisté à ses derniers moments. Je laisse de côté le procès-verbal officiel des médecins1, que l’on pourrait croire dicté par l’autorité royale pour imposer à la postérité; mais il n’en est pas de même des mémoires, qui ont été écrits sous des influences très-diverses, et dont plusieurs, comme le Journal d’Olivier d’Ormesson, n’étaient pas destinés à la publicité.

Le premier point du récit de Saint-Simon, qui est détruit par les témoignages les plus irrécusables, est son assertion sur la bonne santé de Madame, à son retour du voyage d’Angleterre. Gui Patin, qui n’est pas un médecin de cour, écrivait à son ami Falconet, dès le 26 septembre 1 6 6 4 , six ans avant la mort de Madame : «Mme la duchesse d’Orléans est fluette, délicate et du nombre de ceux qu’IIippocrate dit avoir du penchant à phthisie. Les Anglois sont sujets à leur maladie de consomption, qui en est une espèce, une phthisie sèche ou un flétrissement de poumon.» MUe de Montpensier,

1 Voy. la Relation de la maladie , mort et ouverture du corps de Madame , par l’abbé Bourdelot, dans les Mémoires intéressants pour servir à l’histoire de France , par Poncet de La Grave, t. III, p. 4i 1 ; — l’opinion de Valot Sur les causes de la mort de

Madame, dans les manuscrits Conrart, t. XIII, in-f°, p. 779 , à la bibliothèque de l’Arsenal; — enfin, le procès-verbal de l’autopsie dans les Négociations relatives à la succession d’Espagne, par M. Mignet, t. III, p. 207 et suiv.

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dont on ne saurait soupçonner la bonne foi quand elle parle des faits étrangers à ses passions politiques et à ses amours, raconte une visite de Madame à Versailles, peu de temps avant sa mort, et l’impression quelle produisit : «Elle entra chez la reyne comme une morte habillée, à qui on auroit mis du rouge, et, comme elle fut partie, tout le monde le dit, et la reyne et moy nous nous souvinsmes que nous avions dit : Madame a la mort peinte sur le visage1. » Comment s’expliquer, après un passage aussi explicite, l’assertion de Saint-Simon? Evidemment il a avancé cette erreur pour rendre son récit plus frappant par le contraste de la bonne santé de Madame et de sa mort subite.

Plus loin, il prétend que Madame fut empoisonnée par l’eau de chicorée, dont elle avait coutume de boire. Les contemporains parlent aussi de cette eau de chicorée; mais Olivier d’Ormesson dit gue les dames gai estoient avec elle avoient ba de cette mesme eau et l’avoient point trouvée si mauvaise 2. Bossuet, qui assista Madame à ses derniers moments, est encore plus explicite. Dans une lettre adressée probablement à un de ses frères, il donne des détails précis sur la mort de Madame3 : «Je crois que vous avez sçu que je fus esveillé, la nuit du dimanche au lundy, par ordre de Monsieur, pour aller assister Madame, qui estoit à l’extrémité, à Saint-Cloud, et qui me demandoit avec empressement. Je la trouvai dans une pleine connoissance , parlant et faisant toutes choses sans trouble, sans ostentation, sans effort et sans violence, mais si bien et si à propos, avec tant de courage et de piété, que j’en suis encore hors de moy. Elle avoit desjà receu tous les sacremens, mesme l’extresme - onction , quelle avoit demandée au curé, qui luy avoit apporté le viatique et quelle pressoit tousjours, afin de les recevoir avec connoissance. Je fus une heure auprès d’elle, et luy vis rendre les derniers soupirs en baisant le crucifix, quelle tint à la main, attaché à la bouche , tant qu’il luy resta de force. Elle ne fut qu’un moment sans connoissance. Tout ce quelle a dit au roy, à Monsieur et à tous ceux qui l’environ-

1 Voy. Mémoires de Mademoiselle , édit.

Charpentier (t. IV. p. i44). Ce passage ne se trouve pas dans les anciennes éditions; je l’ai donné d’après le manuscrit autographe de Mademoiselle conservé à la Bibliothèque impériale.

* Journal d’Olivier d’Ormesson , t. II, p. 593.

3 Cette lettre a été publiée par M. Floquet, Etudes sur la vie de Bossuet, t. 111, p. 4 1 6 et suiv.

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noient, estoit court, précis et d’un sens admirable. Jamais princesse n’a esté plus regrettée, ny plus admirée; et ce qui est plus merveilleux est que, se sentant frappée, d’abord elle ne parla que de Dieu, sans tesmoigner le moindre regret. Quoyqu’elle sçust que sa mort alloit estre asseurément très-agréable à Dieu, comme sa vie avoit esté très-glorieuse par l’amitié et confiance de deux grands roys, elle s’ayda autant quelle put, en prenant tous les remèdes avec cœur; mais elle n’a jamais dit un mot de plainte de ce qu’ils n’opéroient pas, disant seulement qu'il f alloit mourir dans les formes.

«On a ouvert son corps avec un grand concours de médecins, chirurgiens et de toute sorte de gens, à cause qu’ayant commencé à sentir des douleurs extresmes, en buvant trois gorgées d’eau de chicorée, que luy donna la plus intime et la plus chère de ses femmes, elle avoit dit quelle estoit empoisonnée. M. l’amhassadeur et tous les Anglois qui sont icy l’avoient presque creu; mais l’ouverture du corps fut une manifeste conviction du contraire, puisque l’on n’y trouva rien de sain que l’estomac et le cœur, qui sont les premières parties attaquées par le poison, joint que Monsieur, qui avoit donné à hoirc à Mmc la duchesse de Meckelbourg1, qui s’y trouva, acheva le reste de la bouteille pour rasseurer Madame; ce qui fut cause que son esprit se remit aussytost, et quelle ne parla plus de poison que pour dire quelle avoit creu d’abord estre empoisonnée par mesprise. Ce sont les propres mots quelle dit à M. le mareschal de Gramont2. » Ainsi, d’après la lettre de Bossuet, non-seulement les femmes de Madame, mais le duc d’Orléans et la duchesse de Mecklenhourg burent de la même eau de chicorée que la princesse. Comment admettre que cette boisson n’ait été mortelle que pour Madame?

En résumé, le récit peu vraisemblable de Saint-Simon est réfuté par le témoignage de contemporains qu’on ne peut soupçonner d’avoir altéré la vérité. Nous dirons en terminant avec Gui Patin3, qui ne manquait ni de

1 On a déjà vu que la duchesse de Châtillon (Elisabeth Angélique de Montmorency-Bouteville) avait épousé en secondes noces Christian - Louis , duc de Mecklenbourg.

2 M. Walkenaër ( l . c.) a contesté l’au¬

thenticité de cette lettre, que M. Floquet

a tirée des papiers de Philibert de La Mare (ms. de la Bibl. imp.) ; mais la critique de M. Walkenaër ne paraît pas suffisamment justifiée. ( Voy. la note de M. Floquet, à la p. 4 1 6 du l. III de ses Eludes sur Bossuet.)

3 Lettre du 3ojuillet 1670; cette lettre a été omise dans l’édition récente des

lumières ni d’indépendance : «Il y en a qui prétendent, par une fausse opinion, que Madame a esté empoisonnée; mais la cause de sa mort ne vient que d’un mauvais régime de vivre, et de la mauvaise constitution de

ses entrailles . Il est certain que le peuple, qui aime à se plaindre et à

juger de ce qu’il ne connoist pas, ne doit pas estre creu en pareille matière. » Saint-Simon, si lier de sa noblesse, est souvent peuple par ses préjugés et par sa prédilection pour expliquer les événements les plus simples par des causes mystérieuses.

PASSAGES RETRANCHÉS DANS LE TOME Ier DU JOURNAL D’OLIVIER D’ORMESSON.

Le comité chargé de diriger la publication des Documents inédits relatifs à V histoire de France avait, en adoptant le projet de publier le Journal d Olivier d’Ormesson, imposé à l’éditeur la condition de retrancher tout ce qui ne présenterait pas un intérêt réel pour l’histoire1. On avait même proposé de supprimer entièrement la première partie, comme n’ayant pas assez d’importance historique2. J’ai dû, pour me conformer aux prescriptions du comité, sacrifier un certain nombre de morceaux qui faisaient double emploi ou qui ne renfermaient que des détails insignifiants. Ces retranchements, que j’ai subis, m’inspirent aujourd’hui des scrupules, et, tout en reconnaissant qu’il y a, dans le Journal d’ Olivier d’ Ormesson , des répétitions fréquentes, des longueurs fastidieuses, des nouvelles controuvées ou ridicules, je regrette d’avoir été forcé de laisser de côté un grand nombre de passages dans la partie qui s’étend de 1 643 à 1 648. J’ai pensé qu il serait utile de rétablir, au moins en appendice, quelques-uns des morceaux qui ont été retranchés.

Le premier de ces passages retrace les démarches d’Olivier d Ormesson pour l’achat d’une charge de maître des requêtes. Il fait double emploi avec le commencement du Journal imprimé, et c’était ce qui en avait fait

lettres de Gui Patin, par M. Reveillé- ' Voyez Bulletin du comité historique ,

Parise; mais elle a été publiée dans 1 édi- t. II , p. 69. lion de La Haye (1725, 3 vol. in 12). 2 Ihd.

APPENDICE

adopter la suppression; mais, comme on y trouve certaines particularités sur les mœurs parlementaires, j’ai cru devoir le publier.

Le second morceau fournit des renseignements sur la juridiction du Conseil d’État, sur les attributions des maîtres des requêtes, le trafic des charges de judicature, les relations d’Olivier d’Ormesson avec le comte d’ Avaux, etc.

Dans le troisième extrait, nous voyons André d’Ormesson, conseiller d’Etat, et son fils Olivier d’Ormesson, solliciter le grand conseil pour obtenir l’admission de leurs parents dans ce tribunal.

Vient ensuite un passage qui annonce le futur- rapporteur du procès de Fouquet. Olivier d’Ormesson, chargé de rendre compte d’une affaire à laquelle s’intéresse M. le Prince (Henri de Bourbon), est d’abord sollicité et pressé , puis gourmandé par ce prince avide et tyrannique , parce qu’il a suivi les conseils de sa conscience de préférence à d’injustes suggestions.

Les questions de règlement pour le Conseil d’Etat avaient une telle importance au xvif siècle, que j’ai rétabli, dans le paragraphe V, plusieurs passages qui font double emploi avec le texte du Journal.

Le sixième morceau retrace une de ces luttes de préséance si fréquentes dans les parlements.

Le septième complète les renseignements sur les procès jugés au Conseil d’État en 1 646 et 1647.

Enfin, dans un dernier extrait, j’ai réuni quelques articles où le nom de Chantal et de Sévigné suffit pour appeler l’attention. J’avais donné dans le Journal tous les passages essentiels qui prouvent que, dans les premiers mois de l’année 1647, Olivier d’Ormesson s’occupa avec zèle des affaires de M. et de Mme de Sévigné; mais, comme en pareille matière rien n’est indifférent pour les personnes qui s’occupent de recherches spéciales sur Mme de Sévigné, j’ai rétabli tous les textes où se trouve son nom (Marie de Rabutin-Chantal) ou celui de son mari.

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OLIVIER D’ORMESSON ACHETE ONE CHARGE DE MAITRE DES REQUETES (Journal, t. I, p. i et s'iiv.).

«Le dimanche 8 febvrier î 6 A3 , Pittes, courtier de charges, me vint Février i643. avertir à sept heures du matin que M. d’Irval 1 avoit vendu sa charge le samedy au soir. Je l’envoyai aussytost sçavoir de M. d’Algoët, gendre de M. de LaBistrade, s’il vouloit traiter de son office, selon le prix fait par M. d’Irval, comme il m’avoit promis par la bouche de Pittes. J’envoyai à M. Richer, notaire, qui m’asseura qu’il avoit escrit le compromis d’entre M. d’Irval et M. de Bernières, pour la charge de maistre des requestes, moyennant soixante mille escus, et cent pistoles par une promesse séparée.

J’allai au mesme temps chez M. Godart de Petit-Marest2, amy particulier de M. Fabry3, et mon parent et amy, pour le prier de vouloir aller conclure avec ledit sieur Fabry de sa charge pour moy. Il me dit que M. Fabry venoit de sortir de chez luy, qui luy avoit dit que M. de Bernières avoit acheté de M. d’Irval moyennant soixante mille escus, luy avoit aussy parlé d’une autre affaire et qu’il le verroit avant midy. Ce qu’il fit; mais ne put tirer autre conclusion dudit sieur Fabry, sinon qu’il n’estoit engagé avec personne, n’avoit promis aucune préférence, et que, le lendemain à midy, il pourvoit conclure. Ce que je sçus une heure après, ledit sieur de Petit- Marest m’estant venu rendre ladite response.

«Ce jour me vint visiter M. de Montchal, et me fit reproche de ne l’avoir pas voulu croire et que M. d’Irval m’eust donné la charge à soixante mille escus, toute expédiée, si je les luy eusse offerts lorsque je le fus visiter, et nous nous entretinsmes de la folie des acheteurs, et qu’en matière d’achat de charges il ne falloit point de prudence.

«Le lundy g, M. de Petit-Marest me vint voir à onze heures et me dit

1 Voyez, sur ce personnage, le tome I du Journal d’Oliv. d’Ormesson, p. 4, notes.

2 II a été plusieurs fois question de Go¬

dard de Petit-Marest, ou Petit-Marais,

dans le Journal d’Oliv. d’Ormesson. 11 était conseiller au parlement de Paris.

3 Jean Fabry était beau-frère du chancelier Séguier.

APPENDICE

Février 1 6 4 3 . qu’il venoit de voir M. Fabry, à qui l’on avoit offert mille escus de plus que de la charge de M. d’Irval et qu’il en avoit vu la lettre, et que ledit sieur Fabry en vouloit encore mille. Ma mère et ma femme ayant sçu ce discours se résolurent de l’avoir à quelque prix que ce fust. Je priai ledit sieur de Petit-Marest de retourner et voir si cent pistoles ou cinq cens escus ne feroient point conclure; ce qu’il fit , et, estant demeuré chez ledit sieur Fabry, il m’escrivit un mot incontinent après, que ledit sieur Fabry ne se despartoit point de deux mille escus. Je luy fis response qu’il conclust avant que sortir; mais, son laquais ne luy ayant pas rendu ma response, il me zr.uva cinq cens escus, croyant que ledit sieur de Petit-Marest, estant plus amy dudit sieur Fabry que de moy, seroitbien ayse de procurer son avantage. A l’issue du disner, ledit sieur de Petit-Marest vint et m’apporta la procuration dudit sieur Fabry, et moy à mesme temps luy fis- ma promesse de cent quatrevingt-quatre mille cinq cens livres payables à sa volonté.

«Au mesme temps j’envoyai ma procuration aux parties casuelles, et je fus avec mon père chezM. le chancelier, auquel nous ne sçusmes parler que sur les quatre heures, et allasmes ce pendant aux Tuilleries et entrasmes dans le jardin de Renard fi d’où estant retournés chez M. le chancelier, mon père me présenta à luy dans sa chambre, et luy dit que j’avois traité avec M. Fabry, luy venois rendre mes premiers complimens et le prier de me vouloir accorder la préférence avec M. de Bernières, qui avoit traité auparavant moy, ayant cet avantage d’avoir six mois de service au delà de mes six ans2, vu que ledit de Bernières n’auroit achevé ses six ans que dans le mois d’avril. Sur quoy M. le chancelier respondit qu’il estoit bien ayse que j’eusse traité; que je serois le bien venu chez luy et au conseil, et queM. de Bernières n’auroit point de lettres qu’après ses six ans. Après quoy nous nous retirasmes. Auprès de M. le chancelier estoient M. de Meaux, son frère, et M. de Marca.

«Le mardy îo febvrier, je fus avec mon père chez M. le premier président et je rencontrai, en y entrant, M. Amelot de Beaulieu, qui avoit acheté la charge de premier président à la cour des aydes, qui venoit de conclure, avecM. de Champlastreux, de sa charge de maistre des requestes

1 II a été question, dans le tome I du 2 II s’agit des six années de service dans

Journal d’Olivier cl’ Ormesson, p. 99 (texte le parlement, qui étaient nécessaires pour et note) , de ce jardin Renard. être nommé maître des requêtes

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à soixante mille escus tout expédié. M. de Bernières, son beau-frère, y Février 1 643. estoit aussy. M. le premier président, voyant mon père, se plaignit à luy que j’estois cause de la cherté des charges, et que je n’avois pas gardé parole à son fds de ne passer cinquante-quatre mille escus. Je luy respondis que ma parole estoit couverte par M. de Bernières, qui avoit acheté le premier et avoit mis le prix. Cela ne le pouvoit contenter, estant en colère d’estre obligé de l’acheter plus cher qu’il n’ avoit pensé, mais encore plus, comme je crois, d’avoir esté frustré de la charge de M. Fabry, du quartier de janvier, et réduit à M. Amelot, du quartier de juillet. Sur ce, voyant que M. de Champlastreux avoit traité et que je ne le pourrois pas empescher de passer le premier au parlement, je fis de bonne grâce ce que je ne pouvois empescher, m’obligeant au président et à son fils de le laisser passer devant par civilité; de quoy ledit sieur me tesmoigna avoir obligation, et nous sortismes avec bonnes paroles, et en sortant M. de Champlastreux me dit queM. de Bernières estoit arresté par M. le chancelier, pour n’avoir pas son service, dont je tesmoignai estre bien fasché.

«De là chez M. Crespin, et puis chez M. de La Nauve pour le prier de vouloir estre mon rapporteur; ce qu’il reçut avec sentiment d’honneur. De là chez M. de Nesmond, président, et après chez M. deNovion, aussy président, qui reçut mon père avec tous les tesmoignages d’amitié possibles.

Ce jour, M. Pichotel eut toutes mes quittances aux parties casuelles et marc d’or, ayant donné mes promesses au lieu, les fit contrôler et signer extraordinairement, et le tout fut mis ès mains de M. Faure, secrétaire du roy, pour dresser mes lettres.

«Le mercredy matin, je fus avec mon père chez M. de La Verrière luy porter nos lettres et le prier de vouloir se trouver, l’apresdisnée, chezM. le chancelier pour luy présenter mes lettres; ce que nous ne pusmes, M. le chancelier n’estant revenu de chez M. de Guénégaud, où il avoit disné, pour arrester le compte de l’espargne, que bien tard.

« Le jeudy 1 2 , j’allai chez M. le chancelier avec mon père pour luy faire sceller mes lettres, mais, parce qu’il y avoit conseil , il ne le put et nous remit à i’apresdisnée. M. de La Verrière me dit que mes lettres n’estoient dressées rien que vaille, et qu’il les raccommoderoit; ce qu’il fit. Là, je vis M. du Hallier, qui parla longtemps à mon père, et M. le mareschal de Sehomberg, qui entretint très-longtemps M. le chancelier auprès d’une fenestre. L’on

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Février 1 643. disoit que l’on avoit parlé de son mariage avec Mme de Coaslin, fdle de M. le chancelier, mais que cela ne se feroit.

et Ce matin , au conseil , il y eut grande contestation entre MM. de Moricq et Thubeuf sur ce que ledit sieur de Moricq présentoit un arrest à la signature, autrement qu’il n’avoit esté résolu, taschant à descharger les vendeurs de marée d’une taxe de mille escus; sur quoy M. le chancelier ayant dit que son arrest n’estoit pas selon l’arresté, et luy contestant en faveur des vendeurs de marée, M. Thubeuf dit bas à quelqu’un : «Les affaires du «roy se gastent entre les mains de cet homme.» Ce qui ayant esté sçu de M. de Moricq, il le releva avec grande chaleur, disant que les affaires ne se gastoient point entre ses mains; qu’il avoit esté en meilleur escole que luy ; qu’il estoit un bel homme. L’on trouva mauvais que M. le chancelier n’interposa point son autorité, et M. le surintendant ne dit autre chose audit sieur de Moricq, sinon que, dans cette affaire, tout le conseil estoit contre luy.

« L’apresdisnée, je fus chez M. le chancelier, qui conta à mon père tout ce qui s’estoit passé au conseil le malin, mon père n’en sçachant rien, pour s’estre retiré auparavant. M. de Moricq y arriva encore tout en colère. M. le chancelier, après avoir donné les audiences, rentra dans sa chambre, et, ayant scellé mes lettres dans son cabinet, il me fit entrer et me fit prester le serment debout et nue teste, mon père présent, et me dit, avectesmoignage d’affection, que je serois le très-bien venu.

«Sur le soir, j’allai porter mes lettres chez M. de La Nauve, le rapporteur, et le priai de vouloir tesmoigner devant le premier président que je luy avois mis mes lettres entre les mains, pour n’en parler néantmoins qu’après celles de M, son fils. De là, je vis MM. Viole, Gontier, duTillet, Musnier, Ferrand, Thclis. Je trouvai presque chez tous ces Messieurs le prince de Morgues h qui les sollicitoit pour estre reçu au serment de duc et pair de Valentinois, que le roy luy donnoit en rescompense de la forteresse de Morgues2, qu’il luy avoit remise entre les mains.

« Le vendredy, je fus visiter M. Molé, président en la cinquième des enquestes, pour le prier de vouloir estre mon tesmoin et outre pour sçavoir l’estât des affaires de M. de Champlastreux. Après luy avoir fait visite avec

1 Voy. Journal d’Olivier d’Ormesson, 2 II y a Morgues dans le manuscrit; il

t. I, p. 6. faudrait probablement Monaco.

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M. Le Maistre, conseiller de la cour, et un gentilhomme, nous nous Février 1643. tirasmes à part, et il me dit que l’on se plaignoit de moy chez le premier président. Je luy dis ce qui s’estoit passé, et il trouva que j’avois raison , et me dit que M. le premier président estoit le plus estrange esprit du monde; que je ne le connoissois pas; qu’il ne voyoit que par les yeux de son fils et que, comme mon amy, il ne me conseilloit de présenter mes lettres qu’après M. de Champlastreux, croyant que le premier président les arresteroit, et qu’il valoit mieux attendre deux ou trois jours; que M. de Charny avoit acheté une dette de M. de Champlastreux et s’estoit opposé au sceau de son office de conseiller de la cour pour se venger de luy, ayant fait autrefois le galant de sa femme1, mais que cela estoit levé. Je luy dis que je m’en réjouissois, parce que, par la ville, l’on disoit qu’il y avoit des oppositions pour plus de soixante mille escus; ce qu’il m’asseura n’estre pas. Le soir j’achevai de visiter Messieurs de la grand’ chambre, qui tous me firent grand accueil.

« Le samedy, je fus avec mon père chez M, Thubeuf, qui n’y estoit pas.

Delà, chez M. d’Emery, que nous vismes, et puis saluer M. le surintendant2, qui d’abord nous dit qu’il estoit bien fasché de ne nous pouvoir accorder les deux, mais que, pour celuy de maistre des requestes, il nous le donnoit de bon cœur 3, et nous tesmoigna très-grande amitié et que M. Thubeuf luy en avoit parlé. Mon père le remercia, et nous nous retirasmes. De là, mon père alla au Louvre, et moy chez le premier président, où je vis M. de Champlastreux, qui me dit que son affaire estoit faite et qu’il auroit ses lettres, qu’il avoit traité avec M. Amelot moyennant quatrevingt mille livres d’argent comptant et cent mille livres payables dans trois mois , laquelle somme M. de Maisons fut obligé de prendre pour argent comptant et en descharger M. Amelot.

«De là, je fus chez M. de La Grange, luy dire la grâce que me faisoit M. le surintendant. Il me dit qu’il l’avoit cru sur ce qu’estant la veille chez

1 Ce passage confirme ce que dit Tallemant des Réaux au président de Champlâtreux.

2 On a vu, dans le Journal d’Olivier

d’Ormesson, que le surintendant était alors Claude Le Bouthillier.

3 On voit dans le Journal d'Olivier d’Ormesson, t. I, p. 10, qu’il s’agissait de l’exemption d’un droit appelé le quari-denier, que les nouveaux magistrats payaient au Trésor.

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Mars 1643. ledit sieur, et lay ayant dit que j’avois traité et luy demanderais une grâce, il dit en riant qu’il le sçavoit bien et qu’il falloit que je payasse estant assez riche. Je l’en remerciai, comme y ayant beaucoup contribué.

« L’apresdisnée , je fus visiter Messieurs les conseillers d’Estat, qui tous me firent grand accueil et tesmoignèrent l’amitié qu’ils portoient tous à mon père.

«Le dimanche i5 février, je fus encore visiter Messieurs du conseil, et, le soir, chez M. de La Nauve, qui me mit le soit monstré sur ma requeste, et me dit qu’il en avoit autant donné à M. de Champlastreux. J’allai de là voir M. d’Aligre. conseiller d’Estat, le prier de vouloir déposer pour moy; de là, chez M. le procureur général, qui me donna aussytost ses conclusions.

«Le lundy matin, j’allai voir M. le curé de Saint-Nicolas pour le prier de tesmoigner pour moy; de là au Palais, où je vis M. de Champlastreux, qui presta le serment, ayant fait son information dès le matin. De là, je fus chez M. Molé, que je priai de tesmoigner pour moy. Nous passasmes la matinée ensemble.

SÉANCES ET JURIDICTION DU CONSEIL D’ETAT; ARRETS QUI Y SONT RENDUS; MAITRES DES REQUÊTES; LEURS ATTRIBUTIONS; LEURS ASSEMBLEES, ETC. (FEVRIER - NOVEMBRE l6/j3).

«Le mercredy matin 2,5 febvrier i 643 i, au conseil au Louvre, où se présenta M. Fremin, intendant en Limousin, qui se plaignit des accusations que l’on avoit avancées contre luy, au rapport de MM. deMoricq etBusanval, en demanda réparation, et que ceux qui avoient présenté requeste contre luy fussent tenus de se rendre parties; parla contre les rapporteurs. M. le chancelier dit qu’il falloit faire avertir ses parties à venir au lendemain pour les escouter.

«Le mercredy 4 mars, conseil de finances, où M. Fremin fut ouy, et contre luy un greffier, Darfeuille (ou Darfeville), se plaignant d’avoir esté

Voy. t. 1 du Journal d Olivier d’Ormesson , p. îo, 1 1 el 12.

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emprisonné sans cause et sans décret, par la bouche de Gaultier, avocat. Mars 1 643. Ledit sieur Fremin ne se put nettement justifier, et embarrassa sa justification de faits hors de procès. Enfin M. le chancelier mit les pièces ès mains de M. Busanval, rapporteur, pour en communiquer à MM. Aubry, LeBret,

Favier, Courmoulin, d’Ormesson (André).

«Le mercredy i 1 mars, conseil de finances, où je remarquai que M. le chancelier fit deux doyens, en ce qu’il demanda l’avis, après tous Messieurs du conseil, à M. de Bellièvre, sous-doyen, sans oster son chapeau , et après à M. de Léon, en l’ostant à son ordinaire (j’ay veu depuis qu’il ne l’observe pas tousjours). L’on donna, au rapport de M. Turgot, la préséance àM.de Villers-Descajeulx sur le sieur de Saint-Michel , tous deux présidens en la cour des aydes de Rouen, quoyque Saint-Michel eust esté le premier reçu, à cause que Saint-Michel avoit promis par escrit de ne point s’opposer à la réception de Villers, et néantmoins, le jour du serment, l’on avoit mis ès mains du rapporteur un décret d’ajournement personnel contre Villers, et, pendant qu’il travailloit à faire lever cet ajournement, Saint- Michel , sans luy en rien dire, s’estoit présenté et avoit esté reçu.

«Le vendredy matin 20 mars, conseil des parties, où M. d’Auhray rapporta une instance contre Gallois, capitaine des gardes de M. le Prince, et d’autres créanciers d’un président de la chambre des comptes de Dijon. Ce président avoit traité de sa charge moyennant y3,ooo livres. Gallois s’estoit opposé au sceau, et, à cause de ce, demandoit la préférence. Les autres créanciers avoient saisi entre les mains du résignataire et demandoient que les deniers fussent distribués par hypothèques. Il y avoit plusieurs avis : l’un, que tous opposans ou saisissans seroient colloqués conjointement au sol la livre; les autres, selon l’ordre des saisies, mais que les opposans au sceau seroient préférés; les autres, que les opposans et saisissans, auparavant l’ expédition des lettres, seroient colloqués par hypothèque; les autres, qu’entre tous les créanciers il falloit suivre l’ordre d’hypothèque. Enfin, après beaucoup de contestations, il passa par l’avis du rapporteur, qui estoit de colloquer les opposans et saisissans auparavant l’expédition des lettres, par préférence aux autres saisissans, par contribution , au sol la livre. M. le chancelier estoit d’avis de préférer les opposans au sceau aux autres saisissans, jusques à ce que le roy, attendu que les charges sont la plus grande part des biens des officiers, réglast, par sa déclaration, que les deniers des

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M'-'i-s i6/i3. charges saisies se distribueroient par hypothèques, et en feroit des immeubles, fors et excepté que les hypothèques ne suivroient point la charge, si elle estoit scellée sans oppositions et sans saisies entre les mains du nouveau titulaire. Chacun jugeoit cette affaire de grande importance et qui avoit besoin d’un règlement, attendu la diversité des arrests. De là j’allai , avec mon père, disner chez M. de Léon pour luy communiquer d’une noblesse prétendue par Jean de La Nolle, sieur d’Andion, qui fut trouvée bonne.

«Le lundy 2 3 mars, au matin, mon père me dit que M. Le Grand, sousdoyen du quartier d’avril, estoit mort. Cela me fut confirmé au Palais, et, comme il estoit fort honneste homme, il estoit regretté de tout le monde.

«Le samedy 28 mars i643, au conseil, il y eut une audience entre M. de Courcelles, M. de Monpipeau et M. de Montescot, plaidée par Bataille, Hylaire et Bluet, avocats, pour la résolution prétendue par M. de Courcelles, d’un contrat d’eschange avec M. de Monpipeau, comme héritier de M. de Bullion , conseiller, de sa charge ancienne de conseiller avec celle dudit sieur de Bullion, nouvelle 1, et vingt-sept mille francs de retour. M. de Monpipeau avoit au mesme temps vendu celle de AL de Courcelles à M. de Alontescot. Les lettres avoienl esté scellées des deux offices sur les procurations remplies des noms; mais M. de Courcelles les avoii retirées par adresse et ne vouloit plus entretenir l’eschange. Sur le mescontentement et reproche que luy en avoient fait ses confrères, il fut jugé tout d’une voix qu’il venoit à tard; que l’eschange estoit parfait par l’imposition du sceau, et fut condamné à rendre les lettres. Il fut dit, par M. Le Bret, que l’eschange et les bénéfices se jugeoient par mesme règle; qu’il y avoit lieu à la pénitence auparavant l’accomplissement du traité, qui estoit le sceau pour les offices, et la procuration admise pour les bénéfices, outre que M. de Courcelles ne perdoit ny rang ny qualité, et que l’on ne devoit pas croire que la nouveauté de son office le pust rendre odieux.

«A l’issue du conseil, M. de Alontescot et M. de Courcelles prièrent mon père et moy de les vouloir accommoder, et M. de Montescot dit qu’il s’en rapportoit à nous. Il sembloit qu’il ne prétendoit que quelques dommages et intérests et ne se soucioit pas de la charge. Pour moy, je conseillai à Al. de Courcelles de prendre résolution de conserver la nouvelle création

1 C’est-à-dire, de nouvelle création.

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et tirer encore quelque chose, outre les 27,000 livres, et non pas sortir Mais .643. de l’argent de sa bourse pour n’avoir pas plus qu’il avoit, outre que desdommager M. de Montescot, il falloit encore desdommager M. de Monpipeau; à quoy il falloit beaucoup d’argent. Nous nous séparasmes sans résolution.

«Le dimanche matin 29 mars, à Saint-Nicolas. L’apresdisnée, au sermon du père de La Haye. A l’issue du sermon, M. de Montescot me vint trouver, et, pour conclusion, je luy proposai de donner mille escus à M. de Courcelles pour avoir ses lettres et se délivrer de peine. Il me remit au lendemain pour me rendre response certaine. Après, j’allai pour voir M. de Courcelles et M. Molé, mais inutilement. Le soir, M. Mole vint nous voir.

«Le lundy 3o mars, je fus solliciter, dès le matin, M. de Hodic, président en la cinquième chambre, qui me promit audience pour le lendemain.

Je fis respondre ma requeste, et pour passer une heure de temps jusques à ce que l’on se fust assemblé au Palais, j’allai entendre le sermon à Saint- Barthélemy, où preschoit un jésuite nommé de La Barre; de là au Palais, où M. de Montescot me vint trouver, et me dit que, pour la considération de mon père et de moy, il donneroit mille francs à M. de Courcelles, et rien de plus. Je luy promis de voir M. de Courcelles et luy rendre response.

« L’apresdisnée, M. de Courcelles me vint voir, qui désiroit sortir d’affaire tout d’un coup , et ainsy qu’il falloit liquider ce qu’il luy devoit à une somme.

De là, au Palais jusques à sept heures, d’où, chez M. de Montescot, où je luy fis la proposition et qu’il falloit faire que M. de Monpipeau perdist les trois mille livres; il l’approuva et me promit de m’envoyer Carret, qui faisoit pour ledit sieur de Monpipeau. Le lendemain , il me tesmoigna grande obligation de mon entremise.

« L’apresdisnée , Carret me vint trouver et m’entretint du procédé de M. de Courcelles, qui estoit très-honteux, n’ayant cherché qu’à tromper, et luy ayant monstré la copie du traité fait entre eux, par lequel il sembloit que M. de Courcelles devoit avoir le restant de ce que la charge seroit vendue au-dessus de 107,000 livres, il me promit me faire voir l’original, et, pour faciliter l’affaire, de donner cent pistoles. Le soir, M. de Courcelles me vint voir, et, pour conclusion, je désirai qu’il me mist ses lettres

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Avril 1 643.

de provision entre les mains et me fist voir l’original de son traité. Il me promit me les apporter le lendemain matin.

«Le mercredy ier jour d’avril, M. de Courcelles me vint voir, me mit ses lettres entre mes mains avec l’original de son traité, où il avoit ajouté : aura le restant. Néantmoins il asseuroit que [ces mots] avoient esté ajoutés lors du traité.

«M. de Montescot, avec Carret, me vint incontinent trouver, ou , après avoir quelque temps contesté, je ne pus tirer d’eux que cent pistoles chacun . et ayant fait entrer La Borie, avocat au conseil, qui s’estoit chargé des lettres et estoit condamné de les rendre, enfin l’on escrivit un accord que M. de Courcelles donneroit ses lettres, M. de Montescot et Carret chacun cent pistoles et que je demeurerois dépositaire et des lettres et de l’argent, pour le distribuer après que : ou M. de Courcelles seroit reçu ou auroit vendu. Carret me fit voir l’original de son traité, où ces deux mots, aura le restant, n’y estoient point, et cela me donna peine de voir l’infamie de M. de Courcelles. D'après cette conclusion, je fus voir M. de Courcelles, avec La Borie, et je luy fis signer cet accord.

« Ap rès, nous fusmes voir les maisons de Lambert, Ecelin (llesselin), maistre de la chambre aux deniers, et Sainctot, que je trouvai magnifiques et plaisantes, estant sur la rivière, et l’on ne peut rien voir de plus poli que celle de M. Ecelin b

« Après, je fus chez M. de Montescot luy remettre l’accord signé de M. de Courcelles, qui me fit compter deux mille francs en demy-louis par madame sa femme, dont je ne reçus aucune civilité, luy semblant que je prenois cet argent pour moy; mais M. de Montescot me tesmoigna toutes les obligations possibles, et me dit en secret qu’il avoit traité de la charge deM. de Bernières, et qu’il la rendoit avec cent pistoles de profit; ainsy, que cet accommodement ne luy coustoit rien. Ainsy fut conclu ce traité, et, quoyque je parlasse pour M. de Courcelles , je trouvois néantmoins estrange que M. de Montescot, qui avoit perdu six mois de temps, eu beaucoup de peine el d’inquiétude à solliciter, et M. de Monpipeau, qui avoit perdu l’intérest de son argent pendant six mois, estoit venu exprès pour solliciter, estoient néantmoins obligés de donner de l’argent à M. de Courcelles, qui leur avoit

Cf. t. I du Journal d’Olivier d'Ormesson , p 1 18, texte et notes

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manqué de parole, avoit chicané contre son escrit, mesme trompé en Avril 1 643. deux ou trois propositions pour s’accommoder. J’ay mis cet argent avec les lettres et l’accord dans un sac, dans l’armoire du cabinet de ma femme.

« Le jeudy saint 2 avril 1 6 A 3 , au service à la Mercy, où Monsieur, frère du roy, assista et fut à la procession du Saint-Sacrement, un cierge blanc à la main, qui luy avoit esté présenté par les religieux. Il fut vu avec joye de tout le monde dans une action si raisonnable; ce qui fait voir qu’il est très-aysé aux grands de se faire aymer en se communiquant le moins du monde.

« Ma mère et ma femme allèrent quérir Mmo la marescbale de Guébriant pour venir disner au logis, estant sur le point de partir pour aller trouver M. le mareschal de Guébriant, son mary, en Allemagne. Elle envoya demander audience à M. d’Avaux, sans se nommer; mais, s’estant douté que c’estoit elle, il vint au logis auparavant que l’on eust achevé de disner et deffendit que l’on le dist. Après le disner, il lit une longue visite et nous entretint de la manière de vie des Allemands, de ces festins où l’on demeure douze heures à table, de l’excès à boire, et nous fit connoistre qu’un ambassadeur ne s’en peut exempter s’il veut acquérir créance auprès d’eux; nous conta comme aux noces du fils du roy de Dannemark, avec la fille [de l’électeur] de Saxe, il ne voulut jamais souffrir aucune différence entre l’empereur reconnu et le roy, et marchèrent, s’assirent à mesme rang, burent leurs santés en verres de mesme grandeur; quelque intention qu’eust le roy de Dannemark de favoriser l’empereur, il les fit passer et asseoir tous deux devant luy. Les ambassadeurs d’Espagne et d’Angleterre ne s’y trouvèrent pas. Il nous dit que l’on parloit à la cour d’envoyer M. de Longueville à la paix; néantmoins que le roy ny les ministres ne luy en avoient point encore parlé.

«Après qu’ils se furent en allés, j'allai aux Minimes à Ténèbres.

«Vallier1, la demoiselle de ma femme, qui avoit accompagné Mme de Guébriant dans ses visites, dans le carrosse quelle luy avoit donné pour la remener, nous dit au retour que M. le premier président avoit dit à Mmede Guébriant que M. de Champlastreux, son fils, estoit intendant de la justice

1 C’esl la même demoiselle de compa- du Journal d’Olivier d’Ormesson ) sous le gnie qui a été désignée à tort (t. I, p. 4i nom d 'Anne Tillier.

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Avril 1 643. en l’armée de M. le mareschal de La Meilleraye, et qu’il l’avoit présenté audit mareschal en cette qualité. Tout le monde le jugeoit trop peu expérimenté pour cet employ. Nous verrons comme il s’en acquittera.

u Le vendredy, à la Passion du père de La Haye, aux Petites Cordelières f qui fit connoistre les douleurs intérieures et extérieures souffertes par Nostre Seigneur en sa passion , et prit pour texte : Attendite et videte si est dolor sicut dolor meus.

« L’apresdisnée, aux rémissions chez M. le chancelier, où estoientMM. de Léon, Colmoulins, d’Ormesson, Barin, Moricq, conseillers d’Estat; d’Orgeval, La Ferté, Amelot fils, Monnoury 2, abbé de Gaillac; de Bordeaux, Lotin , sieur de Martilly ; d’Ormesson et de Bernières , maistres des requestes. Je remarquai la diversité des esprits sur un mesme fait, les uns jugeant le crime rémissible, les autres non. L’on présenta des lettres de rémission pour le marquis de Bonnivet, exposant que, s’en allant à Saint-Germain sur un coureur, avec un valet mal monté, qui ne l’avoit pu suivre, il fut rencontré par le comte de Belin, bien monté avec un des siens, qui, prenant un pistolet, le tira, mais sans le blesser; que, le valet dudit sieur de Belin venant aussy sur luy, il fut obligé de tirer un pistolet dont il tua ledit comte de Belin, et, au mesme temps, fut frappé par le valet d’un coup de pistolet dans l’espaule. La rémission fut admise, pourvu que le roy l’eust agréable.

«Je vis, chez M. le chancelier, le lieutenant criminel, à qui je demandai s’il estoit vray qu’il eust pris un homme qui se disoit avoir la sapience universelle de Salomon , la médecine pour pouvoir faire revivre les morts et quantité d’autres connoissances ridicules, mesme l’avoir fait afficher par les rues, dont j’avois vu un placard entre les mains de M. Pichotel. 11 me dit qu’il l’avoit pris prisonnier, ne l’avoit pas encore interrogé, mais qu’il croyoit que c’estoit un trompeur.

« Le samedy matin, à Saint-Nicolas faire nos pasques. L’apresdisnée, avec mon frère, aux Minimes, entendre complies, où je vis M. de La Vrillière, secrétaire d’Estat, et nous promenasmes quelque temps dans la librairie des Minimes. Nous vinsmes promener au jardin de Morin, où je vis MM. Le-

1 Le couvent des Petites Cordelières 2 Ailleurs ce maître des requêtes est

avait été établi, en i632, dans la rue des appelé Manoury, abbé de Gaillac.

Francs-Bourgeois, au Marais.

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vasseur frères. Au retour, l’on me dit que M. de La Vrillière aehetoit le Avril 1 643. cordon bleu de M. d’Achères cinquante-cinq mille escus, et que M. de Guénégaud en vouloit donner soixante et cinq.

«Le dimanche, jour de Pasques, à la messe à la Mercy, où je vis M. de Saint-Poange, qui me dit que M. de Grandlieu estoit mort à Blois, l’avoit fait exécuteur de son testament; qu’il estoit cousin de Mme du Mesnil, à qui il avoit laissé 20,000 livres pour marier sa fdle; qu’il occupoit une petite maison derrière fhostel de Guise, fort belle , et qu’il croyoit que ladite dame seroit peut-estre bien aise de prendre cette petite maison et nous bailler la sienne, qui nous accommoderoit fort, n’y ayant que la petite ruelle de M. de Novion entre deux. Je le priai d’y vouloir contribuer autant qu’il pourroit. Je ne sçais si cela réussira; mais ce seroit une grâce de Dieu bien particulière de nous donner un si heureux rencontre dans l’estât où nous nous trouvons.

«Le lundy, j’allai avec mon père à Ormesson, dont je revins le mardy pour me trouver en une assemblée de nostre quartier *, qui se fit chez M. de La Eerté, où je fus, et eusmes grande collation à l’issue, et je jouai après avec M. Ardier et les autres jouant à prime.

«Le mercredy matin 8 avril, je retournai à Ormesson et revins le vendredy matin pour aller chez M. de Montmort, à l’assemblée, qui nous donna à disner magnifiquement2, et pour travailler après. L’assemblée finie, I on parla de travailler lundy après le disner, et M. Amelot me nomma.

Je ne respondis rien; mais M. Turgot dit qu’il ne falloit pas, attendu que je logeois chez mon père et qu’il ne falloit pas qu’il sçust nos assemblées, et nomma M. Tallemant. Je leur tesmoignai regret du changement qu’ils faisoient, prenant à honneur de les recevoir.

«Le samedy matin, je fus voir Mme de Nouveau pour sçavoir quelque accommodement pour loger mes chevaux. M. Melson vint au logis, qui me dit que M. de Noyers avoit son congé, et qu’hier au soir, sur l’avis qu’il en eut, il alla trouver le roy et luy demanda permission de se retirer, et le roy

1 Du quartier des maîtres des requêtes.

■ « J’ay oublié à remarquer que nous estions Ireize à table, et que M. de Morangis le remarqua. J’aurois regret que le discours se Irouvast vray et qu’il en mou-

rust quelqu’un. L’on me dit, déplus, que M. de Noyers avoit obtenu du roy l’évesché d’Agde pour M. de Champigny, chanoine de Nostre-Dame. » (Note marginale d’Olivier d’Ormesson.)

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Avril 1 643. la luy donna à la seconde instance qu’il luy en fit1; qu’il estoit parti pour s’en aller à Pontoise et de là à Dangut; que M. le chancelier avoit esté mandé et estoit parti à quatre heures du matin. M. Pichotel me confirma cette nouvelle, et que sa disgrâce venoit pour s’estre opposé à la reyne, que l’on avoit parlé de déclarer régente, et je ne m’estonne si ceux du parlement nommés cy-dessus2 s’estoient déclarés contre la reyne, estant tous créatures de M. de Noyers. L’on croit que ce coup n’en demeurera pas là et que M. le chancelier ne durera guère après, et que l’on commencera à rechercher la famille du cardinal de Richelieu; qu’il n’y avoit que deux jours que MM. le chancelier et de Noyers avoient mis d’accord et concerté ensemble la transaction. M. Josse ajouta à cette nouvelle que ledit sieur de Noyers estoit allé à Bourges, et qu’il ne seroit regretté que des intéressés à sa fortune.

«Le vendrcdy ïl\ avril on espéroit bien de la santé du roy 3. Il fut dit qu’il y avoit une prophétie qui disoit que, dans le mois d’avril, le roy seroit très-malade, recevroit l’extresme-onction, guariroit (sic) et vivroit encore dix-huit ans, et mourroit le jour des noces de M. le Dauphin. Dieu le veuille! M. de Collanges m’a dit avoir veu un almanach où, à la fin du premier quartier de lune (commençant le 26 avril), il mettoit mort d'an personnage très-nécessaire. M, Pichotel en avoit veu un pareil chez madame sa mère.

« Le dimanche matin, je fus à Chilly, avec M. de Fourcy, voir la mareschale d’Efifiat, qui nous reçut bien. Le marquis y arriva après nous, nous disnasmes ensemble , et ses gens et les miens mangèrent à l’hostellerie. Au retour, je vis Berny. Ce soir, les nouvelles continuoient de la meilleure santé du roy. Tout le monde estoit revenu à Paris.

«Le mardy 28 avril, le conseil ne fut tenu que pour l’audience d’entre Mme la mareschale de La Chastre et M. de La Ferté-Saint-Nectaire (Senneterre), pour sçavoir si l’on esliroit un tuteur à la petite de Rhodes, de la condition de laquelle il estoit question, ou si l’on renverroit les parties au

1 Cf. le tome I du Journal d'Olivier d‘ Ormesson , p. 2 3 et suiv.

2 Voy. ibid. p. 22. Les membres du parlement cités dans ce passage sont le

premier président, les présidents de Mai¬

sons et de Nesmond, et le procureur général (Méliand).

3 Voy. le tome I du Journal d’Olivier d’Ormesson , p. 34-

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parlement de Grenoble où l'affaire avoit esté renvoyée par le roy, par les Mai 16 lettres patentes de propre mouvement, sur le partage arrivé de ladite affaire au parlement de Toulouse. Langlois plaidoit pour M. de La Ghastre, et fit une belle action; Hilaire pour M. de Saint-Nectaire. L’on commença à opiner; mais M. le chancelier fit remettre la délibération, soit qu’il fust pressé d’aller à Saint-Germain, ou qu’il vist que M. de Saint-Nectaire perdroit sa cause, et se leva sans signer les arrests. Chacun parloit que le roy estoit très-mal.

«Le samedy i may, l’on me dit que les prétendans [à la charge de lieutenant civil] estoient Ivon, Hervé, conseiller à la cour; de Bordeaux, maistre des requestes, fils du secrétaire du conseil.

« Le lundy au soir 1 1 may, M. de Collanges nous dit qu’ils estoient bien empeschés à la chambre des comptes : M. des Rues, qui avoit esté reçu en la charge de maistre des comptes, créée au lieu de celle de Monsigot, supprimée, estant décédé, ses héritiers avoient vendu sa charge à M. de Rouillac, secrétaire de M. Bouthillier, surintendant , moyennant quarante mille escus; qu’à sa réception s’opposoit la femme de Monsigot; que M. le surintendant protégeoit Rouillac, et M. le Prince aussy, à cause de M. de Nesmond, pourveu de mesme. Monsieur, sous main, faisoit entendre qu’il protégeoit Monsigot et vouloit qu’il fust restabli. Sur ce, Messieurs de la chambre différoient de rien décider et avec raison.

«Le jeudy 1 k may, M. de La Bistrade, conseiller au grand conseil, me vint voir et me conta une fascheuse affaire qu’il avoit pour faire créer un curateur à une Mn,e Lambert, veuve d’un maistre des comptes, qui, par sa foiblesse , se laissoit pillera des estrangers. Il me dit que M. de Ghamplastreux n’alloit point intendant de justice à l’armée de M. le grand maistre, à cause que ledit sieur grand maistre luy avoit voulu donner un intendant des finances et des vivres, sans aucune despendance, contre l’ordre, qui estoit le fils de Bautru, conseiller à Rouen, nouveau, depuis deux ans.

«Le dimanche 17 may, M. Le Mérat [maistre des comptes] dit à mon père que, passant avec M. Aimeras, maistre des comptes, dans l’hostel de Guise , le sieur de Sannes, gentilhomme de chez Monsieur, les avoit abordés de sa part et dit qu’il leur avoit commandé de les aller trouver pour leur tesmoigner qu’il souhaitoit le restablissement de M. de Monsigot, et qu’ensuite il estoit allé trouver M. de Rouillac, chez M. le surintendant, et qu’il

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Juin 1 643. luy avoit dit que Monsieur désiroit qu’il cessast la poursuite qu’il faisoit pour se faire recevoir dans la charge de Monsigot, et avoit fait après le mesine discours à M. le surintendant, qui avoit dit qu’il estoit aysé de donner contentement à Monsieur en recevant Rouillac présentement, et puis resta blissant et créant la charge de Monsigot. A quoy Sannes avoit répliqué qu’il valoit mieux créer une charge pour Rouillac et conserver celle de M. de Monsigot; que M. le surintendant estoit venu voir Monsieur et luy avoit promis toute sorte de contentement. Ce coup doit donner peine à M. de Nesmond, qui a la charge du Coigneux, et à Palluau, qui a celle de Payen.

« Le mercredy 20 may, conseil de finances au Louvre, à l’ordinaire. tJe commençai à rapporter ma première instance entre Thibault, fermier des aydes, et Chandonnay, fermier général; elle estoit pleine de justice. Néant-

moins M. d’Emery, à qui j’en avois communiqué, vouloit maintenir Chandonnay par son avis et alléguoit un fait faux. J’opinai pour Thibault, et

M. d’Emery, au contraire. Estant tard, l’affaire fut remise.

((Le mercredy 27 may, conseil de direction; je rapportai l’instance de Thibault contre Chandonnay. Elle passa à mon avis, quelque instance que

fist au contraire M. d’Emery.

«Le jeudy 28 may, conseil de finances, où M. de Morangis rapporta la prise à partie de Darfeuille, clerc de greffe de Limoges, contre M. Fremin. Son action fut trouvée si honteuse que l’on le condamna aux dommages et intérests de Darfeuille, à deux cens livres et en tous les despens du procès, et ce tout d’une voix.

«Le vendredy, après avoir rapporté, au conseil des parties, un règlement de juges pour Duvau, je montai à cheval pour aller à Amboille, où estoit ma femme dès le jeudy. Nous en revinsmes le iundy au soir.

«Le mardy 9 juin, au conseil des parties, où furent jugées les récusations proposées contre presque tous Messieurs du conseil par M. Amelot, pour M. duMasé, son gendre, contre M. de Loménie, comme comte de Rrienne. Son intention estoit de n’avoir point déjugés, etM. le chancelier, ayant nommé dix-sept, tant conseillers d’Estat que maistres des requestes, contre lesquels il n’y avoit point de récusation, M. Amelot se plaignit qu’il n’y avoit point de justice et demanda à estre ouy devant la reyne. M. le chancelier luy respondit avec grande modération. Après, M. Amelot s’estant

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plaint de M. de Noyers de ce qu’il avoit protégé Fayet, qui loge devant luy, Juillet i6à3. à M. Le Picart, ils vinrent jusques aux grosses paroles, dont je fus seul tesmoin. Enfin M. Amelot quitta la partie.

«Le mercredy 10, sur la fin du conseil de direction, M. de Morangis rapporta la requeste du président de Lalane , de Bordeaux , qui demandoit à estre renvoyé à Toulouse pour se justifier. Il la rapporta favorablement pour le président de Lalane et omit le fait, qui estoit que le président, ayant esté dénoncé de rognure1, il avoit esté condamné à Bordeaux, son parlement, à estre dégradé et condamné à mort par contumace, quelque instance qu’eussent pu faire ses amys, et depuis il avoit présenté sa requeste au conseil, par laquelle il confessoit son crime et demandoit à jouir de l’abolition en payant une taxe, et, par arrest, ayant esté taxé à trois cent mille livres, il n’y voulut point acquiescer et se retira. Sa charge avoit esté supprimée et revendue à M. de Gourgues. Chacun fut d’avis qu’il devoit estre en estât avant d’estre ouy, et, après qu’il y seroit, il falloit l’évoquer du parlement de Bordeaux et le renvoyer au parlement de Paris. M. le Prince opina fort bien, et conclut qu’il estoit honteux pour un maistre des requestes, qui ne manquoit point par ignorance, de conclure pour une requeste qui estoit contre toutes les formes, et taxa fort M. de Morangis.

Chacun trouvoit qu’il avoit raison.

«Le jeudy 2 5 juin, conseil de finances, où ne vint point M. le Prince.

Monsieur tint un tel ordre à faire rapporter les maistres des requestes du quartier, selon l’antiquité, que je ne pus avoir audience pour rapporter l’affaire de Bucard (ou Beccard ) contre Rosée et Ricquier, quoyque M. Goulas luy demandast quatre fois audience.

«Le vendredy matin 26 juin, j’allai à Amboille avec ma femme, où mon père et ma mère vinrent coucher avec M. de La Ferté et son fils, M. Haligre et M. de Chauvilliers , son frère. Mmc de Bernières y vint disner le lundy avec sa belle-fille et sa fille; ils furent fort bien servis, et y avoit dixsept personnes à table; ils s’en retournèrent l’apresdisnée.

«Le mercredy au soir ier juillet, je revins seul à Paris pour rapporter le jeudy l’affaire de Bucard et Rosée; ce que je fis après avoir eu audience avec grand’peine, après dix heures, parce que Monsieur faisoit rapporter

1 C’est-à-dire pour avoir rogné des pièces de monnaie.

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Juillet 1 643. tous les maistres des requestes du quartier auparavant que donner audience aux autres. Elle fut expédiée en deux mots, y ayant fort peu de temps. L’apresdisnée , je remenai avec moy, à Âmboille, mon frère le minime et les pères Niceron et Maupeou, et frère Isaac, apothicaire. Ils revinrent le samedy. M. de Collanges nous vint voir le dimanche et demeura jusques au mardy matin. L’apresdisnée , je revins avec ma femme, qui s’estoit baignée pendant ce séjour.

«Le vendredy 10 juillet, à l’assemblée des maistres des requestes, on fit reproche à M. Mangot d’Orgères de ce qu’il avoit souffert estre présidé par un président de Metz au procès du président Girou, luy estant intendant de la justice en la mesme province. Ses raisons estoient que ledit Girou ayant récusé presque tout le parlement, l’on avoit donné commission au reste du parlement pour faire le procès; que, n’ayant point de président, ils en avoient demandé un de Metz; que, quoyqu’ils eussent tous une commission particulière, ils avoient représenté néantmoins le parlement et prononçoient la cour, etc. dans tous les arrests. Ainsy qu’il n’avoit pas fait de difficulté d’estre après le président, outre qu’il avoit une commission particulière pour cela.

«Le mardy i4 juillet, matin, au conseil des parties où fut jugée l’affaire de Mme de La Cbastre, qui demandoit que, sans avoir esgard à l’évocation du propre mouvement obtenue par M. de Saint-Nectaire, elle fut renvoyée au parlement de Toulouse et tirée du parlement de Grenoble. L’on parla en cette affaire beaucoup contre M. le cardinal. Il passa qu’ils conviendroientd’un parlement. A ce conseil, chacun esloit assis à l’ordinaire. M. de Maupeou, président à la cour des aydes, prit place le dernier.

«L’apresdisnée, chez Mme de Fourcy. M. de La Grange-Neufville y vint, qui me dit que, chez Mmo de Bouthillier, l’on avoit dit que M. le Prince m’avoit gourmandé et dit quelques mauvaises paroles sur ce que je rapportois après dix heures, quoyque Monsieur me l’eust dit, et que Monsieur et tout le conseil avoient trouvé mauvais le procédé de M. le Prince. Je luy asseurai que c’estoit une invention et qu’il n’en estoit rien.

«Le jeudy matin 16 juillet, je portai mes lettres à M. de Montmagny pour estre reçu le lundy suivant au grand conseil ', et vis M. de Boucqueval,

Les maîtres des requêtes pouvaient parlement, quand ils avaient été reçus par avoir séance au grand conseil, comme au ce même corps avec les formalités qui

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M. Le Lièvre, président, et M. Lanier, doyen. De là, au conseil, où M. le Juillet 1 64 3. Prince estoit, qui parla fort contre les religieux réformés sur une requeste présentée par l’archevesque de Bordeaux.

«Le vendredy 17 juillet, je continuai mes sollicitations, et vis MM. les présidens de Pommereuil et Beaubourg, MM. de Sincire (Saint-Cyr),

Chouart, Lhuillier et autres jusques au nombre de dix. Ce jour, M. le baron de Chappes prit place au conseil et presta le serment au bout de la table, le greffier faisant la lecture.

« Le lundy matin 20 juillet, M. Morand me vint prendre pour aller ensemble au grand conseil. M. de Montmagny ayant fait rapport de mes lettres, l’on me fit entrer, et, estant derrière le barreau, M. de Pommereuil me dit : Vous ne presterez autre serment que celuy que vous avez fait entre les mains de M. le chancelier. Néantmoins, levez la main : vous jurez et promettez de tenir les délibérations de la compagnie secrètes. Après ce, je pris place au dessus de M. Montmagny, sous-doyen , et demeurai à l’audience. Estoienl assis MM. les présidens de Pommereuil et Beaubourg; à la droite estoient MM. de Montescot, Villayer, Montcbal et moy, maistres des requestes; après, MM. de Montmagny, de Boucqueval, Foucault, Lhuillier, d’Aubeterre, La Marguerie, Brétignières , de Creil, Benoise, Aimeras, deGuesclin, Gisaucourt, Maridat, Pussort. De l’autre costé, estoient MM. Lanier, doyen , Masparault, Chouart, de Sincire, Dupré, sieur de Cossigny, Paget, Morand,

Carcavy, Le Dreux, Bochard, sieur de Champigny, Auzerey, La Bistrade, de Loynes, Golmoulins, Regnaudin, procureur général , Salomon, avocat général.

« La cause de M. de Thelis, conseiller de la cour, contre M. de Montcbal , archevesque de Toulouse, fut plaidée pour raison de l’abbaye de Saint- Sauveur-leA icomte en Normandie. Le Camus plaidoit pour M. de Thelis;

Sistrière pour M. de Toulouse. L’on parla avec grande liberté de M. le cardinal [de Richelieu] et il fut deschiré comme un très meschant homme, qui avoit choqué M. de Toulouse pour s’estre opposé à luy, lorsqu’il demanda d’estre nommé chef de l’Esglise gallicane l. L’avocat général fut remis au lendemain.

« Le mardy 21 juillet, au grand conseil, où, après que M. Salomon eut

sont rappelés dans ce passage et dans le des 17 et 20 juillet i643. — 1 Voy. les

Journal d’Olivier d’Ormesson, à la la date Mémoires de M. de Mondial.

io4

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1 643. largement parlé et conclu pour M. Toulouse, il fut jugé pour luy, quoyqu’il y eust neuf à appointer. Au grand conseil, il faut estre le tiers, et nous estions trente, et passa tout d’une voix. L’apresdisnée, je fus à Amboille voir un cheval. Je revins le mercredy.

«Le jeudy matin 23 juillet, au conseil, où estoient Monsieur et M. le Prince. M. de Moricq rapporta une requeste pour M. le président de Gourgues contre le président de Lalane sur ce que, par l’arrest de renvoy au parlement de Paris, M. de Morangis, contre le sentiment du conseil, avoit remis ledit président au mesme estât qu’il estoit auparavant les arrests du conseil, par lesquels il avoit avoué son crime. M. le Prince, qui estoit pour le président de Gourgues, blasma l’arrest de fausseté, puisqu’il estoit contre la résolution du conseil, et taxoil M. le chancelier qui l’avoit signé, qui en faisoit connoistre la nécessité sur ce que, sans casser lesdits arrests, l’on ostoit la liberté audit président de Lalane de se justifier. L’affaire mise en délibération, il passa à ordonner que lesdits arrests seroient portés au greffe du parlement pour servir de preuve contre ledit président et deffenses au conseil, et sans que le parlement pust prononcer sur le restablissement de la charge, le roy s’en réservant la connoissance. M. le chancelier estoit pour l’arrest, et Monsieur. Après avoir longtemps contesté les avis, M. le Prince l’emporta.

«Après, fut plaidée la cause de M. Desdiguières (de Lesdiguières) contre M. de Créquy, son neveu, qui demandoit qu’il luy restituast la charge de premier gentilhomme de la chambre, qui avoit esté mise sous son nom en dépost. Gaultier plaidoit contre M. Desdiguières, et Hilaire pour, lequel prétendoit retenir la charge ou ne s’en point dessaisir qu’en luy payant cinquante mille escus, auxquels il s’ estoit obligé avec M. le mareschal de Créquy. H passoit à condamner M. de Lesdiguières [sic) à rendre la charge, sans que Mme de Canaples fust obligée de l’indemniser des cinquante mille escus. Néantmoins, M. le Prince ayant tesmoigné le contraire, il passa de vingt et un contre vingt à son avis , beaucoup ayant changé d’avis après avoir vu celuy de M. le Prince. M. le chancelier eut beaucoup à souffrir à ce conseil.

« Le vendredy 2 h juillet, le soir, M. Morand me vint dire qu’il avoit traité avec M. d’Aubray de sa charge de maislre des requestes du quartier d’avril à soixante mille escus et cent pistol les ; qu’il auroit ses lettres dans lundy.

APPENDICE

J’allai voir, après, M. de Breteuil pour voir s’il se pourroit résoudre à Août .643. acheter après cela. Il me tesmoigna désirer se défaire de sa charge auparavant.

«Le vendredy 3i juillet, je fus chez M. de La Nauve pour tesmoigner pour M. Morand. J’y rencontrai M. de La Vieuville, qui sollicitoit son absolution. Je l’entretins quelque temps. De là, voir M. de Lamoignon pour M. de La Ferté, procureur du roy de Troyes.

«Le dimanche 2 aoust, je revins d’Amboille pour aller à l’acte du fdsde M. Texier aux jésuites, qui avoit dédié [ses thèses] à M. de Beauvais, d’où je revins avec M. du Pii.

«Le mercredy 5 aoust, au conseil, où présidoit M. le Prince, Monsieur ayant la goutte; l’on reparla de l’alfaire de M. de Créquy contre M. Desdiguières, et M. de Moricq dit à M. le chancelier qu’il avoit tout rechangé son arrest, en sorte qu’il n’en pouvoit parler, et que c’estoit à luy à respondre aux plaintes. M. le chancelier avoua qu’il avoit failli et que cet arrest ne se pouvoit soustenir, etnéantmoins fit condamner Mme de Canaples en son nom à payer cinquante mille escus L A ce conseil, M. Mallier- Monherville rapporta fort mal, et comme n’entendant pas les affaires.

«Le jeudy 6 aoust, je sçus de M. de Collanges comme le sieur Monsigot s’estoit présenté à la chambre des comptes pour rentrer en sa charge; qu’il y avoit opposition delà veuve du sieur des Rues, qui estoit décédé reveslu de cette charge; que Monsigot olfroit vingt-deux mille escus, qui estoit le prix qu’en avoit déboursé le sieur des Rues, et qu’il croyoit que l’on obligeroit la veuve de se contenter de cette somme.

«Ce matin, je fus au grand conseil, où M. Morand fut reçu maistre des requestes, et fut plaidée la cause d’un valet de pied contre un procureur fiscal de haute justice pour la préséance.

«Le vendredy 7 aoust, l’on vérifia au parlement, sans difficulté, les trois dispenses accordées par la reyne au fils et au gendre de M. Le Bailleul, et à M. Vialar.

«Le mercredy 12 aoust, je sçus que la reyne donnoit l’amirauté à M. de Vendosme, et faisoit le comte de Fiesque vice-amiral.

1 II y a ici dans le texte cent cinquante escus , il est évident qu’il y a dans le der-

mille escus; mais comme plus haut on lit nier passage un lapsus calami. deux fois qu’il s’agissait de cinquante mille

APPENDICE

Septemb. i643. « Le jeudy 26 novembre, je fus au conseil , où estoient Monsieur et M. le

Prince à l’ordinaire. De là, à Saint-Germain-de-i’Auxerrois, au service de M. de Chauvilliers , frère de M. Haligre; il estoit commencé. M. le président Tambonneau tenoit la première place, qui se tint ferme lorsque mon père se présenta. Il (mon père) passa outre et se mit hors rang. M. Haligre en tesmoigna après mescontentement, et dit que tout le monde s’estoit mocqué de M. Tambonneau. M. Pichotel alla ce jour à Pomponne, où madame sa mère se mouroit. Il me dit avoir ouy dire que M. le Prince avoit envoyé en cour de Rome pour faire déclarer le mariage de M. d’Anguien nul, et par conséquent son petit-fils bastard, dans la pensée de luy faire espouser Mademoiselle. »

A N DR K ET OLIVIER D’ORMESSON SOLLICITENT POUR LA RECEPTION DE CONSEILLERS AU GRAND CONSEIL (JUILLET 1 6 A 3 ET MARS 1 644)-

(i Le vendredy i y juillet 1 6 4 3 , je traitai avec M. Morand, pour mon frère R de sa charge du grand conseil à 82,000 livres, la procuration avec 3,6oo livres pour les expéditions , dont il se chargea.

«Le jeudy matin 3 septembre, je fus avec mon père commencer la sollicitation de Messieurs du grand conseil pour la réception de mon frère. Mon père alla [ensuite] au conseil, et moy je revins pour aller à Saint-Gervais, au service de feu M. de Fourcy.

« L’apresdisnée , nous retournasmes solliciter.

«Le vendredy et le samedy, nous continuasmes nos sollicitations.

«Le lundy matin y septembre, à l’entrée de Messieurs du grand conseil , avec mon père, pour le soit informé des lettres de mon frère.

« Le vendredy matin 11 septembre, à l’entrée de Messieurs du grand conseil, avec mon père. L’information de mon frère fut jugée avec grande affection.

«Le mercredy matin 16 septembre, au conseil, M. cl’Emery rapporta Simon Lefèvre cl’Ormesson, seigneur d’Estrelles

APPENDICE

l’affaire de Mme de Guise pour rentrer dans les dons de Caen et de Bayeux, Janvier i6/i4. dont elle avoit esté évincée pendant son absence.

« L’apresdisnée se fit l’assemblée de mon frère, qui fut belle; il s’en acquitta fort bien. Ses disputans furent MM. de Fourcy, Aguesseau, de Maisons, Vilvode, Voisin, et le sieur Isalis, précepteur de M. de Fourcy.

«Le vendredy 18 septembre, l’apresdisnée , mon frère fut interrogé et reçu au grand conseil , où il satisfit toute la compagnie , qui tesmoigna grande joye de le recevoir. Mon père, mon oncle, mon cousin de Lezeau, M. de Collanges et moy, estions à l’entrée.

«Le vendredy matin 20 novembre, je fus avec M. de Morangis au petit sceau. L’apresdisnée, avec M. de Saint-Pierre chez M. de Collanges. De là, aux Minimes, remercier mon frère, qui avoit fait voir au père Cossart, provincial, le contrat qui donnoit à ma femme la liberté d’entrer chez eux, et avoit donné ordre pour réformer la patente, qui estoit contraire au contrat.

De là . chez Mme de Fourcy, qui me parla qu elle avoit veu Mme de Bailleul, espéroit la dispense d’aage 1, et me demanda mon avis sur le choix ou du parlement ou de grand conseil.

«Le mercredy 6 janvier [ 1 6 4 A ] , le soir, Mme de Fourcy me dit qu’elle avoit veu M. de Brienne, qui avoit entrepris la dispense hautement et en son propre et privé nom.

«Le mercredy 20 janvier, le matin, M. de Bailleul me dit que l’on pouvoit voir M. le chancelier, qui avoit reçu l’ordre pour la dispense.

«Le jeudy 21 janvier, au sortir du conseil, je fus avec mon père et Mme de Fourcy pour remercier M. le chancelier de la dispense accordée, qui nous reçut fort bien. L’apresdisnée, chez Mme de Bruslon et à Luxembourg avec M. de La Grange.

«Le samedy 28 janvier, matin, au conseil ; à l’issue, Mme de Fourcy me vint dire qu’après avoir ouy M. le président de Mesmes et la response de M. Molé sur la dispense pour le parlement, elle estoit résolue d’aller au grand conseil et quelle vouloit en parler à M. de Bailleul, et, après luy avoir dit les difficultés que l’on faisoit sur ce qu’il n’estoit pas fils de maistre 2, et que la compagnie avoit résolu de n’en recevoir aucun; qu’il y en avoit

1 Cette dispense d’âge était destinée au plus loin, une charge au grand conseil, jeune de Fourcy, beau-frère d’Olivier d’Or- 2 C’est-à-dire, fils d’un conseiller au

messon, qui acheta, comme on le verra parlement.

APPENDICE

Février 1 64/> . huit à recevoir devant iuy et qu’il falloit attendre un an , il conseilla le grand conseil. De là, disner chez mes cousins d’Eaubonnc et de Boisbouson. De là , au sceau.

«Le mercredy 27 janvier, je traitai avec M. Laisné, sieur de La Marguerie, de la charge de conseiller au grand conseil pour M. de Fourcy, à trente mille escus la procuration.

«Le samedy matin 3o janvier, au conseil, avec mon père. M. le Prince estoit auprès du feu, qui demanda à mon père si je logeois avec luy; que les hommes se pouvoient accorder, mais jamais les femmes; me demanda comment je m’estois démeslé de l’affaire de M. le Grand1 et comment je faisois lors ; parla à mon père de la Bretagne et dit quantité de bonnes paroles à son avantage; dit que MM, Aubry et La Galissonnière s’estoient enivrés, et

puis, parlant de M. d’Emery, sur une affaire, dit qu’il avoit veu un temps qu’il estoit l’homme doux sous MM. d’Effiat et Bullion , et dit qu’il ne disoit mot, lorsque le surintendant estoit le maistre , et force discours qui monstroient qu’il estoit gay, peut-estre de ce que Madame n’estoit plus grosse; ce qui estoit asseuré.

« Le mercredy 3 febvrier, je fus, au matin, chez M. le procureur général du grand conseil pour avoir un certificat comme M. de Fourcy n’a point de parens au grand conseil. Delà, j’allai donner les lettres à M. Choisne, garde des rôles. De là,' au conseil, où M. Gaulmin fit passer une affaire injuste pour Sauvat, qui estoit à Monsieur, contre Chigarey, et son avis fut suivi, quoyqu’il passast au contraire. M. le Prince, sur une affaire de Garnier, dit que Garnier avoit eu tort de ne pas donner ses filles aux gens d'affaires et à la robe, parce qu’ils gagneroient toutes leurs affaires, et parce qu’elles avoient espousé des gentilshommes, il les falloit rechercher2; que d’Esigny, qui estoit son parent, en avoit espousé une et qu’il ne vouloit point opiner. De là, avec mon père, chez M. le chancelier, que nous vismes avec Mme de Fourcy. Ils s’en allèrent, je demeurai à disner avec MM. de Vertamont. d’Orgeval et La Ferté.

1 II s’agit probablement de l’affaire du grand écuyer Cinq-Mars (Henri d’Effiat).

Olivier d’Ormesson était en relations perpétuelles avec les familles d’Effiat et de Tbou. Cependant rien n’indique qu’il ait

pu être impliqué dans le procès de Cinq- Mars et de Thou.

2 C’est-à-dire, les poursuivre pour rechercher et découvrir l’origine de leurs richesses.

APPENDICE

«Le mardy ier mars 1 6 A A , je commençai les sollicitations du grand Mars ( 64 4 conseil pour M. de Fourcy. Nous demandions la préférence à M. de Colincourt, gentilhomme de Picardie, et d’estre reçus dans le semestre. Chacun nous le promettait; mais, parce que M. de La Marguerie avoit encore des procès à achever, il estoit bien ayse que nous fussions retardés. Ce mesme matin, je rapportai au conseil l’affaire d’un nommé Ferrand contre le sieur de Pelissar pour la compétence d’un prévost des mareschaux du Puy.

«Le jeudy matin 3 mars, je fus au grand conseil, où, après plusieurs contestations, toute la jeunesse estant pour nous, mais les anciens estant bien ayses de nous remettre après Pasques, M. de La Marguerie ayant encore des procès de commissaires à achever, néantmoins ils nous promirent de nous mettre le soit monstré le mercredy prochain.

«Le vendredy 4 mars, je sollicitai Messieurs du grand conseil, et le soir j’allai chez M. de Brisacier pour faire refaire les lettres de dispense qui n’estoient pas bien, estant de date antérieure aux lettres, et l’aage n’y estant pas exprimé.

«Le samedy, je parlai à M. le surintendant, qui me promit d’aller chez les deux présidens et envoyer de sa part chez les conseillers. Je sollicitois avec chaleur, parce que l’on disoit que M. de Colincourt demandoit la préférence sur M. de Fourcy, mesme avoit des protecteurs dans la compagnie.

«A ce conseil, voulant rapporter une requeste pour un fermier des Minimes, M. le Prince, avec tesmoignage d’amitié, me remit au premier jour, et M. le chancelier dit en riant que j’estois le rapporteur de Saint-Franeoisde-Paule. L’apresdisnée , je fus au sceau, où M. le chancelier me fit encore accueil.

«Le dimanche 6 mars, je fus solliciter et allai chez M. Brisacier, qui me rendit la dispense expédiée; puis chezM. de Pommereuil , à qui ayant conté les difficultés que l’on faisoit, que M. de Cossigny disoit que M. de Fourcy n’avoit pu obtenir dispense pour le parlement, qu’il ne venoit au grand conseil que pour aller au parlement, il me dit que c’ estoit une pièce que l’on nous faisoit en hayne d’un refus , et qu’il verroit ses amys , et qu’il sçavoit bien d’où cela venoit, et m’en dit assez pour entendre que cela venoit de M. de Bordeaux, qui se vouloit venger du refus fait de Mlle de La Grange, qu’il avoit demandée à M. le surintendant Bouthillier.

Mars 1 644. «Le lundy 7 mars, je continuai mes sollicitations. Je fus au Palais, où MM. Turgot et des Yveteaux furent reçus honoraires.

«Le mercredy 9 mars, nous fusmes au grand conseil, mon père, M. de La Grange-Marcouville, mon frère, M. de Fourcy et moy. M. de Colincourt se désista de sa pi'étention. Ainsy l’on nous donna le soit monstré et informé , et fut dit qu’ils seroienl reçus ensemble et que M. de Fourcy passeroit le premier. L’apresdisnée, nostre information fut faite.

«Ce mesme matin, M. le Prince me fit rapporter la requeste des Minimes, et sur ce que M. le chancelier avoit proposé un expédient, que ce fermier seroit diminué à Coupevray de ce dont il avoit esté augmenté à Jossigny, et ce pour approcher de l’avis du controleur général, qui estoit que ce qui estoit payé bien ou mal demeureroit, M. le Prince, en faisant opiner, M. du Tillet disant qu’il estoit de l'avis de M. le chancelier, M. le Prince dit : Voilà qui est beau; vous avez bien envie de luy faire honneur. Enfin il passa à renvoyer la requeste à M. de Montescot, et parorssoit que M. le

Prince estoit mal avec M. le chancelier et M. d'Emery, qui estoient visible ment bien ensemble1.

« Le vendredy 1 1 mars, l’apresdisnée, M. de Fourcy fut au grand conseil. Mon père y fut pour l’accompagner. M. de Colincourt s’y trouva, et Messieurs le reçurent. M. Le Camus y estoit pour estre reçu ; le père Le Camus le conseiller d’Estat, cy-devant président des comptes, le procureur général de la cour des aydes, et le maistre des comptes y estoient aussy. L’information de M. de Fourcy fut jugée la première; celle de M. de Colincourt après, et prirent leur loy l’un après l’autre, et puis l’on fit entrer M. Le Camus.

« Le lundy 1/1 mars, matin et apresdisnée au Palais, où nous fismes quatre-vingt-quatre livres de commun pour chacun. Le matin nous ju geasmes une rémission pour un cavalier d’Armagnac, qui s’estoit battu. Le duel estoit presque certain; néantmoins elle passa; ensuite une abolition pour un nommé Testard, sieur des Essarts, qui avoit esté condamné pour fausse monnoye et avouoit, par ses lettres [d’abolition], en avoir fait, mais disoit que c’estoit pour descouvrir les faux monnoyeurs. Pour moy, je fus d’avis , auparavant que la passer, faire des remonstrances pour faire entendre

Cf. t. 1 du Journal d'Olivier d'Ormesson, p. 1 5g et suiv.

APPENDICE. 833

l’importance du crime. C’estoit la première qui estoit donnée; elle ne passa Mars 16/14. qu’m mitiorem.

«Le mardy 1 5 , il n’y eut point de conseil. M. Pichotel me dit que, le lundy apresdisnée, au conseil chez Monsieur, M. le Prince avoit eu grand

démeslé avec M. d’Emery et M. le chancelier, et qu’ils travailloient à faire leur paix. De fait, M. d’Émery dit à M. Pichotel qu’il s’en alloit chez M. le duc d’Enghien. »

RELATIONS D’OLIVIER D’ORMESSON AVEC LE PRINCE DE CONDE (HENRI DE BOURBON)

(mars-avril l644).

« Le mercredy 1 6 mars , je fus , dès le matin , chez M. le Prince pour luy rendre raison d’une affaire qu’il avoit, avec un nommé Tabarie et autres, contre le baron de Murviel. Je luy parlai, et il me remit à une autre fois pour luy parler avec Tabarie. De là , je fus au conseil. Monsieur y estoit desjà; ils attendirent M. le chancelier un gros quart d’heure. Estant assis, les intendans n’estant pas encore venus, je pris la parole et rapportai sept requestes et une instance pour les chanoines de Toul contre les habitans pour leur sel. Il sembloit que la paix estoit faite, parce queM. le Prince gratifia M. le chancelier deux ou trois fois.

«M. Le Gras rapporta une requeste de récusation contre M. de Moricq pour de mauvaises paroles qu’il avoit dites àDejean , qu’il vouloit interroger. Les maistres des requestes y opinèrent, et fut conclu qu’il demeureroit. M. le Prince me donna jour pour vendredy, à sept heures.

« L’apresdisnée, M. de Fourcy fit son assemblée et satisfit toute l’assemblée extresmement. M. Le Camus, conseiller au grand conseil, me dit que M. son oncle, cy-devant conseiller de la cour, avoit acheté la charge de M. des Yveteaux soixante et un mille escus.

«Le vendredy 18 mars, je fus, au matin, cbezM. le Prince. Après avoir attendu demy-heure, il me fit entrer seul; il estoit en pantalon rouge; un petit manteau sur luy. Il y avoit longtemps qu’il travailloit, ayant quantité de lettres et papiers sur la table. Il me fit entrer dans son cabinet. Tabarie v entra et Chapuzeau. Il me fit asseoir sur un siège pliant et couvrir. Je

APPENDICE

Avril 1644. luy rapportai l’affaire tout entière. Il me dit, après avoir discuté les parentés pour l’évocation et trouvé qu’il n’y en avoit pas assez dans la rigueur de l’ordonnance, il me dit qu’il protégeoit ces gens-là, comme estant à luy et luy ayant donné de l’argent pour se mettre en sa protection et se tirer de la tyrannie du baron de Murviel, et qu’il demandoit tous autres juges que [ceux de] Toulouse. Après quelques autres discours, je me retirai et m’en allai au conseil , où l’on signa grande quantité d’arrests.

« L’apresdisnée , je fus avec mon père au grand conseil, où je pris place. M. de Fourcy fut reçu avec grande satisfaction et fit fort bien. Après fut reçu M. de Colincourt, qui ne s’en acquitta pas si bien. Après, nousfusmes remercier M. le doyen et présenter des confitures1, qu’il prit.

«Le lundy 21 mars, matin et apresdisnée, au Palais; nous y disnasmes quatre: Briçonnet , Ricouart , Boucberat, et expédiasmes nos petites affaires.

« Le mardy 22 mars, au conseil des parties, je rapportai quatre instances, et celle de M. le Prince (Tabarie contre M. le baron de Murviel pour une évocation du parlement de Toulouse). Il passa à mon avis à renvoyer à Toulouse. Il n’y eut que Gaulmin , Gaillac , Turgot et Moricq qui furent contraires. Mon père me tesmoigna estre bien satisfait de ma matinée. Tabarie avoit mis sur la table une requeste de récusation contre moy, pour arrester l’affaire, sur ce qu’il disoit que je luy avois parlé d’accommodement. M. le chancelier n’y avoit pas pris garde; je le priai de la lire auparavant que dire mon avis.

«Le vendredy 2 5 mars, M. de Montcbal me dit que l’on avoit arresté l’arrestde Murviel, sur ce que l’on avoit donné à entendre que M. le Prince avoit quantité de pièces à produire. M. de Castille, jadis président en la deuxième [chambre] des requestes, me dit qu’il avoit lettres de conseiller d’Estat ordinaire et qu’il prendroit place au premier jour. L’on me dit que les trois gardes des rôles, Séguier-la-Verrière, Chouesne etSoger (ou Soyer) avoient vendu leurs charges, dont les ennemis de M. le chancelier disoient que c’estoit un mauvais présage contre luy, puisque ses domestiques l’abandonnoient.

«Le mercredy matin 6 avril, au conseil, je rapportai heureusement deux

1 Olivier d’Ormesson a ajouté en interligne une douzaine , au-dessus des confitures.

APPENDICE

instances pour Potin et Rateclef, et les eslus de Bayeux contre ceux de Avril 1644. Caen. Monsieur, M. le Prince, MM. de Montbazon et de La Rochefoucauld y estoient. A 1 issue, M. le Prince m’aborda, et me dit que je n’avois pas dit et représenté son intérest, comme il m’avoit prié, et que c’estoit les sollicitations de M. de Montchal [qui m’en avoient destourné]. Je taschai de luy faire entendre le contraire. Néantmoins, il me quitta. Cela me donna grande peine de voir que l’on luy [avoit] rapporté tout le contraire de ce que j’avois dit.

« L’apresdisnée, Messieurs du quartier vinrent travailler céans. Je leur donnai, après, une bonne collation et honneste, dont ils furent très-contens.

« Le jeudy 7 avril, je fus aux requestes de l’hostel rapporter une petite affaire pour M. d’Hautefort contre un fermier. De là, au conseil, où M. Le Gras rapporta l’affaire de la communauté de Soûle, qui se vouloit racheter, contre M. de Troisville , au profit du roy . Il gagna sa cause contre l’ordre, et l’on dit bien du bien de luy. Après, M. de Verthamon rapporta une grande affaire pour une déprédation de vaisseau, dont M. de Schomberg avoit la confiscation, qui perdit en sa présence.

«Le vendredy 8 avril, sur les neuf heures, M. le Prince vint au conseil.

M. le chancelier luy quitta sa place et passa de l’autre costé, et dit que l’on avoit jugé une affaire, le mardy devant la feste , au rapport de M. d’Ormesson, où il avoit grand intérest; qu’à cause du comté de Pézenas, il estoit seigneur de Murs et [avoit] un consulat commun avec le baron de Murviel, qui avoit voulu empescher ladite eslection et avoit fait de grandes violences à ses officiers, qui luy empeschoient d’opprimer le peuple; qu’il avoit demandé l’évocation de ses procès du parlement de Toulouse; qu’il ne doutoit point de l’équité et bonne justice de M. d’Ormesson , et estoit vray qu’à la rigueur l’on ne pouvoit évoquer, parce qu’il n’estoit point partie à Toulouse; que M. de Murviel n’avoit que deux parens [au parlement de Toulouse]; mais aussy avoit plusieurs alliés. Néantmoins, ne voulant pas abandonner ses officiers, il se soumettoit à tout autre parlement que Toulouse, où il ne pouvoit procéder à cette heure que Monsieur estoit gouverneur de Languedoc, et M. de Schomberg, son lieutenant; qu’il ne vouloit que la justice, mais demandoit un autre parlement; que c’estoit ce qu’il avoit à représenter au conseil, puisque M. d’Ormesson ne l’a pas voulu dire, et se leva.

APPENDICE

Avril 1 644. «M. le chancelier reprit, disant que M. d’Ormesson avoit dit et repré¬

senté toutes ces raisons, mais que le conseil avoit cru que Son Altesse n’y avoit aucun intérest; mais qu’après sa déclaration il n’y avoit nulle difficulté. Après, il (le prince de Condé) se retira. Je le suivis et le priai de croire que j’avois considéré celte alïaire comme particulière, quej’avois représenté au conseil toutes ces raisons exactement, et que tout le conseil le luy tesmoigneroit. Il me dit : Néantmoins quelques-uns mont asseuré du, contraire. J’insistai encore. Après , il me dit : Je vous crois et suis vostre serviteur.

« Je revins à la table du conseil et voulus rendre raison de mon fait. M. le chancelier me dit qu’il n’y avoit rien de mon fait, ny qui pust blesser mon honneur. Je répliquai que néantmoins quelques-uns de Messieurs du conseil avoient dit à M. le Prince que je n’avois pas dit une de ses raisons, dont j’avois sujet de me plaindre. Après l’on parla d’autres affaires, et la pluspart me dirent que cela alloit plutost à mon honneur, parce que M. le Prince demandoit grâce et non pas justice; ce qui faisoit voir que j’avois marché droit. Cette affaire m’avoit donné grande peine de me voir calomnié auprès d’un prince devant lequel j’avois à parler tous les jours et qui rudoyé ceux qu’il n’ayme pas l. »

RÈGLEMENT POUR LE CONSEIL D’ETAT ET LE DROIT DE SEANCE DES MAITRES DES REQUETES’, PROCÈS JUGES AU CONSEIL D’ETAT; CONSEIL D’EN HAUT; GRAND CONSEIL; RELATIONS D’OLIVIER D’ORMESSON AVEC LE CHANCELIER (AVRIL I 6 4 A - SEPTEMBRE 1 645).

« Le samedy 9 avril 1 6 4 4 , au conseil, M. le chancelier dit qu’il y avoit plusieurs questions : celle du brevet, à l’encontre de la séance actuelle; si un qui vendoit conservoit son rang, sans prendre sa place in instanti, et beaucoup d’autres; que s’y trouveroient 2 MM. de Léon, Bcllièvre, Aubry, Le Bret; qu’à M. d’Ormesson [André] quelques-uns luy contestoient [son

1 On voit, par plusieurs passages du 2 A l’assemblée qui devait üxer les

Journal d’Olivier d’Ormesson, qu’il redou- rangs. (Voy. le tome I du Journal d'Olitail le ressentiment du prince de Condé. vier d’Ormesson, p. 166 et suiv.)

(Cf. I. 1, p. 167.)

APPENDICE

rang]. Mon père dit que c’estoient MM. Morand, Genicourt et Chaumont, Avril 164.4. qui luy avoient tesm oigne néantmoins, en particulier, luy vouloir céder. Néantmoins, M. le chancelier dit qu’il falloit qu’il s’y trouvast et qu’il disnast. M. le Prince dit : L’on jugera M. d’Ormesson le premier, et puis il jugera les antres. M. le chancelier appela M. Aubry pour luy dire qu’il luy donneroit tous les papiers et brevets, afin qu’il en fust le rapporteur. 11 s’en excusa sur ce qu’il relevoit de maladie et ne pouvoit travailler; mais, je crois, pour n’estre point contraint de désobliger quelqu’un. M. le chancelier regarda mon père en riant, qui accepta d’estre rapporteur, dont je fus bien ayse, parce qu’estant personne nécessaire dans ce rencontre, ses intérests luy seroient plus aysément conservés. Je luy dis, après, que je croyois qu’auparavant de parler des autres il devoit faire régler son fait, parce qu’il seroit aysé de luy conserver son rang auparavant que l’on eust establi une règle générale, dans laquelle, peut-estre, il se trouveroit blessé.

Après le disner, M. le chancelier ayant mandé mon père, il y est allé.

«Le soir, nous nous assemblasmes aux requestes de l’hostel , où M. Amelot fit lire deux papiers : le premier estoit des remonstrances, qui avoient esté autrefois résolues dans la compagnie et qui tendoient à avoir pour les maistres des requestes séance du jour du brevet. L’on lut, après, une response faite par MM. de Moricq et Machault pour respondre è un escrit qui avoit esté donné à M. le chancelier par M. de Lezeau, sans y estre nommé, par lequel il prétendoit la séance du jour du serment de maistre des requestes. La conclusion de cette response estoit que, si la séance du jour du serment avoit lieu, M. d’Ormesson se devoit asseoir audessus de MM. Aubry et Favier, et néantmoins il leur avoit tousjours cédé , comme aussy au sieur Amelot, président, et de Chaillou. Ces derniers mots avoient esté augmentés (ajoutés) par M. Amelot-Chaillou , qui prétendoit contester la place à mon père, parce que son brevet estoit de huit jours plus ancien, quoyque plus jeune, et d’aage et de service, de cinq ou six ans, et par son intérest vouloit insister pour le brevet. Les maistres des requestes, au contraire, conclurent à demander le rang du jour du serment, et députèrent pour aller solliciter MM. les princes et chancelier et surintendant.

«Le dimanche, les députés allèrent chez M. Amelot, qui ne s’y trouva pas et renonça d’aller avec eux.

APPENDICE

Avril i f>4 4 -

« Le lundy, ils s’assemblèrent aux requestes de l’hostel et prièrent M. Gaulmin de porter la parole, après avoir fort maltraité M. Amelot sur le refus qu’il avoit fait. L’apresdisnée, nous fusmes travailler chez M. Ricouart, d’où nous revinsmes très-tard. L’on nous dit que M. le chancelier taschoit d’empescher un règlement, et ne s’y pouvoit résoudre , jugeant bien les difficultés. J’allai, le matin, dire un mot à M. d’Emery. Il avoit un grand monde qui l’attendoit et estoit très-puissant, et reconnu pour trèshabile homme.

«Le mardy 12 avril, chez M. le chancelier, M. du Tillet fut ouy, qui prétendoit avoir conservé son rang estant honoraire, M. Godard ayant esté un temps sans prendre place. M. de Machault fut ouy au contraire. Après nous nous retirasmes l.

«Le vendredy matin i5 avril, au conseil, sur les sept heures. Les députés [des maistres des requestes] avoient vu M. le chancelier, suivant l’ordre, et luy avoient fait compliment; à quoy il avoit respondu qu’il n’avoit jamais donné occasion à la compagnie de se plaindre; qu’il ne pouvoit ajouter à sa protection pour elle, et des complimens, et puis leur avoit tourné le dos sans les conduire. A l’issue du conseil , il demanda à mon père si j’avois esté de la délibération. Mon père luy dit que je ne ferois jamais rien contre son service.

«Le mercredy 20 avril, dans le conseil, je rapportai heureusement toutes mes affaires: l’une, pour Palvoisin , contre les graveurs; l’autre, de Mmc du Tron, et la troisième, du bailly de Toui, contre le gouverneur pour présider dans l’hostel de ville à l’eslection des maires et eschevins, et recevoir d’eux le serment. J’estois cl’avis de donner l’avantage au bailly. MM. d’Ormesson et Moricq, à qui j’en avois communiqué, estoient d’avis au contraire. Les uns estoient de mon avis; les autres, au contraire. M. le Prince estoit pour le bailly, et, après avoir bien opiné, il conclut que c’estoit une affaire du conseil d’en haut, et à rapporter devant la reyne; qu’il la falloit mettre entre les mains de M. de Brienne secrétaire d’Estat, pour en faire rapport dans le conseil. Je me retirai, et fis signe aux maistres des requestes de demander que j’en fisse le rapport. MM. Mangot et Le Lièvre le dirent à M. le Prince, qui dit que, si la reyne vouloit la juger

Voy. Journal d’Olivier d’Ormesson , t. I, p. 167.

APPENDICE

comme une affaire d Estât, c’estoit au secrétaire d Estât [à faire le rapport]; si, comme un procès, c’estoit au maistre des requestes. M. Aubry prit la parole, dit que les conseillers d’Estat et maistres des requestes avoient tousjours eu cet honneur. Enfin il fut conclu que j’en communiquerois avec M. le secrétaire d’Estat et la rapporterois devant la reyne.

« L’apresdisnée, je fus communiquer, chez M.de Léon, avecMM. Aubry, de Moricq et Vertamont (mon père et M. Le Bret s’y trouvèrent pour autres affaires), de l’affaire de M. févesque de Metz, abbé de Fescamp, pour les offices de vendeurs de poisson de mer ès ports de Fescamp et Saint-Valéry. M. de Moricq nous entretint des prétentions de M. de Lancé de le précéder en conséquence d’un brevet, qui luy donnoit la préséance sur tous ceux qui entreroient après luy dans le conseil, quoyque plus anciens de brevet, et protestoit bien de ne le pas souffrir.

«J’allai chez M. de Montchal pour concerter l’arrest de M. le Prince et le faire le moins désavantageux qu’il se pourvoit à M. de Murviel. Cette affaire me donnoit grande peine par l’opiniastreté de M. de Murviel1.

«Lejeudy 21 avril, j’allai, le matin, chez M. le chancelier; mais je ne parlai pas à luy. De là, je fus chez M. Le Gras pour Margerit, qui (sic)2 m’avoit recommandé. Il me dit comme je ne devois saluer que la reyne, lorsque je serois appelé pour rapporter mon affaire ; que, dans ce conseil, estoient assis la reyne, Monsieur, M. le Prince, le cardinal Mazarin, M. le chancelier, M. Le Bailleul et M. de Chavigny; que les secrétaires d’Estat sont debout3. De là, chez M. de Montchal, qui demeura d’accord sur un projet que j’avois fait de l’arrest. De là je revins entendre Margerit et Bovaut avec leurs avocats. Après, au conseil.

«Lesamedy 23 avril, au conseil, où estoient Monsieur et M. le Prince; l’on plaida la cause de M. de La Trimouille, à cause du comté de Laval, contre les officiers du présidial de Chasteaugontier. Par la distraction du présidial de Chasteaugontier, faite de celuy du Mans, l’on avoit attribué la connoissance de Laval audit présidial. M. de La Trimouille, sur ce que, dès l’an 1 48 1 , ses prédécesseurs avoient obtenu lettres patentes par lesquelles l’appel des officiers de Laval iroit sans moyen au parlement, avoit

1 Voyez plus haut, sur cette affaire, 3 Voy. sur cette séance du conseil d’en

p. 833 , 834 et 835. haut le tome 1 du Journal d’Olivier d’Or

2 II faudrait probablement qu’il. messon, p 180.

Avril i6A4.

Avril 1 644- obtenu nouvelles lettres adressantes au parlement, confirmatives de ces anciennes, en desdommageant le présidial de Chasteaugontier, dont le roy se réservoit la connoissance; il demandoit à estre renvoyé au parlement pour vérifier ses lettres. Bataille plaidoit pour luy. Les officiers, au contraire, disoient que, nonobstant ces lettres patentes, qui n’avoient point eu d’ effet, le présidial du Mans en avoit tousjours connu; que les officiers de Laval n’avoient jamais réclamé; que ces lettres patentes n’estoient point en connoissance de cause. Ainsy le parlement ne pouvoit entrer et connoistre du fond; qu’il n’avoit point vérifié leur présidial ; qu’on ne pouvoit les desdommager qu’en les remboursant, parce que Laval faisoit la meilleure partie de leur territoire. Langlois plaida pour eux. M. le Prince sortit de sa place et demeura dans la salle pour entendre opiner tout le monde. M. de Moricq, qui avoit rapporté leur requeste, opina le premier et fut d’avis de retenir au conseil. Ce fut mon avis. Les créatures de M. le Prince furent d’avis de renvoyer au parlement. M. Talon, qui avoit esté commissaire au conseil et avoit signé un arrest pour Chaalons , qui maintenoil le présidial , se signala, prenant avis pour renvoyer au parlement. M. Le Bailleul protégeoit les officiers de Chasteaugontier. M. le chancelier, au contraire, opina hautement pour M. le Prince, et il passa à renvoyer au parlement d'une voix. Ce fut, à mon sens, une haute violence d’estre obligé d’opiner en présence de M. le Prince.

« L’apresdisnée , chez M. de Breteuil, sur la mort de M. Le Roux, son beau-père. Nous nous entretinsmes de nostre quartier, de la conduite de ceux qui y estoient, et trouvions qu’il y avoit bien peu de sincérité dans leur conduite. De là, promener dans la maison de M. Marin. L’on disoit que Mme de Guise vouloit vendre l’hostel de Guise, et qu’on luy offroit douze cent mille livres.

« Le dimanche ilx avril, je fus, le matin, chez M. Brisacier, premier commis de M. le comte de Brienne, pour l’affaire du bailly de Toul. Il me remit au lundy matin, M. de Brienne estant desjà sorti.

«Le dimanche 2 5 avril, l’apresdisnée , je fus au sceau, où vinrent MM. Foulé, de Bordeaux et La Marguerie. De là, chez M. Amelot, où Ion vit quelques petites affaires. J’y vis M. Briçonnet, qui avoit acheté la commission de président au grand conseil, de M. Amelot-Beaulieu , soixante douze mille livres.

APPENDICE

«Le mercredy 27 avril, au conseil, je rapportai l’affaire de M. l’évesque Mai 1 644de Melz, comme abbé de Fescamp, contre Bayeux et M'ne de Bréauté, pour les offices de vendeurs de poisson, que l’on vouloit establir à Fescamp et Saint-Valéry. M. de Metz gagna sa cause tout d’une voix. Mon père et M. Haligre tesmoignèrent estre satisfaits de mon rapport. M. d’Emery n’y estoit point, parce qu’il estoit allé à la chambre des comptes porter des édicts. L’apresdisnée, j’allai communiquer chez M. Le Bret de l’affaire de Cazau, où estoient MM. Le Bret, Favier, d’Ormesson, de Rancé, Morangis, Poncet. De là, avec mon père, chez M. le Prince, aux fiançailles de la fille de M. Fermelis avec le fils de M. Vigor, avocat au conseil. De là, promener à Luxembourg.

« Le jeudy 28 avril, matin, au conseil. M. le duc d’Orléans n’y estoit point, et M. le Prince estoit an parlement. Je fis signer les deux arrests de M. de Metz. Le président Gassion, frère du mareschal, prit place au conseil.

«Le mardy 3 may, je pris médecine par l’ordre du frère Isaac1. Le soir,

M. de Fontaines, grand prieur de Fescamp, m’envoya un parfaitement beau turbot, avec grande civilité.

«Le mercredy 4 may, au conseil, M. Tubeuf rapporta une requeste pour les avocats au conseil, auxquels, par leur édict de création au nombre de deux cens, on leur avoit donné qu’ils occuperoient, à l’exclusion des procureurs du parlement, à l’instruction des causes souveraines2, aux requestes de l’hostel. A cela, les maistres des requestes s’opposoient, disant que c’estoit ruiner leur juridiction; qu’ils n’empeschoient point que les avocats du conseil y occupassent, pourvu que ce ne fust point à l’exclusion des procureurs. M. le chancelier contesta au contraire. Néantmoins l'affaire fut remise à une autre fois.

«Sur la fin du conseil, M. de Valencey, sieur d’Estampes, rapporta, debout et couvert, une requeste pour M. de Guise, en cassation d’un arrest donné par forclusion à l’encontre de iuy, pendant son absence, en présence du roy. M. le chancelier, ayant lu l’arrest, luy dit qu’il en sçavoit plus de

1 Ce moine, dont il est souvent question dans les passages supprimés du Journal d'Olivier d’Ormesson, était apothicaire du couvent des Minimes. C’était lui qui

ordonnait et préparait la plupart des médecines dont parle fréquemment notre auteur.

2 C’est-à-dire , jugées souverainement.

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Mai 1 644- nouvelles qu’un autre, parce que l’arrest estoit donné à son rapport. Par cet arrest, l’on deschargeoit l’archevesque de Narbonne de trente mille livres de pension, créées, sur son archevesché, au profit de M. de Guise, comme successeur de M. le cardinal de Joyeuse. M. d’Estampes disant qu’il y avoit eu des raisons en ce temps-là, M. le chancelier lui dit qu’il les devoit dire; qu’il ne parloit point du fond, mais que luy n’avoit connu rien contre l’ordre dans cette affaire, et, s’il y avoit eu quelques raisons particulières, qu’il eust à les dire; quilles devoit sçavoir, puisqu’il en avoit esté le rapporteur et avoit esté d’avis de l’arrest; et, comme c’estoit une affaire jugée en présence du roy, l’on ne pouvoit casser cet arrest dans ce conseil , et que Monsieur luy pardonneroit s’il disoit , quoyque son autorité n’y fust point blessée, qu’il n’avoit pas le pouvoir de casser en sa place un arrest donné en présence [du roy]; que ce seroit faire trop de préjudice au roy. Monsieur répliqua et dit que chacun sçavoit [assez] les violences du temps et la persécution de M. de Guise pour casser un arrest donné contre luy, pendant son absence.

(.Enfin, l’affaire mise en délibération , M. d’Estampes dit qu’il croyoit que, dans ce conseil, l’on pouvoit prendre connoissance de cette affaire; que l’arrest donné en présence du roy n’estoit pas autre que ceux du conseil; qu’il pouvoit dire, comme cet avocat qui respondit à un qui disoit qu’on ne pouvoit prendre requeste civile contre un arrest donné en robes rouges : La couleur n'y fait rien. Le roy estoit mineur; ainsy l’on ne pouvoit appeler a Cæsare male informato ad Cæsarem melius informandum 1 , et fut d’avis d’assigner. Les maistres des requestes demandèrent à y opiner. M. le chancelier leur dit qu’il ne pouvoit y avoir affaire plus de l’Estat que cellelà, puisque l’on la jugeoit ne pouvoir estre terminée dans ce conseil, et qu’à cette heure c’estoit continuelle opposition de MM. les maistres des requestes : les uns estaient d’avis que l’affaire seroit rapportée devant la reyne; d’autres, d’y ajouster que le conseil estoit d’avis que l’on pouvoit assigner sur la cassation de cet arrest.

«M. le Prince dit qu’il pouvoit, à son grand regret, parler du monde passé; qu’il avoit esté dans le conseil durant la régence de la feue reyne

1 C’est ordinairement sous le règne de dote du condamné en appelant au roi Philippe, roi de Macédoine et père d’A- mieux informé. lexandre le Grand , que l’on place l’anec-

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mère; qu’il y avoit deux sortes d’arrests d’Estat, les uns signés du secré- Mai 1644 taire d’Estat, sans que le roy en eust connoissance, mais pour leur donner plus de force dans les provinces; que de ceux-là l’on en prenoit connoissance dans le conseil; mais que, [pour] ceux qui estoient donnés en présence du roy, il n’y avoit que luy qui y pust toucher; que c’estoit marque de sa souveraineté ; que néantmoins les roys avoient tousjours apporté cette modération, qu’ils se réservoient à eux seuls la connoissance des affaires d’Estat, mais que celles des particuliers, (pii consistoient en justice distributive, depuis le temps qu’ils ne rendoient plus eux-mesmes la justice à leurs sujets au pied des arbres et avoient commis des juges, ils laissoient passer les affaires à la pluralité des voix; qu’il avoit vu la feue reyne mère donner exactement cette liberté, et mesme ne vouloir pas dire son avis; qu’il ne failoit pas dire que le roy estoit mineur, parce que la reyne a l’autorité souveraine comme le roy, s’il estoit majeur, avec cette restriction qu’elle est obligée de prendre l’avis de Monsieur et le mien, et néantmoins peut ne le pas suivre, si bon luy semble; que c’estoient les lois de l’Estat, auxquelles ils s’estoient soumis, et qu’ils dévoient entretenir; qu’il estoit d’avis que cette affaire fust rapportée devant la reyne, et que, si elle avoit agréable de la renvoyer en ce conseil, comme il ne croyoit pas quelle voulust retenir cette affaire, alors ils auroient le pouvoir de faire ce qu’il faudroit. Monsieur fut du mesme avis. Chacun blasmoit fort M. d’Estampes de s’estre chargé d’une requeste en cassation d’un arrest donné à son rapport.

«Le mercredy 11 may, je fus tard au conseil. M. le Prince avoit un placet pour l’affaire de Mme de Gourgues, et me demanda pressamment [de rapporter cette affaire]. Je luy dis que c’estoit une affaire du conseil des parties, et que tous les arrests y avoient esté donnés. Au contraire , me dit-il , elle est pure finance, puiscjue l’Isle est un domaine. Et, sur ce que le lendemain il devoit estre au parlement, l’affaire fut [remise] au premier mercredy de conseil d’après la feste. Il portoit l’intérest de M":cde Gourgues. Je fus chez M. Aubry rapporter plusieurs affaires concernant le pont1. Le soir,

M. d’Auné2 me vint avertir que ce seroit pour le lendemain apresdisnée que la reyne me donnoit audience pour son affaire.

1 II s’agit du Pont-au-Change , que l’on d’Ormesson, t. I, p. 4oo.) — 3 Le nom est faisait alors reconstruire. 11 ne lut terminé ainsi écrit dans le Journ.d’Oliv. d’Ormesson. qu’en 1 648. (Voyez le Journal d’Olivier II faudrait peut-être Aulnay ou A ulnais.

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Mai 1 644- «Le jeudy 12 may, sur les dix heures, l’on m’apporta un billet de la part de M. le Prince pour aller rapporter l’affaire de Cazau. J’y fus aussytost. M. le Prince, son audience du parlement ayant esté remise, estoil venu au conseil exprès pour cette affaire. M. de Morangis, qui estoit des commissaires et n’estoit point assis, se vint asseoir. M. le Prince, qui sçavoit qu’il seroit contre Mme de Gourgues, luy dit que, par le règlement, après neuf heures, il ne pouvoit s’asseoir. M. le chancelier dit : Ouy, pour déplacer un de Messieurs; mais quand l’on trouve sa place, l’on peut à toute heure la prendre. 11 me fit rapporter cette affaire qu’il estoit fort tard, et différer la signature des arrests. Je la rapportai tout entière, avec beaucoup d’attention de tous. Quand ce vint aux moyens, il m’arresta et demanda mon avis et me pressoit, parce qu’il voyoit que mon sentiment alloit contre Mme de Gourgues. Je conclus, et mon avis fut: débouter de la cassation de l’arrest et renvoyer les parties contester aux requestes de l’hostel sur l’estimation des Aubarcdes (?). MM. Le Bret, Favier, Haligre et Morangis furent de mon avis. M. le Prince disoit : La partie est bien concertée contre Mme de Gourgues. Enfin M. Le Gras fut d’avis de casser. M. Poncet opina après, qui renversa quantité de faits que M. Le Gras avoit dits et fut de mon avis; d’autres, de casser; d’autres, de retenir au conseil. M. le Prince fut d’avis de casser. Il passoit à mon avis. Je luy dis que l’on pouvoit, dès à présent, liquider l’estimation pour sortir les parties d’affaire. Il fit donc opiner encore une fois. Je fus d’avis de dix mille francs; les autres de quatre. Il briguoit les voix avec la plus grande ardeur du monde. Enfin il passa aux dix mille francs; mais l’on y comprit les despens adjugés par l’arrest du conseil. M. le chancelier fut tousjours de mon avis.

u Le mardy 2 4 may, je fusdisner chez M. le chancelier, où je me trouvai à sa gauche, n’y ayant que MM. de Hère, Tillier et Bernières. Il estoit bien gay. Après le disner, je vis sa bibliothèque, avec le sieur Biaise, que je trouvai fort belle.

« Le mercredy 2 5 may, je fus au conseil et présentai l’arrest de Cazau, comme il avoit esté résolu, quoy qu’il m’eust fait instance de faire entendre que l’on luy faisoit perdre dix sept années de procédures et de frais, qui se montoient à de grandes sommes, et M. le chancelier en dit un mot. Mais M. le Prince insista au contraire, et l’arrest fut signé par luy, disant qu’il estoit juste.

APPENDICE

« Le mardy 6 septembre, mon frère 1 me dit que l’on avoit commencé à SeptemL. 1644. opiner au grand conseil sur l’affaire de M. le Prince contre le prieur d’Aulnay et Mmc d’Aiguillon, et qu’ils estoient huit à opiner. M. le Prince vint, 4 l’issue du disner, voir mon père et mon frère, et leur dit que de sa voix despendoit le gain de son procès, et que de ce qu’il feroit, il s’en souviendroit toute sa vie. Cela nous embarrassa fort. Néantmoins mon frère estoit résolu de dire son avis en conscience.

«Le vendredy 8 septembre, matin, l’on tint conseil de finances, parce que la reyne alloit ce jour à Fontainebleau et Monsieur cà Limours. Il commença à sept heures. Monsieur dit que le premier conseil de finances seroit le samedy en huit jours à Fontainebleau. 11 y eut contestation entre M. le duc de Montbazon et le mareschal de L'Hospital sur ce que, M. le Prince arrivant, le duc de Montbazon fut obligé de sortir de sa place, et M. de L’Hospital, qui estoit assis au-dessous, ne voulut pas descendre. Néantmoins,

M. de Montbazon ayant pris une chaire au-dessus, il se retira, disant que les mareschaux de France marchoient avec les ducs comme ils se rencontroient; si les ducs estoient les premiers, ils le souffroient, mais ne leur cédoient pas la place. Monsieur dit qu’il n’avoit jamais vu cette dispute au conseil, et M. de L’Hospital se retira.

«Après le conseil, M. le Prince vint à moy me dire que je recommandasse avec affection son affaire à mon frère. Je luy dis que je prierois mon frère de se retirer, s’il n’estoit pour luy. Il me dit que, si cela se pouvoit, il luy feroit plaisir; mais qu’il ne le croyoit pas, à cause que les avis estoient commencés. L’on l’appela; ce qui fit qu’il me quitta. Je dis à Gallois que je souhaiterois que M. le Prince récusasl mon frère, et luy donnast moyen de se retirer avec honneur.

«M. le Prince vint le soir me trouver et me fit appeler, et demeura sous la porte. Il me dit que, sur ce que je luy avois proposé le matin, au conseil, de faire que mon frère ne fust pas de ses juges, qu’il me venoit dire que mon frère l’obligeroit autant de se retirer que d’eslre pour luy. Je luy dis que je croyois que mon frère auroit peine à se retirer, les avis estant ouverts; mais qu’il luy donnast moyen de le faire. Et comment ce? dit-il. —

Le récusant. — Et quels moyens de récusation puis-je dire? L’on se moquera de

' Simon Lefèvre cl’Ormesson, sieur (Voy. la généalogie de la famille d’Ormesd’Estrelles, conseiller au grand conseil. son , à la suite de l’Introduction au t. I.)

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Septemi». i644. moy, et cela nie fera tort. A quoy je dis qu’il pouvoit dire que mon père estoit rapporteur de Mmc d’AiguiJlon, qui estoit partie en l’instance, et que mon frère avoit dit son sentiment de son affaire. Il ne jugeoit pas ces moyens faciles et s’en alloit mal content, lorsque je luy dis qu’il luy deffendist et qu’il n’iroit pas. Oay ; mais, respondit-il , il m’ira tympanniser et dire yaeje l’ay empesché par violence ; mais qu’il feroit ce que mon père voudroit, et que je le luy allasse dire. Je le laissai sous la porte, l’ayant voulu ainsy, et j’allai parler à mon père, qui descendit et luy promit que mon frère n’iroit point, pourvu que la compagnie ne l’envoyast point quérir. Après quoy il sortit content et s’en alla chez le président, et revint sur les sept heures pendant un grand orage et tonnerre, qui chut et tua un homme à la Culture-Sainte-Catherine. Il me lit appeler et mon père, descendit et nous dit que mon frère se gardast bien de ne point aller au grand conseil; qu’il aymoit mieux qu’il fust contre luy; que cela gasteroit davantage son affaire, parce que les présidens luy avoient dit que simon frère ne venoit pas, l’on ne jugeroit pas son affaire qu’il n'y fust; qu’il ne vouloit point le récuser, si mon frère ne demeuroit d’accord de ce qu’il diroit, qui seroit que M. son père estoit rapporteur de Mme d’Aiguillon , outre que son fils s’estoit déclaré estre contraire en son affaire, et qu’il tesmoigneroit que cela viendroit de dehors la compagnie pour ne pas désobliger ses amys dans la compagnie . qui luy disoient tout ce qui s’y passoit. Enfin mon frère en estant demeuré d’accord, il s’en alla satisfait, disant qu’il nous trouvoit tousj ours contraires dans toutes ses affaires; qu’il m’avoit choisi pour son rapporteur, et que je l’avois condamné1, et que MM. Amelot et Morangis ne l’avoient jamais fait.

« Le samedy 9 septembre, matin, je fus au Palais. Au retour, mon frère me dit que la requeste avoit esté présentée, où M. le Prince ayant ajouté qu’ayant esté contraire, au règlement du conseil, à M. d’Ormesson en faveur de M. Chaillou (Amelot), il ne l’avoit depuis regardé de bon œil; qu’après sa déclaration il avoit passé que, s’il déclaroit avoir descouvert son avis à M. le Prince depuis les avis commencés, il seroit récusé, sinon qu’il demeureroit. Sur quoy estant rappelé et en estant demeuré d’accord, en sortant il avoit ouy M. Chouart qui avoit dit : Eh bien! voilà l’effet de rece-

^oy. plus haut, p. 835-836.

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voir des jeunes gens à vingt ans; ils font honte à la compagnie. Ce qui l’avoit Décemb. 1(544. obligé de rentrer, et de dire que ce qu’il avoit dit, il y avoit esté obligé par M. le Prince, qui l’avoit concerté la veille, avec luy, chez M. d’Ormesson; mais qu’il estoit faux qu’il eust jamais tesmoigné son sentiment à M. le Prince, et s’estoit retiré, quoyque quelques-uns eussent dit qu’il failoit qu’il demeurast. Je le louai de sa générosité.

« L’apresdisnée, je fus à Amboille, sur un cheval de M. Morand, et trouvai M. le comte d’Harcourt, qui cbassoit dans Saint-Maur. Je me joignis à luy, et chassai avec luy.

« Le vendredy 16 septembre, je reçus des lettres de mon père qui m’apprirent que l’affaire de M. le Prince, contre l’abbé d’Aulnay, estoit partagée, et que chacun avoit estimé mon frère de sa générosité.

« Le samedy 26 novembre, au conseil, où fut jugée l’affaire de Mme de Guise, à qui il estoit deu par le roy onze cent mille livres pour le reste de la rescompense de Chasteaurenaud, vendu au roy parla princesse deConty dix-sept cent mille livres. Il fut jugé que le roy luy payeroit l’intérest au denier dix (10 p. 0/0), attendu qu’il luy avoit donné pour cette somme des offices de controleurs des tailles, sans qu’il les pust supprimer, dont elle jouissoit au denier dix, et néantmoins les avoit supprimés en 1 6 3 5 .

M. le Prince parla fort à l’avantage de feu M. de Guise, qui n’avoit jamais esté que serviteur du roy pendant la Ligue, ayant esté prisonnier, et après ayant ramené une province au service du roy, par la mort de Saint-Paul, sa personne ayant mis la division parmi les ligueurs-, que depuis ayant esté pressé par la tyrannie du temps passé, c’est-à-dire de ceux qui gouvernoient lors, il s’estoit retiré à Florence, où il n’avoit point brouillé. Le controleur général avoit conclu au denier quatorze (7,1 4 p. 0/0).

«Le samedy 3 décembre, je fus le matin au conseil, où M. Poncet rapporta une requeste pour les communautés de Carcassonne contre la ville qui s’estant soulagée par un nouveau compoix, ils demandoienl l'exécution de l’ancien , conformément à un arrest sur requeste qui l’avoit ordonné Cette requeste estoit recommandée par M. l’abbé de La Rivière, et estoit protégée à cause de M. le Prince; M. d’Emery, à dessein ou autrement, disant n’avoir pas entendu le rapport, M. le Prince dit, jurant, Vous en opinerez, et remit le fait. M. d’Émery ne sçavoit que dire, quand M. le chancelier dit qu’il failoit renvoyer la requeste à l’intendant pour y estre

APPENDICE

Mars 1 645. pourvu, ainsy qu’il verroit à propos, et tesmoigna s’opposer à cette requeste; au contraire, M. le Prince [s’efforça] pour la faire passer; elle passa de deux voix. Cette opposition me lit croire que La Rivière, qui prenoit le parti de Guise1, n’estoit pas bien auprès du cardinal, que M. d’Emery, de peur de se mesprendre, n’avoit pas voulu opiner, et que, M. le Prince l’ayant obligé à se déclarer, il avoit pris le parti contraire avec M. le chancelier, et M. le Prince l’avoit protégé, ayant, dès l’autre conseil, pris ouvertement le parti de Guise.

« Le mercredy î 4 décembre, M. le Prince gagna, au grand conseil, son procès contre l’abbé d’Aulnay, et n’eut que quatre voix contraires, dont M. de Fourcy fut le premier.

«Le mercredy 8 mars i G A 5 , je fus au conseil, où M. de Chaulnes, intendant en Picardie, présenta requeste, rapportée par M. Poncet, pour avoir raison d’un libelle diffamatoire qu’un nommé Bouvot avoit fait contre luy. Bouvot fut ouy, qui l’accusa d’estre traitant de la subsistance, d’avoir fait faire la recette du prest par ses domestiques, d’estre intéressé dans toutes les levées, etc. M. de Chaulnes fut ouy après, dit qu’il avouoit que ses domestiques avoient exécuté des contraintes, et n’avoient reçu que comme des huissiers; que c’estoit le profit du roy, parce que le roy payoit auparavant deux escus par jour à chaque archer, et luy n’en payoit qu’un; qu’il ne respondoit point de son secrétaire; qu’il le livreroit pour luy faire son procès, s’il avoit manqué. Enfin il en dit trop pour son honneur, et je connus qu’il est dangereux à un homme de parler en sa cause. L’affaire mise en délibération, il passa à commettre deux du conseil avecM. Poncet, par devant lesquels Bouvot viendroit avouer ou désavouer ce libelle, en dresser procès-verbal pour, le tout vu et rapporté, estre ordonné ce que de raison. Les puissances parloient selon leur inlérest, parce que la partie secrète estoit la duchesse de Chaulnes, qui vouloit perdre M. de Chaulnes, qui estoit du parti de M. d’Elbeuf. M. le Prince estoit contre l’intendant, et Monsieur pour. Je trouvai que la condition d’un intendant est misérable d’estre obligé de rendre raison de ses actions au bout de la table du conseil, et à l’homme le plus innocent l’accusation laisse une tache. Il est plus court de n’y point aller.

1 Voy. le tome I du Journal d’Olivier d’Ormesson, p. 23 1.

APPENDICE

« De là, disner chezM. le chancelier. Après, j’allai chezM. de La Grange, Août i645. qui m’apprit que M. de Marcouville, après avoir esté agréé, dans la recherche de Mlle Martineau, de ses frères, Bordeaux i’avoit traversé en tout et fait que les frères avoient conclu un mariage avec La Vallière, cousin du surintendant, de sorte que, pour ne pas recevoir l’affront, ill’avoit enlevée, de son consentement, le mardy matin, en l’église des Feuillans, emmenée à Neufville, où ils avoient esté mariés, et que de là ils estoient allés à Villarceaux; qu’ils estoient en peine de sçavoir ce que les frères faisoient. Je fus chez M. Brigalier.

«Lejeudy 9 mars, je passai la matinée chez M. de La Grange, où il fut conclu de présenter le vendredy matin requeste au parlement pour avoir des deffenses de passer outre par le lieutenant criminel. L’apresdisnée, j’y retournai au soir, et y demeurai jusques à près de onze heures. MM. Bataille et Lhoste y estoient pour dresser la requeste.

« Le jeudy matin 3o mars, au conseil, où M. Poncet rapporta l’affaire de M. de Chaulraes contre Bouvot fort bien, et il passa à mander Bouvot, le blasmer, le condamner à aumosner quatre cens livres aux prisonniers du Four-L'Évesque (For-l’Evêque); que le libelle seroit lacéré en l’audience présidiale d’Amiens. M. le Prince fit ce qu’il put pour Bouvot, qui estoit l’homme de Mme la duchesse de Chaulnes contre M. de Chauines, conseiller d’Estat, intendant, qui estoit àM. d’Elbeuf. Il reçut la rescompense d’avoir tousjours bien fait, parce qu’il ne fut rien justifié contre luy. Du conseil , je montai à cheval pour aller à Amboille avec M. le curé d’Aynouvilie (sic) f d’où je revins le soir.

« Le lundy 3 1 juillet, je fus, au matin , au sceau, où M. le chancelier me regarda favorablement2, et rapportai force lettres.

« Le mardy ier aoust, au conseil, à l’issue de la messe, il dit à mon père que Mmc d’Ormesson ne se devoit plaindre qu’il n’affectionnast pas son fils, et qu’il l’aymoit, et toute sa maison, et cordialement. Mon père me le dit aussytost, dont je fus bien ayse.

1 Le Gendre, curé d’Hénouville. Un traité De la manière de caltiver les arbres fruitiers a été publié sous le nom de ce personnage. (Voy. l’Introduction au tome I du Journal d’Olivier d'Ormesson , p. xi.ix.)

2 Olivier d’Ormesson a rappelé dans son Journal (t. I, p. 290) que, quelques jours auparavant , le chancelier avait affecté de ne pas le regarder.

APPENDICE

Août 1645. « Le mardy 1er aoust, j’allai disner chez M. le chancelier il me fit bon

visage. Je luy parlai de l’affaire de Lourdet, où il se trouva fort empesché; il me dit qu’il falloit la rapporter au conseil.

« Le samedy 5 aoust, je fus, l’apresdisnée, à Sucy avec mon père et ma mère, les pères Oronce et Irénée, qui vinrent le lendemain coucher à Amboille. M. de Feuquières y vint aussy, qui s’en retourna à la nuit. Ils s’en retournèrent le lendemain apresdisnée, fort satisfaits et de la bonne chère et de la maison.

«Le mercredy 9 aoust, je revins le soir à Paris, et m’en retournai le vendredy, apresdisnée, à Amboille avec mon frère, où ma femme estoit demeurée.

«Le samedy, l’apresdisnée, nous fusmes, mon frère, moy et ma femme, à Chessy.

«Le lendemain i3, je fus, avec Mme de Fourcy, voir les bastimens nouveaux du chemin. De là, à Conches, chez M. Parent, puis chez M. de Fontenelles.

«Le lundy 1 4, à la chasse, mon frère chut en poussant son cheval dans le marais de Lesche et se coupa le nez. Il le fallut panser et le saigner. Sa chute fut très-grande. Le lendemain, je le renvoyai à Paris dans mon carrosse.

«Le jeudy 1 7, je partis le matin de Chessy.

«Le vendredy 18, au conseil, où je fis signer l’arrest de M. de Metz.

« Le samedy 1 9 , j’envoyai à M. le chancelier des pavies et du rousselet d’Amboille, dont il demeura fort satisfait.

« Le dimanche 20 , au matin, je fus voir M. le chancelier pour sçavoir si je verrois M. le premier président sur l’affaire de Lourdet, de la Savonnerie1 2; il me dit que ouy, et que je luy tesmoignasse comme il luy avoit renvoyé

1 Voy. t. I du Journal d’Olivier d’Ormesson, p. 3oo.

2 La Savonnerie était une fabrique de tapisseries de la couronne fondée, en 1 6où , dans un vieux bâtiment où l’on faisait primitivement du savon. Simon Lourdet en était devenu directeur en 1626. La Savonnerie était située sur le quai de

Billy, au pied des hauteurs de Chaillot. Quant à la nature du procès dont parle Olivier d’Ormesson , les renseignements sont insuffisants. On voit seulement qu’il y avait, pour cette affaire, un de ces con flits si fréquents entre le parlement et le Conseil d’Etat.

APPENDICE

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cette affaire. L’apresdisnée , je fus chez M. le premier président, que je trouvai dans sa gaflerie, qui m’escouta fort attentivement; me dit qu’il ne recevoit les plaintes par ma bouche; que Lourdet despendoit d’eux et qu’ils ne pourroient le mettre à la raison tandis qu’il trouverait protection à la cour; que le conseil n’en avoit point deu prendre connoissance; que M. le Prince n’avoit pas esté d’avis de luy renvoyer [Lourdet]; mais qu’il estoit en colère. Enfin il demeura fort arresté à ne point escouter les plaintes de Lourdet.

«Le mercredy 23 aoust, je retournai chez M. le chancelier, auquel je rendis raison de ma conférence avec le premier président. 11 en rit, s’attendant bien à cela, et me dit que je devois voir M. Le Gras pour après en rendre raison à la reyne, si elle le désirait, et sçavoir sa volonté. L’apresdisnée, je fus chez M. Le Gras, qui me dit qu’il prendrait les plaintes de Lourdet, les présenterait à la reyne et les porterait iuy-mesme au premier président. Je le priai de ne me point engager à parler à la reyne de cette affaire-là, afin de ne point désobliger le premier président.

«Ensuite à Ormesson, où estoient Mme de Nemours et M. d’Aumalle, chez M. du Pii. Il nous vint voir, dès le soir, avec beaucoup de civilité, et continua, jusques au lundy que nous revinsmes, avec toute la familiarité possible; c’est un prince bien fait, fort gay, obligeant et de bon esprit. Nous jouasmes fort à la paulme et fismes venir, le vendredy, Juchereau, autrement Pied-Gris, qui joue admirablement. Les joueurs de Villiers-le-Bel vinrent le dimanche, qui perdirent.

«Le lundy 28, je revins au matin].

«Le dimanche 10 septembre, nous prismes jour, M. Le Gras et moy, pour aller voir la Savonnerie.

«Le lundy, sur les quatre heures, je fus, avec M. Le Gras, à la Savonnerie, où nous trouvasmes un grand désordre à cause des petits enfans, qui sont aux escolles.

«Le mardy, travailler chez M. Aubry pour les affaires du pont, et l’on me chargea des affaires des boutiques. L’apresdisnée, je les ouys tous.

«Le jeudy 1 4 , je fis arranger mes livres par Josse et Hugueville, son beau-frère.

1 Vov. t. 1 du Journal d'Olivier d’ Ormesson , p. 3o5-

APPENDICE

Novemb. 1 64 5. «Le vendredy i5 septembre, je fus au matin à Amboille, où MM. Monard et Noblet, gendre de M. Villedo, me vinrent voir pour tirer le plan d’Amboille; ce qu’ils firent, et, le dimanche, ils s’en retournèrent. Nous ailasmes pescher, lesamedy, à Sucy, où nous prismes trois beaux brochets et donnasmcs, le mardy, à disner à mon frère le Minime.

« Le samedy 2 3 , après le disner, je pris occasion de parler à M. le chancelier de l'affaire de la Savonnerie.

« Le mardy dernier octobre, je fus, avec ma femme etM. deCollanges, à Ormesson trouver mon père, où nous passasmes la leste de Toussaint, avec le plus beau temps possible.

« Le vendredy 3 novembre, nous revinsmes tous à Paris, où j’appris la mort de M. de Miramion, fils unique de M. de Miramion , petit-fils de M. de Choisy, décédé le jour des morts, au soir, laissant sa femme, qui est Bonneau, grosse de six mois après sept mois de mariage. »

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