‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, et extraits des mémoires d'André Lefèvre d'Ormesson. PubliésChapitre 53 sur 71 · AU PARLEMENT1 (NOVEMBRE · texte numérisé non relu

AU PARLEMENT1 (NOVEMBRE

«Lesamedy lx novembre, le nommé Ferdinand, peintre, commença le portrait de ma femme. L’apresdisnée, je fus voir M. de Morangis. Là, je trouvai M. de Bernières. Nous ailasmes ensemble chez M. Le Nain, auquel je parlai de l’affaire de M. d’Espeisses. De là, je fus voir M. de Thou 2 sur l’achat par luy fait de la commission de président en la première des enquestes, de M. Barillon, pour quarante et un mille escus. Il me dit qu’il avoit obtenu dispense du service et qu’il estoit asseuré, des principaux du parlement, qu’il seroit receu le premier, et que celuy qui avoit la commission de M. Gayant ne seroit receu qu’après luy. De là, je vis Mmc de Thou 3,

1 Voy. les Mémoires d’Omer Talon.

J Jacques-Auguste de Tliou, troisième fils de l’historien de ce nom et frère puîné de François-Auguste de Thou, qui avait été décapité à Lyon en i642.

1 Marie Picardet, fille de Hugues Pi cardet, procureur général au parlement de Bourgogne, et de Marie Le Prévost.

C’est probablement par Marie Le Prévost que les familles d’Ormesson et de Thou

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qui croyoit estre grosse. Quelques-uns blasmoient M. de Thou de sa réso- Novemb. 1 6 4 5 . lution , n’estant pas assez fort ni expérimenté pour soustenir la première place. L’on me dit que M. le chancelier luy avoit signé ses lettres avec dispense, sans qu’il l’eust vu, et les luy avoit envoyées.

« Le lundy 6 novembre, je me purgeai, par ordre de M. Vallot, pour un dévoiement qui me tenoit depuis huit jours. Je sçus par M. de Lezeau que Mme de Montchal estoit morte samedy dernier, avoit disposé de presque tout son bien en œuvres pies par testament, dont il estoit l’exécuteur avec le père Vincent et M. Goffre.

« Le mardy y novembre, je fus à Saint Gervais, au service de Mme de Montchal. Le premier deuil estoit conduit par les arclievesques d’Auch et de Vienne-, le second, parles archevesque de Bourges et coadjuteur de Sens.

M. l’archevesque de Toulouse fit l’office. Il y avoit nombre d’évesques, qui se mirent à la droite, dans les chaires les plus proches du chœur. Le deuil et les personnes de condition à la gauche , à l’ordinaire.

«Le mercredy 8 novembre, je fus au conseil, où j’appris que M. le duc d’Orléans avoit eu , le lundy et le mardy, une colique néphrétique avec de très-grandes douleurs, mais qu’il se portoit mieux. L’apresdisnée , voir M. de Montchal. De là , chez M. Amelot , travailler. Au retour, mon père me dit que, faisant des excuses à M. le controleur général de ne l’avoir pas vu à la Chevrette, à cause du grand monde et de M. le cardinal , il luy avoit dit qu’au contraire il y devoit venir; que M. le cardinal le connoissoit bien et qu’il luy avoit dit son mérite, et mesme luy avoit parlé de moy avantageusement, et qu’il devoit y venir la première fois qu’il iroit.

« Le vendredy î o novembre , je fus, avec ma femme , disner à Amboille. Le dimanche, je fus disner, avec M. de Collanges, à Sucy, et de là à Chenevières voir jouer une partie de longue paulme.

«Le mardy i4 novembre, je revins d’ Amboille. J’appris que M. le président de Novion estoit mort le vendredy au soir, et avoit esté vu le samedy dans son lit avec le manteau de président, la fourrure et le bonnet carré en teste, son mortier à ses pieds. J’appris la prise de Hulst par les Hollandois.

étaient alliées. La mère d’Olivier d’Ormes- l’Introduction au tome I du Journal d’Oli son se nommait Anne Le Prévost. (Voy. vier d’Ormesson.)

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Novemb. 1 645.

« Le mercredy 1 5 , au conseil 1. De là en l’Université , où je vis M. d’Aumalle et son neveu. L’apresdisnée , je fus visiter M. de Novion et M. de Bouville, où M. Gontier nous conta le procès de Madaillan, qu’ils voyoient dans la grand’chambre , lequel, ayant esté meslé parmi les croquans2 et excepté dans l’abolition générale, obtint abolition particulière, ensemble d’autres crimes particuliers, à la charge qu’il descouvriroit une conjuration importante contre l’Estat. Il accusa M. le cardinal de Richelieu, M. d’Espernon, M. de Guise et autres grands d’avoir voulu faire tuer le roy, et présenta mesme le couteau. Sur quoy, estant pressé de dire les circonstances, il se desdit et fut mis prisonnier. Depuis le retour de M. d’Espernon, il (M. d'Espernon) s’estoit porté partie contre luy pour luy faire faire son procès comme à un calomniateur, ensemble à un inceste (incestueux) , qui avoit fait deux enfans à sa fdle, qui estoit prisonnière avec luy, qu’il estoit encore accusé de violement, incendie, meurtre; que de ce procès M. Ferrand estoit rapporteur.

«De là, j’allai voir Mme d’Espeisses, où je vis Mlic sa fille, destinée pour aller en Pologne , qui s’estoit rompu le bras , soit véritablement ou pour s’excuser du voyage.

« Le jeudy 16 novembre, je fus au Palais. L’apresdisnée, voir M. de Lezeau pour un bénéfice. J’appris que MM. des enquestes s’estoient assemblés pour empescher la réception de M. de Thou [en qualité de président]3, n’ayant que deux ans et demy de service , et estoient allés à la grand’chambre pour demander l’assemblée des chambres.

« Le vendredy î y, je fus, au matin, visiter M. Payen; de là, au conseil. Au retour, j’appris que l’opposition de MM. des enquestes contre M. de

Thou n’estoit que pour arrester M. d’Emery, le fils, qui prétendoit aussy se faire recevoir en la charge de président, en la troisième, et l’on disoit

que M. de Thou n’ avoit obtenu sa dispense aysément de la cour que dans la pensée qu’il serviroit d’exemple au fils de M. d’Emery4.

1 Voy. Journ d'OL d’Orm. t. I, p. 33 1.

2 On désignait sous le nom de croquans

ou crocquans des paysans qui s’étaient révoltés, en 1692, dans l’Auvergne, la Marche et le Limousin. Ils tiraient leur

nom de la petite ville de Crocq, département de la Creuse.

3 Cf. les Mémoires d'Omer Talon. On pourrait croire, en lisant ces derniers Mémoires, que les événements se passent en 1 644 ; mais il y a là une erreur qui doit être imputée aux éditeurs plutôt qu’à l’auteur.

4 Voy. les Mémoires d’Omer Talon, qui

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« Le lundy 20 novembre, je fus au sceau, où je vis M. de Blancmesnil, Novemb. 1645 qui attendoit que M. le chancelier luy scellast ses lettres pour l’office de président en la première, de M. Gayant. Je crus alors que M. deThou perdroit la préséance, M. de Blancmesnil ayant sept ans de service actuel et trois ans depuis qu’il s’estoit delfait de sa charge. L’apresdisnée, chezM. du Bignon, où j’appris la mort de M. Chauvelin.

«Samedy 2 5 novembre, l’apresdisnée, je fus voir M. de La Bistrade, où je vis Mme de Fleury, sa cousine.

«Le dimanche 26 novembre, M. Machon m’estoitvenu voir, qui me dit comme, le dernier jour du sceau, M. le chancelier avoit parlé de moy, comme en estant satisfait et raillé de ce que je m’estois retiré, comme si c’eust esté par impatience.

«Le mardy 28 novembre, au Palais; au retour et l’apresdisnée, chez M. Amelot, où M. Le Nain ne voulut pas venir rapporter. J’appris que Madaillan estoit condamné à avoir la teste tranchée; mais que le premier président avoit fait remettre l’exécution à demain pour donner temps à M. le Prince de demander grâce, qui avoit sollicité hautement pour luy.

«Lemercredy 29 novembre, je fus au conseil, où je vis contestation: les maistres des requestes et M. Foulé particulièrement insistant pour opiner dans une instance pour Mme la mareschale de Guébriant, rapportée par M. de Bérulle, M. le chancelier leur dit que cela estoit bon pour les instances qui sont naturellement du jeudy, et où le roy n’a point d’intérest, que Monsieur ou M. le Prince font rapporter le mercredy ou samedy.

Enfin ils n’y opinèrent point. On apporta un billet à M. le chancelier comme Madaillan est condamné à avoir la teste tranchée, et sa fille à estre renfermée dans un couvent. De là, au Palais, où j’appris la mesme chose de Madaillan et qu’il estoit jugé de la veille.

«La mercuriale s’estoit passée à l’ordinaire, sans que l’on eust parlé des présidens de Thou et de Blancmesnil ; que ce seroit pour vendredy.

«Le jeudy 3o novembre, M. Dorât, conseiller, me vint voir et j'appris que l’affaire des présidens ne s’accommodoit point, comme l’on avoit dit, par le moyen d’un président des enquestes qui viendroit estre l’ancien , et

parle aussi de ce fils de M. d’Émery, connu Thoré. On peut consulter, sur ce person-

dans la suite sous le nom de président de nage, les Historiettes deTallemant des Réaux.

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-Novemb. 1 6 4 5 . chacun d’eux seroit second dans deux chambres; mais qu’ils sollicitoient, chacun d’eux croyant son affaire sans difficulté. M. de Thou disoit qu’il avoit traité le premier; que son rapporteur, voulant rapporter ses lettres pendant les vacations, avoit esté remis, avec asseurance d’avoir le soit monstré le lendemain de la Saint-Martin; que, s’il n’avoit que deux ans et demy de service, il en avoit dispense par ses lettres; qu’il avoit trente-cinq ans; qu’il estoit fils de maistre immédiatement, estant fils et petit-fils de présidens de la cour, outre que, de ses deux grands oncles, l’un estoit chancelier de France, et l’autre premier président du parlement; que M. de Blancmesnil n’estoit point fils de maistre, son père n’estant de la robe; qu’il n’avoit que sept ans de service , et qu’il y avoit trois ans qu’il n’estoit plus officier; que la faveur devoit estre pour le titulaire, et qu’il avoit traité le dernier, et après l’avoir vu engagé; que ses lettres ne portoient point dispense de service.

« M. de Blancmesnil disoit qu’il n’avoit traité qu’après avoir vu que MM. des enquestes s’opposoient à la réception de M. de Thou, et ainsy que cette traverse ne venoit point de son fait; que, pour la préséance, il n’y avoit pas de difficulté; que M. de Thou n’avoit que deux ans et demy, et luy en avoit sept, qu’il estoit reçu; qu’il estoit petit-fils, neveu et cousin germain de présidens de la cour; que son père avoit esté président des comptes et puis secrétaire d’Estat; qu’il venoit auparavant les lettres présentées; qu’il avoit la charge de l’ancien, et que MM. du parlement feroient assez de grâce à M. de Thou de le recevoir second président avec deux ans et demy de service.

«M. Dorât me dit que MM. des enquestes estoient pour M. de Blancmesnil, et partie de la grand’ chambre pour M. de Thou, à cause de M. le premier président, et, sur la difficulté que l’on pourroit faire à M. de Blanc, mesnil de n’avoir pas dispense de service, l’on me dit que le parlement se dispensoit de cette formalité; que M. de Thou, frère de celuy-cy, ne pouvant obtenir, de M. le chancelier Haligre , dispense d’aage pour estre conseiller, il prit des lettres simplement, et le parlement le reçut, et que, pendant les vacations, ils avoient reçu M. de Novion président, quoyqu’ii n’eust pas le service de dix ans porté par ses lettres de survivance, et qu’il n’en eust pas de dispense.

«Le soir Mme de Fourcy soupa au logis.

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«Depuis le ier décembre jusques au ao, j’ay esté solliciter deux fois, Décemb. 1 645. avec M. de Thou, chez MM. de Montescot, de Chaulnes, de Chaillou, qui s'excusa d’aller au parlement, ayant, à ce qu’il nous dit, donné sa parole h M. de Lamoignon de n’y pas aller, et chez M. de Laffemas, qui nous dit le procès qu’il avoit contre M. Mangot l’aisné, pour la préséance, M. Mangot prétendant que M. de Laffemas ne devoit prendre rang que du serment presté au parlement de Paris, et non de sa réception au parlement de Bordeaux. Tous ces Messieurs se trouvèrent au parlement, où la première fois fut conclu que l’on assembleroit les trois chambres pour sçavoir ce que l’on respondroit aux enquestes, et le vendredy i5 décembre, les trois chambres assemblées, il fut arresté que l’on promettroit à MM. des enquestes une mercuriale le premier mercredy de janvier, et ce pendant la grand’chambre seroit en liberté de faire ce quelle voudroit pour la réception des présidens. C’est un bon commencement pour M. de Thou, dont la condition est la plus favorable, les lettres de M. de Blancmesnil portant : à la charge d’avoir l’aage et le service portés par nos ordonnances , à peine de nullité de sa réception et des présentes. Dans la conversation , tout le monde blasme M. de Blancmesnil, et la cour est pour M. de Thou, M. le cardinal Mazarin ayant envoyé recommander sa cause.

«Le mercredy i3, je fus, l’aprestlisnée , à la petite direction pour rapporter l’instance des syndics pour leurs salaires. M. le Prince, estant venu de bonne heure, parlant du duc de Rohan1, nous fit entendre qu’il falloit renvoyer l’affaire à la grand’ chambre. Je rapportai ensuite l’affaire, qui passa à mon avis.

«Le lundy 18 décembre, au Palais; à l’audience, M. de Laffemas me dit que M. le premier président avoit averti les rapporteurs de MM. les présidens de se disposer pour mercredy.

«Le mercredy 20 décembre, dans la grand’chambre l’on ordonna le soit monstré au procureur général sur toutes les lettres des trois présidens, sans que cela engageas! à la réception absolument, espérant, comme je crois, que le procureur général leur donneroit quelque ouverture.

«Le vendredy 29 décembre, je fus, le matin, au Palais; je vis M. de

1 Voy. sur cette affaire le Journal d’Olivier d’Ormesson , t. I, p. 3o3, 3o4, 33g, 34o ,

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Janvier 1646. Thou, qui me dit que M. de Blancmesnil ayant présenté requeste, par laquelle il s’opposoit à sa réception, en cas qu’il prétendist la préséance, il avoit aujourd’huy baillé la sienne, par laquelle il s’opposoit formellement à celle de M. de Blancmesnil, disant que ses lettres l’empeschoient d’estre reçu sans dispense, outre qu’il avoit fait un faux serment lors de la réception, disant avoir l’aage, et ainsy que sa réception estoit nulle. Je luy dis que la requeste luy nuiroit plus quelle ne serviroit, selon mon sens, et que, s’ils faisoient bien, ils retireraient tous deux leurs requestes d’opposition. Je sçus, incontinent après, que la grand’cbambre avoit ordonné que les requestes respectives seraient communiquées au procureur général et signifiées aux parties. Ainsy l’affaire est accrochée. Je fus, au sortir du Palais, parler à M. de Montescot, où je trouvai le président Perrot, qui trouvoit à redire à cette requeste , principalement d’avoir allégué le faux serment pour l’aage à la réception.

« L’apresdisnée , M. Ferdinand retoucha sur moy une copie de mon portrait.

«Le mardy 2 janvier 1 6ùb, l’apresdisnée, voir M. le controleur général, qui entretint M. de Thou une demy-heure à part. L’entretien estoit l’arrest du matin 1, chacun prenant parti. De là, chez M. du Perreux.

«Le mercredy 3, matin, à Amboille, où je résolus le transport de la maison de Meseré. Je revins le jeudy par le bac; mes gens passèrent la rivière sur la glace, très-forte.

«Le vendredy, voir MM. Chaillou, M. de Montchal et la mareschale d’Effiat.

«Le samedy 6 , les roys furent faits dans la famille, MQ,e de Fourcy estant enrhumée.

«Le dimanche 7, je fus voir M. Tuheuf.

«Le lundy 8 janvier, je fus, l’apresdisnée, terminer cinq ou six affaires du pont chez M. Aubry.

«Le mardy 9 janvier, au conseil, où l’on parla que M. le président de Beaubourg alloit en Lorraine au lieu de M. Vigner, qui revenoit. Chacun s’en estonnoit, vu son aage. M. le chancelier parla de règlement pour le

1 L’arrêt du conseil qui avait renvoyé à la grand’cbambre le jugement du procès de Mme de Roban contre sa fille.

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rapport des procès, dit que MM. les maistres des requestes en fissent un bon Janvier 1 6 4 6 . et que volontiers il l’observeroit. De là, chez M. de Pontchartrain pour mon procès, et ensuite disner chez M. Briçonnet avec La Ferté, Ardier,

Breteuil , Boucberat, de Creil, du Thil , les Amelot et moy1.

«Le samedy i3 janvier, au conseil, où je rapportai trois requestes : la Bazinière, trésorier de l’espargne, ayant voulu fermer le passage au conseil,

Gaulmin le querella , luy reprocha son aage et son argent. Après l’on parla de l’affaire de M. de Troisvilles, qui vouloit establir des juges dans toutes les paroisses qui formoient la juridiction de la justice royale de Lisarre2. La Bazinière y opina contre Troisvilles, et l’on dit à M. le Prince qu’il estoit son parent, issu de germain. M. le Prince le gourmanda et le traita comme un petit badin sans cervelle, et néantmoins il demeura sans s’estonner et se retirer; ce qui marque son peu d’esprit et de générosité. L’affaire passa à dire que M. de Troisvilles y establiroit des juges, mais qu’ils ressortiroient à Lisarre, contre l’avis de M. le Prince, qui dit à M. le chancelier qu’il venoit de donner et avoit voulu donner le dernier coup de la ruine à Troisvilles, et s’en alla en colère. J’ouys dire à M. le chancelier que M. de Troisvilles l’avoit prié d’estre son juge et que son avis ne luy faisoit aucun préjudice, et il disoit vray.

« Le samedy 20 janvier, au conseil, Le Gras rapporta une requeste. Après,

M. d’Emery le contredit, luy reprochant qu’il estoit du Mans, avec telle chaleur que je croyois qu’il en viendroit aux grosses paroles. Le Gras la fit opiner de haute lutte; il passa contre son avis, et M. le Prince l’abandonna.

«Le dimanche 21 janvier, chez M. le surintendant, où force personnes de condition attendirent longtemps. M. de Breteuil luy faisant plainte de l’intendance de M. de Beaubourg, il nous dit que non-seulement il ne l’avoit pas proposé, mais que l’on l’avoit résolu sans luy dire; ce qui fait voir son crédit. L’apresdisnée , jouer à la paulme avec mon frère. Le soir, le sieur de Villéral me vint voir, qui me conta une histoire merveilleuse du premier roy de Portugal et de saint Bernard, lequel, allant pour prendre une

1 11 y eut , le mercredi 1 o janvier 1 646 , une mercuriale, sur laquelle les Mémoires d’Omer Talon donnent des détails étendus.

2 J’ai suivi l’orthographe du manuscrit.

Comme les cartes n’indiquent pas de ville ou de bourg de ce nom, je pense qu’il faudrait lire les Issars, petite ville du département de l’Ariége. Tréville , ou Troisvilles , est dans l’Aude, à peu de distance.

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Janvier 1646. place, fit vœu de bastir un couvent à saint Bernard sur la montagne où il estoit. Au mesme temps, saint Bernard l’ayant sceu par révélation, et que la ville estoit prise, il envoya des religieux qui rencontrèrent les ambassadeurs du roy, et saint Bernard luy manda que, lorsque les roys de Portugal diviseroient le revenu de cette abbaye, le royaume se diviseroit, mais que la punition ne dureroit pas soixante ans; ce qui estoit arrivé : le dernier roy de Portugal ayant divisé l’abbaye , et [le Portugal] n’ayant esté que cinquanteneuf ans sous les Castillans.

« Le jeudy 26 janvier, j’allai, au matin, voir des chevaux avec M. Pajot. Les rues cstoient très-sales de neige, avec le dégel qui commençoit. M. d’Émery dit à mon père qu’il ne verroit M. le premier président que vendredy, parce qu’il avoit affaire de luy pour l’affaire des présidens. Ma femme fut saignée.

« Le vendredy 26 janvier, le matin , au conseil, j’appris que M. Chaillou et M. Mangot l’aisné avoient eu quelque démeslé. J’en sçaurai le détail. Au sortir, j’achetai un cheval, chez Rachon, de 65o livres.

((Le samedy 27 janvier, au conseil. Monsieur n’y estoit point ny M. le Prince, qui avoit lagravelle. L’on me dit que la querelle de MM. Chaillou et Mangot estoit venue sur une audience; que Chaillou avoit donné un soufflet; mais ce qui est bon, c’est que le lendemain l’on les trouva dans sa chambre, s’entretenant à l’ordinaire, et l’on ajoute que Mangot, estant battu par ceux de son quartier, disoit que M. Amelotle prenoit à son avantage pour le battre, sçachant qu’il estoit hay par ceux d’avril, mais qu’il le prendroit dans janvier, où il estoit encore plus hay que luy dans avril. J’appris que l’affaire des présidens n’avoit pas esté terminée, M. de Thon ayant donné requeste de récusation contre M. Hennequin 1, parent de M. de Blancmesnil. M. le premier président ayant déclaré estre parent au mesme degré de M. de Blancmesnil et s’estant retiré, M. de Thou ayant déclaré qu’il le vouloit pour juge, M. Payen, conseiller, l’alla requérir dans le greffe , sans ordre de la grand’chambre. Estant de retour, M. de Mesmes luy dit que le conseiller Payen y avoit esté sans ordre , et que l’on l’avoit ordonné à l’huissier; sur quoy ils eurent ensemble contestation2. La querelle vient

1 On peut comparer les Mémoires cl'Omer Talon. 11 y avait encore plusieurs

autres récusations faites par M. de Thou. 1 Orner Talon parle aussi de celte dis-

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que les premiers présidens, quand ils se retirent sur des récusations, on les Février îti renvoyé quérir par un conseiller. Les présidens prétendent la mesme chose et qu’il n’y a nulle différence entre eux, sinon pour le pas. Au contraire , les premiers présidens prétendent différence et ne veulent envoyer aux autres présidens qu’un greffier, et de fait en ont ainsy usé dans les dernières rencontres , et le président de Mesmes n’avoit pas manqué de reprendre son avantage dans ce rencontre h Je sçus que M. Hennequin estoit demeuré récusé.

« L’apresdisnée, je vis MM. de Collanges, Le Gras, la mareschale d’Effiat et Mmc de Fourcy.

«Le jeudy ier février, le matin, au conseil. L’apresdisnée, communiquer avec MM. Aubry, d’Ormesson, d’Estampes, d’Irval et Tubeuf, de la ferme du fer.

«Le samedy 3 février, le matin, au conseil, où je rapportai l’affaire de la ferme du fer. Elle estoit longue; néantmoins j’eus favorable audience, parce que j’opinois dans la pensée de M. le Prince. Il fut de mon avis avec quatorze du conseil; néantmoins il passa au contraire, à l’avis de M. le controleur général, à maintenir les maistres de forges. Quelques-uns de MM. du conseil tesmoignèrent estre satisfaits de mon rapport. De là, disner chez M. d’Emery.

« J’appris que MM. du parlement avoient ordonné que les présidens seroient reçus et que l’on jugeroit la préséance, lorsque l’on jugera leur information.

« Le mardy 6 février, au conseil , où le président de Langres fut deschargé des dommages et intérests que la veuve d’un homme qu’ils avoient fait pendre, nonobstant l’appel , prétendoit contre eux. L’apresdisnée, M. de Fontaines me parla que M. de Metz vouloit se deffaire de ses bénéfices et retenir cent mille livres de pension; que tous ses amys estoient après pour le destourner. M. de Beuvron me vint voir.

cussion; il se permet à cette occasion un jugement qui étonne; il dit, en parlant du premier président Matthieu Molé : «11 est bien ayse de conduire ses petits desseins par voies obliques , douces et subtiles. » Mais le cardinal de Retz dit , au con¬

traire, que ce magistrat était tout d’are pièce.

1 Olivier d’Ormesson fait , dans la même phrase, le mot rencontre masculin et féminin. Il était ordinairement, à celte époque , du genre masculin.

862 APPENDICE

P’«5vrior 1 646. « Le mercredy 7 février, l’affaire des présidens fut. jugée, et M. de Thou

emporta la préséance; il n’y eut que quatre ou cinq [voix] contre luy b »

PROCÈS JUGÉS AU CONSEIL D’ETAT ; RANG DES MAISTRES DES REQUETES AU PARLEMENT. — NOUVELLES DE MORTS, DE MARIAGES, ETC. ( JUIN 1 6 4 6 - SEPTEMBRE 1 6 4 7 - )

Juia 1 G 4 6 . « Le jeudy 28 juin, M. de Montchal fit rapport au conseil de l’affaire du

curé de Sainte-Reine contre les Cordeliers. M. de Breteuil rendit raison de son arrest, M. le Prince ayant grande impatience. Poncet opina avec apparat, contre le curé, en faveur de M. le Prince; M. de Moricq ayant dit auparavant son avis en faveur du curé, il fut contre. 11 passa contre M. le Prince, qui opinant dit qu’il estoit question de sçavoir qui avoit plus de crédit dans le conseil, ou M. de Longueville, qui affectionnoit les Cordeliers, ou M. de Breteuil, qui faisoit son affaire de celle du curé.

«Le mardy 3 juillet, je fus disner chez M. le controleur général avec MM. de Léon, d’Ormesson, Moricq et Talon. Je leur communiquai, fapresdisnée, l’affaire du fermier des cinq grosses fermes contre les marchands de vin pour l’escu pour muid de vin venant de Bordeaux.

« Le jeudy 5 juillet, avec mon père, à Ormesson, où vint M. de Collanges, avec l’abbé de Livry, le samedy. Le père de Hariay y vint disner, et, de plusieurs discours, je retins ces quatre vers de M. d’Aubigny, qui se plaignoit que pour toute rescompense Henry IV luy avoit donné son portrait à la foire ,

Ce prince est d’estrange nature;

Je ne sçais qui diable l’a fait;

Il rescompense en peinture Ceux qui l’ont servi en effet;

1 D’après Orner Talon, ce fut seule- Il dit que M. de Thou eut vingt et une

ment le 9 février qu’eut lieu la réception voix pour la préséance, et M. de Blanc-

des présidents de Thou et de Blancmesnil. mesnil cinq.

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et celuy de Mmc de Verneuil, dont l’on disoit quelle estoit parfaite : A ce Juillet n gui est parfait l’on n’y touche plus, et chez elle l’on besogne tous les jours.

«Le mardy 10 juillet, je fus, le matin, chez M. Brisacier, premier commis de M. de Brienne, pour l’affaire des marchands de Rouen. De là, chez M. de Miromesnil, que je vis.

«Le jeudy 1 2 juillet, je fus le matin au conseil, où je fis signer l’arrest de MM. les agens du clergé contre M. de Saint-Denys, portant renvoy à l’assemblée du clergé, fondé seulement sur le consentement de M. de Saint- Denys, quoyque l’arrest ne le porte pas, et de fait M. le Prince me dit d’en prendre le consentement par escrit. L’apresdisnée , je fus à Amboille.

« Le dimanche 1 5 juillet, je revins, au matin, d’Amboille, et fus, l’apresdisnée , à l’acte de mon cousin de Lezeau, à Navarre, où mon père n’entra pas d’abord , à cause de M. le président de Maisons , qui y estoit , auquel mon père ne peut céder, l’ayant tousjours précédé et estant bien différent d’aage.

Il s’en alla incontinent, et mon père se mit au-dessous du président de Mesmes. L’on disoit que le conseil s’en ailoit à Fontainebleau.

« Le mardy 1 7, point de conseil des parties. Je fus, le matin, chez M. le controleur général pour l’affaire de M. l’évesque d’Angoulesme. Je vis M. Payen, qui me dit que l’on travailloit à le faire intendant ou secrétaire du conseil; que M. de Monberville ny M. le Charron ne vouloient point prendre de rescompense. De là, chez M. l’évesque d’Angoulesme.

«Lemercredy 1 8 juillet , au conseil des finances, où M. de Moricq rapportant une requeste pour les habitans de Monstreuil, pour la descharge de dix mille francs, à quoy ils avoient esté imposés à la subsistance,

M. d’Émery fut d’avis de rendre la requeste. M. le Prince dit qu’il estoit d’avis de rendre la requeste, n’estant pas saison de la rapporter, M. de Chavigny estant absent, parce que cette taxe n’avoit esté faite qu’à cause de luy. Je trouvai ce discours peu prudent à M. le Prince, parce qu’il tesrnoignoit la mauvaise volonté du controleur général et la protection que luy en prenoit, et qui ne peut que nuire à M. de Chavigny.

« L’on rapporta ensuite plusieurs arrests pour MM. du clergé : l’un , pour surseoir l’exécution d’un arrest du parlement de Toulouse, qui avoit ordonne à M. l’évesque de Béziers de lever un interdit fulminé par M. l’évesque d’Agde contre une église d’Augustins, pour luy avoir refusé l’entrée de leur église pour visiter le saint-sacrement, faisant sa visite. M. le Prince le

Aoust 1 646. contesta en faveur des religieux, mais particulièrement un autre arrest suice que, MM. du clergé ayant donné une ordonnance portant deiïense aux religieux de confesser pendant la quinzaine de Pasques, les religieux avoient obtenu un bref du pape contraire à cette ordonnance, et, pour l’exécuteravoient obtenu lettres patentes adressantes au parlement, et mesme le clergé se plaignoit que ce bref avoit, esté affiché à la porte de leur assemblée comme par insulte, demandoit la révocation des lettres patentes et que leur ordonnance fust exécutée. M. le Prince insista fort contre le clergé, et, falfaire mise en délibération, les uns estant d’avis de révoquer les lettres simplement, les autres d’ajouter, et toutes choses demeurant au mesme estât quelles estoient auparavant les lettres, ce dernier estant le plus fort, les autres passèrent à un second avis d’assigner les parties, et ce pendant deffense d’exécuter les lettres. M. le Prince se déclara ouvertement pour les religieux.

u L’apresdisnée, je fus chez M. Haligre et ensuite dire adieu à M. le chancelier1. J’appris le soir que M. Le Gras, qui estoit indisposé de la goutte, estoit très-malade, la goutte ayant remonté dans l’estomac.

« L’on parloit de l’accommodement des Hollandois fait avec le roy d’Espagne, qui leur avoit accordé une trêve de trente ans avec cent deux articles de conditions qu’ils avoient demandées 2, et, en outre, cinquante mille livres de rente au prince d’Orange; ce qui estoit cause qu’ils ne vouloient rien entreprendre et nous empescheroient , parce moyen, de l'ien faire, ayant les ennemis entiers sur les bras.

«Le lundy 3o juillet, je fus chez M. Haligre pour aller conjointement à Fontainebleau, dans la maison de M. Aubry.

Le samedy 4 aoust, j’appris que M. d’Almeras avoit esté demander la charge de secrétaire de la reyne qu’avoit M. Le Gras3, et que l’on s’estoit moqué de luy.

«Le dimanche 5 aoust, M. Aubry, conseiller d’Estat, estoit très-malade. Je fus au prosne de M. Duhamel avec mon père.

«Le lundy 6 aoust, au service de M. Le Gras, à Saint-Paul.

1 II partait pour Fontainebleau, où janvier i648. (Voy. Y Histoire du traité de était la cour. Westphalie, par le père Bougeant.)

J Le traité particulier de l’Espagne avec 3 Voy. sur la mort de M. Le Gras le

la Hollande ne fut signé qu’au mois de 1. 1 du Journal d’Olivier d’Ormesson, p. 35y.

APPENDICE

«Le mardy y aoust, à Ormesson , avec mon père, et le père Mairat et Octobre 1 6 le père Griselle, jésuites. Le jeudy, y vint mon frère le Minime, etM.d’Estrelles et M. Pichotel, qui nous dirent la mort du petit Collanges, arrivée le matin, aagé de trente mois. Le samedy, nous revinsmes à Paris.

«Le lundy i3 aoust, M. Haligre nous dit, le soir, la mort du duc de Lorraine, empoisonné par Piccolomini, aux eaux de Spa; que l’on attendoit chaque jour M. le Prince à Fontainebleau.

«Le mercredy i5 aoust, jour de la Nostre-Dame, je fus aux Minimes faire mes dévotions.

«Le dimanche 19, l’apresdisnée , à l’acte de l'abbé du Broussin, neveu de M. de Léon, qui y estoit.

« Le mercredy 1 9 septembre, je fus à Amboille, et le samedy 22 , je fus à Chessy avec ma femme, où nous avons séjourné pendant un vilain temps jusqu’au vendredy 28, que nous revinsmes à Amboille, où j’appris que M. de Masparault estoit bien malade.

«Le dimanche 3o septembre, après avoir donné à disner à M. de Baron et à M. de Fourcy, nous revinsmes à Paris, où j’appris la mort de Mmc de Bagny, de M,Il? de Luynes, aagée de vingt-huit ans , de la petite vérole, et de Mme la présidente de Cbevry, en couches de son septième enfant.

«Le lundy ier octobre, l’on dit que la paix d’Allemagne est faite avec l’empereur, et que M. le cardinal de Lyon va à Borne pour faire celle des Barberins avec le pape. L’on dit la mort du prince de Parme.

«Le mercredy 10 octobre, M. de La Bcrchère me monstra des lettres honoraires pour luy au parlement de Grenoble pour avoir séance et voix délibérative, mesme en présence de son frère le premier président. Chacun avoit grande joye de la capitulation de Dunkerque.

«Le mardy 16 octobre, l’on disoit que M. le Prince estoit en Bourgogne et que l’on ne verroit point à la cour M. le Prince et le duc d’Anguien ensemble, et que l’on tiendroit tousjours la campagne. L’on dit en mesme temps que M. de Laval, gendre de M. le chancelier, estoit blessé à la teste et avoit esté trépané.

«Toute la semaine au Palais, où nous jugeasmes le procès de M. de Grainville , président des requestes de Bouen , accusé par les anciens , pour empescher sa réception, de plusieurs crimes. Il fut renvoyé absous.

«Je sçus que des gardes de la reyne avoient esté, pour loger à Fontai-

APPENDICE

\ovemb. t646. nebleau, chez M. de Villayer, et l’avoient maltraité; qu’il en avoit dressé son procès-verbal , et fait sa plainte à la reyne.

« Le dimanche 21 octobre, je fus chez M. Le Tellier, et de là chez M. de Brisacier.

«Le mardy 23 octobre, je fus saluer M. de Villeroy, où je vis M. de Machault, qui parloit incertainement du retour de M. le Prince.

«Le vendredy 26, samedy 2 y et lundy 29 octobre, l’on plaida la requeste de M. Biet contre M. d’Escoubleau , sieur du Coudray-Montpensier, qui fut appointée.

«Le samedy 27 octobre, je fus avec mon frère à Ormesson, assez tard. Nous rencontrasmes trois hommes de cheval, qui nous laissèrent passer, et volèrent ensuite tout ce qui passa. Nous revinsmes ensuite par la pluye.

« Le mardy 3o , je fus à Amboilie et revins le mercredy 3 1 .

« Le jeudy ier novembre , M. de Breteuil nous vint dire que Monsieur luy avoit commandé de se tenir prest pour aller en Languedoc; que M. l’abbé de La Rivière luy avoit dit, et M. le controleur général, qu’il y alloit seul tenir les Estats et qu’il croyoit que l’on y feroit entrer les troupes des mareschaux de La Meilleraye et Praslin, pour, en cas que les Estats ne donnassent contentement, agir de force, et que cette manière d’agir luy donneroit peine.

«Le mercredy 7 novembre, je fus à Amboilie avec ma femme et mon frère, et n’en revinsmes que le lundy, lendemain de la Saint-Martin. A mon retour, j’appris que M. le Prince avoit passé pour aller à Chantilly, sans passer à Paris, où M. le duc d’Anguien devoit se rendre. L’on croyoit qu’ils ne viendroient pas.

«Le jeudy i5 novembre, je fus, avec mon père, saluer M. le Prince; nous le trouvasmes en bonne santé, et ouysmes sa messe. Il vint au conseil , à l’ordinaire, où Gaultier plaida une cause pour M. le duc d’Angoulesme contre d’Audiguier, qui plaidoit pour Mœe de Beauregard-Champroux , cessionnaire de son gendre, fils du comte de Chasteaugay, qui demandoit payement d’une dette contractée dès 1 588 , à prendre sur les domaines d'Angouiesme et de Ponthieu. Il fut jugé que, ces domaines ayant esté donnés par le roy sans pouvoir estre saisis, ils ne le pouvoient estre.

« Le samedy 17 novembre, il fit, au soir, un tel tonnerre, avec esclairs et coups si grands, que de l’esté il n’en avoit esté ouy de plus grands.

APPENDICE

«Le lundy 19, je communiquai à MM. d’Ormesson, Haiigre, d’Irval , Novemb. 1 646. d’Estampes et Tubeuf pour i’affaire de Soyer.

«Le mardy 20, je rendis raison pour un arrest donné, à mon rapport, pour une béiandre de Calais contre M. d’Orgeval. Plusieurs me tesmoignèrent que je m’estois bien deffendu.

« Le jeudy 22, je continuai de communiquer de l’affaire de Soyer, où M. d’Estampes dit que l’arrest de condamnation ne valoit rien; que ce n’estoit pas l’avis du conseil; qu’il ne l’avoit pas voulu signer, dont chacun s’estonne, parce que jamais affaire ne fut plus solemnisée, et l’arrest fut lu tout haut. Pour moy, je luy respondis, estant surpris ou de sa trop grande passion, ou de sa trop grande singularité d’esprit et opiniastreté.

«Le samedy 2 h novembre, je fus voir M. de Tourville. De là, chez M. Brisacier; après, saluer Mme la marescbale de Guébriant, revenue de Pologne avec toute la satisfaction possible. Mon père se sent d’une douleur au pied.

«Le dimanche 2 5 novembre, je fus, le matin, chez M. le controleur général par compliment. J’appris le mariage de M. de Toré1 avec la fille de M. le président Le Coigneux, veuve depuis deux mois du vicomte de Sémur, dont elle a une fille. Sortant, M. Chabenas entrant me mena à son cabinet, me dit que M. le controleur général avoit estime pour moy et luy avoit [recommandé] de sçavoir si je voulois quelque employ, et que j’y pensasse; qu’en son particulier, il m’y serviroit, avec force civilités; il me pria ensuite de faire vendre à Perat la terre de Boisbouson, par M. d’Eaubonne. De là, j’allai chez M. le duc d’Anguien, que je saluai par le moyen de M. de Tourville; il me receut fort civilement. Je fis connoissance avec M. Girard, son secrétaire, cousin de M. Pérault.

« Le lundy 26 novembre, le matin, dire adieu à M. l’abbé de Collanges, qui alloit à Boulogne. De là , au Palais. Je fus, l’apresdisnée , voirM. le pré» sident Le Coigneux. De là, chez M. Haiigre luy demander avis sur la proposition de M. Chabenas. Il fut d’avis, comme mon père, de déclarer que j’estois prest de servir, estant nécessaire que j’apprisse mon mestier, et luy disant qu’une personne n’en estoit pas d’avis, il me le nomma.

«Le jeudy 29 novembre, au conseil, M. Poncet rapportant une instance

1 Fils du contrôleur général d’Emery

APPENDICE

Novemb. i646. pour les controleurs des traites, qui n’avoient ny gages ny fonctions, estoient néantmoins compris à la confirmation du droit royal et à la révocation de la chambre de justice, et, ayant conclu à la descharge, M. le controleur général prit l’avis contraire, disant pour toute raison qu’ils y avoient esté compris pour avoir de l’argent, attendu la nécessité. M. de Bellièvre dit que, sur l’affaire, il seroit de l’avis de M. le controleur général , mais qu’il estoit estonné de sa raison, que, parce que ces particuliers estoient compris dans un rôle de traitant, ils dévoient payer, et que, si cela avoit lieu, il n’y avoit plus de bornes et que le royaume de France ne seroit plus que confusion. Tous les autres opinèrent, les uns disant, Je ne sçais cjuc dire; les autres, Je nay point d’avis; et ainsy M. le chancelier, mesme après avoir parlé pour l’avis de M. le controleur général, ne prit point d’avis. M. le Prince dit qu’il ne se trou voit pas empesché à dire son avis; car, quoyque l’on alléguast la nécessité, néantmoins, dans la place qu’il tenoit, il estoit obligé de faire justice, estant une instance, et qu’il estoit obligé à Dieu auparavant qu’au roy et à l’Estat. Et quoyque les édicts ne fussent fondés sur aucune justice, néantmoins lorsqu’ils estoient vérifiés au parlement ou qu’ils avoient esté examinés et résolus en présence du roy et de la reyne, après avoir pris les avis de ceux qui y doivent opiner, [on devoit les observer]; mais que, d’autre façon, il les trouvoit tous injustes, et si (quand mesme) un traitant vouloit donner cent mille francs de Chasteauroux, de la terre de

M. de Léon, de celles de M. d’Emery, qui valent six cent mille livres, et les eust compris dans un rôle, et conclut pour l’avis du rapporteur. M. le controleur général voulut reprendre la parole; mais M. le chancelier l’interrompit, disant qu’il se vouloit disculper, non pas disculper, mais s’excuser soy-mesme; qu’il avoit scellé pour deux cens millions d’édicts; que ce luy avoit esté autant de médecines fort amères; que, s’il eust esté un esprit difficile et opiniastre, la France ne seroit pas l’arbitre de l’Europe, ne seroit pas victorieuse en Allemagne, Catalogne, etc. et que sa facilité avoit donné la richesse à la France et non à sa maison. Tout son discours fut beau, en beaux termes et relevés; mais ces dernières paroles gastèrent tout. Le conseil se passa en d’autres affaires.

«Au sortir, je fus saluer M. le premier président pour aller dans la grand’ebambre , et luy portai l’affaire du vaisseau de Calais. M. d’Orgeval ne vint point, et j’appris qui l’avoit sollicité.

APPENDICE

uLe vendredy 3o novembre, feste de saint André, je fus, le matin, chez Décemb. 1 646. M. le controleur général. Je parlai à Chabenas, qui me promit merveilles; mais il me remit à en remercier M. le controleur général ; ce qui me fait croire que ce qu’il m’a dit n’est pas de luy. Il a maintenant toute la faveur, et Guerapin ne fait plus rien. Je vis aussy M. de Toré. De là, voir le père de IJarlay sur la mort de M. l’évesque de Saint-Malo, son frère; il abandonnoit la succession à M. de Villeroy, et ne prenoit qu’une pension de sept mille livres sur l’abbaye de1 .

« L’apresdisnée, chezM. le président de Mesmes. Je reconnus que le mariage [de Mme de Semur avec M. de Toré] donnoit de la jalousie au président, et, sur ce que l’on disoit que M. de La Rivière ne seroit pas content de ce mariage, je dis qu’il y en avoit un autre qui en seroit aussy mal content, et que M. Le Coigneux estoit de ces pièces aux eschecs que l’on place de sorte quelles en menacent deux à la fois.

«Le samedy ier décembre, au conseil. L’apresdisnée, chez AL Aubry, avec les commissaires, où je leur parlai de l’exécution de l’ouverture des maisons de Cambray, etc. et le peu de reconnoissance me piqua. De là, chez M. Marin, sur la mort de son frère, receveur général de la généralité de Paris, aagé de trente-cinq ans.

«Le lundy 3 décembre, je fus, à sept heures, à la grand’ chambre pour la première fois2. Je pris ma place à l’ordinaire. Al. Alorand y vint aussy, après. Au procès par escrit3, les rapporteurs estant immédiatement audessous de nous , l’on nous demanda nos avis , et puis aux conseillers de la grand’ chambre. M. de Bernay présenta des lettres d’un officier des eaux et forests quadriennal. Chacun fit difficulté d’exécuter cet édict compris parmy ceux vérifiés en présence du roy. Il fut dit que la forme de cette vérification estoit nouvelle, d’un roy mineur; que c’estoit un mauvais conseil, et que ces édicts ne pouvoient estre dits vérifiés. M. Le Bailleul, surintendant, estoit présent et respondit foiblement; mais M. de Mesmes paria bien et dit que les roys, en France, n’estoient point mineurs pour la souveraineté; que l’autorité estoit tousj ours réunie en sa personne comme en son centre, avec cette différence que majeur il agit sans conseil, et que mineur il est assisté

1 Le nom est en blanc dans le manus- quêtes avaient droit de séance au parle-

crit. ment.

2 On a déjà vu que les maîtres des re- 3 C’est-à-dire, au procès jugé sur pièces.

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Décemh. 1 646. du conseil du régent ou de la régente, et qu’il estoit important de ne pas diminuer l’autorité des roys pendant leur minorité, et qu’il se pourroit rencontrer telle occasion que l’establissement de cette maxime seroit préjudiciable à l’Estat. Néantmoins fut d’avis de communiquer les lettres aux anciens officiers. M. le premier président parla comme M. de Mesmes fort bien. Après l’on alla à la grande buvette et puis à l’audience, où je me trouvai l’ancien de mon costé. Il ne fut rien plaidé de considérable. Au retour, je marchai coste à coste de M. Le Bailleul.

«Le jeudy 6 décembre, feste de saint Nicolas, je fus visiter M. le marquis de Gesvres; après, M. de Beaurepaire. J’appris que Monsieur avoit voulu que l’on donnast l’intendance de Picardie à M. Gamin au lieu de M. de Chaulnes, que M. de Villeroy faisoit sans doute révoquer à cause de M. le Vidame, fils de M. le duc de Chaulnes, son gendre. L’on parle fort avantageusement de la paix1, et l’on dit quelle sera faite avant janvier. L’apresdisnée, chez M. de Bellièvre pour la bélandre de Calais avec toutes les commissions.

«Le vendredy 7, l’affaire de la bélandre fut rapportée par M. d'Herbelay. M. le chancelier prit d’abord la parole, faisant connoistre son sentiment. M. d’Orgeval et M. Poncet s’estant eschauffés sur le rapport, M. d’Orgeval ayant dit à M. Poncet qu’il ne s’estonnoit pas s’il parloit avec chaleur, estant parent d’Henouville, M. Poncet a répliqué que, luy, en pouvoit sçavoir plus de nouvelles , pour 11’en pas dire davantage. D’Orgeval ayant encore répliqué, Poncet a dit qu’il le poussoit trop et qu’il ne vouloit pas dire qu’il i’avoit sollicité. D’Orgeval ayant dit que cela estoit faux, Poncet a dit qu’il l’avoit sollicité, vu le procès ensemble et demeuré d’accord que le procès ne valoit rien et, se l’estant fait distribuer, l’avoit enfin jugé, et qu’il ne vouloit jamais passer pour homme de bien si ce qu’il disoit n’estoit vray. D’Orgeval est demeuré muet. L’affaire a esté ensuite fort discutée, et ensuite l’arrest de M. d’Orgeval confirmé, chacun ayant néantmoins honte de l’infamie de d’Orgeval et m’asseurant que j’avois gagné, quoyque mon arrest avoit esté cassé par le procédé qu’il y avoit tenu. L’apresdisnée, M. d’Eaubonne m’a vu et parlé de la vente de la terre de Boisbouson.

«Le dimanche 9 décembre, le soir, M. Boucherat me vint voir, l’en ayant prié, sur un discours qu’il m’ avoit fait que M. de Bordeaux vouloit

1 La paix qui se négociait à Munster.

APPENDICE

venir dans nostre quartier. Il me dit que c’estoit un discours fait sans des- Décemb, 1 646. sein et qu’il s’y opposeroit fortement.

«Le iundy 10 décembre, j’appris de M. de La Grange que Gamin alioit en Picardie par la volonté de Monsieur, et que M. le chancelier l’en avoit destourné, luy disant qu’il n’en estoit pas capable. Je trouvai que Gamin faisoit faute d’y aller, ayant M. le chancelier et M. d’Emery contraires, parce qu’ils le feront révoquer sur la première faute qu’il fera. De là , voir M. de Novion, qui alioit aux fiançailles de M. Galard avec MUo Bordier.

«Le mardy 1 1 décembre, je parlai à M. Chabenas de son affaire contre M. d’Eaubonne pour Boisbouson. De là, chez M. Brisacier pour l’affaire de La Fontaine; ensuite au Palais, où M. de La Terrière disoit qu’il alioit conclure à soixante-quinze mille escus la procuration.

«Le mercredy 12 décembre, je fus au conseil, où fut plaidée la cause d’entre M. de Vardes et M. Desmarests, conseiller au parlement de Bouen, contre Philippe de La Fontaine , abbé de Saint-Léger, pour raison de l’abbaye de Morlemer. Gaultier, pour Vardes et Desmarests , demandoit la cassation des arrests du grand conseil, qui, sur la simonie prouvée d’entre M. de Vardes et Desmarests, avoient maintenu l’abbé de Saint-Léger dévolutaire.

La cassation estoit fondée sur l’absence de M. de Vardes, la faveur de M. de Saint-Simon, l’autorité de M. le cardinal de Richelieu. Gaultier dit que Tullus-FIostilius avoit fait bastir deux temples, l’un Fortunœ primigeniœ , et l’autre Fortunœ obsec/uentis ; dit que le retour de M. de Vardes dans sa maison estoit diem ilium crudi adhuc servitii et libertatis improspere repetitœ. Bataille, qui plaidoit pour Saint-Léger, fit voir la plus infâme simonie si clairement que tout le monde en estoit honteux, et, parlant de la nécessité de M. de Vardes, dit que Dieu, voulant chastier son peuple par la famine, ne luy avoit pas dit qu’il luy osteroit son pain, mais au contraire luy avoit donné du pain sans substance, de sorte que l’appetit estoit irrité par l’objet du pain et ne pouvoit estre rassasié; c’estoit du pain d’épicerie, du pain sans bénédiction; que M. de Vardes avoit reçu cinquante mille livres, mais sans substance, mais sans bénédiction, parce que son appétit estoit demeuré aussy entier, etc. et fit la plus belle action que j’ay ouye. L’affaire fut remise au lendemain à juger, M. du Gué-Bagnols estant rapporteur.

«Le jeudy i3, l’affaire de l’abbaye de Mortemer fut remise, Monsieur ayant la goutte.

Décemb. 16/16. «Le lundy 2 1\ décembre, le matin, au Palais; le soir, à la messe de minuit à laMercy, et, le jour de Noël, au sermon du père Castillon, aux Jésuites, où M. le duc d’Orléans vint avec M. l’abbé de La Pdvière et peu de suite.

Janvier 1647. « Le vendredy Zi janvier 16/17, c^ez MM. Chevalier; de là, chez M. le

Prince, que je saluai. Je vis Figean 1 et La Pioussière. Le corps de feu M. le Prince 2 estoit dans la salle; deux autels des deux costés, où l’on disoit des messes, et le peuple y alloit. De là, chez Monsieur, que je vis. Je ne parlerai point des cérémonies faites au corps de M. le Prince, car la Gazette en a desjà parlé et achèvera.

«Le samedy 5 janvier, je fus au conseil, où ayant, par civilité, donné un arrest à M. Le Gras à signer pour M. Housset, il signa au-dessus de moy, qui estois rapporteur. Ce qu’ayant vu, j’effaçai sa signature. L’apresdisnée . Mme de Fourcy et sa famille firent les Roys avec mon père.

«Le dimanche 6 janvier, l’apresdisnée , aux Jésuites et ensuite souper chez Mme de Fourcy.

« Le lundy 7 janvier, je fus au sceau , où furent scellées les lettres de M. de Bouville; il me semble que l’on présenta celles de M. Pérault, qui a voit acheté la charge de président des comptes six vingt mille escus, de M. Barentin, et le garde-rôle dit qu’il ne prenoit point de qualité. M. le chancelier ne voulut pas sceller. De là, au Palais. L apresdisnée, l’on me dit qu’il y avoit changement aux affaires; que M. d’Émery prendroit, mercredy, place de surintendant; que M. Servien revenoit3 pour estre garde des sceaux, et M. le chancelier demeuroit tousjours au conseil; que les quatre intendans rembourseroient M. d’Emery du contrôle, qui demeuroit réuni à leurs charges, pour estre exercé par mois alternativement. L’apres. disnée, je fus à l’Arsenal, où M. le grand maistre jouoit avec MM. Tuheuf, de Maisons, etc. De là, je vis M. de Salins et après M. de Sainte- Colombe.

1 Figean, ouFitz-Jean, était un gentilhomme attaché à la maison de Condé, dont il est question dans les Mémoires de Lenet, p. 266 (édit. Michaud et Poujoulat). Les mêmes Mémoires parlent de La Roussière, comme d’un écuyer de Henri de Bourbon.

3 Henri de Bourbon, prince de Condé, était mort le 27 décembre i646. (Voy. le Journal d’Olivier d’Ormesson, t. I, p. 371 et suiv.)

3 De Munster, où il était un des plénipotentiaires pour la paix.

APPENDICE

« Le samedy 1 2 janvier, M. le controleur général rapporta force affaires Février 1647. et s’estendit sur chacune plus qu’à son ordinaire pour faire connoistre, comme je crois, sa capacité à M. le Prince1. Je fus ensuite à Saint-Denys avec ma sœur, mon frère et mon frère le Minime, et revins à quatre heures.

uLemercredy 7 février, je rapportai l’affaire de Soyer, qui fut longtemps contestée, et fut jugé que La Garde payeroit cinquante mille livres à Soyer, et les maistres de forges [furent] deschargés des frais d’establissement envers Soyer. M. d’Estampes fut cause de cet avis bizarre, mais juste en effet , et ce pour vouloir trop favoriser La Garde. Les commissaires m’avoient taxé 5oo livres pour mes espices; mais, après y avoir pensé, je fis voir l’affaire aux maistres des requestes, et ne voulus point la taxe pour 11e point donner occasion à aucun reproche contre moy.

« Le vendredy 9 février, ayant rapporté plusieurs requestes, M. le chancelier les ayant contredites et examiné toutes les pièces, à l’issue de la messe il me prit par la main, me dit que je ne devois pas m’effaroucher de la contradiction qu’il m’avoit apportée; que ce n’estoit pas par aversion ; qu’il estoit serviteur de mon père et qu’il m’aymoit, mais véritablement et du fond du cœur. Je le remerciai, et luy dis que je prenois à grâce la contradiction, et qu’il connoissoit, examinant mes affaires, que je n’avois nulle intention de le surprendre. J’appris, après, qu’il avoit fait pareil discours à mon père.

« Le lundy 2 5 février, nous mandasmes au Palais les avocats sur le désordre des committitur, et M. Amelot leur dit qu’il falloit suivre le premier signifié, si l’on ne proposoit causes de récusation, et leur deffendit d’en user autrement à peine de 3 00 livres d’amende.

«Le mardy 26 février, M. le chancelier parlant de l’affaire de Martiche,

MM. les commissaires du conseil ne voulant pas que les maistres des requestes la vissent, estant une affaire de compte à régler par eux, il tomba, avec M. Amelot, sur la plainte du règlement que nous avions fait contre son autorité, sans luy en communiquer. Les paroles s’eschauffèrent entre eux jusques à tel point que M, Amelot dit que les maistres des requestes le laisseroient seul , etpouvoient, sans luy, faire leurs charges. M. le chancelier dit qu’il leur apprendroit à entreprendre sur son autorité; qu’ils vinssent faire

1 Louis de Bourbon, qui siégeait pour la première fois au conseil. (Voy. le Journal d’Olivier d’ Ormesson , t, I, p. 375.

APPENDICE

Mai .647. tous leurs plaintes devant la reyne contre luy; qu’il leur feroit voir s’il y savoit de la comparaison. Enfin il parla avec chaleur. Sur cela, M. Le Gras et moy, nous estant avancés, nous luy disines ce qui s’estoit passé-, que ce n’estoit que sous son bon plaisir; enfin l’apaisasmes, en sorte que tout se passa, après, en paroles de civilité. Il tint, après, le conseil.

«Lejeudy 28 février, après le conseil, M.le chancelier dit à M. Amelot , en termes de colère, qu’il vouloit qu’il mandast les avocats pour leur dire le contraire de ce qui leur avoit esté dit, et le maltraita fort. Après le conseil , l’on donna congé pour huitaine.

« Le samedy 1 8 may, M. de Moricq rapporta une requeste pour faire casser un arrest du parlement, qui avoit reçu l’appel d’un jugement souverain des requestes de l’hostel. M. Le Gras dit que c’estoit un règlement de juges, qu’il ne devoit rapporter telles requestes. M. de Moricq dit qu’il se connoissoit mieux en règlement de juges que luy ; qu’il sçavoit son mestier auparavant luy ; qu’il estoit un beau petit compagnon. M. Le Gras dit que les requestes de justice appartenoient aux maistres des requestes; que, pour celles des traitans, il les luy laissoit ; qu’il estoit fils d’un petit lieutenant criminel de la Rochelle. Il y eut de rudes paroles, chacun s’estonnant de leur voir prendre feu si aysément. Le controleur général rioit de les voir aux mains. Enfin l’on parla d’autres affaires.

«Pendant le caresme, je rapportai l'affaire de M. de Saint- Chamont contre M. le marquis de Relin et La Roche-du- Maine; et celle de M. de Vitry, à cause de M1116 sa femme, contre M. de Senneterre , fut plaidée par avocats. J’y opinai le premier, comme rapporteur, et il passa pour M. de Vitry.

«Il faut aussy dire icy la mort de M. l’abbé de Fourcy. Il avoit esté malade d’une fièvre éthique depuis sept ou huit mois, et, quoyqu’il eust observé un régime fort exact, pris lait d’asnesse, eau de veau, il n’engraissoit point. Néantmoins il agissoit, alloit à la chasse comme les autres. La fièvre luy prit le vendredy saint, à la Passion. Il fut saigné le jour de Pasques. Sa maladie ne paroissoit pas grande. M. Vallot demanda une consultation pour luy donner un bon régime. Elle fut faite, le mardy apresdisnée, avec M. Guénault; après laquelle, nous fusmes, avec M. de Fourcy, à Amboille. Nous en revinsmes le mercredy apresdisnée, et trouvasmes qu’il estoit trèsempiré, la fluxion sur le poulmon n’ayant paru que du matin , qui le pressoit

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de telle sorte que, M. le curé de Saint-Gervais Testant venu voir et n’ayant Juin 1647. pas pu le confesser, il fallut, le soir, en haste envoyer quérir le chapelain, qui le confessa. Nous allasmes ensuite à l’église quérir le saint-sacrement, qu’il reçut avec beaucoup de dévotion sur les onze heures. Estant tombé ensuite dans des resveries et ayant perdu la parole, il reçut l’extresmeonction. La parole luy revint ensuite, et, l’ayant encore perdue, il fut sans parole ny connoissance jusques à sept heures du matin, qu’il expira comme une lumière qui s’esteint, sa maladie ayant esté une deffaillance de nature, pendant les derniers jours de sa maladie ayant perdu toute sa substance par les urines, qui estoient une fois plus grandes qu’il ne buvoit; et sa nature estoit tellement usée, quelle ne fit jamais effort pour se sauver. Il estoit d’une constitution délicate et, dans son enfance, avoit eu de fasclieuses maladies; néantmoins depuis il avoit vescu sans maladie et agissoit comme les autres. Il mourut aagé de vingt ans huit mois; il avoit l’esprit fort bon et porté aux lettres, et son chagrin, depuis quelque temps, venoit de son indisposition. Mme de Fourcy en eut grand sentiment, et toute la maison.

Pour moy, je luy rendis toutes les assistances et le vis dans tous les momens de son agonie avec très-grande douleur; il ne me parla jamais ny à ses frères, et je crois qu’il fut surpris, ne se croyant pas si près de sa fin. Il eut trèslongtemps les yeux attachés sur moy; mais il ne pouvoit plus parler.

«Je fus, avec M. de Fourcy, voir le père de Harlay pour le prier de demander à M. l’abbé d’Aisnay le prieuré de la Magdelaine de Chessy, dont il estoit pourveu, despendant de l'abbaye de Lagny. Il le fit aussytost, et le demanda à M. l’abbé d’Aisnay, qui nous le donna de très-bonne grâce.

«Le vendredy 26 avril, il fut enterré, au soir, à Saint-Gervais, dans la cave; et le lendemain samedy l’on dit son service.

«Le 7 juin, Mrae Le Bossu et M. Tabbé du Val-Croissant nous vinrent voir. M. et Mme d’Ormesson y vinrent aussy le mercredy, et retournèrent le jeudy. Le père d’Ormesson vint aussy à Amboille avec le père La Noue. J’en revins le dimanche 16 juin. J’appris que M. de Chenailles, trésorier de France, estoit mort subitement, la veille de la Pentecoste, après avoir disné.

M. de Meaux estoit fort malade d’une rétention d’urine.

«Le samedy 22 juin, nous fusmes , avec M. Morant, à Ormesson, où M. de Nemours vint le dimanche et le lundy. Nous y jouasmes à la longue paulme. Je revins le mardy 25.

1 ÎO

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uiilet 16/17. «Le vendredy 28, je fus au Pont-au-Change, et ensuite aux Minimes consulter pour leur balustre. De là, chez Sarazin voir de belles figures, et les deux anges pour porter le cœur du feu roy.

«Le dimanche 3o juin, l’apresdisnée , je fus à Navarre, à l’acte de M. d’Estiaux, petit-fils de M. de Beauclerc et neveu de M. de Valencey. De là, au college des Jésuites, à l’acte du second fds de M. Vanel.

«Le samedy 6 juillet, des Minimes, je fus à Amboille avec ma femme et mon frère.

« Le dimanche 7 juillet, je revins d’Amboille, après avoir joué à lapaulme contre ceux de Sucy.

« Le lundy 8 juillet, je fus voir M. de Collanges, qui avoit pris médecine, sur [l’évocation du procès de Mmc de Sévigné]1. Je fus disner chez Mme de Fourcy, et ensuite au Palais rapporter deux affaires.

« Le mardy 9, je fus au conseil, et rapportai l’affaire de Cassagne. M. le chancelier dit à M. Villayer, sur l’arrest de La Chalotais, qu’il avoit trop de chaleur pour cette affaire; que cela n’estoit pas bien et qu’il luy avoit dit de mauvaises paroles chez luy, et se leva tout en colère. L’apresdisnée, aux Minimes, où je vis M. de Toisy. De là, chez Mme de Boisbouson.

«Le jeudy matin, point de conseil. De là, avec mon frère le Minime,

chez M. Ratabon2, et de là , choisir les marbres. Au retour, chez M. d’Emery, où j’appris qu’il alloit le lendemain en cour; que le roy ne revenoit pas, et que le conseil y pourroit aller la semaine prochaine.

«Le vendredy 12 juillet, ma femme fut à Ormesson, où estoit ma mère.

« Le samedy i3 juillet, au conseil, à l’ordinaire. L’apresdisnée, avec mon père , à Ormesson. Cette apresdisnée , M. d’Emery partit pour la cour.

« Lemercredy 1 7, matin, au Palais, pour l’affaire d’Anoul. L’apresdisnée, promener à Picquepuce chez Mme de Saucour, pour voir des orangers; chez M. Dormeil, chez Gillon, etc.

« Le jeudy 18, point de conseil. L’apresdisnée, chez M. le chancelier luy présenter une lettre de M. de Breteuil. De là, voir M. Chabenas, où

1 Voy. t. I du Journal d’Olivier d’Or- un intendant des bâtiments royaux du

messon, p. 386. nom de Ratabon. C’est peut-être de lui

2 II y a eu , sous le règne de Louis XIV, qu’il s’agit ici.

j’appris que Tes Allemands n’estoient point encore d’accord 1 ; chez M. de Août 1647. Lamoignon, et aux Minimes , pour le balustre.

«Le dimanche 21 juillet, mon père estant allé le samedy à Ormesson et ma femme à Amboille, j’allai, l’apresdisnée , à l’acte du fds de M. Salo , au collège d’Harcourt2. Après l’acte, je montai en carrosse pour Amboille.

«Le lundy 22 juillet, MM. de Montchal et Gallard, et MM. de Marillac et Lamoignon, avec leurs femmes , me vinrent voir à Amboille, en tesmoignèrent grande satisfaction, et retournèrent, le soir, par Sucy. La journée fut fort belle , mais le cuisinier ne fit rien qui vaille.

«Le mardy 2 3, je fus voir Mme de Masparault à Chenevières, avec ma femme, et luy parlai de l’eschange; elle m’en donna sa parole fort civilement.

«Le mercredy 2/1, matin, l’estang fut pesché. Tl s’y trouva un cent de brochets et onze cens de carpes.

«Le samedy 27 juillet, je fus, avec mon père, saluer le surintendant et fusmes avec luy dans son carrosse au conseil.

«Le lundy 29, je fus, l’apresdisnée, avec Mme de Fourcy, à Saint-Cloud, où nous vismes la maison de M. l’archevesque et celle de Picot, exempt des gardes du corps auprès de M. le chancelier, dont la vue est admirable.

«Le mardy 3o, point de conseil, M. le surintendant estant indisposé.

Nous allasmes travailler chez M. Halligre pour l’affaire de M. Housset. L’on parloit diversement de la santé de M. le surintendant, disant que la goutte cessoit, mais la fièvre continuoit. Ce jour, arriva M. le duc d’Orléans.

k Le vendredy 2 aoust, Mmc de Fourcy partit pour Chessy. L’apresdisnée, je fus, avec M. Huot, voir M. Courtois, conseiller au Chastellet, pour sa charge. Nous convinsmes à 45, 000 livres, le prix du dernier vendu, et remismes au mardy suivant à conclure.

«Le samedy 3 aoust, à Ormesson, où vint, le dimanche, Mme la mareschale de Saint-Géran. Apresdisnée, j’y vis M. d’Aumalle et, le lundy, M. de Nemours. Y vinrent disner M. et Mme de Lezeau.

«Le mardy 6 aoust, je fus, le matin, chez M. Tubeuf, où je l’attendis longtemps avec les marquis de Mouy et le mareschal de La Force. N’ayant

1 Pour la conclusion de la paix de 2 Voy. t. I du Journal d’Olivier d’Or-

Westphalie. messon, p. 388.

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Août 1647. Pu parler à luy, je le suivis chez M. d’Émery, où je luy parlai de l’affaire de M. Housset, et ensuite luy demandai avis si je devois conclure l’affaire de conseiller au Chastellet, sur le bruit des présidiaux; il me conseilla d’attendre le retour du roy.

a De là, au Palais, où je fis signer i’arrest de Grenu.

«Je fus ensuite au Chastellet voir M. Huot, et pris huit jours pour escrire à Mmc de Fourcy.

«Ce mardy matin, il y eut conseil départies; l’apresdisnée encore, et le lendemain mercredy, M. d’Émery estant tousjours indisposé.

« Le jeudy 8 aoust, l’apresdisnée , je fus voir, avec mon père, M. le comte de Tonnerre sur la mort de M. son fils, devant La Bassée, d’une blessure à l’ouverture de la tranchée. De là, voir le Val-de-Grace, la maison du président Le Coigneux et celle de M. Tambonneau.

«Le vendredy 9 aoust, ayant reçu la lettre de Mme de Fourcy pour la charge, M. Courtois me vint voir l’apresdisnée. Je remis la conclusion après que j’aurois vu Mn,c de Fourcy. Je fus chez Mmo la comtesse de Tonnerre pour la mort de son fils.

« Le samedy 1 o aoust, je fus chez M. Bocager pour la charge de M. Neret. De là, au Palais Cardinal h Au sortir de là, je fus voir M. le surintendant, que je vis debout. L’apresdisnée, à l’acte du fils de Lourdct, maistre delà Savonnerie. De là, voir M. d’Isalis et M. Boucherat.

«Le d imanche 1 1 aoust, je fus, le matin, chez M. de Metz, voir Martin sur l’affaire des filles de l’Annonciade. De là, voir M. Brisacier et M. Leroy, ensuite M. Fraguier. L’apresdisnée, jouer à la longue paulme avec M. Morant, qui me dit son affaire pour l’intendance de Dauphiné, que M. le chancelier vouloit faire donner à M. de Ligny, qui avoit vendu sa charge du conseil.

« Le lundy 12 aoust, au Palais, où je vis M. de La Bistrade, qui estoit reçu en la charge de M. d’Aigouet, qu’il avoit eue pour soixante-sept mille escus la procuration. L’apresdisnée, aux Minimes, et au retour, voir ma sœur à l’Annonciade.

«Le mardy i3 aoust, point de conseil au matin; l’apresdisnée, conseil, où fut terminée l’affaire de M. de Gourgues et de Maniban, au rapport de

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