‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 21 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

JOOHNAJ-

j»nvier i66à. ct que M. Ic chancclîcr estoit récusable et qu’il devoit ef.tre récusé dans ce procès criminel.

Le mercredy 1 6 janvier, après midy, M““’ Fouquet m'ayanl apporté une requeste pour elle en exécution de i’arrest qui luy donnoit une provision de trente mille livres, me dit que la reqiie.ste de récusation estoit jugée; que M. de Sève en avoiti'ait le rapport fort bien, ct que le roy, sans prendre avis, avoit décidé.

Je ne sçals point encore la vérité de ce qui s’y est passé : car, selon le discours de M. de Sève, il .semble que chacun y ait opiné; ce qui est fort différent de ce que m’a dit M"“ Fouquet. Ce qui est certain, est que tout le monde est persuadé qu’il n’y a ni raison ni apparence de prétendre qu’un chancelier ne pui.sse estre récusé; et qu’il est injuste que M. Séguier soit juge de M. Fouquet, et ce qui est fasebeux est qu’on parle de cette décision fort désavantageusement pour le roy, qui, voulant régler et décider seul toutes choses, s’attire .sur sa personne beaucoup de cliagrin des malcontens.

Le jeudy i 7 janvier, m’estant dispensé d’aller à la chambre de justice à cause d’une colique, l’on m’envoya chercher au Palais, où •, l’on croyoit que j’estois à l’audience d’un plaidoyer de M. de I>amoignon, et enfin céans. Estant arrivé à la chambre, M, le chancelier n’y estoit plus. M. de Nesmond présidant, M. Chamillart dit que, suivant l'ordre de la chambre, il avoit porté la requeste de récusation ct conclut disant que le roy avoit rendu un arrest sur cette requeste, et qu'il l’upportoit à la'coinpaguie. Cet arrest m’ayant esté mis entre les mains, j’en fis lecture, et de la commission adressante à la chambre et des conclusions, qui estoient pour l’enregistrement. M. de Nesmond m’ayant demandé mon avis', je dis que j’estois de l’avis des conclusions, sans y ajouter un mot, et ainsy toute la compagnie, qui parois- •soit estonnée de cette décision.

Je ne parlerai pas icy de ce qui est porté par cet arrest, en ayant une copie'. Je vis ensuite M. Haligrc pour sçavoir, s’il estoit pos-

' Voyex la requête de Fouquet contre t. I\, f*’ 181-209, ct l'arrêt du conseil, le chancelier dons le Journal de Poacaull, ihid. {” 209-2 1 1 .

D-OUVIER LEFÈVRE D’ORMESSON.

sible, le vray de ce qui s’estoit passé chez le roy. 11 in’en parla peu; mais j’ay sçii le vray d'un autre : que M. de Sève, ayant fait le rapport de la requeste fort bien, avoit conclu à la discrétion de M. le chancelier <le demeurer juge ou seTetirer. M. Le Tcllier avoit opiné pr principe de politique : qu’il falloit que le roy eust un officier incapable d’estre récusé, et que-M. le chancelier estoit un président nécessaire i la chambre de justice, et qu’il ne pouvoit estre récusé. M. llaligre fut du mesnio avis, et que les chanceliers n’estoient point récusables. M. de Villeroy, au contraire, que les chanceliers estoient récusables, mais que les faits allégués par M. Fouqnet n’estoient pas assez considérables; néantmoins, que c'estoit M. le chancelier qui devoit décider, sçaebant mieux, et ainsy demeura assez incertain; que le roy sviivit l’avis de M. Le Tellier, et qu’ainsy l’arrest avoit esté donné.

Le vendredy 1 8 janvier, je Gs rapport des deux requestes de M. Fouquet d’inscription en faux et d'opposition aux deux arrests do la chambre du a a et 27 octobre. Le soit monstre estant ordonné et les conclusions mises en mes mains, l’un commença la lecture des requestes, qui consomma la matinée*.

Le samedy 19 janvier, en la chambre de justice, la lecture des pièces et des requestes estant achevée, mon avis fut de joindre l'inscription de faux au procès-verbal de vérification qui seroit fait des procès-verbaux contre lesquels M. Fouquet s’inscrivoit en faux, et. à l’esgard de l’opposition, ordonner l’exécution des arrests, et néantmoins que la vérification seroit faite en présence de M. Fouquet. Je ne répéterai point icy mes raisons; le discours seroit trop long. M. de Sainte-Hélène fut de mon avis sur finsrription de faux, et, au surplus, à débouter M. Fouquet, suivant les conclusions; M. de Gisaucour, idem. M. Pussort, que je croyois ne devoir pas opiner sur une inscription de faux contre un procès-verbal fait par luy, néantmoins opina et conclut à ce que M. Fouquet fust débouté et de l’inscription

' Cf. Joumat Je t’ottcaalt, (. IX . f*' a 1 1 v' et x 1 3 r

JOURNAL

JdDtlrr i6iji. et rie l'oppo.sition, suivant entièrement les conclusions; MM. Ferriulet Noguès comme Pussort'. M. Hérault fut de mon avis; M. Fa'vet, t(ui s’estoit mis au-dessus de luy pour estrc près du feu, idem. M. de Kocquesante conclut à débouter*de l’inscription, et, au surplus, de mon avî.s; MM. de la Toison et du Venlicr, de mon avis; M de la Baume, de l'avis de M. de Sainte-Hélène; MM. de Mas.senau et Catinat, de mon avis; M. Poncet, de mon avis sur l'inscription de faux et, au surplus, de celuy de M. de Sainte-Hélène. M. Le Feron prit un troisième avis, de faire la vériHcation des deux procès-verbaux contre lesquels estoit l’inscription de faux, en présence de M. Fouquet; et, à l’esgard des autres points, de l’avis de M. de Sainte-Hélène. MM. Le Bossu, de Moussy, de Brillac et Regnard furent de mon avis; M. Besnard-Rézé, de l’avis de M. de Sainte-Hélène. M. Voisin opina, comme M. Pussort, avec grande chaleur sur l’inscription en faux et fut eu tout de son avis. Sur l'inscription en faux, il passa à mon avis de dix-neuf contre cinq, qui estoient de l’avis de M. Pussort. Sur la vérification des procès-verbaux en présence de M. Fouquet, il y en eut douze de mon avis, dix de l’avis de M. de Sainte-Hélène, deux de l'avis de M. Le Féron. M. le chancelier, voyant que s'il obligeoit ces deux messieurs à revenir, ils se joindroient à mon avis, dit <|u’il se rangeoit i leur avis; et ainsy plusieurs de son avis ayant suivi son exemple, il ne s’en est plus trouvé 'que quatre ou cinq de l’avis de M. de Sainte-Hélène. Dans ce temps, M. le président Pontchaitrain, de luy-mesme, a dit qu’il revenoil à ce mesme avis de M. Le Féron, et enfin les autres ayant esté engagés d’y revenir, il a passé à treize de cet avis contre onze du mien. Ainsy .s’est passée cette délibération, en laquelle M. le chancelier a fait voir une petite finesse (]ui ne luy tournera pas à louange.

Le lundy a i janvier, M. le chancelier ayant fait appeler M. de .Sainte-Hélène et moy à son cabinet pour entendre le dispositif de l’arrest rendu, le fit lire par Foucault. Il me parut dans l’ordre, sinon

' Compjrex.pour cette séance. ieJour/uti c2e Foucauilj 1. 1\, f** id; on y trouve le* «TÎ* et Tarnèt. ,

— Digitiied le

qu’il y avoit ajouté le mut seulentenl, de sa main, que je luy dis n'estre juivirr pas de l’avis, parce que la chambre s’estoit réservé la liberté sur les faits singuliers de faire voir les registres à M. Fouquet. A quoy il me respondit que ce n’estoit que pour distinguer ces deux procès-verbaux d’avec les autres, à cause de l’inscrijjtion eu faux. L’arrest fut lu dans la chambre et signé. Je dois dire icy que mon avis a esté fort , approuvé, et beaucoup de personnes de condition m’en ont fait compliment

Du samedy a6 janvier, la chambre ayant employé toute la semaine à lire la réplique de M. Fouquet à la responsc de M. Talon, cl, ce jour, la chambre n’entraul point, je fus avec M. Chamillart et M. Foucault à la Bastille, pour l’exécution de l’arrest potu' la vérification des deux procès-verbaux sur les registres de l’espargne, en présence de VL Fouquet. Ayant esté introduit par M. d’Artagnan dans la chambre de M. Fouquet, je luy dis que je croyois qu’il avoit esté averti de l’arrcst qui avoit esté rendu sur les cegistres, et que les rapporteurs avoient esté commis pour l’exécution; que c’estoit le sujet qui m’obligeoit de venir, et que j’estois seul, parce que M. de Sainle-IIélènc ne pouvoit encore marcher ni se soustenir sur scs pieds. Il me dit que cet arrest ne luy avoit point esté signifié, quoiqu'il fust de l’ordre, et qu’il estoit nécessaire qu’on luy en donnast communication. .

M. Chamillart s'estant présenté ensuite à M. Fouquet, luy dit qu’il croyoil qu’il sçavoit sa quahté de procureur général , et que le roy avoit jugé le service de M. Talon nécessaire au parlement, et qu’il luy avoit fait l’honneur de le choisir pour rendre service en qualité de procureur général. M. Fouquet luy dit qu’il estoit assez estrange qu’il n'eust eu connoissance de ce changement que par la signature qu’il avoit vue au bas d’une requeste qui luy avoit esté signifiée depuis trois jours, et qu’il estoit de l’ordre qu'il cusl eu communication de sa commission, pareeque, quoyqu’il eust toute l’estime pour

* Voy. dans lc/i>ar(ui/c/« i’bacatt/f, t. Il, séances des a3 et a4 jasvier; ibid. t. IJ.

f* 46 ia séance du as janrier; ibid. f" So, laséanceduaSjanrier. Cesséances t IX , f** aiS-aig, les procès*Terbaux des curent peu d’importance.

J«nvffr

78 JOURNAL

son mérite et sa personne particulière, il poiivoit y avoir quelques mots qui luy lonl préjudice, et qu'on en avoit usé ainsy lorsqu'il y avoit eu queltpies iins de Messieurs de la chambre qui avoient esté rominis au lieu d'autres.

M. (ibainillarl ayant dit que , luy [Fouquet] ayant esté fait procureur général du |mrieiuent de Paris n'avoit pas fait voir sa commission à tous les accusés du royaume, et qtie le roy ne l’avoit choisi que pour faire justice, M. Fouquet luy répliqua qu'il le croyoit, mais qu’il n’estoit pas persuadé que ce changement eust esté fait pour luy faire plaisir, et cpie c'estoit assez que ses ennemis l'eussent choisi pour luy donner quelque suspicion. M. Chamillart se sentant offensé, prit d'un ton plus haut, et dit qu’il estoit bien avse qu'il fust informé qu’il estoit du ])ropre choix du roy, sans l'entremise de personne. M. Fouquet luy répliipia que le mot de forai ^ luy estoit suspect, et que c’estoit assez pour luy faire juger qui l'avoit mis. M. Chamillart répartit qu'il n'avoit travaillé pour l'intére.st de personne; qu'il estoit fort connu du roy, et, qu'estant à Senlis, le roy l'avoit envoyé tptérir; qu'il avoit parlé plusieurs fois au roy; que le roy connoissoit fort bien tous ceux qui estoient capables de le servir; qu'il n’avoit besoin de l’entremise de personne; que c'estoit comme le soleil, lequel en esclaimnt voyoit pai- luy-mesme toutes choses.

Je rompis cette conversation, disant qu'il estoit bon de verbaliser pmr l'exécution de l’arrest, et de travailler. La table ayant esté tirée proche de la fenestre, je pris une chaise é la bonne place à costé de la table, M. Chamillart à l'opposile et M. Fouquet au bout de la table, retiré de deux pas, se tenant fort civilement et attendant à se couvrir que je l'eu pria.sse, et monstrant beaucoup d'honnesteté.

Il seroil trop long d'escrirc icy tout ce qui con-'erne falTaire; il en a esté dressé procès-verbal dont la copie sera dans les pièces de ce pro-

* impossiblederemlreconipte

do icn» de ce mot deus U phrase. Fouquet y Cait sans doute allusiod à quelque càrconsUnce de U vie de Chamillart ou

de son administration. 11 cal probable que Chamillart. comme la plupart des maîtres des requêtes, avait rempli les fonction» d'inteodant.

DOMVIER LEFftVRE D'ORMESSON.

cès que jo conserve Ainsy je dirai seulement que M. Fouquel estoit Jui<irr ibM vestu d'un habit de drap noir tout fermé, le manteau doublé de drap, avec des bas de laine, des souliers plats, un collet uni, des petites mancbettes cousues et un chapeau de castor, le tout fort propre. Son visage ne nie parut point change, .sjnon qu’il est plus gras et les yeux plus battus, ayant un peu de bile respandue stu le •

visage. Durant la discussion du procès-verbal, il parla fort raisonnablement de toutes les formes et de ses dclTeiises, disant qu’il n’omettoit aucun de ses petit.^ avantages; que cela ne luy devoit pas eslre ^ envié, estant accusé; cl il parla avec beaucoup d’esprit, d'honnestelé et de liberté d'esprit. Je ne puis omettre que durant que M. Fouqiiet dictoit une remonstrance foit sérieuse, M. Chamillart, regardant par la fenestre le bois flotté sur le fossé, me dit : • M. le commissaire, voilà bien du bois; s’il y en eust ed autant l'hyver dcimier, le buis n’eust pas esté si cher. » Je fus surpris de cette belle remarque on une action si sérieuse.

La procédure achevée, estant obligé d'attendre qu'on eust escrit la copie d’un arrest, nous cntrasnies en conversation sur sa chambre et fes veillées. Je demandai à voir tout son logement et M. Pecquet , son médecin, que j’avois vu en Picardie. J'entrai dans sa ganle-rohc, qui est dans une tour, et [dans] une autre pièce petite; il y avoit quelques oiseaux dans un coin. Il nous moicstra ensuite scs livres, tous scs papiers, tout son travail sur le procès, les minutes de ses escrilures, de quelle manière il travailloit; qu’il n'avoit esté lu un seul mot qu’il n’eust composé; qu’a près avoir escrit, il donnoit à copier à M. Pecquet; qu’il relisoit et corrigeoit, et puis donnoit à cscrire au dehors; que son conseil ne luy servoit de rien sur cela; qu’il leur iisoit quelquefois ce qu’il avoit composé ; qu'ils voiiloient quelquefois

' J'ai vaineuiant cherché lei pièces du procès de Fouquet eux Archives de l'Empire et dans les bibliothêquev de Paris. Lea coiuervaleurs, auiquel» je me auia tdrauè et qui ont déclaré avoir fait toute*

lea recberebea poaxiblex . m’ont répondu que cea pièces ne se trouvaient pas dam lea dèpéta qui leur vont condés. Ellea ne vont pas non plua dana Ica paptera de la famille d'Ormeaaon.

80 JOUBNAL

Jauri^T i66i. liiy faire osier des mots qui estoicnt trop durs; quelquefois (ju’il les changeoit; quel([uefois qu’il ne les ostoit pas; qu'ils luy estoient utiles pour le dehors pour tirer les pièces et les counoissances dont il avoit besoin.

^ Il nous fil voir^la minute du psaume par luy traduit, demeura

« d’accord d’avoir fait les heures de la Conception de Nostre-Dame, et

nous dit toutes choses librement, sans contrainte, disant mesme les choses plaisamment, riant comme s’il eust parlé des affaires d’un autre; , dit qu’il estoit sans inquiétude sur l’estât où il se trouvoit; que son esprit s’accommodoit à tout; qu’on le mist, en quelque lieu qu’on voudroit, à estudier, à jardiner; (ju’il seroil content partout; que la procédure luy donnoit peine, parcequ’il failoit qu’il travaillast beaucoup cl que sa santé ne le luy pcmiettoit pas. Il nous monstra l’invention qu’il avoit trouvée de m*arquer dans les livres ce qu’il trouvoit beau, en attachant quelques morceaux de papier gris sur des endroits, comme des mouches, et ce lorsqu’il n’avoit ni encre ni papier. 11 dit qu’il ne trouvoit pas e.strange qu’on luy eust osté sa place; que, si son humeur libérale et trop facile n’y estoit pas propre, on pouvoit l’employer ailleurs, luy donner une ambassade, le laisser particulier; mais de le vouloir perdre sans quartier, qu’il ne pouvoit comprendre la conduite de scs ennemis; qu’il n’avoit de consolation qu’à recevoir cette persécution de la main de Dieu; qu’il les regardoit comme les instrumens de sa colère , sans leur vouloir de mal ; que, hors son procès, il ne baïssoit point M. Berryer, et qu’il le serviroit sans peine; mais que Dieu, après avoir chastié ceux qui avoieut péché, tournoit enfin sa colère contre ceux dont il s’estoit servi; qu’il espéroit que Dieu luy pardonneroit ses fautes; mais qu’il ne doutoit point que Dieu ne punist enGn ceux qui le persécutoient; qu’il ne comprenoit pas que M. Colbert, qui estoit raisonnable et qui connoissoit bien son humeur, n’eust point voulu le venir voir ni luy parler, comme il l’cn avoit fait prier mille fois; qu’il estoit assuré que, s’ils avoient parlé une heure ensemlile, ils sortiroienl contens et satisfaits l’un de l'autre; que le fonds de son procès ne luy donnoit

-üj-r m

DOMVIEK LEFÈVRE D ORMESSON.

point de peine, estant certain qu’on n’y trouvaroit cjuc trop de Caci- Jan>irr i6«i. lité, mais point de malice.

Et ainsy il nous entretint fort libicment durant une heure, nous dit que c’estoil luy qui avoit fait la requeste de récusation contre M. le chancelier, parce que Foucault le luy demanda et luy dit quelle * paroissoit estre ^un style différent de scs autres e.scritures. J’avouerai icy que j’ay^miré sa présence d’esprit, sa liberté et le calme qui paroist dans tout ce qu’il fait. La copie ayant esté achevée et à luv donnée, nous nous retirasmes avec beaucoup de civilité de part et d’autre.

Le lundy a8 janvier, l’on opina h la chambre sur la requeste de M. Fouquet, afin d’avoir permission d’informer de la subornation de.s tesmoins, menaces et intimidations contre ceux qui ne vouloient pas déposer contre luy M. le chancelier, avant qu’on eust ordonné le soit monstre, commença à s’expliquer de l’importance de la requeste; que, .si l’oii la recevoit, c’estoil gaster le procès, et qu'il falloit autant l’abandonner, et parla longtemps pour insinuer ce qui estoil à faire*.

Le soit monstré ayant esté ordonné, et depuis la requeste ayant esté relue, je dis que les faits allégués dans la requeste estoient vagues et se réduisoient à de bons moyens de reproche; que je n’eslois pas d’avis de débouler M. Fouquet de sa requeste, parccqu’elle pouvoit * estie bonne dans le fond, mais qu’elle ne l’cstoit pas dans la forme, et que j’estois d’avis de la joindre au procès. MM. Cuissotte [de Gizaucour] et Pussort furent d’avis de débouler, avec lléraidt et Rocquesanle. 11 y cul dix-neuf à mon avis; néantmoins M. le chancelier opinant le dernier, prit l’avis de débouter pour faire connoistre à M. Pussort sa bonne volonté.

.\prcs cela', l’on continua la lecture et de la response de M. Fouquet et de la nouvelle requeste de M. Chamillarl, et il ne se passf rien de remarquable.

Après le disner, je retournai à la Ba.stille, où M. Fouquet renou-

' Voj. le Journal de FoacauU, t. IX, * Le 7oaT7ui/ de Foacaalt o'enre^tre r** aao à aai. jainaU ces discours du chaoceiicr.

it. Il

82 JOURNAL

Janvirr i66«. vela SCS protostatîon&a proposa une récusation contre MM. Voisin et Pussort pour avoir opiné sur l’inscription (le faux formée contre leurs procès-verbaux, et il demanda (pie le procureur général eust à déclarer s’il s’en vouloit servir; et il fit de longues renionstrances sur * lesquelles j'ordonnai le relféré, et nous nous retirasmes sans (pi’il s’y passast rien de considérable.

Le mardy ag janvier', voulant faire rapport de mon procès-verbal à la ebambre, M. le chancelier commença à se plaindre de la longueur; que, si l’on escoutoit tousjours M. Foiupiet, l’on ne finiroit jamais; qu’il l’avoit tousjours bien dit, que, si l’on luy conimuni(|uoit les procès-verbaux, l’on s’engageoit en de grandes longueurs; (pi’il y en avoit pour plus de deux ans, et qu’il ne croyoit pas tant vivre; et seuibloit vouloir faire entendre (juc j'estois trop facile.

Sur ce je luy dis que, quand la chambre me prescriroit de ne plus faire escrire ce que diroit M. Fouquet, je le ferois. 11 continua encore. Et moy, faisant commencer la lecture du procès-verbal, et ayant dit qu’il n’ostoit pas nécessaire de lire le procès-verbal de la séance du sainedy, parcetpie la contestation n’avoit esté (pie sur une signification de l'arrest, et que, du consentement des parties, j'avois ordonné la continuation de l’assignation au liindy; sur ce, M. le chancelier I ayant dit qu’il falloit tout lire, comme croyant y trouver quelque chose à redire, je donnai le procès-verbal è lire à un autre, et, après que la séance du samedy eust esté lue, adressant la parole à M. le chancelier, je dis : < Monsieur, je vous supplie de me dire si j'ay pu en user autrement. » Sur ce, il me répliqua qu’il n’avoit pas parlé contre M. le commissaire; qu’au contraire, il falloit qu’il Gst tout rédiger par escrit’. ,

Lecture faite entière du procès-verbal, MM. Voisin et Pussort se Vetirèrent à cause de la récusation. Je fus d’avis de dire qu’ils n’ojiineroient point sur les incidens concernant l’inscription de faux, et, au surplus, sans s’arrester, seroit passé outre. M. de Sainte-Hélène

‘ Cf. denb ni en généra) de U conduite du * Foucault ne dit rien de tous ces ind- rhancelier. Il se borne à relater les avis.

• igitized bÿ Gctsi^Ie

prit l'avis contraire, disant sur la récusation : débouté quant à présent. Janvier ifiSi.

11 y en eut neuf de mon avis; les autres prirent le contraire. Je dirai

que je suis surpris de M. Besnard, qui me paroist avoir changé de

maxime et de conduite. Car les plus gens de bien furent de mon

avis; et, dans le monde, personne ne put comprendre comment un

juge peut opiner en une inscription de faux formée contre un acte

par luy fait.

Ledit jour après midy, je fus è la Bastille, où, lect\fre faite à M. Fouquet de l’arrest, il lit plusieurs demandes sur le.squellcs M. Chamillart ne voulut point s'engager i respondre; mais il se contenta de demander l’exécution de l’arrcst. J'ordonnai (|u’il en seroit refleré, et ce pendant passé outre, et aiusy, après longue procédure, je ne voulus point quitter (pe nous n’entrassions en matière; et, en effet, je Ds représenter à M. Fouquet les pièces du procès-verbal; mais, estant sept heujes, il fallut quitter. M. Cbamillart alors dit qu’il csloit trop tard pour emporter les registres de l’espargne; qu'il estoit obligé de pourvoir è la seureté, me disant : « M. le commissaire, je vous demande pour le roy que le coffre demeure ès mains de M. d’Arlagnan, et j’empesche qu'il .soit emporté, » ajoutant force choses brusques et mal digérées. Je luy dis que cette difficulté avoit déjà c.sté faite plusieurs fois, et qu’il avoit esté jugé dans la chambre qu’on ne pouvoit desposséder les trésoriers de l’cspargnc de leurs registres, et que je ne ferois point sur cela une nouveauté; mais qu’il falloit pourvoir à la seureté des registres, en priant M. d’Artagnan de donner quelques mousquetaires pour accOInpagner M. Dejean.

M. Cbamillart insistant au contraire, qu'il falloit servir le roy; qu'il estoit son proctireur général; que le roy ne pouvoit perdre sa cause par provision, et disant des badineries de cette force, je luy dis en riant qu'il fist sa réquisition et que j’ordonnerois le contraire, et que je pourvoirois à la seureté des registres en priant M. d'Artagnan ou M. de Besmot' de donner du monde.

' Ce nom s'écrit de plusieurs manières : Beueino», Bessciuauji ou Besmsiii. |i'èliii( te gouverneur de la Bastille.

JOURNAL

Juriricr iC6». Sur Cela, il dit que le roy estoit le maistre; que, quand il parloit, il fallnil obéir, et qu’il ne croyoit pas que M, d'Artagnan et M. de Besmol obéissent à mon ordre quand il leur deirendroil de la part du roy. Je luy dis : « C’est à vous à requérir cl à nioy à ordonner; faites c.scrire votre réquisition et je prononcerai. . Kn effet, il fit escrire la réquisition; M. Dcjean fit sa remonstrancc , et j’ordonnai (|ue les registres demeureroient en ses mains, suivant les arrests de la cbauibrc, et qye, pour pourvoir à la scureté, je priois M. d’Artagnan de ron'.niander tel nombre de mousquetaires qu’il jugernit à propos pour accompagner ledit sieur Dejean. En signant, le greffier présenta i signer à M. Cbamillart, et il vouloit signer au pied de mon ordonnance. Je luy dis non, et qu'il devoit signer comme partie au pied de sa réquisition. Je remarquai que M. Fouquet, qui rioit du peu de conduite et d'ejpérience du procureur général et de ses discours badins, tesmoigna de la teste approuver le refus que j’avois fait qu’il signast au pied de mon ordonnance; et, après cette contestation ridicide, nous nous relitasmes , et .M. d’Artagnan donna six mousquetaires é M. Dejean pour l’accompagner.

Le niercredy 3o janvier', à la cbambre de justice, lecture ayant esté faite de mon procès-verbal, l’on trouva qu’il y avoit des demandes qui ne convenoient pas au procès-verbal, et qu’il ne falloit pas souffrir que M. Fouquet fist entrer toutes les demandes qu’il auroit à faire, au procès-verbal. M. le cbancelier prévint à son ordinaire poim alléguer les longueurs affectées de M. Fouquet et tesmoigner son zèle. Mon avis fut d’accorder plusieurs demandes à M. Fouquet, parccqu’elles concernoient le procès-verbal des octroys, comme toutes les déclarations faites sur ce sujet au greffe et les oppositions aux scelles; et, à l’esgard des billets de l’espai^ie, joindre cette demande au procès-verbal; et j’en expliquai l’importance. M. de Sainte-Hélène fut de mon avis pour les deux premiers points; mais. 4 l’esgard des billets, il dit que M. Fouquet devoit agir par requesle séparée du

* ff. Jwimal de Foucault, t. IX, f*‘ ao5-ai7.

D’OLIVlEn LEKftVRE D'OUMESSON.

procès-verbal. Je revins à son avis sur ce point, n’eslanl difTéi-cnl du jinviei isct. mien que pour la roriiie.

Il y eut d’autres avis ; M. Pussorl, tousjours passionné, dit qu'il falloit supplier le roy de révoquer la chambre, parccqu'elle ne pouvoit achever U procès i M. Fonquet; que c’estoit une chose honteuse; cl ainsy 4 son ordinaire. M. de Nesraond dit qu’il ne falloit pas rejeter la longueur sur les juges, mais sur ceux cjui avoient conduit le procès, et que si. pour rectilicr les failles faites, on vouloit renverser toutes les formes, il falloit chercher d’autres juges. M. le chancelier tousjours disant des choses çjncralcs fort belles et concluant fort mal, tous se trouvèrent quasy de mon avis et de M. de Sainte- a

Hélène.

En rcli.sant, M. le chancelier voulut le réduire aux déclarations produites par le procureur général; ce qui estoit une chose ridicule; car 5E Fouquel les avoit, estant produites. Ceux qui csloient de mon avis entendant cette restriction, m’appelèrent pour y prendre garde; car dans ce moment je causois avec M. de Sainte-Hélène. Sur ce, ayant fait relire par le greffier, je dis 4 M. le chancelier que ce n’estoit pas mon avis, et qu'il c.stoit tout contraire, pareeque j’estois d’avis de donner toutes les déclarations; et l’arrcst fut ainsy réduit.

J’ob.serve celte petite chose pour marquer le peu d’honnesteté de ,\I. le chancelier, qui croyoit faire merveilles par cette sorte de finesse.

J’omcitois que la chambre approuva ma conduite sur le fait des registres de l’espargne.

Après le disner, 4 la Bastille, où, ayant fait lecture de l’arrest, je dis 4 M. F'ouquet que j’avois ordre de la chambre de luy déclarer qu’elle estoit disposée 4 entendre tout ce qu’il voudroit dire pour sa delfcnsc, mais qu’elle ne pouvoit approuver qu’il s'estendist en des discours hors l’aifaire, n’eslaut question que de vérifier un fait. .Ayant commencé 4 me dire qu’il recevroit avec respect les ordonnaqces de la chamhre, M. Chamillart l’interrompit, disant qu’il demandoit qu’il fust passé outre 4 l’exécution de l’arrest. M. Fouquet ayant demandé acte de son intemiption et que nous fissions escrire .sa responsc; au

80 ■ JOUnN’AL

Jai»i«r i66«. contraire M. Chamillart ayant inaisté, après grande contestation entre • eux avec chaleur, enfin je dis que, pour l’ordre et la vérité, il falloit

escrire la resjH>nse de M. Fouquol; et je commençai è la dicter au grelTier. Alors M. Chamillart me dit si je prétendois faire le juge et la partie, parccque je parlais pour M. Foiiquet. Cett» injure me fit sousrire, sans répliquer sinon • vous avoi raison. ■

M. Foiiquet me demanda acte de cet em|K>rtement, afin que l'on coimust le caractère de son esprit. Moy, jugeant qu’il serait ridicule de faire escrire ces impertinences, et M. Chamillart priant qu’il h’en fust rien cscrit, je dis à M. Fouquet que cela ne regardoit point l’af- • faire, et je n’en fis rien escrire.

Après, M. Fouquet reprit son discours, et dit qu’avant d’entrer dans la vérification il avoit à monstrer le sujet qu’il avoit de se plaindre du procès-verbal et expliquer ses moyens de faux, et il s’engagea à dicter plus d’une heure et demie de suite. Le procureur général l’interrompit i la fin, et, après quelques répliques, je voulus entrer en matière et Commencer à luy représenter le procès-verbal et les pièces, et, ayant engagé le travail au fond, je me retirai, estant fort tard.

A la fin de cette séance, M. Fouquet dit à M. Chamillart qu’ils n’avoient jamais eu grande familiarité ensemble. M. Chamillart luy répliqua qu’il estoit vray qu’il avoit esté d’ mie compagnie ‘ où on n’a guères d'habitude avec la cour; qu’il y avoit presclié sept ans pour un caresme, et qu’à cette heure qu’il en estoit dehors il rcssembloit à un homme (jui avoit esté longtemps dans une cave et qui sortoit tout d'un coup au grand jour; il estoit tout estourdi et esbioui. M. Fouquet luy dit qu’il falloit prendre garde à ne se laisser surprendre à ces beaux commencemens; il répliqua qu’il n’avoit garde, et qu’il marcheroit tousjours inlcr légitimas tramiies. M. Fouquet dit que cljacun interprétoit ce mut légitimas comme il vouloit. Kt ainsy M. Chamillart faisoit force discours fort peu réglés et en vray scho-

• * 11 semble, d’après ce passage, que Chamillart avait d'abord fait partie de quelque

ordre religieux.

laris, qui est le nom dont on le noiiinic à la courparniy ceux mesmes janvier i«6«. qui l'ont mis en cette place.

Le jcudy matin 3 i janvier*, M. le chancelier, qui avoil esté instruit, m'ayant demandé ce qui avoil esté fait à la Bastille, je luy dis que l'on avoil travaillé et que l’on continueroil, et qu’il n’y avoit rien à , ordoimer par la chambre. Il me répliqua qu’il estoit bon de voir le procès-verbal; il fut lu, et, lorsqu’il entendit que M. Fouquet expliquoit ses moyens de faux, il dit qu’il ne falloit pas les recevoir; que l’inscription en faux estoit jointe; que c’estoient des longueurs affectées par M. Fouquet, mais que M. le commissaire ne devoit pas les c.scouter, et blasma ma conduite autant qu’il puslL Je luy dis que la chambre ne m’avoit pas prescrit de ne point faire escrirc ce que M. F’ouquet diroil pour sa delTense,>et que luy-mesme, le jour d'hyer, n’avuit pas trouvé à propos qiie'je me chargeasse d’aucune décision, et que c’estoit à la chantbre à l’ordonner et à moy à exécuter.

Ayant encore recommencé à blasmer ma facilité, je luy dis avec chaleur : « Monsieur, vous sçavez bien que, lorsque l’on a désiré que j’exécutasse l’arrest, voyant M. «le Sainte-Hélène hors d'eslat tle venir à la Bastille, j’ay prié que vous voulussiez nommer un antre de Messieurs pour travailler avec moy, non pas que je me défilasse de mon cœur, mais de mes lumières et jdo ma connoissance, et que je me tenois obligé d’eslre plus réservé par la qualité que j’avois d’estre rapporteur et à cause des conséquences. • Il reprit, disant qu’il n’estoit pas nécessaire que je me justifiasse. Sur quoy je l'interrompis.

' Cf. JounutI Je Foucattll. l. IX, f aj7 r" et y’.

* FoucauU résume, dan» son Journal, le discours du chan<^clier en ces termes : • M*' le chancelier a fait observer à la chambre que M. le cotamissaire avoit employé dans le procès-verbal des movens do faux contre les procès-verbaux de la vérification, desquels iis'agisaoit; que cela lenibluit esire contre rinlcntion de U

chambre, pareeque laccusé ayant demandé qu'il luj fusl permis de s'inaerirc en faux, sa demande a esté jointe au procès-verbal de vcrificalion q[ui en sera fait; que cependant, avant que t’inscriptioii en faux cust esté reçue, l'aocusé en avoil fait indirectement recevoir les moyen» en les faisant employer dans le procès-verbal.

M. le rapporteur, sans rien répartir, a continué son rapport •

88 JOUIINAL

JinTîrr i66i. disant que je ne le liisois pas par justilic.atioD; que je n'en avols que faire, mais pour faire ronnoislre ce qui s’esloit passé’.

Après, l’on continua le procès-verbal, et je me sentis fort ofl'ensc du procérlé de M. le cliancclier. Foucault estant venu me parler, je luy dis : • On prend grand’ peine d’instruire M. le chancelier. » Il me respondit <ptc ce n’estoit pas luy, et (pi’il m’apprendroit des choses que , je ne croyois pas. Sainte-Hélène me disoit que je ne me devois pas fascher, et qu’il n’y avoit rien qui me pust donner peine. Après la séance, chacun vint à moy, disant que tout le discours de M. Fouquet ne pouvoit pas eslre refusé; mais qu’il n’y avoit qu’à retrancher ces deux mots : moyens de fausseté. J’estois fort en colère contre .M. le chancelier, et je dis à plu.sieurs de la cliambre que je n’aimois pas qu’on me donnast le fouet tous les matins, et que M. le chancelier estoit une manière de correcteur que je ne souflrirois pas.

L’apresdisiiée, je retournai à la Bastille, et je dis d'abord à M. Chamillart qu’il falloit cscrire tout ce qui se dirait. A quoy il me dit que cela serait mieux, et qu’il avoit vu le matin M. le chancelier; et ainsy je reconnus que c'estoit sur son rapport que M. le chancelier estoit venu fort préparé. En haut. Foucault me dit qu’il n’avoit point vu M. le chancelier. Je luy dis que je ne s^avois s’il disoit les choses comme elles se pa.ssoient; il me respondit qu’il les avoit dites .sans y rien omettre , et que cela estoit reçu comme on devoit

Estant entré dans la chambre de M. Fouquet, je luy dis l'arrest rendu par la chambre; et, voulant travailler, il me fit une demande en deux lignes, et, comme il la voulut dicter, M. Chamillart, qui e.stoit bien instruit, l’interrompit et requit que l’on passas! outre; ce que je lis cscrire. Sur quoy M. Fouquet répliqua, se plaignant de son interruption, et verbalisa pour demander que M. le procureur général ne pris! plus la liberté de l’interrompre, dont je donnai acte, et qu’il seroit pa.ssé outre. Et, commençant à travailler, M. Fouquet s’estendit dans un grand discours qui estoit inutile; le procureur

* li ny a pds un mot de cotte di»cu9> borno au résumé que j'ai cité à U page

sion dans le /ouma{ de Foactmlt; il sv précédente, note 3.

général ne l’interroinpoil pas, parce(|u’il venoit de Iny faire excuses Kivrier iSoi. de son interniption, et il Iny avoil dit qu’il le prioil de croire qu'il avoit tout le respect possible cl qu’il feroit tousjours tout ce qu’il luy seroit possible pour sa satisfaction. A quoy M. Fouqucl répliqua qu’il le prioil d’avoir moins de re.spect et un peu plus d’humanité.

Pour moy, voyant que le procureur général faisoit une faute, el que, si je souffrois plus longtemps ce long discours, on croiroit qu’il y auroit affectation de ma part, et qu’au contraire il cstoit important qu’on connust que Je faisois ce que je devois T j’interrompis M. Foiiquet, çt fis escrirc une remonstrance bien expliquée, selon l'esprit de la chambre. A quoy M. Fouquet voulant faire une responsc, M. Chamillart l’interrompit aux premières paroles. Sur celte interruption, nouvelle remonslrance de M. Foucjuel assez longue et bien dictée sui le sujet, bien que ces trois interruptions l’eussent fort troublé el qu’il eust peine à se remettre. Ainsy se passa cette séance, après lacpiclle •M. Chamillarl réitéra encore ses excuses et fit cent complimens à M. Fouquçl, qui nous dit que nous l’avions bien maltraité et que M. le procureur général avoil pris ses avantages, mais qu’il le luy rendroit bienlost, eUqu’il prendroit les siens, dont il ne se desparliroit pas, et nous nous retirasmes.

Le vendredy i" février', le matin à la chambre, où je vis (|ue M. le chancelier vouloit éviter qu’on ne parlasl du procès-verbal du jour précédent, je dis qu’il estoit bon d’en, parler, afin que la chambre y prononçast et réglast un peu certaines interruptions <le M. le procureur général. M. Pussort me dit que , si je voiüois parler contre M. le procureur général , il falloil le faire entrer, afin qu’il se deffendist. Je luy dis que je le voulois bien*.

Le procès-verbal lu, l'on improuva fort les interruptions du procureur général faites à contre-temps, et l’on trouva la mienne faite fort à propos. M. Pus.sort grondant tousjours, je luy dis bas : " Sça-

* Ci. Journal dt Foucaull , l. IX, f*' 127- * Tous ces déteils sont omis pnr Fou-

aa8. caull.

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