‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 23 sur 83 · II. I · texte numérisé non relu

II. I

JOÜRNAI.

Frtritr iG«4. leurs femmes, il ne devoir pas se relasclier en celte occasion : aussy Foucauh en parut fort chagrin.

Le reste de l’aprcsdisnée , nous travaillasmes avec M. Fouquct à l’ordinaire. •

Le mercrcdy i3 février, je fus le matin au service du inareschal de la Meilleraye’, où vint M. Colbert, à l'Arsenal, et me salua fort indifféremment et ne me parla pas en particulier, ni moy à luy.

L’apresdisnée , à la Bastille, où nous représentasmes à M. Fouquet les pièces de Baron pour les oclroys; et il ne se passa rien de remarquable. *

Le jeudy 1 4 février, je fiis à la chambre pour une affaire de M. de Lezeau, laquelle estant achevée , je sortis n'estant plus du procès de M. Delorme que l’on continuoit. Je vis M"* de Fouctpierollcs*.

L’apresdisnée, à la Bastille, où nous achevasmes le procès-verbal .des octroys.

Le vendredy 1 5 février, le procès de M. Delorme fut achevé è la chambre, et l'on ordonna d'une voix la confrontation des tesmoins.

L’apresdisnéc, à la Bastille, travailler è l'ordinaire.

Le samedy i6 février, après le disncr, à la Bastille, à l'ordinaire.

Le lundy i8 février, à la chambre, où l'on recommença la visild d’un procès criminel qui avoit esté vu il y a plus de deux mois, contre deux sergens dos tailles’ d’Orléans; et ce faute d’autres affaires.

L’apresdisnée, je me dispeneai d'aller en Sorbonne k l’acte du

' Charfci (te U Porte, dont Olivier d'Omieston a souvent perlé dan» la première partie de son Jonmat, éUit mort le 8 février i60â.

* Jeanne -Lambert d’Hcrbigny. Il est souvent qutrttion de cette personne dans le» Mtfmoirei de M'" de Afoetpeimer,

* On appelait ainai le» huiasiers chargés d’ciiger le payement de» taille». Dan» une lettre adreuée à Colbert i cette ^que même par un magi»trat d'Orléans, ces

recors sont représentés comme un effroyable fléau. (Les sergens en général, et particulièrement cenx qui sont prépoaés au recouvrement des tailles, sont des animaux si terribles, que. pour en exterminer une grande partie, vous ne pourrei jamais rien làirc de plus digne de vous , monseigneur, qu'en les faisant supprimer. > Cette lettre se trouve dans la correspondance de Colbert (collection dite col. eerts, mss. Bibl irap.).

D’OUVIEU LEFEVRE D'ÜRMESSON.

beau-frère de M. Berrycr, qui dcdioit sa tiièse à Colbert. Mais F^vnrr i6H- MM. Chamillart et Foucault, qui voulurent faire leur cour, y furent et me firent attendre à 4a Bastille. Durant ce temps, M. d’Artagnan me confirma ce quej’avois ouy dire de la haync des peuples contre M. Foitq&et durant les premiers mois de sa prison; qu’è Angers* ils lui dirent mille injures, lorsqu'il pas.sa parles rues, et, voyant le soin que .M. d’.\rlagnan prenoit de le garder, ils luy disoient : t Ne craignez pas qu'il sorte; car, si nous l'avions en nos mains, nous le pendrions nous-mesmes; • que la me.sme hayne parut à Tours, et qu'il fut obligé d'emmener M. Fouquet dès les trois heures du matin pour éviter les injures du peuple, dont M. Fouquet tesmoigna luy avoir obligation.

Il me dit que l'ayant laissé à Saumur entre les mains de M. Tallois, lorsrpi'on le passa à Orléans pour l'amener au bois de Vincennes, il y eut des gens qui , sous prétexte de luy dire des injures , tâschèrent de favertir de l'estât de scs aflaircs, luy firent reproche d’avoir desbauché les filles de la reync, à cause des billets que l'on disoit avoir • trouvés de M*** de Menneville*; qu’on sçavoit toute sa conduite, pareeque tous ses papiers de Saint-Mandé estoient pris; et ncanimoins que M. Fouquet n’en entendit rien, soit par le bniit ou autrement; que d'abord il luy avoit donné la Bible et saint Augustin, ({u'îl avoit tousjours lus; qu’il n’avoit jamais demandé de cartes pour jouer; que luy, d’Artagnan , n’avoit jamais voidu manger avec luy ni jouer; et l’avoit tousjours traité fort civilement.

Estant entres pour travailler, et M. Chamillart pour s’occuper s’amusant à lire le procès-verbal des octroys et à y faire des notes,

M. Fouquet demanda le mesme procès-verbal, afin d'y pouvoir travailler, ou bien qu’on luy donnast du temps pour respondre. Je luy promis qu’on luy donneroit ce procès-verbal. En travaillant, ayant vu que le procès-verbal des six millions estoit fait sans ordre, je dis

' Voy. le récit de l'arrestation de Fou- sur les relations de Fouquet avec M"' de

quet dans rintroduclion. Meanevlllc, qui était une des filles d'iiun-

* Voy. rintroduclion sur ces billets et neur d'Anne d'Autriche

Page 1