lOLRNAI
ATrii iiiin. 'joi l'stoit mal disposée; que M. LeTclIieravoit dit qu’il falloit s<^voir ce qui cstoil onloiiné.
Le luudy, 7 avril, de la semaine sainte, je fus le matin travailler à la Bastille, sans qu’il s’y passas! rien d’extraordinaire. Je disnai chei M. de Besmot, où M. d’Artagnan ne voulut ps venir et donna à disner aux commis, comme fasclié que je m’estois engagé à M. de Besmot. \l. de la Baulme disna avec nous, estant' loge avec ledit sieur Besmot, ironime son parent ou son amy. Cet engagement est asseï à ob.server. Pendant le di.sner, je dis l'bistoire de M. Joly pour la cure.
L'apresdisnéc , je retournai à la Bastille, où je continuai l'exécution de l’arresl. Ce jour, Foucault me parla du dessein du voyage à Fontainebleau et qu’il s’y trouvoit beaucoup de dillicnités; que M. le chancelier vouloil y aller, croyant eslre di^raeié s’il estoit séparé de la cour, bien que, quoyqu’il y fust, il n’y enst pas grand crédit; qu’il estoit lascbeux que le roy traisnast aprè.s luv des prisonniers dans un lieu qui n'estoit que pour la douceur et le plaisir; qu’il .s’y troiiveroit mille dilficultos; qu’on avoit proposé Saint-Germain et le bois de Vincennes; mais que le roy vouloit aller à Fontainebleau, et M. le chancelier vouloil le .suivre; et le reste e.stoit une suite nécessaire.
Jeiidy I 7 avril, après Pasques, je reloiimai travailler le malin à la Bastille et disnai avec M. d’.Artagnan, qui nous fit très grande chère. Il ne s’y passa rien de con.sidérable.
Le soir précédent, M”" de Guénegaud me vint voir pour m’entre- • tenir sur les afl'aires des rôles de l’esprgne; elle me dit i[Ue M. de
Tiirenne luy estoit venu dire niarespnnse à M. Pu.s.sort; qu’il l’approuvoit fort et en estoit fort ayse; qu’il estoit important que je Unisse cette alfairc devant que la chambre reiitrast; que cet arraugcinent avoit donné du chagrin.
Le vendredy i8 avril, je travaillai encore, matin et apresdisnee , à la Bastille, et le soir je déclarai à M. F'ouquet que je finirois le lendemain matin. 11 s’en csloigna fort, prétendant que les finit jours n’estoieiil pas complets et je luy dis que j’aurois fait dix séances, qui estoit plus. Je disnai encore avec M. d'.\i-lagnan.
Le saniedy ig avril, j’allai à la Rastilie le hiatin, où je finis avec Avril 16O4. M. Fouquet le travail, le dit siegr Fouquet prétendant que les huit ^jours n’estoienl pas remplis , la chambre ayant accordé huit jours et non pas huit séances; dont il a fait sa réquisition.
Ce jour. Foucault m'a dit que le voyage de Fontainebleau estoil ré.sohi, et ([u’il alloit avec M. d’/Vrtagnan et M. Berrver à Moret pour visiter le chastcau et voir tout ce qui estoit à faire; il me dit que la ^ santé de M. le chancelier n’c.stoit point bonne; qu’il estoit incommotlé de sa jambe et qu’il ne parloil que de sa mort. Je sçus que depuis deux jours M”' de la Ba/.iniére voyoit M. son mari et y passoit les journées et que l’^n^e vouloil pas accorder la mesmegraceà M“de Guénégaiid.
J'ay encore connu |iar les discours de Foucault que l’on empoisonne tout ce que les prisonniers font ; les trésorieis de fespargne acemsés d’imprudence de se plaindre de leur nourriture et de manquer de glace et de leurs délicatesses; M. Fouquet, de fine.sse de paroislre dévot et mortifié'.
Et, sur cela, je dois remarquer que M. d’Arlagnan m’a dit que, durant le c.aresnie, il ne luy a servi que hareng, morue et saumon . salé, et pas un poisson frais; depuis Pasques, du boeuf et du mouton sans un seul poulet et gibier ; qu’il jeusne au pain et à l’eau tous les samedys, et (|ue, depuis qu’il est prisonnier, il ne l’a jamais trouve qu’à genoux priant Dieu ou c-scrivant sur sa table; qu’il ne l’a vu qu’une seule fois en colère à .Angers pour une cheminée qu’il (d'Artagnan) fil griller, et dit ensuite à un des gardes : « M. d’Artagnan croit-il que la cheminée soit le chemin de monter à marcschal de France ? ■
' Un écrivain mnderne . qui a fait précéder VUUtoirf Je Coll>er1 d’une retiiarquablc étude sur Fuuquct, a sans doute été trompe ici par une copie défectueuse du/oamut (fOtieicpd'OTOicMaa. M. P. Clément [tlist. Je Colheri, p. lAi, note a) s'exprime ainsi : ■ On lit dans' le Journal
de M. d'Orniesson , mois d'avril 1 66A . que CCS messieurs (les traitants eiifemies à la Bastille) se plaimiaicnt vivement de ne pouvoir boire a la glace dans leur prison. > Oliv. d'ürmcsson présente , au contraire . comme une calomnie ce bruit répandu contre les prisonnier*
Atril tfiôi.
120 JOURNAL
Je dois encore icy observer qu'il ne se peut avoir l'esprit plus libre qu'il fait paroislre dans toute cette affaire, n’y omettant rien et la traitant comme celle d'un autre, parlant souvent gaiement et en riant.
En sortant , Foucault me dit une chose du roy très admirable, qu’il escrit tous les jours son histoire de sa main, avec les raisons de toutes les résolutions'.
Le dimanche 20 avril, je fus voir M. de Turenne, qui me parla de ma response à M. Pussort’ et me dit (|ue leshounestes gensl’avoient fort approuvée, parcequ’elle marqiioit le fond de mon cœur; me dit que l’on avoit fort pesté contre la chambre <le justice en présence du roy; qu’il couroit un bruit que l’on enverroit Ftniquel à Pigncrol, et qu’une personne de M. Le Tellier avoit dit que Nf. Fouquet n’en pouvoit plus mourir; qu’on avoit fait la corde si grosse qu'on ne pouvoit plus la serrer pour l’estrangler et qu’il ne falloit d’abord qu’une cordelette. Je fus voir ensuite M. Boucherai; nous parlasmes de nostre establissement è Fontainebleau dans sa maison avec Resnard et Brillac.
Je vis le père d’Ormesson’ sur ce que, le jour du di.sner de MM. Berryer, Foncatilt et Pccot aux Minimes, frère Charles avoit dit que M"' de Sévigne me gouvernoit en faveur de M. Fouquet contre le sentiment de mon père, et des sottises de cette force; et l’on m’en avoit averti du costé de La cour. Je luy parlai de cela avec mespris, et néantmoins qu'il ne falloit plus tenir tels discours.
Le lundy 2 i avril, M. Le Pelletier me vint dire que M. de Pienne avoit dit 4 M. Le Tellier que M. de Charost le père*, aux Minimes,
' Le« m<!.‘moircs publiés dans les (JEavrts de Louis XIV sur les premières années de son gnnvRmemenl personnel sont probablement lejouinialdont parle Olivier d'Or* ines^m. (Voy. rèdition des Œuvres de Louis X^Vt publiée en 1806; Paris, Treultel et WùrU, 6 rd. in-8*.)
* V'oj. plus haut, à la date du 3 avril iG6â. P- 1 15>
' Nicolas Lefèvre d'Ormessoti , de
l’ordre des Minimes, frère d'Olitier d’Ormesson. Il en a été question ilans U pre* niièrc partie du Journal d'OUvier d’OrmeS’ son. Ce religieux mourut en 167^.
* Louis de I^éthune* comte, puis duc de Charost, né en 160b, mort en 1G81.
8on bis, Armand de Béthune, marquis de Charost, avait épousé M^rie Fouquet, iilie unique du premier mariage de Nicolas Fouquet-
avoit parlé de inoy à mon frère en présence de plusieurs personnes et A>rii lühi dit que toute la famille m’avoit de grandes obligations, et force discours de la sorte. Je luy dis que cela estoit vray; que mon frère me , l’avoit dit; que c’estoit M. de Charost qui parloit.
Ce mesme jour, je fus à Amboille avec ma femme.
Le mardy 32 avril, au Palais, où M. Bailly* dit qu’il ne pouvoit pas consentir que M. du Goudray-Gcnies fust surarbitre, disant qu’il avoit des affaires à la chambre de justice ; ce qui n’estoit qu’un prétexte pour rompre.
Le mercredy 2 3 avril, nous rentrasmes à la chambre de justice, qui ne s’estoit point tenue ni le lundy ni le mardy, à cause que MM. d’Artagnan, Berryer et Foucault estoient allés à Moret, voir ce qui estoit à faire au cbasteau pour mettre les prisonniers. M. le cbau- ^ celier, ayant pris sa place, s’endormit peu après et me parut n’avoir plus d’application. Je fis lecture du procès-verbal fait avec les avocats**, durant laquelle M. Cbamillarl donna des conclusions pour consentir que la vérification se fisl avec M. Fouquet, revenant à mon premier avis.
Ayant dit ensuite qu’il y avoit un autre procès-verbal sur l’exécution du dernier arrest, M. le chancelier, secouant la teste, dit : « Ce sont de belles affaires. Cet arrest en donne pour un an*. » Je répliquai que le procès-verbal estoit achevé. Il ajouta : ■ Il faut que M. de Sainte- Hélène l'examine. »
Estant ensuite sorti dans le cabinet, où vinrent M. de Sainte-Hélène et Foucault et où estoiejat MM. Hotman et Chamillart, Foucault me demanda quand je voulois aller à la Bastille. Je dis quand l’on vou-
' Thomas Bailly, maître des comptes, avait épousé Anne Le Mairal, veuve de Simon Lelcvrc , seigneur d'Estrelies , frère cadet d'Olivier d'Ormesson. (Voyei, sur cette affaire, p. laa , note a.)
’ Le procès-verbal , d'après le Journal de Foucault, t. IX, f* aèi v*. contenait • les remonslrances des avocats donnés pour
conseils au sieur Fouquet et tendant è ce que quinzaine leur fust accordée pour faire recherche d'un homme intelligent dans les finances pour assister à la vérification do procès-verbal du marc d’or, etc. •
’ Le Journal de Foucault passe toujours sous silence ces discussions de la chambre de justice.
.lOLRNAL
■Wil i66S. droit, mais que je n'irois pas seul, et, puisqu'il falloit examiner mon . ’ travail, j’eslois bien ayse d'avoir un contrôleur.
L’on parla de faire descendre M. Fouquel, si M. de Sainte-Hélène ne pouvoit monter. Je fis connoistre que j’estois piqué du discours de , M. le chancelier. Foucault apporta ensuite l’arrest 4 signer, et il avoit compris les procès-verbaux en général, au beu qu'il ii'estoit question que de celuy du marc d’or ' ; et ayant dit qu'il n’avoit esté parlé que de celuy du marc d’or, et le procureur général l'ayant dit aussy. Foucault soustint qu'il estoit mieux de comprendre tous les procèsverbaux , et en fit asset d'instance. Ce qui me surprit; et le procureur général et luy se picotèrent ensuite; et de là il me paroist qu’ils ne sont pas d'accord.
• Je parlai ensuite à Foucault du logement de Fontainebleau, et que
ma première pensée avoit esté de m'accommoder avec M. Boucherat; mais comme rapporteur, je croyois devoir agir avec plus de précaution et qu’il falloit songer à la seureté du procès, et, di» plus, que j’estois bien ayse d’oster tout prétexte de discourir; que,* quand je n'en donnois point d'occasion, je ne m'en souciois guère; mais que j'estois bien ayse qu’il inc dist son sentiment; car M.Doucberat n’estoit pas amy de la maison Fouquet.
Ce jour fut donné l’exploit de Si. Bailly aux requestes de l’hostel* pour le prévenir, pareequ’il vouloit m’engager en un procès par cscrit et' ainsy éviter l’audience de la^and'chambre, et, pour cet effet, durant nos conférences pour le compromis, il avoit fait rendre une sentence aux requestes du Palais avec un créancier de deux cents livres, par laquelle le tuteur seroit assigné pour prendre communication de l'instance.
Le jeudÿ avril, le matin, 4 la chambre, où je fis le rapport de
* Le marc d'or était uti droit qui se percevait sur tous les titulaires d’offices à chaque mutation. • Ce droit est considéré, dit Cl. de Ferrière [Dict, de droite au mot \farc «T or), comme une espèce d'hommage
que les nouveaux officiers rendent au roi lorsqu'ils sont pourvus de leurs offices. • * U a Clé question de cette juridiction dans le tome 1 du Journal d'Olivier d'Orp> 13. note i. I..e procès dont il
D’OLIVIEU LEFÈVRE D'ORMESSON. 123
mon procès-verbal sur les demandes de M. Foiicpict', et je fus d’avis Avril i6«t. de les joindre au procès. Ayant explique pourquoy je.ne les trouvois pas justes, il y eut difîérens avis : les uns voulant que M. Foiiquct eust les Luit jours* entiers, et disant que le travail du matin et de l’apresdisnce ne devoit estre compté que pour un jour; néantmoins il passa de beaucoup’; et M. Pussort tesinoigna qu’il auroit ai.scmcnt travaillé encore deux jours’.
L’apresdisnée, je fus à la Bastille avec M. de Sainte-Hélène et M. Cbamillart, où l’on travailla au procès-verbal du marc d’or.
M. Cbamillart ayant dit qu’il travailloit pour Dieu et pour le monde. •
M. Foiiquet luy dit qu’il pouvoit faire l’opposition plus juste; et, sans l’expliquer, se prit fort è rire. Rien de fort extraordinaire au surplus.
Vendredy matin a 5 avrils il faut que j’escrive icy les dilTéreus bruits sur le voyage de Fontainebleau. L’on dit que la face dos af- •faires changera sur la chambre de justice et qu’elle ne peut demeurer comme elle est. A l’esgard des trésoriers de l’espargne, l’on dit que la ré.solution est prise de supprimer leurs charges et que le roy demeure •
quitte de ce qu’il leur doit; poiu- le procès de M. Fouquet, que l’on séparera la chambre et l’on retiendra des gens assurés, excluant les conseillers de la grtmd’chambre et les oUiciers jjès comptes; que l’on destine les sceaux à M. Poncet pour y présider. L’on ne croit pas que M. le chanccbcr ayt assez de santé pour terminer cette affaire.
M. Pecot’, m’ayant trouvé revenant de chez M. Marchand, me dit
obscure. Oliv. d’Ormesson veut dire qur son avis fut adopl<i à une grande majorilé» contrairement à l’aii'U de ceux qui vou- ‘ laienl acconfer les huit jours entiers à Fouquet pour achever les extraits des pro* cès*verbaux du l'épargne.
’ Il ^ a travailU dam le manuscrit du Journal je croîs qu’U
faudrait j substituer uccordJ.
* Receveur des deniers provenant des confiscations prononcées par la chambre de justice.
s'agit ici avait |>our cause les droits des mineurs nés du mariage d'Anne Le Maîrat avec Simon Lefèvre d'E-Mrelles. frère d’Olivier d’Omiesson. Tliomas Bailly était, comme on l'a vu, le second mari d'j\nne Le Moiral.
^ Cf. le Journal de FoucuüU, t. IX, f* a43 V*. sqq. Fouquet demandait qu'on lui communiquai le procès verbal des déclarations faites par les propriétaires des contrats sur les 1,100,000 livres do rente.
* Cette phrase dliptiquo est assez
JOURNAL
Avril i664. qu’il ne voyoil pas ia chose encore bien résolue sur i'establisscmcnt à Fontainebleau et qu'il prcvoyoit encore quelque changement. 11 me parla ensuite des richesses des trésoriers de l'espargne, et que M. de la Bazinièrc estoit riche d’onze millions, et qu’ils seroient heureux qu'on leur en laissast une paiiic.
Je fus ce mcsme matin chez M. Le Pelletier, qui me dit que mon frère le minime avolt encore parlé; qu’il avoit parlé à M. Beiryerchez M. le chancelier, après que le comte de Charost luy eust parlé, et ({ucv depuis que je l’avois entretenu, il estoit encore retourné chez M Berryer, et qu’il ii’y avoit rien de plus extraordinaire que sa con-
• duite;que toutes les plaintes de M. Colbert tournoient contre moy; qu’il disoit qu'ayant travaillé deux fols par jour avec M. Foucjuet, j’avois marqué mon empressement pour les choses (|ui estoient pour luy; que M. Le Tellier faisoit son devoir sur cela, et avoit dit qu’il falloit examiner tous mes avis et qu’ils se trouveroient tous bons, et qu’il en auroit esté s’il avoit esté des juges; que le roy avoit dit qu’on me choyoit trop ; qu’il estoit obligé de me donner cet avis, afin que je prisse garde à ma conduite; que c’estoit un grand malheur pour moy; mais qu'il falloit aller tousjours droit, sans m’inquiéter de cet orage, qui passet^it.
Je luy dis que j’eslois fort surpris de la conduite de mon frère et que je ne pouvois croire ce qu’il me disoit. 11 m’assura qu’il me disoit vray. A l’esgard de mon travail du matin et de l’apresdisnée, M. Foucault in’en avoit prié et tesmoigné que je ne pouvois faire un plus grand plaisir; que cette mauvaise foyme faisoit voir qu’on cherchoit
* à faire querelle, et qu’il falloit prendre patience.
Ce mesme matin, MM. Boucherat , Besnard ctBrillac vini'ent régler tout ce qui estoit à faire pour nostre société de Fontainebleau.
L'apresdisnée , à Auteuil, avec MM. P. et B. [Le Pelletier et Boucherat], voirM. le premier président, où M. Pelletier me dit que M. Colbert pourroit peut-estre venir voir mon père pour faire ses plaintes contre moy, et qu’il l’avoit proposé au roy et s’estoit offert d’y venir; que néantmoins la résolution n’en avoit pas esté prise; mais
qu’il estoit bon que mon père en fust averti, et que, si*M. Colbert Aviii i66i. venoit, il devoit parler un peu ferme, sans entrer en esclaircissemcnt du détail, lime dit ensuite que je devois avoir cette satisfaction que ma capacité estoit reconnue; que l’on avouoit qu’il ne se pouvoit ny mieux rapporter ny mieux entendre un procès, et que, pour les affaires de finance.s, je les sçavois mieux qu’aucun de la chambre.
Il me ditaussy que M. Colbert avoit esté pre.st à consentir àjune abolition, mais que le roy ne le vouloit pas, et que l’on ne sçavoit comment ^inir cette affaire; car on luy vqyoit de tous co.stés des embarras invincibles, et qu’il croyoit que l’on seroit capable de séparer la chambre, et que- ce seroit là une grande infamie.
Le samedy 2 G avril, je fus le matin avec M. de Sainte-Hélène tra- •vailler à la Bastille. M. Fouquet nous fit des remonstrances et s’opposa à l’exécution du dernier arrest, nous mit sa requeste entre les mains pour demander que tous les auU'es procès-verbaux fussent faits avec luy, contesta toute la matinée et la fit passer en escritures; il consentit à la fin de travailler hmdy après midy, et nous continuasmes l’assignation.
L’apresdisnée mon père alla au Louvre, où il avoit esté mandé pour assister à un conseil que le roy a.ssembloit pour décider l'aflàire des ducs et des présidons de la cour'. Le soir, il nous dit que, dans ce conseil estoient le roy et la reyne mère assis au bout d'une table ;
M. le duc d’Orléans, sur le retour, du costé droit, et, d’une suite.
' Celle querelle occupe une l.irge place (laiiü les Mémoires de Saint-Simon. La copie du Journal d’Olivier d'Ormeuon conservée aux .Archives de l'Empire sous le n’ U 96, fol. 199 et suivants , donne quelques renseignements sur ce procès, qui se renouvela à la fin du règne de Louis XIV et |>endant la minorité de Louis XV. > Les mémoires des ducs furent cumniuniqués aux presidens; et, après que la matière eusl esté amplement discutée par plusieurs arrests imprimes de part et d'autre.
et alors remis entre les mains do M. le chancelier, le 36 avril i664, le roy, par un arrest de son conseil d'L^tat, où il estoit présent en personne, décida celte contestation, maintint et garda les pairs au droit d’opiner et dire leurs avis avont les présidons du parlement de Paris, lorsque sa majesté y tiendroit son lit de justice, sans qu'ils y puissent cslre troublés pour quelque cause et occasion que ce soit. Cet arrest fut enregistré au parlement, le roy séant en son lit de jus-
JOÜRNAI.
Avril tfiAi. M. le prin<>* de Conly, M. d'Ormesson el M. Haligre. De Fautre coslé, M. le Prince, M, le chancelier, M. le comte de Brienne et
ticc, le n^rdjr 39 avril 1664. et exécuté le mcvme jour par M. le chancelier, qui prit l'avis de MM- le» pairs avant que de le prendre de MM. les pK-sidem :
«SlIflEST DU rX)?i»BlL D E5TAT l*ORTANT RÈ-
• ULEMe.VT ENtUE LES DUCS BT TAIRS BT « LES rnésiDEXS du PAALEMENT oi MAIS «SCR LEUR DROtT D'OPINER LORS<jl E LE «ROT TIENT SON LIT DE JUSTICE.
(s6 avril i6é&. — Ewr^tr* «u |iorini>ml le 19 noû et an. ~ Eilrtit de»
leiputm da coaMÜ d'EtiaC)
• Le roy s'estant lait représenter en son
• conseil les mémoircj mis entre le» mains
• de M. lo chancelier tant par les oHiciers
• de la cour du parlement de Pari» que par » le» pairs de France, suivant le coroman- « dément qu'ils en avoieol re«;u de sa rua- « jesté, et ayant vu par lesdit» oiémotresles
• raison» par lesquelle» le parlement pré- « tend que le» présiden» en ieduy doivent « opiner avant le» pairs, lorsque sa majesté
• y tient son lit de justice, comme aussy
■ les moyens dont les pairs se servent pour « appuyer le droit |>ar eux prétendu de dire
• leurs avis en de pareille» séances avant les
• présidens, sa majesté voulant LcrminGr ce
• diflérend et prévenir le» dilTicullés qui
• pourroient nablrecndcscmblahlcs occa-
• sion», estant en son conseil, a maintenu « et gardé, maintient et garde les pairs de « France au droit d'opîucr et dire leurs avU « avant le» présidens au parleinenl de Paris.
• lorsque «a majesté y tiendra son Ut de
■ justice, sansqu'üs puissent cstrelnjublés
■ pour quelque cause cl occa-ston que ce
• soit; veut pour cette ftn sa majesté que le
• présent arresl soit enregistré é» registres
■ de ladite cour. Fait au conseil d'Eslat du
■ roy, sa majesté y estant, tenu le s6 avril « i664- Signé de Gcbtéoauo. •
« Et attendu que depuis Tarrest du conseil du 36 avril 16GA il y a nouvelles contestations entre les ducs el les pr»idons, il est a pro^>os de rapporter en cet endroit les conclusions des requestes qui sont à juger au conseil entre les ducs et les présidens à l'occasion de leurs séance» , et opinions aux lits de justice où ces contestations ont esté forinccs :
< Exlroît des conciasioni des rufuestes pré-
• sentées par MM. les dact aa roy /vOiùi A’ V
• et à M. ie récent, au sujet de Aaai<e//es
• coAiestahoA» formt:es par les prt'ji-
« daxs d mortier contre MM. les durs , de-
• puit Varrtst de règlement du 26 annl . 166â.
• Prrtaim irqactlc.
■ Les ducs demandent, par leur pre- « miérc requestc qu'ils ont présentée au roy « el à M. le régent, et par leur» mémoire»
« imprimés chexUrbaiuCoustelier. libraire,
• et par le» conclusions de ladite requeste,
• qu'il soit ordonné : 1* {|ue le premier pré-
• skient sera tenu , aux séances de rapport ,
■ de prendre l'avis des pairs en le» saluant;
• a* qu'a ces morne» séances de rapport et
• aux audiences des bas sièges l'ordre de « séance de» pairs ne pourra, sous quoique
• prétexte que cesoi(,estrc interrompu par
• des conseillers placés a rextremilé des 4 bancs reniplis par les pairs; 3* que les
D’OUVIER LEFÈVRE D’ORMESSON.
M. Colbert, tous assis sur des sièges pliaiis et nue teste. MM. Le Avril i««a. Tellier et de Lyonne, secrétaires d’Estat, estoient debout, qui lurent l'un apres l’autre les mémoires donnés au roy par les ducs et par les présidens. Cette lecture dura plus de deux heures. Après, le roy demanda l’avis à M. Colbert, qui s’eslcndit fort sur les raisons des uns et des autres, et lit valoir beaucoup celles des présidens, en sorte qu’il scmbloit vouloir conclure pour eux, disant mcsnie que leur autorité n’estoit que celle du roy, mais qu’ils en avoienl abusé dans les derniers temps; car, au lieu de s’en servir pour le service du roy, durant sa minorité, ils l’avoient employée contre luy; et il parla fort contre eux et conclut en faveur des ducs. MM. de Brienue et Haligre, de mesme.
M. d'Ormesson ayant dit que la contestation estoit en soy très considérable et les raisons fort grandes de part et d’autre, il croyoit
• réceptions (les pain «ereroni doreonaTanl
• aux lîls dcjaslicc ou bien aux audiences « de» hauts sièges , suivant l'usage coastani' « ment pratic^ué avant l'année 1 543 ; 4* fjue
■ dan» toute» les aflaires où les pairs auront « esté invité», leur présence S42ra exprimée
■ dans le prononcé do rarresl par l'an*
• cienne formule : la cour gar>
• nie Je pain.
■ Sacocida requesle.
« Le» pairs demandent, par les conclu-
• sioti» de leur requeste et mémoires , qu’en « attendant son jugement sur le» contesta*
• lions avec les présidens, S. M. ordonne «que l’arresldu a septembre 1716 rendu
■ avant l'arrivée des pairs pour leur osier
■ voix délibérative dans cette séance, au «cas qu'ils voulussent, en opinant, inter-
• rompre Tusurpalion des présidens, sera
• dédaré attentatoire à raotorilé de V. M.. t contraire à tontes les lois, et, en con*
* Ijoiiisr de Sataiv.
« séquence , comme tel . il sera dès à pré- « sent njé et biiTé de» registres du par* • icment et canccUé. •
« L'arrest du 3 septembre S7i5portoit que si les pairs persisloient à demander le salut, c’est-è-dire que le premier prési* dent oslasl son l>onnet en leur demandant leur opinion, ou donnoient leurs avis le chapeau sur la teste, leurs voix ne seroient point compté. François par édicldu 34 juillet iSsS, avoit ordonné d’osier et canceller des registres du parlement tout ce qu'il avoit (ait tant contre le pouvoir de M**la régente sa rnérc*, que contre la peraonne du chancelier**, n’avant juridic* tion sur eux, cassant et annulant tout ce qui a esté fait et attenté contre cnx . et enjoignoit au grcITter, sous peine de priva* lion de son office, d'apporter le» registre» cancellés en ce qui touche l'un et l'autre cas. «
** Antotae
JOURNAL
Avril i66i. mieux que les parties coiitcstassc-nt plus amplement, et ce pendant donner la provision en faveur des ducs. M. le chancelier, qui sçavoit l’intention, dit qu’il falloit décider, et conclut pour les ducs. Tous les autres de mesme . en peu de paroles , et le roy aussy. C’esloit luy qui demandoit les voix, et non pas M. le chancelier. Après le conseil, la reyne mère fit care.sse à mon père et luy amena M. le Dauphin pour le saluer.
I.c dimanche ay avril, je fus le matin à .\mboillc et revins le soir avec ma femme et M. Carpentier. Le soir. Foucault me manda qu’il y auroit le lendemain chambre pour rapporter le procës-verhal et la requesle de M. Fouqiict.
Le lundy 28 avril, M. d’Artagnan m’envoya la requestc de M. Fou- , quet, et je fus ensuite à la chambre ‘. M. le chancelier y vint fort tard, ayant dit qu’il venoit de .sceller les édicts pour le lendemain. Je rapportai le procès-verbal et la requeste et fus d’avis de la joinilre à la vérification des autres procès-verbaux, m’estant néantmoins expliqué que la vérification devoit se faire en présence de M. Fouquet, et pour la justice et pour ne point perdre de temps. Mou avis fut suivi tout d’une voix.
Je vis M. P. qui me parut fort irrité de la séance de M. Colbert au conseil, tandis que M. Le Tellier estoit debout; que M. Le Tellier n’avoit rien sçu de cette résolution , et en parloit comme d’ime mauvaise conduite de M. Colbert. 11 ajouta que le roy donnoit ordre è Bcrryer d’agir ouvertement dans les affaires de la chambre de justice et qu'il assisloit au parquet avec les gens du roy, et qu'il ne sçavoit pas s’il n’agiroit pas en présence de M. Fouquet, et qu’il semhloit que M. Colbert eust perdu l’esprit, tant il faisoit de fautes !
L'apresdinée , à la Bastille, où M. de Sainte-Hélène ne put se trou-
' Cf- Joamal de Foacaalt, L I\, f* a43.
' Le punomiagc désigné par P e»i certainementCUaude Pelletier ou Le PcUcUer, qui a été contrôleur général des finances
après la mort de Colbert, en i683. Il était étroitement uni à la famille Le Tcllîcr, comme le prouve U suite du Journal d'Olivier d'Ormeuon. On l'a déjà vu plus haut désigné par cette initiale.
ver à cause de son indisposition. M. Fouquel contesta quelque temps A*rii contre M, Ghamillart, et nous commeiUjasines i entrer en matière.
Le raardy 29 avril, je fus le matin en robe rouge au Parlement • pour voir ce qui s’y pas^roil. Durant que chacun s'assembloit à l'ordinaire, j’entretins M. Declaurens de l’arbitrage et du procès commencé avec M. Bailly*.
Toute la compagnie assemblée, et M. le chancelier sur le banc des présidons, qui y estoieut tous à la réserve de M. de Novion , il y eut contestation entre M. d'IIumières, gouverneur du Rourbonnois, et M. le marquis de Cœuvres*, gouverneur reçu en survivance de l’isle de France, avec pouvoir d’exercer conjointement avec M. le marescbal d’Estrées son père, pour sçavoir qui précéderolt du titulaire ou du ^ survivancier plus ancien , et avec cette clause. M. de Montausier alla faire rapport au roy de cette dilficulté, qui la jugea en faveur du titidaire, se servant de l'exemple du comte de Noailles, qui précède M. de Gesvres plus ancien que luy, mais qui n'a que la survivance.
Le roy ayant ouy la messe , quatre anciens présidons et six conseillers furent le recevoir. Le roy arriva et prit sa place à l’ordinaire, ayant au costé droit M. le duc d’Orléans, M. le Prince, le duc d’Anguien et le prince de Conty, et de suite MM. les ducs de Guise, d’Uzès, d’Elbeuf, de Luynes, de Lesdiguières, deCbaulnes, de Retz, de Saint-Simon , de Richelieu, de Grammont et de Villeroy, et, sur un petit banc au devant, les ducs de Mortemart, de Randan, de Coaslin et le marescbal du Plessis; au costé gauche, M. le duc de Langres. .M. le duc de Saint-Aignan estoit aux pieds du roy faisant la charge de grand chambellan. Les quatre capitaines des gardes, de Noailles, de Villequier, de Gesvres et Charost, etM. de Vardes, capitaine des Cent-Suisses, assis sur un petit banc au pied des pairs ecclésiastiques; M. Séguler, prévost de Paris, sur le premier pas du degré.
' Voy. plus liaut, sur ce procès, p. 122, noie 2.
* Le marquis de Cccuvres était Jean d'EsIrées, qui devint maréchal de France
en iG8i,et mourut en 1707. Il se distin- •
gua dans la marine. (Voy. sur ce personnage les Mémoirts d« Saint-Simon, t. VI, ^
p. et suiv. de l'édit. Hachette, in-8*.)
JOURNAL
M. le chancelier estant monté au roy pour recevoir ses ordres et s’eslanl mis à genoux, puis relevé et retourné en sa place, pronon<;a • sa harangue d’une voix assez, haute, mais tiemblante à son ordinaire, parla sur les désordres que les divisions dans*rÉglise apporloient aux Fslats, hiasma la conduite des Jansénistes, et en sortit assez bien pour une personne de soixante-seize ans passés.
\I. le premier président parla ensuite fort bien et d’une voix forte, louant la piété et le zèle du roy, renionstraiit qu’il estoit important de prendre garde de ne pus donner atteinte aux libertés de l’Eglise gallicane. Il parla ensuite de la misère des peuples; il .supplia le rov de préférer la qualité de père de ses sujets à toutes les autres qualités; et son discoims satisfit fort toute la compagnie.
Après, du Tillet, greflier du Parlement, lut la déclaration contre ^ les Jansénistes fort longue*; ensuite celle de la .suppre.ssion des secrétaires du roy; une autre de la suppression des quatriennaux et une de la suppression des offices des eaux et forests, créés depuis i635.
La lecture achevée , M. le chancelier ayant dit : Gens du roy,
M. Talon commença sa harangue par l'exemple de cet empereur romain qui, ayant trouvé les ail'aires de l’empire fort en désordre, sçut, par sa force et sa prudence, les restahlir, et en fit l'application au roy avec une extresme flatterie ; il passa ensuite à la déclaration des Jansénistes, sur laquelle il s’estendit fort ayant appris toute l’histoirc des conciles pour justifier la signature ordonnée; dit ensuite qu’il ne falloit pas craindre que ce fustestahlir l'inquisition en France; car l’on sçaiuroit tou.sjours bien distinguer le successeur de Saint- Pierre de la cour de Rome ; que l’on ne changeroit jamais les anciennes maximes et les libertés de l’Egli.se de France; que l’on tenoit
' GïHc déclaration ordonnait k tous les ecclésia.stiqiie.s, séculiers et réguliers, de signer le fumiulaire contre les ciiu| propositions e'itraites'du livre de Jansénius. Cette matière a été amplement traitée dans un grand nombre d'ouvrages. (Voyez
entre autres VHùtoin des cinq propositions deJanséiiins (par Hilaire Dumas]; [’ Abrégé de ihisloire de Port-Royal, par Jean Racine; V Histoire des persécutions des religieuses de Port- Royal écrite par ellesmêmes, etc.)
pour une vérité constante que le pape estoit autant au-dessous des A>nl i6n4. conciles qu’il estoit eslevé au-dessus des cvcsqiies ; que non scidenicnt il n’estoit pas infaillible eu question de fait, mais inesinc qu'il ne l’ostoit pas en question de droit et de doctrine. 11 dit encore qu’il falloil distinguer ceux qui considéroient celte déclaration comme un *
remède uéce.ssaire contre un abus, de ceux qui ne la dé.siroient que par esprit de vengeance pour insulter leurs ennemis et s’en venger, et parla contre les Jésuites sans les nommer; et , après avoir esté fort long, en sorte que toute la compagnie en estoit fatiguée, il conclut.
Après, M. le chancelier monta au roy et prit son avis et des princes du -sang conjointement, puis alla à M. le duc de Langres, puis an* ducs les uns après les autres le long de leur banc, revint le long du petit banc aux autres et au maresclial du Plc.ssis, et après descendit aux présidons de la cour, puis aux conseillers d’F.slat et roaistres de.s requestes, et après à tous les conseillers, et estant ensuite remonté au roy, mis à genoux et redescendu , il prononça : « Le roy séant en son lit de justice a ordonné que, sur le replv des lettres, il sera mis ; La, public et enregistré, oay et ce requérant son procureur général ; qiie copies collationnées en seront envoyées dans les provinces pour estre aussv publiées et registrées; enjoint aux .substituts d'y tenir la main et d’en certiiier la cour au mois. >
.Après, le roy se leva et passa par le parquet, nue teste, saluant M. le premier président et les autres en passant, et parla à M. Le Tellier et à M. de l.yonne, et j’ay sçu depuis qu’il luy avoit dit qu’il estoit très content du discours de M. Talon.
Il e.st remarquable que, dans la lanterne du greffe, estoient les pères Annat et Férier, jésuites, avec le sieur Rospigliosi, envoyé du pape, et le cardinal Maldacbini , incognito, qui entendirent les maximes de M. Talon sm- l'infaillibilité du pape. Dans l’autre lanterne estoient M" la Comtesse, M“ de Saint-Simon', sa fille de
' Di*DoHenriv4te de Budos, morte le de l'autour de* Mémoires. (V03'. il/riiMMres 3 décembre 1670. CéUil la preiuière de SttinlSimm , (. I, |i. 7a et 78, éd. Hafcinmc de Claude de Soiiit-Sîmoo, père cbolte. in-8*.)
132 JOL'nNAL
\Ui i<iii4. Brissac', M”" de CrussoP et autres. Au-dessous estoil le prince de Meehelboui'g ’ debout avec plusieurs gcnlilsbomiiies.
I.’apresdisnée, je fus travailler à la Bastille, où M. Foucpiet s’emporta avec chaleur contre M. Cbamillart, parlant de. surprise. M. Cha- * millart s’en piqua ; mais, à la fin de la séance, Fouquel le radoucit.
Le lucrcredy 3o avril, M. le duc d’Orléans, mon père portant la parole, et M. d’Aligre, furent à la chambre des comptes pour la suppression des offices des trésoriers de l’espargne et des parties casuelles, et les commissions en furent données en mesme temps à M. de Bcrliilac et à M. de Beaumont-Chassepot pour deux ans, sous le nom de receveurs du trésor royal cl des revenus casuels. .Monsieur attendit long-temps , parce que Bcrryer avoit oublie de faire expédier les lettres de cachet, et M. Le Tellier les signa dans son carrosse, ayant esté trouvé par hasard dans la rue S'-Honoré. M. de Castille avoit acheté cette charge pour deux millions de livres , et en doit encore quinze cent mille livres à M. de Fieuhet; de plus, il a payé ■sa part de quinze cent mille livres pour la suppression du quatrieunal. M. Dejean me dit que M. de Guénégaud en devoit doure cent mille livres; et l’un croit que, perdant leurs charges et les grandes somme.s que le roy leur doit, ils sont ruynés.
Ce mesme jour, je fus, dès le matin, travailler avec M. Fouquet et encore l’apresdisnée ; ce qui lui donna du chagrin, disant qu’il ne potivoil résister au travail, et que c'estoil le moyen le plus sùr pour en venir à bout et l’opprimer.
Le jeudy i" mai, M. Le Pelletier me dit que .M. Colbert ayant proposé au roy, depuis i|uelques jours, d’envoyer des commissaires dans les provinces qui estoient remplies par des personnes qui ne
’ Gabricllc-L4mi5cdeSaint-^imon, EDi* née le 17 avril i663 à Henri-Albert de Coaaè. duc de Briasac. (Voyez sur M”‘* de Brûaac cl üon mari les M^oirts de Saint- Sinon^ t I,p. 76 et suiv. édif. HacheUe. n-8“.)
• Julie-Marie do Sainlc-Maure, femme
d'KuimBnucl de Crusüol, duc
’ ChrisUan-Loui», duc do Mcckienbourg; il avait épouüé ElUabcÜi-Angé* lique de Montmorency-Boutcville, veuve du duc de Cliàlillon; il a été souvent question de cetto dame dans la première partie du Journal d'OUvier d'Ormesson
Brgifeed lifliOOglc
IVOLIVIER LEFÈVRE D ORMESSON.
pouvoient y servir à cause qu’Hs estolenl occupés ailleurs, comme Mai i66 M. Hotman pour la Touraine et M. d’Ormesson pour Soissons, M. Le TelHer n’avoit rien dit ; mais que depuis il avoil fait connoistre au roy que son intérest s’opposoit à cette résolution à mon esgard , parcequ’eslant rapporteur de M. Fouquet, l’on diroit mille choses; que le roy en estoit convenu; cl néantmoins qu’hyer M. Colbert Iny avoil escrit que le roy luy avoit ordonné de luy dire de faire les expéditions nécessaires pour donner à M. Courtin l’cmploy du Soissonnois avec la Picardie et à M. Pelot celuy de Touraine avec le Poitou, et que M. Le Tcllier luy avoit monstre hyer ce billet; et que sur cela il me conscilloit de ne dire pas un mot et de ne pas tesmoigner sentir ce coup. Je suis obligé de remarquer icy qu’ayant dit celte nouvelle é ma femme, il ne se peut la recevoir plus sagement qu’elle fait et avec plus de force, et que mon fils m’a fait paroistre en cela des sentimens fort sages et fort prudens.
Le vendredy i mai, M. Boueberat me vint dire qu'hyer au retour de la promenade que nous avions faite ensemble à Vincennes avec M. Le Pelletier, et sur les neuf heures, M. Colbert l’esloit venu voir et luy avoit dit que le roy luy avoit commandé de luy dire qu’il luy revenoil de tous costés qu’il estoit le conseil de M. de Guénégaud, et qu’il ne désiroit plus qu’il entrast dans*la chambre de justice ; que sur cela luy ayant répliqué qu’il obéiroit sans peine aux ordres du roy et qu’il n’avoit autre desplaisir, sinon que le roy doutast de son zèle à .son service, et qu’il luy demandoit cette grâce de faire entendre au roy qu'en toutes les affaires, mesnie de la chambre de jiKstice, il n’avoit eu autre sentiment, et qu’il l’obligeroit de l’avertir en quoy il pouvoit manquer, parce que, ayant bonne intention, il estoit presl à quitter son sentiment et se corriger; que M. Colbert luy avoit répliqué que, puisqu'il vouloit entrer dans le détail, il luy avoil fait connoisti'e que l’imputation, qui avoit esté le coup de salut de l’Estat, estoit fort nécessaire et que cependant il n’avoit pas changé; qu'à cela il avoit respondu que scs sentimens avoient toujours été justes et que de toute sa conduite il ne vouloit que luy pour juge; mais que ceux
I3i JOL'RNAI.
.Mm i6bj. qui l’approcLoient luy rcndoleiil ces mauvais ofTiccs (voulant parler de Uerryer) ; qu’il le reconnoistroil un jour; qu’il luy avoit parlé de Fontainebleau et do noslre logcmcnl ; que M. Colbert luv avoit dit <pie cela ne regardoit point le conseil ny son logement, et qu’il n’y avoit rien de mieux, et qu’après quelque.s aiitre.s discours il s’estoit retiré.
Je lus fort surpris de cette conduite et que M. Colbert votilusl luv-mesiiie se chaîner de ces messages, vu qu’ils se pouvoient faire dire.
Ce mesme matin, je fus dire adieu à M. Le Tellior, qui me lit entrer dans son jardin; et luy ayant tesmoigné obligation de la manière dont je sçavois qu’il avoit parlé , il me dit mille civilités ; c{ue tout cecy ne seroit rien cl qu’il ne falloit pas que j’en tesmoigirasse aucun ressentiment; mais que j’allasse tousjours le mesme cliemin, sans •aire ny plus ny moins, afin que l’on ne crust pas que je lisse rien par crainte uy aussy que je me voulusse venger.
11 me parla ensuite du procès, des fautes qu'on y avoit faites, entra dans le détail, dit i[u’on avoit fait la corde trop grosse; qu’on ne pouvoit plus la serrer ; qu’il ne falloit qu’une chanterelle ' ; me parla fort que M. le cardinal n’avoit jamais pris un quart d’cscu par le moyen de M. Fouquet; mais qu’il âvdit des prests*; et, pour son remboursement, avoit pris des recettes, sur lesquelles on lui donnoit la remise comme aux traitans, et luy n’en donnoit que peu, et ainsy gagnoit beaucoup.
Il me dit encore que M. le premier président avoit parlé au roy sur ce qu'on avoit expliqué un mot qu’il avoit dit du premier président de la Vacquerie, que le roy Louis XI appeloit souverain du parlement. Il estoit vray que le roy avoit tourné en raillerie ce mot jouwerain, et disoit que le premier président prétendoit estre souverain à l'esgard de sa harangue.
' Corde de tutti ou do viotun ta ;ilur comtno Fouquet , faisait de» avances à t'Édéliéo. tat et »e rembourrait sur te» denier» pu-
' On voit par ce passage que Maxarin, blie».
D’OLIVIRU LEFEVRE LVORMESSON.
M. l,e Tellicr ajoxita que M. le premier président avoil parlé au U>i i6»i roy de sa famille; qu’il dcvoit cent raille escus; mais qu’il avoil deux créanciers plus rudes, son fils' et sa fdle’, et qu’il avoit besoin poulies establir des grâces de Sa Majesté; que, selon que le roy en avoit parlé, il avoit bien reçu ce discours*, et que l’importance seroit lorsqu’il faudroil venir aux elTets. Il me marqua les bonnes qualités du premier président; mais qu’il n’avoil pas celles du monde; qu’il no falloit pas se persuader amener tout le monde à sa règle, mais qu’il falloit s’accommoder aux autres, qu’il n’avoit jamais que des difiiciiltés sur les affaires et point d’expédient pour les terminer; que ses intentions ostoient bonnes et qu’il faisoit plaisir â scs amis. Il me parla des empoiiemens de M. Pussort, que je devois les souffrir et ne les pas relever. Enfin, après une longue conversation, il me Ot de grandes protestations de service.
E’apresdisnée , à la Bastille, â l'ordinaire, avec M. de Sainte-Hélène.
M. Cbamillart, à la sortie, ayant proposé qu’il vouloil le lendemain demander la vérification du procès-verbal d'une ordonnance d’un million è du Mesnil, pour de vieux billets réformés, M. de Sainte- Hélène dit qu’y ayant arrest de la chambre, qui ordonnoit avec le conseil. il en falloit un autre pour changer. Je fus bien ayse de luy laisser faire cette difficulté que je ne voulois pas dire , attendu la conjoncture. M. Cbamillart ayant dit qu’il avoit raison et qu’il ne falloit faire rien qui donnast peine â Messieurs, Foucault répliqua avec fierté :
■ Il faut bien que Messieurs se déliassent de toutes ces difficultés et qu’ils changent de sentiment. » Je ne dis rien sur tout cela et priai M. de Sainte-Hélène de venir le lendemain.
’ Le fils ainé du premier président était ClinVticn-Frafi^i» de Laiooignuii, qui devint edebre par son intendance dan« le Languedoc. 11 est connu sous le nocii de marquis de Bavillc.
' Marie de Lamoignon épousa dans la suite Victor- Maurice, marquis de llro- ^lie, qui devint maréclial de France. Ma-
rie de l^moignon était Agée de dit-neul ans en i664-
’ Oliv. d'Ornaesson a ajouté en marge ; tj'ay sçu que le ro^ disoit que c'ostoil une prédication sur les luéiiioire» de M"* de LamoigiKjn. et qu'il croyoit voir un homme à un tronc qui deinarvdoil pouviez pauvre» et preschoit leurs misère». *
JOURNAL
Mai 1661. Le Kaiuedy 3 niai, le matin, à la Ba.slillc, Â l’ordinaire, où vint M, de Sainle-Hcléoc. A l'entrée, M. Cliamillait ayant dit ce qu'il vouloit faire sur son procès-verbal, je dis à M. de Sainte-Hélène qu’il feroit une faute, et j’entrai en nicsine temps pour empeseber un es- |•lairci9sen]cnt, et je finis le procès-verbal du marc d'or.
Aussytost M. Cbaniillart ayant tiré de .son sac un procès-verbal pour une ordonnance d'un million cinquante mille livres pour de vieux billets, il nous demanda acte de la présentation et de son consentement piur procéder pré.sentemcnt à la vérification. M. Fouquet Iny ayant fait reproche de cette surprise et ne voulant pas procéder, il s’avisa de dire que le proces-verbal du marc d’or n’estoil pas con- .sommé et qu'il falloit collationner toutes les ordonnances, dont nous luy avions donné copie, et, après quelques discours, M. Chamillait consentant de faire cette collation , je dis que , pour éviter cette <bfficultè et attendu qu’il csloit tard, il estoit mieux de remettre ce nouveau procès-verbal à un autre jour, et que, ce faisant, toutes les copies se trouveroient bien collationnées; si, au contraire, il persistoit, toutes ces copies estoieut mal faites et mal copiées. Sur cela M. Fouquet s'e.sclata de rire et dit que j’avois raison; et ainsy nous nous séparasmes, et, à la sortie, je fis avouer a M. Cliamillart qu’il avoit fait une faute et en avoit trop demandé, et qu’il pouvoit se contenter de luy faire sa déclaration.
Le mesme jour sanicdy, estant après le disncr avec mon père dans son cabinet et le père d’Ormesson, auquel je faisois entendre qu’il ne devoit plus avoir aucun commerce avec Berryer, parcequ'il abusoit de sa fi-anchise et luy faisoit dire bien des choses au delà de celles qu’il avoit dites et en prenoit avantage, et ayant fait entendre à mon père l’injustice de leur conduite, l'on nous vint dire que M. Colbert entroit. Nous estant retirés, il démettra seul avec mon père près d’une deiny-houre.
Estant sorti avec un visage fort sérieux, mon père nous dit qu’après les premières civilités, il luy avoit dit qu’il avoit ordre du roy de luy venir dire qu’il reconnoissoit que je n’apportois pas toutes les facilités
"DTT^lttTtS
que je pouvois pour lortnincr le procès île M. Fouqiief el qu’il sein- M»i i6ga. bloit que j’alTectois la longueur; que le roy esloil persuadé que je ferois justice au fond el ne préleudoit pas contraindre mes senlimcns ; mais qu’il vouloit faire finir ce procès; que la cliainbre de justice ruynoit toutes les afl'aircs, el qu’il estoit fort extraordinaire qu’un grand roy, craint et le plus puissant de toute l’Europe , ne pusl pas faire achever le procès à un de ses sujets, comme M. Fouquet. Qu’à cela il luy avoit respondu qu’il estoit bien fasebé que le roy ne fusl pas satisfait de ma conduite; qu’il sçavoit que je n’avois que de bonnes intentions; qu’il m’avoit tousjours recommandé la crainte de Dieu, le service du roy et la justice sans acception de personne ; que la longueur du procès ne venoit pas de moy, mais parce qu’il estoit fort grand el qu’on l’avoit rempli de trente ou quarante chefs d’accusation, où il n’en faUoit que deux ou trois ; qu’un prédicateur qui presclioit la passion n’estoit pas trop long parlant pendant trois heures , et quoyque les autres sermons ne fussent que d’une heure ; qu’il faudroit que j’eusse perdu le sens de chercher à plaire à M. Fouquet, dont la fortune estoit abysmée, et desplaire au roy, qui avoit toutes les grâces en ses mains; mais que je ne chcrchois que la justice; que tous mes avis estoient suivis dans la chambre; que ceux mesmes qui ne l’avoient pas esté d’abord, l’avoient esté depuis; que mesme il apprenoit de tous costés que je me conduisois de sorte que l’on ne • ' pouvoit descouvrir mes sentimens. Que, sur cela, M. Colbert luy avoit dit que fon remarquoit pourtant que je disois plus fortement et plus gayement les raisons de M. Fouquet que celles du procureur général. Qu’il luy avoit répliqué qu’un rapporteur estoit obligé de faire valoir toutes les raisons; que l’on m’avoit osté l’intendance de Soissons ; mais que je ne m’en plaindrois pas et que cela ne m’empeschcroit pas de faire justice ; qu’il avoit peu de biens, et moy aussy; mais que nous les avions de nos pères' et que nous estions contens ;
' \oy. rinlroduclion en léte du lotne I du Journal d’Olivier d'Ormeuon. On y trouve la preuve que la fortune d'André
d'Omiesaon venait de ton père, dont il a retracé la vie. et que celle d'Olivier d'Or* messon avait été en grande partie acquise
JOUflNAI,
166*. m’avoil lousjours conseillé de faire justice sans acception de per-
sonne et sans considération d'inlérests et de fortune ; et <|u'ayant parlé des personnes qui inc faisoient visite, M. Colbert avoit dit qu’on n’estoit pas en peine de cela et qu’on sçavoitbien que je ferois justice, mais qu’on ne désiroit que l’cspédition ; qu’il luy avoit répliqué que je faisois tout ce qui dcspcndoit de inoy, travaillant soir et matin et ne faisant autre chose; et ainsy, après plusieurs discours de cette qualité, s’estoil retiré.
Je fus ravy que mon père luy cust parlé si bien et .si généreusement, et j’en allai faire aussytost la relation é M. Le Pelletier pour en informer M. Le Tellier, afin qu'il prisl garde é la manière dont M. (iolbert en parleroil. Nous fusmes le soir voir M. le premier président , qui estoit avec M. Colbert et entretint M. le marescbal de Villerov. Il fut fort surpris d’apprendre cette visite, qui est contre toutes les règles de la prudence. Là , j’appris que M. Bcrrycr estoit conseiller d’Estat ordinaire; que le roy lui avoit donné une abbaye de 6,000 liv. et vouloit qu’il donnast le nom de ses enfans pour obtenir de Rome une dispense de tenir des bénéfices avant l’âge, et qu’il avoit mandé les procureurs généraux de la chambre jiour leur dire qu’il vouloit que M. Berryer eusl connoissancc de toutes les alTaires de la chambre de justice et qu’ils ne prissent aucune conclusion que par son avis,
, et qu’il sollicitast tous les juges de la chambre de justice pour ses intérests.
Une conduite si bizarre et si extraordinaire m'oblige à dire icv les sentimens qu’on en a : tout le monde LIasme M. Colbert de se charger luy-mesme des me.ssages désagréables; d’avoir voulu voir liiy-mcsmc M. Boucherat pour faire plus d’esclat et augmenter l’injure, vil que la mesme chose se pouvoit faire doucement, sans bruit, et M. l,e Tellier s’estaiit offert de luy parler; d’avoir voulu venir encore luy-mesme parler à mon père, par le mesme principe; que d’oster M. Boucherai, homme de bien et de réputation, c’estoit faire con-
par son beau'père» Nicolas Lu Frévosi. par Aniiré d'Ormesson el publiée dans dont la bio^phie a été égal«*menl écrite notre Introduction.
D’OLIVIER LEFEVRE DORMESSO.N.
noislre que ses intentions estoient mauvaises ; que de m'avoir osté m»i l’intendance de Soissons, estant rapporteur, c’csloil inc faire honneur et se charger de honte et faire croire qu’il désiroit de inoy des choses injustes et que j’avois assez d’honneur pour y résister ; que c’esloil achever de gaster le procès en faisant injure au rapporteur en me mettant hors d’estat de leur estre favorable, quand j’en aurois le dessein; car l’on attrihucroit mes sentimens à crainte ou à intéresl et non pas à justice; et , pour comble, d'eslever Berryer et le faire conducteur public de toutes les affaires de la chambre de justice, c’estoit faire gloire d'infamie et de honte; car Berryer est le plus descrié des hommes. L’on dit qu’il acquiert du bien par tous moyens; il a traité de la cure do Saint-Paul pour son beau-frère, a acheté le prieuré de Saint-Martin cinquante mille esens, qu’il a donnés à l'abbé de Richelieu pour se mettre en esquipage et faire son voyage d’Allemagne, où il est allé servir avec dispense contre les Turcs. Enfin, l’on conclut que M. Colbert ne sçail plus ce qu’il fait.
Pour moy, je veux mettre icy une resverie que j’ay eue sur cette conduite, qui est que M. Colbert voyant qu’il ne peut plus soustenir la chambre de justice ny terminer le procès de M. Fouquet qu’avec des longueurs trè.s-grandes, vent en rejeter la faute sur plusieurs pour sa descharge, et que de s’en prendre au rapporteur tout seul feroit trop peu d’effet. Il veut eslcver Berryer et le charger de tout le soin de la chambre publiquement et avec toute puissance pour s’en descharger absolument sur luy, et dans la suite luy en rejeter tout le mal.
Le lundy 5 mai, à la chambre, où je rapportai une affaire d<>
M"* Fouquet sur le revenu de Vaux*. Ayant dit uu mot pour redresser ce que disoit M. Pussort, il s’esleva avec fureur contre moy, disant que je finterrompois tousjours; que je laissasse opiner; qu’il me laissoit dire tout ce que je voulois; qu’il sçavoit bien ce qu’il disoiy et cela avec une chaleur et un emportement si grand, que chacun en demeura estonné.
' Château de Vaux*)e*Viconite (Seine* Le Journal de FoacauU ne donne aucun el-Mame) , dont il a déj» été que»lion. — détail aur cette séance.
IhO JOURNAf.
Mai i66'i. M. fie Sainte-Hélène osUint d’avis de donner six mille livres de provision à la veuve La Forest, dont tout le bien estoit saisi, et personne ne contredisant, il dit qu’il n’estoit pas de cet avis; qu’il estoit cslrange qu’on donnasl ainsy le bien du roy à des canailles qui n’avoient rien de naissance; que, par son contrat de mariage, elle n’avoit pas tant eu, et que c’estoit se moquer de traiter ainsy ces gens-là; fut d’avis de deux mille livres seulement, suivant les conclusions, et dit ensuite bas à M. de Gizaucour : «Cette femme eut l’insolence, sortant de ma chambre, de faire porter sa robe. •
Après, M. le chancelier dit que le roy vouloit que le sieur Berryer fust le solliciteur des affaires près de Messieurs de la chambre de justice.
I/aprcsdisnée, à la Bastille avec M. de Sainte- Hélène, à l'ordinaire. Il y a eu un référé à la chambre.
Le mardy 6 mai*, à la chambre de justice, je fis rapport du référé; et ne croyant pas que le procureur général, ayant produit des pièces, fu.st reçu à s’en désister quant à présent, mais ^u’il devoit déclarer s’il s’en désistoit purement et simplement, je fus d'avis de l’obliger à faire cette déclaration. M. de Sainte-Hélène fut d’avis contraire; et toute la chambre le suivit, à l’exception de M. du Verdier, qui fut du mien*. Je sentis quelque peine de me voir .seul et de m’eslre trompé dans mon sentiment. Néantmoins, je fus bien ayse d'avoir pris ce party pour faire connoistre que j’eslois aussy ferme après les menaces et le mauvais traitement qu’auparavant.
L’apresdisnée, à la Ba.stille, où nous travaillasmes au procès-verbal de Dumesnil, sans contestation. Je fus ce jour chez M. de Harlay, procureur général, qui me parla fort avantageusement de mon lils*.
‘ Cf. Journal de Foucault , l. IX,t*'a45- ^7-
’ Ibid, f* a46. • M. le (^omier (<ie Sininlc-Hétcnc) cl tous les conuuissaires ont esté d'avis de débouter l'accusé de scs deiiiandcs, suivant et ainsy qu'il est porté par l'arresi dont la teneur ensuit, augiirl
avis M. le rapporteur est revenu, t Ce dernier tnembre de phrase ne s'accorde pas avec le Journal d'Olivier <1 Ormeston.
* André Lefèvre d'Omicsson, dont le nom reviendra plusieurs fois dans la suite. 11 fut nommé maître des requêtes en 1676, et mourut avant son père. {Voyez l'intro-
et me proposa de le mettre au parquet avec les ofl'res les plus obli- Mu ises. geanttts pour sou insliaictiou de toutes choses.
Le soir, chet M. le premier président.
Je dois mettre icy les sentimens publics du traitement qui m’est fait; tous mes amis m’en félicitent, et on en parle avec tout l’honneur et toute Hestime possible, comme aussy de la response de mon père à M. Colbert. Elle a c.slé publique dés le mesrac jour, et tout le monde en tesmoigne une grande joye. Ce qui marque la haync contre M» Colbert et sa suite.
Le mercredy y mai, le matin, à la chambre de justice, où M. le chancelier dit que M. Bouchcrat n’eStoil plus de la chambre de ju.stice, parceqne .s’estant récusé du procès de M. Fouqiiet, et ceux des trésoriers de l'espargue ayant grande connexité avec celuy-là, il n’en pouvoil estre juge, pareeque c’estoil, jugeant l’un, dire son avis de l’antre; que ce n’estoit pas que le roy di.stingnast aucun de Messieurs de la chambre ny qu'il considérast les uns plus que les autres.
Personne ne dit pas un mot. Le reste de la matiuée, affaires cumintines', et celle du baron de Sénéga au rapport de M. Besnard’.
L’apresdisnée à la Bastille, à l’ordinaire, avec M. de Sainte-lléléne, où l’on continua le procès-verbal sans qu’il se passast rieu d’extraordinaire.
Je dois encore remarquer que l’applaudissement et la joye de tous .* les honnestes gens, de la response de mon père à M. Colbert, augmentent et sont si grands, que j’en suis surpris, plusieurs de ses amis Testant venus féliciter.
J’oidrliois que le matin je vis M. Pelletier, qui estoit revenu de
Huction en télé du (vrcnùer volume du Journal d'Olivier d'Ormesson.)
* Voy. le Journal de FoucauU, i. III.
f* I 56, sqq.
* Dan.« le Journal de FoacaaJt, ibid.
r* i58 V*. il est question d'un rapport de M. Besnard relatif à Perreau, receveur Ucn linances de la gi^néraiitê de Pari». Le tnètiie
journal , a la séance du 8 uvai (t, 111. f* 1 6o r* et V*), parle des informations contre Cliarlt» Duniml, baron de Sénéga», et du rappoK de M. Besnard à ce sujet. (Cf.
sur le baron de Sénéga» les A/c'm. de Fié chier sur les grands Joun tenus à Clermont en i665, p. 2io*3i i ; édit. Hachette.)
JOL’RNAL
Mai ifi64, Chaville', qui me dit que M. Le Tellier avoit parlé au roy de moy et. luy avoit fait entendre la mauvaise foy de l'interprétation du travail du matin et du soir; et que je l'avois l'ail à la prière de Foucault, qui m’en avoit parlé de la part de M. Colbert; et (pie le roy avoit bien reçu cela, et que je ne me devois pas inquiéter et qu’il feroit son devoir. •
Rien à remarquer jusques au mardy i3 mai '', le travail à la Bastille ayant tousjours continué de mesme. Ce jour, au matin, à la chambre, où l’on travailloit au procès d’un receveur des tailles ^dc Cresjiy, nommé Dumont, qui est grand et que l’on veut linir avant le voyage de Fontainebleau. Foucaftilt ayant dit à M. le chancelier que l’on pouvoit commencer à neuf heures et donner une dcmy-hcurc * auparavant aux petites adaires, M. le chancelier repartit avec chaleur ;
• J’entrerai à neuf heures, et, pour la demy-heure, il faut que vous présidiez à la chambre*. » Chacun trouva la repartie bonne pour réprimer la hardiesse d’un greffier, qui, en pleine chambre, veuf régler la conduite d’un chancelier. Mais la gimérosité de M. le chancelier ne dura guère; car un moment après il dit qu’il esloit mieux de venir dès huit heures; et de ce jour il a esté en sa place à huit heures, et le lendemain il souffrit que Foucault fist des plaisanteries tout haut sur cette qualité de président.
• Ce mesine jour, de Sévigné nous conta les divertissetnens de Versailles, qui avoient duré depuis le mercredy jusques au dimanche, en courses de bague, ballets, comédies, feux d’artifices et autres inventions fort belles*; que tous les courtisans estoient enragés; cai- le
' Le secrétaire d'étal Le Tellier avait »n maison de campagne à Chaville.
* Le Journal de Foacault (t. III. f*‘ 171lyâ). donne le procca-vcrbal des séances des g et 1 a mai.
* Foucault a bien soin d'omettre ces incidents.
* Voy. la Ifelalion des /estes que le roy a données aux reynts dans le parc de Fer-
sailles pnai i6Gè), par Marigny, dans le recueil des ÛBiirres de Marigny. Le décorateur Vigarani appela ces fêtes Ixs plaisirs de l'isle enchantée ( i vol. in-fol. accompagné de neuf planches publiées par Israël Sylvestre). Benserado composa des vers en rhoimeiir du roi et des personnages <|ui figurèrent dans ces fêles. (Voy. Œaeres de Benserade, t. Il.p. 3igelsuiv.) Enün.
roy ne prenoit soin d'aucun d’eux, et MM. do Guise, d'Elbeuf n’a- Mai isst. voient pas quasy un trou pour .se mettre 4 couvert.
Le mercredy i4 mai, le matin, à la chambre, dès liuit heures; l’apre.sdisnèe, i la Bastille, où Foucault m’ayant voulu féliciter de ce que j’avois mis le procès-verbal en bon train et retranché les longueurs que Fouquel y vouloit apporter, je rejetai ce compliment comme n'en faisant pas grande considération, di.sani que les grands hommes ne jugeoient pas dos choses par les événemens, et que, quand on alloit son grand chemin, l’on ne àc soucioit pas du reste, disant cela pour me moquer de luy, pareequ'un jour il est consterné, un autre jour il e.st resjouy, avec une foiblesse pitoyable. Par cette conduite égale, ne changeant |>oint ny pour leurs menaces ny pour leurs coniplimens, je les embarrasse, et je dois remarquer que ny Foucault, ny M. Chamillart, ny M. de Sainte-Hélène n’ont encore o.sé me dire un mol de ce qui s’est passé; et aussy je n’en ay pas dit un seul qui pust y estre appliqué.
Depuis le 1 4 mai jusques à ce jour (vendredy a3 mai) ‘, il ne s'est passé rien de considérable, ayant tous les jours travaillé le matin à la chambre et les apresdisnées à la Bastille, continuant la vérification des procès-verbaux. Je dirai seulement un mot de M. Chamillart, qui, parlant à M. de Sainte-Hélène de ses lectures, dit qu’il avoit remarqué un beau mot de Cassiodorc, qui disoit, parlant qu’il falloit oster les combats de gladiateurs : Opoiiel imperatorein non solam regnare, led eliam spectare clemenler. Sur ce, M. Fouquet, qui ne fai- .soit pas semblant d’escoulcr, estant son chapeau, luy dit : ■ Monsieur, vous ne pouvez inspirer de plus belles maximes au roy; mais, en vérité, vostre conduite en est bien opposée. • Foucault, en mesme temps me poussant, me dit bas : « Voilà un homme qui n’a guère de jugement. • parlant du procureur général. ^
un représenU il celle occasion deux pièces de Molière ; La Princesie d'Éède et Le Mariage jbreé.
' Voy, dans le Joamal de FoecauU
(lom. ni, fol. 178-186) les procès-verbaux, des séances des i4. 16, 16, 1^,30, 3 1, x3 mai. Ils ne présentent aucun intérêt.
JOURNAL
l'ià
M«i i<>6i. Depuis quelques jours, avant dit en riant à Foucault un mot du Caiholicon, que l’on disoil à M. du Maine' : «Vous bclllci:’ tout le monde, et tout le monde vous bellle. • Il crut que cela estoit mystérieux, et y ayant pensé, estant descendus, il me dit : «Si tout le monde me befile, vous estes du nondtre. ■ Je luy répliquai ; • Il faut donc que vous me bellliez auparavant. • Après cela ii me dit ; > Si vous vouliez estre honneste homme, je vous dirois de grandes choses. J’aurois bien à vous entretenir. • Il en demeura là, et nous nous séparasines. Depuis il ne m’a rien dit.
I.c vendredy ï3 mai, M“' Fouquet m’ayant donné deux requestes, l'une pour avoir des meubles pour Fontainebleau, et moy ayant mis le .ïoit monsiré d M. Chamillarl, il me la rendit sans conclusions, n'ayant osé ny consentir ny refuser, pareeque M. Colbert n’est plus icy. .Mais F’oucaull m’ayant dit que cela ne raéritoit pas en faire une affaire et qu’il en parleroit, il me dit que l’on le consentoit; et ainsy l’affaire fut terminée sans en faire rapport, et M. le chancelier me dit dans la chambre qu’il falloit donner à M. Fouquet les meubles qu’il demandoit.
J'oubliois que M. Fouquet sollicita M. le procureur général pour ses meubles d’une manière si modeste, que je demeurai touché de voir à quoy estoit rédiùt celuy qui commandoit à toute la France *.
Le uiardy 37 mai*, je fis rapport à la chambre de la deuxième requesle de M""' Fouquet pour avoir cent mille livres. Les conclu.sions estoient : parties ouyes au parquet, etc. pareeque le procureur général n’osoit refuser ny consentir. Je fus d'avis de donner quinze raille livres par provision. D’abord M. le chancelier fit difficulté; néantmoins il y donna les mains, voyant le consentement de toute la chambre, sinon de M. Pu^ort seul, qui fut d’avis d’entendre les créanciers. £’estoit refuser. En quoy il fit connoistre peu de pru-
' ChArlcsdc Lorraine, duc de Mayenne et chcfde ia ligue, DKirt en 161 1. «
* Vieux mol qui signifiait mener un liouunc par le nez comme un buiUc.
cl. par extension, se moquer de lui,
* Voy. dans le Joarnal <U FoacauU (t. HI, f* 18S) la séance du ^6 mai.
* Ibid, f* igo r*.
Ifi5
dence, parcequ’il dc\Toil estre facile en ces petits incideiis, qui ne M<i >Mi. changent rien h l'alTairc principale.
î..e nicrcrcdy a 8 mai, point de chambre, par l'indispo-sition de M. le chancelier, qui a un rhumatisme avec douleur. L’on dit cher luy que ce n’est rien; mais Foucault m’a dit qu’il sentoit beaucoup do douleur. Je ne sçais si cette maladie est mystérieuse. 11 a reçu ordre de partir lundy prochain pour Fontainebleau. M. B. (Boucherat) m’a dit . que la lettre de M. Colbert à M. Berryer porte de dire à M. le chancelier que, comme son amy, il luy mande qu’il est nécessaire qu’il vienne sans retardement, et qu’il ne pourra le garantir d'une mauvaise réception du roy, s’il tarde.
L’on discourt fort sur les affaires de Fontainebleau, sur la fortune de M. Le Tellier et de Colbert, et l'on croit qu’ils sont fort opposés, et que M. Le Tellier ne se soustiendra pas; et l’on fait les mesmos discoiu^ qu’en 1661, lors de la fortune de M. Fouquet. Je ne sçais si l'événement sera pareil.
M. Berryer est allé à Fonlaineiticau mener des marchands pour cette grande compagnie qui s’qnit pour le commerce’. C’est une des alTaircs que M. Colbert entreprend pour faire valoir scs .soins et sa conduite auprès du roy. Car toute son application ne va qu’à descrier tout le monde et se faire voir seul capable et fidèle
M. le chancelier fait poursuivTc avec ardeur l'affaire des faux sceaux ; mais l’on dit qu’elle n’aura point de succès, pareeque le nommé Bon-* temps a nommé beaucoup de complices, entre autres M. Boraull, garde des rôles, et Bouchard, son commis, qui a esté arresté prisonnier à la Bastille.
L’apresdisnée , à la Bastille, à l’ordinaire, sans qti’il s’y passast rien de considérable.
' Il s' Agissait de fomier. à nmitation des HoUin<UiBt une compagnie de commerce pour ie» Indes orientales. (Voy. ie Journal d’OUrier <tOnne*son à la date du 1” août i6€4. du 30 et si mars i665.)
* 11 n’est pas nécessaire de faire res-sorüj' la partialité de l'auteur contre Colbert; il ne cherche pas à la dissimuler. J'ai insisté, dans l’Introduction, sur les service» que r^lbert avait rendus ô U Fronce