‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 27 sur 83 · JOUR \ AI · texte numérisé non relu

JOUR \ AI

Juin iftfij. I-c jeiidy malin ag mai, il n’y cul point de cliamlire, à cause de l'indisposition de M. le chancelier, qui conlinuoit. Je fus chez M. le chancelier, où je vis M. le duc de Coaslin, qui me dit (pie M. le chancelier, qui avait fait estât de partir le lundy, lendemain de la feste , scroit obligé de différer son voyage.

Je fus au Palais, où je trouvai MM. les maistres des requestes travaillant au procès de Rontemps pour les faux sceaux.

L’aprcsdi.snée, à la Bastille, travailler à l'ordinaire. Je fus an sortir coucher à Amhoilic, et je revins le lendemain matin.

I-e vendredy 3o mai, après avoir disnè avec M. le premier président, qui m’avoit parlé de l’affaire de M. de Ouerrieu contre M. de 1-ongueval, lieutenant de la citadelle d’Amiens, je fus à la Bastille, où j’attendis que M. Bognard eust achevé une confrontation avec M. Fouquet. Ensuite je travaillai avec liiy, et je finis le dernier procèsverbal des (juatre presis, et j'achevai tout le travail des procès-verbaux.

Ce niesme jour, les maistres des requestes jugèrent Bontemps, ipii fut pendu l’apresdisnée , et l’on décréja contre beaucoup de gens.

Le matin, M. Besnard me dit que M. Pussort avoit vendu sa charge à M. Petit; ce qui fait rai.sonner tout le monde. •

Le samedy 3 1 mai , veille de la Pentecoste , je fus voir M. Rouault ' (de Picardie, frère ‘du curé d’Olnon, près Saint-Quentin), qui en- *seigne la philosophie de Descartes, les expériences de la pierre d’aimant, où il nous expliqua tous ses différons effets, .sur les principes de la philosophie de M. Descartes, et nous fit voir des choses fort singulières.

Le dimanche juin, feste de la Pentecoste, le matin au sermon de M. de Saint-Nicolas*; l’aprcsdisnéc, à la Mercy. M. de Guise estoit à l’extresmité et reçut l’extresnie onction.

Le lundy a juin, è quatre heures du matin, M. de Guise mourut.

' Jacques Rouaull ou BohauU, né à Aniicm en 1630» mnrt en 1676

’ n esl souvent que&lion . dans le Jour-

nal d’Oliviêr (tOrmnson , do Claude Joly, curé de Saint Nicoias-des-Champs. qui dc^ vint évéquo d'Agen.

ayant commencé sa cinquantième année, fort regretté de tout Paris, estant fort honnesle et civil, et le seul qui vécmt en prince et list despense en chevaux et en suite, ayant irente-six pages fort bien eslevés et mieux qu’à l’académie *, douxe Mores, et sa mai«>n estant la retraite de tout le monde".

M. Pecot, estant entré céans au retour de la me.s.se, me jmrla fortement contre la conduite misérable de M. Colbert et de Rerryer à l’esgard de la chambre; que tout le monde estoit au désespoir et maltraité, sans aucune distinction. Je ne luy dis rien qu'en général, quoyqu’il dit me parler fort en confidence.

Ce mesme matin, je fus à Ormesson disner avec mon père.

Le mardy 3 juin, je revins pour entrer le lendemain à la chambre; mais je trouvai qu'elle estoit remise au jeudy.

Le mercredy 4 juin, je fus le mâtin chex M. le chancelier, que je trouvai en bonne santé dans son cabinet. 11 me fit mille amitiés, me dit qu’on le pressoit de partir lundy, mais qu’il ne partiroit que le vendredy, lendemain de la Feste-Dieu.

Je vis ensuite M. Le Pelletier, revenu de Fontainebleau, qui me dit avoir vu deux fois M. Colbert, et qu’il l’avoit trouvé dans les derniers cmporteincns contre Messieurs de la chambre de justice de Paris, disant qu’il ne les espargneroit pas où il les trouveroit, et mille extravagances; que M. de Brillac s’estoitmis au bureau au procès de Dumont, etc. en sorte qu’il semble qu’il ait perdu l’esprit; que toute la cour est dans une mélancolie, le roy seul se divertissant à la chasse avec sa maistresse’, à la vue des reynes, sans aucune réserve; qu’il

' On appeloil itiors acud^mies des ccolca d'^uitation de.iüné«sà la jeune noblet^e. li y avoii urdinaircmenl <le« cours de ida' thétnalkjuca annexés à cc» académiei. On trouve quelquefoi», dan» le» écrivain» de celte époque, ol entre autres dons les ntoirc4 de dé MoUecille, le mol académates servant à désigner les jeunes gens qui rrequeiilaienl ces écoles.

* U a été iK>uvcnt question de ce duc de Guise (Henri de Lorraine) dans la pre* miêre partie du Jo«mai d'Olitier d'Ormesêon. On a publié sous son nom des Mémoires qui traitent surtout de son expédition de Naples (Paris, 1668, tn-4*, et 1681, in-ia).

* M”* de la ValUére, dont Olivier d“Ormessoii a parlé plus bout, p. 69.

JOUHNAI.

K'iS

ifiSi. n’avoit point fait ses dévotions à la feslo, cl que Afonsieur luy ayant demandé s’il les feroil, il luy avoit dit que non et qu’il ne feroit pas l'hypocrite comme luy, qui alloil à confesse parce que la reyne mère le vouloit.

M. Le Pelletier me dit encore'lc retour de M**' d'Orléans', et que le rov luV avoit escrit de sa main pour luy permettre de revenir, sans en avoir rien dit à la reyne mère; que c’estoit dans la vue du mariage de Savoye’; que l’on parloit de M"' de Nemours*, avec le roy de Portugal; que M. le cardinal de Retz devoit saluer le roy à Fontainebleau et venir ensuite à Paris; que M. Poncet estoit, selon les apparences, pour succéder à M. le chancelier, s’il venoit i mourir durant le procès de M- Kouquet.

Le jeudy 5 juin*, le matin, à la chambre de justice, pour le procès de Dumont, receveur des tailles de Crespy. M. le chancelier demanda à M. de Ferriol, rapporteur, si son piocès seroit vu pour estre jugé samedy. A quoy ayant dit qu’il le croyoit, il parut que cela ne plai^it pas à M. le chancelier; et il dit que Pou disoit qu’il ne vouloit pas partir, et cependant on l’en cmpcschoit. Il dit aussy tout bas à M. le président de Nesmond que M. Le Bossu, n’estant pas gradué, n’iroit pas à Fontainebleau, ne pouvant estre juge d'un procès criminel, Voilà une adresse pour l’exclure du procès de M. Fouquet, pareequ’il est du nombre des réprouvés qui sont bien intentionnés pour la justice*.

A la fin de la séance, M. le rapporteur fit mieux sa cour; car il

* Il s'agit probablement ici de M*' de Monlpensicr. tille da premier lit de Gaston d'Orléans. On Toit, par les Mémoires de celte princetise, qu'elle était alors exilée a Saint-Fargeau. Elle fut en effet rappelée à la cour en 1 66à , et le roi lui proposa de la marier au duc de Savoie. (Voy. le» Mtmoira de M'‘‘ de Montperuier^ à l'année iCtià.)

' ChaHex-Emmanuel II . due de Savoie.

venait de perdre [janvier t66à) *« première femme, Françoise d’Orléans.

* Maric-Françoise-EtUabeth de Savoie- Nemours épousa le roi de Portugal. Alphonse VI, le a5 juin t66C.

* Cf- le Joumat de Foacauh, t. III,

r 191 V-, vqq. •

* Ces détails cl ceux qui suivent sont omis dans le Journal du greflier Foucault.

D'OUVIER LEFÈVRE D’ORMESSON.

disque son procès occuperoit bien encore le lundy et le inardy de la jum itist. semaine prochaine; et M. le chancelier dit qu’il le jugeoil ainsy.

Tous les gens de M. Colbert tesnioigncnt grande passion de faire [tendre ce Dumont pour faire un eicinple et avoir un préjugé contre M. Fouqiiet.

Au sortir de la chambre, je fus avec Besnard chez le premier président, qui nous mena disncr à Auteuil. Il nous monstra un arrest imprimé, qui avoit esté le jour précédenl^ignifié aux payeurs des rentes et affiché par les rues, par lequel le roy, voulant faire le remboursement de toutes les rentes de la ville sur le pied de leur valeur depuis vingt-cinq ans, ordonnoit à tous les rentiers de porter, daris • un mois, leurs titres pardevant MM. d’Ahgre, de Sève et Colbert, conseillers au conseil royal, et Marin, intendant des finances; et pendant ce temps le fonds en seroit fait. Cet arrest est daté du mai Nous discourusmes sur toute cette conduite, qui semble fort imprudente.

Le soir, je sçus que tous les rentiers, avertis de cet arrest, avoient couru à l'Hostel-de-Ville’, et que la consternation et le désespoir estoient dans le creur de tout le monde.

Le vendredy 6 juin, le fnatin, à la chambre de justice pour l’affaire de Dumont, à l’ordinaire. M. de Pontchartrain me dit avoir vu M. Le Bossu; qu’il luy avoit dit qu'ayant vu M. le chancelier pour une affaire, M. le chancelier luy avoit demandé s’il estoit gradué et, luy,

proche rHôtei-de-Ville el i'HôteUDîeu. Hn voici une »ouvenl oîlée, d‘«préi te recueil de Maurepas» i. 11» p. 4^9 ;

De BW9 rente», pour no» péciië».

Si i«s quartim $oat rclrwtelié»,

Potirquay n<M> anouruir 1» bUe?

N»tM a'avoa* qu'a dtaugvr 4e lieu :

Mott»\lboinj à i'llo»tcl-4c-ViUc,

Elit lUHii iront à l'Hoatel'DMni.

* C'était i l'Hôtel - de > Ville qoo »o ’ S'il avoit pris set grades (bachelier» pajaicnl les renies. De U les é})igrammea licencié, docteur] dans une faculie de qu'on fil à cette époque, et où l'on rap< droit.

* C'est 4 ce remboursement des rentes sur le pied de la valeur primitive que Boileau fait allusion dans les prcmicra vers do sa satire iii :

f^Hul laieC iiicounu v«<i> truoble et rotu altèr* ) D*où tout vi«ol anjoarrThui cct tir M>al>rc «I . Et ce vÎM^ cnEn pUu p4k qn'na rentier A rtipecl d'uD arrêt qui retiaoclte un qwrtier.^

JOURNAL

Juin i6hi ayant dit que non, il avolt changé de discoui's; qu’il avoit répliflué qu'eu la chambre de justice de 162 5, de quatre maistrosdes comptes il y en avoit deuï non gradués, qui avoient esté juges de tous les procès, et <|ue c’esloil l’usage.

Le chagrin paroisl sur le visage de chacun, n'y ayant personne qui ne soit intéressé à cette suppression [des rentes], soit par la perte de -son revenu, soit parccqu’il ne reste plus où placer son argent, n’y ayant plus aucun cuinnmrce et chacun gardant son argent.

Le samedy 7 juin ', à la chambre de justice. M. Voisin me dit que, le jour précédent, il y avoit eu une foule de rentiers à l’Hostel-de- Ville, (|ui avoient fait bien du bruit; qu’il leur avoit parlé*, cl qu'il iroit à l'ontaincblcau.

Je vois (jue le chagrin augmente fort sur le fait des rentes; mais personne n’ose parler. Je ne sçais quel sera le succès de cette aQ'aire; ■nais il y a à craindre de fascheux événeinens; car il y a bien des gens au désespoir qui se croient ruynés, n’ayant autres biens.

Dimâncbe 8 juin, je fus le malin à .Amboille avec Nf. l'abbé de Bar et M. de Longueval, et je revins le soir.

Le lundy 9 juin le matin, chez M. le chancelier pour l'aifaire de Dumont. Sui' une affaire que M. Catinat rapporta, pour, sur la requeste du procureur général, débouter un homme de son appel d’un jugement de récusation rendu par un subdélégué*, il fut d'avis de débouter cet appelant; les autres, qu’il falloit luy permettre de vériiiei ces faits dans trois jours; les autres, qu’il falloit commettre un autre subdélégué.

M. Pussort dit qu’il estoit cslrange que les formalités empeschas- ■scnl la justice, et que présentement le roy ne pouvoil faire faire le procès à un bomme qui auroit de l'argent; qu'il falloit pourvoir à ce

' Cf. le Jeurnat de Fottcttult, I. LU, f' 196. Il ne parle que de procès sans mlérèl; rien sur les rentes.

* Vouin était préeûl de.s inarcliands de Pari».

* Cf. le Journal de Foucault, t. lit.

f 196 »•, sqq.

* Lit chambre avait établi des Juges subdélégués dans les provinces, Aucun de ces détails ne se trouve daru Foucault.

D’OUVIRU LEFÈVRE D ORMESSON.

désordre, et, après s'cstre estendn sur des généralités avec rlialeur, juin it>66 il conclut à débouter de l’appel.

Je dis, on opinant, que la forme me donnoit plus de peine que le fond; car je ne croyois pas les causes de récusation fort considérables; mais que débouter un appelant sans l'entendre, après <pi’il avoit prc.senté requestc, tpii poursuivoit peut-’estre des conclusions au parquet, me sembloit injuste. Je fus d'avis d’ordonner que, dans trocs jours, il bailleroit ses moyens d’appel.

M. le chancelier prit cet avis; et il passa par là, M. Pussort en te.smoignant son chagrin, estant persuadé que la belle justice est de condamner les gens sans les ouyr.

M. V'oisin me dit qu’il avoit esté à Fontainebleau; que le roy vouloit que l’an-est fust exécuté; mais qu’il apporteroit toutes les facilités dans rcxccution, et que le payement des rentes ne cesscroit point.

Après le disner, je lis vérifier tous les inventaires du procès de M. Foiiquet pour y restablir toutes les pièces qui en avoieut esté tirées et les remettre au greffe pour e.stre portées à Fontainebleau. M. Cliamillart, procureur général, y fut présent.

Le matin de ce jour, M. Pecot m’apporta mille livres; me dit la brusquerie de M. Hotman,qui avoit monstré aux provinciaux' deux estats : l’un de mille livres, l’autre de deux mille, disant (pi’ils toucheroient trois mille livres, dont raille pour’ des meubles; et que cela n'estoit point et leur avoit donné du chagrin; et il sc mit à pester contre cette conduite, comme un homme malcontent.

Le mardy lo juin, le matin^ à la chambre, achever la visite de l’alTalre de Dumont. Je sçus de M. Voisin que, le jour précédent, il y avoit eu grand bruit à rHostcl-de-\illc de gens qui demandoient a s’assembler; qu’il y avoit bien des gens qui n’estoient pas rentiers et qu’il y en devoit avoir plus grand nombre aujourd’huy.

[M. Voisin] estant sorti, M. le chancelier dit que les desseins du roy sur le fait des rentes estoient fort justes; que c’e.sloit un prince

' C'est-a-dire aux commissaires tirés * Cf. le Journal Je Foneaah, I. 11!, des paricmenU de province P” 198 v* el 199.

152 JOURNAL

Juin i6Ai. qui ne* prétendoit que la raison; niais que de s’assembler et faire du bruit csloil une chose fort estrange; qu’il falloil respecter la majesté des roys; que les tumultes se brisoient contre comme les flots de la mer qui s’arrestoicnl contre le ;^ble; que c’estoit le mesme esprit que celiiy des deniiers troubles; qu'il y avoil des gens qui n’estoient pas rentiers qui s'y mesloient, comme le diable dans l'orage; qu’on sçavoil qu'on avoit envoyé des courriers dans les provinces; qu’il falloil bien prendre garde de ne pas oflenserla majesté royale; qu'il ne pouvoil se souvenir sans cstonnemenl de deux choses : Tune, d’avoir vu les piques des bourgeois baissées contre celles des soldats des gardes, et l'autre, les députés de» pnnees du costé d'une table traiter avec les députés du roy, des sujets contre leur prince; et ainsy des paroles fort grandes, mais fort inutiles et imprudentes â M. le chancelier, qui avoit esté du parly des princes contre le roy, et dont le gendre, M. de Sully, avoil fait passer l'armée espagnole par Mantes*.

' Ce fui le 3 m«rs t65a que le duc de Sully livra passage aux tniupcs que le duc de Neniuurs amenait des Pays-Bas espajipiols. Le chancelier, accusé dès celle époque d'avoir secondé ce mouvemenl, s empressa d’écrire k II reine Amie d’Autriche pour se justifier. Voici la lettre qu'il adressa à cette princesse (Archtv. des afT. élrang. Fhakcb. 1. i4o, pièce 4o) :

• tS i6Ss.

■ Madame.

■ J’ai eu avis que mes ennemis n'ont oublié aucun atlifice pour persuader vnstre nuijestè que io pssage de l'armée co’mmandée par M. de Nemours par U ville de Mantes a esté non-seulement conduit par mes conseils, mais que J’ay envoyé des gens de guerre avec mes domestiques et le uiarquis de CoesHn à la teste de cinquante gentislioiumes pour servir M de SuHy en celle occasion. Ce fait est

bien spécieux, et, si mon iiinocems n'esloit bien assurée .j'aurois sujet de craindre que cette calomnie artificieuse fist une forte impression sur l'esprit de vostre au»jesté. Mais, madame, je puis dire avec vérité que je n’ay jamais eu U pensée de m'engager è souslenîr le dessein de ce passage; cl. si j'en eusse eu connoissancc, je m'y serois opposé pour rcmpeschcr.

C'est un fait bien coloré que M. de Sully m'estant si proche, il m'a communiqué son dessein. Je n'ay point d'autre reaponse à faire, sinon que ce sont des apparences qui ne sont fondées sur aucune vérité. !l est mon gendre; mais je ne dois {ws rcspondre de toutes scs actions, ny luy n'est pas obligé de me faire part de sa conduite. L'expérience a fait asseï cunnoîslrc que, dans les guerres civiles, les pères et les enfans sont souvent de paiiy contraire, et que l'on n'a jamais imputé aux uns la conduite des autres. Si mes domestiques

DOLIVIER LEFÈVRE D'ORMRSSON. 153

M. Pussort dit aussy que c’estoit la Fronde; mais que tout iroit jiitu »66i. bien et que seroit bien hardy (|ui voudruil attacher la sonnette. A tout cela personne ne respondit.

Au sortir, je fus voir M. de Marillac, marié avec M**® de Cliampi< gny-Sarron, fille de finlendant de Lyoïmois* et nièce de M"^ d’Aiig^e^ qui luy donnoil beaucoup par contrat.

Le soir, chez M“* de HalnbouiIlel^ avec M. et M®* Pradel.

unt esté à M«nlcs, ce n*a pas esté par luun cominandemcnL J'ay appris que deux y avuient esté par curiosité pour voir passer celte armée. V'oitre niajeslé jugera si ce pelit nombre pouvoit dumier des fiirces à M. (!c SuHv pour se rendre maUtre des halntans, que Ton a sçu avoir eu cnmman dément de l’arresler prisonnier.

■ Je ne dis rien de l'envoy des gens de guerre ny du marquis de CoesHn, estant une supposition sy grande et sy hardie quelle se ^estruit elle niesme. Je m'eslonne que tues ennemis ayent eu le front d'advoncer cette faulseté. Si les artifices de ceux qui travaillent il y a si longlcmps à ma ruyne ont plus de force que la vérité, si mes services rendus pendant dixhuit ans. avec la fidélité et dévotion que doibt un premier officier de la couronne, ne me ractlcnl à couvert et hors des atteintes de leurs impostures, je ne sçay ce que les gens de bien ne peuvent craindre; ils devroient estre contens d'avoir obligé voslre majesté de nfesloigner de la cour deux fois et de me priver de la fonction de U première charge de la couronne, sans avoir fait aucune action qui pust mériter ce traitement. J'ose le dire tinsy après que voslre majesté me faisant porter le commandement de me retirer et de remettre les sceaux, elle donna ordre de 4 me dire que le roy et voslre majesté

fl.

avoieiit entière satisfaction de mes ser vices, et que l'on me conserveroit tousjours et à mes enfans leur bienveillance. Mes ennemis ont |>einc de voir qu'il demeure encore quelque souvenir de mes services; ils travaillent pour en cflacer toutes les marques et me ravir la rescompense qui m'est la plus précieuse, un jugcmcnl honorablo de mon roy; c'est le trésor que je veux laisser à ma famillt-. avec la réputation de n'avoir pas tenu les voyes d'iniquité ;>our arracher des mains de mou maislre les grâces que je n'aurois pas méritées. Aînsy, madame, j'espère que voslre majesté aura cette bonté de donner cette protection à mon innocence contre les suppositions et les imposluro dont on m'a voulu charger; elle ajoutera celle action de justice à un nombre d'autres qui m'obligent à demeurer.

( De voslre majesté le très humble, très obéissant et fidèle subject, «SecoiEa. a

' Hené de Mnrîllac, seigneur d'CHUiiiville, d'Attichy et de la Fcrlé-sur- Perron, épousa Marie Bocbarl, fille de François Boebart. seigneur de Sarron et deChaiiipigny. intendant de Lyon.

* Élisabctli LuiUier, femme d'Étienne d'Aügre; elle mourut le 8 février i685.

* Catherine de Vivonne. marquise de

15/1 JOUHNAI.

Jimi if>64. Mercreily l i juin, le matin, chez M. I.e Pelletier, qui me dit la manière dont l’arrest des rentes avoit esté donné : il avoit esté résolu et dressé pour les rentes des huit millions seulement, mais M, Colbert, ayant la minute, s’avisa que, si l’on ne parloit que des huit millions, les autres rentes cnchériroient et cousteroienl plus au roy à remhourser, et qu’il estoit mieux que l’arrest fust pour toutes les rentes, afin de les mettre dans le descry; et que, sur ce principe, il avoit de sa main recorrigé la minute de l'arrest et en avoit dit iin mot au roy pour [le] luy faire agréer; et que M. Haligrc ayant dit à M. Colbert en particulier que cet arrest feroit bien du bruit, et que c’estoit beaucoup faire de choses tout ensemble, M. Colbert avoit répliqué qu’il ne s’en inquiétoit pas et que c’csioit sa grandeur.

• Je fus ensuite voir M. Boucherai, où je trouvai M. I^dvocal’,

maistre des requestes et conseiller de ville, qui me dit que, le jour précédent, il y avoit eu assemblée de ville où il s’estoit trouvé grand nombre de rentiers, hommes et femmes; qu’il ne n'y estoit pas dit une mauvaise parole; qu’ils avoient conféré dans une petite salle, pareeque les assemblées dans la grande salle ne se peuvent faire qu’avec la permission du parlement; qu’il avoit esté résolu que M. le prevost des marchands retoumeroit à Fontainebleau pour supplier le roy de vouloir révoquer cet arrest, ou, en cas qu’il y perséverast, qu'il voulust faire le remboursement sur les matricules sans obliger à représenter les titres; donner des commissaires des compagnies souveraines dans l’Hostel-de-Ville pour y travailler et faire distinction dans le prix des rachats entre ceux qui avoient acheté ou qui les avoient de la première constitution; car ces derniers les avoient pour remboursement de droit, et elles leur cousloient plus que le denier douze de la constitution *, suivant les liquidations qui en avoient esté faites; que cette conférence s’estoit passée assez doucement, et que

^ Hambouillet, mourut Ica^ dénombre 1Ô65 ' Antoine Ladrocal avait été rc^u

8 Tige de lioixante et dU-kuit ans. Son hô- maître des requêtes le 3 f«Wrier iHGo.

id était le rendex-vou» des beaux esprits * S 33 p. uy'o. lians bi première moitié du KVfi* sièele. ^

l’on attendoit la response de la cour. M. le procureur général de la cour des aydes ‘ nie vint voir.

Après le disncr, je fus avec mon père saluer le cardinal de Hetz, logé à l’hostel de Retz, près les Capucins. Nous y iRiuvasines beaucoup de monde. Il est fort gaillard, faisant de grandes civilités, ayant le visage bon, les cheveux fort gris. 11 doit partir demain pour aller h Saint-Denys, y demeurer un jour et relounier à Commercy*, ne voulant pas séjourner icy, afin de ne point donner de jalousie, évitant niesinc do voir beaucoup de monde.

M. de Nesmond me dit avoir reçu .son billet de logement ÿour Fontainebleau, et que M. Berryer luy avoit dit que la translation se vérificroit samedy, et que la chambre s’assembleroit le vendredy a^rès la petite Feste-Dieu.

Le soiP, je fus chez M. le premier président, où M. du P. M.’ me dit que l’on luy avoit dit de bonne part que M. le cardinal avoit laissé, par ses Mémoires, que le roy d’Angleterre n’estoit péri que pareeque ses sujets estoient trop riches, et qu’il falloit que le roy, pour sa seureté, appauvTrst tous ses peuples; que le roy se railloit de la misère des gens, et [de ce] que les calèches n’estoient plus si belles; et que sa conduite causeroit une révolte générale. M. le premier président nous dit, à M. Bouchcrat et à moy, la conversation de Foiicaidt, qui l’avoit félicité sur le bon succès de l’assemblée de l'Ilostel-de-Ville, comme y ayant contribué, premièrement ayant dit qu’il n’asseinbleroit p>int les chambres, le roy le luy ayant dcffcndu par une lettre de cachet, et encore par ses soins particuliers ; et ensuite luy avoit parlé comme si toute l’affaire estoil consommée et qu’il n’y eust plus rien à craindre; qu'il falloit prendre garde à ne pas offenser le roy; car il seroit bien ayse qu’il se fist quelque bruit pour luy donner occasion à quelque

* Nicolâs Le Cauuis fut procureur général de la cour des aides du novembre i648 au 33 février 1673.

' Le cardinal de Ucizélait seigneur, ou, comme on disait dans ce Icnips-là, damoi-

teau de Commercy en Lorraine (Meuse).

* U s’agit probablement de Godard du Petit'Marcst, conseiller au parlement de Parts, dont ü a été question plus bout dans le JiMmal d*OUvier d'Omtftson.

.lOüItNAL

. grand exemple. A quoy il avoit répliqué que, si l'on vouloil le bruit, il n’avoil rien à dire.

A juger do la disposition des affaires, il y a beaucoup à craîbdrc de mauvais succès, si ce n'est (juc les rentiers .souffrent tout sans faire bruit. Car sans doute, au moindre bruit, la cour portera tout aux extre.smités rigoureuses, le génie estant à la sévérité. Mais, si la chaleur auguiente, le dé.scspoir est si universel qu’il y a tout à craindre, et il est mieux de souffrir sa ruync sans résister. Ce n’est pas que ce coup ne produise à la fin qttelques suites faschetiscs. Si la cq|»r vouloit s’adoucir, voyant la soumission des rentiers, ce scroit ‘ un grand bien; mais le caractère de M. Colbert est trop dur pour premier de cette occasion.

I.cjeudy 13 juin, jour de la Feste-Dieu, le matin, à la proces.sion du Saint-Sacrement, où il n’y avoit que MVI. de Montmorl*le cadet, Briçonnet et moy en robes rouges. Le soir, .M. Berryer me vint voir pour l’affaire de Dumont,

I,e vendredy 1 3 juin, je fus averty qu’il n’y auroit point de chambre. Je fus cher M. I,e Pelletier, qui me dit qu’il devoit partir pour aller à Fontainebleau, mais qu’il avoit reçu une lettre de M, Le Tellier qui liiy marquoit de ne bouger; que M. le prévost des marchands rapportoit un arrest par lequel le roy donnoit trois mois pour représenter les titres aux commissaires, qui rendroient les originaux et ne rotiendroient que des copies; que le remboursement se ferait avec les prévost des marchands et cschevins, et que les arrérages seraient payés ju.squ’au remboursement actuel; que cet arrest .sembloil estre un adoucissement en ce qu’il donnoit du temps, pendant lequel les affaires pourraient s’accommoder.

Je fus voir M. le chancelier, que je trouvai dans .son cabinet avec M. Poncet; il me parut en bonne santé; il me dit avoir un peu mal à la jambe, et ipe fit beaucoup d’amitié. De lA au Palais, où je trouvai madame la première présidente' en meilleure sauté, n’ayant point eu de fièvre.

' Miideleinc Polier, fiHe de Nicolas Potier, seigneur d'Ocquerre.

Le samedy \f\ juin', estant assemblés à l’Arsenal, l’on fil entrer Juin issi. Dumont, lequel, estant sur la sellette, demanda conseil, disant que, depuis la confrontation, il avoit esté renfermé et n’avoit vu personne.

M. le chancelier l'ayant pressé de rcspondrc et Dumont ne l’ayant pas voulu, il luy lit tous les interrogatoires sur tous les points du procès, en lisant un cahier où tous les interrogatoires estoient escrils article par article.

Ces articles lus, Dumont se retira. M. le chancelier voulant faire opiner, M. Catinat dit quelque chose sur la procédure; enfin, il dit qu’il falloit faire entrer Dumont pour luy déclarer qu’on l’alloit juger.

Sur quoy M. le chancelier ayant fait entrer Dumont, il se remit .sur •

la sellette et refusa encore de respondre, quelque interpellation que M. le chancelier luy fist. Sortant encore hors des barreaux pour se retirer, quelques-uns de Messieurs luy ayant dit qu’on falloit juger, il se ravisa et revint sur la sellette pour respondre. M. le chancelier luy ayant dit de dire ce qu’il voudroit pour sa delfense, il demanda à cstre interrogé par articles. M. le chancelier ne le voulant pas, chacun SC chagrina; et M. de Nesmond luy dit qu’il falloit recommencer l’interrogatoire sur tous les articles*. Ce qu’il fit, lisant les propres articles; mais comme il avoit dessein que faifairc fust jugée ce jourlà, il ne vouloit pas luy donner le loisir de s’expliquer; ce qui fit murmurer beaucoup de Messieurs. Enfin, de despit, il jeta son cahier à M. de Nesmond et luy dit qu’il interrogeast; qu’il n’en pouvoit plus.

M. de Nesmond luy rendit son papier et dit que c'estoit à luy. Mais, au lieu de continuer, il envoya son cahier à M. le rapporteur, qui fit finterrogatoire suivant son extrait, et Dumont se delTendit assez bien et consomma le reste de la matinée; et, s’il y eust eu assez de temps pour opiner, les esprits paroissoient fort bien disposc.s pour luy. Mais, l’interrogatoire achevé, M. le chancelier se leva piqué, et,

' Cr. le Jofimal de FoucühU, t. IH« dît rieit de Pinipaticiicc du chancelier ni f* 199 des paroles qu'il adresse au président de

* Il n*csl question, dans le Journal de Nesmond. Il se borae k relater les ques- Foucault, d’aucun de ces ioadents. Il ne tiens cl les réponses.

158 JOURNAL

sans dire mot à personne ny si l’on contimieroit Inndy, parcequc, n’avanl pas parlé à Foucault, il ne scavoit si l’on vouloil dilTérer ou continuer; mais, après luy avoir parlé, il dit que l’on viendroit limdy.

Beaucoup de Messieurs me parurent fort indignés de la conduite de M. le chancelier, qui faisoil connoistre son empressement pour plaire à la cour, cl qu’il ne songeoil qu’à faire condamner promptement cet homme, sans garder la bienséance d’un juge qui doit cscouler favorablement un accusé et chercher pluslost à le soulager qu’à l’accabler. •

L’apresdisnée, je fus à Amboille avec M. l’abbé de Collanges' et M. Le Pellciier. Nous parlasmes des rentes et s’il estoit expédient au roy de les racheter, l’expérience ayant fait connoistre que, si les rentiers ont esté des premiers à crier ou des retranclïemens ou des retardemens, et ainsy ont donné lieu aux désordres, ils ont aussy rcstabli le roy dans Paris, et lors de la Ligue et lors des derniers troubles, ayant reconnu que leur intérest estoit inséparable de celuy du roy, du repos et de la IranquiUité de l'Estat; et il semble qu'il soit important d’attacher Paris (car les rentiers y sont très considérables) à ne se despartir jamais de l'obéissance due au roy.

Le dimanche 1 5 juin, de Nogenl* avec sa 1111e*, MSI. d'Harouys* et d’Espeisses vinrent à Amboille et tesinoignèrent en estre fort satisfaits.

' 11 a été question, clans la première partie du Journal d' Olivier d' O rmeston, de Ciiristopliu de Coulanges , abbé de Livry. Il était oncle de M™ de Sévigne , qui en p,trle fort souvent dans scs lettres et le désigne ordinairement par le nom de bien bon.

' Marie Coiilon, dont il a été question dans l'Introduction en tête du premier volume. Elle avait épousé en premières noces Nicolas Le Prévost, oncle d'Olivier d’Ormesson. *

' Marie Coulon eut Jeux iilles de son

mariage avec Nicolas Bautru, comte de Nogent : i‘ Marie, qui épousa Itcné, marquis de Ramburcs : a* Cliarlottc, qui é|)ousa successivement Nicwlas d'.^rgouges, marejuis de Rannes, et Jean- Baptiste- Arm.md de Rolian, prince de Montauban. 11 s'agit probablement ici de CbarloUe de Bautru, qui était la bienaimée de M“‘ de Nogent, comme on le verra dans la suite du Journal d'Olivier (TOrmemn, à la date du 5 janvier i6C8.

' D'Harouis était un trésorier des étals

D’OLIVIER LEEÈVRE D’ORMESSON.

Le lundy iG juin', A l’Arsenal. I.a chambre de justice estant as- Juin i66i. semblée, M. Feiriol remit le fait du procès et destruisit tous les moyens et les raisons de Dumont, traita ensuite la question du pcculat, rapporta les lois et les ordonnances, et prouva que la peine estoit la mort, et conclut, suivant les conclusions, à déclarer Dumont atteint et convaincu du crime de péculat et de concussion, et, pour réparatioh, à faire amende honorable et à estre pendu. M. le chancelier, contre l’usage ordinaire, demanda l’avis à M. de Gitaucoiir avant M. Pussort, afin de prendre ensuite le costé des provinciaux,

• pareeque, s’il avoit fait opiner M. le Féron et les olliciers de Paris

les premiers, aucuns des provinciaux auroient suivi leur avis. Ainsy M. de Gizaucour opina le second, establit fortement que la mort estoit la peine du péculat; que la chambre l'avoit jugé en la personne ^ de Gourville’, et que, quoyque l’arrest fust par défaut, cela n’empeschoit pas que la question ne fust jugée; que l’on ne pouvoit doutér que Dumont ne fust convaincu de péculat, et conclut comme le rapporteur. M. Pussort soustint ensuite la mesme proposition, que la question estoit jugée, s’estendit sur les faits du procès et conclut i l’avis du rapporteur, sinon qu’il ne fut pas d’avis de l’amende hono- • rable avant l’exécution. M. de Noguès fut du mesme avis, après avoir opiné assez longuement; M. Hérault, idem, du bonnet.

M. de Rocquesante establit fortement que la peine du péculat n’estoil point la mort, rapporta les ordonnances qu’il lut, mais dit que

pour Bo faire pa^er; avec ccUc conduite il B*obéra »i bien, que, quand il fallut cotuplcr, il tic put jatnaia »c tirer d'affaire. ■ 5aint-5inion écrit «m nom d'Armuy ; Olivier d'Ormesson, d'Haroujs.

' Cf. le Journal de t'oucuali, t. 111, f* atO, sqq.

* Jean Hérault ou Airaull. sieur de Gourville, né en i6a5. mort en 1703. U a laissé des Mémoires qui se trouvent dam» toutes les collecUontde Mémoire» relatif» à l'hiatoire de France.

de Bretagne, lur laquel M*^ de Sévigné donne beaucoup de détail.» dan» »e»

Lettres. Il mourut à la Bastille, en 1699. comme nous l'apprcnoos par les Mémoires de Smint-Smoh (t I. p. 336*337, édition Hachette, in-8*) : tLe pauvre d'Harouis mourut en ce temps -cy à la Bastille, où il estoit depuis dix ou doure ans; U avoit e»ié longtemps trésorier des estais de Bretagne. Cesloil te meilleur homme du monde et le plus obligeant ; U ne sçavoil que presler de l'argent cl point presser

J01RNAI<

Jmn iH64-

les exactions sur le |)euple esloienl capitales; il cita les textes, et, ayant tourne tout son avis sur les exactions faites par Dumont, il conclut à la mort. M. <lc Sainte-Hélène lai.s.sa la question douteuse, parla île la nécessité de faire un exemple, fit entendre qu’il ne seroit pas -si sévère en d’autres affaires, et conclut à la mort. M. de la Toison fut du mesuie avis, sans s’expliquer. M. du Verdier dit que la procédure luy donnoit peine, s’estendit à en inonstrer le défaut et prit un avis interlocutoire à entendre de nouveau les tesmoins. M. de Ma.ssenau dit qu’il falloit qu’il avouast sa foiblcsse, pareeque d’abord il avoit esté persuadé que cet homme estoit criminel; depuis, après favoir ouy, il ne le trouvoit plus si coupable; et s’estant ensuite e.slendu sur la peine du péculat, il dit quelle n’estoit pas capitale, mais estoit laissée à l’arbitrage des juges, pareequ’il trouvoit grande différence entre un pécidal de cent escus et un de cent mille escus; , qu’il falloit, expliquer la loy par la raison, è troppo dura legye che la nalura offende, ci, après avoir estendu ses maximes, qui alloient à la douceur, il conclut qu’il trouvoit cet homme très coupable et conclut à la mort. Ce qui surprit beaucoup, pareeque, suivant son raisonnement, il devoit conclure à la douceur.

.M. Catinat reprit les défauts de la procédure et conclut à l'amende honorable, au bannissement pour neuf ans hors du ressort du parlement, aéoo livres d’amende et déclaré indigne de tenir charge royale; M. Le Féron, idem, et à la peine du quadruple des fausses reprises; M. de Moussy, idem, s’estant assez estendu; M. de Brillac, sans parler, fut de l'avis de M. Catinat; M. Besnard, s’estant assez expliqué, idem.

. M. Voisin, après s’estre longtemps expliqué et avoir dit qu’il ne falloit pas dire ses sentimens avec mollesse, conclut à la mort; et moy, sans parler, je fus de l’avis de M. Catinat. M. le président Pontchartrain„.sans parler au.ssy, fut de l’avis de M. le rapporteur; ce qui me surprit, m’ayant tousjours parlé autrement. M. de Nesmond dit que cet homme n’estoit point coupable du péculat et s’estendit assez, et fut de l'avis de M. Le Féron. M. le chancelier s’estendit sur des

considérations générales et conclut à la mort; et ainsy l'alTaire fut jugée, et il passa à la mort de treize contre huit, après que les avis curent esté relus trois fois. L'arresl fut escrit à l'instant et signé'.

Ensuite on lut les lettres-patentes pour la translation de la chambre de justice à Fontainebleau’, et la première séance fut indic|uéc par M. le chancelier au mcrcredy 3 5 juin , lendemain de la feste de S'-Jean.

La condamnation de cet homme surprit beaucoup et a donné grande douleur particuliérement à ceux qui prennent intérest aux pri- .sonniers, crainte de la conséquence. L’exécution fut faite, après le disner, dans la place devant la Bastille’.

Ce jour, mon père estant revenu d’Ormesson , continua à saigner du nez, ayant commencé jeudy, jour de la Feste-Dieu, au malin, ayant eu auparavant une petite foiblesse. Cela a continué depuis chaque jour deux ou trois fois. Ce qui obligea de le faire saigner d'une palette de sang; il est sans mauvais accident. Néantmoins l'on craint que cela ne vienne de foiblesse de nature.

Le roardy 17 juin, je fus le matin é Ja Bastille avecM. de Sainte- Hélène etM. Fo. (Foucault), pour délivrer à 6f. d'Artagnan lescoflres de l'espargnc et les transporter à Moret. M. Fou. (Foucault) me dit le chagrin de M. F. (Fouquel) contre M. Poncet lors de la dernière confrontation; qu'il luy avoit dit qu'il ^voit fait des faussetés dans son inventaire; qu’il les expliqueroit en temps et lieu, et autres paroles de chaleur et de fierté; que M. Poncet, avant de sortir, luy avoit fait des civilités et qu’il trouvolt cela assez extraordinaire , estant mieux de s’abstenir des complimens. ^ ’

J’ay sçu que M. Colbert avoit fort exagéré ce chagrin au roy, cl, pareeque cela estoit arrivé durant la chaleur des rentiers à l’Hosteldc-Ville, il faisoit croire que M. F. (Fouquet) espéroit beaucoup aux troubles, et que ses émissaires avoient fait plus de bruit à l'Hostelde-Ville que les rentiers.

' Cf. l'arrêt dans le doimud de Feu- Voy. dans le même Journal, ibid.

eauU, L ni, t" 1 1 1, 317 »*, sqq. f* aa3 v*, sqq. le procès-verbal dc'rcïé-

’ Voy. ces lettres, iW. f* 3x8 v", sqq. cution de Dumont.

JOURNAL

loin iMS ’ Le lundy a3 juin, MM. Besnard, de Brillac et moy, nous partisuies dans mon carrosse de Paris, arrivismes k Essonne après huit heures, visnics la maison d’E-sselin’ et nous arrivasmes i Fontainebleau de fort bonne heure, où la maison de Gourvillc nous avoit esté marquée, asser. commode pour nous trois.

Le mardy 2/j juin, je vis M. le Premier’, qui me parla do nos all'aires, et je trouvai que l'on estoit aussy persuadé que la condamnation de Dumont estoit injuste à L'ontainebleau qu'à Paris. Je vis M. de Turenne, qui me fit beaucoup d’amitié. Là j’appris qu’il avoit reçu nouvelles de la levée du siège de Canise*, et que le grand visir inarchoit avec soixante mille hommes.

Chez le roy, j'appris que M. le légat’ arriveroit jeudy à Nemours; qu’il estoit encore incertain s’il feroit son entrée à Fontainebleau et à Paris, et de quelle manière il y serait reçu, et que cela despendoit de ce qui serait accordé sur la demande que le roy faisoit de l’indull’ sur les trois éveschés de Metz, Toul et Verdun, et que le légat

' On »au(e. dam Icms. d'01iric7 d'Or* roefson , du f* au f* 5 1 , et do 17 juin au s3. Cependant il n’ej^l pA$ probAble qu’il J Ail- lacune. Les feuilleta cnlcvéa paraissent être restés en blanc . coame nn le voit au verso du f* 43, L'ajourne* ment de la chambre explique rinlcrrup* lion du journal.

* Lssolinouyesselinélail un maitre de la cbnmbre-aux-deniers. qui avoit dans l'Ho Saint-Louis un hôtel construit sur le» de»* sins de Louis le Vau. On appelait c4am6re atLz Jtmiert une juridiction spèciale char* géc de vérifier les comptes de la maison du roi.

* Ce mot désire ordinairement le premier écuyer. CéUil alors Henri de Berin* gben, qui mourut le 3o avril 1693, à l'Age de quatre-vingt-neuf ans.

* Canise, Canisa ou Kaniska, dans la

basse Hongrie, sur la rive droite de la Drave.

* Le cardinal Chigi. neveu d'Alexandre Vil , venait faire réparation de l'insulte qu'avait essuyée à Home, deux ans auparavant, l'ambossadeur fram^ais, duc de Gréqui. Le droit d’asüc accordé aux ambassadeurs et rinrioiabüité de l'Hôte] de l'ambassade française n’avaient pas été respectés. Le pape refusa d’abord la réparation demandée par Louis XIV. Le roi rappela alors son ambassadeur et fit sortir le nonce de Franco. Fiîrayé des menaces de Louis XIV, le pa]>e accorda au roi ce qu’tl demandait . et , entre autres choses, l’envoi d'on légat qui devait faire des excuses publiques. Ce légal fut le cardinal Chigi, dont Ûltv. d’Ormesson parle souvent dans la suite de sc^ Joanuzl.

* On appelait ainsi un bref par lequel

DigitizcA.b^v

D'OLIVIER I.EFEVRE D'ORMESSON.

ayant dit qu’il n'avoit pas ce pouvoir, il avoit envoyé à Rome et qu’on Juin i66i. attcndoit le retour de sou courrier, et que c’estoit la véritable raisuu de son retardement. L’on disoit encore partout une badinerie : qu’il avoit pris du mal à Marseille et qu’il se faisoit traiter. Je saluai le roy sortant de son conseil pour aller à la messe, sans qu’il me parlast ny à M. Besnard.

Après le disner, je vis M. le cbancelier, MM. Haligre et de Sève; et, parlant d'alFaires, j’appris que, loi'squ'on parloit de faire les choses dans les règles et avec les formes ordinaires, l'on disoit que c’estoit du vieux temps; et c’est ce qui me paraist plus fa.scheux, que pour faire ce qui est juste l’on ne veuille ny formes ny règles; car les conséquences en sont dangereuses.

Le soir, je vis M. Colbert, qui me lit entrer dans son cabinet; il me reçut fort civilement, et nostre entretien ne fut que de choses indifférentes, de l'âge et de la santé de mon père, du grand travail du roy, des beautés nouvelles de Fontainebleau, .sans parler de la chambre de justice ny du procès.

Le mercredy a5 juin, je vis, avec MM. Besnard et Brillac, M. le mareschal de Villeroy, qui nous parla du fonds de dix-huit millions effectifs que le roy avoit fait pour le remboursement des rentes, et le projet de vingt-deux millions pour l’année prochaine; que le point essentiel estoit le pied du remboursement; et, chacun disant des r^- •sons contre cette résolution, je dis que l’on tiroit onze millions du commerce, et que je ne voyois pas par où ils pourroient y rentrer.

U me dit que c'estoit la raison la plus importante, et que, pour luy, il croyoit que c’estoit assez de rembourser les rentes sur les tailles, pareeque le roy avoit donné les meilleures élections; qu’il en coustoit au roy par an plus que les rentiers n’eu recevoient, pareequ’ib donuoient trois sols de remise pour assurer et régler les payemens, et le roy ne donnoit que neuf deniers'.

le pape donnait à un prince ou à un corps ( 1 1 , p. 1 1 a ] : t Pour Ica traites des recettes

le droit de nommer aux béncGcea vacants. générales , au lieu de cinq sols de remise

' On lit dans les .t/émoinade èeaif .Y/V qui se donnaient aufiaravanl, je ne laissai ^

JOURNAL

lel

Juin i66t. Après une assez longue conversation où estoit M. i’archevesque de Lyon', après avoir parlé de la fortune de M. de Lesdiguières et (jue luy, ujaieschal de Villeroy, avoit espousc sa fille* à condition qu’elle seroit ratliolique, et que c'esloil une clause de son rentrât de mariage, je me retirai.

Nous fusmes ensuite chez M. le chancelier, où la chambre estoit assemblée*. La salle est assez longue : tous Messieurs ont des chaires à bras de maroquin noir; il n'y avoit d'absens que MM. Poncet, Voisin cl I.e Bossu. Les deux premiers doivent venir demain; mais M. Le Bossu ne viendra pas, et l'on m’a dit que M. le cbancelier luy ayant demandé s’il estoit gradué, et [M. Le Bossu] ayant respondu que non et dit ensuite les raisons qui ne luy ostoient pas le pouvoir d'esire juge des procès criminels et les exemples des chambres de Justice et de celle de i 634, où il y avoit quatre maistr&s des comptes, dont trois non gradués, et que M. Lcscuyer avoit rapporté un procès criminel et que l’accusé fut pendu; que depuis, et après le jugement de Dumont, dont il n'avoit pas esté juge à cause de son indisposition, ayant envoyé demander à M. le chancelier s’il viendroit à Fontainebleau, il (M. le chancelier) luy avoit dit qu’il ne le luy conseilloit pas; et en effet on ne luy a pas marqué de logis.

J’appris qtie M. Fouquel, les trois trésoriers de l’espargne et M. Dc- Ityme, avoient esté transférés le jour précédent à Moret, en cinq carrosses, avec deux chariots de papiers et de bagage, et qu’ils avoient disné au Plessis en cinq chambres différentes.

Le 36 juin, M. Besnard et nioy fusmes voir M. de *, qui

nous entretint de l’estai présent de la cour; que le roy agissoit d’une

plu» que ^u(R*e<^(er5 pour lÎTre; diminu- * Madeleine de Créqui, seconde fille

tioii qui. surle lolal du ro)rauiuc. monloit de {Charles de Créqui et de Madeleine de à une somme si notable, qu’elle me donna Bonne, sa première femme,

lieu . dans le grand épuisenienl où j’élois, * CT. le Journal de Foucault, I. III,

de rabaisser le» tailles de quatre millions. • f* a3o.

' Camille de Neufvillc, né en 1&06. * Le nom est en blanc dans le manus-

’ Charles de Créqui. duc de Lesdi- crit.

• guières.

lüf)

manière si cslcvce au-dessus de tous ceux qui estoieut de son cou-» jum iS6i. seil, qu'il ne falloit pas se persuader qu'ils pussent toutes choses; qu’ils estoieut bien ajses qu’on le crust; mais que, dans le cabinet, ils estoient petits et bas; que les événeniens avantageux des choses qu’ils avoient conseillées les resjouissoient fort; que l’on l’avoit vu en l’alTaire de Dumont, et que visiblement l’on avoit reconnu la satisfaction de M, Colbert, qui se croyoit plus fort et plus autorisé; (pie la conduite estoit fort sévère; (pie le roy vouloit la justice; mais qu’on luy conseilloit tousjours la sévérité; qu’il n’y avoit autre conduite que de bien faire et laisser les événemens i la fortune, et n’y avoit aucunes mesures seures à prendre avec (|ui que ce soit ny sur quoy que ce soit.

Ce mesme malin', M. Le Féron commença le rapjiort d’un procès . criminel contre deux sci^cns de Dourdan, nommés Coulbault et Gauldry; il rapporte fort exactement et fort nettement.

Le soir, je fus cher M. Le Tellier, où estoit M. le prévost des marchands; y arriva M"* de Navailles’. Ce <pii m’obligea de me retirer; il me pria d’aller disner avec luy.

Le vendredy l’j juin’, à la chambre de justice; l'on continua la visite du procès des deux sergens, sans qu’il s’y passast rien de considérable.

Je fus disner avec M. Le TeUier, et me trouvai seul entre M. de Loiivois et luy. Après le disner, nous parlasmes de plusieurs choses sur la conduite de M. le premier président. Il y eut conseil, où les ,

maistres des requestes de janvier* opinèrent.

Le samedy a8 juin’, à la chambre de justice, l’on continua le procès des deux sergens. Le reste du jour, faire des visites. Ce mesmi;

’ Voj. le procès-verbal de U séance du i6juin dans le Jonmal dt Foucault , 1. 111, f* aSo V*, sqq.

’ Smanne de Baudéan, qui avait épousé, en i65i.Pbilipped«MonUuU-Bénae, duc de Navatlles.

* Journal de Foucault, t. III, f** a3a et a33.

* C'eat*É-dire du quartier qui commençait en janvier.

* Journal de Foucault, t. III, f*

verso.

JOURNAL

Juin i66i. jour je sçus la disgrâce de M"” de Navailles, el que,- mercredy dernier, le roy, estant cher la reyue mère, envoya quérir M. Le Tellier et luy con)uianda de dire à iM. de Navailles qu‘il eust à se défaire et lie sa charge de lieutenant des chevaux-légers et de son gouvernement du Havre, et que M. Le Tellier luy ayant dit que sa majesté ayant pris celte résolution, il croyoit qu’il la devoil tenir secrète durant huit jours, jusijues à ce qu'il eust choisi des successeurs, afin de se délivrer de beaucoup d'importunités, son dessein estoit de gagner du temps el cmpescher l'esclat pour donner moyen à quelque accommodement. Mais le roy luy respondit qu'il n’y avoit point à différer, et que l'on verroit ceux qui se |)réseuteroieot. Chacun raisonne sur les causes de cette disgrâce. On dit l’esclat que fit M" de , Navailles à Saint-Germain pour femter au roy l’entrée de la chambre des filles de la reyne'. On dit que depuis quinze jours le roy, ayant voulu assembler toutes les troupes de sa maison, à cause de la venue du légat, M. de Navailles demanda au roy un quartier pour les chevain4cgers; et le roy luy ayant dit qu’il n’en donneroit point et qu’ils se logeassent pour leur argent, M. de Navailles répliqua : • Ceux qui sont à V. M. sont bien malheureux d’estre ainsy traités. »

\ quoy le roy ne respondit mot, mais estant monté à la chambre de M"'' de la Vallière, se tournant à ceux qui l’avoient suivi, il dit : • Il n’a tenu qu’à inoy d’avoir une querelle avec M. de Navailles, si j’avois esté^si chaud que luy. » Les amis en ayant averti M. de Navaillcs, il vint attendre le roy et luy fit des excuses de ce qu’il luy avoit dit; mais le roy luy dit qu’il estoit né d’un pays chaud et trop colère; que, pour luy, il estoit plus froid; qu’il avoit un ton et qu’il disoit les choses d'une manière si haute, qu’il avoit tousjours raison, et que c’estoit son air qu’il ne pouvoit changer. On ajoute une troisième cause, el peut-eslre la plus forte, qui est que le roy a sçu que

' Cf. les A/fWirei <2e M”* de Afa/fm/Ze, arrivée le té février 1700. revient sur à l’année i664i «t les \fém0tret dé de rhistoire de cette dame et sur les causes même date. «— Saint-Simon, de m dis^rote. (Voy. Mémoires, t. 11, à l'occasion de U mort du de Navuillc», p. 371*373; édit. Hachette, in<8*.)

*D'Ot,IVIER I.EFÈVRE D’ORMESSON.

M” de Navailles avoit eu part à l'affaire que la reyne mère avoit faite juino ,6Uà M”" de Brancas', pour avoir esté à la promenade avec M**" de la Vallière, et qu’il en avoit esté fort piqué.

Ce mcsnie jour, le roy envoya M. le duc de Saint-Aignan faire ses complimcns à M. le légat, qui estoit arrivé de Nemoui's dès le mercredy, et il avoit différé jusques à ce qu'il eust quelques assurances de ce qu'il avoit demandé pour l’induit des trois évesebés, et que le légat avoit mandé qu’il n’en avoit pas le pouvoir, mais qu’il prioit le roy de se fier à sa parole; qu’il se mettoit sous sa protection, ne de- • mandoil que l’honneur de ses bonnes grâces, et que sa sainteté feroit tout ce que S. M. désireroit sytost qu’il seroit retourné. Le pape, estant fort malcontent d'Espagne, vouloit se lier entièrement avec le roy. Les reynes et Monsieur et Madame envoyèrent aussy faire leurs complinaens.

Le dimanche ag juin, je fus le matin chez M. Le Tellier, auquel je parlai de l'affaire de M“' de Navailles. 11 me la confirma, et s’estendit fort sur la conduite qu’il falloit avoir avec le roy, (|ui estoit très fin et très habile. De là je fus faire ma cour chez le roy et ensuite chez la reyne mère, où je remarquai une grande consternation siule visage de tous les courtisans, espouvantés de l’exemple de M. de Navailles.

Le lundy 3o juin’, en la chambre de justice, on acheva la visite du procès des deux sergens, et on entendit le nommé Coulbault sur la sellette, sans qu’il s'y passast rien de remarquable. ,

Le mardy i" juillet’, à la chambre de justice, Gauldry, sergent, fut entendu sur la sellette, et l’on opina. M. Le Féron fut d'avis suivant les conclusions, qui estoient pour les galères perpétuelles', d’y ajouter l'amende honorable et réduire les galères à neuf ans.

' Suzanne Garnier, fille de Mathieu dit de U" de Brancas. à l'année |6G4.)

Garnier, trésorier des parties caaueUes, * Cf. le Journal do Foucault, l. 111, raariée à Charles , comte de Brancas, che* v* et

valier d'hooneur de U reine Anne d’Ao' * H. iUd. f* 334 sqq. triche. (Vojc* ce que M“ de MoUaviite *

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