JOL'R.NAL
jtiiliH iR6». MM. de Giiaucour cl Piissort, ayant fort exagéré l’énormité de leurs crimes, dirent que, s’ils n'estoient retenus par la considération des conclusions, au delà desquelles on n’opine point à la mort, ils y auroient conclu, et furent d’avis des conclu-sions. Ce dernier demanda souvent l’u.sage de la Tournelle du parlement de Paris sur ce point.
M. de Ncsniond disoit que les conclusions n’obligeoient pas; mais néantmoins les juges n'estoient pas plus sévères. M. le chancelier, au contraire; et que souvent il avoil vu aller au delà des conclusions; ce qu’il disoit pour faire sa cour'.
Après cette belle instruction, M. Ferriol conclut fortement à la • mort; M. de Noguès le suivit et M. Hérault. M. de Rocquesanle conclut après aux conclusions; et tous Messieurs furent quasy différens en opinion sur le temps des galères, du bannissement et de l’amende bonor.ablc. Il passa à condamner Coulbault à l’amende honorable et à cinq ans de galères, et Gauldry à oeuf ans de bannissement hors le re.ssort du parlement, leurs charges confisquées, et le temps fut limité, pareeque les galères perpétuelles et le bannissement hors du royaume emportent confiscation de biens’.
Le soir, on me dit que le roy avoil fait l’accommodement de M”* de Brancas avec la reyne mère; que, pour cet effet, il avoit mandé M"' de Brancas chei M“ la Comtesse’, et luy avoit tesmoigné que cet accommodement estait son affaire, et que jamais il n’abandonneroit ses amis, et, après vingt ans, scroil ferme pour eux comme le p^mier jour; qu’il sçavoit que c’estoit M“ de Fleix qui avoit fait cette pièce et M"* de Navaillcs; qu’il s’en souviendroit; qu’il avoit tasebé de gagner la première par mille bonneslelés; qu’il avoit fait pour cela beaucoup de caresses à son fils*, mais qu’il ne l’avoil sçu vaincre; que, si les ducs estoient à faire, son fils ne le seroit pas, et
’ FoucauU ne dit rien des remartfues de M. de Nesmond ni de celles du cKanrelier.
* Voy. rîirrét dans te /ourwul de FoucaüUt t. III, f*’ 3do-a4ï-
* Cf. \ci Mémotrts fit M’'* de MotteviUe, à l'année i6t)4-
* Gaston de Fou; il avait été nommé duc de Randan en i663. (Voy. plus haut,
DOMVIEH I.EI'KVUE D’ORMESSON.
enfin convint de parler luy-aicsme à la reync iiTèrc, dit à M'” de juillet ific;. Branens ([ue cela ne gastcroil pas ses affaires et qu’il en vouloiljuymesnie prendre le soin, et luy dit mille choses obligeantes. Sur cela, les uns disent que c’est par pure générosité; les autres, que .sa fille est fort belle et qu’il ne la bayt pas.
I.e mercredy a juillet, à la cbanibre de justice'. M. de Sainte- Hélène coniincn^a le rapport d’un procès criminel contre le nommé Belier, receveur des tailles d’Alençon, (|ui doit durer quinze jours sur le bureau.
. I-c soir, M. Berryer et M. b’oucault m’apportèrent la rcquesle du M. le procureur général; et M. Berryer me dit que M. Fouquet présenteroit requeste pour avoir son conseil; mais qu’il croyoit (ju’il n’y avoit qu’à la renvoyer au roy.
Le jeudy 3 juillet*, à la chambre de justice, je fis rapport île la reijueste de M. le procureur général sur les procès-verbaux de l’espargne, dont il demandoit la jonction, et que, pour re.sponse à ce qui avoit esté dit par M. Fouquet, il employoit ladite requeste. Les conclusions estoient ainsy tournées, afin qu’on mist seulement acte et soit signifié. J’en fis, avant la chambre, difficulté à M. de Sainte- Hélène et à M. Cbamillart, à cause que c’estoit une production nouvelle qu’il falloit communiquer et donner du temps pour contredire. Néantmoins, ils convinrent qu’il falloit du temps, mais ne le pas faire .sur la requeste. Parlant à la chambre, j’en formai la difficulté, les uns soustenant que c’estoit production nouvelle, les autres requeste de contredit, il passa à dire qu’elle seroit communiquée pour y respondre dans trois jours. M. le chancelier voulut qu’on ajoutast sans retardation de la visite et jugement du procès.
Ce mesme jour, M. le légat arriva incognito, alla descendre chez M. le dauphin et fut reçu par M"* de Montausier*. 11 alla trouver le
' Cf. le Journal de Foucault, t. 111, f a43.
‘ Le Journal de Foucault (t. IX , P 347) place ce rapport au vcmircili 4 juillet.
* Julie d'Angennes , Gllc de la niarqui.ic de Rauibouillet , et célèbre, entre toule.i 1m précieuse», sous le nom de mademoiselle de Rambouillet. C'est à clic que fut
JOURNAF.
Juiili-i i66/i. roy dans le cabinet des bains. Le roy le reçut sur le pas de, la porte, en dedans la chambre. Le légat le salua fort bas, et le roy à demy baissé. Puis 1» roy s’estant reculé, le légat avança, faisant de profondes révérences. Le roy ayant dit qu’on apportast une chaire, se mit dans la sienne, qui estoit adossée contre la muraille vis-à-vis la porte. La chaire du légat fut mise vis-à-vis celle du roy, en sorte qu’elle n’estoit ny à droite ny à gauche. Après un quart d’heure de convensation, tous deux couverts, ils se levèrent, et le légat se retira en reculant, faisant de grandes révérences. Le roy le conduisit à la porte, et là, la prenant par le bras, de la main droite, il passa le premier dans l’antichambre un pas et demeura ferme jusques à ce que le légat se fust retiré. Voilà les circonstances qui me furent dites par M. le duc de Chaulnes et confirmées par d’autres.
Le légal disna chez M*“ de Montausier, et .sortit sur les cinq heures sans aucune cérémonie dans un carrosse à six chevaux, avec tm habit 'brun et sans calotte rouge, ainsy qu’il estoit venu; mais il avoil pris son habit de cardinal pour saluer le roy. 11 alla coucher à la Maison- Rouge pour aller le lendemain au bois de Vincennes.
Le vendredy 4 juillet*, M. Catinat rapporta im appel d’une récusation du subdélégué de Mantes et du procureur du roy par le nommé Dureau. Le juge demeura récusé pour s’estre taxé des frais des procédures du procès criminel et les avoir fait payer à Dureau. Le procureur du roy ne le fut pas, bien qu’il paru.st fort animé, pareequ’il est partie publique et la seule qui poursuivoil. Cette affaire consomma toute la matinée.
M. le chancelier ayant remis la chambre à lundy, je pris aussytost la résolution d’aller à Amboille, et ayant dit à M. Foucault que j'allois luy faire une confidence, il répliqua : «Elle ne sera donc pas grande; car. Dieu mercy, vous ne m’en faites point. • Je ne luy répliquai rien sur cela, et luy (^s mon voyage. Je partis à deux heures et
dédiée la fameuse GuirIom£c 7o/iV. Elle ' Cf. le Journal de Foucault, t. 111. ^ mourut en 1671, et son oraison funèbre f" aà5 v’, sqq. Plusieurs autres rapports fut prononcée par Fléchier. remplirent cette séance.
D'OLIVIEB I.EFÈVRE DüRMESSON.
dem)'e sur mon bidet, et un laquais sur un cheval de M. Barillon; et Juillu iMv j’arrivai à neuf heures à Amhoille, où je trouvai ma femme, mon • fils et Doublet. La surprise et la joye furent grandes. J’y passai le samcdy, et ma femme s’estant mise au lit pour une fièvre, elle ne put venir en l’abbaye du Jard', où je fus le dimanche matin avec mon fils, et fus fort satisfait de mes enfans, et déclarai au père supérieur ma résolution de retirer le cadet.
Après le disner, e.stant partis, mon fils pour AmboUle el moy pour Fontainebleau, je souffris une très grande chaleur, et, me trouvant bien avant dans la forest, vint im grand orage avec tonnerre, pluye et grêle. Pour me mettre à couvert, je me Jetai dans un petit cabaret couvert de feuillée où des soldats buvoient. Je leur fis tirer du vin et demeurai jusques à ce que l’orage fust passé, sans estre mouillé, et ainsy j’arrivai heureusement à Fontainebleau et vis aussytost Bouchcrat, Besnard, Brillac, Catinat et Regnard, qui estoient • ensemble.
Le soir, M"* Fouquet m'apporta une requeste de M. Fouquet. qui demandoit i communiquer avec son conseil en la manière accoustuniée, sur ce que, par ordre du roy, il estoit réduit à deux matinées la semaine, le mardy et le vendredy, en présence de M. d’Artagnan.
J'en donnai avis à M. Foucault, qui vint avec M. Cbamiilart, et laissai la requeste i M. Foucault, qui l’emporta.
Le lundy 7 juillet, M. Foucault me rappdrta la requeste; et, luy ayant dit qu’il falloit ordonner le soit monstré, il me dit qu’elle prendroit un autre tour; que M. le chancelier prendrait la parole et diroit qu’il la faut renvoyer au roy, et que je le laissasse faire. Je fus surpris de cette belle instruction et ne répliquai rien.
Le matin, à la chambre de justice, je parlai de cette requeste’.
M. le chancelier me dit de la lire; ce que je fis. Elle est longue et bien faite. Après U me dit que, puisqu’il estoit question d’un ordre du roy, il ne croyoit pas que la chambre voulust opiner, et qu’il falloit
' LieU’Uieu en Jard, abbaye de Pré- * Voy.Journal<UFoueaaU,l.lX,î'‘7k’j monlréA. pré# de Melun. v* et 348, et t. III, f” a47*95o. ’
JOURNAI,
Juillii iSiii. <[uc MM. Itis rapporltïur.s portassent la reqiieste an roy pour sçavoir .scs intentions. Je Itiy flis que j’avois cru que l’on pouvoit communiquer la requeste au procureur général, qui ne manqueroit pas de la porter au roy et rapporleroit A la chambre ses intentions. Il me répliqua qu’il estoit mieux que les rapporteurs y allassent, et que le roy le liésiroit ainsy. M. de Nesmond .ayant dit qu'il le falloit faire, puisque le roy le votiloit, M. le chancelier dit qu’il estoit du devoir de la chambre de rendre ce respect au roy; et la chose demeura ain.sy, sans qu'aucun paiia.st.
.Après, on continua le procès de Relier.
la levée de la chambre, je fus avec M. île Sainte-Hélène trouver M. le chancelier, pour le prier de nous faire sçavoir l’heure que le iiiy auroit agréable que nous l’allassions trouver. Il dit que nous pouvions y aller, et qu'il avoit dit au roy que nous luy porterions la , requeste. Je luy répliquai que je croyois qu'il estoit mieux ipie le roy en fu.st averty, et que, s'il l'avoit agréable, nous verrions M. I,c Tellier pour cela. Il me dit : ■ Non; je vais y envoyer Foucault. • Ft, en effet, il luy donna ordre d’aller dire au roy la résolution de la chambre et à quelle heure il désiroit ipie nous fussions le trouver. Je remarquai qu’il aima mieux envoyer Foucault que nous nous adressassions à M. Le Tellier, de peur de se mespreudre.
A midy, M. Foucault m'ayant dit que le roy avoit donné flicure de trois heures, je m'y reftdis avec M. de Sainte-Hélène. Le roy nous ayant fait entrer dans .son cabinet, où esloient MM. Le Tellier et de l.yonne, il quitta M. Le Tellier et s'avança vers nous. Après l'avoir salué fort bas, je luy dis ces propres mots : «Sire, la chambre de justice, ayant ce matin entendu la lecture d’une requeste de M. Fouqiiet, par laquelle il demande qu’il luy soit permis de continuer à conférer avec le conseil à luy donné, ainsy qu’il a accou.stiimé, et ayant vu qu'il parloit d’un ordre du roy, la chambre avoit cru qu’il estoit de son devoir de renvoyer la requeste à sa majesté, et nous avoit ordonné de la remettre entre les mains de sa majesté pour recevoir ses intentions et en faire rapport .A la chambre. • En mesme
temps, ayant picscnté la rcrpicste au roy, il la prit cl nous dil qu’il juUtd iw,4. la trouvoit longue; qu’il sc la fcroit lire cl qu’il nous fcroil sçavoir ses intoDlions le lendemain, à pareille heure. Sur quoy, nous nous retirasmcs avec de grandes révérences.
Je fus visiler MM. Poncel, Fayel el du Verdier, que je n’avois point vus chez eux. M. de Massenau me vint voir ensuite, el me parut fort irrité de celte conduite par ordre du roy. M. Foucault vint ensuite, que je fis entrer avec M. do Massenau pour mon.slrer qu’il n’y * avoil point de lines.se. Après, luy ayant dit ce qui s’estoil pas.sé, il me <lit qu’à un quart d’heure près les choses n’aujoient pas esté de la sorte, et que le roy auroit sur le champ fait lire la requeste et auroit fait la rcspon.se. Il me demanda ensuite si M'” Fouquet n’estoil pas venue sçavoir ce qtt’clle avoit à faire, et sc reprit : sçavoir ce (jui s’estoit fait. Je ne voulus pas relever cette .sottise, et je me conlenlai de luy respondre que je luy avois dit ce que la chaïuhre avoit ordonné.
Après, m’ayant parlé des procès-verbaux et de la requeste de M. Chamillart, il me parut n’en estre pas cohlent; et, l'ayant pressé de s’ ex- , pliquer, il me dit : « Entre nous deux, nous nous cntentlons d’un clin d'ceil. •
Je fus le soir à la promenade avec M. Le Tellier dans sou carrosse el M. l’abbé Rocquette, et nous fismes un tour du canal, où toute la cour estoit, hors le roy, qui estoit au bain. Je crois qu’il prit cette route et voulut un tiers pour monstrer qu’ü ne se cachoit pas de sc promener avec nioy. Il ne fut rien dil de sérieux. Au retour, ayant mis pied à terre dans le parterre, il me dit avoir lu la requeste; que nous aurions response, sans dire quelle: mais il me parut (|u’elle seroit favorable. Il me demanda mes sentimens; je luy dis que je croyois qu’un conseil ne devoit pas estre perpétuel; qu’eu l’occasion présente , deux fois la semaine n’estoit pas assez el qu’il falloit un tempérament; qu’il estoit inutile, s’il n’estoit libre. Il approuva mon sentiment et me dit quel estoit ce tempérament, et qu’il croyoit qu’il lalloit limiter le conseil à un certain temps, après lequel il seroit enlièremcnl retranché. J'ajoutai : li te procureur général ne prodaisoit rien
JOURNAL
JoMli-i iwü. de noumiu; car alors il faudrait an conseil pour respondre. Il me dit que le lendemain, le soir, il falloit que nous nous vissions; qu'il ne falloit pas que je fisse rien contre ma conscience; mais aussy qu’il falloit me conduire de sorte que je ne me gastasse pas.
Le mardy â juillet', le matin à la chambre, où je fis le rapport, en un mot, comme j'avois mis la rcqueste de M. bouquet entre les mains du rov, et que sa majesté nous avoit ordonné de retourner le lendemain à pareille heure pour entendre ses intentions.
Cette matinée, on continua la visite du procès de Belier. k midy, M. Foucault vint disner avec nous.
A trois heures, je fus avec M. de Sainte-Hélène au cha.stcau. Nous trouvasmes le roy dans son cabinet avec MM. Colbert et de Lyonne. et, s'estant avancé près de la fenestre, il nous dit ces inesmes paroles, autant que j’ay pu m’en souvenir : « Lorsque je trouvai bon que Fouquet eust un conseil libre, j’ay cru que son procès dureroit peu de temps; mais il y a plus de deux ans qu'il est commencé et je souhaite , extresmement qu’il finisse. 11 ^va de ma réputation. Ce n’est pas que ce soit une alfaire de grande conséquence; au contraire, je la considère comme une alfaire de rien; mais dans les pays estrangers , où j’ay intérest que ma pui.ssance soit bien establie, l'on croiroit qu’elle ne seroit pas grande, si je ne pouvois venir à bout de faire terminer une affaire de cette qualité contre un misérable. Je ne veux néantmoins que la justice; mais je souhaite voir la fin de cette affaire, de quelque manière que ce soit. Quand la chambre a cessé d’entrer et qu’il a fallu transférer M. Fouquetà Moret, j’ai dit à d’Artagnan de ne plus luy laisser parler les avocats, pareeque je ne voulois pas qu’il fust averti du jour de son despart. Depuis qu’il a esté à Moret, je luy ay dit de ne les laisser communiquer avec luy que deux fois la semaine et en sa présence, pareeque je ne veux pas que ce conseil soit éternel, et j’ay sçu que les avocats avoient excédé leur fonction, avoient porté et reporté des paquets et tenu un autre conseil au dehors, quoyqu’ils
’ Cf. le/oamat de Fotteaalt, t IX, f' a4é. et t. lit, f* a&o.
ïrlFîhtni/
s’en deffendcnt fort; et puis dans ce projet', par lerpiel il vouloit jmllci lOiis. bouleverser l’Estat , il doit faire enlevei' le procès et le*rapporteurs.
C’est ce qui ni’a fait donner cet ordre, et je crois que la clianibre y ajoutera. Je m’en remets néantmoiiis^ ce qu’elle fera sur la requeste de M. Fouquet et si elle voudra y mettre quelqu’un de sa pai't. Je ne veux iiéaiitinoins que la justice; et, sur tout cela, je prends garde à tout ce que je voua dis; car, quand il est question de la vie d’un homme, je ne veux pas dire une parole de trop. La chambre, donc, ordonnera ce qu’elle trouvera è propos. J’aurois pu vous dire mes intentions dès hver; mais j’ay voulu voir la requeste, et je me la suis fait lire avec * application; on est bien ayse de sçavoir ce qu’on a à dire. Je vous ay dit mes intentions, et je vous rends la reque.ste, afin que la rhambre y délibère. •
Après ce discours, le roy m’ayant donne la requeste, je luy dis que nous ferions rapport à la chambre de ce qu’il avoit plu i sa maje.sté de nous dire, et nous nous retirasmes.
Je ne veux pas omettre une circonstance qui me panit fort belle au roy ; c’est qu’estant demeuré tout court au milieu de son discours, il demeura quelque temps à songer pour se reprendre, et nous dit : • J’ay perdu ce que je voulois dire. • Et songea encore asseï de temps, et ne retrouvant point ce qu’il avoit médité, il nous dit : •
« Cela est iàschcux, quand cela arrive; car, en ces affaires, il est bon de ne rien dire que ce qu’on a pensé. ■
Le soir, je fus chez M. Le Tellier, qui sçavoit ce que le roy nous avoit dit; et, discutant l’affaire au fond, je luy dis que la seule difficulté n’estoit que pour le conseil libre, et néantmoins que, si l’arrest n’avoit esté donné, il scroit donné en présence, suivant tous les exemples des autres procès; et il me conseilla de ne jamais rien faire contre mon honneiu: et ma conscience aux choses principales; mais qu’aux indifférentes il falloit estre facile et sçavoir se conduire.
Le ii;ercredy 9 juillet, le malin , avant la chambre , M. le chancelier estant dans sa chambre , j’ouys qu’il discutoit fort avec les procureurs ' Le projet trouvé à Seint-Mandé.
JOUINAL
Ji.ill.1 i6M. généraux ^ le gicflîcr les récusations de MM. Pussort cl Voisin. Je ü.s ensuite àHü chambre' le rapport de ce <|ue le ro^' nous avoit fait riiunnciir de nous dire, fort cxa(;fenienl. J’en retranchai seideiiieni deux petits mots qui me paroiÿ.oicnt trop durs et inutiles, et chacun tesmoigna im estre satisfait. Ensuite j'ojtinai à mettre sur la requestc le soit monstre; ce qui fut ordonné.
Ce jour, j’ajjpris tpie M“*' de Navailles avoit reçu ordre de se retirer; que la reyne mère avoit fait tout ce qu’elle avoit pu; que le roy avoit dit de M. de Navailles tout le bien qu’on peut dire, mais avoit conclu : > Je ne le puis souffrir. > (>n donne de la charge de dame d'honneur de la reyne cent cinquante raille livres, de colle de lieu- ’ tenant des chevaux-légers quatre cent cinquante [mille], cl du gouvernement du Havre trois cent mille livTcs. M. de Navailles est plaint de toute la cour; .sa femme est très vertueuse; mais elle pas.se pour trop altière.
Le jeudy lo juillet*, dans la chambre, M. Chamillarl estant mandé, dit que, sur la requeste de M. Fouquet, il avoit esté mandé de la (>art du roy; reprit tout ce que le roy luy avoit dit, (pii estoit pres<{ue la mesme chose que ce qui est cy-dessus, sinon que le roy luy avoit dit qu’il ne demandoit que justice h la chambre, et néantmoius ne • l'avoit encore pu obtenir; ce qui donna peine à Messieurs; et apres, pariant sur la requeste, il s’estendit sur le droit romain pour le conseil aux accusés, mais qu’on ne le donnoit point ny en crime d'Eslat ny de larcin des deniers publics. Il pas.sa aux exemples de nos jours, aiu procès du chancelier Poyet*, de M. de Chenailles*, de liunnesson au grand conseil, cl conclut à ce qu’il fust permis à M. Fouquet de
' Cf. le Journal dt Foumuit, I. IX.
f*' aÂ8-'i5o.
' /rf. liirf. f"* a5o-a6o.
' Guillaume Po^ct, chancelier de France 50u.v François I". de i.s38 à i5&i, auteur de la célébré ordonnance de Villers-Cotlerels, fut accuse d'abus et malversations, arrête le a août tbài. mis en ju-
gement en 1 54a, et condamné par sentence du xS avril i545. Il fut dégrade de son ollice, puni d'une amende de cent mille livres et d'un emprisonnement de cinq ans. Il mourut en 1 548.
* V'oy. plus haut, sur le procès de M. de Clienatlles. p. i4, note i.
D'OLIVIER LEFÈVRE DORMESSON.
communiquer avec son conseil le manly et le vendredy au matin, et juilki itiss en présence de M. d'Artagnan et du greffier de la chambre.
S’estant retiré, je lus la requeste, et après je dis que cette délibération estoit grande dans le fond, mais encore plus considérable dans la forme et ses circonstances. Ayant (Ht que le roy, ayant renvoyé cette requeste, faisoit connoistre qu’il préféroil les règles de la justice à ses ordres (ju’il soumettoit à ceux de la chambre, et .ayant déclaré qu’il ne vouloit que Injustice, j'.ijoulai que M. Fouquet avoil pour luy l’arrest, l’exécution et la faveur des accusés; qu’il avoit contre luy l’ordonnance, l’usage du parlement et les exemples. Sur quoy m’estant estendu, je fus d'avis de .suivre l’ordre du roy pour le temps, y ajoulimt que, le lendemain de chaque signification, il anroit un jour de conseil, et que ce fust en présence de M. d’Art.ignan seulement et non du greffier.
MM. de Sainte-Hélène et Gixaucour prirent le mesme avis. M. Picssort dit que la justice du roy estoit .si connue, qu’il ne falloil point faire d’antithèses entre ses ordres et sa justice, pareeque ce n’estoil que la mesme chose, et (pie pas un de ses sujets n'en devoit douter, *
si ce n’estoil par queh|ue intére.sl particulier, et continua ainsy avec un emportement fort grand, et néantmoins fut de mon avis. Ferriol,
Nogués et Hérault, de mesme. Roerjuesante lut d’avis que l’arresl n'estoit pas une loy ; mais qu’il falloit donner le conseil tous les jours, en présence du sieur d’Artaguau. M. de la Toison, de mander les avocats et leur faire dellenses et exécuter l’arrcst; La Daulme, de mou avis; du Verdier, exécuter l’arrest; Massenau, faire des remon.strances au roy. . ■ •
Sur quoy, M. le chancelier l’a interrompu et luy a dit qu'il ne falloit point de remonstrances, puisque le roy trouvoit bon (|ue la chambre ordonnast ce qu’elle jugeroit h propos, et mesme n’avoit pas désiré qu’on luy portast les avis. Ainsy .M. Massenau quitta son .scnliineut et prit celuy de M. de la Toison.
M. Catinat s'estendit qu’il n’y avoit pas de cause de changer, puisque le conseil n’avoit point fait de faute; qu’il e.stoit néce.ssaire ,
178 JOURNAL
Juiliti i«64. parceqti'il avoil donné des avis utiles; par exemple, on avoit cni que l'affaire des six millions estoit un grand crime, et cependant qu’elle osloit esclaircie. Sur cela M. le chancelier l'interrompit, disant que cela n’estoit pas de l'avis; il s’expliqua et conclut à l’avis de M. de la Toi.son.
M. Poncel fut d’avis de continuer le conseil tous les jours en présence de M. d'Artagnan. M. Le Féron, de mon avis; M. de Moussv, conseil libre; M. Fayel, de mon avis. M. do Brillac dit qu'avant l’ordonnance de 1Ô39' l’on deffendoit par avocat; depuis ce fut par la bouche, et le conseil donné seulement après l'instmction; mais que ce conseil n’estoil point libre, mais toiisjoiu-s en présence; fut de l’avis de M. Poucet. M. Regnard fut de l’avis des remonstrances cl l’arrcst exécuté. M. Besnard, d'avis du conseil eu présence, mais bien entendu que M. d’Artagnan n’entreroit pas en tiers et se liendroit escarlé. [11] fut répliqué par M. Pussort qu’il seroit inutile de celte sorte.
M. Voisin dit d’abord que la chambre n’avoit esté eslahlie que * pour M. Fouquet, et que cependant on pouvoil dire qu’elle n’avoit encore rien fait; que ce conseil avoit csloigné [le jugement] et fait des abus; (pie le roy sçavoil que M. Fouquet estoit un homme d’intrigues; qu’il connoissoit son génie; que le temps présent luy estoit bon à cause des rentes; s'eslendit sur les six millions, disant qu’il estoit certain (pic ç’avoit esté une mauvai.se consommation, et enlin opina avec un tel emportement (pie M. le chancelier en avoil de la peine. Il fut d’avis du conseil en présence; M. de Pontcharlrain, idem.
. M. de Nesmond s'eslendit fort pour motislrer qu’il n’y avoit aucun
relardcmcnt de la part des juges, et fut de mon avis. M. le chancelier, après avoir expliqué que l'ordre du roy valoit une requeste civile contre l’airest de la chambre; qu’il ne failoil pas s’inquiéter si cel avis accourciroit les affaires, et qu’il valoit mieux suivre Ic.s sentimens du roy, fut de mon avis, auquel il passa de dix-sept.
‘ Il s’agit (te t’oirdonnsnce de Villers* aceuKi ne |îOiirrait être eondaronii sans Ci>llerets, (jui déclara, en effet, qu'aucun avoir été entendu pcrsonneUemeiU.
Ce jour, l'on m'a dit que M. de Chaulnc» avoit la charge de M. de jinMet i6Ki. Navailles de lieutenant des clievaux-légers, moyennant quatre cent cintjuante mille livres. .
Le .soir, je fus à la promenade avec M. Le Tellier dan.s le.s jardins, et seid. Noii.s discounisme.s fort do ce qui s’esloit passé le matin, avec de belles moralités sur les emporleniens cl les imprudences. Il me tesmoigna qu'on avoit esté satisfait de moy.
Foucault m’a dit aussy que le roy m’avoil obligation de cet arrest; mais je rejetai cela comme une badinerie.
Le vendredy [i i juillet*], l’arrest fut lu i la chambre et signé, et encore un autre de forclusion. Après, on continua le procès de Relier, receveur d’Alençon.
Le samedy la juillet*, je rapportai une requeste do M. Fouquet, qui se plaignoit de l’arrest de forclusion, attendu qu’il n’avoit pu communiquer avec .son conseil, et je lus les responses qu’il avoit faites aux significations de ces deux arrests, où il avoit relevé tout ce qu’il pouvoit dire. Je fus d’avis de luy donner un nouveau délai de trois jours, et il passa d’une voix.
Après, je commençai la lecture de la requeste de M. Chainillart sur les procès-verbaux, après avoir dit que je la croyois inutile, si l’on,. ne voyoit les procès-verbaux auparavant. La matinée se passa à celte lecture.
Après le disner, M. de Cbaulnes me vint dire comme le ray l'avoit nommé le plus obligeamment du monde pour la charge de lieutenant des chevaux-légcrs, moyennant cinq cent cinquante-quatre mille livres. Il me dit que le gouvernement du Havre serait pour M. de Saint-Aignan jKJur trois cent quarante-six mille livres, et que la charge de dame d'honneur de la reyne estoit pour M” de Monlausier, sans . • aucune rescompense.
Le soir, un tira un feu d'artifice dans la cour du Cheval blanc.
Le dimanche i3 juillet, je fus le matin chez le roy et chez la
' Cf- U Journal de Foucault, t. IX, f' 360.
* /rf. f" a6o »*, »qq.
' If 'i
ISO JOURNAI,
j.iillri leyne inùrc faire ma cour, sans qu’il s’y passas! rien de remarquable.
M. I.e Tellier me pria, à la vue de plusieurs personnes de la cour, à disner avec luy, où je fu^avec M. l’abbé de Monlaigu: il n'y fut rien dit de ronsidéralde.
Le soir, passant par occasion chez Foucault, il me dit que la lecture de la rcqueste de M. le procureur général avoit esté inutile et avoit cbagrine toute la chambre ; que c’estoit à moy à donner l’ordre <le ce qui csloil à voir et à me rendre inaistre de la conduite de ce procès. Je luy dis que je n’avois point tic volonté sur cela et que je ne voulois agir que passivement; car c’csloit à M. le procureur général à conduire. Il me marqua n'estre pas fort .satisfait de M. Chamillart, et que j’entendois, sans qu’il parlast, ce qu’il pensoit. Je luy répliquai que je ferois tout ce qu’on voudroit dans la manière du rapport; mais que je n’y voulois rien du mien.
Le lundy i4 juillet, M. Pussorl s'estant trouvé incommodé d’une colique néphrétique, je ne pus parler du procès de M. Fouquet, ayant porté les procès-verlraux.
Le soir, j’appris de M. Bouchcrat que M. Voisin estoit parti en diligence pour Paris, à cause que M. le Prince se porloit mieux et que l’entrée du légat seroit le vendredy.
Le mardy 1 5 juillet, je fus chez Foucault luy pi-oposcr que l'on pouvoit profiler de l’absence de M. Voisin et aller à Paris. Il l'alla demander à M. Collier! , et obtint congé pour toute la chambre jusques au dimanche. M. le chancelier, ayant dit cette bonne nouvelle à Me.ssicurs à l'entrée de la chambre, il ne fut jamais plus gay et passa imc heure i rire; et chacun se retira.
•Après le disner, MM. Besnard , Brillac et moy prismes un basleau • A Valvins ' pour aller A Paris par eau, et estant partis A deux heures,
nous ne pusmes arriver qn’A Corbeil A nuit fermée, et le lendemain A huit heures A Paris.
Le mcrcrcdy 1 6 juillet» disner chez M. de Fourcy. Après le disner»
* Pelil village »ur la Seine. prè-A de Fontainebleau: encore aujourd'hui le port
de celle viÜe.
chez M* de Nogent. fpi avoit esté altaquéc d'une apoplexie, et pa- Joiii roissoit fort changée. Elle me parla de testament'.
Je sçus que l'on se plaignoit fort de nostre arrest du changement du conseil libre, et que l’on crojoil que l'air de Fontainebleau donnoit d’autres sentimens que celuy <le Paris. Je sçus ([ue M. Colbert, parlant de la récusation de M. Pussort, disoit que j’en voulois i l’honneur de sa famille, et tesmoignoit beaucoup de chaleur pour cette alTairc, sur quelque faux rapport; car je n’en avois point parlé.
Le jeudy 17 juillet, disner avec mon père à Ormesson. L’entrée estoit remise au lundy à cause de l'indisposition de VI. le Prince, qui continuoit.
Le vendredy 18 juillet, le matin, chez M. de Sainte-Hélène et aux Minimes; l’apre.sdisnée, à Amboille avec M. l,e Pelletier, où nous discourusmes de belles maximes pour ma conduite dans l’estât où je me trouve.
Le samedy 19 juillet, levcnant d'.Vmboille, je vis M. le légat à la promenade dans le carrosse du roy. Il est fort noir de poil, le teint blanc et de bonne mine.
.Arrivant, j’appris de M. de Brillac que M. Chamillart avoit dit à M. de Nesmond, de la part de M. Colbert, qu'il falloit entrer lundy è la chambre.
Le dimanche au juillet, MM. Besnard, de Brillac et moy nous partismes de Paris et vinsmes coucher à Essonne, où arriva M. le grand prévost*, qui venoit de Fontainebleau pour se rendre auprès du légat pour la cérémonie de l’entrée, scs gardes devant estre dans le chœur de Nostre-Dame. 11 nous confirma que, le mercredy 16 juillet. Madame estoit accouchée d'un fils, avec une extre.smc joye de toute la cour; qu'il avoit le nom de duc de Valois’, et que le roy avoit
* Il sera question plus lom de ce (es- Umeut- (Voy. le Joumaf «i'ÛfjVier rf’Ormtison à U <Ule du 5 janvier i66B.)
* Le grand prévôt olail le marquis de Sourches, dont U a été question dans la
première partie du Jowmal £ Olivier d’Ormetton. (Voy. p, i3a. a3lj.etc.)
* Philippe -Charles d'Orléans, duc de Valois, mort peu de temps après sa naUsanec.
JOURNAL
Jiulirt >K6i. donné à Monsieur cinquante mille escus pour la despense de sa maison.
Le lundy a l juillet, nous arrivasnic.s le matin avant huit heures à Fontainebleau. Nous fusmes à la chambre, où l’on ne fit rien, manque d'adaire-s; et beaucoup de Messieurs estoicnt encore abscns. Je fus bien ayse d’e.slre revenu, alin qu’on ne nous impiitast aucun retardement.
Je sçus que M. Pns.sort, vendredy dernier, avoit presté le serment de conseiller d’Kslal ordinaire et avoit pris sa place au conseil.
L’on parle que le séjour ne sera pas icy fort long, et que l'on retournera A Paris svtosl que Madame pourra eslre transportée; que liesmot a ordre do ne rien changer aux logcmens des prisonniers transférés à Moret. L’on dit que l’on fera tenir le grand conseil à f Arserial; que l’on fera un garde des sceaux, si M. le chancelier estoit trop incommodé , et l’on nomme M. Pussort. Voilà les discoui-s de ce jour, auxquels il y a peu d’apparence.
Le mardy a a juillet, M"“ Fouquet, avec MM. Auzanel et Lhostc, m’apportèrent deux requestes, fune pour faire venir M. Le Bossu, l'autre pour expliquer la présence de M. d'Artagnan, qui veut tout voir et tout entendre, et oste toute liberté.
Ce jour, la nouvelle fut débitée de la prise du fort du comte de Serin ' par assaut, et que tout avoit esté passé au lil de l’espée. L’on disoit que les François avoient esté accueillis par l’empereur fort gravement, dont ils estoient mal .satisfaits.
Le. mciTredy a3 juillet, le matin, à la ebainbre, où l’on me pria de nu point parler de ces deux requestes et de les remettre à liiudy, dont je demeurai d'accord. Cette matinée, il ne se fil que petites alTaires®.
Ce jour, M. Poncet partit pour aller à Paris cntendi'e un nommé Philippe Lehardy, accusé de faux sceaux, qu’on dit avoir parlé contre M. Fouquet.
‘ Nicoll» Zriiijf ou Zrini «*«1 fait ton». ' On trouve dans le Jmmal ilt Foucault traire sur la Muer la furtereMe de Zrine. (t. lU, f** aàS-aàg) Ica ilélaüa reUtifa à ce»
war, qui fui prise par les Turcs. petites affaires.
L’on dit qu'il y avoit difficulté sur la cérémonie du coniplinicnl de juiiUi i6h^. Messieurs du parlement avec le légat; ce dernier, sur un certificat de M. le cardinal Barlierin, prétendant qu’il devoit demeurer assis et couvert lorsque Messieurs du parlement le liarangueroieni; le parlement, au contraire, qu’il devoit se lever, avancer trois pas et entendre la liarangue debout et nue teste. Le fait de ce qui s’estoit * pratiqué lors de la légation de M. le cardinal Barbcrin estoit asse’i dilférent sur les registres. Le roy s’est arresté à celui de M. de Saint- Cbaumont, qui estoit lors de sa part auprès du légal, comme est M. de Montau-sier à l’esgard de celuy-cy. Ce registre porte que le légat reçut le parlement debout et nue leste, et, apres le premier mot de barangue, s’assit et [se couvrit]*; cl, lorsqu’il respondil, .se leva, ilil les premières paroles debout et s’assit. Le légal, estant demeuré ferine à vouloir que le certificat de M. le cardinal Barbcrin fust suivi, il a pris le parti de ne point faire d'entrée, joint la maladie de M. le l’rinre, qui continue. Il est vray qu’il [M. le Prince] a offert de se faire porter en chaire.
Le jeudy 24 juillet*, le malin, à la chambre. J’y rapportai une '
requeste de M”' Fouquet pour la terre d’ Anvers en Anjou, cl fut mis le soit monsirê. L’on rapporta une opposition de Desbordes* é la vente de .sa maison*; il disoil ne devoir que peu, et que le roy e.stoU plus que payé par le fonds de ses renies et du fonds qu'il avoit auv gabelles. et deinandoit la compensation. M. Ferriol, rapporteur, opina à le débouler. M. de Massenau fut d'avis que le roy prisl tout le bien de ces gens-là .sans procédure et leur laissas! quatre ou cinq mille livres de rente. M. de Gizaucour dit qu’il leur falloit faire ju.stice comme aux autres, et dit qu’il [Desbordes] estoit mal fondé. M. Pus-
' Dons le luanubcrits il j a s'assit et, avec un blanc. Il me semble évident qu'il faut ajouter 1rs mots se cwvrii, indiqués par le sens généitil de In phrase.
* Gf. le Joarnal de Foueaelt, I. III , i* aôo. 11 ne parle pas du rapport d’Oliv.
d'Orraesson »ur la requête de M'*' Fouquet.
* Charles Grujrn Desbiutles. secn*!aire du roi.
* Maison située dans Hle Noti^l>amr et saisie sur IVayléve. {Journal de Foucault, I. ill, f‘ 261 V*,)
JOURNAL
tr-
fl.
Jiulifi .‘>ort opina avec fureur qu’il ne falloil pas escoiiler ces sortes de gens- ^ là, <{ui esloient assez inipiidens de dire qu'ils avoient avancé aux gabelles treize cent mille livres depuis la chambre de justice; qu'il ne falloit plus parler de compensation; que la chambre n’en faisoit point; que tout ce que ces gens-là prélendoient leur estre dû par le roy,
* c'estoit toute volerie que le roy devoit reprendre, et qu’en vérité il * y'avoit de la pudeur de les escouter, et qu’il falloit le débouter. En
un mot, il opina sur des maximes à la turque. Personne ne voulut contester, sinon M. Besnard, qui opina fortement pour monstrer que la compensation qu'il [Desbordes] demandoit estoit juste. M. le chancelier fut d’avis de débouter avec despens pourmarqiicr son zèle, quoiqu’il n’y eu cschut point, n’y ayant que deux requestes respectives sans ptx)cédure.
Le vendredy a5 juillet, feste de S’-Jacques, j’appris que M. le chancelier avoit esté saigné pour quelques douleurs de colique. La nouvelle qu’il n’y aiiroit point d’entrée du légat fut conlirmée.
Le soir, je fus promener avec M. Le Tellier et MM. de Dosons,
* abbé Le Camus et chevalier de la Hilliére. M. Le Pelletier vint le soir
et m’apporta lettres de l’indisposition de mon père d’tm flux d’urine avec sable et sang, et qu’il avoit esté saigné. Ce mal me donne de l’inquiétude.
Le samedy aC juillet, je fus consulter M. Guénaud sur la maladie de mon père, M. Valot estant allé à Paris.
Je fus chez le roy et ensuite chez la reyne mère, où l’on confirma qu’il n’y auroit point entrée à Paris, sur la difliculté de la cérémonie entre le parlement et M. le légal.
Après le disner, M. Le P. (Pelletier) me dit qu’il ne falloit ', etc.
et qu’il me disoit ce mot avec peine, mais qu’il me devoit le dire.
Je luy répliquai que je n’estois point prévenu, et qu’il falloit voir auparavant ce*qui scroil allégué , et faire justice selon les règles.
' Le mol a été effacé dans le manu«> indii{uait un de ce» avis domtéa â Olivier
crit avec laiU de soin, e»l impossible d'Ormessonpaurqu'üsctintsursesgarde».
d'en rien dcchiflnr. Il est probable qu'il comme nous l'avons vu antérieurement.
Le dimanche juillet, le matin, dire adieu à M. I-e Telller, qui j,„iin lUa,. alloità Paris pour l’acte de M. l’abbé, son fiLs. Je trouvai M. d’jVrtagn.in dans la cour, qui me dit la manière de sa présence dans les conférences de M. Fouquet avec scs avocats; qu’il luy avoit dit qu’il garderoit le secret de tout ce qui regarderoit son affaire; mais [que], s’il parloit d’autres affaires, il en avertiroit le roy; que M. Fouquet luy marquoit avoir toute confiance, car il disoit tout sans réserve, et qu’il luy tiendroit parole, et qu’un royaume ne le tenteroil pas d’y manquer.
Je disnai chei M. le chancelier, qui me parla fort contre la rcqueste de M. Fouquet sur l’absence de M. Le Bossu. .Vprès le disner, je vis mon fils venu de Paris, qui m’a.ssura de la meilleure santé de mon père.
Le lundy a8 juillet', je rapportai deux requestes de M. Fouquet; l’une pour régler la manière de la présence de M. d’Artagnan, en sorte qu’il pust dire son secret avec confiance à ses avocats, alléguant plusieurs inconvéniens fort exactement expliqués par la requeste.
Je fus d’avis de metire le soit monstre. M. Pussort dit qu’on pouvoit rebuter la requeste, attendu l’arrest rendu; et néantmoins les autres furent d’avis de communiquer, et la requeste respoudue aussylosl et envoyée au parquet.
La seconde, concernant l’absence de M. Le Bossu, ayant esté lue,
M. le chancelier prit la parole, dit que cette requeste n’estoit pas recevahlc, estant inouy qu’un accusé pu.st demander un juge; que M. Fouquet ne reconnoissoit point la chambre et qu’il ne falloit pas escouter cette rcqueste. Je luy dis ensuite que cette affaire estoit toute de la discipline de la chambre, parcequ’il y avoit une déclaration vérifiée qui régloit cette difficulté, et que la règle vouloit que M. Le Bossu vinst dire à la chambre les causes de son absence; que peut-estre M. le procureur général en avoit connoissance, et que je croyois qu’il luy falloit communiquer la requeste. M. de Saintc-Hé-
’ Cf. Journal de JoucanU, l. IX, f' s64 v*. sqq.
IJ. iS
JOURNAL
Jiiillei i6r>^. lènc ayant opiné ensuite, fut d'avis de rejeter celte requeste, dit les incsines raisons que M. le chancelier. M. Pua.sort dit que M. Fouquet, ne reconnoissant point la chambre, ne pouvoit demander un juge sans alfcctatinn; que l'alTaire estoit engagée, et néantmoins fut d'avis de comniuuiquer; et toute la chambre suivit.
Après, la requeste concernant le conseil [île M. Fouquet] ayant esté rapportée avec des conclusions, je dis que, dans le dernier airest, on avoit suivi ru.sagc, qui estahlissoit la présence mais que ce luesme usage lai.ssoit les accusés conférer avec liberté; qu'au procès de M. de ^larillac^ on luy avoit donné deux avocats pour conseils. Mollet et Rouhier, en présence des gardes; mais qu’il conféroit avec eux librement, recevoit et escrivoit des billets; qu'au procès de M. de Chenailles^ les sieurs Auzanet et Lboste luy avoient esté donnés pour conseils en présence d'un greffier commis, et qu'ils avoient conféré librement; que le dernier arrest ordonnoit bien la présence; mais qu’il estoit question de régler la manière, et que je croyois que ce mot de présence ne devoit jvoinl estre entendu si exactement cpi’il ne restast quel(|ue liberté à l'accusé ; que je n'estois pas d'avis de changer l'arrest, mais seulement qu'il plust à M. le chancelier dire à M. d'Artagnan qu'il en usast de sorte qu'il laissast i l'accusé la liberté de parler quelquefois en secret avec son conseil.
M. de Sainte-Hélène dit que la question estoit jugée par l'arrest; que tous les inconvéniens avoient esté allégués, et fut d'avis de débouler. MM. Pussort, Gisaucour, Ferriol, Nogués, Hérault, Rocquesante et la Toison [furent du même avis*]. Du Verdier fut de mon avis; MM. de la Baume, de Massenau, Catinat, Poucet, Le Féron,
' Pour rintelligcnce Je cetlo phrase, ü faut sous entendre, après la présence, un membre de phrase comme celuî-ci : tfan 9<xrdjen chargé de tumeilUr les cwtférences de Vaccutc avec son conseil.
* Il a déjà été question plus haut du procès du maréchal de Marillac, qui fui dreapiléle lomai i63o. (Voj. p. 53,». a.)
* Voy. sur ce procès de (dienaillea, p. 1 4 . noie 1 .
* 11 y a ici une omission dans le ma> nuscril. 11 n indique pas de quel avis furent ces sept jugea; mais le réaullat prouve qu'ils furent de l'avis de M. de Sainte «Hélène. (Voy. aussi le Journal de Foucault, L tX. f** 366 367.)
— Digitize.—
Moussy, Fayet, de Brillac, presque de mon avis*; MM. Regnard el Jaiiict iSfi*.
Besnard en furent. M. Voisin, au contraire, et dit que la présence n’cstoit ordonnée qu’afin de sçavoir tout ce qui se passoit, et que M. d’Artagnan devoit tout dire.
M. de Nesmond releva fort cela, et dit qu’il [d’.Artagnan] estoit obligé au secret et qu’il en abuscroil s’il disoit une parole, pourvu qu’on ne parlast que de l’affaire; mais que l’usage du conseil estoit qu’il y falloit agir bonnestemcnt et non pas avec celte exactitude qu’un accusé ne pust pas dire une parole qui ne fust entendue, et que c’estoit son avis. M. le cbancelier, au contraire, el s’estendit fort. Ainsy il passa k débouter M. Fouquet de sa rcquestc, et que l’arrcst seroit exécuté.
Après, je fis le rapport de la procédure sur les procè.s-verbaux pour en commencer la lecture. .Après lequel M. Pussort me loua m
publiquement, et dit qu’il ne se pouvoit pas mieux rapporter.
Le mesine jour, lundy après midy, M. le légat arriva à Fontainebleau. Monsieur le fut recevoir dans le carrosse du roy, qui estoit celuy de la reyne lors de son entrée, accompagné de MM. les niareschaux de Villeroy et du Plessis, duc de Retz el autres seigneurs.
Il le rencontra & l’entrée de la forcsl , au-dessus du pavé. Les carrosses s’estant approchés, ib mirent pied à terre. Monsieur dit k M. le légat que le roy luy avoil commandé de luy venir rendre scs respects; et M. le légat salua Monsieur par deux fois fort bas; Monsieur un peu plus Cèrement; et, apres des cérémonies pour monter en carrosse, M. le légat monta le premier, se mit au fond à la droite, et Monsieur auprès de luy; M. de Villeroy et le comte d’Harcourt, au devant; le maréchal du Plessis et le duc de Retz, à une portière, et
MM. de Montausier et à l’autre. Je les vis entrer dans la
cour des Fontaines. Les gardes suisses estoient en bataillon dans la cour du Cheval blanc, et les gardes françoises dans l’autre cour. Je
' (t IX.r aC7r*) queTon pourroit expliquer rarre»! el fairr
explique ces oiols dCHîvier d’Onnesson entendre à M. d'Artognan d'apporter un
preufue de non avu : • M. de Drtllac a dit p«u de raciiilé à celte commanicalion. •
JOURNAL
J.iillri i6Kt. vis vingt-quatre pages des livrées du légat, à cheval, et trente-six valets de pied devant le carrosse du roy, suivi de plusieurs autres où estoicnt les gentilshommes et prélats de la suite du légat.
I^e légat fut conduit dans la chambre qui est par delà la petite chapelle, où on le laissa .seul. Ayant des.sein de le voir, je demeurai <|uelque temps dans la salle des Suisse.s, avec M. de Thon. Je vis force gens de la hvrée du légat; c’estoit un drap gris avec des galons or et veloutés* de rose sèche; elles sont plus riches qu’elles ne sont esclatantes : c’c.st la livrée de cam|iagne. M. le comte du Lude“ estant venu pour luy faire les complimens de la part du roy, je le suivis et j’entrai dans la chambre du légat. Ayant reçu M. du Lude fort civilement, on leur donna à chacun un siège pliant, M. le légat ayant la bonne place et le costé du lit; M. du Lude estoit vis-à-vis et tournoit le dos à la porte.
Ap rès quelque conversation, M. du l.ude s’estant levé, M. le légat sortit le premier de sa chambre, passa son antichambre et alla jusques à une autre pièce, où il demeura à la porte, et salua fort bas M. le comte du Lude. Je vis toute la mesme cérémonie avec M. de Brancas, <[ui luy fit les complimeus de la revue mère. M. le comte de Béthune’ y alla ensuite, de la part de la reyne.
Je vis des jeunes gentilshommes bien faits de la suite du légat : l’im s'appeloit Piccolomini, petit et d’un beau visage, neveu du légat. Le légat n’est pas grand, le visage beau, le teint noir, mais poli, les cheveux noirs et ayant assez bonne mine.
Je fus, au sortir, à la comédie italienne, où j’entretins M. de Turenne. A l’is.suc, il y eut un feu fort médiocre.
Le mardy aq juillet, le matin*, à la chambre, un me dit qu'on ne paricroit pas de la requeste sur l’absence de M. Le Bossu. M. le chan-
' Galons couleur de rose sàclir.
* Henri de Uaiiloa, comte du Lude, cuit, depuis 1661, premier gentilhomme de U chambre du roi; il devint, en |66<^, grand maître de rarliUerie, duc à brevet en 1675, et mourut le So août 168.*}.
1h note de Seinl-Situoii sur le dur. du Lude , Journal de Dungeau, avec le» addition» de Saint-Simon, à la date du So août |6S5.)
’ Hippolvle de Béthune, né k Borne en i6o3, mourut en i66d.
' Cf. le Journal de Foacaalt, t. IX , f* a 7 3 .
D OLIVIER LEKEVRE D’ORMESSON.
celier m'ayanl dit de parler des procès-verbaux, je luy dis que je ne croyois pas que ce travail fust une fin de non-recevoir en cas que la chambre jugeast que M. Le Bossu dust revenir.
Après, on travailla et l’on discuta fort la difficulté relevée par M. Fouquet sur la déposition de Baron alléguée dans le procès-verval. Cela consomma toute la matinée.
Cette apresdisnée , M. le légat alla saluer le roy. J’ay sçu qu’estant précédé par tous ses gens de livrée et de sa suite, il avoit esté accueilli dans la salle des gardes par M. le marquic de Cesvres, capitaine des gardes en quartier; que les huissici-s avant ouvert les portes de la chambre, le roy s’estoit avancé sur le pas de la porte, où le légat l’ayant salué fort bas, il l'avoit accueilli fort agréablement, et, le prenant de sa main gauche, il l’avoit mené dans son cabinet, où, s’eslaut assis, il avoit fait apporter un fauteuil pour M. le légat, lequel, s’estant assis et couvert, avoit esté un quart d’heure en conversation; et puis s’estant retiré, le roy passant devant luy l’avoit reconduit jusques à la porte de sa chambre; que, dans le cabinet du roy, il n’y avoit que les ducs et les officiers de la couronne; que les princes s’en estoient retirés pour ne pas demeurer descouverls; que le roy estoit fort paré, et qu'il avoit une espée et un baudrier ornés dl diamans, qui valoient neuf cent mille livres; que le légat estoit allé ensuite chez les reynes et chez monseigneur le dauphin ', et qu’il avoit sa croix dans rautiebambre du roy. Sa livrée de ce jour-là estoit de velours violet pour les pages et de drap de Hollande pour les valets de pied; les pourpoints et les doublures de toile d’or à fleurs noires avec des galons d’or et des veloutés violet. Assurément l’on ne peut voir de plus belles livrées.
Le mercredy 3o juillet’, à la chambre de justice. M. Cbamillart entra, qui dit que M. Fouquet ayant présenté requeste alin que M. Le Bossu fùst tenu de venir rendre son service à la chambre, la chambre
‘ Lo^U. daupLin, désigné ordinaire- * Cf. te Jounat de FoticaaU, I. t.\. tncnl sous te nom de Monseigneur, né te f" v‘. srjq.
! ^ novembre j 66 1 , mort le i à avril 1711.*
Juillet ibSé.
JOURNAL
JuiilH i6Si. avoit ordonné qu’elle luy seroit communiquée; qu’il avoit donné ses conclusions par escrit; mais qu’il estoit entré pour dire k la chambre que le roy l'avoil envoyé hyer quérir par un valet de pied; que, s’estant rendu dans son appartement, sa majesté luy avoit dit que, lorsqu’il avoit nommé M. Le Bossu pour commissaire dans sa chambre de justice, il avoit cru qu'il esloil ^^radué; mais qu’ayant s^u qu’il ne l'estoil pas, il ne désiroit pas qu’il fust juge des procès criminels qui scroient jugés à la chambre, mais seulement des procès civils. Après quoy U se relira.
Lecture ayant esté faite de la requeslc de M. Fouquet, je dis que la foiine rendoit celte affaire très considérable; car il n’estoit pas important que M. Fouquet cust vingt-cinq ou vingt-six juges; que, bien que M. Le Bossu fust homme de probité, les autres juges feroient aussy bonne justice; mais que le roy voulu.st décider tous les incidens du procès, cela estoit fort important; qu’après ce qui avoit esté dit de sa part par le procureur général, je n’avois plus rien à dire; car la question estoit jugée; que la difficulté n’osloit pas de sçavoir si M. Le Bossu e.stoit gradué; c’estoit un fait constant; mais qu'elle estoit s'il devoit demeurer juge, estant non gradué, qui estoit ce que le roy avo% décidé; qu’il estoit inutile de traiter la question au fond, sur laquelle je trouvois qu’il y auroit beaucoup à dire, et que j’estois d'avis de rendre la reqiieste de M. Fouquet.
M. de Sainte-Hélène dit qu'il estoit du mesme avis que le jour précédent; que M. Fouquet estoit non recevable en sa reque.ste; que, ne reconnoissant point la chambre, il ne pouvoit demander un juge; que c’estoit une affectation; que, s’il falloit opiner au fond, il y auroil beaucoup de diOiculté; mais que c’estoit assez que M. Fouquet fust non recevable, et qu’après six semaines d’absence il n’y avoit pas d’apparence. M. Pu.ssort, reprenant sur mon avis, comme il a accouslumé, dit que la volonté du roy e.stoil fort juste; car il estoit inouy qu’un homme non gradué fust juge d’un procès criminel; que ce qu'il [le roi] avoit dit à M. le procureur général estoit dans le.V règles et qu’il n’y avoit rien de plus raisonnable; que, dans le fait |>arti-
D OLIVIER LEFEVRE D'ORMESSÜN. lUI
culicr, M. Fouquet ne reconnoissant pas les juges, ne pouvoit pas jum,i .sh*. en réclamer un seul; que celle seule requeste suiBroil pour exclure M. Le Bossu; car cela ne se pouvoil Faire sans afleclalion, et il fut d’avis de le déclarer non recevable. M. de Giiaucour de iiiesme, ayant ajouté que c’estoit la raison que toute la chambre avoit alléguée contre Charniolue dans le procès de Dumont, de ce qu’il nestoil pas gradué. M. de Ferriol, idem, du bonnet; M. de Nogués, idem, disant qu’il falloit sçavoir les lois et le droit pour juger des procès criminels, et que la volonté du roy estoit conforme à toutes les ordonnances. M. Hérault, idem, du bonnet. M. de Rocqtiesante, idem, à rendre la requeste, disant qu’après la décision faite par le roy de cette question il n’y avoit plus à opiner. M. de la Toison, idem. M. de la Baume, idem, du bonnet, M. du Verdier et M. de Massenau, se plaignant de la procédure, opinèrent à rendre la requeste; M. Câlinât, à faire des remonstranccs, pareeque, si le roy avoit esté bien infonné de toutes les raisons qu’il y avoit au contraire, il n’auroil pas dit ce <ju’il a dit; qu’il en falloit faire registre et dire : En consèquehce de C ordre da roj, [il eit] dédoré non recevable.
M. Poncet dit qu’il n’y avoit point à délibérer sur le fond après la decision faite par le roy; mais qu’il y auroit bien des questions ; sçavoir, si les ofTiciers de la chambre non gradués pouvoient estre juges criminels; si, hors de la chambre, ils avoient ce pouvoir; si la commission du roy suppléuit à ce défaut; mais qu’il estoit d'avis de déclarer M. Fouquet non recevable. M. Le Féron opina à rendre la requeste et faire registre; M. de Moussy, à débouter, sans dire un mol en faveur de la chambre; M. Fayot, idem; M. de Brillac, à prononcer par déboulé; car, en disant non recevable, c’estoit donner occasion d'annuler toute la procédure précédente; M. Regnard, à faire registre et prononcer : en conséquence de l'ordre du roy; M. Besnard, idem, s’estant estendu sur la dilTiculté qu’il y avoit è rappeler un juge qui s’estoit ab.senté longtemps. M. Voisin dit qu’il n’y avoit point d’ordonnance qui déclare que les non gradués pouvoient estre juges criminels; ainsy, qu’il en falloit suivre l’esprit, qui estoit de n’admettre
192 JOURNAL
jiiiiiri i66i. que des juges cap.ibles; que l’ordonnance, lorsqu’elle donnoit pouvoir aux provosls des mareschaux*, c’estolt avec des juges gradués, <le mesme pour les commissions de MM. les inlendans^; que Messieurs de la chambre ne pouvoient estre juges criminels, etc.; il fut d’avis de débouter; M. le président Pontchartrain, idem, sans dire un mot pour maintenir le privilège de la chambre.
M. de Nesmond dit qu’il ne trouvoit nulle dilTiculté qu’à la manière de prononcer; car, pour le fond, il n’en faisoit aucune, non scidement après la décision du roy, mais quand il seroit à juger; car il ne croyoit pas que les olGcicrs de la chambre des comptes pussent estre juges criminels; que c’estoit un abus; qu’il falloit estre gradué; que le parlement avoit tousjours réclamé contre; que, si le roy envoyoit une déclaration pour cela au parlement, elle seroit vérifiée tout d’une voix, et, après s’estre eslendu, fut d’avis de prononcer, sans s’arrester à la requeste, qu’il seroit passé outre. M. le chaucelier dit qu’il n’avoit rien vu de plus extraordinaire qu’un accusé demandust un juge; il pouvoit [en] récuser, mais non pas en demander; que M. Fouquet ne reconnoissoit point la chambre; que, sur le fait, il estoit vray que le roy avoit cru que M. Le Hossu estoit gradué lorsqu’il l’avoit commis; que, luy, fut surpris quand il apprit qu’il ne l’estoit pas; qu’il le luy demanda, et que M. Le Bossu luy ayant avoué [qu’il n’était point gradué], il luy avoit dit qu’il ne luy conseilloit pas de venir à la chambre jusques à ce qu’il eust scu la volonté du roy, et qu’ayant parlé au roy, sa majesté luy avoit dit que son intention avoit esté qu’il fust gradué, et, après s'estre ostendu sur la difficulté faite par la chambre pour la procédure faite par Charmoluc et avoir repris toutes les raisons contenues dans le mémoire donné
‘ Les prévèls des maréchaux élaicnl n la fois juges et clicfs milil.'iircs. Comme jugea, ils élaicnl chargés de faire le procès aux vagahunds. déserteurs, eic. Comme chefs miliuires , ils comiuaiidnient une sorte de gendarmerie départementale, appelée maréchaussée. Les sentences pré-
vôlolcs ne pouvaient être rendues qu'avec le concours de plusieurs juge» gnidués; il en falloit ordinairement sept.
' Les intendants présidaient quelquefois des commissions judiciaires. (Voy. le Journal d’Olivier d'Ormuson, a la date du 39 mars i6G5.)
D’OLIVIER LEFÈVRÉ D’ORMESSON. 193 $
par Berryer à tous Messieurs ce matin, il conclut à déclarer M. Fou- ,i<iili«( ii'.'ii 1
quet non recevahle suivant les conclusions, et qu’il seroil fait registre séparé de l’intention du roy rapportée par le procureur général. Ainsy s’est tenninéc cette affaire.
Il a esté lu ensuite une autre requeste «le M. Fouquel pour avoiipennission d’informer contre M. Colbert de la soustraction de ses papiers, et une de récusation de M. Pussorl sur la délibération de cette requeste. Il a esté mis le soil inonsfré, M. le cliancclier ayant * J
tesmoigné que c’estoit perdre du temps à lire une grande requeste, |
qu’il falloil joindre. |
Ce jour, j’ay sçu cjue les affaires du légat estoienl bien raccommo- 1
dées; qu’il iroit à Paris faire son entrée; que ce seroit pour de demain j
en huit jours; «pie juscjue là il demeureroit icy, et qu’ayant fait son
entrée à Paris il reprendroit le chemin de Rome, sans revenir icy; * I
que la cérémonie avec le parlement estoil accommodée; qu’il se leveroit, le parlement arrivant; osteroit son bonnet, donnant la bénédiction; se rasseoiroit et demeureroit descouvert durant la harangue; puis se releveroit et osteroit son bonnet en donnant la bénédiction.
Le jeudy 3 1 juillet, avant la séance de la chambre. M. Cbamillart m’a dit qu’il estoit bien ayse de me dire les raisons «jui l’avoient obligé de requérir par ses conclusions que M. Fouquel fust déboulé de sa requeste, avec deffense d’en présenter de pareilles, qui estoicn qu’il estoit injurieux à l’honneur du roy qu’on vist qu’on accusast par
une requeste M. Colbert de faits fort durs et de soustraction de pa- '
piers, luy qui estoit dans la confidence du roy et entroit dans tous
ses conseils, principalement durant qu’il y avoit tant d’estrangers à
la cour, et qu’en vérité il falloit empcscher que M. Fouquet ne pré-
sentast de pareilles requestes.
M. le chancelier estant venu, me dit de parler de la requeste.
L’ayant voulu lire, il me demanda si je voulois perdre du temps. Je luy respondis que mon intention n’ estoit pas d’en perdre, puisque hyer j’avois proposé de lire seulement les conclusions pour mettre le soit monstre et réserver la lecture entière à ce matin pour délibérer.
jdimNAL
juiilci i66i. Il me demanda si je ne l’avois pas lue; je dis que ouy et que j’en estois satisrait. Pas un de Messieurs n’ayant parlé, il nie dit de lire les conclusions de la roqueste et du procureur général. Ce qui estant l'ail, je disque M. Fouquel n’esloitpas bien fonde en ses conclusions ' ; que ce seroit le recevoir en ses faits justiGcatifs avant son procès aciievé; que je ne croyois pas aussy qu’il fallust procéder par déboulé, suivant les conclusions, parccquc ce n’estoil pas la forme dans les procès criminels, et <jiie peul-estre, après <|ue le procès seroit vu, les faits paroistroient si considérables qu’il seroit nécessaire de les relever; peut-estre aussy qu’ils seroienl si peu considérables qu’on les rejetteroit; cl ainsy je croyois qu'il csloit mieux et du style ordinaire de joindre la requestc au procès.
M. de Sainte-Hélène, qui m’avoit dit le jour précédent qu’il falloit joindre cette rcqueste, dit qu’elle estoil considérable; qu’il n’y avoil aucune apparence de la recevoir; que la joindre au procès c’estoit la recevoir en quel(|uc sorte, et que la forme de prononcer du parlement de Rouen c’estoit de la mettre dans un sac à part; et c’esloit son avis. M. Piissorl s’estoit retiré, estant parent de M. Colbert , contre qui la rcqueste e.sloit donnée. MM. de Gizaucour, Ferriol, Nogués, Hérault, Rocquesante, I.a Toison, du Verdier, La Raume et Massenaii frtrent de mon avis, sans parler. M. Câlinât dit qu’il n’estoit point d'avis de joindre cette requeste, pareeque dans la suite elle feroit un embarras; car il y faudroit prononcer, comme faisant partie du procès, et qu’il estoil d'avis de dire, sans s’arresler à la requeste, qu’il .seroit passé outre. MM. Poncel, Le Féron, Moussy, Brillac, Rcgnard et Besnard [furent] de mon avis.
M. Voisin dit que M. Fouquet n’esloil pas recevable à présenter celte rcqueste; qu’il avoit dcsjà esté déboulé de toutes les mesmes demandes; que c’esloit pour venir à des récusations, dont il avoit esté déboulé; que c’estoit toutes finesses, et qu’il estoit d’avis de le déliouter. MM. de Pontchartrain et de Nesmond, de mon avis. M. le chancelier dit que M. Fouquet n’estoit pas recevable à cette requeste ' \oj. ie Journal de Foucault ^ t. IX, f** 379 v* et 380,
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D-OUVIER LEFÈVRE D'ORMESSON.
contre M. Colbert; qu’il estoil très mal fondé; car de dire que M. Col- Kmit itiov bert luy eust osté ses papiers, il n’y avoit aucune apparence; et qu’en vérité l’avancer estoil injurieux à l’iionneiir du roy, qui se servoit de luy en toutes ses affaires les plus importantes; <jue ce n’estoit ]>as ‘pour le louer, mais qu’il estoit vray qu’il ne se pouvoit mieux agir que luy en toutes choses ny avec un plus bel ordre dans les ünances; que ce que disoit M. Fouquet estoit de bons contredits contre les pièces qui estoient produites, qu’il pouvoit proposer; mais que d’attaquer M. Colbert, il n’y avoit pas d’apparence; et ainsy estoit d’avis de débouler M. Fouquet suivant les conclusions, mais non pas de luy faire deffensc de présenter pareilles requestes; car il luy falloil tousjours laisser la liberté de présenter des requestes comme il voudroil; et fut d'avis de débouter. 11 fit relire les avis par Pollart (car le gref fier s’estoit retiré) jusques à trois fois, excitant doucement à revenir; mais pas un ne revint, et [il] passa à joindre la requestc au procès.
J’av -syii que- Al. le légal avoit esté, le mercredy apresdisnée, à la chasse avec le roy, et qu’il avoit tué trois lièvres en courant et une perdrix.
Le vendredy i" aoust, à la cbainlire. M. MasSenau se trouva malade, ayant esté .saigné. M. lo chancelier dit qu'il ne falloil pas laisser de continuer la lecture des procès-verbaux, et l’on dit que cela n’excluroit pas M. Massenau. En effet, on lotie procès-verbal des oclroys * presque entièrement, sans qu’il s’y passas! rien de considérable.
.Après le disner, nous fusmes, MM. de Brillac, besnard et moy, voir la^evue des troupes que le roy faisoit pour M. le légal. J’y menai mon fils François', qui m’estoit venu voir du Jard; mon fils aisné“ y estoil allé dès le malin è cheval. Si la pluye n'eusl point gasté cette journée, il n’y avoit rien de plus magnifique. Les grands mousquetaires faisoient trois escadrons, ayant des casaques fort riches, qui estoient celles de l’entrée du rov après son mariage; les gardes du
' Claude-KninroU-de'Paule Lefèvre cathéilrale de Beouvai». mort eu 1717. d‘Orae»5on, plus tard d«>cleur en Sor- * Andr^ Lefèvred’OrtDes^un. deuxième bonne, puis doven du chapitre de U du nom.
JOURNAL
Aui'ii i6t>i corps, (rois escadrons; les gens d'armes, un escadron, ayant tous des InrlHcs'. Après, trois bataillons des gardes françoises et autant de Suisses. I.es chcvaux-légcrs fonnoienl un escadron; è la teste estoit M. de Cliaulnes, qui ce jour-là presta le serment. Le régiment-dauphin formoit trois escadrons, et les petits mousquetaires trois esca-' lirons; tous les officiers, à la teste de leurs corps, fort richement vestus. Le roy y estoit allé à dix heures pour mettre toutes ses troupes en ordre. Le légat y vint à trois heures et la reync mère avec Monsieur. Le roy alla à son carrosse, et le légat monta à cheval et marcha le long des troupes entre le roy et Monsieur, tous trois couverts.
Nous suivismes leur marche en carrosse avec tous ceux qui estoient à Fontainebleau. .Apres, les troupes tirent trois descharges avec grand bruit, et le roy les fit defCler dev,int luy. Pour nous, nous revinsmes. sans les voir dcffiler, pour éviter la confusion du retour.
Le soir, il y eut comédie françoisc, où le légat fut; c’estoit l’Ol/ion de Gjmeille. Au retour de la revue, je vis M. Le Tellier, qui estoit revenu de Paris, où il avoit esté pour l'acte de M. l’abbé son fils.
J'ay oublié à escrire que le jeudy, après niidy, il y eut conseil de grande direction ’, durant lequel le roy envoya quérir M. le chancelier, qui revint peu après et dit que le roy l’avoit mandé pour luy dire qu'il affoctionnoit fort la compagnie pour le commerce des Indes- Orientales, et qu’il dé.siroit que tous Messieurs du consciP y en- ^ trassent; et, après s’estre estendu sur les louanges de ce grand dessein, M. Berryer tira de son portefeuille le rôle de ceux qui s’y engageoient, et M. le chancelier s’y mit pour quarante milld^ivres,
M. le mareschal de Villcroy et tous Messieurs des finances.
.Après, on le présenta à Messieurs du conseil, qui furent surpris :
' Cuir de butfle préparé pour jiortcr à la guerre. (Vojf. sur celle revue ta Oaiem de fronce, à 1a date du S août i664.)
’ C'éUil le nom du eonicil des finances i|ui se tenait sous la présidence du chancelier. (Voy. rintrodiiction en télé du t, I du Jouma} d^ Olivier d'Ormeuon,)
* Il est évident qu‘il s'agit ici du cuii. seil des finances, dont Olivier d'Omicsson vient de |>arlcr, et non de la chambre Je justice, comme l'a dit M. Pierre Clément dans Mn Hiitoire de CoSnîri,-ÿ. i^S, ouvrage rempli d'ailleurs d'utiles et savantes rccherclies.
M. de Verlainont signa pour dix mille livres. M. des Hameaux' refusa Aoûi u>i>s. d'abord; dit que le traitement qu’on faisoit i ceux qui avoient fait des cstablissemen»’ et que l’on despossédoit, ne donnoit pas grande espérance. M. le chancelier le regarda de travers, et on luj dit à l'oreille de signer; et il signa en grondant. MM. les maistres des reque.stes signèrent après pour des sommes différentes. M. de Bercy signa pour mille livres. M. Colbert s’en moqua, et dit que cela ne .se faisoit pas par la considération de l’argent, de sorte qu’il mit trois mille livres.
.M. Besnard’ y mit trois mille livres; ainsy chacun des autres. Ces sommes sont payables en trois ans. Je fus heureux de ne m’y pas trouver; car je suis persuadé que le commerce des Indes-Orientales ne réussira pas.
Le samedy a aoust, M. le chancelier se purgea; mon fds partit avec son frère pour le Jard et Amboilic. Je liis voir M. dcTureniie, avec lequel Je fus chez le roy, et le suivis par curiosité à la visite qu’il fit à M. le légat, qui le vint recevoir dans l'antichambre et 1e vint reconduire à la dernière porte de la première antichambre. Il me dit choses considérables*.
Le légat alla, après le disner, à la chasse du daim avec le roy.
Le dimanche 3 aoust, j’as,sistai à la messe du légat dans la grande chapelle. Le roy ny les reynes n’y assistèrent point, à cause qu'à la fin de la messe il ne vouloit pas leur faire la i-évérence. 11 y avoit grande foule de monde. Sa messe fut basse, sans cérémonie, ayant seulement deux aumosniers à le servir. 11 la dit fort promptement, et à la fin, sa croix devant luy, il donna trois bénédictions à tout le
* Jean seigneur des HamcauK,
conaeiiler du roi en »es conaeib. Ce personnage ne faÎMit pas partie de la chambre de justice, non plus que MM. de V'ertamont et de Bercy, cités, dans le méiue paragraphe, comme membres du conicii.
* Il faut entendre ici, pêr éto6ltuement, dcüs placements de fonds sur J'État.
* Quelques-uns des membres de la
chambre de justice, étant conseillers d‘état ou mailres de*i requêtes, assblairnt au conseil royal des lînances. C'est comme maître des requêtes que M. Besnard y siégeait cl qu'OIiv. d'Ormesson aurait pu s'y trouver.
* Le* Cïv«TMts de Louis A7 K prouvent que le rot consultait Turenne sur les questions les plus importante». (Voy. entre autres C. II, p. 399. ÀSy. 44-3. 447>)
i664. peuple, el l’iiu (Ifs aumosniers dit en italien ijue M. le légal, au iioiii de Sa Sainteté, doiinoit pour dix années d’indulgences plénières.
•Vprés la mes.se, je suivis M. le niareschal d'Ainnont el le comte de CharosI pour entrer avec eux en la salle du festin, qui estoitgarliée fort exactement. Nou.s allasme.s chez la reyne mère, où estoit Monsieur, paré avec des pierreries. Le i-oy y vint et la reyne pour aller ensemble à la mes.se.
Estant entré, avec M. le mareschal d’.Aumont el le comte de Charost, dans la salle du festin, qui est celle des Suisses vers la chapelle, je passai derrière la table du costé de la cheminée pour éviter d’estre pressé. Je me trouvai auprès de M. le premier médecin, derrière la chaire du roy. Sur la table, il n'y avoil que deux couverts, celiiy du roy à la bonne place, el celuy pour le légat quatre places au-dessous du mesnie costé. Le cadeuas' au bout, du costé du roy.
Le premier service de potages estant sur la table, composé de six grands plats et de quatorze as.siettes, le roy vint, précédé de dix ^ maistres d’hostel ordinaires el du premier maistre d’hostel, ayant à sa gauche M. le légat.
Estant arrivé au bout de la table, M. le duc d'Anguien, comme grand maistre de la maison, pré.senta la serviette au roy, et M. 'de Bellcfonds, premier maistre d’ho.stel, la présenta à M. le légal. Après,
.\l. le légat ayant passé à sa place, le roy s’a.ssil et le légal, chacun dans un fauteuil. Le roy estoit servi par M. de Creiian, grand eschanson, M. le comte de Cossé, grand pannelier, el M. de Mesgrigny- Vaudeuvre, grand-tranchant. Ils estoient en cet ordre debout devant le roy el ils mcttoieul les plats sur la table devant le roy, après que le grand-tranchant en avoit fait l’essay. Le légat estoit servi par le contrôleur Parfait, qui luy présenloit à boire, et les plats estoient mis sur la table devant luy par un autre Parfait el le jeune Chamoy.
Derrière la chaire du roy estoit M. de Gcsvres, capitaine des gardes en quartier; à costé, M. le duc de Saint-. Aignan. M. l’abbé «le
' Il était encore d'usage, à la table des lea couteaux et autres usietisiles de table,
grands, de tenir dans «ut coffret sous def ün appelait ce coffret ctuienas.
Digitizr
DOMVIEU LEFEVRK D’ORMESSON.
Coaslin, premier aumosnier, et au bout de la table les niaislres d'hos- Ahûi iimu. tel. Pour chaque service les maistres d'hostcl alloicnt <i la viande et reiUroient précédés de l'huissier de la salle, les maistres d’hostel deux à deux, le baston à la main, et le premier maistre d’hostel le dernier. Après, les plats et assiettes esloient portés pat les valets de pied du roy, qui remporloient ceux qui esloient desservis. Il y eut quatre services et le fruit, qui estoil de grandes pyramides de vingtquatre a.ss’cltcs de porcelincs de toutes sortes de fniils, et ffualorze assiettes de citronades et autres services.
I.c roy ne but que deux fois de la main du grand cschan.son, et le légat autant de la main du contrôleur Parfait.
Le disner achevé, le roy se leva et en mesme temps M. le légal, qui, s’estant approché avec une grande révérence, M. le duc [d’Anguien] présenta la serviette au roy, et le premier mai.sire d’hoslel à M. le légat. Les reynes esloient é la tribune pour voir cette cérémonie : les violons estoient dans la .salle et les trompettes et timballes.
M. le légal estoit en camail, rochet et bonnet carré rouge. Il mangea de bon appétit et le roy mangea beaucoup. I.c roy sortit ayant M. le légat à sa gauche, comme il estoit entré'.
Ce mesme jour au matin, le roy tint conseil pour la marine et les all'aires du commerce, où estoit M. le chancelier, qui s’y trouva mal.
Après le disner, M. le légat envoya ses présens au roy : quatre tableaux, doux grands modernes de batailles, l'un del Bourguignone, et l'autre del Salvator Rosa; un de Léonard Dalvins’, qui est une Vierge, et un du Titian, qui est le portrait de .sa maislresse’, et (|uan-
' Lorei parle de ce repas dans sa Muje hùton(ftu (leUre du 9 aoùl mais
avec te regret de ny avoir pas assisté '
Dinâmtie, le iiottre »irc (Je le par oav-tlirt:
Car> bêla», je nWtnû pas 1a]
Le Ivgat Hwlii régala D'ao fntin Travisetil admirable.
Vcatant qu'eua dcai aeuU A la table.
Oé aernrent avec reapert.
Et dent au orriredrodaspei-i ,
Koo des oÆclm bat et reUiem,
.Mai* «Se» graada •rignrnr* et des pnnee»
* Le nom est ainsi écrit dam le manub- «.TÎl d'OHv. d'Onnesson. Je présume qu’il s'agit de Léonard de Vinci.
* Le musée du Louvre possède encore une Vierge fie Léonard de Vinci el le por> trait de la mailresse du Titien.
JOüKNAL
Août lAtl. lilé il'csscnces et de gants. Il vit tous le.s apparteniens du roy et des reynes et tous les meuble.s, sans y rencontrer personne, et puis le roy le mena voir son esourie, où le roy luy présenta douic coursiers de Naples, fju’il fit monter par trois de ses cscuyers. Le roy fil sortir trois chevauv de son escurie, tpii furent montés par le Plessis.
Le soir, il fut à la comédie d'Œdipe, françoise; et, entre les actes, il y avort de.s concerts et des entrées de lialleLs, qui furent fort agréables.
Le lundy 4 aoust, il n’y a point eu de chambre à cau.se de la maladie de M. le cliancelier, qui souffre des douleurs qu’on dit estre la colique néphrétique. Mais son principal mal est que les sueurs sont cessées, et que cette liumciir se jette sur tous scs membres et luy fait de grandes douleurs. Ces rechutes fréquentes font juger qu’il ne durera pas longtemps et qu’il ne verra pas la fin du procès de M. Kouquet.
L’on dit une nouvelle d’une grande défaite des Espagnols par les Portugais'; qu'il y a eu quatre mille hommes tués sur la place; que, de ce mauvais succès. Don Juan’ est disgracié et renvoyé en une abbaye, et que le conseil est changé; les ducs d’Ossonne et de Mcdina- Las-Torres envoyés eu cmploy hors d’Espagne, et des nouveaux appelés.
Le roy traite parfaitement bien le légat, et l’on dit qu’il se forme grande liaison, et que les affaires de l’empereur allant fort mal, l’on parle d’appeler le roy pour la protection de l’Allemagne et j>our s’opposer aux Turcs.
Le soir, je vis la collation que la reync mère donnoil à M. le légat, de vingl-cjuatre bassins de fruits et de confitures sur des petites corbeilles d’osier regarnies de rubans satinés de toutes couleiu-s; ce qui faisoit une beauté surprenante. Elle donna le bal ensuite, où il y avoit seize dames et seize hommes parés pour danser.
' ftaUille de Culel* Rodrigo, gagnée lippe IV et 'd'une comédienne, nommée
per les Portugais sur les Espagnols. Marie Caldcrona; né à Madrid en 16x9.
* Don Juan était ttU naturel de Phi* il mourut en 1679.
■ Güügle
Le mardy 5 aoust, il n’y eut point de chambre, à cause de la ma- Août 1M4. ladie de M. le chancelier. Je le vis le matin debout, mais très l'oible et SC contraignant pour ne pas paroistre malade.
Ce jour, j'entendis la messe que M. le légat entendoit dans la grande chapelle. La musique du roy estoit excellente. J'estois proche son marchepied, et je l'observai fort; il a le visage rond, le nez bien tiré, les joues grosses, les yeux beaux, le menton un peu coupé en dessous, la peau brune, mais unie, et le poil fort noir et frisé. Il est bel homme et bien fait, entre deux tailles. Il estoit suivi de plusieurs prélats italiens, qui ne firent que rire durant la messe, sans aucune attention ni décepee. Le prestre, en disant t Introït de la messe, est tourné en sorte qu’il ne monstre le dos ny  l’autel ny à M. le légat.
L'n prélat luy apporta l’espistre à baiser.
Ce jour, le roy fut visiter le légat pour luy dire adieu. La conversation fut d’un quart d’heure , et debout. Le roy luy envoya ses présens : à luy, une croix de six diarnans que j’ay vue; ils.sont fort gros, et on les estime à cinquante mille cscus; à chacun des autres seigneurs, des boetes de portraits [ornées] de diarnans de différens prix.
Les présens ont esté magnifiques et ont surpris M. le légat, qui a tesmoigné qu’il n’y avoit qu'un roy de France assez puissant pour faire de si grands présens. L’apresdisnée, le roy luy lit voir les courses des testes ', où le roy courut avec les principaux de sa cour.
Le soir, je fus k la promenade avec M. Le Tellier dans la jardin des Terrasses. Le roy y passa avec sa maistresse, comme il fait tous les jours, suivi des seigneurs de sa cour, il appela M. Le Tellier pour luy parler.
Le mercredy 6 aoust, il y eut chambre; mais on ne travailla pas au procès de .M. F’ouquet, à cause de la maladie de M. le chancelier.
' Gîjeu clail probablement semblable à celui qu'on appelait la course des bagues, où lets cavaliers s'efforcaient d’enlever, avec la pointe de leurs Inncea, la bague suspendue à l'extrémité de la carrière. La course des ligues était très-usitée i l’é-
poque de Louis XIV. Il j en eut une 8oleimcilc en 1 6b6 ; le roî lui-raème y ligura à U tète d'une des troupes qui y disputèrent le prix. (Voy. la description do cette course dans un journal inédit de ccUe époque. Bibi. imp ms. ia38 èû.;
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JOURNAL
-Wii i66i. M. le légat parût ce matin, alla disner à Vaux et coucher à Soisv, pour aller le lendemain à Paris, au palais Mazarin'.
I-e jeiidy 7 aoust, il y eut chambre, où présida M. de Ncsraond, M. le chancelier estant encore indisposé, quoyqu’il se porte bien mieux. J’ay pris congé de luy pour aller à Paris voir mon père. M. l’abbé de Coasiin nous a dit que le roy avoit dit que la cour partiroit d’icy le 20 ou a5 de ce mois pour aller à Vincennes, et que le i*' septembre le roy irolt à Calais et Dunkerque sur la frontière. Celte nouvelle est publique. Quelques-uns disent que la chambre de justice demeurera icy; mais il n’y a aucune apparence. L’apresdi.snée, je fus en poste à Paris par la pluye : je trouvai mon père en bonne santé.
Le veudredy 8 aoust, le matin, je fus faire des visites : M. de Marillac, qui me lesmoigna que l'on avoit parlé fort avantageusement pour moy sur tout ce qui s’estoit passé ii Fontainebleau sur les reqiKîStes de M. Fouquet*. Je fus ensuite disner avec M. le premier président.
Le samedy 9 aoust, je fus chez M. Le Noir, apothicaire dans la rue Saint-.Anloine, pour l’entrée de M. le légat. L’on vit d’abord passer les compagnies du prévost de l’Isle et du lieutenant criminel de robe courte*. .Après, les archers de la ville et M. le prévost des marchands en robe de velours my-partie, puis quarante-huit mulets, seize avec des housses de drap rouge avec les armes du légal et un grand feuillage jaune tout à l'entour, seize avec des housses k fond de damas rouge et seize avec des housses de velours cramoisi, avec les mesmes armes et feuillage de broderie d'or. 11 y avoit quelques palfrcniers de livrée qui les menoient, mais peu; et ce deCfaul diminuoit beaucoup la beauté. Après, les pages à cheval des seigneurs de la suite de M. le
' .Aujourd'hui Bibliolhcquc imp(ïrialc.
(Voy. Vflislohv du palais Mazarin, par M. le comte Léon do Lobordc.)
' Celte phrase irrégulière est reproduite exacleuienl d'apres le manuscrit.
’ Lieutenant du prévôt de Paris, qu'on appelait de robe coiuie, parce que , au lieu
de la longue robe des magistrats , il |>urtail l'épée et le vêtement des hommes de guerre. 11 commandait une troupe d'archers cl avait |>our fonctioii.s de veiller à la sûreté de Paris , d'arrêter les meurtriers , vagabonds et autres gens de mauvaise vie , sur lesquels s'exerçait sa juridiction.
légat. Après, dix-huit pages de ses livrées de campagne; ensuite, les Aohi seigneurs de la suite accompagnés de seigneurs et gentilshommes Ihinçois. Il y avoit MM. les ducs de Retz et de Luynes, MM. de Gamachcs, de Cossé et de Montausier, chevaliers de l'ordre. Il y avoil aussy, devant, quelques abbés de la suite de M. Je légat; puis, sous le dais de satin blanc aux armes de M. le légat, porté par six marchands des six corps*, marchoit M. le légal sur une mule blanche, vestu de rouge avec le chapeau de cardinal renoué sous le menton. A sa droite,
M. le Prince, et, à sa gauche, M, le duc d’Anguien; le dais entouré de grand nombre d’eslalTicrs de M. le légat, de M. le Prince et de son fds. Après, suivoient quelques gentilshommes de M. le Prince.
Puis marchoient les prélats italiens, au milieu de deux prélats François, ayant tous les chapeaux verts avec les cordons renoués sous le menton; puis le carrosse du légat à six chevaux d'Italie avec des harnois magnifiques, le carrosse fort grand, tout de velours cramoisi, par dehors, brodé fort richement, double de drap d’or. Le carrosse e.st ■ plus beau que celuy de l’entrée de la reyne. Après, on portoil la chaire du légal, aussy de velours rouge, brodée fort richement. .Après, tout le peuple suivoit avec une foule extraordinaire, et assurément il ne se peut voir plus de monde ensemble^.
Le dimanche i o aousl, je partis du malin avec ma femme pour aller à Amboille. A une heure, je montai à cheval pour venir à Fontainebleau, où j'arrivai à huit heures, bien mouillé. J'appris aussytost de M. Brillac que la cour parloit mercredy, et qiie la chambre n’entreroit que le lundy et le mardy, et après que l’on iroità Paris; que le sujet de ce prompt despart venoit de ce que le roy vouloil aller siur la frontière de Picardie, à cause de la maladie du roy d’Espagne, et qu’auparavant il vouloit prendre les eaux de Saint-Mion, où l’on envoyé un courrier pour les faire apporter; que M. le dauphin s’estoit un peu trouvé mal et que les reynes demeureroient à Viucennes.
' Les six corps <le méliers de Paris orfèvres. — * Voy. la Gazelle de Fraacc, élaieiu les drapiers, les épiciers, les mer- à la date du i6 août i664ciers, les pelletiers, les bonnetiers et les
JOURNAL
itraii iK«i. I^n liinHy i i aoust, le malin, à la chambre', où l'on continua la lecture des procès-verbaiu, sans que M. le chancelier dist un mol; et i'alloit qu'on luy cust parlé; car, les jours précéden.s, il avoit consommé beaucoup de temps à dire et redire; et Foucault me dit que M. le procureur général et luy, [lui] ayant insinue de laisser lire sans interrompre, il leur avoit répliqué que luy, procureur général, tisl la charge de procureur général. Foucault celle de greflier, et que luy il feroil celle de chancelier, et qu'ils n’avoient rien à luy dire. M. Foucault me tesnioigna que le chagrin de M. le chancelier venoit de plus haut et qu’ils en soullroient.
Le mardy i 3 aoust, à la chambre*, on continua la leéture du procès-verbal des six millions, et après on lut les lettres de translation; et ainsy la chambre fut remise à Paris. Après, j'allai prendre congé de la rcync et du roy, et disner avec M. de Turenne.
Le mercredy i3 aoust, MM. Besnard, Brillac et moy, nous partismes ensemble de Fontainebleau dans mon carrosse, disnasmes à Essonne et arrivasmes k quatre heures à Paris. Toute la cour partit aussy ce mcsuie jour et vint coucher à Corbcil et le jeudy au bois de Vincennes,
Le jeudy 1 4 aoust, tous les prisonniers furent transférés de Morel et ramenés à la Bastille. J'ay sçu depuis que M" Fouquet, avec ses enfans, alfa voir passer son mary au-dessous de Charenton, vint aborder la portière du carrosse, où elle embras.sa son mary, sans que le carrosse s’arreslast, M. d’Artagnan le faisant aller doucement; et il en usa avec toute la civilité et lacililé possibles. Il y eut aussy beaucoup d'autres personnes de condition qui y furent, tant pour M. Fouquet que pour les autres prisonniers, qui les virent en passant, .sans ' néantmoins qu’ils arrestassent.
Ce mesme jour, je fus chez M. le premier président, où je vis M. Lhoste, qui me tesmoigna que, dans leurs conférences, M. d'Artagnan, qui y estoit présent, en usoit avec toute l'honnesté possible.
' Cf. Joamal de Foecaull, t IX. é' aSi-aSa.
’ W. f" aôa.
Le lundy i8 aoust, entrant le matin à la chambre de juatice', Aofit isat. M™" Fouquet me dirent que. crainte de me manquer, elles m’attendoient là pour me donner deux requcsles de M. Fouquet; et, en effet, M”* Fouquet, la femme, me donna deux requestes fort grosses, que je pris. Leur dessein de me les donner en entrant dans la chambre estoit pour faire qu'elles fussent présentées à la chambre à l’heure inesme, et que l’on n’eust pas le temps de conférer auparavant [sur] ce qui seroit à faire. Car M. Fouquet se plaint qu’ayant reçu ses requestes, je les renvoyé aussytost à Foucault pour en parler à M. le chancelier, et ain.sy ses ennemis ont le temps de les voir et de les consulter; et M'"' Fouquet m'a dit à Fontainebleau que M. Fouquet vouloit présenter sur cela requeste à la chambre. Pour moy, je ne compris point cette raison et je mis ces requestes dans mon sac pour les voir à loisir; et, en ayant parlé à M. Pussorl et à M. Voisin, je laissai, sans y faire réflexion, ces requestes ès mains de M. Chamillart.
M. le chancelier estant entré, je dis qvie ces deux requestes m’avoient'esté données et que M. le procureur général les avoit. M. le chancelier dit que M. Fouquet prenoit avantage de ce que M. le procureur général avoit donné des contredits contre les moyens de faux et qu'il y respondoit par une des deux requestes, et que ce pendant l’inscription en faux estoit jointe et il falloit auparavant que M. Fouquet y fust reçu, et s’expliqua fort et dit que l’on ne pouvoit s’empescher de mettre le soit monsiré. Aiosy, ayant fait rapporter les deux requestes sans autre délibération, je mis le soit monstre aa procurenr général.
Après, on acheva la lecture du procès-verbal des six millions.
Le mardy 19 aoust*, l’on lut à la chambre les deux procès-verbaux de Dumesnil et des quatre prests, M. Pnssort se justifiant tonsjours des omissions faites comme e.stant par inadvertance, et que, pour fonder la récusation, il falloit qu’il l’eust fait dolo malo. Ayant encore relevé ce que j’avois dit sur le procès-verbal de Dumesnil,
‘ Cf. Journal du Foacaatt. t IX. f’ u8a.
■ Id. ,bid. r j83.
JOLRNAL
Aoûi i(i«S. que le procureur général prétendoit que M. Fouquet en avoit profité, parceque les billets estoient cotés M. Bruant, et souslenant que le procureur général ne le disoit pas, il lut luy-inesme la requeste, et se Irouva confondu parce qu'il lut. En un mot, c'est une préoccupation exlresine sur toutes choses.
Ce jour, j'appris la mort de M. Goret, maislre des comptes, et elle me fut conûrmée par M. Godefroy, aussy maistre dos comptes, qui estoit avec luy à l'actc de mes deux cousins d'Eaubonne au collège d’Harcourt'. Estant avec autres chei Monnerot à Sèvres, et presl à monter en carrosse. Goret avec M. L’Espagnol, sur une terrasse où il y avoit une statue, voulut monter sur le piédestal près la statue par plaisanterie; il entraisna et le piédestal et la statue, qui tomba sur luy, le creva et luy rompit la jambe en deux endroits, dont -il mourut deux heures après.
L’on parle de la descente des troupes du roy en Afrique, qui ont pris une ville nommée Gcrgily*, où ils se sont retranchés. 11 y a eu grand combat contre les Maures, et l’on dit qu’il y a eu plus de quatre cens hommes des nostres tués, cinq ou six chevaliers de Malthe et plus de vingt de blessés, dont plusiems oiliciers des gardes. M. Pii.s- . sort fait valoir cette action comme le plus grand cstablissement que
' A ndré Lefèvre , setgiieu r d'Eau bunn e.
plu<> tard roailre des oomplcs, et Gervais Lefèvre, seigneur d'Eaubonne, avocat du roi au parlement en Le collège
d'Harcourt était situé rue de la Harpe; i'enipluceoieni et les bâtiments de ce col* Irgc sont maintenant compris dans le lycée Saint-Louis.
’ Gigéri. l-c*duc de Beaufort a*en eraftara le aa juillet i66A- On trouve dans le Recaeil tU ^^aal^epas la preuve que l'on calomniait Colbert dés cette époque, et qu'un rntlaquail à l'occasion d'expéditions entreprises dans rinlérél du conunerce.
Ces satires, d'ailleurs fort plates, parlent tout à la fois de la compagnie des Indes,
de la prise de Gigéri et de la disgrâce de Fouquet :
Colbert u* pu uset de ioot l'or de U Fraaea;
U veut y joitxire enrar cdoY det todient.
Fonr ee va*te penj«< , le rc»le de uo« biea»
Sert à Ittv fiùrc «rcNr de* |ttace* d'inparlaooo. Vod* ee qiH tappeDe avoir de t'indiiatne ;
Voila c* qu'on tpiiidk- un ailroil &vori.
S*d achète Tanjcer et reprend Cigérî .
Il n'anra point «d jour d'oqfai en bariwne.
Vo«a ne mérite» |»a« eontre nirinlcadaoce. DéploraUe joart du Sort et de U cour:
Quand votu Tarin. Fooq net, on ae pari oil en Fmer Qoe (te paix, que de ri», quede jeaa. que <T amour, etc. (itervril d* .Vaarepof , na. b- 1-, t. Il . F* 46l et 463.)
le roy puisse faire pour eslre le raaistre du commerce. L’on parle Aoùi 1S64. encore d’une grande bataille gagnée sur les Turcs où l’on dit qu’il y a eu quantité de François tués; qu’ils avoient le premier poste et qu’ils ont fait le plus grand effet. L’on n’en s<;ait le détail que fort incertainemeht; mais l’on dit que tous les généraux, de part et d’autre, ont esté tués ou bien blessés.
Le mercredy ao aoust’', à la chambre, l’on conUnua la lecture des procès-verbaux, sans qu’il se passast rien d'extraordinaire.
Le jeudy ai aou.st, avant la chambre, ayant demandé à Foucault la copie des requestes pour travailler, il me demanda si M“* Fouquet ne m’avoit pas donné une copie, je luy dis que ouy, mais qu’un de mes amis avoit souhaité la voir et que je ne l’avois plus. Il me proposa de commencer la lecture de ces requestes le lendemain. Je luy dis q\ie je ne le pouvois pas, ne les ayant pas vues. A l’issue de la chambre, il me pressa encore; je persistai. M. Cbamillart vint me dire de belles raisons. Ayant persévéré, nous montasmes chez M. le chancelier, auquel ayant dit la proposition de M. Cbamillart et que je ne le pouvois pas, n’ayant pas encore vu les requestes, il ne manqua pas de se disculper et de dire qu’il estoit prest; etM. Cbamillart ayant insisté, il luy dit qu’il n’avoit qu’à me persuader, et, puisque je prenois sur moy ce retardement, il n’y avoit plus rien à dire, et qu’il ressembloit au valet de Pantalon, qui demandoit response d’une lettre avant de l’avoir lue. L’apresdisnée, je fis lecture de cette requeste.
Ce jour, la nouvelle fut confirmée de la bataille contre les Turcs, et que les François seuls avoient défait les Turcs après que les .Allemands s’en estoienttous fuis, et qu’il y avoit plus de huit mille Turcs absolument défaits, peu de seigneurs tués, beaucoup de bles.scs.
' Le 1" aoiil 1664, Montccuculli, générât de l'empereur Léupold , seconde pnr les généraux français, la Feuillade et Coligoy, remporta .sur les Turcs une victoire décisive près du Itaab et du village de
Saint'Golhard. (Voy. les Mémoires de Co- Ugny-SalignY, publiés par la Société <le l'histoire de France, p. 83 et suiv.)
* Cf. le Joamal de Foucauii, t. IX , f" a83.
JOURNAL
Anùt i6«^. Le vendredy 72 aoust’, à la chambre, où la lecture des procèsverbaux fut achevée. M. Poncet rapporta une coutestation concernant M*" de Guénégaud pour le transport de tous les acquits de l'espaigne de 1667 au greffe, à cause de la dénonciation d'un va)et« qui prétend que, sur les voyages, il y a bien des acquits faux. M*** de Guénegaud m'avoit dit que M. Poncet seroit pour elle, selon qu'il luy avûit parlé; et néantmoins il conclut contre^. Je fus pour elle. Nfais M. le chancelier, qui luy avoit promis, tourna contre avec sa soumission ordinaire à tout ce que la cour désire.
L’apresdisiiée, je fus à Amlioille, où je portai les requestes.
Le dimanche soir a4 aoust, estant revenu d'Amboille, M. Le Pelletier me vint voir; il me dit que M. Le Tcllier, qui estoit venu icy exprès, Tavoit chargé de me dire qu il avoit descouvert que M. Colbert avoit dit au roy que M. d'Onuesson attaquoit sa famille à l'honneur; qu'il ne pouvoit plus servir, ny son oncle, qui avoit vescu avec réputation depuis trente ans; que je le voulois traiter de faussaire; et, en un mot, qu'il portait toutes choses aux dernières extresmités contre moy, ma famille et ma race; et que sur cela il estoit furieux; que M. le prévost des marchands^ avoit esté demander au roy permission de se deifendre contre moy, parccqiie je voulois l'attaquer
’ Cf. le Journal de Foucault, t. IX, f iH-
’ Otiv. d'Ornietfson a déjà parie plus tiaul (p. 107} de rînîmilié que l’on mori' trait contre M** de Guénégaud, cl “en mémo lenijis de U capacité qu’elle dé* ployait dans des cti'ccmsUnces JilTicilea.
Amauid d'Andüly Cail aussi l’éloge de cette dame : «Son esprit, son ccrur, sa vertu, semblent disputer â qui doit avoir l’avantage. Son esprit est capable de tout, sans que son application pour tes plus grande» choses l’empesrhe d'en avoir en mesme temps pour les moindres. Son ccrur luy auroit, dans un autre sexe, fait faire des actions de courage tout héroïques; et sa
vertu est si eslevée au-dessus de la bonne et de U mauvaise fortune, que ce ne seroit pas la connoiatre que de la croire capable de se laisser esbiouir par Tune et abattre par l’autre. Enfin . pour le dire en un mol , c’est l'une de ces grandes âmes dont j’ay parlé dans un autre endroit de ces Mémoires. • d" Aroauld d‘Andilfy,
édit. Petitot , t. XXX1\, p. qa.)
’ On a déjà vu que le prévôt des marchands était, à celle époque, V’oisin, un de.s membres de la cliambre de Justice; il était accusé |wr Fouquet d’avoir falsilié les pièces du procès, de concert avec Pussort . oncle de Colbert. D'Ormesson était d'avis qu'ils devaient être récusés.
bigltilcd t'rX^)ogIe
en son honneur, et que cette conjoncture estoit fort Importante pour Soùi iCe^. moy; qu’il avoit vu la requeste; qu’il ne se pouvoit voir rien de plus delTectueus et de plus mal que ce que MM. Voisin et Pussort avoient fait; mais qu’il estoit question de sçavoir s'ils l'avoicnt fait de mauvaise foy, et si , l’ayant fait par trop de facilité , ils esloicnt récusablcs; que j’y fisse réflexion, et qu’il seroit bon que j'eusse la confiance de dire mes sentimens à M. Le Tellier, quels qu’ils fussent. Je luy dis . que je n’avois pas encore formé d’avis et que je n’estois pas prévenu.
Le lundy a5 aoiist, je travaillai toute la journée sur ces deux requestes, cl M. Foucault m’apporta les minutes des procès-verbaux.
Je trouvai celle des six millions escrite de trois mains, et que, sur la remise de Bcrrycr, elle estoit cscrite et que depuis elle estoit rayée, et avoient escrit en interiigne que M. de la Bazinière ne l’avoit pu trouver; et outre [je trouvai] que la cote M. ^Ormesson estoit escrite et avoit esté effacée.
Le mardy 36 aoust', le matin, on m'apporta une production ^e M. Fouquet pour la preuve des faits mentionnés en ses requestes de récusation. Je l’apportai à la chambre et la mis ès mains du greflier par ordre de la chambre pour estre communiquée au procureur général.
Le mercredy 37 aoust, on acheva la lecture des requestes*.
Le jeudy a8 aoust*, en voyant la production de M. Fouquet, examinant un fait de l'article de Berryer, on demanda à voir la minute du procès-verbal des six millions, dont je fus bien ayse, ayant remarqué qu'il y avoit des ratures de conséquence sur cet article. En effet,
M. de Sainte-Hélène, ayant pris la minute, lut l'article, et il fut reconnu que d’abord on avoit escrit quatre billets d'une remise de i8i,5oo livres, cotés Berryer; qu'on les avoit effacés et qu’on avoit escrit en interligne ces mots : pour laquelle ledit sieur de la Bazinière a déclaré n'avoir rien trouvé, dont il fera une plus ample perquisition.
Celte fausseté surprit toute la compagnie, n’y ayant rien de plus hon-
' Cf- le Joumat de FoetcauU, t. IX, ' J oetmat de Foucault, t. IX, f* a84. f* ’ td. ibid, f“ a84-s85.
JOdUNAL
^eût i66i. 1^^*^ faire une déelaratiun si fort contraire à la vérité. 11 se
Irouva que M. de la Baiinière n*avoit point signé la déclaration. M. Fouquet houstenoil qu’il n’y estoit pas, et, selon toutes les appa* rcnccs, il n’y estoit pa.s; car il n’avoit pas signé le procès-verbal. Ces messieurs demeurèrent foil honteux de ce travail si mal fait'.
Ce joui'-lè, M. Le Tcllier me vint dire que M. Le Pelletier estoit . arrivé de Vincennes, et luy avoit dit qu’il avoit ordre du roy de voir MM. de Nesiumid, Catinat et nioy, sur la récusation de MM. Voisin et Pu.s.sort; qu’il avoit parlé sur ces affaires au roy en présence de M. Colherl, blasmant fort Berrycr et la mauvaise procédure; mais qu’il ne croyoit pas qu’il y eust lieu à la récus;Uion; que M. Colbert
' foucault cherche à etplîqtier une noie (t. IX , f* a86 t*. de son Joumttf^ te5 irrégularité» de» inventaire». Voici cette note : • Pour cntcudre la diflicuUé de ccl article, il e»l nèce^Mire d'e»lre informé qtic le roT, avant fait nrrevier M. Fouquet à Xanie», donna ordre d’nppoaer scellé dnn» toutes ses maison» ei [dans] celles de ICS principaux commis ; qu'en exécution de oct ordre, le scellé fut mi» en Tapparlement qu'occupoit M. Fouquet dans le chasteau de Fontainebleau, au lieu appelé la Suriiilciidance; qu'aprés le letour de »a majesté, MM d'Aligre, Parin, Colbert el Poncct furent commis pour lever ledit tcellé et faire de»rription et inventaire des clTrts qui se trouveroierit sous ieduy; qu'en procédant à cet inventaire, il se Irouva plusieurs estais ot aulrcs ntémoires et papiers rnncemanl le» fmance», mesroe les estai» des (lemions secrète» qui se donnoicnl aux eslrangers et instructions pour iK^ocialions d'E^stat. De quoj avis ayant esté donné à sa majesté ^>ar MM. les commissaires, le roy leur ordonna de luy apporter ces papiers, qui lurent dép<Mé» dan» le cabinet de sa majesté, rtm*
gés |vnr liasses et étiquetés par sua ordre.
• 11 est arrive que, lorsqu'on préaentoil au roy des placeU, S. M. faisoil niettro ceux qui conccmoientlcs finances dans le» liassos do papier» retirés de chez M. Fouquel; et. suivant col ordre, les fermier» .de» ayde» ayant présenté au roy un placet concernant leur bail avec un arrest du conseil de l'année juslif>catif de
leurs prétentions, il fut mi» au cabinet dans la lia.s»e de» papiers des aydes. Cependant M. Fouquet ayant demandé eotii* munication des papiers retirés de ses invenlairc». du moins de ceux qui ne con* cemoieiit point les négociations cl affaires d'Estal, prétendant qu'il y Irouveroil sa jusliücalion. le roy Irouva bon, suivant l'aire^té de la chambre, qu'ils luy fussent comrauiuqué», et qu'à cet efTel ils fussent préalablement paraphé» par MM. d’Aligre., de Sève cl PoïKct. Ce qui ayant e»té exécuté, M. Fouquet irouva entre se.» papier» ce plncel de» iermiers des aydes , avec Far* rest du conseil de ih6a y joint, dont il veut tirer le# conséquence» de supposition de papiers, suivant qu'il est porté par l'ar- Iscle de sa produclion. «
D'OLIVIER LEFÈVRE DORMESSON.
avoit Hit qu'il croyoit son nombre assuré, mais qu’il cstoit bon de A«in 'ssi voir MM. de Ne.smond, Catinat et d’Orinesson; que le roy avoit diargé M. Le TelJier d’y venir et qu’il avoit accepté cette commi,ssion, ne la pouvant refuser; qu’à mon esgard il désiroit sçavoir si je vmdoi.s qu’il me vin.st voir, pareeque, si j’estois d’avis de la récusation , il va- w loit mieux qu’il ne me vist pas, aiin de ne me point charger d’un refu.s à une visite d’un secrétaire d’Eslat par l’ordre du roy. Sur quoy je disque, vu l’estât de l’alTaire, je ne pouvois me persuader que MM. Voisin et Pussort pussent estre juges de M. Fouquet.
Le vendredy a 9 aousl*, on acheva la lecture de la production cl des requestes, et l’on mit au samedy à entendre MM. Voisin et Pussort. M. Voisin s’esebauiTa un peu contre moy; dit que j’omettois tout ce qui alloit à leur descharge, et qu'on le .s^avoit bien. Sans m’esmouvoir, je luy dis que je ne pouvois rapporter que ce qui ni’estoil donné, et que n’ayant aucunes responscs de la part de M. le procureur général, je ne pouvois pas le.s suppléer. M. Pus.sort s’esleva un peu, disant bas qu’il y avoit plus de dix mois que cela se condiiisoil.
Je ne respondis rien.
Je sçus que M. Colbert, ayant appris la faiissclé qui avoil esté descouverte, avoit dit à M. Le Tcllier qu'il n’entendoit l’ailairc que depuis vingt-quatre heures, et que Berryer est un coquin.
Le samedy 3o aoust*, en la chambre de justice, MM. Voisin et Pussort furent entendus sur leur récusation derrière le bureau.
M. Voisin, qui devoit parler le premier par toutes sortes de raisons, et par sa charge et comme le premier commissaire, laissa parlei’
M. Pussort, qui parla longtemps et respondit à tous les faits fort doucement et honnestement, avouant qu’ils n’a voient rien entendu à ce * qu’ils avoient fait, et avoient signé ce que le sieur Berryer avoit apporté. M. Voisin parla ensuite, mais avec moins d'ordre et de modération, répétant ce que M. Pus.sort avoit dit, cl, lorsqu’ils iinirent, il estoit près d’onze heures. M. le chancelier dit qu’il ne falloit pas
' Cf. ïe Journal de FwtcauU, i. IX, f*’
* Jd. thd r* agg.
JOURNAL
Stpitmb. i66l. coimnciicer, si l’on u'achcvoit; qu'il esloit tard. J’en fus fort ayse, et je dis que j’avois à parler longtemps, et enfin la délibération fui remi.se à limily.
^ Le dimanche 3 1 aoiist, je travaillai tout le jour à mettre mon avis
♦ en ordre, et fus souper chez M. de Foiucy. L’on me confirma que !\L Colbert avoit fort gourniandé Berryer. Ce jour, M. Chamillart me vint solliciter de la part du roy, ayant reçu ordre de voir tous Messieurs, me disant .ses raisons, et, entre autres, sur la rature de la remise dans le procès-verbal des six millions, que cette rature avoit esté faite parceqiie, de cinq billets, on n’en avoit trouvé que quatre. L’avant regardé, il me répliqua : ■ Je vois bien que vous ne tiouvci pas ma raison bonne, ny moy non plus; mais je n’en ay point de meilleure à dire; > et ainsy il me parla bonnestement.
Le Inndy i" septembre, é huit heures et demie, commença la délibération sur la récusation'. J’expliquai toute l’affaire assez exactement. Mon discours dura cinq quarts d’heure. Je fus d’avis que • MM. Voisin et Piissort s’abstiendroient. M. de Sainte-Hélène parla apres encore plus longuement, en sorte qu’il n'avoit pas fini à onze heures et demye. M. le chancelier voyant qu’il estoit lard, luy proposa de ne pas achever, afin de recommencer le lendemain. C’estoit afin que, parlant le premier, il disposast bien les esprits. Néantmoins, M. de Sainte-Hélène ayant dit qu’il estoit près de finir, on prit la résolution d’achever. Sur quoy chacun se leva poim aller manger un morceau. M. le chancelier ne quitta point, ny M. de Sainte-Hélène, ny moy. Après, M. de Sainte-Hélène acheva, conclut k débouter du la récusation; que les termes injurieux de la requesle seroient rayés avec dell'cnses à M. Fouquet <lc plus présenter de requestes, si elles ii'esloienl signées de scs avocats.
MM. de Gizaucour, Ferriol, Nogués, Héraidt, Rocquesanle. La Toison et La Baume furent du mesme avis, sinon avec quelque différence pour rayer les termes et faire dolTeusos. MM. du Verdier et
Jûcu;. :-Wi££oüile
' Cf. Journal de t'oucauU, t IX, f** 399>3a5.
Massenau furent de mon avis; Catiuat, Poncet, Le Féron et Moussy, Sepicmb. iü<>*. de l’avis de M. de Sainte-Hélène; M. Fayet, du mien; M. de Brillac et M. Rcgnard, de mon avis; M. Bcsnard, de joindre le tout; MM. de Pontcharlrain , Nesinond et le chancelier pour M. de Sainte-Hélène.
Ainsy, il y en eut cinq do mon avis et quinze du grand avis. Chacun s'estendit assez, et la délibération diu-a jusques à trois heures. 11 passa à débouter de la récusation , sans ordonner que les mots injurieux seroient rayés ny faire deOenses, comme il cstoit porté par les conclusions. Ainsy a Uni cette grande délibération, que Ton regarde comme un préjugé de l’événement du procès. La sollicitation a esté forte, et M. Chamillart a sollicité tous .Messieurs de la part du roy, sans les sollicitations cachées, qui sont les plus elTectives.
Depuis le lundy i" septembre juscjues à ce jour i3 septembre*, il nu s’est passé rien de remarquable dans la chambre de justice. L’on a recommencé la lectiue des procès-verbaux sur le fonds’. J’observerai uéantmoins quelques particularités qui me reviennent eu la mémoire : l’apresdisnée du mesme jour que j’opinai sur la récusation,
M. Chamillart me vint voir pour la production de M. Fouquet sur le crime d’Estat, qui m’avoit esté apportée le matin. 11 me tesmoigna beaucoup de satisfaction de l’ordre et de la force de mon avis, rejetant toutes les fautes sur Bcrrycr; que, pour la conclusion, il n’en parloit point; car chacun la prenoit selon sa conscience. Je luy dis , que j’estois habitué de jeunesse à dire mon sentiment tel que je le
^ pensois. Foucault me vint voir aussy le soir, qui me dit n’avoir jamais
rien ouy de mieux, et que, si je n’avois pas conclu à la récusation, mou action esloil admirable. Je luy dis que j’avois l’esprit libertin; qu’il ne pouvoit s’assujélir à parler selon les sentimens des autres.
Mon discours, qui estoit tout entier contre Berryer, luy avoit fort plu; car il le hayt et a tousjours blasmé sa conduite.
Je vis le soir M. le président, où je trouvai Foucault qui sortoit de
' Cf. le Jûumat àa FoucoaU^ I. l.\, sur lu fondi. Je crois qu'il s'agit ici du f" JaS-JsQ. fonds de sis mUlioiu dont il a été plu-
* On lit, dans les copies du Journal, sieurs fois question.
JOURNAL
2ia
Vpirmb. i6«t. soo cabiuct. M. le premier président me dit qu'il liiy avoit parlé de mou action très avantageusement, si je n’eusse point conclu à la récusation; que cela estoit fasclieux que le roy vitt que c’estoit pour la seconde fois que je m’opiniastrasse à vouloir récuser M. Piissort. Après il m'embrassa, me lesnioiguant mille satisfactions de mon action , et que tout le monde l'approuvoit.
Le mardy 3 septembre, durant la séance de la chambre, MM. Chamillart, llotman et Foucault me demandèrent mon sentiment sur le travail qui estoit à faire, et M. Chamillart tcsmoignoit fort qu'il falloil revoir les procès-verbaux sur le fonds, et que cela presseroit M. Fouquet de donner sa production sur les procès-verbaux. Je dis librement que je croyois ce travail inutile; que M. Fouquet n’en donneroil pas plus tost sa production et qu'il attendroit que celle sur le crime d’Estat fust lue. MM. Hotman et Foucault convinrent de mon sentiment et quittèrent leur résolution. Dans la chambre, M. le chancelier, qui avoit esté instruit du matin et ne sçavoit pas ce qui avoit esté dit depuis, me proposa de rapporter les procès-verbaux sur le fonds, dont je demeurai d’accord en donnant deux jours pour y travailler. Ainsy, il remit les rapports au vendredy.
Je ne puis omettre que mon opinion est approuvée généralement de tous les honnestes gens et de la cour et do Paris; ce <|uc l’on m’a tesmoigué de tous costés, l’ordre, la netteté, la fermeté et la conclusion de mon avis ayant fort satisfait. Je sçais aussy que Berryer estoit derrière la porte de la chambre, et ne perdit pas une parole de tout ce que je dis, et qu’il tesmoigne une grande colère contre moy; et c’est une des raisons qui fait approuver mon action. Car, comme il passe dans Paris pour un fripon hardy et capable de toutes sortes de malices, tout le inonde est ravi que je ne Paye pas inesnagé et que j'aye fait connoistre les faussetés qu'il a faites dans les procès-verbaux. L’on m’a assuré aussy que M. Colbert, faisant le rapport au roy de tout ce qui s’estoit passé, traita Berryer de coquin et de fripon, et que le roy avoit dit que, si je n'eusse point conclu à la récusation, mon avis estoit dans l’ordre.
Le veudiedy 5 septembre, je commençai mon rapport par l'aiTaire .s«|>trnib. «m. des six millions, pour éviter l'aflaire des ociroys, où l'on ne peut éviter la discussion des faussetés; et l'on auroit dit que j'nurois encore voulu insulter aux commissaires. M. le chancelier voulut qu’on revist les preuves du fond du procès. Ainsy, il me fallut faire un travail nouveau. M. le chancelier est prévenu, de sorte qu’il tourne tout contre M. Fouquet, et, sur la déposition de Tabouret, voulant faire connoistre qu’il scmbloit qu’elle se contredisoit, M. Piissort dit à demy-haut que je faisois des observations que M. Fouquet ne faisoit pas; mais que j’estois bien assuré qu'il les feroit. .MM. Voisin et Pussort paroissent fort abattus, souspirent et font paroistre beaucoup de chagrin contre moy.
Le samedy 6 septembre, l’on continua à travailler, et je fus apres le disner à Amboille, d’où je revins le lundy matin, feste de la Vierge, pour travailler.
Le mardy 9 septembre, l’on continua à la chambre, et, sur ce que l'on parla, dans le procès-verbal, de Berryer, il [M. le chancelier] dit qu'il ne sçavoit pas comme cela s’estoit passé; mais que Berryer luy avoit dit qu'il n’avoit aucune part à ces procès-verbaux et qu’il n’avoit point eu les copies des registres. MM. Voisin et Pussort ne répliquèrent pas un mot.
Le niercredy 10 septembre, on acheva le procès-verbal des six . millions. Après le disner, M. Le Pelletier m’ayant averti que M. Le Tellier estoit à Paris, je fus pour le voir deux fois et ne pus luy parler. M. Bouclierat me dit qu'il l’avoit vu à Vincennes, et [qu’il] luy avoit parlé fort honnestement de moy sur cette dernière affaire.
Je fus voir M. Joly', qui me dit toutes choses sur le fait de sa cure et la chaleur qu’on avoit pour y establir M. Duhamel.
Le jeudy i 1 septembre, je commençai le rapport de l'aRaire des octroys, et M. le chancelier voulut encore revoir les preuves du fonds.
Après le disner, je fus à la Bastille pour l'aifaire de M. de Guené-
' t^ure de Saint.Nicotas.<lcsXtiamps. (Voy. ptus loin. p. 317, n. 3.)
JOURNAL
srpirmh. ififij. gaud avcc M. Poiicct, OÙ M. Chamillart forma des difficultés fort peu fondées.
Au .sortir de la Bastille, je passai chei M. de Turenne, rjue je trouvai par ha.sard. Il me te.smoigna beaucoup de satisfaction, et me dit beaucoup de choses que je lie puis e.scrire.
L’on me dit encore ce jour-là que M. Fouquet l’escuyer avoit ordre de se défaire de sa charge, et Foucault me parla, allant à la Bastille, de la difficulté qui se trouvoit entre M. de Montlouet et M. Fouquet, pai'ccquc le prix en estoit dû à M. de Montlouet, mais, par un contrat de constitution pa.ssé avec M. Fouquet le surintendant, à la prière de M”* de Bullion; et l’escuyer en a payé le prix à son frère, et il soustient que la charge est à luy, sauf à M. de Montlouet à se faire pyer par son frère. Au contraire, Montlouet prétend rentrer dans sa charge, puisque le prix luy en est dû. La raison que l'on dit de cet ordre du roy est que, l’escuyer trouvant M. de Nogués à la porte de M. Pussort, luy dit qu’il faisoit sa cour à leurs despens, et que parlant à M. de Saintc-llcicnc, il luy avoit dit qu’il avoit tasché de .se rendre agréable à la faveur présente, mais que ce temps-cy ne dureroit peut-estre pas tousjours et qu’on s'en souviendroit. Le sujet de cet ordre paroist un peu trop recherché et sans apparence à l'csgard de beaucoup de gens.
Le vendredy i a septembre , l'on continua à la chambre l'aflaire des octroys, et, sur une difficulté, disant à M. le chancelier que je ferois toutes les observations nécessaires pour les dii-e, quand il seroit temps, il reprit : « Il sera trop tard, quand vous direi vostre avis; il faut que je les sçache auparavant et que j’en sois bien instruit, si Dieu nous fait jamais la grâce de dire nostre avis sur cette alfaire-là. >
Le soir, je fus chez M. de Fourcy, revenu de Che.ssy, et de là dire adieu au premier président, qui me tesmoigna tousjours grande satisfaction, et que M. de Morangis luy avoit dit mille biens de mon action; que l'on parloit différemment de la fortune de Berryer; que M. Colbert l'avoit fort maltraité, et que les uns le disoient perdu, les autres qu’il se raccouimodoit; mais tout le monde [convenoit] que
D'OLIVIEK LEFÈVRE D'ORMESSON. * 217
M. Colhert ne se pouvoit justifier ny son oncle* de celte conduite Sepirmfc. honteuse, sans sacrifier Bcrryer au public. L’on m’a dit que l’on fait grandes plaintes contre luy, et que depuis dix-huit mois il a fait pour dix-huit cent mille livres d’aetpiisilions, et que Colbert l’en avoil fort grondé.
Le samedy i3 septembre, l’on continua l’aflaire des octroys et tout ce travail fort inutilement. Après le disner, je fus avec M. de Montmort et M. Joly chez M. le nonce Roberti, pour déposer en son information pour son évcsché d’Agen*. M. Roger, notaire apostolique, dit que , s’estant trouvé avec M. l’archevescpie et quantité de personnes illustres, l'on avoil parlé de moy fort avantageusement.
Le soir, M” de Guénégaud me vint voir, par ordre de M. de Tiirenne, pour me dire encore sa satisfaction; qu’il sçavoit que M. Colbert avoit parlé au roy de Berryer comme d’vm fripon, et (jue l’on croyoit qu’il seroit chassé; que M. Le Tellier en parloit librement comme d’ua faussaire et d’un fripon, et que c’estoit un homme perdu.
Elle me dit que Berryer travailloit sur l’affaire des six millions pour y trouver de nouvelles lumières. Je luy dis qpc peut-estre c’estoit par cette raison que M. le chancelier m’avoit demandé copie d’une table que j’ay faite sur la consommation des billets provenant de cette ordonnance.
Elle me dit encore une histoire de M. de Charost’; qu’un homme s’estoit adressé à luy, à Vincennes, et luy avoit dit qu’il sçavoit le moyen de faire sauver M. Fouquet du bois de Vincennes; que M. de Charost, l’ayant fait monter dans la salle des gardes, l’avoit fait arrester par des gardes, et qu’estant entré chez le roy il luy avoit dit fort galamment ce qu’il avoit fait; et que, tandis qu’il pourroit servir M. Fouquet par les voyes de la justice, il le ferait; il y estoit obligé, et sa majesté l’avoit trouvé bon; mais qu’il ne le serviroit jamais par une conduite mauvaise et désagréable à sa majesté; que le roy avoit
' PuiMirt.
' Claude Joljful nommé évé<}uecl‘Agen le aS avril i664. et consacré, le i5 mars
l665, dans l'église de Saint-Marlin-dc!* Champs.
* Gendre de Fouquet
sd
JOUUNAI.
Scpumb. iliAs. forl bien reçu cela et avoit dit beaucoup de bien de M. de Charost, et qu’il avoit Tait conduire cet homme prisonnier dans la Bastille.
I,c dimanche septembre, M. de Bar me confirma l'histoire de M. de Chai'ost, et que c'estoit au marquis qu’elle estoit arrivée; que c’estoit un colonel italien qui hiy avoit esté faire la proposition chez liiy.
M. Foucault me vint voir pour me proposer de rapporter le lendemain la production sur le crime d’Estat. Je luy dis que ne l’ayant pas vue , je ne pouvois que la mettre sur le bureau et la lire pour m'eu instruire avec Messieurs. Mc parlant do Bcrryer, il me dit que . M. le chancelier avoit fait son panégyrique de son chef, et que cela n’avoit pas agréé; (|u'il avoit fait injure à messieurs les commissaires et que le fait des procès-verbaux estoit certain.
.\près le disner, M. Chamillart me vint trouver pour me prier de continuer le lendemain l’all'aire des octroys et remettre après la production de M. Fouqiict. Il nie parla d’un arrest rendu par le roy sur la requeste de M. Fouquet pour informer contre M. Colbert de la soustraction des papiers, parccqu’il ne vouloit pas qu’on crust que M. Colbert fust déféré à la chambre de justice, et que l’arrest seroit par luy apporté é la chandire et me seroit mis en main pour y délibérer, et qu’il ne doiitoil pas que je ne me conformasse à la volonté du roy. Je luy dis que, puisque le roy avoit jugé, il ne resloit qu’à obéir et enregistrer l’arrest; et sa visite me parut çstre pourconnoistre si je ne serois point capable de dire quelque chose contre cet arrest. M. Joly me vint voir pour me prier de voir M. le président de Mesmes ' et M. de Montmignou pour entendre leurs propositions sur le fait de sa cure, m'ayant dit la visite et les sentimens de M. l’archevesque. Je vis te .soir .VI. de Mesmes, qui me proposa, comme il avoit fait à M. l’abbé de Colanges, un bénéfice de trois mille livres et cinq cens escus de pension.
Le lundy i5 septembre, le matin, à la chambre, l'on continua l'allaire des octroys. A la fin, ayant demandé à M. le chancelier quelle affaire suivroit celle-là, il me demanda si j'e.slois prest à parler de la
production sur le crime d’Estat. Je luy dis ({uc, ne m'nyanl esté ap- scpiemli. i portée que le samody au soir, je n’en pouvois estre instruit, mais que je la verrois sur le bureau , dont il convint.
Au sortir, je fus chez M. Joly luy dire ma conférence du jour précédent. Il me proposa trois mille [livres] de pension, dont cinq cens escus pour les pauvres de la paroisse, et qu’il donneroit mesme les autres cinq cens. Je vis M. de Mesraes, qui demeura ferme à la première proposition; et [il] avoil raison. M. Joly me vint voir encore, qui insista et me pria de persuader M. de Montmignon, que j’envoyai quérir; mais je le trouvai ferme et avec fondement. ^
Le mardy i6 septembre, le matin, è la chambre, où, au lieu d’achever l’alfaire desoctroys, M. le chancelier voulut qii’oii parlast de la production sur le crime d’Estat; et elle fut commencée par la lecture du préambule de M. Talon et des rosponses de .M. Fouquet.
A midy, chez M, Joly, qui me propo.sa beaucoup de choses; mais il revint é se contenter de la proposition de M. de Montmignon et donner la pension aux pauvres. Il avoit quelque pensée pour le cadet Cbamillart, docteur, fort homme de bien et sçavant; mais il n’y trouva aucune disposition.
Le mercredy 17 septembre, l'on continua à la chambre la lecture des préambules'. A la lin, M. Cbamillart, procureur général, estant entré, dit que M. Fouquet avoit cy-devant présenté rcqiiestc pour informer de la soustraction de ses papiers contre MM. Colbert,
Berryer et Foucault; que la chambre ayant joint cette requesle,
M. Fouquet avoit prétendu que M. Colbert estoit devenu partie, et sur ce fondement avoit donné une requesle de récusation contre M. Pussorl; que le roy en ayant esté informé, luy avoit donné ordre de luy porter cette requeste. Ce qu’ayant fait, le roy favoit fait lire dans son conseil, et l’avoil jugée, et en avoit débouté M. Fouquet; que farrest luy en avoit esté envoyé pour fapporter à la chambre et y estre registré; ce qu’il requéroit.
' Cf. le Journal Je Foucault, t. IX, f* 3^0 v', *q<i.
220 JOURNAL
bepiciiiii- .Soi. Sur ce, M. le chancelier dit que le roy avoit rendu cet arresl pour deux raisons: la première, que M. Fouquet ayant présenté requeste au |>arleinent, par laquelle il s’estoit plaint de la soustraction de ses papiers, contre M. Colbert, le roy avoit déclaré aux députés du parlenicnt qu'il avouoit tout ce qii'avoit fait M. Colbert et qu'il n'avoit pri.s les papiers que par son ordre. Car il y avoit eu des papiers portés de Saint-Mandé dans une cas.settc, et que MM. les commis- ■saircs le sçavoient bien; car, comme M. Fouquet avoit eu part du secret de l'Kstat, le i-oy n'avoit pas voulu qu'on vist beaucoup de papiers importans; que depuis M. Fouquet avoit présenté la niesme requeste à la chambre, laquelle l'avoit jointe, quoyqu’ellc eust mieux fait de l'envoyer au roy |)our en ordonner; qu'il avoit inesme fondé une récusation contre M. Pussort sur cette jonction, et, par un inventaire, avoit dit qu’il espéroit que la chambre décréteroit contre le sieur Colbert; or, que le roy ayant desjà jugé cette requeste présentée au parlement, il avoit voulu aussy juger celle présentée à la chambre, et avoit rendu son arrest, qu'il voidoit estro enregistré, sans que la chambre y délibérast; que M. le cbanccber Duprat', ayant a|>porté au parlement un reglement fait par le roy, il l'avoit donné au greflîer pour l’enregistrer, lequel ayant esté sçavoir du premier président s’il le Feroit, il luy dit de le faire sans diOiculté. Après, s'estant avisé qu'il avoit oublié la seconde raison, il dit que la seconde raison du roy estoit qu'il sembloit dans le monde que M. Colbert fust déféré à la chambre, et que le roy ne vouloit pas qu'un homme auquel il conGoit scs plus secrètes et importantes alTaires fust accusé dans une chambre de justice.
Après, l’arrest fut lu par le greflier, et, sans délibération, M. le chancelier se leva et personne ne parla.
Cette conduite paroist à beaucoup de gens fort extraordinaire et inutile et qui ne sert qu'à descrier tout ce procès. J’ay sçu que cette alTaire avoit esté mise samedy dernier après midy en deUbération
' vtnioine Duprsl, né en i463. chancelier le 7 janvier i5i4, cartUnal en i5a7, mois le 9 juilli-t iS35.
devant le roy, où esloient MM. le chancelier, de Villeroy, Le Tellicr, .s»pi»mb. > Haligre et de Sève, et l’on dit que M. de .Villeroy fui d’avis que le roy laissas! faire la chambre sans s’en mesler. ,
Le jeudy 1 8 et le vendredy i g *, l’on continua la lecture des escrilures sur le crime d’Estat , sans qu'il s’y passa.st rien de remarquable. L’apresdisnée , je fus à Amhoille et je vis, passant à Champignv, M. et M“ de Champigny. J’en revins le lundy au soir a a septembre, M. le ,
chancelier ayant pris ce jour-là pour sa santé.
Le mardy i3 septembre, estant entré à la chambre, j’appris qu’il n'y en avoit point, à cause de la maladie de M. le président de Nesmond.
Au sortir, je fus avec MM. Besnard et Brillac le voir, et nous sçusmes de luy qu’il avoit eu deux accès de lièvre quarte, et que la nuit dernière il avoit eu un petit accès qui faisoit craindre la double quarte.
Le mercredy s4 septembre, point de chambre. Je fus aux collèges du Plessis * et des Jésuites pour mes enfans. Le père Cossart ’ me dit encore des choses obligeantes qu’il entendoil dire de ma dernière action, et que toute 1a famille de M. Colbert avoit fait de grandes instances contre Berryer. "
De là, chei M. de Nesmond, que je vis assez bien, ayant eu la lièvre quarte la nuit et avoit esté purgé à l’issue de l’accès. De là chez M. Boucherai, où je vis M. Barillon*, maistre des reqiiestes, qui me Ut mille amitiés sur ma dernière action, disant que de tous costés il en
* Cf. le Joamai de Foucaali, t. IX , f* 334 V*. üqq.
* Le collège du Pies»» éUiil situé ruu S«int>Jacquca ; Il avait été fondé, en i3a3. par Geoffroy du PlessU. notaire ou pro* tonolaire a|iosto!iquc et secrétaire du roi Philippe le Long. Kn 1647, H fut réuni à la Sorbonne et prit le nom do collège de Pleasis^Sorbonne. Pendant la Révolution, il fut transforraé en prûon. Dans la suite, il servit d’aiupbithéàlre pour les cours de la Faculté des lettres. En i8u6, on y
établit l'École normale. Depuis 1847. le collège du Plessis a été réuni au lycée Louisde-Grand. •
’ Jésuite, né en i6l5, mort en 1674- Le père Cossart avait une réputation méritée de science et do vertu. II a travaillé à l'édidon des Conciles de Labbe et a laissé un recueil do pièces latines.
* Paul Barillon d’Amoncourl, seigneur de Moiicy et de CbétUlon-sur-Mamo. reçu maître des requêtes le 8 mai 1667.
JOURNAL
Sfptrmk. lAKt. avoit ouv bien parler, et que jVstois heureux^de trouver une occasion si belle. ,
Le^'eudy a 5 .septembre, Af. Pccquot m’apporta mes mille livres pour deux mois d’appointemens, et m’a dit, parlant de ma dernière action, que M. Colbert ne s’en estoit expliqué à qui que ce soit, et que, lorsque Pecquot Itiy dit ce qui s’estoit passé, entendant quel , avoit este mon avis, il dit seulement : «Diable! cela est fort, • sans
dire plus; que jamais action n’avoit esté si bien reçue; que Berryer avoit reçu un coup à ne s'en relever jamais, ny dans le monde, ny à l'esgard de M. Colbert, auprès duquel il estoit desjà mal; qu’il croyoil ncantmoins qu'è cause de cette dernière attaque, il [Colbert] lesoustiendroit quelque temps par politique; mais qu’il estoit tombé.
A la chambre, où je fus sans qu’on parlast encore du procès de M. Fouquet, il me dit que Foucault et llotman e.stoient fort mal; que Hotmail se rebutoit et souvent ne sçavoit plus où il en estoit; que M. Chaniillart estoit sans considération; que Foucault se faisoit de feste, mais que cela ne dureroit guère et que cbacuii avoit son opinion diflerente, et qu’il avoit vu M. Colbert à Fontainebleau tout près de rompre la chambre, rebuté de voir tout aller mal; que M. le chancelier avoit souvent des chagrins, et qu’il s’en expliquoit quelquefois avec conliancc A luy; et par son discours il me paroist qu’ils sont bien empeschés et que leur division leur fait faire des fautes. A la 0113101)1-6, après avoir expédié de petites affaires, M. le chancelier nous a donné congé jusques A mardy prochain.
Après le disner, M. de Bar m’a dit le détail de l'histoire du marquis de Charost, et qu'un capitaine italien, ayant porté A M. le comte de Charost père des lettres de M. de Saint-Aignan pour obtenir quelque employ pour luy, et ayant eu quelques entretiens avec le marquis de Charost, enliu luy avoit dit qu’il scavoit le moyen de sortir M. Fouquet de la Bastille; et que, le marquis ayant respondu qu’il eu vouloit communiquer A son père, qui estoit A Vincennes, cet homme l'avoit suivi, étayant monté dans la salle des gardes, le marquis de Charo.st l’avoit fait arrester par deux gardes, l'avoit dit A
! by
D'OLIVIER LEy^ÈVRE DORMESSON. 223
M. de Saint-Aignan , qu’il avoil pri^ de n’en parler au roy qu’en sa s^rtnub. i66j. présence; que M. de Saint-Aignan avoit néantnioins parlé au roy avant luy, et que le marquis do Charost ayant abordé le roy liiy avoit dit la chose; que le roy l’avoit fort bien reçue et en avoit parlé depuis avec beaucoup de satisfaction; que le lieutenant criminel avoit ioteiTogé cet homme, et que l’on se dellioit que ce fust un piège.
Il m’a dit l’alTairc de Gigéry alloit mal ' ; grande division entre les chefs, plaintes réciproques, pertes fréquentes d’hommes; que ceux d'Alger avoient pris une dépcsche du roy au grand seigneur contre l'empereur; que le pape l’avoit sçu; que nous estions fort mal à Rome, et que l'on munnurc; qu’il se fait untrtigue contre nous; que le bruit de la maladie du roy d’Espagne a esté ime feinte pour connoistre nostre sentiment, et qu’on avoit vu que le roy avoit aussytost pris la résolution d’aller en Flandre; qu’il y avoit un homme <)ui avoit descouvert une entr eprise contre la personne du roy et qui clierchoit celuy (jui luy en avoit parlé; qu’on disoit que M. d’Estrade’ en avoit escrit.
Le veudredy a6 septembre, je fus après le disner è Amhoille, et le samedy matin au Jard retirer Fanrhon *. L’infirme me parut assez raisonnable sur cette séparation; et elle se pssa bien, vu les lettre.s qui m’avoient esté escrites pour me faire changer ma ré'solution.
Le dimanche 38 septembre, M. et M“' de Fourcy nie*vinrent voir à Amboille, et retournèrent à Chessy le lundy; et moy je revins à Paris.
Le mardy 3o septembre *, M. le chancelier entra incontinent après huit heures, et aus.sytost fit parler de la production ^e M. Fouquet, sans attendre M. le président de Nesmond ny en parler. Ccluy-cy rtitra un quart d'heui'C après. 11 me panit qu’on eust esté aus.sy ay.se
‘ Le duc de B^ufort abandonna Gigéri ic So^tobre 1664.
* Le comte d’EsI rade élait ambassadeur en Hollande. Se» dépêche» ont été publiée». Il mourut en i6S6.
’ Il s*agil prc4>ablen>ent ici d'Antoine- Fran^i»-de-Paule LcTèvru d‘Orme»soii, né CO mort en 1719-
* Cf. le Jaamal dr Foucaalt, L IX, f" 336, »'qq.
JOURNAL
OfinUrr 166* qu'il ne fust pas venu. J’oubliois’que, sy lost que M. le chancelier fut entré, il dit que le roy vouloit que l'on entras! tous les jours à huit heures précises, et que l'on ne cessas! pas inesme les saniedys. L'on cm! que c'estoit pour exclure M. de Nesmond à cause de sa fièvre, parcequ’il ne seroi! pas capaltlc de porter ce travail.
.A la lin de la chambre, parccque M. de Nesmond n’avoit pas esté présent à ceUc déclaration, M. Piissor! pria M. le chi^cclier de s’expliquer encore sur cela, et M. le chancelier répéta ce qu’il avoit dit; mais il ajouta avec chagrin que l'on mettoit sa santé i bout, et qu’il la falloit -sacrifier pour contenter le roy. Quelqu’un de la chambre me dit que le roy avoit dit à M. Guénaut qu’il falloit que M. de Ncsmoud se conservas!; qu’il ne se pressas! pas de travailler, parcequ’il valoit mieux ne se pas haster que de tomber après tout-à-fait.
Le mercredy 1" octobre, le jeudy a et le vendredy 3, on continua la lecture de cette procédure avec le inesme empressement, commençant incontinent après huit heures, sans qu’il se passas! rien de remarquable
Le vendredy au soir, M. Foucault me vint voir pour sçavoir mes sentimens sur ce qui estoit à faire à la chambre, après que la production sur le crime d'Estat seroit achevée. Je luy dis que M. le chancelier avoit marqué ce qui devoit estre fait ayant fait commencer la lecture des procès-verbaux et qu’il falloit l’achever. Il me parloil des longues escritures que M. Fouquet devoit donner, et [demandoil] ' si M. le rapporteur ne devoit pas faire connoistre celles qui .seroient
inutiles. Je lu^ dis que ce qui seroit inutile seroit traité comme inutile; mais que, pour juger s’il estoit inutile, il falloit le lire et avoir du temps pour cela. 11 en convint. ‘
J’appris que le jour précédent la chambre des vacations avoit condamné un gentilhomme i avoir la teste tranchée, luy appelant d’une sentence de Chartres qui ne le condamnoit qu’à estre blasmé et en trois mille livres de réparation. Il s’estoit remis volontairefticnt prisonnier et n’avoit esté ouy que derrière le barreau, sans qu’il y ' Cf. le Jorimnl de èencae/l, l. IX, f" SSS-Sàg.
eust appel a minima du procureur général ny de la partie civile, qui Octoiire istii. ne solllciloil pas, et que le rapporteur ayant esté d’avis de confirmer la sentence, M. de Petit-Marets avoit le premier opiné au bannissement et un autre ensuite à la mort, qui avoit esté suivi, et qu’il avoit passé pour maxime que Messieurs pouvoient suppléer im appel a minima; que l’action de ce gentilhomme estoit d'avoir voulu, avec plusieurs autres, enfiimer un homme dans sa cave, et que, [cet homme] en estant sorti, ils l'avoient maltraité de coups, dont néantmoins il n’estoit pas mort.
Le samedy 4 octobre, la lecture de la production de M. Fouquet sur le crime d’Estat fut achevée avec celle de la requcstc de contredit de M. Chamillart fort sommaire*.
Après le disner, je fus mener mes enfans, l’un au collège du Plessis, et Fanchon aux Jésuites, entre les mains du père Cossart, qui y agit avec plus d’affection que si c’estoit son neveu. ^
Le soir, MM. d’Aligre et de Sève me vinrent voir dans mon cabinet, et me demandèrent un imprimé de la production de M. Fouquet, que je leur prestai.
M. de Saint-Martin*, conseiller, me dit qu’il y avoit une déclaration pour la révocation de la chambre de justice à l’esgard des condamnations civiles, que l’on convertiroit en taxes, qui seroient faites eu esgard aux affaires et aux biens et facultés des taxables, et que l’on parloit encore d’une autre déclaration, qui réduiroit le procès de M. Fouquet au crime d’Estat. A quoy il n’y a aucune apparence. 11 s’en alla à cause de ces messieiu^.
Le dimanche 5 octobre, M. Chamillart me vint voir, qui me parta
' Cr. le Journal <U Foucauht i. IX, f* 34o-
’ M. de Saîn(-M&rtin était conseiller à la troiüicme chambre de$ enquêtes du par* loment de Paris. Le Tableau du parlement en parle en ces terwcD : «A de l'eaprit, savant enjurisprudence et en bellea-lettres, retient néamnoii» un peu de l'école, tel
estimé dans »a chambre; U est de U religion [réformée]; a espouaé une nièce de M. Delorme (le financier), deapendant de M. le mareaclial de la Force, dont U a lousjourA fait les alTairea, et par le crédit duquel on croit qu'ii a esté fait conseiller, est fort attaché à M. de Tureruic. •
JOURNAL
Octobre i66i. (l'aboixl de t>e$ reqiiestes : l'une de contredit sur la production de M. Fouquet, l’autre de réduction des procès-iterbaux à trois, et me tesinoigna fort que c’estoit son ouvrage, sans qu'aucun autre y eust part. Il m'expliqua ensuite sa conduite é l’esgard de Rerryer, dont il est tort mal satisfait, le traitant de coquin et de fripon, me dit toutes ses intrigues pour se rendre nécessaire, scs faux rapports de tout le monde ; qu’il avoit ouy mon rapport sur les récusations et qu’il avoit dit : ce coquin iCOrmesson; [il] ni’a dit qu’il en avoit parlé à M. Colbert comme d’un fripon qui trouipoit tout le monde, et que M. Colbert luy avoit dit qu’il le couuoissoit pour tel, mais qu’il [Bcrrycr] n’osoit le tromper, et ainsy qu’il s’en servoit; que, pour moy, on disoit que j’estois contraire aux intérests du roy en toutes choses; qu’il avoit souvent ouy dire à M. Colbert qu’il ne le comprenoit pas; car il me croyoit homme de bien, et qu’il falloit que je crusse que le roy eust tort et que M. Fouquet avoit raison, et que ce qui avoit donné plus <le peine estoit ce que j’avois fait à la Bastille à l’esgard des registres de l’espai^ne de M. de Guéoégaud, lorsqu’il les avoit voulu faire retenir; que Berryer disoit tousjours que j’estois contre le roy, parce qu’estant fort maltraité par M. Pussort il vouloit le mettre mal auprès de M. Colbert, disant que c’estoit M. Pussort qui me donnoit tousjours du chagrin et estoit cause que je prenois des avis contraires.
Voyant M. Chamillart me disant toutes choses franchement et sans linesse, je luy dis que je ne sçavois pas le détail de ces choses, mais <^uc j’avois tousjours cru que Berryer faisoit des rapports, et que cestoit luy qui avoit obligé M. Colbert à venir parler à mon père. Il me dit qu’il estoit vray, et qu’il disoit qu’il voyoit souvent mon père , lequel se plaignoit du mes sentiniens et en tesmoignoit bien du desplaisir; et luy ayant respondu qu’il y avoit plus d’un an que Berryer n’avoit mis les pieds céans, il se prit à rire disant : > Voilà des fourbes du personnage.» 11 me dit comme M. Hotman le hayssoit à mort; que Foucault et luy, Chamillart, avoient tousjours esté bons amis; enfin, il me dit bien des choses.
©i§itize<rbyt*îî)Ogl e
Le lundy 6 octobre, le matin, à la chambre, où il ne se passa rien Ociotn* (664. de considérable
Le mardy 7 octobre, voulant rapporter deux requestes de M. Fouquet, l’une pour avoir une copie en forme du testament de M. le cardinal, M. le chancelier s’emporta d’abord, di.sant qu’il ne falloit point recevoir ces requestes; quelle apparence que ce testament fiist à la chambre de justice? et s’eschaulfa fort, s’en prenant® quasy à moy, et comme un homme qui estoit en garde contre tout ce que je disois, comme si j’estois l’avocat de M. Fouquet : ce sont des instructions de Berryer. (4 chagrin m’obligea de luy dire que je ne croyois pas pouvoir me dispenser de recevoir des requestes, et, les ayant reçues, d’en parler. Cela le fil revenir et dire que je faLsois bien; mais que M. Fouquet, etc. Enfin, pour l’apaiser (car il n’osoit pas me demander mon avis), je dis que je ne croyois pas cette rcqiie.stc juste, mais qu’il falloit la communiquer au procureur général avant que de la juger. Il en fit mesme difficulté. Néantmoins mon avis ayant esté du toil monstre, fut suivi. Aucuns ayant dit qu’il falloit mettre néant, et M. le chancelier y ayant insisté, j’y revins®.
Je parlai ensuite d’une requeste de M. Fouquet par laquelle il demandoit que M. le procureur général se désistast des accusations
' Cf. le Journal de Foucault, t. IX, r* 3Ao, sqq.
* Celte phrase a élé allérée dans plusieurs des copies du Journal d'Olivierd'Ormesson, entre autres dans celle que conserve la famille d'Orme.sson. On y lit : • $*en prenant fort à moj, comme si j*eslois l'avocat de M. Fouquet; <7 parlait iui‘ vaut les intentions de Rerryer. •
* Ce passage est assea obscur, et il semble élraiigu qu'OIiv. d'Ormesson ait abandonné son avis que suivait la chambre. J'ai fidèleiucnt reproduit le (eite autographe. La copie déjà citée a une le<^an toute diiïérentc. Voici la phrase : • .'\ucuns
ayant dit qu'il failoit mettre néant, et M. le chancelier ayant hésité, U revint à mon avis. * Leri'sumédc Foucault ((. IX, fS?) prouve que le manuscrit autographe, mnlgré la Tonne étrange de la phra.se , exprime !a vérité : *.M. le chancelier a dit qu’il ne falloit point escouler de semblables requestcA pleines d'artifices et de mauvais dessein; que le toit monitrtf seroit inutile, puisque, quand le procureur général le consenliruil, il ne souiTriroit jamais que la chose passas! sans en avoir parié au roy. Chacun est revenu i l’avis de mettre néant, à l'exception de M. du Verdier, qui a persisté au soit monstré. *
JOURNAL
Ixiobre
comme des procès-verl)aux. M. le chancelier harangua fort sur cela et prévint, disant son avis. Après, ayant pris l’avis de joindre la requestc et ayant raisonné selon les règles, il me parut estre persuadé que son discours m’avoil redressé, et je fus suivi de tous. Enlin, je remarquai ({u’on rempht M. le chancelier d’instructions fausses sur le procès et contre moy, et que c’est l'ouvrage de Berryer. Ce qui ne m'estonne point du tout, et je luy dis la vérité des choses sans m’embarrasser, en sorte qu'au sortir M. de Brillac me vint dire que j’eslois bien sage, et qu’il auroit bourré M. le chancelier et que je fai- ■sois fort bien. •
.Au sortir de la chambre, M. le chancelier dit que tous les procèsverbaux estant lus, on irait le lendemain è l'Arsenal entendre M. Fouquet, s’il ne donnoit une production. Ayant dit, comme par histoire, que le frère de M. Fouquet m’avoit dit que l’on donnerait une production le jour luesme. Foucault me dit : • Vous avez bien envie d’empcscher qu’on aille è l’Arsenal. • Je luy répliquay : ■ Voilà mal prendre ce que je dis fort simplement '. • Ce qui me fait observer que ces gens-là sont si prévenus qu’ils empoisonnent tout ce qu’on dit, et il ne faut plus parler.
Après disner, MM. Chamillart et Foucault vinrent me demander les conclusions de M. Talon, pareequ’il falloit en donner de nouvelles. Je les tirai en leur présence de mon tiroir fermant à clef et je les leur rendis cachetées, comme on me les avoit données. Foucault se récria, disant que cela estoit fort beau de ne les avoir pas ouvertes et Cbamillart, que j'avois agi en homme de bien et comme il auroit fait.
' M n'y a pas un mot de ces observaliona dans le Journal de FotxcauU.
* Journal d$ Foacaalt, t IX, f*3ii3 r* : • Ces conclusions, qui avoient esU^ mises ès mains do M. le rapporteur depuis dixhuit mois, ayant este par luy repréaentéen en ma présence, elles ont esté trouvées closes et cachetées du cachet de M. Talon; et sur ce que j'en ûs l'observation
comme d’uno chose singulière que M. le rapporteur n'eust pas iu des conclusions qui ne luy avoient esté déposées que pour les voir et en ûtire le rapport, il dit qu'il n'âvoit aucun désir prématuré en cette ai&ire; qu'il faisoit ce qui luy estoit pos> sible pour ne se point prévenir, et qu'il ne vouloil voir les choses qu'en leur lieu et en leur temps •
y Cioogle
Il m’est revenu depuis que cette exactitude avoit esté dite à M. Colbert et fort approuvée.
Le soir, M" Fouquet vint; et le clerc d’Auzanet m’apporta une production sur les octroys, dont je donnai avis aussytost.
Le mercredy 8 octobre, le matin à l’Arsenal, où on lut la production sur les octroys. D’abord ayant commencé à lire une pièce, je vis que M. le chancelier m’escoutoit impatiemment, croyant que je lisois des pièces inutiles pour gagner du temps '. Cela lit que je donnai toutes les pièces à lire è M. de Sainte-Hélène, qui les traisnoit bien plus que moy, lisant tout, ne sçaehant pas ce qui estoit nécessaire.
Après le disner, à Aniboille avec de Bourses pour toiser, d’oii je revins le lendemain. Teste de saint Denys.
Le vendredy lo octobre*, à l’Arsenal, je rapportai deux autres requestes de M. Fouquet. D’abord M. le chancelier se chagrina à l'ordinaire, prévenant toute la compagnie de ses sentimens. L’une estoit de contredits; l’autre pour faire compulser une pièce; je fus d’avis de lajoindrc. Ce matin, je parlai beaucoup pour expliquer les billets de la consommation des octroys, que personne n’entendoit. Le clerc d’Auzanet me Gt appeler pour me remettre la production sur les six millions; mais de l’inventaire, il n’y avoit que moitié, à cause de sa précipitation; car l’on avoit donné des ordres à M. d’Artagnan pour conduire M. Fouquet à la chambre. Ce qui avotfr esté fait pour le presser de produire.
Le samedy 1 1 octobre à la chambre , chez M. le chancelier. Après que la lecture fut achevée de la production sur les octroys et d’une requeste de salvalion de M. Fouquet contre celle du procureur général, M. le chancelier me demanda ce qu’il y avoit à faire. Je luy dis que j’avois apporté la production sur les six millions et l’inventaire, comme il m’avoit esté donné. Ayant demandé s'il estoit signé,
' Cf. 1« Joamal de FoacauU, l. IX, FoacauU garde toujours le silence sur In f* 343 r*. Il ne parle paa de l’impatience niauraisG liumeur do chancelier, témoignée par le chancelier. ’ Cf. le Journal de Foucaall , t. IX ,
* Id, ibid, P* 343^344. Le Journal de f* 344
OcUsbrr i6A‘i.
JOURNAL
oiniitf i66< je luy dis que non, cl f[u’il paroissoit que cette première partie avoit •
esté séparée d’une autre. Il répliqua; «N’estant pas signé, ce n’est qu'une paperasse sujette à désaveu'; « et il se leva disant: • S'il ne fournit son inventaire, nous irons à l'.\rscnal. •
Foucaidt m’ayant prié d’en faire avertir les avocats de M. Fouquet, je luy dis que je ne le ferois pas sans ordre de la chambre ou de M. le chancelier, et que j’avois raison de ne le pas faire, et que je vovois fort bien que M. le chanccber avoit grande peine quand je parlois des requestcs de M. Fouquet et qu’il luy senibloit que je les sollicitois. Sur ce Foucault me dit ; • Je vous prie de croire que M. le rhancclicr n'est pas avoué de tout ce qu’il dit et de ce qu’il fait. ■ Et ensuite M. Chamillait me pria de faire avertir les avocats.
M. de Nesmond n’entra pas cette matinée, ayant la fièvre, et M. le chancelier dit au sortir é un de Messieurs, qu’ayant manqué il ne pouvoit plus revenir, et il tesmoigna joye qu’il fust exclus.
Le soir, MM. Auzanct et Lhoste me vinrent voir au sortir de la Bastille. Je leur dis la résolution de la chambre. Ils me dirent qu'ils foumiroienl le lendemain le surplus de finventaire; qu’ils n’avoient plus que deux ou trois productions à donner, et que ce procès finiroit bienlost.
Le dimanche ta octobre, à midy, l’on m’apporta la production entière des six millions, dont je donnai avis à Foucault.
Le soir, je vis Al'” de Sévigny, qui estoit revenue de Bourgogne en bonne santé.
Le lundy 1 3 octobre ’, l’on commença la lecture de la production sur les six millions; et M. le chancelier m’ayant interpellé d’expliquer quelque chose, je luy dis que, n'ayant pas vu les escritures, je ne puuvois en parler.
Le mardy 1 4 octobre ’ et le mercredy 1 5, l'on continua cette lec-
' Tout ci‘U est fort sdouci dans le Joar nul de Fotuaulf. Il se borne à écrire : * M*' le cbanceber a dit que l’on ne considéroit point en justice des actes de celle qualité, et que si l’accusé ne si^noit et ne
donnoit sa production complète dans demain . h clitinibrc prendroil sa séance lundy à rArsenal. • {T. IX, f" 365 r’,)
* Cf. /oum. de FooCMalt, I. IX. f” 366 V.
* Id. ihid f* 365 r”. sqq.
lure, sans qu’il se passas! rien à remarquer, sinon que M. Pussort Ociobrr i6«i. donne les contredits sur-le-champ à toutes les pièces, et fait plus que le procureur général , contredisant tous ceux qui forment la moindre difficulté ', et M. le chancelier ne trouva aiicimo raison bonne et dit son avis à toutes les inductions.
Le jeudy i6 octobre*, chei M. le chancelier. M. le chancelier, après quelque lecture, commença à dire et répéter tout ce qu’il sçait sur cette aflaire. M. Pussort luy répUqua, et cela forma une contestation assez longue. Après quelque autre induction lue, M. le chancelier reprit encore, et je le relevai pour faire entendre quelle estoit l’induction. Après, ayant repris sur mon discours, il acheva disant le sentiment de M. le rapporteur. Après qu’il eut achevé, je luy dis que je n’avois pas dit mon sentiment, mais l’induction. Il crut que je luy reprochois de dire le sien; il répliqua que quand il parioit, il ne disoit pas son avis; mais qu’il estoit obligé de relever les difficultés, et pour me piquer il me dit que c’estoit le Saint-Esprit qui m'inspiroit.
Je luy répliquai que jusqu’à présent je n’avois eu aucune communication avec le Saint-Esprit, voulant marquer que j’avois la teste bonne.
11 reprit qu’il ne le disoit pas pour blesser, et, adressant la parole à M. de Sainte-Hélène : • Voilà M. de Sainte-Hélène qui ne dit mot. »
Celuy-cy ayant respondu qu’il n’estoit pas nécessaire qu’il parlas!,
M. le chanceh'er répliqua: • Pourquoy? N’estes-vous pas aussi rapporteur? Que ne parlez-vous’? » M. de Sainte-Hélène dit: « Si vous me voulez dispenser d’eslre rapporteur, vous me ferez plaisir. •
’ Cf. le.JooJTia/ de Foucault, t. IX.
' Id. ibid f** 346. 347. 348s 349, 350t 35i.
* Oo iitdaiu \eJoamaldeFoncaait, t. IX, f* 349 f* : • M** le cbancelter a dit asseï sèchement à M. de Sainte-Hélène : • qu‘il ■ gârdoil un bien profond silence ; que tout • le monde avoit sujet de s'en entonner. •
Foucault ajoute en note : • Peu de temps
après , le chancelier m'a fait venir pour me dire tout bas quej'eusse à (aire entendre à M. de Sainte-Hélène qu'il ne devoil pas prendre en mauvaise part ce qu'il renoît de luy dire; que ce n'esloit que pour luy donner occasion de demander à M. d‘Or> messon la communication du procès et qu’il n'eust point de préteile de le refuser. Ce qui ayant ^té rapporté à M. de Sainte-Hélène, il Ta fort bien reçu, ^
JOURNAL
Onotirc 166/s. M. Regnard, ofl’ensé de tout ce procédé, dit: «Cest une chose estrange que l’on voye une production que les rapporteurs n’ont pas vue. • M. Pussort luy respondit avec chaleur: • Il vaut autant que vous disiez qu’il ne faut jamais juger ce procès. > M. le chancelier ajoutant : ■ Est-ce que vous y trouvez à redire.^ • M. Regnard luy répliqua : • Pour moy, je ne le ferois pas. • M. le chancelier reprit:» Eh! bien, si vous ne le vouliez pas faire, on vous prieroit de vous retirer*. » A quoy M. Regnard ne répliqua rien et fut fort sage. Ainsy il parut a.ssez de chaleur de la part de M. le chancelier et de M. Pussort. Je ne sçais si c’est pour faire querelle. A onze heures et demye, M. de Massenau ayant demandé permission de se retirer, M. le chancelier luy a dit qu’il le pouvoit; et, au lieu de faire cesser, n’y ayant qu’un demy-quart d’heure de travail, il a fait continuer.
Le vendredy 1 7 octobre'*, l’on continua la lecture sans que M. le chancelier dist une seule parole durant toute la matinée. Je ne parlai pas non plus, et M. le chancelier, en se levant, dit : • On n’a rien dit; mais on n’en est pas mieux instruit. »
Le soir, voir M. le premier président.
Le samedy 18 octobre, feste de Saint-Luc, je fus à Amboille avec mon frère le minime, et je revins le dimanche, mon carrosse ayant rompu à la montagne. Mon frère me dit qu’il sçavoit de bonne part que Bcrryer, m’entendant opiner sur ses faussetés, disoit : • Comme ce coquin d’Ormesson opine pour ce fripon de Fouquet î •
Le lundy ao octobre^, on acheva la lecture de la production sur les. six millions, et je portai la production sur le marc d’or, q\ii fut reçue.
Le mardy 2 1 octobre*, je parlai de la requeste pour faire reconnoistre à M. le procureur général les lettres de M. le cardinal produites sur l'atlaire des six millions. M. le chancelier ayant insisté qu’il ne falloit pas s’engager à cela , je dis que je ne sçavois pas pourquoy
’ Cf. le Journal de Foucault, t. IX, ’ Journal de Foucault, iùid. f* 35 1.
f' 35o. Il rapporte It« mimes choses en * Id. ibid. f* 35 1 t’.
les ailiiiuant. ‘ Id. ibid f“ 35 1 -354-
M. le procureur général donnoit des conclusions à débouter, et qu’il Ociobre i6U i. n’avouoit l’oscrilure sauf à en tirer des conclusions contraires à celles de M. Fouquet; qu’il n’estoit question que de la forme, et que , pour demeurer dans les régies, j’estois d’avis de permettre k M. Fouquet de les vérifier.
M. de Sainle-Héléne disant que ces pièces, estant produites par l’accusé, n'avoient point besoin d’estre vérifiées si le procureur général ne les désavouoit, conclut à joindre. A son avis se rangèrent MM. Pussort, Ferriol, Nogués, Gizaucour, Hérault, Rocquesantc.
M. de la Toison fut d’avis que, dans ti'ois heures, le procureur général seioit tenu de reconnoistre, sinon permis de vérifier. MM. du Verdier, La Baume, Massenau, Catinat, Le Féron, Moussy, Fayot,
Brillac, Rcgnard, Besnard, Poutebartrain, furent de mon avis;
MM. Poncct et Voisin, au contraire. M. le chancelier, voyant qu’il passoit à mon avis, dit : ■ Il faut mander le procureur général, et qu’il fasse sa déclaratiori. • Et en cD'et, le procureur général, mandé, dit qu’il n'avoil pas encore donné ses contredits; qii’il les donneroit et parlcroit sur ces pièces; et, s’estant retiré, M. le chancelier proposa d’attendre h délibérer sur cette requeste, en voyant les contredits. Je me rendis à cet expédient, et il fut suivi. Après, on commença la lecture de la production sur le marc d’or, et M. le chancelier fit lire les pièces produites par le procureur général pour insinuer et faire valoir cette accusation.
Le mercredy aa octobre', .Vf. le chancelier commença par expliquer falTaire du marc d’or et redire mille choses inutiles. Foucault estoit derrière moy, qui me disoit : • Ne dites mot. • Enfin, je voulus parler d’un travail que j’avois fait pour expliquer cette affaire et faire voir Ja difficulté. M. le chancelier, persuadé que je ne puis jamais parler que contre le procureur général, ne voulut jamais le .soiilfrir.
Je le propo.sai trois fois exprès, et tousjours il l’empescha*. Cepen-
' Cf. le Journal tU Fauraull, t. l\, tant parler de son mémufre à divcraca r* .354 V* et 355. reprises. M*' le cliancelier l'a interrompu
' Ibid, f* 354 T* : ■ M d'C>nuesBon vou- autant de fois pour parler, en sorte que it. 3o
JOURNAL
Otiobrr iM4. liant M. Pusaoii avoit lu mon mémoire et l’avoit fort approuvé , disant qu'il esloit fort nel , et s'estonnoit comme cela p’avoit point esté relevé par le procureur ^néral. 11 me fallut expliquer plusieurs choses de l’cspargne, et M. le chancelier recommonçoit toujours ce qu’il sçavoit, sans s’arrester à la véritable difficulté.
M. Fayct se trouva mal cette matinée; il eut ime grande foiblesse chez M. le chancelier; estant sorti de la chambre, il perdit mestue connoissance et ne put cstrc saigné'. Ncantmoins, estant revenu, il s’en alla chez luy. M. Pussort disoit bas : • Il faudroit cesser cl l’attendre; car un homme qui a esté absent demy-heurc ne peut plus estre juge. • Ce qui marque .son envie qu’il ne soit plus juge.
Mon fils revint de son voyage.
Le jeuily î3 octobre’, l’on acheva la lecture de la production sur le marc d’or, .sans que personne parlast. A l’enliée, ayant monstre une production nouvelle qui m'avoit esté apportée sur le chef des vingt mille livres de la pension des gabelles, M. le chancelier voulut empescher qu'elle ne fust reçue, disant que M. Fouquet en doniieroit encore d’autres, et que cela estoit de conséquence. Ayant insisté, il me dit qu’il falloit que je la visse auparavant pour sçavoir ce que c’estoit, et que j’en parlerais samedy. Je luy respondis que je ne me chargerois pas de dire si elle serait bonne ou mauvai.se; que je voulois bien la voir; mais que, dès à présent, j’estois d’avis de la recevoir, quelle qu’elle fust, le chef d'accu-sation me paroissant très important’.
A la fin de la lecture de l’inventaire du marc d’or, deux lettres de M. le cardinal ayant esté lues’ sur les neuf cent mille livres envoyées à la Fère après l’affaire de Valenciennes, il m'a paru que Messieurs
M, d'Omiesson. lajsé de ce» fréquente»
interruptinn» . a esté obligé de *e réduire A U lecture de la production. »
' Foucault raconte le môme incident (t IX. f* 35Â V* de »on /ououil).
' Cf. Joum,deFoK. iW. f" 35 5 v* et 366.
' Môme discussion dan» te Journal de Foucault, ihid. f* 355 v*.
• Ibid, f* 356 r* : « Lecture a esté faite de quatre lettres de feu M. le cardinal à M. Fouquet. »
en estoient touchés En »c levant, un de Messieurs ayant dit : • M. le OrinWc i66t. cardinal donnoit là de bonnes paroles à M. Fouquet; » M. Pussort répliqua : • Si l’on sçavoit celles que le roy luy dit la veille qu’il bit arresté, elles estoient bien plus fortes. • Ce discours m'a paru fort indiscret.
A la sortie, Rocquesante m’a dit que cette lettre favoit attendri, et que Ferriol luy avoit dit qu’il en avoit senti des larmes, (|Uoyqu’il ne fust pas fort tendre. Ferriol m’a dit ensuite la mesme chose, et m’a paru, ainsy que M. de la Toison, eatre tourné asseï bien pour M. Fouquet.
Le vendredy s4 octobre*, on commença la lecture de la production nouvelle de M. Fouquet sur la pension des six vingt mille livres des gabelles; il fallut que j'expliquasse les moyens.
Le samedy aS octobre*, on commença les salvations de M. Fouquet contre les contredits de M. Talon sur la pension des six vingt mille livres.
Les dimanche, lundy et mardy feste de saint Simon*, je travaillai dans mon cabinet sur la production de M. Fouquet sur les six millions, pour avancer.
Le mercredy ag octobre*, M. Fouquet présenta à la chaiidtre une requeste, par laquelle, sur l’absence de M. Fayet, il déclaroit que, estant le seid intéressé, n’ayant esté lu que do ses escritures, il déclaroit qu’il consentoit qu’il continuast à entrer. M. le chancelier, qui en estoit averti (car j’avois envoyé cette requeste à Foucault), commença par dire qu’il avoit envoyé sçavoir des nouvelles de M. Fayet; qu'il luy avoit mandé sa santé n’estre pas encore bien forte*; et, après
* Cf. le Journal Je Foneaiüt, I. IX.
f* 356 f* : « M. Regnard a tesmoigné par dc^ signes de main . à rliaque article, qu'il prenoit plaisir à la lecture de ces lettres. •
* Ibid. 3.56.357. Le proc^verbal de foucault, pour celte séance, est trésétendu.
* Ibid, f” 357 V- b 358.
• C'étail un des jours fériés où ne sié* geaient pas les cours de jusUce.
' Cf. le Journal de Foucault, L IX , f 358-363.
* Ibid, f* 358 r* : «Ce jour, .51. le cliancetier a dit qu'il euvojra le jour d'hver visiter M. Fa^et pour apprendre des nouvclles de sa santé; que ledit sieur Fayet
JOUK.NAL
f)<ir.i.rr la lecture de la requeste , il remonstra qu'il estoil extraordinaire qu’un accusé demandast un juge; que, s’il falloit attendre, on ne liniroit jamais, cl prévint toute la compagnie de son sentiment. 11 n’osoilme demander mon avis. Enfîn je dis que cette requeste ne convenoit pas à une partie; qu’il estoit de la discipline de la compagnie de juger si -M. Fayet devoir rentrer; qu’il faudroit sçavoir s’il le dé.siroil; mais qu’après quatre jours d'absence je n'estimois pas qu’il dusl revenir; et je fus d’avis de rendre la requeste. M. Pussorl, quoyque du mesine .sentiment, ne put s’empescher de parler avec emportement*. Le seul .M. Câlinât fut d’avis de mander M. Fayet.
Le jeudy 3o octobre’ et le vendredy 3i’, veille de la Teste des .Saints, contrairement à l’usage, on acheva la lecture des salvalions .sur toutes les pensions. Après, M. le chancelier m’ayant demandé ce que j’avois encore, je luy dis n'avoir plus rien, mais qu'il falloir que je visse les productions qui avoient esté lues, pour en rendre compte.
L’apresdisnée, M. Chamillart me vint proposer de reprendre pai' récapitulation tous les chefs et commencer par les oclroys, et qu’il donneroit, le lendemain des Testes, sa requeste de contredit sur celte affaire. Je luy dis que je ne pouvois pas parler d'une alTaire sans l’avoir vue, et que, pour l’ordre de ce qui estoit à faire, il despendoit ' de M. le chancelier. Ainsy il s’en retourna sans aucune résolution.
Il me dit avoir deux mille livres d’appointemens par mois; et luy ayant ilil que je n’avois que cinq cens livres et que je disois quelquefois à M. de PonU hartrain qu’il estoit injuste qu'il cust le double de muy pour ne rien dire, à mesme temps il m’offrit de m’en faire donner davantage et d’en parler é M. Colbert. Je me récriai et le priai instamment de n’en pas parler; il me le promit.
Le soir. Foucault me vint encore parler pour rapporter le inercredy. Je luy dis que je ne perdrois point de temps, mais qu'il fal-
' Cf. ic Journal de Foacautt, t. IX.
* lind. f 3G3-364.
' litd. f" 36^-366.
dit k ccluj (|ui 1« visita de sa part, qu’il se trouvoil asm bien ; mw> quil n'y avod pas moyen de \enir avec le ehanceherf qai estoit infatiqahle^ •
D’OLIVIER LEFÈVRE DORMESSON.
loil que je lusse les escritures auparavant. Je luy promis de me dis- \<»<.mb. ist-t poser à parier sur les octroys le mardy.
Le samedy i” novembre, M. Clianiillarl me vint dire (pi’il avoit le matin assemblé son conseil et résolu qu’il donneroit sa requeste île contredit tout é la fois, pour mettre ensuite M. Fouquet sur la sellette, et après qu'on me donneroit tout le temps que je voudrois pour me préparer à faire mon rapport.
Le dimanche a novembre, au matin, je vis M. Le Tellier, avec lequel j'eus une conversation fort honnestn sur les affaires de la chambre.
Le mardy 4 novembre', à la chambre de justice, on commença la lecture d’une production de M. Fouquet sur les quatre presls’.
Le jeudy 6 novembre’, on commença la lecture des salvalions de M. Fouquet sur le fait des sucres et cires; sur quoy, M. le chancelier estant instruit, discourut beaucoup à son ordinaire.
Le vendredy y novembre *, M. Auzanet me vint voir le soir pour ajouter quelques pièces sur les sucres et cires. Il me dit que M. Fouquet ne donneroit plus qu’une production sur la nullité des inventaires, et après ne produirait plus; que jamais il n’avoit eu l'esprit si libre ny si ferme, et qu’il admirait sa force.
Le limdy lo novembre’, à la chambre. La lecture des salvalions des sucres estant achevée, M. le chancelier me demanda si je n’avois plus rien. Je luy dis ce que M. Auianet m’avoit dit. Il me répliqua ;
• (icla est si vray, que M. Fouquet dit avant hyer à M. d’Artagnan qu’il avoit achevé sa dernière production, et que, si M. le procureur général ne donnoit rien de nouveau, il n’escriroit plus. Sur rpioy M. d'Artagnan luy ayant demandé s’il luy disuit pour le dire au roy (car autrement il estoit oblige au secret), il luy répliqua qu’il le pi ioil
* Cf. le Joamai Ât Foaeault, l. iX, f*' 366*371. Le* procès-verbaut de Fou* cauU sont très-éiendus pour ces séances, et attestent que les diseussions y furent irès-TÎves.
’ La lecture de cette production est
placée au 5 novembre par Foucault (ifnd f 367 *•).
' Cf. le JotLrnal de Foucnult, tbiti.
' /Aid. f- 376.377.
• Ibid, r- .379.380.
JOURNAL
Noifmb. i«64. He le dire au roy; qu’il ne prétendoit point fuir le jugement, et qu’il estoil prest à respondre, quand on voudroit l’interroger.
M. le chancelier dit que ce seroit pour la semaine prochaine, et paroist craindre beaucoup cet interrogatoire; car, M. de Rocquesante iuy ayant dit qu’il faudroit faire esclaircir M. Fouquet sur un fait, M. le chancelier luy répliqua avec chagrin : « Vous luy demanderez donc vous-mesnie; car je ne prétends pas entrer dans ce détail; ■ et dit assez bas : « Il en sera quitte à bon marché pour moy. >
M. de Sainte-Hélène me dit qu’on avoit résolu que M. Fouquet ne seroit interrogé qu'une heure par jour pour ne pas fatiguer M. le chancelier et éviter qu’il ne tombe malade.
Ce jour, l’air de la chambre n>’a paru assez favorable à M. Fouquet, et M. de Rocquesante, lisant, dit qu’il faudroit esclaircir un fait; car ce n’estoil pas un crime de se faire rembourser de toute sa finance, bien qu’elle ne fust pas effective. Chacun attend l'événement de cette grande affaire.
Le niercredy i u novembre', l’on commen^-a la lecture de la dernière production de M. Fouquet sur la nullité des inventaires, et, lorsqu’on eut lu des pièces de date postérieure aux inventaires, M. Pussort expliqua que c’e.stoient des pièces présentées au roy depuis les papiers mis dans son cabinet, et qu'il les avoit mises avec les autres.
Le jeudy 1 3 novembre*, M. le chancelier m’a mandé à sept heures du matin de porter le procès tout entier; ce que j’ay fait, et, ayant monté dans le cabinet, je l’ay trouvé avec MM. Motinan, Chamillart, Foucault et Berryer, qui, me voyant entrer, s’est retiré près la cheminée, derrière M. Hotman. Je ne l’avois point rencontré depuis la requeste de récusation. Ayant dit à M. le chancelier que j’avois apporté le procès, suivant ses ordres, et [demandé] où il désiroit que je le
‘ O', le Journal d& Foucault, t. I.\ , S. M. de luy accorder une aliolilion avec
f°‘ 38 1 -38a. il a ajoute eu note: • M.d'Ar- clause de demeurer dans une prison per-
' . tagiian dit au roy, de la part de M. Fou- |>étuelle. >
quet, qu'il supplioit très humblement * /bid. t. I.\ , f*' 38a-383.
Osse porter, il m’a dit que c’ostoil pour voir quelques pièces sur la >o.«nh. i66i. pension des six vingt mille livres, et que je le fisse mettre dans la chambre; ce que j’ay fait.
La lecture ayant este achevée de la production de M. Fouquel,
M. le chancelier a demandé ^voir les pièces sur les six vmgt mille livres, et, dans la discussion des pièces, appuyant fortement contre M. Fouquet, je l’ay interrompu soustenaiit les raisons de M. Fouquet.
Sur ce, voyant qu’il se déclarott trop, il a fait une déclaration générale, qu’il ne prétendoit point dire son avis et qu’il prioit Mc.s8ieurs de croire que ce qu’il en faisoit estoit pour l’esclaircisseraent de la vérité *. J’ay dit ensuite que je priois aussy Messieurs d’estre penuiadés que, lorsque je contesterois, ce seroit pour faire entendre la vérité. Sur cela, M. le chancelier a dit que mon père luy avoit dit qu’il ne devoit pas trouver mauvais si je le conlredisois, parcequ’il falloit que quelqu’un parlast en faveur de l’accusé, et que je faisois •
bien. Sur ce, je luy répliquai que j’avois appris, pariny MM. les niaistrcs des requesles, qu’il falloit tou.sjours estre plus exact ex parle taboraniis.
En sortant, M. le chancelier allant marcher dans les sacs de ce procès, on luy dit : • Monsieur, prenci garde. » Je luy ay dit : • Monsieur, ce procè.s-là m’a desjà bien fait faire des faux pas; il faut que je prenne garde qu’il ne me fasse pas tomber à la fin. t 11 m’a répliqué :
• Vous ne tomberez pas; vous avez la teste trop bonne. « Il nous dit de nous trouver demain À l’.^rsenal. Ainsy demain commencera l’interrogatoire de .M. Fouquet. On m’a dit qu’il [Fouquet] avoit fait [demander] au roy en quelle manière il désiroit qu’il fust ouy, parce qu ayant eu rboniietir d’estre de .ses conseils, il ne vouloit rien faire qui pust diminuer l’honneur qu’il avoit reçu, et que le roy n’avoit rien respoudu.
Ce vendredy i4 novembre’, je suis arrivé avant neuf heures i l'Ar-
' U n'^ a rien de aemblabte dans le obaervation» du rapporteur. — * Cf. le
proc^-verbal de Foucault; d ne men- Journal île Foucmlt ^ l. l-ao. ,
lionne ni les paroles du cbancelier. ni les
JOURNAL
\'i>.inb. senal. J'ay trouvé ia première porte gardée de douze mouaquetaires , laissant néantmoins entrer tout le monde. M. le chancelier estoit à sa place. Avant que de m’a.sseoir, le greffier m’a dit que M. le procureur général aouhaitoit me parler et à M. de Sainte-Hélène. En effet, ayant pas.sé dans la chambre proche, il m’agis en main un paquet cacheté qu’il m’a dit estre .ses conclusions, qu'il avoit mises au pied de celles cy-devant donnée.s par M. Talon, et qu’il me prioit de lire les unes et les autres. Ayant pris ma place, M. le cliancelier m’a demandé quelques esclaircisscmens sur les comptes de Bernard, et ensuite des promesses trouvées chez Bniant, sur la pension de cent quarante mille livres des aydes; et luy ayant dit que je ne croyois pas qu'il dust parler de cette affaire aujoiird’huy, il m’a dit qu’il n’en parleroit pas et qu’il n’avoit pas tant de provision devant luy.
Après, le greffier l'ayant averti, il m’a dit de lire les conclusions: ce que j’ay fait, ayant ouvert le paquet sur le bureau, et par les conclusions de M. Talon et de M. Chamillart il est requis que M. Fouquet soit déclaré atteint et convaincu du crime de péculat ' et condamné à estre pendu. Après cette lecture, M. le chancelier m’a demandé mon avis sur la forme de l’entendre, et si [ce seroit] sur la sellette. Je luy ay dit que je ne croyois pas que ce fust une matière à délibération, et qu’il n’y avoit qu’à suivre l’usage ordinaire des compagnies. 11 a dit que les conclusions engageoient à la .sellette; M. de Brillac [a ajouté] que c'estoit l’usage. Après, il a dit qu'on apportast une sellette, laquelle placée, il a ajouté qu’il estoit obligé de dire que M. Fouquet s'estoit plaint avec raison des lettres infâmes qui avoient couru lors de sa capture; qu’elles esloicnt supposées et que l’on n’en avoit publié aucune, le rov n’ayant pas voulu commettre la réputation des dames de qualité’.
' CliamilUrt demandait de plu», dan»
ses conclusions, que raccusê ■déclaré aUetiil et convaincu du crime de le»c-ntajesté. I (JoarrutI de fotumUt t. X , f* i v*.)
’ Il n'est pa* question de celte observation du cbanceiicr dans le Journal tfe Fou-
cault, jfrid. r* 3 r*. Les lettres Irouvcesdatis le» papiers de Fouquet ont été conservées, pour U plupart, par Baluxe, biblioüiécaire de Colbert . et sont à U Dibliutheque impériale (lu-ss. tonds Baluxe). Ces lellres sont aullieutiqucs et quelques-unes portent
M. Fouquct est entré veslu d’un habit court de drap d’Espagne \o>emb, mi,. noir, tout uni, un petit colet uni propre, ayant son manteau. Ayant
même U signature des conunissaires qui firent TinvenUirc des papiers de Fouquel. Mais on fil esreuier dans le ns^me temps beaucoup de prê^tendues IcUrvs attribuées à des dames de U cour, et dont on trouve des copies dans les papiers Conrart (bibl. de l'Arsenal, mss. t. XI , f** i5i, i5a, i53, etc.]. C'estprobnblemeutàces lettres apocrvpbes que (e cliancelier faisait allu* sion. Voici quelques-unes des copies de Conrart : «Je ne vous ayme point; mais je crains encore plus U’ nécessité : c'est pourquuy venee tantost me voir. » Conrart a mis en note : • On lient pour certain qu'elle (cette lettre) est de la marquise de la Daulmet (ms. Conrart, ibid. f* i6i *}. 11 y a dans le même recueil une autre lettre attribuée à M** de la Baulme; ce n’est qu'une variante de celle que nous venons de donner; elle prouve avec quelle facilité on multipliait ces copies plusou moins altérées : ■ Je liay le péché ; mais je hay encore davantage la pauvreté. J’ai reçu de vous dix mille cscus; si vous voulez encore en apporter dix mille dans deux jour», je verrai ce que j'aurai à Caire; je ne vous défends pas d'espérer. • Voici une autre lettre que les manuscrits Conrart {ibid. f* i5i) altribueiil à M*** do Valenlinoia : i Je ne sçais plus de quel prétexte me servir pour vous voir; j'ay passe encore aujourd'buy deux fois inutilement audessous de vostre feneslre. Donnez-moy un rendez-vous ; je saurai me défaire de tout le monde pour m*j rendre. J’ay parié b M“* '* de U
bonne sorte, et je vous puis respondn* d'elle. Je vous ay mesnagé une entrevue pour après-demain , etc. • 1) suffit de parcourir celle prétendue lettre de M"*dc Valenlinois pour se convaincre que, si jamais die a été écrite , on doit l’atlribuer à quelque entremetteuse de bas étage, et non à une personne célèbre par sa beauté et par sa naissance.
Quoique ces pièces soient apocryphes .
on y trouve cependant quelques souvenirs des lettres authentiques. Pour s'en convaincre, ii suffit de rapprocher les originaux, conservés par Baluze, des copies de Conrart. Void . entre autres , une lettre attribuée par Conrart*” ii M“* de Menneville. Klle aurait écrit à Fouquet partant pour la Bretagne et souffrant d'une fièvre intermittente :
• Jecompastis h la douleur que vous tue tesmoignez d'estro allé au voyage de Bretagne, sans que nous ayons pu nous voir en particulier; mais je m'en console aysément, lorsque je pense qu'une semblable visite eust pu nuire à vostre santé , et crains mesme que, pour vous estre emporté avec trop de violence U dernière fois, cela n'ayt contribué à rostre maladie. »
Baluze a conservé U lettre autographe de de Menneville à Fouquct. Je 1a donne avec la curieuse orthographe de cette noble demoiselle, une des filles de la reine. J'ai placé en regard la traduction ; car l'orthographe de l'original pourrait rendre la lettre inintelligible :
* On a pablié ortie (trrteadur kUr* éaa» ka Kmoirci d$ Caamrt. ** L» Bom Mt CD blaoc.
**• Af^ikotm «k Coanart , P i&i.
JOURNAL
Nuvmb. i66i.
salué fort civilemeot M. le chancelier et Messieurs à droite et à gauche, sans que personne lui ustast le honnet, M. le chancelier luy a dit de s’asseoir; ce qu’il a fait sur la sellette, sans en lesmoigner de la peine. M. le chancelier luy ayant dit de lever la main, il a dit qu’il le supplioit, et Messieurs, de ne point trouver mauvais s'il ne le pouvoit faire, pour ne pas déroger à son privilège; et, au contraire.
• Bien ne me pcul consoler de ne vou* «voir point vu, »i ce n’est quand je donge que teU voua auroit pu faire mal. Ce seroit la cUoae du monde qui me seroit la plu» <vcn»iblc. Je trouverai le leinpa fort long de «ostru obaence. Vou» me feriei un fort grand plaisir de oie faire savoir de vos nouvelle». J'aurai bien do l'inquiétode de vovlro santé. Pour mes a&irc», elle» sont iQusjmira en mesme estaU 11 * n'a point voulu dire quand, à leur» uiajcalés, disant tousjours qu'il le ferotU A moy il me fait luu» le* jours les plus grands hernit-iis du monde. Je n'ai |>ninl pris de résolution de rompre ou d'attendre que je n’aie su vostre avis; c'est le seul que je suivrai. Adieu, je suit» tout i vous. Je vous prie que l’absem^e ne diminue point l'amitié (|ue vou» m'avex promise. Pour moi, je vou» assure que la mienne durera toute ma vie. .\dieu, croyei que je vous aime de tout mon cœur et que je n'aiiuerai jamaii que vous. »
t Bien ne me peut consolé de ne vous avoier poienl vu , ai se net quant je ebonge que »e la vous euret peu fere ntallc [ce] se raie» U chose du monde qui me »e raies la plu» sansîble Je iroureré le tant fort Ion de vostre apesancc. Vous me fériés un for gran plesier de me fere savoier de vos nouvelles Joré Uen de Lin quiestude de vostre santé, pour mes afaiere il sont tousjours en maiesme estât il* na poienl voulu dire quant a leurs majestés disanc» tous jours quil le léroicl A moie il me faicl tou» jours les plu» grans sermans du mointe Je né poient pri.» de résolusion de rompre ou dalandre que je ne sue vostre avje. 5aics le seulle que je suivre. Adieu je suis tout à vou» je vou» prie que la pesam-e ne diminue poienl la mitté que vous mavés promis Pour moic je vous assure que la naieone dura toute ma vie Adieu croiés que je vous esme de tout mon ceur et que je ne me ré jamaiea que vous. •
On voit que ceux qui ont fabriqué la lettre reproduite par Conrart avaient J peine connaissance de la première phrase de la pièce authentique. Ce n'est pas seuiuiueul pour montrer ces altérations que j'ai publié cette lettre; elle prouve encore fjue de Motlcville a été beaucoup trop indulgente lorsqu'elle a dit, en parlant de
M“' de Menni'ville (i l'aimée 1661) ; >11 arriva pour son bonheur (de M"* de Men* neville) que l'ou trouva de ses lettre» dans le» cassettes du prisonnier (Fouquel) , qui justilièreni sa vertu. • Je ne (>ense pas que la lettre qu'on vient de lire suit précisèment de cette nature.
* Il «'«fit probsbUtarnI du duc de Dsa»tll«. qui svsil bit «ne pnnnetM* de nariage s M'‘‘ de ycDnc*iUe . (0*t» qui fw TOuUit pu en tiier IVpoquc.
— : wyiilSKî'y'C^uôgle
demandoit acte de ce qu’il persévéroit en ses protestations. M. le Na«Fmb. ifist. chancelier luy a remonstré que la chambre avolt desjâ jugé son déchnatoire; qu'ayant présenté requeste au parlement, le roy avoit donne arrest en son conseil; qu’il avoit bien reconnu la chambre ayant présenté plusieurs requcstes et mesmc réclamé des juges. Luy, au contraire, ayant insisté et dit que son privilège n'ayant point esté jugé par ses juges, et l'arrest du conseil ayant esté donné sans l’entendre, contre toutes les formes de la justice, qu'il n'avoit pas mesme dit toutes les raisons de son privilège, il supplioit la chambre de ne pas trouver mauvais s'il ne pouvoit déférer à scs ordres; qu'il leur faisoit mesme des excuses, s’il se présentoit en l'habit qu'il estoit; qu'il y avoit plus d’un an qu'il avoit demandé une soutane et une robe; mais qu’on ne luy en avoit pas voulu donner, et ainsy qu’il estoit nécessité de paroistre en habit indécent, mais qu'il croyoit que son privilège ne despe^oit pas de son habit.
M. le chancelier l'ayant interpelle plusieurs fois de lever la main, il a tousjours persévéré en son refus, offrant néantmoins de donner tous les esclaircissemens que l'on pourroit souhaiter de luy. Enfin,
M. le chancelier luy ayant dit que, puisqu’il ne vouloit pas reconnoistre la chambre, il pouvoit se retirer (j’ay remarqué que M. le chancelier l’appeloit monsiear'), il s’est levé, et, après avoir fait une profonde révérence à M. le chancelier et à toute la compagnie, il s’est retiré.
M. le chancelier m'ayant demandé mon avis et qaid agendam, j’ay dit que cette difficulté avoit esté jugée plusieurs fois dans la chambre, et j'ay repris la procédure. M. le chancelier m'a interrompu plusieurs fois*, disant tousjours qu'il y avoit icy différence des autres procédures, et que, puisqu'il ne reconnoissoit pas la chambre, il ne failoit pas l'interroger .s’il ne prestoit le serment. Enfin , j'ay esté d'avis de luy ordonner de presler le serment sans préjudice de ses protestations, sinon procédé au jugement, comme à l'encontre d'un muet;
coDstalérs dan» ic Journnl de Fonca*ill (iitd. f* y r‘). 11 en ai^ale trois consécutives.
Si .
* La nséme remarque se trouve à la marge du Journal de Foucanh, t. X, f* 5 v’. ' Cos interroptrom du chancelier sont
2iiil
No»oib. i66t. M. (le Sainte Hélène, idem, sans parler de protestations; M. Passort, idem, alléguant l'exemple de Dumont; MM. de Gizaucour, Ferriol, Nogué.s, Hérault, idem. M. de Roc(piesante , (ju'il estoit d'obligation au juge de demander le serment, mais qu’on ne pouvoit contraindre l'accusé de le prester; mais qu'en ce cas on ne laissoit pas de l'interroger; car la juridiction du juge ne despendoit pas de l'accusé, et que, s'il respondoit, on l'escoutoit; et il a bien parlé et conclu de luy déclarer que, s'il ne prestoit le serment, on procéderoit au jugement en la manière accoustumée, c’est-à-dire qu’on l’interrogeroit. La Toison a suivi, et tous les autres de mesme, chacun convenant qu'il n'y avoit point de diversité de sentimens.
M. Foiupiet rentré, et ayant salué fort humblement, comme la première fois, s’est assis, et M. le chancelier luy a dit que la chambre, ayant délibéré sur son refus, avoit arre.sté qu’il feroit le serment, sinon qu’il seroit passé outre au jugement de son procès en la manière accoustumée. Ayant esté quelque temps à respondre, il m'a paru .surpris. Néantmoius, il a dit qu'il ne pouvoit se despartir de son privilège, et aussytost M. le chancelier luy a dit que le procureur général l'accusoit', etc.
.Après quelques lignes, M. Poncet s’est approché de M. le chancelier et luy a dit bas qu'il avoit oublié de demander à l'accu.sé le serment et son nom. M. le chancelier, ces.sant son discours, luy a dit iju’il lie luy avoit pas dit de lever la main après son refus; mais qu'il eust à dire son nom et sa qualité. Sur quoy M. Fouqiiet a répliqué qu’il le supplioit de l'cn dispenser et que (Utia n'estoit ps nécessaire à l’affaire et préjiidicioit à son privilège. M. le chancelier luy a dit qu'on sçavoit bien qu’il s’appeloit Nicolas Foucpiel, et ensuite a repris son interrogatoire, luy faisant un rapport de toute l'aflairc de la pension. Après, M. Fouquet a commencé è respondre sur tout et à redire les
' V'oici le résumé du premier chef de l'acte d'accusation (/oonud <U Foucault, t. X, f"* lo V*, Il r*) : tLc premier fait dont il ealoit accusé par le procureur gé*
néral estoit d'avoir pris une pension dv six vingt mille livrée sur la ferme des gabelles de France adjugées, en i655, à feu Girardin sous le nom de Simon Ia« Noir. •
D OLIVIER LEFÈVRE DORMESSON.
raisons qui sont dans scs escritures', parlant fort bien, fort rcspec- .ssi,
tueusement à M. le cbancelier, ne poussant pas mcsnae trop contre M. Colbert, disant qu'il estoit assuré qu'on avoit mis ce papier dans son cabinet, qu’il ne pouvoit pas dire précisément si c’estoit M. Colbert ou quelque autre de sa suite.
Après, M. le cbancelier a recommencé un second discours encore plus long que le premier, confondant les dires des interrogatoires et des escritures et parlait comme un homme qu'on avoit instruit.
M. Fouquet a dit qu’il le prioit de ne pas tant assembler de faits ensemble, alin qu’il pust mieux satisfaire à tout ce qu'il luy objectoit.
A ce mot, M. le chancelier s’est senti ofTen.sé. Luy aussylo.sl a dit ;
• Monsieur, je vous fais excuse; ce mot n’est pas propre. Je sçais que ce n’esl pas vous qui m’objeclex; c’est M. le procureur général. ■
Parlant ensuite de l'union des deux compagnies*, il dit que cela ne pouvoit pas retarder le voyage du roy. ■ Car, monsieur, vous sçavex qti’au moindre mot que M. le cardinal en aiiroit dit, ce n’esloit pas une affaire, ou bien, si [la regardant] comme une chose trop audessous de vous et indigne que vous en prissiez le soin, vous l'eussiez renvoyée à des subalternes et à moy, comme estant plus proche de mon employ, je l'aurois .lysémcnt terminée, etc. • Ainsy parlant fort honnestement i M. le chancelier; enfin, après avoir parlé longtemps fort à propos, sans que M. le chancelier ayl pris aucun avantage de ses responses ny luy ayt répliqué, il [le chancelier] a replié ses papiers et a dit à M. Fouquet qu'il pouvoit se retirer, et qu'il parleroit encore au premier jour de cette affaire. M. Fouquet s’est levé, et, après de grandes révérences, il s’est retiré. La compagnie paroi.st avoir entendu assez favorablement M. Fouquet, et les zélés sont mal .satisfaits de M. le chancelier.
' Fooqucl prétendait se justitier iiir ce point en dûanl que le cardinal Maiarin lui avait occordé ccUo pension en paiement de ce qui lui était dù (Joom. Âê Foucaull, t. X,fiiv*) Danj toute cctle partie de son
interrogatoire. Foufjucl rejeta les nuirché.s avec les traitants snr le cardinal Maiarin.
’ Il était question de Tunion des deux compagnies pour la ferme des gabelles.
{Journal de Foucault, t. X/f* 17 v*.)
JOURNAL
2hfi
Ho.'mti. L’on m'a dit ce soir que la cour paroist assez alarmée de cette
conduite; que la braveurc * de M“ Fouquet et la tranquillité que M"' Fouquet, la mère, fait paroistre les estonnent; car ils ne sçavent à quoy attribuer cette fermeté, sinon qu’ils croient que M. Fouquet est assuré de son monde et qu’il a pris des mesures.
Le dimanche i(> novembre, M. Le Pelletier m'a dit è la Mercy que nouvelles estoient arrivées que, les Turcs et les Maures ayant fait une redoute i Gigery, nos gens, se trui|ftant hors d' estât de résister, s'estoient mis dans les vaisseaux du chevalier Martel*, avoient aliandonné les malades, bagages et canon, et laissé quatre cens hommes pour soustenir [résister], et estoient arrivés en Provence,
Ce mesine jour, j’appris que la reyne, prise d'une fièvre tierce avec de grandes douleurs, estoit accouchée d'ime fille*, dans son huitième mois.
Le lundy 17 novembre*, è l’Arsenal. M. Fouquet est entré à l’ordinaire et s’est assis sur la sellette. M. le chancelier luy ayant dit de lever la main, et luy s’en excusant, M. le chancelier a commencé à redire les raisons pourquoy il devoit reconnoistre la chambre. A quoy M. Fouquet a respondu qu'il ne pouvoit faire préjudice à son privilège, et M. le chancelier ayant dit que, puisqu’il estoit sur la sellette, il falloit qu’il crust estre devant ses juges, M. Fouquet a répliqué que, après les services qu'il avoit rendus et les charges qu’il avoit eues, il ne méritoit pas d’estré traité de la sorte; que c’estoit une mollification qu'il rccevoit de la main de Dieu.
Après, M. le chancelier luy ayant encore dit que le roy, par arrest
vaU»eaut cliargês de cavalerie, l'uii desquels ét«il la Lune, dont il sera parlé plus bas. (Je dois teUe note à l'obligeance de M. A. Jal, connu par .scs savants travaux sur U marine rran^abe. )
* Cette tille fat nonimee Marie- Anne de F rance ; elle mourut le iG décembre i bb/li .
' Cf. le Journal de t'oucaaU, I. \, f“ 30*3a.
' Le mot e»t ainsi écrit et a sans doute le mémo sens que bravoure (fermeté (l'âme, énergie).
* laO marquis de Martel, parti de Toulon le 16 octobre, était arrivé k Gigery te aa, selon la Gazette, et le aé. selon une reUtion ancutyzne qui se trouve dann le manuscrit 11 34t, Uibl. iuq>. mss. Le marquis de Martel avait amené avec lui quatre
Digitizec [
émané de son autorité souveraine, avoit jugé qu'il estoit justiciable NoYcmb. ibka. de la chambre et que toutes les pièces avoient esté vues très exactement, M. Fouquet luy dit que si le roy avoit laissé juger sa requeste au parlement, il auroit espéré qu’il luy eust conservé son privilège; mais que l’arrest du conseil estoit extraordinaire; que les roysjugeoient ou selon les lois ou conti'e les lois; qu'au dernier cas leurs arrests n’estoient pas arrests. Sur ce M. le chancelier répartit : • Vous dites donc que le roy n’a pas pu juger, et qu'il a abusé de son autorité. • M. Fouquet, piqué de ce discours, luy a répliqué : • C’est vous qui le dites; je ne l’ay pas dit : a te ipso hoc dicis'; ce .sont vos paroles. Quoyque l'on se plaigne des arrests [du roy], ce n’est pas à dire qu’iU sont donnés contre son pouvoir et par abus de son autorité.
Vous en rendez tous les jours, pareeque vous les croyez justes. Vous les cassez le lendemain, ayant connu la surprise. Ce n’est pas à dire que vous ayez abusé de vostre autorité par ce premier airest; car vous avez cru faire justice et aviez le pouvoir de donner l’arrest. Je dis donc que je n’ay pas esté entendu, et que cet arrest, tpii m’a débouté de mon déclinatoire sans que j’aye dit mes raisons, n’est pas arrest à mon esgard. •
Après cela, M. le chancelier a l'épris l’interrogatoire sur la pension des six vingt mille livres*. J’ay lu quelques pièces, et la matinée .s’est passée à cela, M. Fouquet s’estant retiré après onze heures et demye.
M. Fouquet m’a paru, au commencement, plus abattu que la dernière fois’, et ses premières paroles n’estoient pas fermes. Néantmoins, il .s’est remis et a fort bien respondu et honnestement, sur ce qui luy a esté demandé.
Le mardy 1 8 novembre *, à l’Arsenal. M. Fouquet estant entré et ayant salué Messieurs à l’ordinaire, s’est tenu debout; et M. le cban-
' Cr. le Journal de Foucault, t. X , f* aa, ■ ajoutant l'accusé ces tenues de la Passion : a ttmel ipso dicis. >
’ Voy. plus haut, p. a44. note i.
' Foucault, partial contre Fouquet, dit «u contraire (t. X, f" 3a r*) qu'il «avoit
le visage riant et paroissoit fort content de soy-raesme. » Le greffier parle, il est vrai , dans ce passage, de la tin de la sé.incu ' du 1 7 novembre.
* Cf. le Journal de Foucault, t. X,
JOURNAL
Noirnih. i6si. celîer luy a^aot dit de s’asseoir, il en a fait refus, disant que le jour précédent M. le chancelier luy avoit dit que, se présentant sur la sellette, c’estoit une approbation de la juridiction de la chambre, et comme il ne vouloit lien faire qui pust préjudicier à son privilège, il supplioit la chambre de ne rien faire qui past luy préjudicier. M. le chancelier, surpris de ce refus, luy a dit de se retirer, et que la chambre y délibéreroit *.
l.uy, ayant fait un pas comme pour se retirer, a dit que son refus n’estoit pas pour retarder l’interrogatoire, et qu’il ne vouloit pas faire perdre un moment de temps; mais qu’il supplioit la chambre de luy donner acte de scs protestations, et qu’après il estoit presl de respondre, et qu’il ne vouloit pas chicaner. M. le chancelier luy a dit qu’il pouvoit faire telles protestations qu’il voudroit, mais que la chambre ne pouvoit pas douter de son pouvoir. 11 a respondu que les juges ne doutoient pas de leur pouvoir; mais que, de sa part, il faisoit ce qu’il pouvoit pour la con.servation de son privilège, et qu’il demandoit que ses protestations fussent escrites.
•Après cela, il s’est assis, et M. le chancelier l’a interrogé sur la pension de cent quarante mille livres des aydes’ et ensuite sur celle du convoy de Bordeaux’. .A quoy M. Fouquet a respondu avec beau-
’ Ce passAge (lélcrmine la dale d'une lettre de de Sévigné que les anciens éditeurs «voient placée au mardi 3 dé* cembre i66A- Cette lettre porte simplement l'indication de mardy toir, et , comme elle ndate les faits dont OUv. d’Onuessou donne la dale précise, il est évident qu'elle doit sc rapporter au mardi i8 novembre. M- de Monmerqué avait déjà fait cette correction, en s'appuyant sur le texte de M"* de Sévigné.
* Cette pension avait élé ciigée des fer* ruters des aides {Journal de FoucattU,L X, f* 33 r*). Elle était au nom de Gourville et Bruant, commis de Fouquet.
’ Pour 1a pension prise sur celte ferine
d'impét (voj. le Journal de Foocault, ilnd. f* 4q) ; • le chancelier luy a dit qu'il estoit encore accusé d'avoir pris des pensions sur le convoy de tWrdcaui: sçâvoir : 4oooo livres *ur le bail de la Perelle . qu’il prvnoit pour luy. loooo livres pour la dame Duplessis Belliére. et 5oboo livres sur le bail de Lemoine, qu'il avoit distri* bués, sçavoir : iiooo livres à la dame L)u|dessts Bellière, dix autres mille livres au marquis de Créquy, pareille somme a M. de la Bochefoucauld . inesme somme à M. de Brancas, et à la dame marquise de Charost loooo livres, a
On appelait convoi de Hordeatu: la ferme d’nn impdl qui se levait principale-
coup de présence d'esprit et d’honnesteté, et M. Je chancelier de Nuvcmk ise.s. mesme l’a interri^é mieux qu’il n’avoit encore fait. Cet interrogatoire a duré jusques à onxe heures et demye. Après quoy M. Fouquet s’est retire saluant la compagnie, quelques-uns de Messieurs luy ostant le honnet, quelques autres non, M. le chancelier n'ostant pas le sien.
Au sortir, .M. le chancelier m’a paru fort satisfait de sa matinée, et je luy ay dit qu’il n’avoit pas omis une circonstance des pièces. Il m’a respondu qu’il n'escrivoit rien; et chacun s’est retiré.
J’ay sçu de ceux qui ont vu entrer et sortir M. Fouquet, qu’il paroissoit fort gay; que, se promenant dans une chambre, il paroissoit de temps en temps à la fenestre et saluoit ceux de sa connoissance , et particulièrement son frère, cy-devant escuyer.
Ce jourd’huy, M. le chancelier a dit cpie la reyne se portoit mieux; mais quelle avoît esté fort malade la nuit. J’ay sçu, après le disner, qu’elle estoit très mal, et que le soir on devoit luy porter le saint Sacrement.
Le mercredy 19 novembre, allant à la chambre , j’appris qu'il n’y en avoit point, à cause de la maladie de la reyne.
Je fus chez M. le chancelier, qui nous dit que M. Colbert luy avoit mandé que le rdy désiroit que la chambre ne travaillast point tandis que partout on estoit en prières pour la reyne, qui avoit hyer reçu le saint Sacrement, à huit heures au soir. Monsieur et M. le prince de CoBty estant allés le quérir à Saint-Germain; que le roy l’avoit reçu dans l’entrée du bastiment neuf accompagné de toute la cour, avec grand nombre de flambeaux blancs'. M. le chancelier nous dit en-
menl aur les vins, cauxde-vie et autres denrées Iransportéea par mer. Le nom de eoaroi , donné à cel impôt . venait de ce que primitivement les bourgeois et marebandj de Bordeaux (aîaaient eacorler leurs navires par des vaisseaux de guerre, et s'imposaient une taxe pour payer les frais de ce convoi. Dans la suite, les rois, disposant seuls de la marine militaire, se chargèrent (le Caire escorter les navires de corn-
merce, et établirent, pour subvenir aux frais de convoi, un droit de douane permanent, qui était aifermé et s’appelait convoi de Bordeaux. Le même nom servait à désigner le bureau établi pour la pereepboD de cet impôt.
' Ce passage prouve qu'on doit dater du mercredi iq novembre la lettre de M** do Sévigné où se lit la phrase suivante : • On n’est point entré aujourd7iuy 3s
JOURNAL
Votemli. i66i. Suite qu'il interrogcroit M. Fouquet le lendemain sur le marc d’or.
Ap rcs vinrent MM. Poncet, Voisin et les procureurs généraux. M. Hotman dit que M. l'ablié de Gorde.s estoit tombé en foildesse sur les pieds de M. le Prince, et l'on tourna cela en raillerie, comme ayant bien joué. L’on parla de la contestation entre M. l’archevesque cl M. le curé de Saint-Germain é cause de l’eslole, M. l’archevesque prétendant que le curé ne la pouvoit porter en sa présence.
Pappris qu’un vaisseau, la Lune, chargé de sept cens hommes, dont dix compagnies de Picardie avec la Guillotière, avoit péri à la vue de Marseille, où il estoit demeuré pour faire la quarantaine à cause de la peste, le vaisseau estant vieux et s’estant ouvert. Cest une perte grande, et [surtout] après celle de Gigeri', où il a péri quatre cens hommes, qu’on laissa pour garder le camp, tandis que les troupes s’embarquèrent, lesquelles virent ces pauvres malheureux se jeter à la mer pluslost que de tomber vivans ès mains des Maures.
Le jeudy 20 novembre’, nous sommes entrés à la chambre, où M. Fouquet a esté interrogé sur le marc d’or’, sans qu’il se soit rien passé de considérable. 11 a parlé avec un peu plus de chaleur que les jours précédens, ayant renouvelé ses protestations avant que de s’asseoir.
A l’entrée et au sortir, quelques uns de Messieurs luy ayant osté un peu Je bonnet, M. le chancelier a dit à M. Hérault que c’estoit à
«n i* chambre, à cause de U maladie de la rcyne. eic. • Le« éditeurs n'ont pas lou* jours distingué cette lettre do cdle du mardi.
’ \oy. plus haut , p. a46 , note a. ^ La Güietlé <U France, en rendant compte de ces événemeots, déguise la vérité et Unit par dire : • De sorte que cette retraite (U retraite de Gigéri) auroit esté csgaJemcnl honorable et heureuse, si l'un de nos vaisseaux,, appelé h Lune, sur lequel estoit une partie du régiment de Picardie, ne se fust perdu par U rencontre des bancs de
sable entre Toulon et Hiéres. • Les bancs de sable n'y étaient pour rien; mais le vaisseau était vieux et avait été mai radoubé.
* Cf. le Journal de FoucaaU, t. X, f" 45-55.
* On accusait Fouquet de s'eslre fait adjuger la ferme du marc d'or sous le ncnn de Duché, et d'avoir détourné è son pruGt les fonds qui en provcnaieul. I«e marc d'or était, comme on l'a vu, un impôt que les nouveaux titulaires d'un o0ice payaient au roi avant d'en obtenir les provisions.
DOLIVIER LEFÈVRE D ORMESSON.
cause de la province de Bretagne*, et ensuite il a dit qu’il n’avoit novciuIj. itu jamais vu que les juges saluassent les accusés à la Tournelle. Pour inoy, je n'avois pas touché à mon bonnet, et je ne l’ay fait qu’une fois, i l'imitation de quelques uns.
J’ay appris que la rcync esloit bien mieux; que le roy avoit fort pleuré de la maladie de la reyne. Mon frère’ m’a dit qu’hyer il porta le bonnet de saint François de Paule’ è la reyne, à sa prière; qu’elle le baisa avec beaucoup d'alfection et tesmoigna avoir grande confiance aux prières de saint François de Paule; que le roy, l’ayant trouvé dans l'anticbambre, s’estoit mis à genoux et avoit baisé cette relique avec dévotion. L’on a descendu la châsse de sainte Geneviève. La reyne mère y a esté ce matin faire sesdévotions, cl le roy entendre la messe.
J'ay sçu que M““ Fouquet et Charost* se sont jetées au pied du roy demandant miséricorde, et <]ue le roy a passé avec une grande fierté; que M“' de Charost fut hyer porter â la reyne mère un emplastre admirable pour les femmes après leurs couches; que la reyne [mère] le reçut avec joye, et le porta à la reyne, qui dit : «Je le veux mettre; M”*” Fouquet e.sl une sainte; • et qu’en effet cet emplastre luy a fait vider deux caillaux de sang, gros comme la main, et que, dans
' Fouquet était né en Rrclaji'iie. et Hé* rault était conseilier itu |>.')r]einenl de Renoea. Le journal de d'Uruicsson ex* pliqne un passage de M**de Sévigné (letlro du ao novembre iG6â)i où le clitncelier lait U même observation , sans que per* sonne soit nommé. Les paroles que M** de bévigné lui prête: «C'^t à cause que vous estes de BreUgne que vous .«aluei si bas M. Fouquet, > sont inintelligibles, si l'on ne sait pas qu elles s’adressent à M. Hérault. Tout ce passage a été altéré, et au lieu de ces iiK>ts : • M. le eliancclicr en a fait reproche, et a dit que ce n’estoit point U coustume, tstanl corueiller trtlon;tii faut lire : «et aa coni»7/«r breton . Cest à cause que vous estes de Bretagne que
vous saluez si bas M. Fouquet. * Cette correction, indiquée par le sens gésiéral de la plirase, est conforme à im manuscrit des lettres de M** de Sévigne» qua consulté M. de Monmerqué. — Le Journal dt Foucault ne parle pas de ces circousiauecs.
’ Nicolas Lefèvre d’Ormes^m, de l’ordre des Minimes.
* Le bonnet de saint François de Pauic était conservé au couvent des Minimes. La famille d’Orroesson, qui se rattachait à celle de saint François de Paule par la branche d’AIesso, avait un grand crédit dans l’ordre des minimes, fondé par ce saint.
* Fille de Nicolas Fouquet et <lc «a première femme, Marie Fourché.
JOURNAL
Nofuik- i66s- le Louvre, on dit tout haut que c’est M*" Fouquet qui a guéri la reyne. Il est vray quelle [la reyne] a eu une bonne nuit et ae porte bien mieux.
Le vendredy 3 i novembre i la chambre de justice. M. le chancelier demanda la lecture des pièces sur les sucres et les cires, sur lesquelles M. Pu.ssort prist à la.sche de faire voir toutes les inductions contre M. Fouc|uel avec sa chaleur ordinaire; cc qui me parut donner peine à beaucoup’.
Après, M. Fouquet fut mandé un peu tard, et fut interrogé sur les .sucres, sans que M. le chancelier relevast les véritables difficultés, ce qui donnoit peine à M. Pussort. Il ne se passa rien de reiuanjuable.
Après, M. Fouquet se retira, sans que personne mist la main au bonnet. Le soir, l’on m’a dit que M. le chancelier avoit traité Berryer de fripon et de coquin.
Le samedy a a novembre’, à la chambre de justice. M. le chancelier ht lire les pièces sur les ocU oys. M. Fouquet fut mandé de meilleure heure, fit ses protestations, fut interrogé sur les sucres et cires et sur ce qui regarde M. de Montrésor dans le marc d’or‘, et, après, sur les octroys. 11 parla fort honnestement et avec moins de chaleur. .A onze heures et demye, il se retira; et la continuation des octroys fut remise à mercredy, à cause de la festc de .sainte Catherine.
J’ay sçu la dévotion de M. le chancelier povir M. de Genève’, et
' Cf. le Journal de Foucault, t. X,
* Voici ce que dit Foucault à ce sujet {ibid. f* 56) : ■ Pendant lexamen de$ pièce», M. Pussort a fait ses difEcultés et lait quantité d instanceA à M. d'Ormesson , rapporteur, auquel U donnoit les responses que les pièces luj rournissoient et les raitonueiuens des cscrilurct de part cl d'autre. Ce qui s'est lait avec tant d'appiicati<m et de contention d'esprit que. l’un attaquant l'accusé et l'autre le soustenant, cela a donné sujet de dire à quelques uns
de MM. les commissaires que M. Pussort avoit tenu M. d'Ormesson sur la sellette bien plus fortement que M. Fouquet n'y seroil tenu. •
* Cr. le Journal de FoueauU. I. X.
' 11 s'ogUsait d'une pension de O.ckks livres donnée à Montrésor sur la ferme du marc d'or. {Ibid, f* G5 r*.)
* Saint François de Sales. Le Journal d'Oltvier d’Ormesson explique encore ici un passage des lettres de M** de Sévigné.
Elle parle avec détail, dans sa lettre du
les quatre visites faiUs à Sainte-Marie du faubourg, auxquelles il NovFinb. i6bt. porta mille escus la première fois, et les responses honnestes qu il fait sur faffaire de M. Fouquet.
Le mercredy a6 novembre*, à la chambre de justice, M. le cbaucelier arrivé, je fis rapport d’une requeste de M” Fouquet poiur avoir permission de faire imprimer et se plaindre de l’enlèvement d une presse et de l’emprisonnement d’un de ses domestiques. M. le cbancelicr ne voulut pas escouter cette requeste, disant qu’elle esloit de la juridiction de M. le lieutenant civil; que c'esloit un fait de police.
Et luy ayant répliqué qu'elle se plaignoit que, dans ce mesme temps, on imprimoit de la part de M. le procureur général, il dit qu’il y avoit bien de la différence, et que le roy pouvoit faire imprimer*.
Enfin, je ne voulus pas insister davantage.
.\prés, il me dit qu’il avoit vu les escritures et remarqué ce que M. Fouquet avoit dit, et, prenant son papier, il commen^j à lire et eslablir deux faits qui n’estoient pas vrays. Je le contredis ; il insista sur une somme et voulut que j’en fisse le calcul, et il se trouva que le mien estoit bon. Il fallut qu’il acbevast son travail et consommast la matinée, en sorte que M. Fouquet n’entra qu’à onxe heures et un quart. Il lit scs protestations ordinaires avant que de s’asseoir, et M. le chancelier ayant commencé son intcn’ogatoire sans l’avoir interpellé de lever la main, quelques ims taschèrent de l’en avertir en luy faisant signe, et moy je levois la main pour luy faire entendre de la faire lever à M. Fouquet. Luy me demanda tout haut ce' que je
a5 novembre i66à, des visites faites au couvenl de Suitite-Mariedufaubouqç Saint- Antoine par un personnage qu*elie ne désigne que par des inilialcs. Les anciens éditeurs avaient cru qu'Ü t'agÎMail de Pussorl. M. de Monmerqué avait reconnu , par le rapprochement des testes de M** de Sévigné» quVlle parlait du chancelier.
Le Joumat d'Olivier d’Ormeuon ne laisse aucun doute sur ce point.
* Cf. le Journal de Foucault, t. \ , f" 7&-80.
' • M. Mossenou a dit que, quoy que l'on pusl faire, l'on o'empescheroil pas le débit de ces ouvrages; mais que ce qui arriveroil estoît que les colporteurs les vendroient un peu plus cher escrits à la main, qu'ils ne feroient leurs imprimés. ■ {Ibid, f" 75 V*.)
JOURNAL
■^oirint.. 1664. voulois dire; je lay respondis ; Rien. EoTid, les plus proches [le] luy dirent, et il fit les ioterpelintions ordinaires à M. Fouquet, qui fit relus; et après il parla et s'engagea à eslablir la date de la procuration donnée en blanc; ce qui estoit fort contre luy. Mais, comme M. le chancelier ne scait pas l'alTaire, il ne releva pas la dilficulté; et, midy estant sonné, M. Fouquet se retira.
L’on m’a dit que, dimanche, M. le chancelier chassa Berryer' et Foucault, qui alloient è l’ordinaire pour l’instruire.
Le jeudy 27 novembre’, le matin à la chambre, où M. le chancelier fit lire plusieurs pièces concernant les octroys, et après il fit entrer M. Fouquet, lequel, après ses protestations ordinaires, s’estant assis, fut interrogé sur les octroys jusques à midy, sans qu’il se pas- .sast rien d’citraordinaire. J’omettols un mot que je dis sans dessein d’abord et dont je connus l’application qu'on en pouvoit faire : M. le chancelier fai.sant des observations contre M. Fouquet, et moy luy disant à chacune les responses de M. Fouquet; enfin 11 dit : • Que peut dire M. Fouquet à cela? > A quoy je répliquai : > En voilà l’cmplasti'e. ■ Dont je vis qu’on rit, faisant allusion à l'emplastrc donné par M” Fouquet à la reyne, et dont elle est persuadée avoir re<;u un grand soulagement’. J'omettois encore que M, Fouquet s’estant engagé en un long discours, M. le chanceUer parut s’endormir’, et l’heure estant sonnée, il se leva.
' Dans IVdUion des lettres de de iSévigoé» donnée par (irouvelie, on lit, à U date du là novembre i66à : «H semble r|u*U (le chancelier) soit honteux de recevoir tous les jours sa le^on par llottckerai. • C"cst une erreur évideulo; U est probable que le manuscrit de M** de Sôfigné ne donne que l'initiale B, qui désigne Berrjer. Boucherai s'était récusé dés le commencement du procès et n'y joua pas le rôle odieux qu’on lui prèle. La plupart de ces erreurs ont déj.à été relevées par M. de Momnerqué; mais les corrections do ce
savant éditeur revivent une confirmation décisive du Journal d'Olivier d'Ormeuon.
* Cf. le Journal de foucaalt, t. X, f" ëo-87.
* aM. d'Ormesson a dit que, jusqu'à ce qu'il parlast tout de bon, il donoeruit tousjours des emplaslrei à tout ce qui luy seroil proposé, etc. » [Ibid, f* 8o v*.) — Voy. aussi U lettre de M*** de Sévigné du a 7 ivoveinbre iC6à-
* a M. le cltoncvlier sommeilloit doucement. a [Lettre de 3/*' de Sévigné, iàidem.)
Le vendredy i8 novembre', le matin à la chambre. M. le chancelier fit lire les pièces des quatre prests’; et comme il donnoit une disposition à cette affaire contre M. Fouquet et contre le vray sens de la pièce, je pris la parole, luy répliquai plusieurs fois, et enfin me déclarai, disant que je m'estois déjà assez expliqué, sur cet article, de mes senlimens, et je dis tous les moyens contre cet article. M. Pussort voulut insister. Je luy répliquai, et enfin il convint que ce n’esloil pas l’article le plus fort du procès.
Après, M. Fouquet entra, estant onze heures; et, M. le chancelier voulant l’interroger sur les quatre prests, il dit que l’affaire des octroys n’estoit pas consommée et recommença à en parler; en sorte que toute la matinée se passa sur cette affaire, et M. Fouquet se leva, se réservant encore d’en parler.
M. le chancelier luy parlant de descharges de l’espaigne, il [M. Fouquet], pour monsirer que le roy pouvok estre quitte, bien que les descharges ne fussent pas à l’espargnc, prit l’exemple des appointemens qu’il avoit payés à luy, M. le chancelier, et dont il avoit le billet’, bien qu’il ne fust pas encore à l’espargne. M. le chanceüer parut s’offenser de cet exemple, et luy dit qu’il luy avoit obligation de l’avoir fait payer ainsy par avance. Après, l’interrogatoire continua jusques après midy, et M. Fouquet se retira.
Par la conduite que j’observe de M. le chancelier, il ne presse pus cette affaire; car il ne fait entrer M. Fouquet qu’à onze heures et ne l’interroge que trois quarts d’heure. Ainsy il semble qu’il retarde. Je ne sçais si c’est de l’agrément des conducteurs de l’affaire, ou si c’est qu’il ne puisse s’instruire que lentement. Ce que l’on dit, c’est que l’on est fort mal satisfait de luy à la cour, et que sa faiblesse augmente
' Cf. le Journal de Foucault, l. X, f" 87-94.
* Il s’a^l lie prêts faiu À l'Eut par Fouquet ftou9 ie» noms de quatre trailanU, Le BInne, du Tôt, Francfort et AncÜlon.
* Fouquet dit «qu’il avoit, dans sos
tnvenlairea, un billet pour M. le chance lier, dont il avoit fait acquitter le comptant; que cela ne pouvoit conclure, en aucun cas, qu’il en ayl les deniers par devers luj, et que cela signUioit tout te contraire,* (/ooma/ dê Foucault, ibidem, f 9a r-.)
Ttovemtu 1664.
JOURNAL
i6«j. <le jour en jour. J’ay ouy dire que la famille de M. Fouquet espère; qu'elle se flatte d’une abolition; mais je n'en serai persuadé que je ne l'aye vue. M. de Briilac m'a dit qu'un de ses amis, qui n’a aucune relation avec cette famille, luy a dit qu’on avoit cherché l’abolition de M. de la Vieuville.
Le samedy 3 g novembre, la chambre n’entra point, M. le chancelier ayant pris ce jour pour sa santé. Je fus le matin à Amboille et revins l'apre-sdisnee.
Le dimanche 3o novembre. Teste de saint André, entrant à Saint- Nicolas pour entendre le sermon de M. Joly, M. le président de Mesmes me dit que M. le président de Nesmond estoit mort la nuit'; dont je fus fort surpris, ayant sçu le vendredy qu’il estoit mieux.
' Au sortir du sermon, je fus chez M. le premier président, que je
trouvai fort sensiblement touché*. Tappris de M. Boucherat que, le samedy matin, toute la famille de M. de Nesmond le croyoit mieux, mais que l’aprcsdisnée les médecins, ayant reconnu que la gangrène estoit à la jambe, où l'érésipèle avoit paru, et quelle estoit montée jusques è l'aisne, dirent qu'on songeast promptement é luy, et qu'il pouvoit mourir en peu d’heures. L’on courut chez M. le premier président, qui vint. On alla quérir le saint Sacrement; il reçut les saintes huiles et mourut le soir mesme à onze heures, âgé de soixante-cinq ans. Il est fort regretté, et sa mort surprend tout le monde, d'autant plus qu’on le croyoit pour vivre cent ans’.
Après le disner, M. Chamillart me vint parler d'un acte d’opposition de Baron .sur l’aflaire des octroya, et ensuite me dit que l'interrogatoire de M. Fouquet iroit vite et qu’il avoit esté résolu de le
y «voit chargé ^ héritiers de demander pardon pour lu^ à la famille de Fouquet. de ce qu'estant un de ses juges é la chambre de justice, U avoit esté d'avis que MM. Voi> sin ci Pussort demeurassent aussy jugea de Fouquet et opinassent en la délibération . etc. >
' Cr. les Mémoires de Conrnrt sur la mort du président de Nesmond.
* Le premier président était beau-frère du président de Neamond.
’ D'après les 3/^mofrrs de Cohrori, le président de Nesmond, «ayant fait son testament pendant le cours de sa maladie.
fiDÎr roercredy; qu’il me prioil de n’en point parler; car il n’y avoil tirr.'iiib ■««« que le roy, M. Colbert et luy, qui le sçussent.
J’appris d’une autre personne que l’on me faisoit discourir dans le monde, et qu’on disoit que je conclurois à la mort de M. Fouquel, pour me raccommoder à la cour, et parceque javois dit que M. Fouquet esloil fort coupable et qu’il n’y avoit que les formes qui fussent pour luy. Le soir, M. Bcsnard m’avertit daller au Palais.
Le lundy i" décembre, je fus entre trois et quatre heures du matin au Palais'. J’entrai par la porte des escuries, toutes les autres
* Voy. ^Um9irts de Cowror/, • Tarliclc du préïideiil do Ncwiiond. Conrorl confirrne les détails rappcics par Olivier d'Or> inosAon . el donne l’etplicalion dea précautionn qui furent prises par le premier pré* sident : « [Le president de Nosmond] estant mort sur les onac lioures du soir, le pre* mier président, frère de sa femme, reçut les visites de la plusparl de Messieurs de la grand'chambre, et parliculièrement des présidens au mortier, durant tout le dimanche, et leur tesmoigna qu'il avoit dessein de faire prendre place le lerulcmain de grand matin a son neveu, fiU aisné du défunt , reçu depuis quelques année» en survivance, les priant de s'y trouver de bonne heure pour favmser cctlc installation, il envoya mesme jusque» à dix heures du soir chez ceux qu'il crut estre plus de ses auiîs, leur recommaruier de se rendre au Palais dès quatre heures du malin et d'y entrer par chet luy. Ensuite, il Gt fermer toutes les portes du Pa* lais; el, son neveu s'estant rendu auprès de luy a deux ou trois heures du matin, il le mena à la grand'cliambre, où U se trouva jusqu’à quinze jugt^ qui rendirent des arreats, où il opina. Après cela, U alla prendre sa place en la chambre de la it.
Tournelle , où le président Le Coigneux présida, ci le président de Mesines, qui y présidoit auparavant, alla prendre sa place à la gramPcliambre. Tout celo se faisoit avec tant de précaution, parceque le pré* sident de Longucil , de Maisons , qui estoit reçu en survivance de son père, longtemps avant ccluy [le 51s] du président de Nf^mond, prétendoil prendre sa place le premier, en vertu d’un acte que son père avoit mis, depuis la maladie du président de Nesmond le père, entre les mains de Boileau, le greflier de la graud'clintnbre. par loqu^ il se désisloit de sa charge en faveur de son fila, lequel estant allé de très grand matin au Palais, et en trouvant toutes les portes fermées, n’y put entrer qu'aprés que le jeune président de Nesmond y eust esté installé. Comme il alla en la chambre delà Tournelle, il l'y trouva assis, et luy dit que ce n'esloit pas là sa place, el quelle luy appartenoil. L'autre luy dit qu'il avoit pris possession de sa charge on la grand'chambre, et qu'ensuile il estoit venu en la Touniellc, où il s'estoit rendu des arrêts, auxquels il avoit opiné; el qu'ainsy il estoit en possession, el qu'il ne croyoit pas qu'il dust y avoir aucune contestation entre eux. M. de Mai-
JOURNAL
IMcfiiib. i6B». portes du . Palais estant ferniées. Je trouvai M. le premier président assis à sa place, et M. de Nesnioiid' assis près de luy; tous les amis avoient esté mandés, et avant quatre heures nous estions en nombre, et on commença à travailler. V estoient MM. Boucherai, Besnard, LoUin’, Brillac, Benoist’, Gaudart, M. le premier président, M. de Nesmond et moy. Après arrivèrent MM. Begnard, Fayet, Catinat et les autres conseillei-s. Un peu devant cinq heures, M. le président de Mesnies estant à la Tournelle, M. le premier président y alla inslaller M. de Nesmond, et fut suivi des conseillers du service de la Tournelle; il l’y laissa cl revint avec M. le président de Mesmes, qui prit possession de la grand'chainbre.
iM. le président de Maisons passa après dans la grand'ebambre sans s’atTcsler, et son lils alla à la Tournelle cl se présenta pour se mettre aiides.sus de M. de Nesmond, qui y estoil seul président. Sur le relus.
sens altégui) sa réception en survivance, beaucoup plu« ancienne que celle de M. de Xeainnnd; 1 acte de denii&sioii de »on pérc enaa fnreur antérieur à U prétendue prise de posüeaaion qu'on luy alléguoit- U se plaijtnit de lii violence <lu premier président « f|uiavuï(faitrcmier les portes du PaUis;ce qui r«votl empeaché de prendre m place le pieuiier, comme il eust fait sans cela, et il protesta dé se pourvoir pour la conser- Ytlion de son droit. Leur» amis .Ventremirent inconlinent pour les accommoderi et le prcüident de Novton uiesme » qui avoil iiilérest que lo président de Maison-s quit* last sa pUcc de second président, parce- «|u'il y fust monté, ne laissa pa» de l'aller trouver à Maisons pour luy tesmoigner que. »’ü la voidoit ganicr, ü uublieroit volontiers la démission qu’il avoit faite en laveur de son lils. K quo> le président de Maisons *e reodil asscs a^séiiieiiti du sorte que la chose demeura arrestcc que M. de Maisons gardèrent sa place de second pré*
sident, et que M. de Neamond te lils dcmeurcroit en possession de 1a sienne. •
' Le lils du président de Nesmond.
dont il est ici question, s’appeloit de Neamond-(^u rberon .
* Conseiller -cleic à la grand’chamhre • Parent de M. le premier président, auquel ü donne oiilier pouvoir sur luy. sans vigueur et sans crédit, aimant ses iote* resta et déférant à la cour. M. Serin, conseiller. le gouverne. • ( Taiieuu da parfemtrU.)
* Conseüler-clere de la grand'chambre.
Il est ainsi caractérisé dans le TabUaa tlu fmrime/U : • Homme de bien, sans întérest, estimé dans sa compagnie et partîculièreroenl de M. le premier président, sûr et ferme; ayme sa famille et est ürèa parliculicreiDcnt lié avec M. de Rriilac, son beau-frère; n'a nulle déférence pour la cour; BU contraire, s'oppose presque tousjours k ce qui en a paru. Son Hen* n quelque pouvoir auprès de luy. »
'^)igilizeci by éjDOgIc
D OUVIER LEFÈVRE D’ORMESSON.
après quelques paroles, il demanda acte de son opposition et se retira UicMiib. isti'i. è la buvette, où ils verbalisèrent sur les portes fermées, l’heure indue, etc. La prétention de M. de Maisons est fondée sur ce qu'il a fait sa déclaration au dernier jour du parlement, la veille de la S‘- Simon, entre les mains de Boileau; mais il l’a tenue secrète, et, depuis la S*-Martin, il est venu au Palais i .son ordinaire, sans avéir parlé de sa déclaration; il prétend y estre venu couiine président honoraire. Mais comme son fils ne s’est point présenté et que M. de Mesmes, qui devoit monter à la grand’chambre, n’n bougé de la Tournelle, on trouve que sa prétention est mauvaise.
Sur les huit heures, je me retirai et fus à la chambre de justice', où M. le chancelier fit voir quelques pièces sur les quatre prests, et, après onze heures, il lit entrer M. Kouquet, qui continua tousjoui's ses protestations et respondit sur les quatre prests et ensuite sur d’autres petits chefs, M. le chancelier lisant chaque article sur des mémoires, qui luy avoient esté donnés, sans rien dire de luy et répliquer sur les responses de M. Fouquet. Il ne s’y passa rien de remarquable, sinon que M. Fouquet pria M. le chancelier qu’il fust interrogé sur toutes les accusations .sur lesquelles on le voudroit juger; car il semhloit qu’on voulust ne pas luy donner lieu d’esclaircir toutes les dilHttiltés. Car, au commencement, on le faisoit entrer devant neuf heures, et è présent après oiue heures.
Le mardy a décembre’, à la chambre de ju-stice, M. le chancelier fit entrcrM. Fouquet à oeuf heures et demye, prit occa.siou du discours qu’il avoit fait le jour précédent, qu’on ne le faisoit entrer qu’à onze heures, et, sans avoir fait voir aucunes pièces ny dit sur quoy il vouloit interroger M. Fouquet, il l’interrogea sur les commissions des tailles ’,
' Cf. le Journal de Foucault, tome X,
’ Ihtd. f** 101*11 6.
* D’après le Joarnal de Foucault, t. X* f* 101 Fouquet fui d’abbrd interrogé »ur le« créations d'oflicea. • M*' le chance-
lier luy a dit que le procureur général luy imputoit d'avoir fait des aliénation» pour plus de vingt millions de livres,. dont il estait entré peu de chose au profil du roy ; qu’entre autres, en l'année il>5h, il avoit esté créé par édict huit odices de sririn-
JOURNAL
u^cujih i«6i. sur l'emprunt' et ensuite sur les six millions’, lisant son mémoire sans y dire un mot du sien. M. Fouquet respondit, et, n’ayant esté interrompu qu’une fois, il parla deux heures et un quart sans s’esmouvoir, ny s'embarrasser, ny perdre une raison k son avantage; et, après onxe heures et trois quarts, il se retira n’ayant pas achevé.
Avant la chambre, M. Hotman me disant que l'interrogatoire finiroit bientost, je liiy dis que M. le chancelier finiroit quand il voudroit, mais que je ne parlerois pas de la semaine, et que, quand on com])toit sans sou hoste, on comptoit deux fois; il me répliqua qu'il seroit fascheux qu'il y eust interruption. Je luy dis que j’en serois fasché, mais que je ne pouvois estre en estât de parler que la semaine prochaine, il me demanda si l’on n’avoit pas concerté avec moy; je luy dis que non. Il parut en estre surpris, me demanda si je trouvois • bon qu’il en parlast. Je le priai de n’en rien dire; car peut-estre la
chose se feroit d’elle-mesme et l’interrogatoire ne pourroil finir devant la semaine.
L’on dit que M. de Nesmond a tesinoigné, k la mort, avoir regret de son avis sur les récusations’. Chacun attend l’événement de cette grande alTairc, et l’on observe tout ce qui s’y pa.sse, et chacun en discourt selon sa passion. •
<endAnl des charlr«s et d*un commis en chacune généralité. • — C'cal seiUemcnl après ce chef d’accuMtion que le chance* lier passe aux tailles ( Jottnul de Fouc. t. X . f" io3). et qu'il reproche k i accusé d'en avoir détourné une partie k son profit.
' Il s'agis&aild'ordonnancesdeooniptanl ^Mur intérêts de prêts supposés. {Ibidem, f* io5 t“.) — Voy. l'Introduction sur le# ordonnances de comptant.
* Celte ordonnance de six tniUioas avait, comme les précédentes , été rendue pour servir les intérêts de prêts supposés. (76idem.) La principale réponse de Fouquet était la nécessité de trouver des fonds pour
subvenir aux dépenses publiques sous le ministère de Masarin. iDans l'empressement des affaires publiques, disailij, alors que M. le cardinal demandoit de tous cosiés dans les plus grands besoins de l'Estal, il n’y nvoit que deux voyes à tenir, ou que luy, qui parle, eiupruntasl pour faire de» avauce», comme il a fait lorsqu'il n*y avoil point d’argent é l'espargne, ou que les deniers se prissent sur les fonds du roy ; qu’en cela l'on n'a point observé les Tonnes; mais que c’est la réalité qui fait le crime, et non pas rinterversion d'une formalité. • [Ibid, f* 1 15 r'.J *
’ Voy. plus haut, p. a56, note S.
D'OUVIER LEFÈVRE D'ORMESSON. 261
Le mercredy 3 décembre*, à la chambre de justice. M. le chance- Uccmib. li.si. lier lit entrer M. Fouquet avant ncufheures et demye, et l’interrogea ■sur rempnint des comptables. Luy, après avoir réitéré ses protestations ordinaires, et pour s’asseoir et pour le serment, respondit à l’interrogatoire et puis reprit deux ou trois raisons, qu’il avoit réservé à dire sur l’affaire des six millions.
Après, il fut interrogé sur d’autres chefs et puis sur ses grandes despenses*. Il avoua avoir trop despensé, mais que ce n’estoit pas des deniers du roy, et prétendit qu’il justilioit autant de despenses pour le roy qu’il y avoit de recette; dit qu’il avoit tousjours tasché à faire plaisir, et qu’il n’estoit ps de l’humeur de scs ennemis, qui estoient durs et n’obUgeoient jamais personne. 11 parla jusques après midy et se retira. En sortant, M. le chancelier me dit de l’aller trouver après le disner.
Après le disner, je trouvai dans le cabinet de M. le chancelier M. Berryer, qui baissa les yeux aussytost qu’il me vit, et ne les leva pas de terre, tant qu’il y demeura, en attendant l’expédition de quelques lettres, que M. le chancelier faisoit sceller. Après, il sortit s,aluant M. le chancelier et moy en passant; je le saluai au.s.sy.
M. le chancelier me dit après que le roy l’avoit envoyé quérir dimanche, luy avoit dit de ne plus faire voir des pièces, comme il faisoit, avant que M. Fouquet fust entré; que ses parens s’estoient plaints de la longueur, et qu’il vouloit qu’il le Ust entrer de bonne heure, le laissast dire tout ce qu’il voudroit sans répliquer. M. le chancelier me dit encore que la manière qu'il avoit observée de faire *
lire les pièces estoit la meilleure; mais qu’il aimoit mieux faire tout ce qu’on luy disoit, afin de n’estre pas garant de l’événement.
Il me demanda ensuite si je ne pouvois c.omiuencer à parler ven-
' Cif. le Joumai de FoücauU , lome X .
* • M** le chancelier luy a <lit qu1l eu»t à reupondre aux dcjpenses faites dans sex maisons, en &a laide et en son domes-
tique, et des sommes données pa{ Bruant à Vatel, son luaistrc d'Lostid, qui mon* loient, pour la seule despense de sa labié . à quatre cent mille lirres par mots. •
JOURNAL
mninli. iRfts. dredy. Je le priai de m’en dispenser, et que je ne serois en estai que mardy prochain. Il insista; sur qiioy je luy dis que je croyois qu’il y avoit de quoy employer la matinée du vendredy par la lecture des rcquestes qui avoient este jointes. Ce qu’il approuva, me demandant ensuite quel ordre je tiendrois. Je luy dis que nous estions convenus, M. de Sainte-Hélène et moy, qu’après que j’aurois parlé sur un article il diroit ce qu’il trouveroit à propos, et ainsy d’article en article, parccqu’il ne seroit pas juste que, si j’oinoltois quelque chose, je ne fusse pas relevé aiissytost. Il l’approuva fort et me dit que ce seroit comme cela; mais que je me souvinsse que c’estoit moy qui le proposois. Après cela, je me retirai, M. le chancelier m’ayant fait beaucoup d’amitié. Je demeurai estonné de la foiblesse d’un chancelier, qui n’oscroit rien faire de luy.
Le jeudv A décembre, à la chambre de justice M. le chancelier me dit bas, en entrant, qu’on luy avoit fait dire qu’on n'agréoit pas la proposition que j'avois faite, et que je parlerois tout d’une suite, et M. de Sainte-Hélène après. Je luy dis que Je le ferois volontiers ain.sy.
M. Fouquet ayant esté mandé, M. le chancelier l’interrogea sur le projet’, et luy en fit faire lecture par le greffier. M. Fouquet en fut surpris, et tesnioigna que c’estoil contre l’ordre et iju’il falloit donc faire lire ses delfenses’, [et] dit qu’il estoil bien extraordinaire qu’on feust fait imprimer. M. le chancelier, qui en avoit un devant luy, dit que Messieurs pouvoient dire qu’on ne leur eu avoit point donné.
• M. Fouquet répliqua qu’il en apporteroit un, le lendemain, qu’il avoit
depuis plus de six mois. Enfin, M. le chancelier ayant dit à Foucault de lire, il le fit, mais si mal, que M. le chancelier estoit obligé de l’ayder de ligne en ligne sur son imprimé, qu’il avoit devant luy. J’ay
■ ' Cf. le Joarnal de t'oiuauU, tome X,
' I) s'ngil du projet ronne p«r Fouquet pour rékiftter en cas d arroliUion. projet trouv(^ à Saint-Mandé et dont il a été quo lion piutiieurs fois. M. Pierre Clément a
publié cette pièce, dsm son Hi$toir0 de Colberi, d'après le fac-simite que donne le Joamal de Foucault.
^ Il « été publié un Recueil des défenses deFowfael (Hollande, i665-i66S, ib vol.
in-ia}.
sçH (le M. Pecot' (jue M. Foiiquet, durant tonte cette lecture, eut ivmnh, n>66. touajours les yeux attachés sur le crucifix’, sans les bransler.
Après la lecture faite, M. Fouquet dit qu’il croyoit que cette pièce avoit fait tout felTet que ses ennemis vouloicnt, qui estoit de luy donner de la honte et de la confusion d’une pièce aussy ridicule et extravagante que celle-là; mais qu’elle ne pouvoit servir au procès, prétendit que la chambre n’en estoit point compétente’, etc.
Après, M. le chancelier luy ayant demandé comment il pouvoit accorder le zèle et failection qu’il avoit dit avoir pour l’Estat avec ce dessein de troubler l’Estat pour sa conservation, M. Fouquet, piqué de ce discours, luy répliqua qu’il estoit vray qu’il avoit tousjours servi l’Estat, et que d’avoir eu une pensée extravagante, qui n’csioit pas sortie de son cabinet, n’estoit pas desservir l’Estat, mais bien de se trouver à la teste du conseil des ennemis du roy et de faire livrer des passages piar son gendre et ouvrir des portes à une ^rniée estrangère pour la faire passer au milieu du royaume; que c’estoit cela qui estoit desservir fEstat et le troubler; et dit cela avec plus de chaleur qu'il n’avoit encore fait*. M. le chancelier ne répliqua pas.
celinr et 5i>n gendre , le duc de Suilj. F nuquet dK : ■ qu'il avoit bien servi le rov dans tous sea employa; qu'il rendoit le» services les plus considérables, lorsque 1rs premier» officiers de son Estât estoieni à la teste de ses ennemis et présidoient dans leurs conseils; qu'il estoit à Pontoise pour des négociBtiotis importantes et de telle conséquence, qu'elles ont enfin ramené le calme et la tranquillité dans le royaume, cependant qu'un gendre et les plus proches de ces mesmes officiers ouvroient los portes des villes que le roy leur avoit confiées, pour y recevoir lea Espagnol» et le» faire [pénétrer] dans le cœur de l'Rstat; que c'eatoit cela que l'on pouvoit dire mettre un royaume en proye et attaquer la couronne du roy ; que cela ae pouvoit appeler
' Ce nom est quelquefois écrit PecquoL
* f M** le cliancclier m'ayant encore une fois dit de lire ce projet, U lecture en a esté faite, pendant Ul^ucUc l'accuoea esté remarqué avoir tousjours les yeux sur un crucifix qu'il avoit devant luy. * {Journal fia Foucault t l. X, f* i33 Voy. aussi la lettre de M*** de Sévigné à M. de Pomponne. en date du 4 décembre i664.
* Fouquet ne nia pas avoir écrit ce projet. Dans le Journal de Foucault {ilfûL P 1 35). il dit que «ce n'esloit qu'une fumée, une composition mal digérée, une pensée imparfaite, qu'il avoit désavouée aussy tost qu'elle csloit sortie de son eaprit. •
* Foucault (iéid.) confirme cette partie du Journal d'Olivier d’Omutson et l'altaquo dirigée par Fouquet contre le clian
JOURNAL
iiicrnib. Après, il [Fouquct] dit les servires qu’il avoit rendus à M. le car-
dinal; que c'cstoit luy qui luy avoit conseillé, contre tout le conseil, de se retirer, et s’estoit engagé à le faire revenir et l’avoit fait; qu’il l'avoit par cscrit signé de M. le cardinal; qu'il en avoit nnesme voulu une descharge signée de la reync mère'; qu’il l’avoit dans ses papiers.
Il parla ensuite sur le projet jKuir justiiier qu’il l'avoit abandonné.
M. le chancelier ne l’ayant point interrogé sur les preuves pour justifier l’exécution du projet*, et M. Fouquet ayant lini ce qu’il avoit à dire, il demanda si c’estoit la dernière fois qu’il seroit mandé. M. le chancelier luy ayant dit qu'il croyoit que ouy, il dit un mot sur le fait de ses despenses, et qu’il justiiieroit avoir plus dans ses revenus qu’il ne se trouveroit de dcspcnscs et d'cITets. Il demanda ensuite justice des subornations et faussetés des tesraoins, et parla avec assez de véhémence sur les choses extraordinaires qu’il prétend qu’on a faites contre luy, et enfin il se relira à midy. Je lis remarquer à M. le chancelier’ qu’il y avoit encore des faits, pour l’exécution du projet,
tilfue, mais moins vraisemblable que le récil d'Olivier d'Ormesson . confirnté pleinement par celui de Foucault. D’ailleurs, l'attaque contre le chancelier n'était pas moins vive pour être indirecte. (On peut encore comparer la lettre do M*^ de Sévigné, en date du 9 Aéremhre.)
‘ Ces détails sont coniinnés par le Journai de Foucault, l. X, f“ i56 v*, 187 r*. (Voy. l'Inlrotluction en télé de ce volume sur les services que Fouquet avait rendus au cardinal Mararin pendant la Fronde.)
’ Foucault dit seidentent (iW. f* 157 V*) t que le cbarKclier tuy demanda s’il n'avoit pas eu cet escril pendant deux ans dans son cabinet . et que Fouquet en convint. •
’ M" de Sévigné (lettre du 6 décembre ) prête celte remarque à Poncet; mais on ne peut opposer son témoignage à celui du Journal d'Oltrirr d'OrmeiSOa.
un grand crime et un crime d'EsUt. .... que Colbert avoit poussé le roy k celle cxlresmilé [à l'accuser de crime d'Estal) par ses calomnies. » Foucault a ajouté en note:* Cv-devant il disoit M. Colbert; mais, pouasé pur .M*^ le chancelier, il a perdu respect envers luy et envers les autres. • (Voyex plus haut. p. i5a« note, la lettre du chancelier Seguierà Anne d'Autriche, pour se justiiier du reproche qu'on luy avait adressé à l'occasion du passage des troupes espagnoles à Mantes. Voyez aussi la lettre de M~ de Sévigné, en date du à décembre 166A-) Les faits rappelé» sont les mêmes; mais le style les anime. Dans la lettre de M*^ de Sévigné, Fouquet attaque directement le chancelier : * Dans ce temps-U vous estiez, monsieur, le chef du conseil de ses ennemis, cl vos proches donnoient passage à l'armée qui estoit contre luy. • Tout cela est vif et draina-
irOLIVIER LEFÈVRE D’ORME-SSON.
dont il n’avoit point parlé à M. Foiiquet. 11 nie dit : • Quoy? de l’en- Wornb. "agenncnt de Deslandes, de Maridor'? quoy? de cette négociation de Rome*? Voilà de belles preuves' • et il marqua qu’il les troiivoit ridicules. Sur cela, j’entendis M. Pnssorl <|ui disoit bas : «Tout le monde n’est pas de vostre sentiment*. •
Il faut encore que je dise que, durant tout cet interrogatoire,
M. Pussort n’a jamais pu se contenir, et <(n’il secouoit la teste ou faisüit des sourires de moquerie, lorsque M. Fouquet disoit cpielque chose qu’il n’approuvoit pas; et Pccquot me l'a dit avoir remarqué avec peine.
Ce mesmc jour, j’ay sçu que M. le pré.sident de Maisons* cstoit retourné au Palais et avoit esté à l’audience; qui cstoit le meilleur parti qu’il pouvoil prendre, chacun disant que sa conduite ny sa cause n’estoient pas bonnes.
Le vendredy 5 décembre*, à la chambre de justice, où l'on lut les requestes de M. Fouquet qui avoient esté jointes pour s’en instruire. M. le chancelier vouloit qu’on opinast. .Mais M. Pussort luv ayant dit que c’estoit contre l’ordre, il s’est contenté de les faire lire, et sur chacune j'ay expliqué la cause et l'elTet que M. F ouquet prétendoit en tirer. L’on a fini de bonne heure, et j’ay reçu l’ordre <lc parler mardy prochain.
Le samedy 6 décembre, feste de S'-Nicolas, j’achevai d’escrire mon opinion sur le procès de M. Fouquet, et le soir ayant vu M. Joly*, il me dit que c’estoit une observation bien favorable à M. Fouquet que j’eusse résolu mon avis le jour de S‘-Nicolas, son patron. Il me dit que la famille de M. F'ouquet craignoit que cette affaire ne se
' Il est quÊ«lion de ces engagements dans le projet trouvé à Saint-Mandé.
* Négociation dont Maucroix a'iait été chargé; on en trouve IfS détails dans le Joumat de Foucault. Elle n‘a pas d'importance.
’ Le procès-verbal de Foucault ne fait pas mention de cet incident.
* Voy. plus haut, p. 367, la lutte entre les présidents de Ncamond et de Maisons.
* Cf. le Journal de Foucault t tome X.
f** i46 V* et là? r". On y trouve Ténuménition des requêtes de Fouquet.
* Curé de Saint-Nicolas-des-Champ?*, nommé à l'évéché d'Agen. (Vovex piu*> hau^ p. at?. note a.)
JOURNAL
IMcnub. i«6t. poi tasl après les Testes, el qu’ou soubailoit que je ne m'engagcaise pas à une récapitulation fort longue, à cause que j'avuis dit qu’il me * falloil huit jours.
Le dimanche 7 déceiuhre, ma femme me dit, au retour de l’église, que M”" de Fomiuerolles luy avoil dit que Berryer s’en estoit fuy, et que cette nouvelle estoit fort assurée.
Ap rès le disner, je fus chez M. le ch.-vncelier, qui in’avoil mandé. Il me dit que l’on désiroil linir devant lés Testes, et que l’on me donneroit deux jours pour la récapitulation et un jour pour opiner. Je luy tesmoignai que c’estoit peu, et enlin je luy demandai la semauie. Il me dit que je dirois tout de suite tout ce que j’aurois À dire.
•Au sortir, je fus faire une visite à M. Joly*.
J’ouhliois que Foucault m’estoit venu voir i midy pour pressentir mon sentiment sur ma manière de récapituler et le temps, et que je luy dis tou.sjours que je ferois sur cela tout ce qu’on voudroit, sans m’expliquer. Il ne me dit rien de Berryer. Ainsy, je crus que la nouvelle qui eu couroit n’estoit pas vrayo.
Le lundy 8 décembre, jour de la Nostre-Dame, je travaillai tout le jour pour me mettre en e.stat de parler le lendemain.
Le mardy ij décembre, je commençai la récapitulation du procès, et je parlai doux heures et deiiiye’, n’ayant pris qu’une fois de l’eau
' On voit par le» lettre» de M** de SCvigne qu 'Olivier d’Orincsson ne vaulait pliu recevoir de viBitcs, pour échapper k loute infiuence étrangère File éenvait, dés le 5 décembre, à M. de Pomponne:
i M. d'Ornietsoti ra'a priée de ne le plus voir que l'aUaire ne soit jugée; il est dans le conclave, ei ne veut plus avoir de commerce avec le monde. •
* V'oy. la lettre de M*' de Sévtgné en date du 9 décembre. -—Je donne, d'apre*
* le Journal de l''oucuult (t.X, f*
l'analyM de l'opinion d’Oliv. d’ünuesaott :
• M. Lefèvre d Ormeason, convié^par
le chancelier de faire la récapitulatio«i du procès, a dit que, par le premier rap* |)ort qu'il avoit eu l’hpnneur de faire, ayant fait une réduction assez simple de la prficèdurc et instruction du procès du sieur Fouqucl . et ayant depuis rendu compte à la chambre de la procédure cl conduite qu'il avoit tenue dans la vérilicaliou des procès- verbaun. U eslimoit inutile de la retoucher et croyoit qu'il estoit jdus à propos d'entrer tout d'un temps dans le fond;
• t^ue les faits estoient grarvds et les raisons avancées de part et d'autre fort
Digitiz«d byXjOO
LVOUVIER LEFÈVRE D'ORMESSON. 2fi7
pris de la cheminée. Il ne s’y pa.ssa rien d’extraordinaire, cliascitn tWcnnl-. ni6i. ayant escoulé avec attention. La famille de M. Fouqiiet estoit à rentrée de Messieurs.
!,e mercredy lo décembre, je continuai la récapitulation et je parlai deux heures et trois quarts'.
nombreuse!) et fort f^lemlitc.«; qu'il »c vojiHt né«nlmoinn ot^i^ tle se relrsiiclier cm plustoAt tic «c rétluire en deux matinées ;
• Qu'il jiensoH que le meilleur ordre seroil de passer sur les rais.on» inutiles et d'expliquer amplrinenl les preuves et Je» defTensos, et qu'ainsv il diroit les chefs d'accusation et les preuve».
« Mais d'autant que, dans une «nifitn' aussy vaste et d’au«»j grande estendue qu'est celle qui »e présente à juger, il est diflîcile que quelque chose n'cschappe, et que l’on ne s^auroil faire de I<^re4» fautes dans une affaire si importante, qu'il suppUoit M. le chancelier cl toute la roropagnie de ne faire point de difiTicullc de l'interrompre et de le relever, son intention n'estant pas d'affoiblir ni d'obscurcir la vérité, mais de la mettre au jour et de la faire coniKiisIre à la chambre avec le plus de netteté qu'il luy seroit posathle.
• Qu'après celte supplication , il commcnccroil par la pension des six vingt mille livres sur les gabelles Ju bail de Simon Le Noir. et. après avoir explique soromairemenl les prouves de ce fait et les deffenses de l'accusé, il a demande si quelqu'un avoit quelque chose à dire.
M. Pussort a respondu que chacun relèvera ce qu’il croira eslre considérable et avoir esté omis.
• Le second fait expliqué par M. d'Ormesvui a esté celuy de cent quarante mille Hvres de pension sur le» ajdes.
• Le Irolsième. de dix nitlle livres sur le sol du Charente;
• Le quatnème, de dix mille livre» sur le pied fourché;
« Lo cinquième, de vingt mille livre*»
sur les gabelles de Languedoc;
• Le sixième, de vingt mille livrés sur le peaclic des haleines;
• Le septième, de douze mille livr^ sur les enintes;
• Le huitième, de dix mille livre» sur les gabelles de Dauphiné;
«Le neuvième, de neuf mille livre»
pour M. de Beauforl;
• Le dixiéme, de vingt mille livre» ponr la dame Duplessis Bdlièrc;
• Le onzième, de cinquante mille livres sur le coovoy do Bonieaux.
• Ce fait, M. le rapporteur a dit que c'e»toit ce qu'il avoit pu recueillir de pari et d'aulre sur le fflil des pensions.
• De U il a passé aux presLs prétendu»
faits par l'accusé, et en a discuté et examine les raisons.
• Midy sonné , U continuation de t^etle récapitulation a été renvoyée au lendemain. •
• Jwtmal de t'oucaulf, I. X, f* |^8 v' : « M. Lefèvre d’Onnesson a dit que l'oitlre du présent procès l'obligeoit de {larler des sucres et des cires, et en a expliqué le fait, les preuves de M. le procureur général et les defTenses de laccuaé;
■ Plus, a expliqué le fait des parisis de.» péage»;
JOUR N Al,
Ihcoinh. iMh. Ce jour, M. le duc d’Orléans est allé k la chambre des comptes porter une déclaration pour les rentes, et à miily le roy fit response A M. le prévost des marchands, suivant sa déclaration.
Le jeiidy i i décembre, je continuai encore, et je croyois finir; mais M. le chancelier s’engagea i discourir, et il me parut (ju'il ne vouloit pas que j’achevasse. Au .sortir, il me dit que je finirois demain de bonne heure, et que M. de Sainte-Hélène parleroil deux jours, et que j’opinerois après'.
• Ceiuy des conmii-ssaires des UiHes;
• (àeluy des octroys;
• celuy des regrats de Languedoc. • {On AppHait rrgmts le» ventes de sel à l»e(i(e mesure.)
Cr. la lettre de M**' de Sévignù en date du 10 décembre: «M. d'Ortnessona cuii* (inué la récapitoiatinn du procès; il a fail des mcn'cilirs, c’est-a-dire , il a parlé avec une netteté, une inteUigence et une capacité exü'aordinaires. Pu»sorl l'a interrmitpu cinq ou six fois sans autre dessein <|uc de renipesrbtT de si bien dire; ii luy a dit. sur un endroit, qui paroissoit fort )>our M. Fouqnet ; nous parle-
rons uprût vous; nous parlerons Ofirès vous. ■
' Voici le résumé de cette séance dans le Journal de Foucault, t. X , f* ) . M.{q.
• M*' le cîiancelicr. proposant d'opiner sur le procès, a dit qu*Ü esloit véritablement grand- mais que, MM. les rapporteurs Tayanl rapporté à diverses fois avec beaucoup d'exactitude , les opinions pouvoienl estre abrégée» et que ce seroil un grand bien pour l’airairc et un grand m>uiagenteni pour U compagnie, si, après leurs avis, l'on puuvoit achever d'opiner en un mesiiie jour; que, pour cet elTet, l'on pourroil «;lrer à six heures do malin et demeurer enfennés tant que la délibération fust finie, et que l'on pourroit donner
ordre qu'il ]|s*usL dans la buvette des ralfraiscbiAsemeiiA M. Le Féron a respondu r|uc cela seroit bien diflicilc. le procès de M. de MariUuc. qui ne consisluil qu'en un ou deux chefs, ayant esté délibéré pendant trois jours entiers.
• M. Lefèvre [d'Ümiesson] , rapporteur, rontiiiuanl sa récapiluUlkm, a dit que, selon l'ortlre des inventaires, le clief qui suiroit estoit celuy du marc d'or, et en a expliqué le fuit avec les circonstances de j>art et d'autre. Dans le cours du rapport,
M. d'Orn)(*%son ayant dit qu'il n'y avoit aucune preuve di» sept cent soixante et tant de mille livre» que M. le procureur général avoit mis en fait avoir esté payées par les olhcicrs du marc d'or, M. PuMort • soustenu que ce fait avoit esté vérifté; que ce qui |>ouvoit avoir esté payé par le sieur Fouquel estoit certain, et qu'ils en avoieiit Cnit le calcul ensemble, ü a este répliqué par M . d'Ormesson que cet esclairctsscinent estoit suivant la prétention flu procureur général, mais non |>as sur les preuves qui estaient au procès. M. Pussorl a dit qu'il estoit inutile de faire le calcul . si 11 preuve n'estoil certaine. M. d’Orinesson a re»|>ondu que ta preuve ne le pouvoit estre, Bousseiin , Oamon et les outres ofliciers du sceau n’ayant point esté entendus, M. Pussort a répliqué qu'Un fait ^
D'OLIVIEI\ LEFEVRE D'OHMESSON.
Le soir, M. C\;iamiliart me vint voir et me parla comme si j’eusse Dcwmb. iSSi. dû opiner le lendemain, et il fut surpris du discours de M. le chancelier. •
Le vendi'edy la décembre, je finis la récapitulation par l'ailaire des six millions'. Sur le projet, M. le chancelier Gt ce qu’il put
lie la qualité de celuy-cy, .avancé par le .procureur général, non contredit par Taccu.se, devoil passer pour constant. Il a esté dit ikir M. d'Ormesson que la condition d'un accusé estant tousjours favorable, l'on ne tiroil jamais à conséquence son silence contre luy, mais l'on s'en rnpportoit aux preuve.s'.
«De ce fait, M. d’Ormesson a passé à celuy de l’emprunt des comptables , qu'il a |>areillement expliqué, et ensuite à celuy des dissipations de l'accusé, des despenses faite.s à Vaux, à Dellc-Islc et a S'- .Mandé, en sa table et en scs domestiques. >
* Le Journal de t'oucaaU {t. X, f* ifjo) ré.sume ainsi la séance du la décembre : • M*" le chancellera demandé à^I. Lcrêvre (d'Ormesson], rapporteur, s'il pouvoit finir sa récapitulation et d'une mestne suite son avis aujonrd'buy. .\ quoy il a respondii qu'liyer M. le chancelier a eu agréable de luy faire entendre qu'avant que d'entrer en son avis, M. de S-iinte-lléléne feroit sa récapitulation , et qu'à présent l'on prenoil d'autres mesures; néantmoins, qu'il s'accommoderoit volontiers à ce que l’on voudroit luy prc.scrire. M** le chancelier luy a dit qu'il feroit comme il l'entendroit.
< M. d'Ormesson a continué la récapitulation du procès, et a examiné les prouves résultant du procès -verlMil des six millions et les delTenses de l'accusé. Il a fini sa ré-
capitulation |Kir le crime d'Ësiat fondé sur le projet, et a dit soimnairement Ic.s preuves et les deffenses de part et d'autre.
• La récapitulation achevée, .M'' le chancelier a dit à M. le rapporteur qu'il n'estoit qii'onze heures, qu'il |>ouvnit commencer son avis, et que l'on coiitinucroil la séance ju.squcs à trois heures apres midy. M. d'Ormesson a respondu qu'il n'avoit pas prévu qu'il dust opiner aujourd’imy, qu'il s'estoil fondé sur l’ordre qu'il avoit plu byer à M*' le chancelier de luy donner, et à M. de .Sainte-Hélène, de faire leurs récapitulations avant que d'opiner; (|ue d'ailleurs il veiioit de parler et luy seroit bien dillicile de parler encore trois heures; que, dans une alTaire moins ini- ]>ortante, il s'nvanccroit davantage et feroit les choses avec moins de préparation ; mais qu'il falloit tascher de prendre des mesures justes, et qu'il ne le pouvoit qu'apr<‘s avoir repassé sur quelques arides du procès. M*' le chancelier a dit qu'il falloit tout souffrir de M. le rapporteur; et par M. d’Ormesson a esté répliqué qu'il avoit tousjours obéi à tous les ordres qui luy avoient esté donnés; mais que, comme l’on changeoit ceux qui luy avoient esté donnés le jour d'hyer, il falloit nécessairement qu'il prist de sa part d'autres mesures, et a esté convenu qu'il taschcroil de consommer son avis dans demain. •
* Voy. U l«ntrc (le M** «le Sévigm! fn date da ii décembre i66à.
JOÜHNAL
Dwmh. i66é. pour m’eiiipcschci' de paiier des preuves. Néanimoins, j’cii fis la récapitulation, comme des nullités des inventaires. Aprè.s, M. le cliancelÜr proposa de commencer mon avis. Je fus surpris, et luy dis (juc je croyois que M. de Sainte-Hélène devoit parler, comme il nous avoit dit la veille, et que je ne m’eslois pas mis en estât d’opiner. Il eut assez de foiblcssc pour désavouer de me l’avoir dit , quoyque toute la chambre l’cusl entendu. Je luy répliquai qu’il falloit que je me fusse mespris, et qu'estant près de midv il c.stoit trop tard. Il me répliqua qu’il me donneroit jusqu’à trois heures. Je luy dis qu’il y avoit trois heures <|ue je parlois, et que c’estoit assez.
11 se leva disant qu'il falloit souffrir ce que MM. les rapporteurs vouloient, et en pasisant au bureau il me dit, riant, qu’il me feroit cbastier par mon père. Je luv répliquai que j’aymois mieux recevoir la correction de .sa main que de celle de mon père; que celle de mon peie e.stuit trop rude et que la sienne estuit douce et ne pouvoit faire que du bien. Après le disner, je disposai tous mes papiers pour opiner le lendemain.
Le .samedy i 3 décembre, je commentai mon opinion à neuf heures et un quart et je la finis à midy et demy sonné'. J’ay esté assez heureux jMjur dire ce que j’avois escrit et me.sme ajouter beaucoup de choses selon l’occasion , et enfin il me semble en esire sorti assez bien, la voix ne m’ayant point manqué et m’estant trouvé au.ssv frais à la fin qu’au conimencemenl et avec autant de présence d’esprit; et j'attribue celte force à une grâce extraordinaire de Dieu par les prières des gens de bien. Car jamais il ne s'est fait tant de prières que pour cette alfaire-là; et la conjoncture des renies et autres, où tout le monde se trouve blessé, fait qu’il n’est personne tpii ne souhaite le salut de M. Fouquel. Mon avis a esté au bannissement à perpétuité, les biens confisqués, cent mille livres moitié au roy, moitié en œuvres pies’. J’oubliois que le bruit est public que Berryer est
' Foucauil a Uonuc une tuialvftc df> ce magistral, j'ni donné à l'Appendice
duc de l’avi» d'Oltv. d*Ormc»3on. Comme cel cxtrail du Joamut de Foucautt. r'eal le fait le plus im|ArUn( dans la rie * Voy. la IcUre de M** do Sévi^é en
DOLIVIKR LEFEVRE D’ORMKSSON. 271
devenu fol et que dimanche il s’csloil caché, et enlin que son esprit est renversé.
Le dimanche i4 déceiiihre, je fus au sermon de M. Joly et de la à la messe à NusUe-Danie , poiu' éviter de rencontrer du monde dans nostre chapelle; car tout le monde tcsmoigne tant de satisfaction de mon opinion, que j’ay cru fort à propos d’en éviter l’esclat. Je fus chez. M. de Marillac, où M. le premier président de Bretagne' me dit qu’il y avoit deux jours qu'on avoit dit au Louvre que j’avois conclu à la moil, et que le roy avoit dit : • Si cela est, Fouquet est perdu. •
.VI. Isalis me dit que M. Gaumont l'avocat, la veille, luy avoit dit mou avis, et que l’on ne croyoil pas que je dusse estre si sévère, et que fou avoit fait entendre au roy que je serois d’avis d’un plus amplement informé et que je justilierois M. Fouquet. 11 me tesmoigua que j’cslois dans l’estime générale pour cette action".
.Après l*di.suer, mon cousin de Lezeau’ me dit que M. le chancelier avoit bien parlé de pnoy et a^c estime. L’on juirle fort estraugemenl de ce qu’un nommé Lamothe, accusé de faux sceaux, avoit dit aux rcquesles de l’Hoslel, sur la sellette, des intimidations et su-
date du 1 3 diTCinbre ; « XI. d'Ormesson a doTkc »ptne au banniAsoment ^(T|>é(uci e( à in coniiscalion de ses bières au rov. M. d'Ormessuti n couruiiné par h sa répu- Uliou. •
' François d*Arg»ugc:ü du Plessis “Pâté fut premier président du parlement de Kretagne. de 1661 à >677.
* Voy. U lettre de M*" de Sftvigné du 17 décembre i6b.^ : «Je v ou» mandai samedy cutnmc XI. d'Orniesson avoit rapporté rafTaire et opiné: mais je ne vous parlai point assci de l'eslhiic exlmordinaire i|u'îl s‘esl acfpnac par cette action. J ay ouy dire à des gens <lu mestier que r’ert un cluT d'œuvre que ce <{u'il a TaÉl. |M>nr s'eslie etpliquc si netteu»eat et avoir
appuyé son avis sur des raisuns auss^ fortes: il y mcala deréloquence et mesme de ragrément. Fnlin, jamais hi>mmr de sa profession n'a eu une plus belle occa* sk>ii de patoislre. et ne »'en est jatuais mieiu servi. S'il avoit voulu ouvrir la porte aux louanges, sa maison n*auroit pas désempli; mais il a voulu estre nuKleste et s'esl caclié avec soin. •
* Nictdas Lefèvre, sieur de Leseau, oncle d'Olivier d'Onuesson, avait deux iils, Pierre Lefèvre, sieur de Leseau, né le 36 juillet 161 A. conseiller en la cour des aides, et Nicolas Lefèvre, né le t*aoùt 1633, cbanoine de l'eglise de Paris. Je prusurae qa U s'agit du conseiller en la cour des vides.
Décrnib.
JOURNAL
ivci-mb. ifiGi. bomalions qui luy avolent esté faites pour l’obliger de déposer contre le sieur Delorme et contre M. Fouquet, pCmr raison d’une certaine affaire de fausse monnoye avec un nommé Montgommery; que M. Ilotman avoit esté à la Bastille, et d’autres, dont je ne veux rien dire, n’en sçacliant pas le vray.
Le soir, je vis M. le premier président, qui me tesmoigna mille amitiés, et me dit que M. de Brillac luy venoit de faire la relation et é M. de Turenne de mon action.
Le lundy i5 décembre le malin, à l’Arsenal, où je me resjouis fort avec Messieurs de me voir descbargé d’un pesant fardeau, disant que je m’estois sauvé à la nage du vaisseau de /« Lune^; que j’estois • à terre et que je verrois les autres nager et ceux qui feroient le plongeon. La Baume me dit : « Vous ne serez pas le seul qui arriverez heureusement à terre. ■ Hérault me dit, en particulier, estre convaincu. Enfin, il m’a paru que les esprits estoient fort adoucis. Foucault m’a fait une protestation de reconnoissance de la mAiière dont j’avois parlé de luy, avec tous les termes les j)lus forts qu’il a pu, me (lisant que luy, ses enfans et tous les siens le reconnoistroient toute leur vie.
M. de Sainte-Hélène a commencé à parler, et a repris fortwu long tous les moyens des accusations, tournant les choses du mauvais costé contre M. Fouquet*, parlant ianguidement; ét il m’a paru que Messieurs n’en tesmoignolent pas grande satisfaction.
M. de Massenau s’est trouvé mal de la colique néphrétique, s’est retiré un quart d’heure et a vuidé une pierre, et il est revenu*. M. de Sainte-Hélène a continué jusques à midy, et M. le chancelier a dit qu’on entreroit demain à sept heures, afin qu’il finist.
' Cr. lu Journal de Foucault, tome X, f*’ 171 cl suiv.
' Voy. plu» liaut la nouvelle du naufrage de ce vaisseau, p. a5o.
’ On trouvera le résumé de l'avi» de Sainte-Hélène dans le Journal de Foucault, où il Occupe six folios recto et verso (t. X,
f“ 171-177.) — Voyex aussi la lettre de M" de Sévigné en date du 1 7 décembre.
* Vo v. M" de Sévigné , Inllrc du 17 décembre 1664 : «Il faut que je vous raconte une action héroïque de Masnnu (MassenA) ; il estoit malade à mourir, il y a huit jours, d'une colique néphrétique, etc. •
D'OLIVIEK LEFÈVRE DORMESSON. 273 *
Au sortir, j’ay passé cher M” de Nogent sur le mariage de sa lille D'JwBib. iSfii avec M. de Rannes’. M. le duc de Chaulnes, M. de Serran’ m’ont voulu dire des douceurs; je les ay fait taire el changer de discourf-.- M. le chancelier m’a dit que le roy ne disoit mot.
Après le disncr, l’on m’a dit sur la folie de Berryerque, le samedy devant la feste de Nostre Dame, ayant esté maltraité par M. Colbert, il estoit revenu cher luy persuadé qu’il vouloit le faire arrester et le faire pendre; et, l’esprit agité de cette frayeur, il mil tous ses papiers à part et partit de cher luy dès cinq heures, le dimanche matin, sans qu’on piist sçavoir où il estoit allé; qu’après vingt-quatre heures avant esté ramené cher luy, on l’avoit obligé de retourner le mardy el le niercredy cher M. le chancelier, travailler à l'ordinaire; mais que, le jeudy, estant allé aur Petits-Pères’ faire ses dévotions, où son beau-frère l'avoit engagé d'aller, Bes archers des pauvres ayant fait du hruit en prenant quelques pauvres, il avoit cru que c’estoit luy qu’on venoit prendre, et la fureur l’avoit pris, en sorte qu’il avoit fallu le remmener; que depuis sa folie estoit augmentée et qu’il avoit esté saigné déjà deux fois du pied pour cela. Voilà l’histoire de Rerryer*, que tout le monde dit estre une punition de Dieu visible, p<iur les faus.setés faites dans le procès de M. Fouquet.
Le mardy i6 décembre’, estant allé à f.Arscnal à sept heures, iM. Catinal me voyant seul, m’embrassa, me tesmoignant beaucoup de .satisfaction de mon avis. VI. de Sainlc-llélcnc m'a fort parlé de l’affaire, et j’ay bien vu que c’estoit pour me marquer sa disposition à la rigueur. M. le chancelier n'est venu qu’après neuf heures. Foucault a dit que c’csioit une petite indisposition; mais, par la .suite, on a bien vu que c’estoit pour qu’il n’y enst de temps que ^>our M. de
’ Nicolas d’Argouges, marquis de Rannés, colonel général des dragon». (Voj.
plus haut, p, t&8, noie 3.]
* Guillaume Bautru. comle^de Serran ou Serrant, mort le 7 mars i665. U était beau-frére de Marie Coulon. veuve de Nicola9 Bauiru. conile de NogeoL
^ On appelait ainai le» Auguttins déchauasé», dont l'églUe c»t aujourd'hui Sotn-(yame-Jea- Victoires. •
* Voy. M"" de aSèvigné, leiln* du 17 décembre
^ Cf. le Joujuat d* foucault, tome X ,
fi77’«H
JOURNAL
I)«ceiiib. i66*. Sainlu-HéletiP el i|ue M. Pussort ne fiisl pas obligé de commencer.
M de Sainle-llélène a coiilimié comme il avoit commencé, c'est-à- •flire foiblement el languidcmenl; el enrm, après avoir parlé des six millions cl commencé à marquer son avis, il s'esl jeté sur des gém'ralilés du crime d’Eslat'; el, après avoir pris l’alTaire par des considéralions générales et traité quelques maximes des crimes d’Kstat, sans rien marquer en particulier, il a conclu a condamner M. Fouqnct à avoir la leste tranchée, à la restitution des sommes mal prises au roy, suivant liquidation qui en sera faite par les commissaires à ce députés, el le surplus comme les conclusions. Il me semble que son discours ne peut pas passer pour e.stre bien solidement raisonné ny ' capable de persuader, cl en un mut qu'il n'u pas satisfait*.
M. le chancelier, en .sortant, a dit qu'on entreroil demain a sept heures précises pour continuer. *
L'on parle fort du jugement d'un nommé Lamotbc-le-Haidy, accu.sé potir faux sceaux, lequel sur la sellette a déclaré que \I. Poncel et ensuite VI. Hotman, et après, M. de Bcsinot, l'avoient fort pressé et sollicité de parler contre M. Fouquet el M. Delorme, et qu'on luy avoit promis la vie et la liberté, s'il parloil*. Il a esté condamné à faire amende honorable cl aux galères perpétuelles. L’on dit que M. le chancelier est fort mal content de ce qu’il n’a pas e.sté condamné à la mort.
Je veux aussy escrire une histoire véritable de M. le duc de Ma- /.arin*, lequel, ayant formé le dessein d’avertir le roy du scandale que
* Voy. le Journal de Foacaalt , tome \ . r* lÜi. Le rapporteur dit que «le crime (le lè*e-tuaje»i('‘ c^t si odieux et d'une si irrande conséquence , que la pensée mesme en esi punissable: que i'nn a l'exemple de gontilbomme qui fut puni de mort pour ^'estre déclaré qu'ü avoit, en dormant.
Attenlesur U personne du roy Frauçius I”. La loy unique au code Ûe ftawMU Uiteilu, pariant d'un homme qui aurait trouvé un libelle c<mlre le prince ou contre rKstat,
(lit que, ii stalm non in i</nem capitalt sapplicio sabjicialur, eéc. •
* Voy. la lettre do M*" de Sévigiic du lydécetubru i66à:*Son camarade 1res indigne, SAinle-llééèoc, parla lundy et mardy ; il reprit l'afiairo pauvrement et raisérabieincut , etc. ■
’ Voy. 4a lettre de Vf“* de Sevigné en date du ly décembre; il y est queatîon de ce Lamothe.
* On trouve U même anecdote dans les
D'OUVIER LEFÈVRE D’ORMESSON.
sa conduite avec W'” de la Vailière cause dans son royaume, coin- Oi'rcnib. ififis munia il y eut dimanche huit jours et alla au Louvre an lever du roy, et, luy ayant dit qu’il soiihaitoil parler à sa majesté en son particulier, le roy le ht entrer dans son cabinet. Là il dit au roy, après bien des excuses de la liberté qu'il prenoit , qu’il avoit senti un mouvement dans sa conscience depuis quelque temps; qu’il venoit de communier et qu’il se sentoit plus pressé qu’auparavani de dire a sa majesté le scandale qu’il dounoit à toute la France par sa conduite avec M"' de la Valliére, etc. Le roy luy ayant laissé dire tout ce qu’il avoit à dire, luy demanda : • Avci-vous tout dit.^ Il y a longtemps que je sçais que vous estes blessé là, > mettant la main sur son front; et se retira'. Chacun blasme le xclo de M. de Mazarin, n’ayant ny autorité ny caractère pour donner ces .sortes d’avis.
Le mcrcredy i 7 décembre’, estant arrivé à sept heures à l’.\rsenal, j’ay trouvé M. le chancelier en sa place. MM. du Verdier et Hérault s’estant fait attendre, M. le chancelier a dit t|u’il falloit passer outre, comme voulant les exclure, et, M. Hérault arrivant, il l’a grondé, comme il a fait plusieurs fois, à cause qu’il a tonsjours esté des avis doux.
A huit heures, M. Pussort a commencé à opiner, a débuté par l’affaire des six millions, par les prests, a suivi par les pensions, les octroys, les sucres, les parisis, et a fini par le projet, et il a parlé jusqnes à près d’une heure, c’est-à-dire cinq heures d’horloge’, mais avec toute la pa.ssion et la chaleur dont une partie très animée est
^^ém(lhrs de Conrart; il la place au 8 dé> cambre 1 664 1 jour de la Notre-Dame. Il J a quelques difîérenccs que j'ai notées.
‘ La réponse prêtée au roi tre<«t pat la même dan» Conrart : « Le roy, ayant entendu cela, s’approcha de son oreille et luy dit d'une manière douce et ravorahic : *«M. Maxarin,je voua conseille de ne par* • 1er jauvai» de cela à personne: car vous ■ ferier. faire un fort mauvais juj^ement sur « voua. Pour rooy, je vous promets de n’en
• rien dire. • La version d'Olivier d’Ormestonest plus vraisemblable et plus spirituelle. ^
* Cf. le Joumai de Foucault, tome X , f* 184 » sqq-
* L’avis de Putsorl , qui paraît reprf»duit avec ^rand soin dans le Joamaf de foacaaU, y remplit «oUante-sîx folios recto et verso (l. X, du f i84 au f* a5o). On y trouve réunies toutes les charges conlre Fouquet.
JOLIVNAL
l)«e„.h. iGiii capble, a^anl pris à lasche de rondamner toute* elioses comme une partie, sans garder aucune modération de juge; il me paroist qu’il a donné peine à plusieurs, .ayant avancé des faits contraires aux pièces, ayant allégué comme une tromperie de M. Fouqiiet les tuilles sur sa maison de. Saint-Mandé du costé du chasteau de Vincennes et les ardoises de l’autre, quoyqiie ce fust le mauvais vent. Enfin, après avoir dit que la peine estoil la potence pour retenir par rinfamie div supplice ceux i|ui estoienl capables du péculal, néantinoins, par la con.sidération de la famille, il s’est réduit à la teste tranchée, suivant l’avi.s de M. de Sainte-Hélène. Après celte opinion, M. le chancelier .s’est levé et a continué la délibération à demain, sept heures du matin.
Api-ès le disner, M. le duc de Chaulnes m’est venu voir par curiosité et m’a montré quatre pistolles que Rocquclaurc luy avoit envoyées, ayant gagé que M. de Sainte- Hélène et moy ne serions pas de iiiesme avis. Il m’a dit que le roy n'avoit point parlé sur mon sujet, avoit paru triste le jour de mon avis, et plus gay après avoir sçu celuy de M. do Sainte-Hélène.
Le soir, une autre personne m’a dit rpie M. Colbert n’avoit rien dit, sinon que, le matin que j’opinois, quelqu’un luy ayant demandé si je serois d’avis de sauver M. Fouquel, il rc.spondit que j’en sauverois bien d’autres. Quelques-uns de mes amis de la cour m’estant venu voir, je leur ay imposé silence, et je les ay priés de ne me point parler; car j’ay rompu jusque* i présent tout discours sur cela. L’on attend fort la décision de celte affaire, cl la famille de M. Fouquet a bonne opinion de l’issue. Quelqu’un m’a dit, pourvu qu’elle ne se list point demain; car l’on prétend que la constellation de ce jour n’esf pas favorable.
Le jeudy i8 décembre, e.staut arrivé à sept heures i i'.Arsenal, j’ay trouvé M. le chancelier à sa place. En entrant, il y avoit grand , . nombre de parens de M. Fouquet. Lejeune Fouquel, cy-<levaut pre-
mier escuyer du roy, m’a dit comme é tous Me.ssieurs que l’on avoit apporté au greffe de la chambre la déclaration de La Molhe-le-llardy laite sur la sellette aux requestes de l'Hostcl, par laquelle il char-
DOLIVIER F.EFEVRE D'ORMESSON.
geoil M. Poucet et M. Hotman de l'avoir sollicité de parler contre irtOi.
M. Fouquct, et qu’il auroit la vie et la liberté. Néantmoins, il ne m’a donné aucune requeste. J’ay vu dans la chambre que MM. Poncet et Hotmail s’intriguoient fort avec M. le chancelier pour cela.
Lorsque tous Messieurs ont esté entrés, M. le chancelier a dit que l’on avoit parlé d’une affaire de la Motte', et m’a demandé .si j’avois la requeste. Je luy ay dit que non. Sur cela, le greOier a dit qu’on luy avoit apporté un sac clos et scellé, et qu’il l’avoit apporté. .M. le chancelier a dit qu’il le gardast*. M. de’ Gizaucour a commencé ensuite son opinion par l’affaire du marc d’or, lés pensions et le crime d’Estat, et a conclu à l’avis de .M. de Sainte-Hélène. Il a parlé mal, sans ordre cl sans force ny raisonnement. M. de Ferriol a opiné ensuite et prononcé un discours bien composé, rempli de doctrine et de citations, et, sur la fin, fort pathétique, disant luy-me.snie que l’on luy pouvoit dire que c’estoit une déclamation plustost qu’une opinion. En pffet, il n’a traité que des généralités, et enfin il a conclu à la mort, suivant l’avis*tle M. de Sainte-Hélène. M. de Nogués a opiné ensuite longuement, foiblemenl et misérablement, et a conclu à la mort comme les autres. M. Hérault a parlé peu et mal, et conclu à la mort, suivant l’avis de M. de Sainte-Hélène. M. de Rocquesante a opiné ensuite fort bien, sur de bonnes maximes, avec de belles citations, et il a parlé une heure aussy bien, aussy fortement et aussy .sçavamment qu’il se puisse, et a conclu au bannissement, suivant mon avis*. Il a esté entendu avec très grande attention et grande satisfaction, et il a parfaitement bien opiné. L’opinion est demeurée à M. de La Toison. M. le chancelier s’est levé, estant près de midy ; il entend fort paisiblement et n'interrompt point, chacun disant tout ce qu’il a envie de dire.
’ Olivier d'Omicsson écril ce nom de diverse.*) manière!) : LamoUe, La Mnüic, La Molle ou Lamotle.
‘ Il n'est pas question du cet incident dans te Joom. de Fouc. qui consacre à celle séance quarante-sept folios, du f*' a5o au f* aqy.
’ Voy. la lettre do M~ de Sévigne en date du i q décembre 1 664 : • Rocquesante linit la matinée, et, après avoir parlé une heure admirablement bion , il reprit l'avis de M. d'Ormesson. I
JOURNAL
Uéccmb. i66t. Chacun raisonne sur l’événement de cette affaire, et l’on compte sur ceux (pii restent à opiner. L’on croit que Toison, du Verdier, Massenau, Le Féron, Moussy, Brillac, Rcgnard et Besnard ue concluront point à la mort; mais ils ne font que dix avec M. de Rocquesanle et moy. Ceux que l’on croit assurément contre cet avis sont MM. Poncet, Voi.sin et M. le chancelier, lestpieis, avec les six qui ont opiné, ne font que neuf. 11 y en a trois incertains : La Baume, Catinat et le président Pontchartrain. Si l’un des trois conclut pour M. Fouquet, il est sauvé; sihon, il est perdu; car, selon toutes les apparences, il ne doit 'point espérer de grâce.
Depuis lundy dernier, il paroist une comète du costé du faubourg Saint-Marceau, qu’on dit qui regarde la Bastille. Plu.sieurs personnes disent l’avoir vue. Ces choses extraordinaires, au moment du jugement du procès de M. Fouquet, sont fort à reinarcjuer : la folie de Berryer, la comète, la déclaration de LamoUic sur la sellette. La famille de M. Fouquet paroist avoir bonne espérance. Je ne sçais si elle est bien fondée; car l’on dit que l’on fi’omet rien pour acquérir des Juges.
M ' m’a dit que luy avoitdit qu’aiiparavant mon opi-
nion, M. Colbert, persuadé que je devois me deschaisner contre luy sur la soustraction de papiers, a demandé plusieurs fois aVi roy ju.stice contre moy, et [dit] qu’il me falloit pousser, et que le roy luy avoit dit ces mesmes mots ; « Colbert, ne me rompez plus la teste de cela. Quoy? pareeque d’Ormesson ne veut pas pendre Foucjuet, est-ce cju’il faut que je le fasse pendre ? « Voilà Testât de cette jouniée. Je ne puis omettre que l'approbation publique de mon opinion et de ma conduite est .m grande, qu’il n’y a personne qui n’en parle fort bien, et je commence à en recevoir des lettres de mes amis dehors de Paris. Dieu en soit béni !
Le vendnnly ig décembre, arrivant à l’Arsenal, je trouvai M”®Fou- (piet la mère et sa famille à la porte; et M. Fouquet Tescuyer me dit
, ' I.es dcu'i noni5 M>nt en blanc dans le maniucrit.
D OLIVIER LEEKVRE D ORMESSON.
(|iie l'on ne le vouloit pas laisser entrer iiy aucun de leurs païens. Orà^ih. iSS». Estant entré, je trouvai dans la salle M" Eouqucl la femme, (|ui estoit seule cl se plaignoit de la violence qu’on leur faisoit. Je pri.s ma place dans la chambre et ne voulus point aller à la buvette, pour éviter les rapports et qu’on me l'as.sc parler. J’ai vu M. Voisin parler avec grande alfeclion ' avec M. de la liaiinie; et le président de Pontchartrain, qui s’csloil approché de moy et m’avoit dit qu’il seroifde . mon avis, ajouta : • Ea Baume demeure renne, .nonobstant tout ce qu’on luy dit; car il m’a soiisri .sur ce qu’on luy veuoit de parler. •
M. Catinat s’approcha aiissv de moy, et me .soiisrit pour me faire entendre qu’il seroit de mon avis. M. le chancelier arrivant, je fus audevant de luy. M“ Fouquet l’^horda et se plaignit du refus qu’on avoit lait de lai.sser entrer sa belle-mère, tandis que tous les partisans de M. Colbert entroient. Sur cela, je m’avançai pour n’estre pas tesmoin de tout ce qui se diroit.
Dans la chambre’, M. le chancelier ayant demandé l’avis à M. de la Toison, il reprit fort bien les principaux chefs, lit voir qu’il n’y avoit point de preuves, et ayant parlé durant deinye-heiirc fort bien, rapportant de belles citations de lois, il conclut à mon avis. M. du Verdier’ opina en.siiite fort sçavamment et avec un bel ordre, et il conclut à cinq ans do prison seulement avec cent mille livres d’a-* mende. M. de la Baume lit un discours plus court et général , et conclut à mon avis. M. de Massenau dit d’abord é .VI. le chancelier qu’il avoit à luy porter une plainte et luy demander ju.slice; que les Hébreux avoient une loy qui obligeoit les moissonneurs de lais.ser quelques espis de blé poui' les glaneurs; mais que Messietirs qui avoient opiné devant luy avoient tout enlevé et ne luy avoient pas
* Ce mo4 pArait avoir ici le s«n» de tèU,pus*ion. Le mol ajffctation avuitqueiquefoû celle Mgnifîcnlicn. Boüsnel a dit : « Je me contcnlc d estre prcsl à exposer mes senlinicos sans ajfectulion de c|ui que ee. soit • Kt Flérhier : • EsUnt accusé dl'q/*fteiafien (de passion),» »ar Us
Grands Jours de i'itrmoul , edit. Hariiellf.
^ Cf. le Journal de forumu/l , tome X ,
f 397 V*. Mjq.
' Dans le Journal de Foueauii, du Verdier ne parle qo 'après La Baume (i^.
JOURNAL
tMcemh iWti. lai.ssé un espi de blé à glaner. Il commença ensuite par le crime il'Lstat et traita la (|uestion si ce projet n'estoit qu’une pensée et e.stoit punissable, et conclut que ce n’csUiil qu'uue pensée qui n’es- (oit pas punissable, hors le ci-iinc de lèse-niajesté au premier chef, et qu’il falloil voir non seulement si volaerit, mais si potaerit, et traita ce projet de folie et d’extravagance.
■ il [Mirla ensuite de la manière extraordinaire dont toute cette atTaire avoit esté rpnduitc, des nullités des inventaires, des mains suspectes par où tous les papiers avoient passé, des faussetés qu’on avoit vues sur le bureau; qu’il laissoit celuy qui les avoit faites en ■ l’estât qu’il estoit; mais que, dès le commencement de la chambre, on avoit donné des requestes contre luy pour scs volerics, et que jamais le procureur général ne les avoit voulu cscouter ny les pour- .suivre; que c’estoit une honte; fut d’avis de desmolir Vaux pour laisser une marr|ue à la postérité, et, au surplus, fut de mon avis.
M. Catiuat opina ensuite, dit qu’il n’avoit jamais considéré le crime d’Estat; qu’il croyoit la pension de six-vingt mille pour M. Kouquet*, et passa aux autres accusations, disant qu'il ne crovoit pas quelles mérita.s.sent le deniier supplice; qu’il considéroit le temps. Car à présent une condamnation sévère ne scroit plus un exemple; que *cela eust esté bon au commencement; que luy-mesme il se sentoit bien plus porté à la rigueur en ce temps-là qu’à présent, et enfin, apres s’estre ainsy expliqué , il conclut à mon avis.
M. le chancelier ayant demandé l'avis de M. Poucet, il dit qu’il estoit trop tard’. M. Pussort répliqua’qu’il n’estoit qu’onic heures;
' Celte phrase manque de clarté, et, Hans quelques copies du Journal d'Olivier dOrmettoH» on Ta corrigée ainsi : aqu'ii croyoil [que] la pension de six-vingt mille livre# pour M. Kouquet [était une tllu' sion]. • Mais, d'après le Journal de Foacault, le commissaire dit qu'il croyoit à la reelité de celle pension . quoique la preuve ne fùl pas décisive; mais que les autres
accusations ne lui paraissaient pas loiidécs Voici le texte de Foucault : « Il dit que. hors la pension des six-vingt mille livres, dont U preuve ii'esl pas parfaite, aucune de» autres ne sçauroil eslre imputée à l'accusé.* (tl’id. I. X, f*3i5 é*.)
* Le Jottcna/ de Foarua/t ne parle pasde cette diaeuasion. (Voy. la lettre de de Sévigiié en date du iq décembre i664-)
DOLIVIER LEFÈVRE D0RME580N.
et poarqaoy finir? M. Poncet dil qu’il seroit long. M. Pussori insista, i6M.
et dit qu’on attendrait justjues à une heure et demye. M. le chancelier dil à M. Poncet de conmiencer et qu’il finirait quand il voudroit.
Mais M. Poncet ayant persévéré’, M. le chancelier se leva, chacuu estant fort estonné do cette conduite si afléctée. Pour inoy, je fus persuadé que la raison de M. Poncet estoit qu’opinant le sixième, après que les cinq premiers avoient esté d’un avis moins sévère, il seroit honteux de conclure à la mort, et qu'il vouloit avoir le teinpis de consulter les puissances pour laschcr d’obtenir 1 agrément pour un avis doux, puisqu’on voyoit bien qu’il ne passerait pas à la mort'; ou bien pour conférer s’il ne prendroil point un avis interlocutoire.
Après le disner, je sçus que M. Poncet avoit fait tout son possible pour ne pas opiner en cette affaire, et mesme avoit proposé de rompre la délibération. Je sçus encore que M. Bailly, avocat général, ayant dit à M. de Gizaucour qu’il conservast l’honneur du grand conseil, qui avoit e.slé gaslé par l’avis de M. Pussort, M. de Gizaucour l’avoit esté dire à M. Colbert, et qu’on avoit expédié uuc lettre de cachet è M. Bailly pour se retirer à son abbaye de Saint-Thierry*.
Le samedy ao décembre*, à l'entrée, nous trauvasmes dans la salle M”* Fouquel la mère et la fille, M. Fouquel l’escuyer, M. de Charost et sa femme, à l’ordinaire, sans autres parens. La compagnie assemblée, M. Poncet opina fort bien, en beaux termes cl assez fortement sur l’affaire, et conclut à la mort, mais osta la restitution pour ne pas niyner les créanciers. M. Le Féron opina après fort bien, avec un bel ordre et avec doctrine, et conclut à mon avis. M. de Moussy opina après, reprit tous les chefs, disant les raisons de part et d’autre, parla assez lo^temps et conclut à la restitution de quelques sommes particulières seulement, et à tenir prison pendant neuf ans. M. de Brillac parla après, assez en général des choses, et, pour satisfaire le
' La même opiaioii est exprimée dans les IcUrcs de M“* de Sévigné. On roît, en général, que les informations viennent de la racine source.
it.
• Voj. la lettre de M*’ de Sévigné on date du lundi a a décembre.
* Cf. le Journal de Foücaaitf tome X.
f* 3l5 v\ sqq.
JOURNAL
ixcdiib i66». public, fut «l’avis de condamner M. Fouquet à une amende honorable el A un bannissement pendant quelijue temps. M. le chanceber l'obligea de dire le temps précisément, et il dit neuf ans.
M. Rcgnard opina après, dit que toutes ces grandes accusations se terminoient à rien; néantmoiiis «pi'il y avoit eu des abus en général, mais (]ue M. Foucpiet n'en estoit pas seul coupable, et fut de l’avis de VI. du Verdier. M. Besnard opina après, [el] reprenant toutes les accusations, s’estendit fort sur toutes. M. le chancelier l’interrompit deux fois sur quelques faits du chef des six millions'; luy, insista, et, après avoir opine longtemps et fortement, il conclut à mon avis.
M. Voisin opina après, «lit qu’il trouvoit M. Fouquet très convaincu sur toutes les accusatious; que,. quand il considéroit les chefs des pensions et des acquisitions de (b'oits du roy, c’estoit soye sur soye; que M. Fouquet estoit amplissimement convaincu; qu’il voyoit bien que ce qu’il disoil ne servoil plus de rien; r.ar il passoit à l’avis opposé; mais iju’il ne pouvoit .s’empeseber de dire que M. Fouquet estoit amplissiinetnent criminel, et «pie ce ii’estoit cpic par cabale «pi’on l’cxcusoit; que c’estoit la France qui demeuroit condamnée, et non pas M. Fouquet; qu’on s’amusoit è un applaudissement pubbe, aura popularisai et enfin, après avoir parlé avec fureur et emportement, sans sçavoir ce qu’il vouloit dire, il conclut è l’avis de M. de Sainte-Hélène. M. le président Pontebartrain opina ensuite, reprit les principaux chefs, sur lesquels ne trouvant aucune preuve, il conclut à mon avis.
VI. le chancelier parla après et du péculat et du crime d'iüstat, ne dit que des choses fort générales, el conclut à l’avis de M. de Sainte- ' Hélène. Après, faisant lire les avis, il reprit la parole, ^it qu’il avoit
(lit son avis selon sa conscience, et que, quand il aurait esté tout seul, il auroit esté du luesme avis, et qu’il l’avoit dit ainsy pour satisfaire au roy, à la justice et à sa conscience.
* Cf. ibid, r* 3G8 V* : ■ qu‘il est honteux de ctiereher un applaudisseiuent populainT contre sun honneur et son devoir, etc. a
' Voy. les interruptions du chancelier dans le Journal de Foaeaalt , t X , f" 365 v' et 366 r'.
Tous les avis ayant esté lus, M. le chancelier fil revenir les moindres, D/cfmli. lOOii, commença par M. de Moussy, qui revint à l’avis de M. du Verdier; il continua par M. de Brillac, qui revint à mon avis, et cniin tous les autres, et ainsy il n’y eut plus que deux avis : le mien, ([ui esloit le bannissement, etc. qui fut suivi de MM. de Rocquesanle, La Toison, du Verdier, La Baume, Ma.ssenau, Catinat, Le Féron, Moussy,
Brillac, Regnard, Besnard, Ponlcliarlrain et moy, en tout treize; et à l’avis de la mort: MM. de Sainte-Hélène, Pussort, Gizaucour, Fei^ riol, Nogués, Hérault, Poncet, Voisin et Mi le chancelier; en tout neuf.
La lecture des avis ayant esté faite trois fois et personne n’ayant parlé, M. le chancelier se leva. L’on dressa en mesme temps le dispositif de l’arrest ‘, et il fut porte à M. le chancelier dans une chambre où il s’estoit retiré, et, M. de Sainte-Hélène et moy, nous le signasnies en sa présence, et après il le signa sans dire autre chose, sinon qu’il y avoit six mois que les parens de M. Fouquet avoient demandé au roy, pour grâce, la mesme chose qui estolt ordonnée par cet arrest.
Après quoy je me retirai. ’
Tout Paris attendoit cette nouvelle avec impatience; elle fut respandue en mesme temps partout et reçue avec une joye extresme, mesme par les plus petites gens des boutiques, chacun donnant mille hénéclictions à mon nom, sans me connoistre. Ainsy M. Fouquet, qui avoit esté en horreur lors de sa prison , et que tout Paris eu^||[u exécuté avec joye incontinent après son procès commencé, est devenu le sujet de la douleur et de la commisération publiques par la haync
' Voy. cel arri't dans le Jouival de Foucault, l. X, f’ ,376 v’. Après les considérants, il SC termine ainsi : • La chambre a déclaré et déclare ledit Fouquet duenicnt atteint et convaincu d’abus et malversations par luy commises au fait des finances et en lu fonction de la commission de surintendant; pour réparation de quoy, ensemble pour les autres cas résullans du
procès, l'a banni ut lu bannit à perpétuité hors du rcyauine, enjoint k luy de garder son ban è peine de la vio-, a déclaré ut déclare tous et chacun de scs biens acquis ut confisqués au roy, sur iceux préalablement prise la somme de 100,000 livres, applicable moitié au roy, et l'autre moitié en œuvres pies. 1
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l)rr.mh. iA6i. quü toul le iiiondc B dans le cœur contre le gouvernement présent, et c‘est la véritable cause de l'applaudissement général pour mon avis et [de ce] que j’ay eu assez de fermeté pour maintenir la justice contre la faveur présente, et que mon avis ayt esté si Juridique qu’il ayt esté suivi d’im grand nombre et des plus bonnestes gens de la cliambre de justice.
Quelques-uns de mes meilleurs amis me vinrent voir è l’heure mesme; mais je lis fermer ma porte aux autres, afin d’éviter les complimens sur cela.
I.c soir, je fus chez M" de Nogenl, aux fiançailles de M'*' de Nogent avec VI. de Ramies. L’on m’y voulut faire de grands complimens, MM. de Serran, Fourilles* et autres; mais je les priai de changer ce discours et de n’en point parler. Jamais l’on n’a tesmoigné autant de joye d’aucune affaire particulière comme de celle-là. L’on fut pour la cérémonie à Saint-Nicolas, où je vis M. Joly, qui me dit que la reyne mère avoit tesmoigné très grande satisfaction, et qu’elle seroit fort ayse d’avoir occasion de me faire plaisir, et qu’elle le feroit de bon cœur.
Le dimanche ai décembre. Parent me vint voir, qui me dit que la joye estoit si grande dans son quartier du cimetière de Saint-Jean, que peu s’en fallut qu’on ne fist des feux de joye, et que, dans les auberges, tout le monde buvoit à ma santé. Pour éviter quelque .sottise d^ette qualité, je ne voulus pas aller au sermon de M. Joly. J'allai entendre la me.s.se à .Sainte-Geneviève, et de là aux Jésuites, où je trouvai le père de Cliampneuf et autres, qui me ürent bien des complimens. Le père Cossart m'en tesmoigna bien de la joye.
.\u sortir, il y eut un homme que je ne connois point, qui me dit que le prévost de l’isle avoit ce matin apporté un ordre à
* Thomai Le Lièvre . marquis de Kourilles, baron d'Huriel, seigneur de la Grange, président au grand conseil. Il mourut le lo août 1669. Il est ainsi caractérisé dans lo Porirtût des tna(lrcs des
reqaestet . «Fin. adroit, avoc beaucoup de suflisance et de capacité; faisant bien se« affaires et capable de celles des autres, s'il vouioit s'en rhaiger; bon juge, mais formaliste au dernier point. »
M““ Fouquet la mère et la femme d'aller à Monlluçon*, à M. Fou- Wocmlj, iseï, quel l’escuyer de se rendre à Joinville, et que l'on mèneroit M. Fouquet à Pignerol. Je ne respondis rien à cet homme. J'allai au Plessis voir mon fils, et j'entretins fort le principal en sa présence.
A onze heures et demye, je fus à Saint-Nicolas pour la célébration du mariage’; et, au retour, je vis M“ de Sévigné, qui me confirma la nouvelle de l'esloignement de M“'' Fouquet, et que M. le marquis de Charost alloit avec sa femme k Anccnis.
Le soir, je fus chez M. le procureur général de la cour des aydes, qui me dit que M. Hotman luy avoit fait voir les raisons de mon avis, qu’il avoit escrites lorsque je le prononçai, et qu’il luy avoit avoué que mon avis estoil solide, moelleux et tiré du procès, et qu’on n’y pouvoit rien trouver à redire.
De li chez M"" de Nogent, pour souper è la noce. M. l’archevesqiie de Paris m’y fit bien de l'amitié, me tesmoigna satisfaction, et me dit que tout ce que je devois éviter, c’estoit l’csclat. Je luy dis que je n’avois reçu aucun compliment de qui que ce soit, et que ma porte avoit esté fermée. Il me dit que le. discours qu’on avoit débité de luy • é M. le président de Pontchartrain estoit faux, et que non seulement il n’avoit pas parlé à luy, mais qu’il ne le connoissoit pas. M“* la mareschale de Villeroy, qui ne me connoLssoit pas auparavant, me fit bien des civilités. Après le souper, il y eut la comédie de .Molière de YEstoardi.
Cette mesine nuit, je vis de mon grenier la comète, qui me parut assez csclatante, grande comme quatre estoiles, ayant une longue queue assez large et csclatante. Sa course est du levant au couchant, et elle paroist aller fort viste. C’est la matière de plusieurs discours.
Le Pont-Neuf et les grandes places sont pleines, toutes les nuits, de personnes qui la voient. Sa descouverte, au moment du procès de M. Fouquet, est une chose fort extraordinaire.
Le lundy aa décembre, Raveneau me vint avertir que M. Foucault
' \oy. la lettre de M"* de $évjgf>é en * 11 a agit du mariage de M*'* de Nogcnl date du 3i décembre avec le marr|ui!i de BanneA.
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D<ri-inii. 1666 nie viendroit prendre à huit heures pour aller à la Bastille En effet. Foucault estant venu à huit heures, me dit que c’estoit pour descharger M. d’Arlagnan de la garde des registres de l’espargne. Estant allé devant, je me rendTs à la Bastille peu après. M. d’Artagnan, estant revenu de chez M. Le Tellier et nrayant vu seul, m'cmhrassa et me dit à l'oreille que j’estois un illustre; qu’il n’entendoit rien à toute cetle affaire icy, et que, sytosl qu’il seroit de retour, il me viendroit entretenir. Il me parut chagrin du voyage (ju’on luy faisoit faire à Pignerol, dont on le pouvoil dispenser. J’attendis quelque temps dans le pavillon, tandis que Foucault alla faire lecture de l’arrest à M. Fouquel.
Cela estant fait, et m’ayant fait avertir d’aller où cstoient les papiers, il me dit ce qui s’estoit passé; qu’il avoit fait descendre M. Fouquet dans la chapelle; que d’abord il luy avoit demandé son nom; que M. Fouquet luy avoit respondu qu’il n’avoil point droit de luy demander son nom, ‘et qu’il ne l’avoit point dit à la chambre; au conü’aire, déclaroit (ju’il protestoit, comme il avoit fait, contre tout ce qui avoit esté fait contre luy ; que luy. Foucault, luy avoit répliqué qu’il estoit necessaire qu’il dist son nom pour sçavoir à qui il parloit; qu’il n’estoit pas là pour recevoir des protestations, mais pour luy faire lecture de l’arrest, et ensuite qu’il avoit pris l’arrest sur la petite fable, et ayant mis son bonnet, et M. Fouquet estant demeuré nue leste, il luy avoit lu l’arresl; que M. Fouquel luy avoit parlé après civilement, et l’avoit prié de croire qu’il avoit esté et qu’il estoit son serviteur; qu’ensuite il avoit esté conduit dans la chambre de M. d’Arta- ^ gnan , et qu’aussytost M. de Besmot avoit fait sortir Pecquet, médecin .
et Lavallée, valet de chambre de M. Fouquet, et les avoit fait conduire dans une autre chambre de la Bastille; que ces deux domestiques aOcctionnés fondoient en larmes de se voir séparés de leur maislre, et ne sçaebant ce que l’on vouloit faire de luy ny si on alloit
‘ On trouve dans le Joiu-naf (/« Foucdoff C’eal par celle pièce que se termine te (I. X, f* 377, sqq.) le procès-verbat de la Journal de Foncnuli. si^nilication de l’aiTt'l laite o Fouquel.
n OLlVIER LEKÉVRE DOUMESSON.
le faire mourir, ils se tiroicnt aux cheveux ; que M. <l’Arlagnan avoil i)^c«»i>. ,6w. eu l’humanité «le leur envoyer «lire qu’ils ne se missent point en peine, et qu’il n’estoit question que «lu bannissement
Après cette relation, je fis dresser un procès-verbal pour «leschaiger M. d’Artagnan des papiers de l’espargne en présence des commis, et en charger M. de Besmot; et ensuite j’entrai dans la chambre de M. Fouquel et fis prendre tous les papiers de M. Fou«juet, ipii ne sont que des copies des pièces de son procès, et je les fis mettre dans quatre colTrcs, et sur iceux apposer mon scellé, dont je chargeai M. Foucault. En me retirant, M. Fouquet, qui estoit à la fenestre de la chambre de M. d’Artagnan, me fit mille signes de civilité par la fenestre, et cria mesme qu’il estoit mon serviteur, et nioy je le saluai en passant sans rien «lire’. Je fus ensuite à la messe aux Minimes et pour voir M. de Turenne.
Après le disner, Drouet me dit avoir vu partir M. Fouquet sur le iiiidy, seul au fond de son carrosse ut trois hommes dedans, puroissant le visage fort gay, et tout le peuple luy donnant des bénédictions.
Il sortit par la porte Saint-Antoine jiour aller coucher à Villeneuve- Saint-Georges, et de lé prendre le grand chemin «le Lyon. On le mène sans aucun domestique à luy; ce qui paroist fort dur de luy ester son médecin et sou valet de «diambre. Il doit estre gardé par le sieur de Saint-Mars, fun des mareschaux des logis des mouscpietaires, avec quatre mousquetaires et une compagnie d’infanterie qui sera levée é cet effet, dans le donjon de la cita«lclle de Pignerol, sans qu’il puisse sortir de sa chambre. ,\1. Fuwjuet est heureux que ce soit ce sieur de Saint-Mars qui le garde; car il est honuestc homme et n’a point d’aversion pour luy.
M. de Turenne me vint voir le soir, qui me tesmoigna grande sa-
' Voy ^^cUrc de M"*' de Sévigne en date du lufWî !»3 décembre; on y trouve le» mêmes faits exprimés dans un style beaucoup plus animé, mais sans U mdne précision <k> détails.
* Cf. .M*' de Sévigné [tbid.); ou y trouve U preuve que les renseignemcuU lui vcnaifml quelquefois d'Olivier d’Ormesson : «M. d'Ormesson s'en est venu, le cceur serré, me conter oc qu'il avoit vu >
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DfcanJ). i«6». lisfaclion, et me tlil c|ue le roy avoit voulu que M. d'Arlagnan luy (ionnast uu homme pour garder M. Fouquet, dont il luy respondist; r.c qui surprend, et [prouve] que le roy ne veut pas le mettre dans 1.1 despendance de M. !<e Tellier ny de M. Colbert. Tous ceux de la maison qui vont par la ville disent que, panny les moindres gens, l'on me donne des bénédictions, cl il est incroyable jusqu'où va la folie du peuple sur cela. Par cette raison, je ne sors point et ne vois prcs<(ue personne.
Le dernier décembre i 664, je rendis le procès de M. Fouquet au sieur Foucault, après que toutes les pièces eurent esté vérifiées sur l’inventaire avec grande exactitude, et il ne s’en trouva pas une seule perdue. Ce procès emplissoit quatre grands colTres. Il est à remarquer qu’il a esté rendu après deux ans, jour pour jour, qu’il avoit este apporté céans.
.Ainsy voilà ce grand procès fini, qui a esté l’entretien de toute la France du jour (pi’il a commencé jusques au jour qu’il a esté terminé. Il a esté grand bien moins par la qualité de l'accusé et l’importance de l'allaire que par l'inlércst des subalternes, et principalement de Berryer, qui y a fait entrer mille choses inutiles et tous les procèsverlraux de l'espargue pour se rendre nécessaire, le inaistre de toute cette intrigue et avoir le temps d’establir sa fortune; et comme par cette conduite il agissoit contre les intérêts de M. Colbert, qui ne demandoit que la fin et la conclusion, et qu’il tiompoit dans le détail de tout ce qui se faisoit, il ne manquoit pas de rejeter les fautes sur quelqu’un de la chambre : d'abord ce fut sur les plus honnestes gens de la chambre, qu’il rendit tous suspects, et il les fit maltraiter |>ar des reproches publics du roy. Ensuite il attaqua M. le premier président et le fit retirer de la chambre', et mettre en sa place M, le chancelier. Après, il fit imputer toute la mauvaise conduite de cette alTairc à M. Talon, qu’on osta de la place de procureur gèyral avec injure’; et enfin, la mauvaise conduite augmentant, les longueurs
' Voy. plu» haut, p. a6. 37 el 39.
’ Mut. p. 55 , 60 cl 6 1 .
aiTeetées par luy continuant, il en rejeta tout le mal sur moy; il me hmi>r i66Sfit oster l’intendance de Soissons'; il obligea M. Colbert à venir faire à mon père des plaintes *de ma conduite’; et enfin, l'expérience ayant fait connoistre qu'il estoit la véritable cause de toutes les fautes; et, les récusations ayant fait voir ses faussetés, les procureurs généraux ilotman et Chainillart luy firent osier insensiblement tout le soin de cette affaire, et, dans les derniers six mois, il ne s’en mesloit plus, et, pour conclusion, il est devenu foP.
Ainsy le procès s’est terminé, et je puis dire que les fautes importantes dans les inventaires, les coups de bayne et d’autorité qui ont paru dans tous les incidens du procès, les faussetés de Berryer et le mauvais traitement que tout le monde et mesme les juges rccevoient dans leur fortune particulière, ont esté de grands motifs pour sauver M. Fouquet de la peine capitale; et la disposition des esprits sur cette affaire a paru, par la joye publique que les plus grands et les plus petits ont fait paroistre du salut de M. Fouquet, jusques à un tel excès qu’on ne le peut exprimer, tout le inonde donnant des béné- ‘
dictions aux juges qui l’ont sauvé, et à tous les autres des malédictions et toutes les marques de bayne et de mespris, les chansons contre eux commençant à paroistre*; et je suis surpris que, y ayant quinze jours passés que cette histoire est finie, le discours n’en finit point encore, et l’on en parle par toutes les compagnies comme le premier jour.
’ \oy- plus haut. p. i33-
* Ibid. p. i36 ck sutv.
’ Ibid. p. 373.
* On trouve un grand nombre de co« couplets dans les recueils manuscrits de cette époque. Ils sont, pour la plupart, aussi mauvais que grossiers. En voici un spécimen tiré des papiers de Conrart (btbl. de l'Arsenal , ros. in^fol. t. XI, p. saS) :
Malgré CDtttÜMai,
L« cordeau <k FotK|uet . deptû» (raii «n* .
Est nMintcnatit à vcadre;
Mail mma aToo» CoUjcrt. et Berryer 1
C'cal wm de <|uoy l'mptoyer;
Ceat astei de vedeura à pendre;
C at aaaea de fous a Uer.
Conrart a ajouté la note suivante apres ce couplet ; « C*est èînsy qu'il a esté cor* rigé; car d’abord il parut de cette manière :
L« ounte de Fooqnet est Bsiulcaont ■ vendre : V
Mail aoaa avoa* Colbert, Maiarin et Berryer; b^-lMcnc. FuMort, Pcncet, le cliaDcdier :
Voila bien de* gros po«r U prcndrei Voits bien des valcun « pcodre;
Voila Lien dca IbiM à ber.
•lOURNAI,
lanvicr i6«s. Jc nc puis finir Cette matinée sansescrire icy quelques circonstances considérables. Le fil.s de M. de l’ontchartrain , ayant vu les diHerens sentimens du public sur mon avis et celuy de M. de Sainte-Hélène et de M. Pussort, sc mit à genoux devant son père pour le conjurer de ne se. pas déshonorer et toute sa famille par un avis de mort, et luy dit qu’il e.stoit ré.solu de quitter sa robe, si ce desplaisir luy venoit. M. Hérault, qui avoit dit à plusieurs qu’il ne retoiimeroit point dans sa province les mains sanglantes, et qu’après avoir entendu mon avis il eu estoit convaincu, changea néantinoins et conclut à la mort, pareeque M. d’Arbon, commis de M. I.C Tellier, y fut quatre fois, la veille, le presser et l’intimider, de sorte qu’il ne le quitta pas qu’il ne luy eiist donné parole de suivre l’avis de M. de Sainte-Hélène.
L’on impute à M. le Prince l’avis de M. de la Toison; on dit qu’il luy envoya Guitaut et l’obligea de luy donner sa parole pour M. Fouquet. Je nc .sçais si cette sollicitation est véritable; mais je sçais fort certainement d'une personne sûre, qui me l’a dit depuis le procès juge, que, dès le voyage A Fontainebleau, M. le Prince avoit tesmoigné des sentimens très favorables pour M. Fouquet. Je sçais encore que, dans la Bourgogne, tous les bons juges de M. de Marillac sont eu estime, et que les autres, mesme leurs enfans, sont en horreur, et que M. de la Toison nc vouloit pas se déshonorer dans sa province.
L’on dit que M. de Lesdiguières avoit gagné M. de la Baume et mesme M. de Besmot, cher, qui il loge, pareeque, du vivant de M. le cardinal, il estoit le confident de M. Fouquet. A quoy je ne vois pas d’apparence, Be.smot e.stant desvoué au siècle présent. L’on dit aussy (|tie les enfans de M. Catiuat luy avoient parlé fort bonnestement; et il s’estoit conduit sur cette affaire avec tant de réserve, qu’il estoit mis au nombre des douteux.
L’on dit que, le jour de l’arrest de M. Fouquet, M. le chancelier estoit ai en colère, que M. de la Guillaumie luy ayant présenté des arrests à signer, il en jeta par colère cent soixantc-douic dans le feu et les brusia, en sorte que maintenant les parties sollicitent pour en
laire .iig;ner d'autres. Celte histoire est très véritable. R n’y a que le Jatmrr i«C5 jour que je ne sçais pas, et si ce fut à l’occasion de l'alTaire de M. Fouquet ou de quelque autre chagrin.
L’on dit cpie le cardinal Impériale', qui est le plus habile homnie de la cour romaine et grand astrologue, se promenant, au mois de septembre dernier, à Vaux, dit que l’on faisoit le procès au maislre de cette maison; qu’il courreroit grande fortune; qu'il y auroit des voix à la mort, mais qu'il n’en mourroit pas; qu’il seroit garde trois atis en prison cl qu'il reviendroit ensuite dans les affaires*. L’on dit que le chagrin de la cour tourne principalement contre M. de Rocqncsante, que l’on dit avoir esté corrompu; à quoy il n’y a nulle apparence.
L’on parle de changemeur. dans la chambre de justice : on dit que l’on y veut mettre M. le président de Novion, en retirer quatre ou cinq des plus incommodes cl faire une nouvelle compagnie qui s’appellera
chambre royale. ^
Le samedy 3 janvier, l'este de S**-Geneviève, le malin aux Jésuites et au Plessis voir mes enfans. Après le disner, j’allai voir M. Briçonnet, (jui me tesmoigna beaucoup de satisfaction; de là chez M. de Turenne et chez M. de la Baume, qui me dit toutes les sollicitations qu’on luy avoit faites, qui n’avoienl commencé que depuis que j’avois opiné; qu’on avoit employé M. do Besmot; puis Foucault avoit paru, promettant charges, dignités, bénéfices, commissions, et enfin disant qu’il demandast et qu’on luy donneroit; que M. Chamillart avoit aussy tasché de le persuader; qu’on luy a\oit dit qu’il se per-
' Ce cardtiuii avait été reçu par Louis XIV te i8 août i6G4, comme oous rapprend le passage suivant de la Galette • Le |8, le cardinal Impériale fut conduit [au cbas* tcau de Vinceimcs] par le sieur de Lyoïine . ministre et secrétaire d'Estat, à une audience particulière du roy, en laijuclle son éminence ayant fait connoistre qu'elle n’avoit jamais manqué au respect dû à sa majesté, ny inesme en la personne de ses
ministres, sadite majesté luy tesmoigna de la Joyed’cnestreesdaircie, afinqu'elle luy pusl continuer son amitié et l'estime qu'elle a tousjours fait de son mérite. » [Galette, n" loî.)
' Il n'est -pas nécessaire de relever la fausseté de cette prédiction. Tout le monde sait que Fouquet resta enfermé à Pignerol presque jusqu'à la 6n de sa vie. 11 mourut le a3 mars 1G80,
JOURNAL
Jaijvirr droit inutilement; car l’on csloit assuré du nombre nécessaire; que M. de la Toison avoil donné sa parole d'eslre de l’avis de M. de Sainte-Hélène; que M. Colbert avoit offert de luy faire voir les preuves indubitables sur les difQcultés qui luy resteroient dans l’esprit, et qu’enfin on ne l’auroit point laissé en repos jusqu’au jour de son opinion; mais qu'il estoit demeuré ferme, indigné de toute la mauvaise procédure qu’il avoit vu tenir dans toute cette affaire.
Je vis ensuite M. du Verdier, que l’on n'avoit point tenté. Il me dit deux réflexions qu’il avoit faites sur la conduite du ciel pour cette affaire, et que M. Fouquet avoit trouvé son salut par deux actions qu’il croyoit estre sa perte : la première, par le choix qui avoit esté fait de moy pour rapporteur; car, si je n’eusse eu la santé, la force et l’intelligence pour pénétrer ce procès et le faire entendre, on eust fait croire ce qu’on auroit voulu; l’autre, d’avoir esté débouté des récusations; car, si elles eussent eu lieu, l'on auroit changé la chambre et pris des mesures assurées potir la perte de M. Fouquet.
I.c dimanche 4 janvier, au sermon de M. Joly, [puis] disner chex M. Le Pelletier. J’ay .sçu que, le jour que M. Poncet rompit la délibération et fit refus d’opiner, il en avoit esté prié par Foucault, de la part de M. Colbert, en cas que les avis ne fu.ssent pas bons, et que, sur la difliculté qu’il avoit faite de le promettre. Foucault luy avoit dit que, s’il le désiroit, le roy le luy feroit dire; que néantmoins, après le disner, le roy avoit tesmoigné estre malcontent de cette conduite et avoit parlé fort désavantageusement de Poncet. M. Le Tellier avoit dit qu’il croyoit estre obligé de dire à sa majesté que M. Poncet avoit passé chez luy au sortir de la chambre, et luy avoit dit que ce qu’il avoit fait estoit par l’ordre de M. Colbert, et qu’il n’estoit pas juste qu’il .souffrist pour avoir obéi, et que M. Colbert avoit dit qu’il avoit cm qu’il estoit bon de rompre cette délibération. J’ay sçu encore que M. Poncet, qui se croyoit assuré d’une dispense en faveur de ccluy qui achéteroit sa charge, et qui l’avoit mise en vente avec cette condition dès auparavant le jugement du procès de M. Fouquet, et qui, en effet, en avoit fait le marché avec un M. de
Gastines pour quaraute-six mille escus, l’avoil fait demander au roy jinvin: i«65. contre l'avis de M. Le Tellier, et que le roy avoil dit que , si c’estoit en faveur du fils de M. Poncet, on verroit; mais que de la demander pour la vendre, c'estoit se moquer, et l’avoit ainsy refusée. Voilà un beau commencement de rescompense, et qui marque qu’on a bien oOert des choses à l’insçu du roy.
Le soir de ce mesnie jour, chez M. le premier président, où je sçus que Pecot luy avoit dit, comme de la part de M. Colbert, qu’il le voudroit bien servir, mais qu’il survenoit tousjours de nouvelles aflàires qui l’empeschoient; que l’on luy avoit dit que M. d’Ormesson avoit concerté son avis avec luy, M. le premier président; et que le roy l’avoit sçu, et que cela estoit fort fascheux; que M. le premier président avoit respondu à Pécot qu'il trouvoit fort fascheux que M. Colbert escoutast des discours de cette qualité, et encore plus qu’on les dist au roy.
Le lundy 5 janvier, le matin, au Palais. Après le disner, M. le président de Ponlchartrain me vint voir, qui me dit les persécutions qui luy avoient esté faites, depuis que M. Fouquet estoit sur la sellette, et qu'il ne s’estoit passé jour qu’on ne luy eust fait des menaces ou de grandes offres, jusques à luy parler de luy faire son procès sur des discours qu’on luy imputoit du repentir de M. de Nesmond à la mort; qu’on y avoit employé plusieurs fois le nom du roy; que .M. de la Vrillière y avoit esté, et qu’enfin M. le chancelier luy avoit dit, le jour de devant qu’il opinast, que le roy s’attendoit qu’il luy rendrait un grand service dans cette occasion , et qu’il avoit ordre de [le] luy dire; que le président de Pontchartrain ayant respondu salva conscientia, M. le chancelier avoit répliqué : «En estes-vous là? Venez me voir tantost, et nous accorderons cela ensemble;* que l’on luy avoit offert cinq années de ses appointemens, depuis 1660, à raison ■ de 6000 livres par an, et en outre de le rembourser de 8000 livres qu’il avoit perdues à un rachat de rentes; que, depuis le procès, on luy avoit osté les gages du conseil, et à M. de Moussy; que l'on avoit donné à fbus les provinciaux, durant la chambre de justice, leur
JOUKNAL
jiriTHsr r[uittaiic<! tlu droit annuel', sans argent; mais que. depuis le procès jugé, on l'avoil pris de ceux qui n’avoienl pas opiné à la mort; que MM. de Massenau cl du Verdier avoient payé.
I.e lundy i s janvier, la chambre de justice a commencé à s’assembler chez M. le chancelier, en la manière accoustumée, sans aucun changement, bien qu’on eust fort parlé d’y faire présider M. le président de Novion ou .M. Poncet. Ce jour, M. de Gizaucour coinmenea le rapport d’un procès criminel poiu- un sergent des tailles de Brives, appelé Jousbert, dit Lapon.sque, appelant des galères, et M. le procureur général appelant a minima.
Ce jour, je .soupai chez M. Boucherai avec .M.M. Le Pelletier, Besnard, Brillac. L’on me dit qu’il avoit esté tenu un conseil chez le roy, où M. Colbert avoit proposé de faire finir la chambre; que le roy irait au parlement porter la révocation avec une déclaration pour réunir tous les biens des gens d’affaires, meubles ou immeubles, à la couronne, à la charge de payer leurs dettes et de leur laisser de quoy faire subsister leurs familles; que M. de Sève avoit dit qu’il ne crovoit pas cette déclaration juste, avoit bien parlé, et que le roy avoit remis la déclaration à huitaine sur ce que M. de Sève avoit dit que celte affaire méritoit bien d’estre examinée.
Le mardy i3 janvier, au conseil, l’affaire de M. d’Albret contre M'*' de Meckelhourg’ fut jugée, et elle perdit sa cause. L’avocat de M. d’Alhret, Billard, fit fort bien l’application d’un passage que Montauhan avoit dit contre lui : Pes non iUudil pedi nec manas capili, nisi ipirilus immundus kabilel.
Le mercredy 1 4 janvier, M. le duc d’Orléans fut à la chambre des comptes porter ime déclaration pour restablir les rentes des tailles, supprimées par la dernière déclaration, en retranchant les deux cin- • quièmes de ce qui se paye actuellement, et que le fonds en serait
' Le droit uiiuuel était U même chose ’ ÉUsidwlh-AngciiqucdeMonlmorcncyque la pautette, dont U a été Bourent BouUevilte, veuve de (iaB|iard deCliàtil-
question dan» la première partie du Jour- Ion, muriêe lyi secondes noces à Christian-
nat tTOlieier d'Ormtsjon. Louis, duc de Mecklenbourg.
fait à revenir sur la ferme des entrées. Mon père eut rhoniieur d’y Janvier i66â. porter la parole, accompagné de M. de la Fosse. 11 ne s y passa rien d’extraordinaire, sinon que le premier président do la clianïbre ‘ se plaignoit de n’en avoir esté averti que vingt-quatre heures d’avance, et il est vray aussy que M. le chancelier envoya un huis.sier en avertir mon père, contre l’ordinaiie, et depuis M. Bossuet* luy eu vint parier.
Le vendredy i6 janvier, je fus chex M. Le Tellier, qui me reçut fort civilement; mais il ne me parla de rien. Le commandeur de Jar.<« y vint, auquel il ht raillerie de ce qu'il ne voulut pas s’asseoir audessus de moy, cl [le commandeur de Jars] luy respondit que j’estois un trop galant homme. En sortant, M. le commandeur me dit que j’estois un honneste homme, mais que personne n’osoit me le dire. Après le disner, au conseil, M. d'Avaugour perdit son évocation contre scs sœurs.
Les nicsmes sentimens continuent sur l’alfaire de M. Fouquet. Les chansons et les vers se débitent*, et l’aversion ne diminue pas.
' Nîcola» de Nicolai fut premier pn-sident de U cluimbre des comptes de i656 k i086.
* Il s*agil sans doute ici de François Bossuet . secrétaire du conseil des finance» J1 avait été longtempt un des principaux traitants de U France; U fut enveloppé dans la ruine de Fouquet. 11 était partnil de Jacques'Bénigne B<»ssuet. (Vo^. Elade* sar la via de Bossuet, par M. Floqucl, I. Il , p. note I.)
' J’ai cité plus haut, p. 089, note 4» des ver» contre Colbert et le» juge» de Fouquet. Voici une chanson en l'Iionncur d’Olivier d’Ormesson, que j’ai trouvée aux Archives de l'Kmpire, section judiciaire, liasse Z 6oo. collocHon RoiKlonneau. Cette chanson esldau» du ao décembre i664- Elle est fort médiocre, conune les couplets cités plu» haut. C'est une espece de complainte ou de Nocl :
A Li Tcnoe de Nod CkscMO w doit bien rojonir.
Ctr Ffloqvet B‘e*4 ertminei :
On n'» te fiire mounr.
Qnand, par mviiuIkc», Bertver
Deduw r«bi»ioe l’alürai
U celait dans un ^rand bourlnrr; Mail d'OnacaiOB r«> nrtir».
Sainle-ltdnM fort (Joand il »c vit à rap porter.
£( te preniar il pei>lvla tJn’iJ le falloil «ÜcaplIeT.
aj*a^, dù-U, un liouldc argiunritt.
Moaienn . |ioar toodrr mon avù :
L’un c*t jt êtrmi ptiiidmt,
L’auti* eil dedun* ta loi si yair. •
■ Dieux ( 1‘cKna M. PoMorl, iJe'Ü vl prtdoud! t|s'3 rat »^taiil '
JOURNAL
Jinvicr i665. Le mardy ao janvier, jl n’y eut point de chambre de justice, plustost par le peu d’affaires que pour autre motif; car jusques à ce jour on n’a travaillé qu’au procès de ce sergent, et il n’estoit pas achevé.
En jirul'On trouver un |>lut fort Pour rrgir le k^d«( iiormaotl }
Apprenez mlcus voetre le^n.»
• Mau, meiuiourt, ajouiona eueor L-n troUiénie raitonot-meol !*ar où je conclus a b mort.
Et non ]>u au bannuacmcat.
La Toison, syloat qn'ü finit.
En faveur de Pooquet paHa, Et ne voulut pas qu'on punis!
En loy les crimes de Sylla.
<,>oan<l ilardoÎK* il couvrit un toit.
L'autre de toiles scolcfQcnt,
FAt*ce |>oor tromper le roy * ?
Res|)onde< a cet argument.»
La baume vint à son secoun Et suivit le grand d'(>nncsioo; t^dqo'un m'a dit qoe son discours Fut très petit , mais qu'il fut bon.
«11 est fort bon,» dit Gûâucour.
Et Ferriol péreillemeDt ;
• Meatieurs, admirons son discoar»
Et le suivons as^iiglcmeat.»
Verdier s'emporta là dcM«u .
Et |>ar maint auteur allégué.
Il leur prouva que tout au plu»
Devoil estre relégué.
Hérault dit : «Voua o'avet pas tort.
Et quand Ü nauroit fait que Vaut.
»'a*t-U pas bien digne de mort fVaroir tant dcspcns4 en eanx?»
«Mais pour ce» mesneors coutenter.
Dit raillant le grand Macbaut.
3i l'on Ciisoit décapiter
Le» mirmidons qui sont a Vaux?»
«Pour movtje o'y repugue |tt».
.\joQta le petit Nogu6s;
Car je prétends Tévesché «le Dax .
l*our mon frère le Bèarues.»
«Je ne leur ferai point de mal.
Non plus qu'à Fouquet.» dit Mousay* f Ny moy.» dît M. de Catinat;
— «N’y nsoy.» dit l>e Féron ausay.
Üoa|uesaate, asauné Proreoçai.
.Se BÛt alors en grand esmoy.
, Et dit : «Mcttsieurs, vous üûte» mal.
(>uaod vous tronqoea ainsy la loy.»
« Je sais , dit briUac , |>ar ou
Nous mettre, messieurs, tous d'accord;
Qu'on luy mette la corde au cou ,
Mats que l'on ne serre |ms fort.»
la.
Il leur ex|diqiu'doDc U loy D une 1res s^avante Ciçckj .
ly-
«La corde au cou, cria llcoard;
Je crois que vous n'y penses point.»
* p. 176 1 4# (HwM'rt» • Uq««41« ob {«il i«i «liaitoB».
Le la chambre fut à l’Arsenal, où ce servent fut jugé et
condamné à faire amende honoralde sur les lieux, et aux galères pour neuf ans, suivant l’avis de M. de Gitaucour, le rapjmrteur.
Le mardy 3 février, je fus en la maison de M. Foucpiet, cy-devant à M. d'Emery, commenctT les premières procédures pour la vente des meubles. 11 ne s’y passa rien à remarquer. Le lundy précédent, M. de Jouy m’estant venu voir, me dit l’histoire de M‘''’ Loisel, que j’avois ouy dire, qui e.st que M" de Montausier e.stoil allée cher M“ d’Herhault’, où elle demeure, la demander par ordre du roy pour la mener en religion aux Filles-de-Saint-Thomas*. Les parens, s’estant assemblés, estoient allés, avec M™" de Montausier et la demoiselle, au Louvre pour parler au roy; que le roy, apres les avoir entendus, avoil dit qu’il vouloit que ses ordres fussent exécutés, et
— a Dica noua [triwrve . dit Detninl .
O'aa minittre U torciie an poing. ■
Ponett ne montira point «le fiel CotDBie arait £ut &I. Puatort;
Maia, par un ditcoun (ont de miel .
Coodut doncencnl k U aiort.
Je rKonore et rérére fort;
C*nt pottnfiKtT B en |*«t1o |ioinl,
Mai» , ponr finir niMlre danton .
Onr cbacuo m mette à mer :
«Gloire loit au grnnd d'Onnmuci .
Et ie dinblr («nporic Berrycr. •
MooMfvr U préaoat <tr« marcbaDtl» *
Ne parut pu II mod^r^.
Ce n’c»l t|u’Q mîI trop tachant t Vaia Foaqnet t‘a*oit ulcéré.
aa.
En ruboanemen» snpvrflua
Je ne vevi pmint perdre de Icope >
Ni conbaUrr des corrompus ,
D«« Itacbet et de» tgoonn».
Pontdiartnin dit t «Ce» tworenut Dom.
Nou» eonriniDeot bien ■ùt'ux qu'ii l^; No» rtnle» cl no» p*iu»on»,
Tes |)TOcè»-veTliBax en font fby.a
aA.
âî S^giuer est misoa ou tort .
Je RC «kdaremi |>a« ce point.
' La date est restée en blanc dans le manuscrit
* Anne Loisel , femme de Frantjois Phetypeaux, seigneur d'Hcrbault ou Herbaut« conseiller au parlement.
* Le couvent des FUles-SainUTliomaü était situé dan.» U rue qui porte encore ce nom. Le portail faisait face à la rue Vî> vienne, qui s'arrêtait, à cette époque, à la rue des FUlcs-Saint-Tbomas. Il occupait, par conséquent, une partie de U place actuelle de la Bourse. Le couvent des Filles-Sainl Tbomas, qui avait été béti vers i65a , a été détruit pendant la Bévolution.
* l.« privât de* marcbind» était ilor» Vobin , ro«n«n« on fo ru |4ut bnut.
Février i
JOURNAL
K^<ncr )6«.s. sVstoil relire; ncantinoins, qu'il leur avoit fait dire qu’il trouvoit bon qu’ils remmenassent M''* Loisel, pourvu que le lendemain ils la remissent à M™ de Montausier pour la mener en religion. En effet, que, le lendemain, M" de Montausier l’estoit allée prendie cher M"' d'ilerbaull et l’avoil menée aux FiUes-Saint-Tliomas; mais que, le mesme jour, elle l’avoit remmenée, par ordre du roy, au lieu où elle l’avoit prise.
M. de Jouy y ajouta une chose qui ne s’est pas trouvée véritable; que M. Colbert, le capitaine des mousquetaires', l’cstoit allée visiter aux Filles-Saint-Thomas; mais que la fille ne l’ayant pas bien rec;u, ou l’avoit renvoyé. Cela n’est pas vray. Au contraire, on dit ipie cette action n’a esté faite qu’en faveur du fils de M. le marquis de Monglat’.
M. de Jouy me parla ensuite d’un discours qu’un de ses amis luy avoit fait touchant M'*' de Fourcy pour mariage. Je luy répliquai qu’elle estoit encore à la bavette, n’avanl qu’onze ans. I,e mardy, j’en parlai à M. de Fourcy, et, le soir, tous deux ensemble à M. Le Pelletier. En voilà .i.ssez pour me faire souvenir de ce qui fut dit de part et d'autre.
L’on parle d’un mémoire qui a esté donné pom' délibérer devant le roy sur une proposition de réunir, par une déclaration, les biens des gens d’affaires, tant meubles qu’immeubles, à la couronne, à la charge par le roy de payer les dettes légitimes et de laisser quelque chose aux autres pour vivre. L’on dit qu’il est fondé sur ce que le roy ne peut plus rien espérer de la chambre de justice; car les treize qui s’y sont rendus les plus forts sont contre les intérests du roy et ont pour maxime que la potence n’est faite que pour les coquins. Ce mémoire a esU* donné à MM. de Villeroy, d’Aligre, de Sève; et l’on croit qu’on y délibérera demain et que M. le chancelier y sera.
' lùiouanl-Françoii Collteri, comlt* de Mauievrirtr. .«cigiieur de Vendière», éUil capilüine lieuterunt de b première compagnie de.s mousquoUire». Celait un frère cadel du ministre. Il mourut en i6^.
' H a déjà été queation. dans le Joaraal i'Olmér du marquis de
iMon^a(« maître de la garde*robc. qui a Ut»sé de curieux mémoires sur les règnen de Louis Xlil et de Louis XIV. Son fds, Louis de Clermont , fut dans la suite gouverneur du duc de Chartres: né en i(3à5, il mourut en 1733. il est question ilc lui dans les Mémoirtt de Saint-Simon.
D'OLIVIEB LEFÈVRE D’ORMESSON.
Le vendredy 0 février, à la chambre de justice, pour continuer tVïrier igi>:>. l'affaire de Lcmpereur, receveur des tailles de Gisors, appelant de mort, au rapport de M. de Ferriol, commencée il y a huit ou dix • jours; mais il ne s’y est rien passé de considérable.
Il y eut jeudy htiit jours que Farjjues, de llesdin, fut arreslé prisonnier, sur mi décret des subdélégués do la chambre de justice, à Abbeville, à cause des abus par luy commis dans le pain de munition, lorsqu'il estoit major d'ilcsdin, du vivant de M. de Bellebrune.
Deux jours après, il fut conduit à Abbeville par une brigade de mousquetaires du roy, pour luy estre son procès instruit et jugé par le.s subdélégïiés, à la charge de l'appel. Chacun en |>arlc comme d'un homme perdu, et qui devoit se tenir fort caché, et se retirer mesme bora du royaume pendant quelque temps. Foucault me dit, avant-hyer, que l'on ne le recherchcroit pas de ce qui estoit contenu dans son abolition, mais seulement du fait des vivres'.
L’on dit (|ue le roy envoyé beaucoup de troupes en ItaUe, sur un dilférend entre le duc de Savoye et la répubbqiie de Gesncs, et que le roy prend cette occasion pour faire retenir dans le duché de Milan les troupes destinées pour servir contre le Portugal, et ainsy faii-e diversion. L’on dit encore que l’on envoyé [des troupes] sur la frontière de Picardie, pareeque l'empereur y a desji fait passer sept mille hommes.
M. Holman m’a raconté ce matin que M. Colbert estoit, byer au matin, allé à l’a.sscmblce du commerce, et avoit dit que la compagnie > ne se inist plus en peine de trouver des fonds, pareeque, des quinze millions, le roy en foumissoit trois millions, et, des douze
' L'arresUtion et la condaniualîun de Fargues ont été racontées par Saint-Simon avec la verve qui anime ses Métnotrev et qui en fait un dev monuments de la langue française. Mais c’est en même temps un dos passages qui prouvent combien le témoignage de cet auteur est suspect, nu moins pour les événements qu’il n’a connits que par tradition. Il fait du premier
président Guillaume de Lamoignon le juge de Fargues, tandis que ce fut l’intendant de Picardie qui , comme on le verra plus loin , prononça la condamnation. (Cf. les l/émoieeideêKim/-6tmoa. édit. Hachette. in-8*. t. V, p. 58 et suiv.}
' Voyez plus haut, sur la compagnie pour le commerce des Indes orientale.- , p. id5, note I.
JOURNAL
restant, il y en avoit d’assurés huit, et que le surplus le roy le fourniroil, et qu’ils pouvoient former leiu* compagnie; que l’on va encore eslal)lir des académies pour les arts ', et qu’elles auront relation à celles qui sont estahlies en Aiiglcterre et en Danemark. Enfin, voilà de beaux desseins pour la paix. Cependant tout le monde se plaint, et la nécessité augmente par les pertes que chacun fait dans son bien ; ce qui fait que l’on se retranche et les pauvres artisans souffrent.
Mon père commença à se sentir d’une douleur en urinant le jeudy ô février, et ayant envoyé chercher M. Vezou, celuy-cy le fit saigner. La douleur ayant continué sans relasche, il le fil saigner encore le dimanche et encore le mardy. Enfin, les douleurs augmentant tousjours, le mercredy i i février, mon père n’ayant pas dormi et ne sentant aucun souslagement d’un petit grain que M. Vezou luy avoit donné, il m’envoya quérir à quatre heures du matin. Il me dit qu’il voyoit bien que Dieu vouloit l’appeler à luy; qu’il avoit tousjours crû que ce scroit par quelque foihlesse et doucement; mais qu’il voyoit bien que ce seroil par un chemin fort raboteux et rude, et qu’il me prioit d’envoyer quérir .M. le curé pour luy donner les sacremens et l’extresme-onction, ne pouvant plus supporter les douleurs qu’il souffroit. Je luy dis qu’estant sans fièvre et sans aucun mauvais accident, il n’y avoit rien à craindre, et que j’allois envoyer quérir M. Vezou, pour tascher de faire cesser la douleur.
En effet, M. Vezou vint incontinent après, et ayant jugé que ce pou voit estre une pierre dans la vessie, nous envoyasmes quérir M. Collot, qui vint aussytosi, et, sur les six heures du matin, ayant
Ki'vner ifiS.'i.
' Un mcuioire autographe de Coiliert, con?ervé à lu Bibliothèque impériale (ins. Suppl, franç. n* .3(><)5}, prouve que, dè^ cette époque, les fonds étaient préparés pour cette institution. Voici les paroles mêmes de Colbert ; « Pour les arts libéraux, elle (S. M.)aestabli, formé et donné le fonds nécessaire pour rneademie de
peinture et de sculpture, dans laquelle tous les jeunes gens seront instruits par les plus excellens uiuislres en ces deux arts, et non seulement elle donne des appointemens , pour cet cITet , aux directeurs et professeurs , mais encore elle donne divers prix de temps en temps pour exciter les jeune' gens. •
D'OLIVIER LEEÈVRE D’ORMESSON.
sondé mon père presque sans douleur, il trouva la pierre. Cctle non- reiricr iri6.î. vclle lut un sujet de joye pour mon père, qui fut bien ayse que la cause de son mal lu,st connue, et il déclara aiissytost qu’il vouloil eslre taillé, et pria que ce pusl esire après le disner. Nous voulusmes consulter M. Valot, premier médecin; mais, comme il avoit esté saigné, M. Vesou le fut voir; cl, comme il revint dire à mon père que M. Valot concluuit à la taille, il me dit, entrant dans son cabinet d’un visage fort gay : ■ Allégresse, mon fds; ce sera pour demain à huit heures. ■
M. Joly estant venu, il luy demanda à recevoir tous les sacremens et mesme l’cxtrcsmc-onction, parlant de la mort avec une constance admirable, soubaitaiit la taille non point dans l’espérance de guérir, mais afin de faire cesser sa douleur et de mourir en paix. Sur les neuf heures et demye, MM. de Colanges', de Sancé*, de Fourry* et inoy, nous fusmes quérir le S'-Sacrement à la paroisse; il luy fut apporté par M. Joly, qui avoit reçu celte mesme matinée scs bulles de l'évesché d’Agen. M. de Montmignon se joignit à nous, et mon père reçut le S'-Sacremcnl dans sa chaire, 'avec toute la piété possible.
Au retour de l’église, il me dit qu’il vouloit me parler seul, après le disner; et demeura, le reste de la matinée, avec tous les .siens, parlant de sa mort et des grandes doulem-s qu’il soulTroil avec une force surprenante. Après le disner, il me fit appeler, et ayant fait retirer tout son monde, il me fit prendre son testament, me le lit lire tout haut et ensuite me dicta les sommes qu’il vouloil donner aux siens, parlant de toutes choses comme s’il eust parlé d’aller le lendemain à la campagne. Il passa le reste de la journée sentant tonsjours de grandes douleurs et disant qu’il les soulli-oit sans peine,
' Philippe do Colan^es ou Coulanges .
maître dex comptes, avait épousé Mario Lefèvre d'Ormesson, fille d'Andix* Lefôvro d Ormrstnn. Il est prolMbloment question ici deluurfiU, Philippe-Emmanuel, marquis de (ajulanges. Il ét&it pelit-fiK d'André d'Omicsson.
* Louis Turpin de Cressé, comte de Sanco ou San»ay, avait épousé Anne-Marie de Coulanges, petite - fille d’Amlré d'Ormesson.
* Henry de Fourcy, président en la chambre de^ comptes, était beau-pére d^O» livicr d'f)rmea»on.
JOURNAL
Fi<*ri«r iWi. parcequ'il csptoil assuré (|u’ellcs (Inirnient le lendemain par la taille, el il comptoir les heures avec impatience. Mon fils et Drouet passèrent une partie de la nuit auprès de luy, luy lisant des chapitres de Rodripiiei : De la conformité à la volonté de Dieu, et De la mort'.
Le jeiidy la février, MM. le premier médecin, Veiou el CoUot, estant venus à huit heures, virent mon père dans .son cabinet et s’enti-etiment quelque temps de bons discours, mon père disant des pas- .sages de l’E.scriture, de Sénèque et d’auli'es sur le mespris de la mort, sans faire paroislre aucune peine. Il vil préparer la table et la chaire, sur laquelle il devoit esire taillé, sans tesmoigner aucune crainte. Nous estant tous retirés dans la petite salle, n’ayant laissé auprès de luy <|ue M. Joly, MM. le premier médecin, Vezou, son fiLs, frère Isaar, minime, Collol et deux de ses garçons et Lapierre, peu de temps après M. Joly me vint dire que l’opération estoit faite Ibrl heureusement, cl nous dit que l’ouverture ayant esté faite fort adroitement et le dilalatoirc estant retiré, Collot y avoit porté la tenelle el avoit pris la pierre; mais, la voulant serrer, elle s’esloit cassée, estant molle, et il h’avoit rapporté que de petits morceaux; qu'il l’y avoit remise [la tenelle] une seconde fois, el enfin y avoit porté quatre fois une petite cuillicr pour amener le sable; que cet accident avoit rendu l’opération un peu longue et avoit duré la longueur de plus de deux miserere; que mon père, se mettant sur la table où il devoit estre taillé, avoit dit : Paratum est cormeum, Deas; et que, pendant toute celle opération, il n’avoit pas fait une plainte, sinon que, la dernière fois que Collot y avoit mis la cuillier, sentant une grande douleur, il avoit dit : Benedicam Dominum in omni ternpore; semper laus ejas in ore meo; et, après la taille achevée, il avoit dit à Collot : • Est-ce fait.^ Je vous remercie du mal que vous m’avez fait. » MM. le premier médecin, Vezou et Collot nous dirent qu’ils n’avoient jamais vu une fermeté et une force d’esprit pareilles. Ainsy cette
' Ces chapitres soat lires du traite du à Séville en t6l4. a été plusieurs fois tra-
Bodrii'ua inlitoli* : Praiitfae tU tu duit en fran^aU, et, entre autres, par le*
nafeciioH ckHtifane. Cet ouvrage, puMt^ votilairc» de Port-RovAl
©igrttzo«l by Wtègle
D'OLIVIF.R LEFEVRE DORMESSON. opération fut faite, et mon père demeura dans son lit en re|X)s, fort r^vner abattu, ayant perdu plus de deux palettes de sang.
M. Le Pelletier me vint voir, me dit qu’il avoit vu M. Le Tellier, qui esloit d'avis que je dcvois aller trouver le roy et luy demaniler fort respectueusement la place qu’il m’avoit accordée de mon père*.
Il ajouta qu’il croyoit que je devois aussy faire parler à M. Colbert, et qu'il croyoit que Foucault, greffier de la chambre de justice, seroit fort propre, et qu’il me couseilloit d'aller voir M. Le Tellier. Je fus voir aussytost M. Le Tellier, qui me reçut fort bien dans son cabinet.
Après luy avoir parlé de l'opération, je luy dis ce que M. Le Pelletier m’avoit dit. Il me coniinna que je dcvois aller trouver le roy; qu’il estoit bon de faire parler à M. Colbert, mais que Foucaidt n’y estoit pas propre, y ayant peu de seureté qu’il dist les choses comme on les luy diroit, et qu’il rapportast les respouses avec fidélité; que c’estoit, outre ce, faire une amende honorable à Foucault. Luy avant ensuite demandé ceux qui avoient accès auprès de M. Colbert propres pour agir en cette occasion, il me nomma M. Joly, et, après, le père Rapin, jésuite’; et, après avoir fort discuté cela, et luy m’ayant tesmoigné amitié particulière, je me retirai.
.Ayant fait ce récit à Boucherat au logis, il me propo.sa d’aller voir moy-mesme M. Colbert, et cela avoitsesraisons. Nèantmoins, j’y Irouvois de grands inconvéniens. Je fus voir M. le premier président, qui approuva le conseil de voir moy-mesme le roy et de faire parler à M. Colbert par M. Joly, les jésuites n’y estant pas propres, comme trop recherchés. De là, je fus à Saint-Nicolas, chez M. Joly, où je •
trouvai M. le curé de Saint-Nicola.s-du-Chardonnet; et là, avant discuté toutes choses, nous convinsmes qu’il n’y avoit personne plus propre pour parler à M. Colbert que M. Joly; mais qu’il falloit qu’il parla.st au nom de mon père, et qu’il luy dist que j’aurois l’honneur de l’aller voir et que je verrois, après, le roy. »
‘ Olivier d'Ünnesson avait obtenu de- * Hené itapin, ne à Tourv en i6ai, puis lon;;tenip.i la survivance de 1a place mort en 1687. 11 eal surtout connu par de conseiller d'état qu'avait sAn père. son poème latin sut' les jardins.
JOURNAL
Fririer Après It* disner, je reçus beaucoup de coiiiplimen.s. M. Besnard me
dit que le jour précédent M. le chancelier avoit dit à la chambre que M. de Rocquesante avoit reçu ordre de se retirer à Quiniper-Coreotin', en Bretagne, et qu’il avoit fait beaucoup de choses qui pouvoienl obliger le roy à le traiter plus sévèrement , et que le roy hii avoit fait grâce. M. Besnard ajouta qu'il avoit ouy dire que le .sujet de plainte contre luy e.stoil qu'il avoit demandé une place de commis dans les galtelles en faveur de M”' du Ru, sa parente; que les lèrmiers l'ayanl rcfirsé, il avoit tant fait qu’ils avoient donne deux mille livres de pension à cette dame , et que M. de Rocquesante les en avoit remercies; <|ue de ce fait l’on avoit informé. .M. de Brissac me dit aussy cpi’on avoit expédié une commission pour juger Fargues souverainement au présidial d' .Abbeville’. Une autre personne me dit que ces deux actions estonnoient tout le monde.
Le vendredy i 3 février, mon père se trouva asseï bien, ayant eu le soir précédent un assoupissement fascheux avec r|uelque petite resverie. M. le premier médecin le vint voir. M. Le Tellier m’envoya quérir chez M. le président Le Pelletier, me dit comme le roy avoit parlé fort bien de mon père sur ses services, sa vigueur et la fermeté de .son esprit et sa force dans cette dernière action, et que chacun de ceux qui csloicnt au conseil en avoient bien parlé; que, pour mon aflaire, il n’y falloit point perdre <lc temps. U approuva <]uc M. de Saint-Nicolas parlast, me dit qu'il falloit faire agir la reyne mère; je luy dis qu’elle m'avoit fait faire compliment, depuis le jugement de M. Fouijuet, et ^ fait assurer qu’elle me feroit plaisir où elle pourroit, cl ce par M”" de
Molleville ’. Il me dit qu’il falloit faire dire par M"' de Moltcville à la reyne mère qu’elle disl au roy que toute la cour attendoit ce qu’il feroit en celle occasion , et s’il manqueroil à la parole qu’il avoit donnée
' Cf. Lettre de Gui Pelîn . en date du 1 3 février 6.'> : ■ Vniiâ ce qui ne s'est jniUiiis vu, un conuiussairc exilé. •
* Vov. plu» liaut, p. 399, note i.
* FrauçoUc Dcrlaut, née en i6i5. épuuva Langloi» de UoUeviUc» premier
président de la chambre des comptes de Normandie, s'alLucba, apré»la raurt de»on mari , à U reine Anne d’Autru-be, et mourut en 1689. Elle a Ubsé de» Mémoire», qui se trouvent dan» toute» les coHeclions de Mémoires relatifs à Thistoire de France.
■Digïï:
au bonhomme d'Ormesson en faveur de son fils, parcequ’il n’a pas Février i66.s. opiné à la mort d’un homme. Je tcsmoignal ensuite que M. de Turenne avoit dit à M. Boucherat qu’il parleroit à la reyne mère en ma faveur.
Il me dit que cela seroit fort bon, pourvu que .M. de Turenne le voulust faire, et il me tesmoigna beaucoup de bonne volonté.
Je fus ensuite voir M. d’Agen *, et nous convinsmes qu’il parleroit au roy et à .M. Colbert, de la part de mon père, et qu’il commenccroit par M. Colbert, et encore que nous ferions prier M. le premier médecin d’en dire un mot au.ssy, à la prière de mon père. Je revins dire nostre résolution à M. Le Pelletier, que j’allai trouver chez M. Bo>iclierat. M. Le Pelletier vouloit que M. Joly commençast à parler au roy, puis à M. Coll^ert; et moy, au contraire, estant certain que le roy ne dirolt rien qu’après avoir parlé à M. Colbert.
De là chez M. de Turenne, qui approuva tout et me promit de parler à la reyne mère. Mon père passa toute cette journée assez doucement et sans aucun mauvais accident.
Le samedy i 4 février, M. d’Agen parla à mon père, et le disposa <le dire ses desseins à M. le premier médecin. En effet, après qu’il l’eut vu panser, il le pria de parler au roy en ma faveur, et M. le premier médecin m’en parla fort honnestement.
Ap rès le*midy, .M. d'Agen alla chez M. Colbeit, et luy parla, de la part de mon père. D’abord, il luy dit qu’il n’y pouvoil rien. Sur quoy M. d'Agen ayant insisté, il luy dit qu'il estoit des amis de M. le doyen du conseil ■■*, et qu’en tout ce qui regardoit son service, il luy feroit connoistre qu’il estoit son serviteur. M. d’Agen ayant voulu ensuite justifier mes intentions dans la dernière affaire, il luy répartit aussytost avec chagrin ; « l’ourqiioy me parlez-vous de cela? Je n’y prends aucune part, » et il le répéta deux fois.
M. d’.4gen fut ensuite chez le roy, qu’il aborda allant disner, menant le dauphin par la luain, la reyne mère le suivant, avec la reyne et Monsieur. Il me dit que le roy l’avoit e.scouté favorablement,
‘ Claude Joly, évéque d'Agen, doni il ’ André d’Ormesson, père d'Olivier, a été question plus haut. (Vuy. sa biographie dans l'Introduction.)
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r^tnrr ifilis. avoit pris plaisir à eiiteudre le détail de ce qui s’estoit passé dans l’opéiiation de la taille de mon père, sa piété, sa force, ses paroles; que liiy ayant fait ensuite la prière de mon père en ma faveur, le roy liiy avoit dit : • Le bonhomme ne mourra peut-eslre pas; • et qu'ayant répliqué qu'il soubailoit avoir la consolation de nie voir establi de son vivant , le roy luy avoit dit : • J'y aurai esgard; > et qu'ayant encore insisté, le roy avoit dit : • Dites-luy que je rei,'ois fort agréablement son compliment, et je l'assure que j’y auray très grand esgard; ■ et il avoit passé; que la reyne mère luy avoit dit à l’oreille : • Vous venez parler pour M. d’Ormesson. » Il luy avoit respondu : ■ Je suis un foible interprète; niais V. M. peut tout, et on espère tout d’elle; • et qu’elle avoit répliqué : • J’y ferai de mon mieux. » M. d’Agen m'ayant fait cette relation, je fus aussytost cninformerM. I.cTellicr; mais iivcnoit de .sortir. De là le dire à M. Le Pelletier et à M. Houclierat, où je vis la marquise d’As.serac’.
Le dimanche i 5 février, mon père a passé la nuit avec quelques inquiétudes. Néantnioins, MM. Verou et Collot l’ont trouvé assez bien ce matin et .sans aucun mauvais accident. Sur les onze heures, l’inquiétude l’a repris, disant qu’il voyoit bien qu'il alloit momir et qu’il ne pouvoit plus ré.sistcr au mal qu’il soulTroit à cause de quelques e.scorcbures que l’âcreté de l’urine luy avoit faites. Il m’a envoyé quérir et M. d’Agen, et c’est cette inquiétude qui me <lonne le plus de peine; car, hors cela, la playe va fort bien. M. Le Pelletier m’a dit que M. Courtin^ alloit ambassadeur en Angleterre, avec M. le duc de Vemeuil, pour la paix avec la Hollande’.
Après midy, j’ay esté chez M. de Turenne, tpie j’ay trouvé à table avec MM. de Ruvigny, Duras, de Roye et Courlin. Il m’a dit qu’il avoit e.sté hier au conseil, où estoicnl MM. Le Tellier, de Lyonne,
' Cette marquise d'As^rac avait été mêlée à tooles If» iiitri^es de Fouquet. Elle avait de» dontaine» considérable» en BreUgne. U est souvent question de la marquise d'Aiserac dans les Mémoires Astfi éCrangea de l'abbê Blaciie.
* Honoré Courlin, seigneur des Menus et de Clianterainea, avait été reçu inailre des requête» le 5 février iGSi.
' li s'agissait de négocier la pais entre l’AngletciTC et la Hollande. Elle ne fui signée qu'en 1667.
DOLIVIER LEFÈVRE D’ORMESSON.
Colbert et luy; que le roy n’avoit rien dit de mon affaire, mais que tVvrirr i60S. M. Le Tellier luy avoit dit qu’aprés qu’il avoit esté sorti et M. de Lyonne , n’y ayant plus que M. Colberl et luy, le roy avoit fait la relation de ce que M. d’Agen luy avoit dit, et qu’il avoit [ajouté] qu’il verroit, et que M. CoU)crt ny luy n’avoient pas dit un mot et que le discours estoit demeuré U , sans que le roy se fusl expliqué davantage. M. le premier médecin m’a dit avoir parlé honnestement au roy de mon père et de sa famille , et qu'il avoit trouvé que le roy avoit bien reçu ce ([u’il luy avoit dit.
Le lundy i6 février, mon père a passé la nuit avec inquiétude, disant tousjours qu'il ne vouloit penser qu'è mourir. L’ayant vu, il m’a dit qu'il vouloit dire à ces MM. Vezou et Collot de le laisser là; qu’aussy bien ce n’ estoit que luy prolonger une vie misérable, et <|u’il ne vouloit plus songer qu’à aller à Dieu. 11 m’a demandé comment le roy avoit reçu ce que M. d’Agen luy avoit dit. Je luy ay dit : « Fort bien; mais néanlmoins que mon avantage estoit qu’il vescust, et que je le priois de vivre pour l’amour de moy. • Il m'a dit qu'il falloil mourir et ne songer qu’à Dieu. Je luy ay dit que j’espérois le voir encore au bout de la table du conseil. Il m’a respondu qu’il ne falloit espérer qu’à nous voir au liout du jugement. Je luy ay encore dit que M. le chanceber luy tesmoigiioit beaucoup d’amitié et qu’il envoyoit tous les joui-s trois foys sçavoir de ses nouvelles. Il m’a respondu : 'Je prie Dieu qu’il le guérisse; c’est qu’il craint d’en avoir autant. • Sur ce, je l’ay quitté, le priant de demeurer en repos et admirant sa force d’esprit et ses responses.
Sur le midy, il fut assez paisible; mais, à trois heures, ses inquiétudes recommencèrent plus fortes encore, en «orte que, nonobstant tout ce que M. Vezou luy put dire, il déinandoit incessammeni l’exti-esme-onction , s'abandonnant entièrement et ne voulant plus guérir. Enfin , je fus obligé d’aller quérir, à sept heures au soir, M. d’Agen ]K)ur luy parler. Il le fortifia autant qu’il put, et luy promit de luy donner le lendemain l’extrcsme-onction.
Le mardy i y février, mon père a fort mal passé la nuit, avec de
Jg,
JOliRNAL
F^>rirr IA6S. grandes inquiétudes, refusant la nourriture, afin de ne pas languir si longtemps, ne désirant que mourir pour estre avec Dieu. Les médecins trouvèrent sa playe sèche , et je commençai à perdre quasy espérance. M. Le l'cllclier in’escrivit qu'il estoil hon d’aller voir le roy et M. Colbert. M. de Mesmes fut assez longtemps avec moy, me parlant de l’estât pareil où avoit esté son père, et de sa fermeté, ayant quasy les mesmes sentimens que mon père. M. Joly le vint voir, tpii le trouvant tousjuurs désirant l’extresme-onction, promit de le voir, après le disner, et de la luy porter à cinq heures.
.\ midy, je montai en carrosse pour aller voir M. Colbert; je ne le trouvai pas, et Ton me dit qu’il disneroit au Louvre. Je fis escrire mon nom. De là je fus au Louvre. Pistant monté par la petite montée, à cause que la revue loge dans l'appartement du roy, je demeurai quelque temps dans un petit cabinet par où le roy devoit passer, sortant du conseil; mais, ayant pensé que M. Colbert me verroit en .sortant, je descendis dans l’appartement de la reyne mère, où je reçus accueil de tous ses officiers; et, l'huissier ayant dit mon nom, de Beauvais' me vint quérir où j’estois, pour me présenter à la revne mère. J’entrai dans sa chambre et luy fis une profonde révérence; elle me fit bon visage, me demanda des nouvelles de mon père, me dit qu'elle se .souvenoit tou.sjours de Calais quand elle me voyoit; que j’y servois fort bien ’; me parla du feu des halles, et enfin me tesmoigna beaucoup de boni®- M- I® Prince estoit au coin de la cheminée, qui me fit des yeux bien de l’amitié et enfin coula le long du paravent pour s’approcher de moy, et me dit: • Je vous ay fait faire compliment de ma part, et je suis bien ayse de vous assurer moy-mesme de mes services et de l’estiinatque j’ay pour vous. < Je luy respondis par une profonde révérence.
Je sortis incontinent, crainte de perdre l’occasion de parler au roy.
' Callierine-Henrielle Bélier, première • Il s'agil rie l'époque où Olirier rt'Orfenune de chambre d' .Anne d' .Autriche. Il mesnon était intendant. {Voy. sa biogra-
en a été question dans la première partie phic tlana l'Introiluetion en tète de la pre du Journal J'OIiviar J'Ormnfon. mière partie de son Journal.)
. Estant dans le cabinet, le roy vint; je me présentai à luy. 11 me de- Kivrifr iftSb. manda : «Comment se porte voslre père?« Je luy dis qu’il n’avoit point de mauvais accident; mais son grand âge et son mal nous <loiinoient bien de la crainte. Il me demanda encore, marchant tousjours, s’il avoil de la lièvre; luy ayant dit qu’il en avoit peu, voyant que je suivois, il s’arresta sur la porte de la chambre de la rcyne mère. Je luy dis que mon père m’avoit commandé d’avoir l’honneur de remercier sa majesté de la honté avec laquelle il avoit reçu la très humble prière, qui luy avoit esté faite par M. l’évesque d’Agen, de me conserver la grâce qu’il m’avoil accordée et dont il avoit trouvé bon qu’il le rcmcrciast; que je suppliois, en mon particulier, sa majesté de me continuer l’honneur de ses^onnes grâces. Le roy me répliqua :
• Quand vous les mériterez, je vous les accorderai volontiers; • et aussytost entra dans la chambre; et moy je me retirai et repassai chez M. Colbert, pour sçavoir précisément l’heure que je pourrois le voir.
Je trouvai â sa porte M. Hotman, qui se mit dans mon carrosse pour revenir chez luy. Il me parla de la place de mou père , et me demanda si j’avois lettres ou brevet. Je luy dis que le roy avoit trouvé bon que mon père l’cn rcmcrciast, et qu’il luy avoit dit qu’il ne vouloit point donner de brevet, pour la conséquence; mais que sa parole valoit mieux que du parchemin. Il me parla ensuite des grandes affaires qu’il alloit poursuivre â la chambre de justice : les procès contre les trésoriers de l’espargne, l’inscription en faux contre les rôles de .M. de Guénégaud, le testament de I.ambert, les vieux billets réfonnés.
De tous ces grands préparatifs, je jugeai que peut-estre la response du roy estoit pour me marquer que l’on agiroit selon que je me conduirois à l'avenir. Je passai chez M. Le Pelletier, et luy dis mésaventures pour en informer M. Le Tellier.
Après le disner, M. Joly vint voir mon père pour le contenter sur le dtsir qu’il avoit de recevoir l’cxtresme-onction; mais il le trouva tout changé; car il luy dit qu’il se remettoit â la providence de Dieu et s’abandonnoit à sa volonté, .soit pour la mort, soit pour la vie; qu’il
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F^irier ii>«6. ue vouloit plus rien désirer; que, pour les sacremens, il s’en remettoit à iiiy, et qu’il les luy donneroit, lorsqu’il le jugeroité propos; qu’il vouloit bien guérir et mener une vie douloureuse, si Dieu le vouloit, et qti'il prendroit tous les remèdes que les médecins luy ordonneroicnt et qu’il dcmeureroit fort calme. Ce changement me retjouit Ibrt, me faisant mieux espérer de sa guérison, et, dés le soir, sa playe parut plus belle et moins sèche que le matin.
.Ayant dit k M. Joly ce que j’avois fait à midy, et comme j’avois passé chei M. Colbert pour le voir, il me dit qu’il me feroit sçavoir sur cela quelque chose qu’il n’avoit pas cru me devoir dire; et, après avoir ajouté qu'il avoit voulu me mesnager, il me dit que parlant à M.CoU>ert et l’asseurant que toute 1% famille luy rendroit service, il répliqua qu’il pouvoit asseurer M. le doyen qu’il estoit son serviteur; mais que, pour M. d’Ormesson le maistre des requestes, il ne vouloit jamais avoir ny communication ny participation avec luy. Sur cela, je dis à M. Joly qu’il m'auroit fait plaisir de ne me point cacher cette circonstance, pareeque je n’aiirois point esté cher M. Colbert le matin, comme j'avois fait; et que, si j’eusse parlé à luy, il m’avoit exposé à quelque insulte ou extravagance fascheuse; que j’estois très fasché qu'il eust mesme cet avantage que j’eusse esté moy-mesme le rechercher, après ces paroles. *
Le mercredy i8 février, mon père a passé assez bien la nuit, ayant dormi deux heures. Le matin sa playe s’est trouvée fort belle, et M. Collot U commencé de luy faire des injections par une sonde dans la vessie. Ce qui luy a fait sortir du sang caillé et du gravier, et des ordures si puantes qu’on ne pouvoit les souRrir, et mon père s'est .senti fort soulagé. On luy a ordonné du pain dans ses bouillons pour c/>mmencer è le nourrir davantage. Le reste de la matinée a esté fort calme.
M. Le Pelletier m’est venu voir, auquel j’ay appris les belles paroles de M. Colbert, et que je n’y retoiimerois plus. Il m’a dit que la rtyne mère estoit instruite pour parler fortement au roy sur mon sujet; qu’il ne m'eu pouvoit pas dire le détail, mais qu’il croyoit que cela
estoit fait, et que le roy avoit de quoy y faire réflexion; qu’il ne sça- F^mrr liai, voit pas si cela opéreroit.
A midy, mon père a esté, sur un petit lit devant le feu, fort bien, parlant fort sagement de l’estât où il estoit; qu’il se scntoit mieux, mais qu’il falloit renoncer aux affaires et ne songer plus qu’à mourir, s’il revenoit en quelque santé. Il a voulu voir la pierre en morceaux dont il a esté taillé.
Le jeudy 19 février, mon père n’a pas eu une nuit fort bonne, ayant bien des inquiétudes; néantmoins, la playo a paru fort belle et sans aucun mauvais accident. La goutte luy est venue aux deux pieds, et l'on a jugé que c’estoit une bonne marque, la nature paroissant forte et bien desgagée. J’ay esté le matin à la chambre de justice.
Arrivant, Foucault m’a demandé pourqiioy je venois. Luy ayant dit pour remercier M. le chancelier, de la part de mon père; car je n’estois plus du procès de Lempereur, et [que] je me retirerois après (|u’on auroit rapporté les requestes, il m'a dit : « Ce n’est que bagatelle; vous pouviez vous dispenser de venir pour cela. » J’ay cru que peutestre l’on souhaitoroit qu’à l’occasion du procès de Lempereur je n’allasse de longtemps à la chambre et que petit à petit j’en sortisse.
Ayant pris ma place à l’ordinaire, M. le chancelier, qui estoit entré, me demanda des nouvelles de mon père avec beaucoup d’affection. Les requestes rapportées, je me suis retiré. En passant, Brillac m’a dit que M. le chancelier estoit en peine de ce que je venois, et craiguoit que je voulusse estre du procès de Lempereur; que cela estoit de conséquence, et qu’il avoit parlé de M. Fayet; qu’il l’avoit asseuré que je ne voulois pas estre du procès de Lempereur et ne • venois que pour le saluer. Cela m’a fait croire qu’on luy en avoit parlé.
De la chambre j'allai au Palais, où M. Délita me dit l’histoi^ de M. d’Orbussan, conseiller au parlement de Toulouse, qui ayant fait maltraiter deux huissiers qui levoient la taille, pour les perdre les avoit fait accuser de viol et condamner; que M. Pellot avoit pris connoissance de cette affaire; qu’elle estoit renvoyée aux requestes de
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F^ri«r iS65. l'Hostcl; que d'Orbussan n’y vouloit pas comparoistre et deroandoit son renvoy au parlement de Toulouse; que c'estoît la difficulté; que le roy alTcctionnoit cette affaire et la vouloit pousser à bout.
Je disnai cboi M. le premier président, avec M. Le Pelletier, etluy contai me.s histoire.s. Rentrant au logis, l’on me dit que M. de Turenne y avoit passé. Je fus aussytost chez luy. Il me dit en particulier que M. Le Tellier agissoil de bon pied; qu’il avoit parlé à la reyne mère de la manière qu'il devoit |xarler; qu’hyer au soir elle avoit parlé aurov, et luy avoit dit qu’elle devoit prendre garde à ce qu’il feroit, si le bonhomme d’Ormcsson vcnoit à mourir, pour la place qu'il avoit promise à son fils; qu’elle ne le connoissoit pas beaucoup, mais qu’elle en avoit ouy dire du bien, et que cela regardoit sa réputation, s’il la refusoit à cause de ce qui estoit survenu depuis; que le roy avoit ■ bien pris cela, et luy avoit dit qu'il ne se plaignoit pas du jugement du
procès; que mon avis avoit esté assez juste, mais que c'estoit à cause de la récusation, parce qu’il sembloit que j’avois pris è tasche de blesser ces deux juges ' ; que la reyne mère avoit répliqué qu’elle ne sçavoit ce que c’estoit que cette récusation', mais qu’elle n’en parioit que pour son intéresl; que le rov luy avoit demandé qui luy avoit dit d’en |»arlcr, afin qu’il jugeas! de la chose par la personne qui luy auroit parlé; qu’elle luy avoit dit que c’estoit M. de Turenne; que le royavoit répliqué : • M. de Turenne ni’ayme; mais il considère beaucoup le.s gens de la robe;» qu’il y songeroil; et que l’affalée en estoit de- • meurée là; que la reyne mère luy en avoit fait le récit, et que. luy.
il estoit allé ce matin au lever du roy, pour observer ce qu’il diroil; que le roy luy avoit fait aussy bon visage qu’à l’ordinaire, mais qu’il ne luy avoit rien dit; qu'il falloit voir ce que eela deviendroit, et qu’il • parleruit à M. Le Tellier. Il me tesmoigna l’amitié la plus obligeante du Inonde, parlant de sa manière d’agir sincère, et qu’il s’estoit seul maintenu en estât de dire au roy bien des vérités que les autres n’oseroient dire, e.slant ranipans misérablement.
' PusBort et Voisin, dont Fouqiiet avait deiuandé ta récusation, comme on l'u vu plus haut.
D'OLIVIER LEFÈVRE D ORMESSON Il m’a dit encore que M. de Machaull', intendant de Champagne, F^ïri»r i68i. venoit de sortir de cher luy, qui luy avoit dit qu'il partoit pour la Picardie, ayant la place de M. Cmirtin. Cela me surprit, parceque le roy avoit assuré M. Courtin qu’il luy conscrveroit son intendance de Picardie. M. de Turenne me dit que M. Colbert estoil un compère qui ne perdoit aucune occasion d'establir les siens. L’alTairc de Fargues est l'occasion de ce changement; car M. de Machault va pour le juger souverainement, et M. Courtin l’avoit refusé. Il me semble que M. Le Tellier doit en ressentir de la peine; car M. Courtin est de .ses amis, f
et il l’avoit maintenu dans son cmploy de Picardie.
Le vendredy ao février, mon père a passé La nuit avec des inquiétudes et sans dormir, bien qu’il eust pris un jidep pour dormir.
Le reste de la journée, il a esté assez bien, m’ayant envoyé dire, après le disner, qu’il croyoit estre guéri. M. de Bar m’a dit que M. de Machault avoit la mesme commission que M. Courtin, n’y ayant que les noms changés, et qu’il alloit juger Fargues; que M. de Mazarin avoit vendu au roy des meubles le quart de ce qu’ils valent, et que, s’il ne se condui.soit mieux , il se laisseroit despouiller.
Je fus ce jour-là , au sortir de chez M. le chanceUer, voir M. de Pomponne’, qui me dit avoir vu un horoscope pour M. Fouquet; qu’il estoit à Saint-Mandé, et qu’il marquoit précisément tout ce qui e.stoit arrivé , et qu'il reviendroit un jour aussy puissant qu’il avoit esté.
Le samedy 3 i février, mon père a passé la nuit fort mal, avec de très grandes inquiétudes, s’estant fait lever et recoucher plusieurs fois, ayant eu de grandes rosveries, et son julcp- n’ayant rien fait que de luy embarrasser la teste, en sorte qu’il a tesmoigné un abandonnement extraordinaire et une impatience ju.sques à ne vouloir plus soufl'rir d'estre pansé, disant tuusjours qu’il estoit mieux de le laisser mourir en repos que de le tourmenter inutilement. A midy, son ventre commença à s’ouvrir et continua quatre fois jusques au soir, sans di-
* Louu de Machaull, rei,'u tnaitre des taire d'état en 1671, disgracié en 1679,
requêtes le 3o décembre t649> • mort en 1699. Il était un des amis les
* Simon Amauld de Pomponne, secre- plua dévoués de Fouquet.
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t'ii'Rr iA65 ininiitioii <le la lièvre. .Au contraire, elle a’alluina el leü iii(|uiétude!t augmentèrent beaucoup.
Le soir, M. Courtin rue vint voir, qui me conlirma que l'on avoit donné à M. de Mar.bault la commi.saioii de Picartlie aux mesmes termes que la sienne, nonobstant que le niy luy eust dit qu'elle luy seroit conservée. Luy ayant parlé de l'ambassade ordinaire d'Angleterre, il me respondit qu'on ne luy en avoit rien dit, quoyque VI. de Comminges demandast à revenir; mais qu'il n'avoit pas asser. de bien pour la soustenir, et que le premier article de despense estnit . dix mille livres pour le loyer d'une maison; que M. d'Ëstrades, par
mesnage, s'estoit logé hors la ville et qu'il luy en cousloit six mille livres; il parle sur tout cela fort bien.
Cette conduite me surprend; que M. Colbert ne garde aucune mesure avec M. Le Tellier, et que ce changement se soit fait sans en parler i M. Courtin. Le procès de Fargues en est l'occasion; mais je crois que la cause essentielle est que M. Courtin a obtenu l'cmploy de Picardie malgré M. Colbert, el qu’il est des intimes amis de M. Le Tellier.
M. Le Pelletier nous dit ensuite, à M. Boucherai et è moy, que . Vt. de Turenne avoit rapporté i M. Le Tellier ce que la reyne avoit dit au roy, sur la place du conseil de mon père; et ensuite il dit que le roy, le vendredy, après le disner, avoit rapporté, en présence de MM.Coll>eTt, Le Tellier el de Lyonne, comme je Pavois abordé dans le grand cabinet de la reyne mère; qu’il m'avoit demandé des nouvelles de la santé de mon père, et qu’ayant vu que je le .suivois pour luy parler, il avoit d’abord eu envie de me dire que peut-eslre mon père n’en mourroit pas, et qu’il le souhailoit; mais qu’il avoit trouvé mieux de s’expliquer et qu’il m'avoit dit que, quand je mérilemis ses bonnes qiTdces, il me leseiccorderoit; que M. Le Tellier avoit dit que c’estoit une affaire à y penser et que l’on disoit, dans le monde, que l'on jugeroit de la véritable cause de l'esloigncment de Rocquesante par celte affaire-cy.
M. Bouchent parut surpris des termes de la response du roy; car
je ne les luy avois pas dits, comme M. Le Pelletier [parut surpris], fVmur i6Sâ. que je ne luy eusse pas dit ce que M. de Turenne avoit dit. Je dis que notu nous devions cette fidélité les uns aux autres, quand on avoit exigé le secret, de le garder exactement; que M. de Turenne l'avoit exigé de moy, et que je ne Pavois pas dit à Boucherat, quoyque je sçusse que M. de Turenne le luy eust dit, comme M. Le Pelletier me l'avoit dit, pour la response du roy.
Le dimanche as février, mon père a très mal passé la nuit, .son flux de ventre ayant augmenté avec beaucoup de fièvre et d’inquiétude. Sa playe néantmoins se trouva a.ssez belle; mais, cet accident nous faisant tout craindre , nous envoyasmes quérir M. le curé de Saint- Nicolas, qui, le trouvant fort mal, convint de luy donner fextresmeonction. Ce qu’il lit, l’ayant envoyé quérir en carros.se pour faire moins d’esclat. Mon frère le minime, MM. de Colanges, de Sancé et d’Harouis', se trouvèrent heureu.sement, en sorte que ce sacrement luy fut administré en présence de toute sa famille. 11 le reçut avec beaucoup de dévotion, faisant luy-inesme toutes les responses; et après, il nous donna à tous sa bénédiction, nous recommandant la paix entre nous, la crainte de Dieu, et de préfAer tousjours la justice à toutes sortes de raisons du monde. Toute sa famille estoit en larmes à cette action; et, luy, monstra beaucoup de courage. Après avoir reçu ce sacrement, il pria M. le curé de dire i ses médecins de ne le plus panser; que c'estoit renouveler ses douleurs inutilement. Néa'ntmoins,
M. le curé luy dit qu’il falloit s'abandonner é la providence de Dieu, et le fortifia.
Le soir, MM. Vesou et Collot trouvèrent sa playe fort belle et que la vessie sc nettoyoit fort bien, et, nonobstant le devoieinent, M. Vesou donnoit espérance; M. CoUot, au contraire. Il faut que j’observe icy que jamais toutes les personnes de condition de Paris u'ont tesmoigné prendre tant d’intéresl i la santé d’une personne qu’à celle de mon père. Deux ou trois cents personnes y envoient tous les jours et
' Guillaume d’Harouia, aeigneur de Marie-Madeleiue de Coulangea . petite-fille
rÈjunajr et autrea lieua , avait épouaé d'André d*Orm«asen.
316 JOURNAL
Féirirr i66S. beaucoup y vienueDt eux-inesmcs à la porte. Le.t autres entrent et noirs voient, et la considération de mon intérest, à cause de la place de mon père, fait que tous les gens d'Iionneur s’y intéressent.
Le lundy a 3 février, mon père passa un peu mieux la nuit. Toutes scs douleurs cessèrent, et il senloit avoir envie de dormir. Sa playe estoit fort belle et tout concourt à nous donner beaucoup d'espérance; son devoiement estoit presque cessé. Le soir nos amis vinrent s’en resjouir, et M. Le Pelletier m’en tesmoigna beaucoup de joye, à cause de mes affaires. Il me dit qu’il croyoit que, non-seulement on ne me donnerait pas la place de mon père, mais qu’on la donneroil à M. Poncet.
Le mardy a 4 février, mon père a passé la nuit assez doucement. M. Collot a repassé son bouton dans la vessie pour s’asseurer s'il n’y avoit rien, et, apres l'avoir nettoyée pour la dernière fois, il n’y a plus mis qu’un emplastre pour la laisser se refermer. Ainsy le mal n’est plus de la playe, mais du flux de ventre, qui a recommencé toute la nuit; ce qui abat fort mon père. Le père de llarlay me dit qu’il avoit vu M. de Villeroy, qui luy avoit dit qu’il croyoit qu'on m'osteroit la place de mon père et qulBn la donneroit A M. Poncet; mais que je deïois me consoler d'eslre dans feslime de tout le monde, et que, dans peu, on reviendroit à moy, et qu’il estoit impossible que les choses durassent dans l'estât qu’elles estoient.
•Après le disner, M. le premier médecin vint voir mon père. Il le trouva assez bien, et nous dit que la veille la reyne mère s'estoit trouvée mal d’une colique; qu’elle avoit vomi, et il me parla comme n’approuvant pas les remèdes de M. Gendron, qui en donne à la reyne mère, A cause de son cancer à la mamelle. M. de Massenau me dit, sur l’alTaire de M. de Hocquesante, que l’on avoit donné un arrest A la chambre de justice sans avoir esté deslibéré, parlequelM. de Gizaucour avoit esté commis pour informer sur la plainte du procureur général; qu’elle consistoit en trois chefs : le premier qu’un des amis de M" du Ru, parente de M. Rocquesante, l’ayant prié de demander pour luy lui employ dans les gabelles, et M. de Rocquesante l’ayant obtenu de
M. Berrycr, il avoit esté donné de l’aident à cette dame, et que M. de ithi.
Rocquesante avoit remercié celuy qui l’avoit donné; le second, qu’estant rapporteur de l'affaire de Vassor contre Nègre, Nègre avoit employé cette dame pour se le rendre favorable, et que, pour ce, il avoit donné de l’argent; le troisiènte, qu’estant dû à un gouverneur de Picardie 1 a,ooo livres, il aveit employé le crédit de \f. de Roctjuesante auprès de M. Berryer, et que, son affaire ayant réussi, il avoit donné mille escus h cette dame.
Le soir, mon père se trouva plu.s mal et fort abattu, le flux de ventre ne discontinuant point et les éjections estant toujours plus mauvaises.
Le niercredy iS février, mou père a passé mal la nuit, avec incpiiétude, sans dormir, son flux de ventre continuant tousjonrs, en sorte qu’il ne nous laisse presque plus d’espérance. On luy a donné un remède pour arrester ce flux. 11 n’y a point de chambre, M. le chancelier s’estant trouvé un peu mal. Le soir, le remède a paru avoir fait un bon effet, et M. Vezou nous a voulu faire croire qu’il y avoit disposition à mieux.
Le jeudy a 6 février, mon père a fort mal passé la nuit, sans dormir et avec inquiétude, le flux de ventre augmentant et avec des humeurs plus mauvaises, mon père s'abattant fort et commençant à avoir peine à avaler le bouillon, i cause des flegmes qui s’amassent dans b poitrine. Son visage m’a paru tout changé et tout retiré. Enlin, il est fort mal et sans espérance, à cause que son estomac ne digère plus.
J'ay esté chez M. le chancelier luy parler d’une affaire du chapitre d’Uzès, de religieux de Sainte-Geneviève. Il m’a fait beaucoup de complimcns, marquant estime pour moy. En sortant de la channbre, j'ay trouvé M. Pussort, qui n’a pas fait semblant de me connoistre, passant près de moy avec une fierté qui m’a paru affectée. M. Le Tellier m’a fait, hyer, proposer de faire parler au roy par quelque valet de chambre, disant seulement les sentimens et les discours de tout Paris dans cette affaire , afin que cela paroisse moins suspect. Je
JOUHNAI,
M>r< ibss. rerus bien cette proposition; mais elle nie fit pitié, et que M. Le Tellier fiist réduit à un remède de cette qualité pour une affaire qu'il affectionne fort et qui le regarde en quelque sorte, et que le roy ne souffre pas qu’on luy donne un avis iinportant et qu'il faille se cacher et le tromper pour luy faire entendre des cbnses aussy importantes à son service.
Le vendredy 37 février, mon père a passé la nuit avec la. fièvre
• et beaucoup d'inquiétude, le flux de ventre continuant tousjours
A neuf heures du matin, il a reçu le S'-Sacroment par les mains de M. le curé, évesque d'Agen. Les médecins croient qu’il ira jusqu'au dix-septième ou dix-huitième jour de sa taille, c'est-è-dire à demain ou dimanche. J’ai vu M. Le Laboureur pour M. de Guitry, M" de Nogent pour son fils, M““ la duchesse de Chaulnes pour M“* de Cboisy *, afin que ces personnes, estant bien persuadées que le roy, pour sa réputation, ne doit (las manquer à sa parole sur la place de mon père, puissent en dire un mot, s’ib en trouvent l'occasion, sans parler de moy ny de mes intérests.
Le samedy a 8 février, mon père a encore plus mal passé la nuit avec la fièvre et des inquiétudes, se plaignant de beaucoup de dnii- - leurs. MM. Vezou et Collot l'ont trouvé plus faible, et néantnioins
sa playe belle. Il a refusé de prendre une troisième médecine, disant que cela n'estoit que pour le faire durer et .souffrir davantage. Il a passé la journée assez doucement, avec beaucoup de connoissance, et estant bien ayse qu’on luy parlast de Dieu. J’ay envoyé avertir de cette extresmité M. Bailly*, qui y est venu, après le disner, avec des protestations de civilité.
Le dimanche 1” mars, mon père a passé trois heures de la nuit assez doucement; mais, après, il a eu beaucoup d'inquiétudes et de douleurs, ayant toute connoissance, offrant tousjours toutes ses peines
* • ' Jf-anne-Olympc Hurault de l'Hospital . * Il a été queition plus haut de c«t
née en i6o4. morte en 1670. Elle avait avoeet général ii U chambre de» cnropte» . épousé Jean de Choisj,qui avait été chan- qui avoit épouaé une belle>s(pur d'Olivier edier de Cvaaton d'Odéans. d'Orroe»aon
à Dieu, ne pouvant presque plus prendre de nourriture. 11 a passé ainsy tonte la journée, s'airoiblissant toujours, mais priant touqours Dieu et recevant tousjours bien ce que luy disoient de temps en temps, ou M, d’Agen, ou mon frère le minime, on M. le chapelain. Ces deux derniers ont passé la nuit auprès de luy.
i.elundy 3 mars, mon frère le minime est entré dans ma cbambre, après cinq heures, et m’a dit que mon père venoit d’expirer; qu’il avoit beaucoup souffert toute la nuit, se plaignant de douleurs et disant qu'il n’en pouvoit plus, mais ayant toujours sa connoissance entière et prononçant des sentences des psaumes, plein de confiance et de résignation en Dieu, disant ; In le, Domine, confdo; non confondât in leternum; ad Dominum, corn tribularer, clameaii; le Deam laudamiu; magnifical anima aiea Dominum; et qu’environ cinq heures, il avoit cessé de se plaindre; avoit dit qu’on luy ostast la bougie, qui luy donnoit dans les yeux, et qu’un moment après Novion avoit vu que ses yeux, qu’il tenoit tousjours fermés, sc renversoient; qu’ils avoient aussytost commencé les prières de la mort, et qu’il avoit rendu l’àme peu après, sans effort.
Ayant aussytost envoyé par toutes les religions', pour faire dire des messes, j’ay esté prier Dieu pour luy é la Mercy. Cette nouvelle avant esté respandue partout, les visites ont commencé, dès dix heures, et elles ont continué jusqu’à la nuit avec une foide extraordinaire. Toute» les personnes, et de la cour, et de la robe, et du commun, tesmoignant un regret véritable de sa perte, avec une estime toute particulière de sa vertu, la conduite de toute sa vie et celle qu’il a tenue dans cette dernière occasion du procès, et la fermeté avec laquelle il a souQ'ert l’opération de la taille, et considéré, ou plustost souhaité la mort, estant en admiration de tout le monde, en sorte que 'chacun se pressoit de venir tesmoigner sa douleur de sa perte. L’on y ajoutoit encore U considération de mes intérests et Le désir que le roy me conservast sa place dans le conseil, me l’ayant promise, et la
' Dans tous lew couvent*.
JOÜKNAI,
Mai» i6«5. crainte que l'on ne priai cette occasion pour se venger contre nioy de l'alTaire de M. Fouquet.
Le soir, M. le premier président me viol voir avec mille tesmoignagcs d'amitié, et il me dit qu’il vicndroit à l'enterrement, et que je prisse mes mesures afin qu’il n’y eust aucun embarras. Je ne dois pas omettre qu’il ne se peut donner plus de marques d’affection que j’en ay reçu de luy, de M. son fils et de toute sa famille dans celte dernière occasion. Il me dit comme M. Colbert le faisoit rechercher d'amitié, è cause d'une visite qu’il avoit faite au roy sur la suppression des augmentations de gages du parlement, et sur ce qu’il ne pouvoit donner aucun argent au commerce sans emprunter; mais il ne m’en put dire le détail. Je pris la résolution de ne point prier les ducs du service, afin d'éviter la contestation, et de faire que MM. les évesques se missent dans le chœur.
Le mardy 3 mars, M. du Petit-Marais, conseiller de la grand'chambre, et M. l’abbé de Lezeau ', furent le malin faire les complimens à M. le chancelier, qui tesmoigna toute l’estime et l'amitié possibles pour mon père, ne pouvant se lasser d'en dire du bien, faisant pour moy toutes les offres de bonne volonté et de services, cl, en effet, il m’avoit envoyé les faire par M. Picot, son exempt. Ensuite, ils furent chez tous MM. les présidens à mortier; et. au retour, ils me demandèrent si l’on pouvoit faire que le corps se trouvast k Saint- Nicolas, pour éviter la longueur du chemin, et combien il y auroit de personnes de deuil, afin qu’il y vinst autant de présidens. .^yant dit que nous .serions cinq, et que l’on ne pouvoit changer l'ordre résolu, ib se chargèrent de le dire à M. le premier président. Ce jour, les visites continuèrent avec une foule cstoniiante et de la cour et de la ville, chacun tesmoignant une douleur véritable de la mort de mon père.
Le mcrcredy 4 mars, mon fils fut le matin chez M. l’archevesque pour le prier du service, et il convenoit de se mettre près du chœur
' Nicolas -Lefèvre de Leteau. chanoine II était neveu d’André d'Onnesson et coude l'église de Paris, né le i* août i6a3. sin d'CHivier
DOLIVIER LEKÈVRE D'ORMESSON, 321
avec les autres évesqucs qui avoicnl [iroiiiis d’y cstre: mais M. l’é- Mars i66s. vesque de Seoi* l'en destourna. Beaucoup de personnes et des paréos et des amis, s’cslant rendus cr’rans à onze heures pour le convo), je fus surpris que l’on in’avertist que les prostrés marchoienl, sans vouloir attendre. Je descendis, et j'obtins avec peine de M. le curé qu’il attendroit que M. le premier président fust venu; ce qu'il fit.
Arriva peu de temps après M. le premier président, avec MM. les présidens de .Maisons, de Mesmes, Champlastreux et de Nesmond. L'on marcha auseytost, M. le premier président marchant avec moy, M. de Maisons avec mon fds, M. de Me.smes avec mon neveu de Colanges’,
M. de Champlastreux avec M. de Sancé, et M. do Nesmond avec M. d’Harouis. La suite estoil fort grande. Le peuple estoit en foule par les rues pour voir passer ce convoy, et chascun tesmoignoit douleur de cette mort. Dans l'église, toute la nef estoit pleine de peuple, et le chœur estoit si rempli de personnes de condition de la cour et de la robe, que l'on n’y poiivoit entrer. M. le pré.sident Le Bailleul’ y e.stoit, et M. le président de Novion y arriva, en sorte que, de tous les presidens h mortier, il n'y manqua que M. l,e Coigneux; presque tous Messieurs du conseil, les maistres des recpiestes et les conseillers de la cour y e.stoient, avec un sentiment de dcsplaisir de cette pe'rte. Enfin, chacun avoua que l’on n’avoit point vu un concours plus grand de personnes de condition, ny plus d'affection. L'honneur,
' Pierre Rousel de Medavy fui évéque de Socs de iG5i à 1670.
* Philippe •EiumaiiuH de Coulanges, fils de Philippe de Coulanges el de Marie Lefèvre d'Ornie&son, tille d’AmIré d‘Or* ineason et sœur d'Olivier- Il avait été re^u conseiller au parlement de Paris en 1669, dans U première chambre des enquêtes.
Voici comment le caractérise le Tahhau du pariemtnt : « Est spirituel, mais jeune, de nulle application et de nulle capacité, petit'fils de M. d'Ormeason, conseiller d'état, • Plus bas sont écrits ces mots d’une
autre main : • M** de Sévignv. sa laotc, a beaucoup de pouvoir sur luy. • Le pet^ Coulanges, cniume on l'appelait, es* surtout connu par les lettres de M** de Se* vigné et par de-* couplets ingénieux.
* Louis-Dominique Le BailIruI , marquis de Chiiieau*Gunlicr, lils du .surintendant des finances, avait été re^u président à mortier le ao août i65a. D'après te Tuhlgutt du puriement , il était «doux el d'humeur facile, s'acquérant beaucoup d am»
dans le Palais et à la cour, où ü en cherche volontiers. •
JOURNAL
Mar> i««s. que M. Ic premier président nous Bt estoit grand ; car il ne va k aucun service, et n’avoit pas mesme esté à celuy de M. de Nesniond.
MM. les évesques de Laon‘, de Saintes’, d'Amiens’, d'Angoulesme* et de Bayeux ’ s’y trouvèrent auprès du cliœur. Je me dispensai d’y convier MM. les ducs et pairs, pour éviter la contestation avec les présidens de la cour, la: service fut achevé à une heure et demye.
Ap rè.s le disner, les visites continuèrent avec une très grande foule. M. de Turenne me vint voir, qui me dit une particularité considérable d’une lettre interceptée, qui fut lue devant le roy, par laquelle on marquoit combien l’exil de Rocquesante estoit mal reçu et passoil pour une action et de violence et d'injustice, et l’on parloit de la laveur de M. Colbert, qui estoit le maistre et tout puissant; que ces sortes de choses pouvoient faire connoistre au roy la vérité, que personne ne luy osoit dire.
D'autres me dirent que M. de Saint-.Aulnays’ avoit prié, [)ar une lettre. M. de la Vrillière d'en présenter une au roy et une à la reyne mère; que celle du roy avoit esté lue, en sa présence, par M. de Louvois; qu’elle portoit une déclaration des injustices et persécutions qu’il avoit reçues, nonobstant les services qu'il avoit rendus; qu’il alloit chercher un autre maistre, qui sçust rescompenser le mérite; qu'il renonçoit k estre jamais François; que le roy d’Espagne luy donnoit douze mille cscus de pension; que, tant que le roy siiivroit les sentimeus de ceux de qui il prenoit conseil et dont la conduite mettoit toute la France au désespoir, il auroit autant d’ennemis que de
' Cév«r d'Kstrée», évoque de Laon de
iG53 à i6Gi.
' Louis de Bassompierre, é'véque de Saiales de i64S à 1676.
* Jean Kauro.érèqacd'Amiemde i653 a
* Francis de F<^ricard, éréquo d'An- Koulcme de i64Gâ
* François de Neamcmd. évoque de Baveux de 166» k 1716.
* V07. sur ce persutma(|;e les Mémoim de Ixmù XIV, t. Il, P 193. dans lea Œu’Tes df Louit XIV (édit, de Paris, 1806. Trcultcl et Wûrta). Le nom y Ml écrit aSoiAt-dwutj'. — Gui Palin parle de Sainl'Auinay* dam aa lettre du dernier loars i6ü5; mais le nom a été altéré par les éfliteurs . qui ont écrit <S&iAf>dnn<ra. li est probable que le manuacrit portail .Snoil-.daiiri.
D’OLIVIKR LliFÉVRE D’ORMESSON.
sujets; qu’il iaissoil ses enfans en France. S’ils avoient du cœur, ils Mar» >6S6. cil feroient autant que luy; s’ils estoient des lasches, ils demeureroient , et qu’il déclaroit au roy qu’il ne seroit jamais son serviteur ny son sujet.
Un autre me dit que M. le Prince, avec Chamilly', avoit eu la curiosité de voir un homme logé dans l’islc, qui faisoit paroistre le diable; que d’abord un lion cstoit venu à luy; puis un squelette, pui.s trois poteuces, trois roues, et avec les hommes pendus et roués.
Le jeudy 5 et le vendredy G mars, les visites ont continué de toutes les personnes de la plus haute condition de la cour et de la ville, avec des sentiineus très obligeaiis pour la mémoire de mon père, qui a l’estime et l’aOection de tout le monde
Le lundy 9 mars, je fus le itiatin à la chambre de justice , ayant, le dimanche précédent, esté avec mon fds faire mes coniplimens à M. le chancelier, qui me tesmoigna beaucoup de desplaisir de la mort de mon père. Je trouvai que l’on estoit assis; je rapportai deux petites affaires pour les créanciers de M. Fouquet, et puis je me retirai à cause du procès de Lempereur, dont je ne suis plus. L’on m’a dit que mon entrée fut regardée par Foucault, et qu’il sembloit qu’on eust voulu que je me fusse retiré moy-mesme de la chambre.
Je crois avoir omis de dire que, outre M. Dejean mis à la Bastille pour l’affaire de M. de Guénégaud, on a encore arresté l’escuyer de .M*^ de Guénégaud et beaucoup de ses domestiques, mesme à la campagne, et il paroist que toute la colère tombe sur luy.
Ce mesme jour, ma nièce de Sancé ’ accoucha d’un garçon.
' Éraitl Bouton, comte de Chamilly.
né en 1 63o, devint maréchal de camp en 1668. Il avait été page, puia compagnon d'armes du grand Condé.
' Gui Patin exprime. dam> ses lettres, qu'on ne saurait accuser d'excès de bienveilla Ace, une opinion très-favorable à André d'Ormesson. Il écrivait, le i3 février 1 66&, à son ami Falconet : • Le bonhomme
M. d'Ormesson, âgé de quatre-vingt-neuf ans, fut hier taillé pour la pierre; il a dormi toute la nuit, et on espère qu'il en guérira encore; il le mérite par son extrême probité et sainteté de vie.» (Voy. encore la lettre du 3 mars i665.)
‘ Anne-Marie de Coulanges, fdlc de Philippe de Coulanges et de Marie Lefèvre d'Ormesson, soeur d'Olivier.
JOURNAL
M»r- i6i>5. Le mardy lo mars, je retournai encore à la chambre de justice et parlai d'une petite alTaire, et je sortis aussytost.
Au retour, M. l’archcvesque de Sens', qui ne me connuissoit que de nom, me vint voir. Il me lit mille civilités et tcsmoignagcs d'estime sur ma conduite et ma vertu extraordinaire dans l’aflaire de M. Fouquel, me demandant mon amitié et enlin me disant beaucoup de choses très obligeantes.
De là, je fus aux Minimes, à un service de mou père que les religieux firent fort bonnestemenl; mon oncle de Lezeau et sa famille, et beaucoup de païens, s'y trouvèrent, ainsy que MM. de Vci lamont et Boueberat. M“"" de Sévigné me dit (|u'elle iroit, l’apresdisiiée, voir M'”' de Montau.sier, qui s’estoil expliquée fort avantageusement pour moY, et avoit dit que le roy se feroif tort de manquer à sa parole. M"* Martel me dit que, le jour précédent, la rcync mère avoit parlé très bien de mon père et de moy, et qu'il ne se peut rien dire de plu.s avantageux pour sa mémoire et pour ma réputation que ce qui avoit esté dit sur cela.
Je ne puis omettre que tout le monde s’intéresse en ce qui me regarde, que l'on compastit à l'injustice qu'on me fait pour la place de mon père; que chacun en tesmoigne du desplaisir. Car l'on dit que M, l’oncet y a bonne part; d'autres qu’on n’en disposera pas, a cause que ,M. Pussort est .supemuméraire.
Je disnai aux .Minimes avec MM. de Colanges, Saucé, d'ilarouis, Cbezières et M. Le l.aboureur’. Je fus ensuite au conseil, l.o roy envoya quérir M. le chancelier pour a-s-sister au conseil de commerce,
qui est un nouveau conseil composé de * et de MM. Voisin
et Pelleticr-la lloiissaye *, maistre des rcquesles.
' tiiOuU Henri de (îondrm fut arrhetè<|uc de Sens de i0à6 • 167/1.
' II B*agit ptobai»leiucnl ici de .Ican Le Laboureur, né en 163$ et mort en 1676. On lui doit beaucoup d'ouvrages histo* rique», et. entre uulres, un eoramenlaire .lur le» Mémoire» de Mtckel dr CetUinau.
* Les premiers noms ne sont pas indiques dans le mauuacril.
* Nicolas Le Pelletier, seigneur de la Houssaye, reçu maiire des re<|uétcs le 19 décembre 1660 : • A l'esprit |>oHé au bien, fort alUché à sa famille et bon juge. • (Porfrait dei maître» de» Teqaéta.)
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D ÜLIVIEIX l.EFÈVRF. D ORMESSON.
Le mercrecly i i mars, le malin à la chambre; Je là, au Louvre, Haiv iftas. où je trouvai que le roy avoil enlendu la messe et qu'il alloil à la chasse. Je vis M. l’arclievesque de Paris, qui me dit comme il avoit esté, en sa jeunesse, guéri Je la sciatique avec un fer chaud, qu'on luy enfonça dans la cuisse. Il me dit qu'on luy avoit raconté que la rcyne mère avoit dit au roy, sur mon sujet, qu'il se faisoit plus de tort qu'à moy.
Au retour, je trouvai au logis M. de Guitaut', qui in'attendoit. Il me dit que M. le Prince luy avoit ordonné de me venir lesmoigner la part qu’il prenoil à la perte que j’avois faite; qu’il n'y avoit pas envoyé plus tosl par des raisons que j'cnlendois hien; que, par ces mesmes raisons, il n'y e.stoit pas venu luy-mesme; qu’il meprioit de croire qu’il me serviroit en toutes occasions comme une personne pour qui il avoit beaucoup d’estime; que, pour luy [Guitaut], en son particulier, il avoit esté bien ayse d'estre chargé de cette cummissibn pour m’asseurer de ses services. Je luy dis que je recevois, avec le • respect que je devois, rhonneur que M. le Prince me faisoit de se souvenir de moy; que j’entendois bien les raisons dont il me parloit; que, par ces mesmes laisons, je n’irois pas sytost remercier M. le Prince, et que, depuis que j'avois esté chargé de la dernière alfaire qu’il sçavoit, j’avois cru que je ne ponvois mieux faire ma cour à des personnes de très haute condition qu’en ne les voyant point, et qu’ils l’avoient fort approuvé. Je raccomp.agnai jusques à son carroS.se.
Après le disiier, je fus chez M. Fouquel pour faire un recollement de certains meubles estant dans un grand coffre de la Chine.
Le jeudy i a mars, je fus à sept heures du soir voir M. le cardinal de Retz, logé depuis trois jours aux Jacobins réformés*, ayant esté mandé par le roy pour l’obliger d'aller à Rome, .sans néantmoins
■ Il »'agît ici prohabieinent d(> cHuî appelait le petit Guitaut ou Guitaut d<* Pcichpeyrou, ou Puy|>eyrouï. Le petit Guitaut était liU de Francis de Cotnmiuges, capitaine det garde» de la reine, dont il a été »ouTcnt question dans U pre-
mière partie du Journal itOhatr rf’Ormesfon.
* Le ilemier courent des Jacobin» avait été conairuit, en i6i i, rue Saint-IIonoré. Ce fut là que »e réunit le club Jacoiiiu.
JOURNAL
\hr« iC6S. autre qualité que celle de cardinal. Il estoit avec M. le maresehal de Villeroy. Après, il nous reçut fort civilement, M. de Petit-Mai'ais et muy, et, me cuuduisant, il me fit beaucoup de complimens siu- la dernière all'airc. J’ay sçu qu’il avoit esté mal reçu du roy; qu’il avoit esté voir M. Colbert, qui ne l’avoit pas encore visité; que M. Le Tellier ne l'avoit esté voir que cinq jours après son arrivée; qu’on vou- < loit qu’il allas! à Rome, et qu’on ne luy en paiioit pas; enfin, qu'il crevoit dans son cœur de ce traitement; que l’on rappelait M. de Créquy ' et qu’on parloit d’y envoyer M. de Vitry.
Je vis ensuite M. de Sève, qui me dit que M. de Caumartin * avoit demandé au roy la place de mou père, et que pour luy, <|ui la pouvoit demander, il ne le feroit jamais, n’y ayant aucun homme d'honneur qui la pust prétendre à mou exclusion. Je vis après M. d'Abgre , qui me parla fort bonnestement, et me dit que c'estoit une honte qu’on me fist l’injustice de m’oster la place de mon père qui m'estoit donnée. Je fus au Louvre visiter M. de Villeroy, qui me fit beaucoup d'amitié , me tesmoigna le dessein de me servir, et me dit qu’il en avoit parlé avec M. Le TcUier; qu'il estoit bien difficile à présent de parler; néautmoins (pi’il le feroit aux occasions, me tesmoignant que jamais homme de la rohe n’avoit acquis plus d’estime et de réputation que moy. Je vis aussy M“* de Villeroy, qui me fit bien des civilités.
Je vis après M. le premier médeiûn, qui me tesmoigna bien du ilesplaisir que mes affaires n’alloient pas comme il le souhaiteroit. De là , visiter M”“ la marcschale de la Mothe *, qui m’avoit fait faire rnmplimens sur ma perte, et qui me reçut fort civilement.
' Franroi» de Crequj, luaréchal de Fronce en i6G8, mort en 1C87. Il avait été ainba$.udeur à Itome.
’ LouU-Françü» Le Fèvre, seigneur de Caumartin , re<;u maître de.« requêtes le 1 4 juin 1G&3. >A de la probité et avoit de grands desseins, qui sont éclioiiés par l'attacbement qu'il a avec M. le cardinal
de lieu. • (Portrait dts maitrti de nijaétet.) Ces notes, comme on Ta déjà remarqué, ont été rédigées entre les années 1687 et 1C60.
’ Louise de Prie , mariée à Philipjse de la Mothe-IIoudancourt, gouvemanio des cillants do Franco, morte on 1709. {Moy. les Mémoires de SaialSimon , a cette date. )
Jentrai ensuite chez le roy avec M. de la Salle, dans la première Mir» >665. salle où sont les coffres arrangés comme des barrières, pour empescher qu’on ne bouche la porte. M. de Turenne me dit de ne me point mettre en lieu où le roy crust que je voulusse luy parler. L’on m’appela des premiers, et, m’approchant pour me présenter devant le roy, M. de la Salle et .M. de Coaslin me donnèrent leurs places, afin que je pusse estre vu. Le roy me vit et me regarda deux ou trois fois. L’on m’offrit de me faire passer au premier rang; mais je ne voulus pas, pour ne point monstrer d'affectation.
J’entrai ensuite dans la petite chambre, où le roy va prier Dieu et où peu de gens entrent. M’y trouvant trop seul et craignant que le roy n’y vins!, je passai dans le grand cabinet, où il n’y avoit que M. le Comte', MM. de Turenne, de V'illeroy, Morteinart’, Vivoniie’ et de Verneuil. Ce dernier me dit son chagrin sur ce qu’on ne luy donnoit que quarante mille livres pour son emmeublement pour aller en Angleterre, et qu’on luy avoit envoyé son ordonnance par un laquais.
Dans ce temps entra M. Colbert, qui, m’ayant vu, me salua assez bonnestement, et moy luy. Passant auprès de moy pour aller è quelqu’un, il me dit, < Je suis vostre serviteur, > et moy je le saluai sans parler, et après j’entrai en conversation en quart avec luy, M. de Turenne et M. de Grammont, disant mon mot, sans tesmoigner l’éviter ny le fuir. Pendant ce temps, le roy ayant passé pour aller è la messe, sans qu’on l’eusl vu, je sortis pour m’en aller et suivis M. de Turenne, qui approuva ce qui s'estoit passé, et me dit que c’estoil assez.
Je suis obligé de remarquer qu’il n’y eut aucune personne de qualité qui ne me fist grand accueil, et chacun contribuoit à faciliter que le roy me vist.
De lé, je fus chez la reyne mère, où tous les siens me firent bcau-
' Thomas de Savoie, pour lequel on ieniart, mort le 3 avril idStl. — ' Luuis-
avait fait revivre le iKre de camtt tU Soii- Victor de Rochechouart. comte, puis duc
mai. de Vivonne, amiral dc-v galères de France
' Louis de Rochechouart , duc de Mor* en i66q.