‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 29 sur 83 · JOUR N AI · texte numérisé non relu

JOUR N AI

M*r. iiili., coup d'accueil. Apiiîs la messe, m’e.slant pré.senté devant clic, elle me fit signe de la leste avec bonté. Monsieur le duc d’Orléans s’avança à nioy, pour me dire qu’il estoit faschc de la perte que j’avois faite. Après, la rcyne m’appela et me dit r|u’cllc avoit regret à la mort de mon père; qu’elle sçavoit qu’il vouloil mourir. Je luy respniidis que je recevois avec grand respect l’honneur qu’elle me faisoit; que mon père avoit tesmoignc grande feroiclé, à la mort, et beaucoup de piété. Elle me dit qu’elle soiibailoil fort me pouvoir servir et qu’elle le feroit tousjours. Je me retirai. .M“ de Motteville me fil bien des civilités, et ceux qui esloient là.

Ainsv sc passa ma première visite chea le roy, où je reçus toute l’amitié qu’on peut rendre à un homme de ma condition, chacun me faisant entendre qu’il compastissoit à l’injustice qu’on me faisoit, et cependant aucun n’osant parler, le roy seul et M. Colhert se faisant craindre de telle sorte qu’aucun n’oseroit rien dire, me.sme de ses propres intérests, qiioyqii’il n’y en ayt aucun qui ne souffre et qui ne soit au désespoir dans le cœur; et il n’y a personne qui ne dise qu’il est impossible que cela dure, la conduite estant trop injuste et trop violente.

Le vendredy i 3 mars, le matin à la chambre de justice, où M. de l’outchartrain me dit que, par arrest donné sur la requeste du procureur général, il sçavoit que M. de Nogués avoit esté commis pour informer contre luy; qu’il avoit informé et qu’il n'avoit esté rien trouvé; qti’on avoit ordonné la mesme chose contre M. Le Féron ; qu’on avoit dit que cela feroit son effet pour les tenir en crainte.

L’on parle d'une houle de feu en forme de dragon tombée prés du village de la Chapelle, qui a fait un tiou dans terre jiisipies à l’eati , et qu’on n’en trouve point le fond. Le trou est véritable et il est fort creux; mais c’est une carrière, et le surplus est imaginatiou.

■Après le disner, je fus à l’acte de M. Le Maistre de Ferrière, où esloil M, le chancelier. De là, à finventaire de M. Fouquet, où je trouvai M. le commandeur de Souvré, qui veut louer cette maison. De là cher mon oncle de Lereau et chci M. Le Pelletier, qui me

paroist fort plein de mauvais desseins de M. Colbert. Il avoil este à Mj.» iGCS Chaville avec M. Le Tellicr. 11 demeura satisfait de ma visite au Louvre, se plaignit fort du peu de fermeté de M. le premier président, (pti avoit emprunté pour mettre au commerce; rpie l’on avoit donné un billet au roy <jui portoit que c’estoil luy (Le Pelletier) et M. Boueberat qui avoient destourné M. le premier président rfy mettre; que l’arrest des augmentations estoit signé, et ([ue M. le premier président vouloit s’engager dans une négociation, avec M. Colbert, pour en souffrir une réduction, comme des rentes.

Le dimanebe 1 5 mars , je fins le matin à Saint-Martin au sacre de M. l’évesque d’Agen. Le sacre se fit par M. l’arcbevescjue de Paris; MM. les évesques de Saintes' et d’Angoulesme’ estoient les assistans. Y estoient présens MM. les évesques de Chartres*, de Condom*, de Coutances*, de Laon*, de Meaux’, d'.Vcqs* et de Bayeux*.

Cette cérémonie se fit avec beaucoup de dignité et de piété. Les particularités seroient trop longues à observer.

.\prcs le disncr, je fus au salut i Saint-Nicolas, où M. l’cvesque d’Agen mit en possession de la cure M. de Montmignon, et, après les vespres, il monta en chaire, dit l'union qui devoit cslre entre le curé et les paroissiens; que les ouailles luy dévoient cinq choses : leur esprit, soumission et obéissance dans les choses spirituelles; leur creur, raffection ; leur langue , bien parler et avec estime ; leurs oreilles, disposition à recevoir l’instruction; leurs mains, coopérer et l’assister dans les choses temporelles par leur crédit et leur autorité.

' Louis de BAMOmpierre, de à

* Krançolsde Péricard,de 1 646 À 16S9.

* Ferdinand de Neuville, év^uc de Cliarircs de 1667 à 1690.

' Charlcs'Louis de Lorraine, évéque de G^ndom de i65g à i668.

* Eustaclie Le Clerc de Lcsserillo, évêque de Coulanccs de 1669 à 166b.

* César d'Estrees, évêque^luc de l^on

de i653 • 1681. — * Dominique de Ligni, évêque de Meaux de 1660 à i68i .

' Ouillanme Le Roull-*» fut êvéqtie d'Acqs (aujourdliui Dax) de i658 à i€S6. Le nom de cet évéque est Le Roulis ou Le Boultz, et non Le Roux, coinmv écrit le Gallia christiana, d'après ia prononciation généralement adoptée.

• François de Nesmond. évêque de Bayeux de iG6i à 1715.

JOURNAL

Man lUS. il parla ensuite de la nécessité de les (|uitter par oiréissancc au roy et au pape, expliqua le passage, Consammatvun est, et inclinato capite emisil spiritum; trois raisons pounjuoy inclinato, et, après un hon <piarl d'heure, il finit, ne pouvant plus parler, à rjuse d’un grand rhume. Il ne parla pas île son successeur, et chacun jugea de ce sermon assez clilTérenmient , d'autant plus qu’on est persuadé qu’il a fort souhaité cet évesché.

M. de Bar nous dit une intrigue descouvertc à la cour ', et, comme je l’ay sçue aussy d'autres personnes et (ju’elle peut avoir des suites, je la veux escrire tout entière, comme je l’ay apprise. Il y a quelques années <[ue l’intelligence de Madame avec M. le comte de Guichc’ fit un grand eselal; M. le comte de Guiche fut envoyé en Lorraine, et, après l’accommodement de Lorraine, il fit le voyage de Pologne. M. de Vardes’ fut commis pour retirer les lettres de.s mains de M''' de Montalais , et estoit le confident entre les deux ; mais il ne rendit pas toutes les lettres cl en retint deux, qu’il mit ès mains de M™* la Comtesse, pour s’en servir contre Madame, en cas de hesoin*.

Dans ce me.suie temps, les amours du roy et de M'** de La \ allière

' Voy. hei Mi^moires A/** de ,1/ofte.

co1l<>cl. Pelitoi, 5* série, t. XLI, p. t88 l’t 3^8; et ïllùtoirt ^ Henrietie ttAngUierrt, p*r M** de La Fayette, ibid. i. LXIV. p. 4io.

* Armand de Grnmmont. ou Gramont.

comte de Guichr. né en mort en

' Françob-lienc du Dc^c-Crcapin, marqiiU de Vardea, mort rn 1688.

* Cette première intrigue «e pliK« en i56i. comme on ie voit |.>ar les

de M*' de MùUetiik. Le petit roman, spinluc]lemrnt brodé par M**dc La Fayette, présente soua le jour le plus favorable les reltlimii d’Henriette d’Angleterre et du comte de Guiche :

• Le comte de Guiche. dit clic, ne trouvoit rien de plus beau que de tout liaaerder, et Madame et luy, sans asoir de vérital>lc passion l’un pour l'autre, s’exposèrent au plus grand danger où l’on se soit jamais exposé. Madame estoit malade

et environnée de toutes scs femmes

Elle faisoit enti'er le comte de Guirhe. quelquefois en plein jour, déguisé en femme qui dit la bonne avmlure, et il la disoit mesine aux femmes de Madame , qui le voyment tous les jours et qui ne le reconnoissoienl pas; d'autres fois, par d’autres inventions, mais lousjoura avec beaucoup de hasard; et ces entrevues ai périlleuses se passoienl à se moquer de Memsieur. •

'Diqi'-

D OLIVIEH LKKEVBE ü OHMESSON.

ooinniençoienl, et M*"* la Comtesse, voulant les rompre, prit une en- .6<>0. veloppe d’un ptaqiiet du roy d’Espagne à 1# rcyne et concerta une lettre avec Vardcs, comme du roy d’Espagne à la reyne, pour luy donner avis des amours de M'** de La Vallicrc et du roy, et ils la firent traduire en espagnol par le comte de Guiclie, la firent escrirc par le beau-frère de Gourville *, et l’envoyèrent à (iourville, en Flandres, afin qu’il l’envoyasl par un courrier.

Cette lettre fiit adressée à la senora Moliua, Espagnole, pour ta rendre à la rcyne’. Elle la donna au roy, qui jugea que c’estoit une lettre supposée; mais ne put descouvrir d’où elle venoil, et l’on prétend qu’il en soupçonna M" de Navailles, et que c’est la véritable cause de sa disgrâce’.

Depuis, M. de Vardes s’estant brouillé avec Madame, pour avoir dit au fils de M. le comte d’Harcourt * qu'il devoit s’adresser à Madame, .sans s’amuser aux suivantes, le roy l’a envoyé, à la prière de Madame, à Aigues-Mortes*, sans néantmoins lnv vouloir de mal, disant qu’il seroit son solliciteur d’alfaires.

M” la Comtesse, ennuyée de ce long exil, a fait prier Madame de s’adoucir, et, pour l’y obliger, luy a fait dire qu’elle avoit des lettres et de quoy luy donner de la peine. Madame s’en est irritée , et sçachant par le comte de Guiche l’histoire de la lettre, elle l’a dite au roy*. Ce fut dans la tribune, le jour du ballet, qu’elle en fit sortir M“ la Comtesse, et le roy, l’ayant pressée de faire quelques civilités a .M'*' la Comtesse et luy disant qu’elle la devoit mesnager, ayant des lettres, sur cela Madame luy dit la lettre espagnole. Le comte de Guiche, mandé aussytost par le roy, après avoir obtenu son |>ardon.

' Olivier d'Om)e»»on a «jouté • la marge : Ce fait ai inceriain.

* Cet événement est de )« 6n de l'an* fiée i6Ga , d'après les Mémoire* de M""* de MMierille.

* Vov. plus haut, p. 166*167.

* Alphonie-Hcnri'Cliarles de Lorraine, né en 1666. mort eu 1719. Il était BU

aiué de F rancis de Lorraine, comte d'Harcourt.

* Varde» était gouverneur d'Aigues* Mortes depuis 1660.

* Le dénoûxneol de c«tle intrigue, qui remontait à l'année 1661 , n'eut lieu qu'en mars i665

JOtHNAI,

Mur» i66S. luy a dit toute l'intrigue et a fort chargé Vardes, et le roy a pris par escrit sa déclaration et la luy a fait signer.

L'on dit que le comte de Guiclie a descouvert encore d’autres intrigues sur l'alTaire de Dunkerque, et qu’il avoit conseillé à Madame de s’y retirer avec Monsieur, et que, soustenuc du roy d’Angleterre', elle se feroit considérer; et l’on dit que ces lettres ont esté rendues au roy, par lesquelles il mandoit i Madame : • Vostre timide beaufrère n'est qu’un fanfaron et un avare. Quand une fois vous serez dans Dunkerque, nous luy ferons faire, le baston haut, tout ce que nous voudrons. • Le roy a envoyé un exempt à Vardes, avec des gardes, pour l'arrcster prisonnier, le conduire dans la citadelle de Montpellier et luy ordonner de se deflaire de sa charge. M. le marcschal de (iraminont a eu de longues conférences avec le roy, et l’on dit qu’il a obtenu le pardon pour son lils; mais néantmoins que c’est un homme dont la fortune est perdue.

L’on débite par la ville que l'on veut transférer les parlemens de Kouen h Caen, de Bordeaux à Agen, pour faire deux villes, toutes pour le commerce; que l'on veut prtager le parlement de Paris et envoyer les chambres des enquestes dans des provinces; supprimer les chambres de l’csdict’; fixer le prix des charges de maistres des requestes à cinquante mille escus, celles de conseillers à vingt-cinq mille; faire payer mille livres de paulette et establir que le roy pourra faire retirer tel de ces ollices-là qu’il voudra, en remboursant le prix de l’olfice. La consternation est grande dans la robe; car il paroist qu’on la veut destruire par le souvenir du passé.

Le jeudy 19 mars, je fus le matin au Ixmvre, pour faire ma cour et pour me faire voir seulement. Je trouvai beaucoup de facilité povu-

' CliaHes 11 était frère de Madame .lien riette d' Auglclcrrc , duclieaac d‘Orlé«ua.

' Les chambres Ae t Mit étaient ainsi appelées, parce sju'ellcs avaient été instituées en vertu de l'édit de Nantes, et qu'un y avait introduit quelques conseillers pruteslanls. Il y avait des cliantbrvs de

l'édit dans les parlements de Paris et de Rouen. On les distinguait des L-lmm&res nu-parties t parce que, dans ces dernières il y avait sutsttt de protestants que de catholiques. Les cltambres ini-partics extataient dans les parlements de Hordeaux Toulouse et Grenoble.

entrer partout, et les personnes de la plus haute qualité me firent M*n i6S5. civilité. Chacun me fit place pour m’approcher du roy et pouvoir estre vu, me faisant compliment et s’inlércs.sant h mon affaire. Le roy devant entendre la messe aux Feuillans, j’y fus. M. le cardinal de ReU y estoit et M. le mareschal de Grammont. Monsieur y vint, et je me trouvai proche de luy. Le roy y vint à midy, et me vit en sortant. Iji mode présente est d’avoir des vestes é la turque : M. de La Feuillade et M. le marquis de Villeroy en avoient. En sortant,

M. le comte de Guiche me fil de grandes civilités, ainsy que M. de Montaigu, et tous ceux qui ne m’ont point vu en deuil.

Le soir, M. le duc de Chaulnes me vint voir, qui me dit que .M®" de Choisy avoit parlé au roy de mon affaire; que le roy luy avoit dit qu’il n’avoit rien trouvé i redire à mon avis, pour le jugement du procès, mais qu’il n’estoit pas content de ma conduite dans cette affaire. Il me dit que Bontemps* avoit esté trouver M'*” de Montalais à Fontevrault; que le roy avoit fait prendre deux courriers ipii luy purtoient des lettres, l’un de M. de Crénan, l’autre du comte de Guiche; qu’il avoit fait déposer Crénan et lu la lettre du comte de Guiche en présence de son père; que M*** de Montalais venoit; que la supérieure des carmélites de la nie du Bouloy avoit rapporté ce quelle avoit ouy dire à la jeune reyne par M” la Comtesse; que la reyne avoit tout dit. Cette mesme apresdisnée, un valet de garderobe m’a dit que, le soir précédent, M” la Comtesse avoit parlé seule au roy, dans son cabinet, plus d’une demy-lieure; qu’il ne sçavoit ce qui s’y estoit passé.

Le soir, cher M. Le Pelletier, j’appris que M. Talon donnoit des avis pour la chambre de justice, et estoit raccommodé avec M. Colbert, qui avoit à faire de luy et craignoit qu’il ne parlast.

Le vendredy lo mars, le matin à la chambre de justice, où j’appris qu’il devoil y avoir une assemblée, en présence du roy, de toits les intéresses au commerce, pour la nomination des directeurs.

' Valet de chambre de Louia XIV. Le» Mémoires de 5<un/->SinM>n donnent beaucoup de détail» cur Bontemps.

iU

JOL’RNAI.

Mjo Au service, à rAiiiionciadc, pour mon père.

Le sanieily ai mars, M. LhamiUart in’a dit qu’il s’estoil trouvé, hyer, à l'asscmliléc du Louvre, où tous les interpssés pour six mille livres et au-dessus estoieul mandés. La liste imprimée portoit indistinctement les noms des princes, ducs, marchands, sans ordre, ayant pris la date que chacun s'esloil inscrit. Le roy s’assit au bout d'une table, sur laquelle esloit un petit collre. M. le chancelier, derrière sa chaire, fit une baranciie en faveur du commerce, louant le roy. U dit que M. C.olbert seroit le chef; qu'en son absence M. de Thon et M. Voisin, comme prévosi des marchands, y présideroient; le loua des .services qu’il avoit rendus à rHostcl-dc-Villu; cl après, chacun apporta dans le colFre son billet; mais il y en avoit quantité préparés sur la table et cachetés, rpie les intéressés prirent et mirent dans le coiïre, CO qui surprit (juelques gens. M. le premier président y estoit: et tous ceux de la cour intéressés. .Après, le roy se retira.

M. B.' m’a dit que le courrier estoit arrivé, que Vardes estoit arresté et conduit dans la citadelle de Montpellier; qu'il s’en estoit resjoui , jiisques k ce qu’il avoit vu qu’on liiy ostoit tous ses gens et ses papiers; qu’alors il avoit fort pleuré; qu'on ne sçavoit si Corbinelli’, qui e.stoit avec luy et qui estoit de l’intrigue de la Montalais, estoit arresté.

Le mardy aé mars, il y eut conseil des parties, où l'on parla de certaines communautés de prostrés, dans les paroisses de Normandie, qui subsistent des aumosncs des paroissiens, et dans Ic.squelles les prestres nés dans la paroisse prétendent estre reçus, sans pouvoir en estre exclus par les curés.

Après, M. Barentin’ rapporta unerequestc, en cassation d’un arrest

‘ Prolsiblcmenl Bi>urhcrnl.

’ Kaphaél t^rbincHi, né vers i6i5 mon en 1716. Agé de plus de cent ans. Il est nirtoot connu par tes lettres de M"* de Sévigné, -

’ Jacques-Honoré Biirentin, vicomte de

la Moite, baron de Mauriac, reçu maître des requêtes en février |655. D'après le Portrmt des maîtres des retfadtes : v Don juge, qui s'applique à sa cliarge et qui seroit lout-a-fail honnesle homme , s'il n'estnil gendre de Doislèie. »

D OLIVIER LEl'ÉVRE D'ORMESSON.

ijui rcnvoyoit aux requesles île l’Hostel, pour doim<.T avis sur une ré- .vun i66i. vision demandée contie un arrcsl de la Tournelle de Paris qui avoil condamné un officier royal é cstrc interdit, à ne pouvoir jamais tenir des charges de justice particulière, et en une amende, sans que les tesmoins eussent esté confixrntés. L’avis des requcstes de l'Hostcl , pour accorder des lettres de révision, fut reçu, et l’-sITaire renvoyée devant un autre parlement. Le juge condamné estoit le lieutenant particulier de Stenay et juge de Charny.

J’ay sçu c[ue Corbinelli avoil esté arresté; que la cassette des papiers d«^ M. de Vardes avoit esté apportée au roy cachetée, et (pi’il ne s’y estoit trouvé que quelques lettres en chiffres, tpie l’on faisoit deschilfrer.

Ce mesme jour, le roy partit à huit heures du matin, avec la reyne et Monsieur, pour aller à Chartres s’aerjuitter de son vœu, le jour de Nostre-Dame, et revenir le lendemain. 11 y îdloit avec ipiatre relais de carrosse.

L’on dit que M. de Machault avoit fait mener Fargues llcsdin ', favoil fait mettre dans les prisons, les fers aux pieds, et, pour eslre confronté à des personnes malades, l’avoit fait promener par la ville avec les fers, et que son procès s’acheveroit hientost.

Le mercredy aS mars, feste de la Vierge, le malin, à la Mercy, et en.suite aux Jésuites et au collège du Plessis, voir mes enfans. J'appris que le nom de ce collège n’estoit pas celuy du cardinal de Richelieu’, mais du fondateur ancien qui avoit aussy donné sa maison pour les escoliers de l'ahhaye de Marmoustier.

Le jeudy aC mars, chandrre de justice. L’on parla d'un procèsverhal sur les affaires de .M. de Guénégaud, M. Poncet rapporteur.

L’on ne parle plus du procès de Lempereur, qui est remis après Pasques, et que fon Iraisne, pour occuper la chambre durant finstrnetion de l’affaire de .M. de Guénégaud, n’y ayant point (faulres procès.

Voj. plus haut, p. 399, noie 1. Armand du Plexsis. (Voy. -sur le roïlége

’ Lecnrdinal de Kirlietieu se nonuUatt du Plessis, p. 331. ode a.)

JOURNAL

Mjr> iG6S.

Après le disncr, conseil des linances, où je vis M. Colbert. M. Le Prlletier-la-llous.saye rapporta plusieurs adaires et une de M. le président de Cbcvrières pour des rraucs-allcux de Dauphiné. Durant (pi'il parla, il tourna lousjours la teste du costé tlu tnareschal de Villeroy et de M. Colbert, sans adresser la parole à M. le chancelier, sans néantnioins tpi’il le fist avec uOeclation. M. le chancelier le vit, mais n'en dit mot.

Le ven<lredy ay mars, je lus à la chambre de justice une grande requeste des créanciers de .M. Pouquet, sur laquelle fut mis le soit communiqué au procureur général.

Après le disncr, je fus au conseil, où M. le chancelier fil reproche à M. Le PcUcticr-la-Houssayc qu’il ne favoit pas regardé au conseil des finances et ne luy avoit pas adressé la parole. 11 ajouta qu’il n’y avoil que luy de Monsieur ou conseil. M. La Houssaye luy ayant tesmoigne ipic c’estoil par inadvertance, et qu’il n’y avoit personne qui eust plus de respect pour luy ny qui y fust plus obligé, M. le ch an ceher réphqua : • Ouy, vous y estes obligé, et par plusieurs raisons, et qu’il [le] luy disoit en bonne compagnie. « Ënhn, il le poussa fort, et ncantmoins M. de La Houssaye luy parla tousjours fort lionnestemcnt.

M. foulé présenta un arresl entre M. farchevesque de Paris et M. le duc de Vemeuil, abbé de Saint-Gennain-des-Prés, qui avoil obtenu arrest pour faire juger au conseil sa prétention pour la juridiction. Par cet arrest, fallaire est renvoyée au parlement. M. Foulé in.sista fort pour faire mettre que fon feroit droit préalablement sur la provision. L’on osta préalablement et fon mit s'il y escheoit, et fut dit qu’il ne se feroit aucune procédure durant fabsence de M. de Verneuil.

Au .sortir, je fus avec .M. Besnard voir M. de Vemeuil, qui part pour sou ambassade d’Angleterre et n’attend pas que son esquipage soit fait. 11 nous fit voir, pai' une lettre d’Angleterre, que le feu s’estoit mis aux poudres d’im grand navire donné par la ville de Londres; qu'il y avoit eu trois cents matelots perdus et plus de quatre-vingts pièces de gros canon, à f embouchure de la Tamise.

DOUVIER LEFÈVRE DORMESSO.N.

De la, chez M. le preniiei' président; j'apprisque le roy avoitUouvé M«rt i6«s. mauvaise une assemblée qui s’estoit faite chez M. le premier président, où M. l’archevesquc avoil jKrrlé pour les prisonniers, n’aimani pas toutes les assemblées.

Le dimanche 29 mars, je reçus des lettres de M. Pielrc de la condamnation de Kargues, et qu'il avoil esté pendu le vetidrcdy à cinq heures du soir, à Abbeville I.’on remarquoit qu’ayant esté conduit h llesrlin, il avoil esté mis dans la prison avec les mesiues Fers et dans le inosmo lieu où il avoit retenu prisonnier le nommé Philippe- Marie, qui esloil un odicicr qui avoil vmdii souslever la garnison contre liiv, lors de sa révolte; qu’un soldat, qu’il avoil' obligé d'estre bourreau et de pendre un homme, avoil esté le sien et l’avoit pendu.

L’on convenoil aussy qu’il avoit entendu la lecture de sa condamnation avec beaucoup de fenneté; qu’il avoit baisé trois fois la terre, remerciant Dieu; qu’il avoit aussy baisé trois fois sa potence, cl qu’il estoit mort avec courage et fort chreslienncmenl.

Cette lin extraordinaire m'oblige de dire que Fargues estoit né tic petite condition, dans Figeac, en Languedoc*; qu’ayant espousé la steur du sieur de la Rivière, neveu de M. de Bellcbrune, il avoit esté major d'Hesdin tant que M. de Bellcbrune estoit gouverneur, et qu’au mois de janvier i6,5d, ledit sieur de Bellcbrune e.stanl mort, il forma le dessein de se rendre maistre de cette jilace. Estant venu à Paris, il offrit à M. de Palai.seau, gendre de M. de Bcllebrune, de

* Voy. ce que Sainl-Siinon rapporte de la IcUre de Gui Palin du dernier mara

l'arresution. du procès et de la cnnfoca- |665; mais Gui Patin, qui n'en parle

lion des biens de Fargues (t. V, p. 58 cl qu'en passant, est loin d'avoir sur Fargues

suiv. èdit. Hacliette, in-8*]. On a déjà des rcnseigneœenls aussi précis qu'CHivior

remarque que les erreurs de .Saint-Simon d'Onnesson. Il altère même son nom .

sont rectifiées par ce passage du Journal comme je l'ai déjà remarqué. Voici le

d'OUrier J'Ormejson. — Gui Patin parte . passage : s Le nomme de Farques , Tou-

a dans plusieurs lettres, du procès de Far- loilsain, qui s' estoit, il y a six ans. rendu gués. (Voy. lettres du 6 février et du dur- maistre d'Hesdin, a esté pendu dans Abnier mars i665. Le nom de Faryutt y a beville, le vendredy ay mars, pour divers été cbangè en celui de t'arguer. ) crimes qui n'esloient point compris dans

’ Fargues est appelé Toutoutatn dans l'amnistie. ■

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