II
JOURNAL
M.t. i665 le servir pour luy conserver le gouvcmemcnt. et luy demanda les noms de ses amis dans la place, lesquels M. de Palaiseau luy donna, et en mesme temps Fargues oITril à M. le comte de Morel, auquel ce gouvcniemenl estoil donné, de l'argent et son service; mais, en ayant esté fort peu accueilli, il partit devant, disant que c’esloit pour luy préparer toutes choses, et, estant dans la place, il s’en rendit le maistre, ayant chassé tous les amis de M. de Palaiseau et de M. de Muret, et ayant cscrit à M. le mareschal d'Ilocquntcourt pour luy livrer cette place, M. d'i locquincourt , avec son régiment, qui estoit en garnison sur la frontière, s’y retira; et je me souviens qu’estant en Picardie '.de colonel de ce régiment vint de la cour m’apportant des ordres, et il tesmoignoit vouloir servir la cour contre le mareschai, et néanimoins, sytos-t qu’il eiist joint son régiment, il le desbaucha et se retira à Hesdin.
Lorsque, par la pais, la ville d’Mesdin fut rendue au roy, je la reçus et y iis entrer le régiment de Picardie. Je parlai à Fargues de toute sa conduite. Il me dit que, syto.st qu’il estoit entré dans He.sdin, il avoit escril en quatre endroits pour négocier : i“ à la cour, par l'entremise de Carlier, commis de M. Le Telliêr, qui y lit deux voyages, et enfin par sa femme, qui prit cette occasion pour aller à Hesdin et se rendre auprès de son mary; 2° au mareschal d’Hocquincourt, qui ne manqua pas de se venir jeter dans Hesdin; mais Fargues prit si bien scs précautions avec luy, cpi’il n’en fut jamais le maistre et ne luy permit jamais ny d’y estre le plus fort, ny de parler à un homme en particulier; 3° à M. le Prince; 4° aux Espagnols, dont il reçut des troupes, qu’il fit camper dans le faubourg de Saint-Leu, sans que jamais il soulfrist deux olliciers de ces troupes entrer ensemble dans la ville.
Le roy, en avril i658, marchant avec son armée pour faire le siège de Dunkerque, fit semblant de vouloir assiéger Hesdin, et le bruit en couroit. Il passa à la vue de cette place, croyant que sa
* Olivifr <rOnne*KMi étâit, À celle époque, inlendent de Picardie.
présence feroit quelque souslèvemenl dans la ville. Mais Fargues me M«r» • dit que, sçacbant quil ne seroil point assiégé, il jugea qu’il n’avoil qu’à se deffendre d’une révolte; qu’il avoit a.ssemblé toute sa garnison, et, leur ayant dit que le roy venoit les assiéger, il avoit desclaré que, pour luy, il estoit résolu de se delTondre, et qu’il laissoit, à ceux qui voudroient, la liberté de sortir; que tous luy avoient juré de mourir avec luy, et que, profitant de cette disposition, il avoit mis ses troupes dans les dehors et estoit demeuré dans la place, craignant seulement un coup de main et d'estre assassiné; que M. le marescbal d’Hocquincourl escarmoiicba avec la tavalerie, et que depuis il n’avoit songé qu’à ses fortifications, et à maintenir l’ordre et la police dans sa place; que la Rivière et luy estoient dans des cbambres séparées, aux deux bouts d’une salle commune, dans laquelle il y avoit im corps de garde de pertuisaniers; que jamais l’un ne dormoit que l’autre ne fust esveillé; tpi’ils n’alloient jamais en un mesme lieu ensemble; et enfin Fargues m’ayant expliqué sa conduite, fait voir ses magasins, me parut homme de teste et de grand ordre, et chacun convient qu’il a soustenu sa révolte avec beaucoup d'habileté, n’ayant ny naissance, ny condition, ny charge, iiy considération, qui le distinguast pour se soustenir.
L’on raconte que, durant son procès, il a dit souvent qu’il n’avoit commis qu’une seule faute , qui estoit de s’estre laissé prendre. Il a desclaré, après son jugement, qu’il entretenoit correspondance avec Saint-Aulnais', qui le pressoit de se retirer en Espagne. L’on m’a dit aussy que la Rivière, son beau-frère, le luy avoit recommandé en mourant. Cette condamnation porte pour vol, péculat, faussetés et malversations commises au fait du pain de munition®. *
' Ces aveux prouvent que Fargues ne vivait pas paisiblement relire dans ses terres et étranger à toute intrigue politique, comme le prétend Saint-Simon, dans le passage cité plus haut.
' Sainl-Sinion dit que Fargues fut im-
pliqué dans un ineurli'C commis à Paris au plus fort des troubles. 11 raconte qu'il fut jugé cl condamné par le premier président de Lamoignon. Ces erreurs, que Saint-Simon donne pour d'incontestables vérjlés s'expbquent par la haine de cet
JOURNAI-
A»ril i6tià.
Chacun a renouvelé, à cette occasion, les anciennes histoires tic penderie de M. de Machault, cl tlit que celuy-cy ne desgénérera point d'un nom si illustre.
Ce mardy 3 i mars, le matin au conseil, où je rapportai toutes mes ailaircs cl une instance entre Fonvielle, viguicr' d'Alliy, et Alary, tré- •sorier de France à Toulouse, pour la préséance, dans Alby, aux assemblées publiijues cl particulières. Le viguicr l’emporta, quoyque plusieurs ne voulussent pas luy donner [la préséance] dans les assemblées particulières.
Ce jour, partirent M. le Comte cl madame sa femme, pour aller en Champagne. C'est la suite de l’all'aire de M. de Vardes. M. le comte de Guiche va en Hollande par la niesme raison.
I.c mercredy i” avril, après le disner, chez M. Hébert pour l’arbitrage, avec M. Bailly. S’y trouvèrent M,\I, Dulaurens et Macliault- Saint-Pierre, arbitres, avec MM. Martinel et Isalis. Le compromis pensa se rompre à cause que le temps csloit expiré et que la seurelé de M. Bailly estoit la signature de mon père, outre le delfaut du paraphe d’un mot mis en maige; on ne pouvoit le proroger. Enfin je convins de m’obliger eu mon nom, taudis que je serois tuteur seulement*, et il fut fait un nouveau compromis.
.Au sortir, je fus voir avec M. Isalis la maison qu’il a achetée des héritiers de M. Goret, maistre des comptes, qui fut tué [de la chute] d’une statue. De là, chez M. Bignon l’avocat général.
Le jeudy matin, a avril, à Saint-Nicolas; après le disner, aux Minimes.
Le vendredy 3 avril, le malin, à la P.ission d’un père capucin, à
auteur c4)nlro lc< Lamoignon. El)«4 sof> tis^t pour prouver qu'on ne doil accepter æs Ainertiorut qu’après un sérieux examen.
' Le mot (ricanai) éuil: employé tjans le Midi comme synonyme de vicomte, et désignait des magistrats chargés d'une juridiction inférieure. La circorucnption de leur tribunal s appelait vigaerit. ^
* On A déjà fait observer qu'il s'agiasait des onfanLs mineurs de Simon Lefevre «rOrrnesson . seigneur d'EsIrellea.
Son frère, Olivier d'OrmesM>n. C4i nvaii la tutelle. Anne le Maîrat, veuve du sieur d'Estrellcs, avait épouse en secondes iioce> Thomas Bailly.
Saint-Nicolas, Après le disner, à la Mercy. \ vint M. de Novion, (jiii A<ril i««â. ■se porte mieux d'une foiblesse, vapeur ou apoplexie, dout il a este attaqué depuis huit jours, et on l'a cru eu danger.
Au sortir de ténèbres, M. de Fourillcs, capitaine au régiment des gardes, me dit qu’il s<;avoit de bonne part que le courrier qui avoit esté envoyé pour arrester prisonnier M. de Vardes estoil parti à l’insçu et sans la participation de M. Colbert; que le roy avoit dit à M. d'Artagnaii qu’il avoit des ennemis, mais qu’il ne se mist point eu peine; qu’il n’avoit à faire qu'à luy, et que, depuis ce mot, le frère de M. Colbert, qui ne l’avoit point voulu aller voir le premier, l’avoit esté chercher deux fois en trois jours; qu’il y avoit une intrigue nouvelle pour un livre, que l’on dit fait par Bussy Rahutin *, qui est une médisance de toute la cour, et que le roy s’y trouve fort maltraité.
J’ay oublié d'escrire cy-devant que Messieurs les maistres des requestes du quartier de janvier ont jugé le procès du baron de Buscu et de M. Tallouet, lieutenant des gardes, pour le dosmeslé qui s’estoit pa.ssé entre eux chez M"' de la Vallière, le roy y estant. Busca avoit donné un coup d’espéc à Tallouet, prétendant qu’il avoit levé le baslon pour le frapper. Tallouet fut renvoyé de l’accusation, n’y ayant aucune preuve qu’il cust levé le baston pour frapper, ny frappé Busca. Mais Busca fut condamné par delfaut et contumace à estre pendu, suivant l’ordonnance, et fut exécuté par clligie à la Croix du Tirouer*.
Toubliois encore que M. le comte de Charost a repris le baston et fait son quartier de capitaine des gardes, le roy l’ayant accordé de fort bonne grâce.
Le jour de Pasques 5 avril, nous donnasmes le .soir à .souper, suivant l’usage de mon père, à toute la famille, et s’y trouvèrent MM. de Colanges, Sancé et d’Harouis, M"“ de Sévigné mère et fille*, de
' L'ouvrage de Duu)' dont il s’agit ici , et qui lit un grand scandale, est ïihttoire amoaretue dci Gualts.
’ Croix do Tinit ou du Trahmr. Cette
croix était placée à l’intersection des rues de r.\lbre-Sec et Saint-Honoré.
* rrancoise-MargueriledeSévigiïe.née le lonelobrc i6àb.
JOURNAL
Avril i<M>5. Colangcs ' ct Sancé’. I.cs bouchers lu’avoient présenté une longe de veau, comme ils faisaient à mon père, en reconnoissance des protections tju’ils avoient reçues pour leurs aflaires, lors de la construction du quay de Gcsvres. Ce sont les quatre anciennes familles de bouchers, La Dehors, Dauvergne, Thihert’.
Le lundy G avril, nous fusmes à Amhoilic et revinsnies le mardy.
Le mercredy 8 avril, nous coinmençasmes la levée du scellé pour Iravallliçr à l’inventaire des meubles. MM. de Colanges, Sancé et d'ilarnuis s’y trouvèrent. M. Palluau, conseiller à Metz, s’y trouva aussy, l’avant prié de se charger de la procuration de M. de Fortia, pour .subrogé tuteur des mineurs, et M. Bailly, pour les intérests de sa femme. Le nommé Papillon, sergent, fit la prisée des meubles; pour les tapisseries et lits, nous prismes deux tapissici-s, ct M. Langlois pour la vaisselle d’argent. M. le Laboureur fil sou procès-verbal, et .M. Simonel, notaire, la description. Chacun des intéressés y agit fort honnestement. Nous avons ainsy continué jusques au samedy.
Le dimanche la avril, le malin, je fus chez M. Talon luy pré- ■senlcr mon fils*, qui devoit luy communiquer de sa cause. Je fus le soii' chez M. le premier président, pour sçavoir précisément si mon fils plaideroil le jeudy suivant. J’y trouvai M. de Buzenval. Je vis les lettres de M. de Lamoignon, qui avoit esté reçu fort bien à Amiens et Arras, allant en Angleterre avec M. Courtin.
Le mardy i4 avril, le matin, é la chambre, où on parla de la procédure contre M. de Guénégaud, pour faire servir des paraphes, par luv faits sur des pièces représentées, de pièces de comparaison d’escritures.
L’apre.sdisnée, au conseil, où l’on traita une question, si le fils de
* .Marie -Angélique du Gué-Bagnula, célébré par Ron esprit. Elle était nièce par alliance d'Olivii^ (l‘Ormes»on
* Anm' Maric de Coulanges, nîccc d'O* livier d'OrnieMon.
Le nom de la quatrième iamille n'« pas été indique par d'Ormcs»oa. C'était
probablement la ramîllc des Legoix , qui figurent, dès le xv* siècle, parmi lc« chefs (le la boucherie de Paris.
' André Lefèvre d'Ormesaon, qui dc' vint avocat du roi au Châtelet et maître des requêtes. C'éuU le lils aine d'Olivier d'Onu esaon.
■■ Oigrtize<J-by Gt)«<
D'OLIVIER LEFÈVRE D’ORMESSON. 3/i3
W. le comte d’Harcourt, qui jouissoit d’une abbaye par arrest du grand conseil, sur le refus de luy expédier ses bulles à Rome, pouvoit conférer les bénéfices en despendant, et si l’on renverroit ce procès au grand conseil. Il y eut des sentimens difierens; néantmoins l’on renvoya au grand conseil.
Le mcrcredy i5 avril, le soir, chez M. le premier président, où il me fut confirmé que mon fils plaideroit le lendemain. Je sçus que M. Le Tellier le venoit de quitter, et qu’il estoit encore incertain si le roy viendroit samedy au parlement, et pour quel sujet; car le bruit estoit qu’il y viendroit pour la déclaration contre les jansénistes, pour • ^le domaine, et pour la chambre de justice, qu’on doit changer |imir composer une chambre royale;, que, le lendemain, le roy devoit tenir un grand conseil pour prendre sa résolution. En revenant , j’entrai chez M. de Pomponne pour luy dire que mon fils plaideroit, et il le reçut très bien. J’en avertis encore quelques-uns de mes amis.
Le jeudy i6 avril, je fus de bonne heure au Palais, pour prier M. le premier président de faire ouvrir l’audience de bonne heure . et je priai M. Robert d’envoyer faire retarder l’horloge. M“' la première présidente * et M"“ de Boucherat*, de Neuville, de F’ourcy, de Besnard, de Montmort, de Sancé, Le Pelletier, de Bar et ma femme, s’y trouvèrent. L’audience fut ouverte à huit heures. Y estoient M. le premier président, MM. de Maisons et de Mesmes, présidens; M. de Mesgrigny, conseiller d’honneur; MM. de Beljambe, de Montmort, Pinon et moy. Chacun espéroit beaucoup de mon fils; il plaida fort bien et avec beaucoup d’asseurance, de présence d’esprit et de bonne grâce; en sorte que toute l’assemblée en demeura extraordinairement satisfaite, et tout le barreau parut très content de la composition de la pièce et de la manière de la dire, et l’on admira ma fermeté d’avoir voulu y paroistre dans ma place. Il est vray que , devant qu’il parlast, je me sentis beaucoup esrau; mais l’ayant vu commencer, je n’eus plus de peine. Beaucoup de mes amis se trouvèrent dans la
' Madeleine Potier, Tenimc du premier ’ Anne-Françoiae de Loménie, mariée président Guillaume de Lamoignon. en secondes noces à Louis Boucherai.
Avril 1C65.
• .Viû
JOlJRNAI.
Avril i<i65. lanterne, MM. Boudicral, Barillon', d’ilerblgny’. Pomponne, M«ranl, de Bar et autres. Enfin, cotte première action se passa aussv heureusement que je le pouvois souhaiter, cl fait grand esclat dans le monde. Beaucoup m’en sont venus féliciter.
I.’cnlrée du roy est remise de lundy prochain en huit jours. Il partira [lundy] pour Saint-Germain avec tonte la cour, et i-i'viendra pour aller au parlement.
Le dimanche 19 avril, je fus le matin au Louvre, pour faire ma cour avant le de.spart du roy. Je vis M. de Charost dans sa chambre, qui me dit qu'il faisoit sa charge aussy agréablement que jamais, le royi^luv tesmoignant beaucoup de bonté. Ce jour se faisoit le nia-^» riage de .sa (illc avec M. le prince d'Espinoy, auquel le roy donne le tabouret et l’entrée du Louvre pour luv et scs ai.snés masles.
Je montai ensuite chez le roy, où Ton attendit longtemps. Toutes les personnes de condition qui me virent me firent grand accueil. Lorsque l'on commença à entrer, aussytost après les ducs et les mareschaux de France, on m’appela, et ce fut ,M. le duc de Mortemari et M. le commandeur de vSouvre qui prirent la peine de venir euxinesmes à la porte pour le dire à f huissier, et me tesmoignèrent, en entrant, qu’ils soiihaitcroient me rendre d’autres services. Je me présentai des premiers devant le roy, qui me vil, mais ne voulut pas me le faire connoislre. M. le Prince y vint, lequel, pour donner la chemise au roy, se mil devant moy. Peu de temps après, s’estant retourné et in’avant aperçu, il se rangea à costé et me dit tout bas :
< Je me range pour vous faire voir depuis les pieds jusques à la teste. • Et, en eflet, il ne se mit plus devant moy.
Le rov ayant passé Hans son cabinet, je me retirai et fus chez M. le duc d’Orléans, où fou m’appela, et je saluai .Monsieur. M. le maresl'.hal du Plessis et M. de Varangeviile me firent grand accueil. Son
' Paul Barillon d* Araoncoiirl . seigneur Iravaillant beaucoup , avec suecès. •( Perde Mr.ncy el Châlitlon-aur-Marnc. maîlre trait det rnnîtrat des resjuêtet.) des requeiea depuis le 8 mai 1667. «A ’ Henri Lambert . ieigncurd'Hcrbigny. Tespril du monde et poli, fort bon juge. reçu maitre des rvquilei en l56o-
aumosnier me voulut mener cher Madame. Luy ayant dit que je n‘a- A»nl 160:. vois pas l'iionneur d’estre connu d'elle, il me dit que mon nom esloil assez connu et que j’y serois le très bien reçu. Je n’y voulus pas aller.
Après le disner, je fus, avec M. Le Laboureur, chez M. le Prince., qui estoit dans son appartement bas, au-dessous de celuy de feu M. le Prince. Ayant fini un entretien avec un abbé, dans la ruelle de son lit, il vint à moy fort obligeamment et me mena auprès de la fenestre, où il me parla de mon père et puis du procès, me tesmoignant grande satisfaction de ma conduite. Il me parla de la place du conseil, et me dit : • Donnez-vous patience; il faut que cela revienne, et souvenez-vous que je vous dis qu’on vous la rendra avec honneur. >
Il me dit encore : ■ Je me suis retiré ce matin pour vous faire voir. •
Durant ce temps-lè vint M. de Turenne. M. le Prince me dit ;
• Voicy un homme qui n'est point de vos amis. > EnGn, il me fit tout l'accueil possible. L’on parla, avec M. de Sourdis, de la cérémonie qui s’estoit faite le matin aux Cordeliers pour la réception de plusieurs chevaliers de Saint-Michel ', que l'on remet en honneur, y recevant des personnes de condition. M. de Sancé en est; on réduit le nombre des chevabers à cent, et l’on oste la canaille. Je vis ensuite M“ de Langeron.
Le lundy 30 avril, je passai le matin chez M. Le Pelletier, qui me dit que M. Colbert avoit fait beaucoup de propositions pour changer la chambre de justice ; d'en osier aucuns et en remettre d'autres, de la révoquer et composer une nouvelle chambre royale; mais qu’il n’y avoit point de changement, sinon que l’on joindroit les trois procès des trois trésoriers de l'espargne, et qu’on récuseroit MM. Catinat,
Regnard etBrillac, et M. Voisin, et qu’ainsy, pour uu, on en gagneroit trois.
Je fus ensuite dire adieu à M. de Turenne, et après j’allai à la chambre de justice, où M. de Pontcharlrain me dit qu’il y auroit
' L'ordre de Siiial>Miche) avait été dans un tel aviliasement, qu'on l'appelait instilaé par Louis XI, en 1469- 11 avait un co/Iisr 4 tootas Louis XIV ^eiïor> él4 prodi^é au xvi* siècle et était tombé ^t alors de le relever.
Atril i6<i5. changemeni dans la chambre, et qu’il le sçavoit d'un homme qui avoit lu le mémoire sur la table de M. Colbert; que l’on deroit ester M. (le Mnussy et luy, qui estoient de la chambre des comptes, les trois conseillers de la grand'chainbre , deux ou trois des provinciaux , comme MM. Massenau et du Verdier, un maistre des requestes, VI. Besnard, et y faire entrer M. Colbert le maistre des requestes', et deux ou trois autres.
I.e jeudy a3 avril, le matin au parlement, à l’audience, poim suivre la cause où mon lils plaide. Chacun me fit encore civilité de son plaidoyer, et M. Bignon, de la manière dont il avoit communiqué au parquet. L’apresdisnée , au Plessis, entendre disputer mon filsl’abbé'; chei M" Morel, voir la nouvelle mariée, qui est la fille de de Fleurs, de la chambre des comptes, que M. de Savonnières a espousée, moyennant soixante mille escus.
Le soir, souper chei M. le premier président, qui me monstra une lettre qu’il escrivoit au roy, sur ce qu’ayant parlé au roy de ses intérests dans les remhoursemens, le roy, au lieu de luy respondre làdessus, luy avoit dit qu’il luy donnoit une dispense d’âge pour son fils, et qu’il vouloit trouver quelque expédient pour qu’il eust ime charge à bon marché. Quelqu’un m’a dit que M. le premier président avoit au.ssy demandé la survivance de la charge de lieutenant civil en laveur du fils de M. le lieutenant civil’, qui espouseroit sa fille, s’il obtenoit cette grâce. La response du roy marque bien des choses : au lieu d’une grâce demandée, on veut donner le change et accorder une dispense d’âge. Je soupai avec M. le premier président. J’y vis
' Charlev Colbert , mjirqui5 de Croiuy, qui devint dans la suite secrétaire d'étal pour les aflaircs étrangères. Il était maître des requête» depuis i643. (Voy. plus loin, p. 35o, note 3.)
* (àlaude - Fran^oi»-do-Paule Lelcvrc rl’Orroesson.
* Le lieutenant civil était alors d'Au* bray< Son lils clait conseiller au parle*
ment dans la troisième ekambre des enquêtes. Voici comment en parle le TaMeaa du parlfmenl : • Est fort honneste homme , a du mérite On no peut raisonnablement luy refuser la cliarge de lieutenant civil de M. son pcrc. à laquelle il aspire; a l'air du monde et est estimé dans si chambre ; aime lagalanU-rie, et de ce chef peut eslre intéressé. •
Ü’ÜLlVltK I.EFEVRE D'OKMESSON.
le fils de M. Briçonnet, que son père envoyoil à Seiiit-Malo, arec An-il i6»:> ordre du roy, pour scs einportemeus, estant séparé d avec sa leniiue.
M'*' de Lamoignon l’avoit fait revenir, pour taseber de le raccommoder avec son père. C'est une grande affliction dans cette famille.
Le veudredy s4 avril, M. Le Pelletier m’a dit que le roy. parlant de M. Poncet, avoit dit : « Il me fait de grandes révérences; j’entends bien que c’est pour la place du conseil. Qu’est-il bon de faire? » Que M. Le Tellier avoit dit au roy qu’il sçavoit le fond de son cœur sur cela; que M. Colbert avoit pris la parole et avoit dit : < Soit pour M. d'Omiesson, soit pour M. Poncet, je crois qu’il est bon d'attendre;» que M. Le Tellier avoit répliqué que, pour luy, il croyoit tousjours que c’estoit quelque chose de ne pas doimer la place de son père à M. d’Ormesson, qui avoit servi longtemps; encore plus de la donner à M. Poncet, et dans le temps présent.
M. Le Pelletier m’a dit encore que l’on avoit propose d'oster M. du Verdier de la chambre; que le roy avoit dit que c’estoit encore un moyen pour déshonorer sa conduite; que M. Colbert avoit répliqué qu’on en parleroit deux ou trois jours; que le roy avoit dit : • On n’en parlera pas; mais on le pensera; il ne le faut pas faire; • que l’on avoit parlé de faire suivre la chambre de justice, et que le roy avoit dit qu’il ne vouloit plus d'ime suite pareille, et que peut-estre, par cette dispoaition, on verroit tout d’un coupla chambre finir. Au Palais, M. d’.\ubray me dit à l’oreille qu’hier M. le chancelier avoit mandé M. du Verdier et luy avoit dit que le roy estoit fort satisfait de ses services, mais qu’il croyoit que sa santé n’estoit pas bonne, et qu’il trouvoit bon qu’il se retirast et n’allast plus à la chambre de justice, et que, le soir mesme, .M. Hotman l'estoit allé voir et luy avoit tesmoigné encore que le roy estoit fort satisfait de luy, et, pour marque, vouloit qu’il fiist payé de tout ce qui luy estoit dû, et qu’on luy payast son retour.
Cette nouvelle m’a fort surpris, estant bien esloignée de ce que m'avoit dit M. Le Pelletier; d’où je conclus, ou que le roy est fort changeant (ce qui n’est pas vrayseinblable), ou qu’il parle autrement
JOURNAL
Arril iA6S. 4 M. Le Tellier qu’à M. Colbert. L'on croit que ce coup ne ser« pas pour M. du Verdier seul, et qu'il tombera sur d'autres. On désigne déjà M. Regnard.
J'oubliois à escrirc une histoire qui court, d’un berger sourd et inucl de naissance, lequel, gardant son troupeau près de Rome, vit un honinie blanc qui luy demanda un de ses moulons. Le berger luy respondit comme s’il avoit tousjours parlé, et, estant allé raconter cette aventure à son maistre, celuy-cy avoit esté si surpris de l'entendre parier, qu'il luy avoit dit de retourner oflirir à cet homme non seulement un mouton, mais tout le troupeau. Cet homme luy avoit dit qu'il arrivcroit, en 1 666, une grande mortalité, et qu’il dist à son maistre qu’il jeusnast le samedy suivant, afin d'éviter la mort. [On ajoutoit] que cette nouvelle avoit esté mandée au roy, et qu’il avoit jeusné samedy dernier. Ce fut M“ de FouqueroUes qui me dit cette histoire , et qu'elle avoit sçu des gens de M. de Créquy qu'elle cstoit vraye.
11 paroist encore une comète, soit que ce soit la première, ou une nouvelle. M. Gerraond m’a dit l’avoir vue à trois heures au matin, et qu’elle paroist plus grande et la queue beaucoup plus longue que l’autre et d’un esclal plus rouge.
Le mal de la reyne mère augmente fort. Elle a esté en basteau à Saint-Cloud, où ell^ eut une nuit mauvaise; le lendemain, en ba.steau, à Saint-Gcimain, où l'on dit qu’elle est encore plus mal, et l'on craint qu’elle ne diue pas longtemps. Chacun regarde cette perle avec douleur, parcequc, quoyque la reyne mère n’ayt pas de crédit pour faire plaisir, elle empescbe du mal et retient l'union dans la maison royale. J’y perdrai en mon particulier beaucoup par la bonté qu’elle m’a tesmoignée, ayant fait tout ce qu’elle a pu pour m’obliger.
Le mercrcdy a g avTil, le roy vint de Saint-Germain pour faire vérifier au parlement la déclaration contre les jansénistes. J’y fus, le matin, en robe rouge, avec ma femme, .M" de Fourcy et M"" de Bar. que M"" la première présidente devoit faire placer. Je me rais
• Digrtized by-Goo^
dans Ig banc des enquestes auprès de M. Canaye Je trouvai beau- A>r<l iS6S coup d'accueil parmy tous les conseillers, chacun me disant un petit mot avantageux -sur les choses passées. Le roy arriva après neuf heures, vestu de noir; en entrant, il osta son chapeau et ne le remit qu’un moment, en passant à sa place.
Estoient sur le banc des ducs, M. le duc d'Orléans, M. le duc d’Anguicn, M. le duc d'Elbeuf, MM. les ducs de Sully, de Lesdiguières, de Chaulues, de Richelieu, de Grammont, de Mazarin, de Villeroy, de Mortemart, de Tresmes, et, sur un petit banc devant, les ducs de Saint-Aignan , de Noailles, de Coaslin, et les mareschaux du Plessis et d'Albrct. Sur le banc des pairs ecclésiastiques, estoient M. d’Estrées, duc de Laon, et M. de la Rivière, duc de Laugrcs.
M. de Bouillon estoit aux pieds du roy, comme grand chambellan;
M. de Charpst, comme capitaine des gardes en quartier, et M. de Villequier, aussy avec le baston. M. le marquis de Gesvrcs n'y estoit pas. M. de Noailles y estoit comme duc. M. Séguier, prévost de Paris, y estoit sur le petit degré. M. le chancelier se plaça d'abord sur le banc des présidens, et, le roy estant [arrivé], dans la chaire de l'encoignure.
Sur le banc des présidens estoient MM. de Lamoignon, de Longueil, de Novion, de Mesmes, Le Coigneux, Le Bailleul, Molé’ et Nesmond. Les conseillers d'Estat, MM. de Machault, d'Aligre, de Lezeau, d'Estampes, de Sève, Bouchcrat et Pussort; MM. les maistre.s des requestes, en satin; MM. Poncet, Le Lièvre’, Besnard, Fieu-
' Le consdtler Cana;e était <le la premiére cHambro des eoqoétcs. Le Tableau du parUment dit de lui : c &t fort incoiu* modé en $ei aiïaires, intéreseé, hnrdi, va vite, a de U capacité dans le Palai», peut servir, ne manqueroit pas de le faire, s'il rav<Mt promis. M. de Harlay, maistre des requestes, l'a poussé. Pemirhon l'a soustenu et l'a sauvé, luj prestant de l'argent, et, de ce clief, a tout pouvoir aur ioy. > Achille de Harlay, dont il est ici question.
était, dapub 1661, procureur générai du peHemenl de Paris. Il avait succédé dans cette cliargc b Nicolas Fouquet.
* C'est le président désigné ailleurs sous le nom de Champlâtrtux. Il était (ils du premier président Mathieu Molé. dont il a été souvent question daAs la première partie du Journal d'Olivier d'Ormeuon.
* Thomas Le Lièvre, seigneur de Grisy, de KouriUc et de U Grange, mahre des requêtes cUpuis le mois d'avril 1 63é . « Fin ,
Ami iri65. bel', Hotman, Chamillart et Colbert’; Ica conseillers d'honneur, MM. de Bonncllcs et Mesgrign^; quatre maistres des requestes, en rouge; les quatre secrétaires d’Estat, La Vrilliérc, du Plemis, de Lyoïine et Louvois; le greiller du Tillet.
Les quatre anciens présidcns, excepté M. de Novion, qui s’en dispensa par foiblcssc, avec les six anciens cuiiseillers, quatre laies et doux d’église, ayant esté à l’ordinaire recevoir le roy; enfin, chacun estant placé, le roy dit que M. le chancelier feroit entendre les raisons pourquoy il estoit venu dans cette compagnie. M. le chancelier estant monté au roy et redescendu, dit que c'estoit la troisième fois que le roy estoit venu en cette compagnie, pour arrester les entreprises des jansénistes, et continua les traitant d’hérétiques, novateurs, opiniaslres, et linit par un compliment au roy sur son zèle pour mainteuir la religion et la pureté de la foy, et sur la félicité do .son règne.
M. le premier président et tous les préaidens s’estant levés, saluèrent le roy, et M. le premier président, demeurant debout, un genou sur le banc, dit au roy que les roys, estant comme une portion de la divinité, ne faisoient rien de plus grand, ny qui les réunist plus à leur principe, que lorsqu’ils travailloient pour la gloire de Dieu, et fit l’application au roy sur le sujet qui l’amenoit dans la coiupagnic, parla du desplaisir que les enfans d’une mesme mère se fussont entrebattus avec tant d’opiniastreté; que la bulle du pape’
adroit, avec beaucoup de aiiITisanro et de capAcilé. fftiwint Imcii «e« aflkireâ cl cap«ble de celle* de» autre* , »'U vouloil s'en rliargfr. U>n juge, mai* form«U»(e au dcrtiicr püiul. • { Portrait» Jn mailrr» (Us
rt(fUêt€».\
' GaA^Mirdde Fieubet, »cigneurdeCendra* «M de Lifiiy. mailre de* rvqufdc» depuis le 3o avril i6b4l> • Honneate hoimuc . l'esprit net. faisant Cacilcnienl sa clinrire. •
iiu.)
* Cliaric» Colbert, reçu luaîlrc des re-
quêtes le a 5 niai i643- H fut Bccréuîre d'eUt en 1679 et mourut en 169G. 11 est connu sou» le nom de Colbtrt da Craiuy.
' AlezsndreVli (Chîgî), pape de iGôb à 1667. Il * agit de la bulio qui imposait à tou» les occlésÎAJlique» la iiigiialurc d'uit formulaire où le» propositions extraite»
de .lansénius étaient farmeHement condaiunéas. La bulle d' .Alexandre Vil e*t du ib février i6G5. (Voyez 17/iilmrr de* cinq propoutions de Jansénia* , par Dumas. Trévoux, 170a, t. I, et VHUUiire ectléùas
estoit devenue légitime, parcequ’ello estoit nécessaire; que le parle- Avril ifiiiâ. ment sçauroit, sous l'autorité de sa majesté, en empcscher les conséquences et conserver les droits et libertés de l’église gallicane, et finit très avantageusement par un compliment au roy et des asseurances de service du parlement. Enlin, son discours fut fort beau, en termes très purs et très concertés, fort bien prononcé, et satisfit exlresmemcnl toute la compagnie. Le roy mesme en parut fort content.
Après, le grelBcr ayant commencé la lecture de la bulle du pape,
M. le chancelier luy dit de lire la déclaration. La lecture en hit longue, et, comme on la verra imprimée', je n’en dirai rien icy.
.\près, .M. Talon, assisté de M. le procureur général et de M. Bignon , avocat général, commença par dire que le caractère des roys estoit de bien faire à autruy, et soustinl longtemps cette proposition, qui ne pouvoit apparemment estre agréable au roy; car c’estoit un reproche de ce qu’il ne fait du bien é personne. Après, il passa à dire que toutes les grandes qualités ne pouvoient presque se trouver en un mesme prince : les uns, la guerre; les autres, les affaires; les autres, la paix, etc. 11 rassembla le tout au roy, s’estendit sur toutes ses grandes actions, de la guerre, des troubles, de la paix, de la réforme générale, de la sévérité contre les traitans, du commerce, et .se promena sur beaucoup de* matières e.sloignées; enfin, il revint aux affaires des jansénistes, les traita d’hérétiques; parla en mesme temps contre les entreprises de la cour de Rome, contre les privilèges des religieux, contre les vœux qui se faisoient devant vingt-cinq ans;
tique du dix-teplième siècle, par EUics du Pin, I. lil, p. ^9 etsuiv. de l'édition de 1737, iii-8*.) — Le romiulairc était conçu en ces ternies ; «Je, soussigné, me soumets
• é U constitution apostoliqued'InnocentX,
• souverain pontife, du 3i jour de moi « 1 653, et à celle d' .Alexandre Vil . son suc-
• ce.sseur,du tC octobre 1 656, et rejette et
• condamne sincèrement les cinq proposi-
• lions extraites du livre de Cornélius Jansé-
• nius, intitulé Auuustinds, dans le propre «sens du même auteur, comme le siège
> apostolique les a condamnées parles mêmes
> constituüons. Je le jure ainsi. Ainsi Dieu
• me soit en .vide et les saints Étangilcs. >
' Voy. les ouvrages cités dans la note précédente, et spécialement l'Histoire des cinq propositions de Jansénius.
Avril 166.1. passa encore à la réforme de tous les ordres, à l’abondance et à la félicité dont la France jouissoit, l'utilité du commerce. Enün, après un long discours, il finit par un compliment au roy sur tout ce qu’il faisoit, et conclut. Chacun parut cstre fort mal satisfait de ce discours; plusieurs murmuroient contre, et l’on fit paroistre de l’impatience qu'il iinist; enfin, il scandalisa toute l’assemblée, n’ayant rien «lit du .sujet, beaucoup de choses esloignées et offensantes contre le pape et tous les ordres du royaume.
Cette harangue finie, M. le chancelier alla au roy à l’ordinaire, aux pairs ecclésiastiques, aux pairs laïcs et [aux] marcschaux de France; puis, il descendit aux présidens, aux conseillers d’Estat et autres officiers du parlement, et enfin, sans remonter au roy, à cause de la foiblesse de ses jambes, comme je crois, mais l’ayant salué, il prononça de sa chaire : La, publié, etc. '
Après, le roy se leva et parla longtemps à M. le chancelier, et, après, à M. le premier président assez longtemps, et, saluant toute la^ compagnie civilement en passant, il sortit et alla disner à Versailles, où sa maistresse se devoit rendre de Saint-Germain.
M. le premier président me dit, le soir, que le roy lui avoit dit qu’il luy donnoit douze mille escus pour luy ayder à acheter une chaîne pour son fib. Sur cela , je veux escrire que M. le premier pré- * sident, ayant fait connoistre au roy la diminution notable de son revenu par le remboursement des rentes et des augmentations de gages, et ({u’il n’estoit en estât de pourvoir ny son fils ny sa fille, sans le secours de sa majesté (quelqu’un m’a dit qu’il avoit demandé la survivance de la charge de lieutenant civil pour M. d’Aubray, qui espouseroit sa fille; mais je ne le sçais pas), le roy, après quelques jours, luy dit qu’il luy donnoit une dispense d'âge poui* sou fils, et mesme qu’il vouloit luy faire avoir une charge à bon marché. C’estoit la charge de M. Payen, que M. Colbert veut prendre au profit du roy, nonobstant les créanciers, qui ont payé le droit annuel pour luy.
' Voy. la formule des enre^lrcmenls dans la première partie du Journal d’Olivier J'Ormetson, p. 3a.
Depuis, M. le premier président ayant pressé le roy j)ar une lettre A»ni ifies. d’expliquer plus précisément ses intentions, il fut conclu par le roy qu’il n’estoit pas bon que M. le premier president prist cette charge; mais qu’il falloit luy donner douze mille escus sur les deniers en provenant, et voilà ce que le roy ex[)li(|ua à M. le premier président, sortant de sa place.
A la séance du parlement assistèrent dans la lanterne <lu grell’e le nonce, l’ambassadeur d’Espagne et les autres ambassadeurs; au dessous, des dames avec la première présidente; et, dans l’autre lanterne, M"® d’Alençon, M“'“ de Mazarin', de Bouillon®, de Brancas, de Lyonne, la comtesse d’Estrées, la présidente Le Pelletier, et il fut remarqué que c’estoient des fdles de Garnier, de Payen, de Morin et Fleuriau*.
Le jeudy 3o a\Til, le matin à la chambre de justice, où l'on lut les dépositions des experts contre M. de Guénégaud sur la fausseté prétendue des quittances. Il y en a eu douze entendus : <jualre escrivains, quatre notaires, quatre greffiers des requestes de l’iiostel, du grand conseil, de la cour des aydes et du Cbastelet. Sur la lecture de deux quittances, la chambre décréta contre M. de Gué-
' Hortcaw Manciiii, nièce du cardinal Maurin, avait épousé le fils du luarécliaiduc de la Meillcruvc, qui avait pris le litre de duc de Mazarin. Il a été question plus li.aul de ce personnage.
* Marie-Anne Mancini, dernière nièce (lu cardinal Maiarin, avait épousé le duc de Bouillon, grand chambellan.
’ Financiers qui .s'étaient enrichis dans les fermes et dans les prêts. M“* de Brancas était Suranné Garnier, fdle de Mathieu Garnier, trésorier des parties casuelles. —
M"" de I.yonne se nommait Paule Payen ; elle avait épousé Hugues de Lyonne en i64à, et mourut en lyoà- Saint-Simon,
|>ariant de sa mort, dit ; sC'étoit une femme de beaucoup d'esprit , de hauteur,