II. jâ
de magnilicence et de dépense, et qui .se seroil fait compter avec plu.s de mesure et d'économie; mais elle avoit tout mangé, il y avoit longtemps, et vivait dans la demière indigence, dans la même hauteur et l'apparent mépris de tout, mais à la fin dans la pieté depuis plusieurs années.! [Mémoires de Sainl-Simon, édit.
Hachetlc, in-8", t. IV, p. a5o-a5i.) — Le même auteur, parlant de la mort de la maréchale d'KsIrées, dit : tElle éloil fdle d'un riche nuancier, nommé .Morin, qu'on appcloit Morin le Juif. ! Suit un portrait de la maréchale d'EsIrées. auquel je mu bornerai à renvoyer le lecteur, les Mémoires de Saint-Simon étant Uni répandus.
JOURNAL
Mal ifitià. iicgaud et ordonna qu’il sproit interrogé; et, à la levée de la cliamlire, M. le chancelier nomma M. Pussort et M. Le Féron. Au sortir, remmenant M. Besnard cliei luy, je vis le fds de M. du Verdier.
Le vendredv i" mai, je travaillai toute la journée aux papiers pour inventorier.
Le samedv a mai, M. du Verdier me vint dire adieu. Il me raconta que, le jcudy de la .semaine précédente, retournant de la buvette à la chambre, M. Ilotman l’arrcsla, luy demanda des nouvelles fie sa santé et luy dit qu’il pourroit mesnager son retour. Sur quoy M. duV'erdier, surpris, dit qu’il se portoit bien et qu’il ne .souhaitoit point SC retirer. — Nota : qu’il avoit esté proposé devant le roy par M. Colbert de faire sortir M. du Verdier de la chambre de justice.
A l’issue de la chambre, M. le chancelier fit appeler en haut M. du Verdier, et, en présence de M. Hotman, luy dit qu'il avoit tousjours esté asse* incommodé, et que te roy, par bonté, pour le conserver, le dispensoit do plus entrer dans la chambre, comme il avoit .souhaité, et assaisonna ce discours de mille honnestetés. .A quoy M. du Verdier luy dit, après les complimens, qu’il s’estoit tou.sjours laissé conduire, ne voulant rien faire de sa volonté; mais qu’il n’avoil point demandé son congé et n’en avoit rien tesmoigné. M. le chancelier continua sur le mcsiiie air. Enfin M. du Verdier, se séparant de luv, luv dit : • Monsieur, je suis bien ayse de vous dire la manière dont je parlerai; car j’assurerai partout que je n’ay pas demandé à nie retirer; » et à tout cela M. Hotman, présent, ne dit pas un mot.
Le lendemain matin, M. Hotman le fut voir avec mille civilités, et M. du Verdier luy ayant dit qu’il prendroit congé du roy, il en tesmoigna estre surpris et le pria d’en parler auparavant à M. le chancelier. M. du Verdier, sur le midy, alla chez M. le chancelier et luy demanda conseil s’il prendroit congé du roy. M. le chancelier le luy conseilla et l’assura qu’il scroit bien reçu du roy. Estant encore avec ,\L le chancelier, .M. Hotman arriva, qui tesmoigna estre fasché que M. du Verdier eust parlé à M. le chancelier devant luy'. M. du Ver-
* C’csl À-èirc avant tte lui avoir fiarlr.
Dipittzr -I '/ GtiO
dier estant retourné chez luy, M. le chancelier luy manda Je ne point Mii lOSS, voir le roy qu’il ne luy eust parlé au|)aravant.
M. du Verdier y retourna le soir, et M. le chancelier luy dit qu’il avoit ordre du roy de luy dire qu’il ne prist point la peine de venir saluer le roy, pareeque, luy ayant fait donner de l’argent, il croyoit tout fait et qu’il pouvoit s’en aller.
J’ay remarqué cette histoire exactement pour observer la conduite honne.ste et la sincérité des gens (jui gouvernent la chambre de justice. J'ay sçu que M™ de Guénégaud s’en est plainte au roy, et que , le roy luy ayant dit que M. du Verdier avoit ilemandé it se retirer, elle luy répliqua : • Sire, on vous le fait entendre, et je supplié V. M. d’en esclaircir la vérité. •
Le samedy nu soir, M. Le Pelletier, estant de retour de Saiiil-Gerinain, me dit que M. le premier président du parlement de Dijon' y estoit, qui avoit esté mandé par une lettre de cachet sur ce qu’on avoit dit à .M. Colbert qu’il faisait travailler à sa maison par corvées, et disoit que les corvées estoient cstablies par la coustume de Bourgogne, et que ce qu’il fai.soit estoit une convention faite judiciairement. M. Le Pelletier ajouta qu’il astoit faschenx, sur un premier mot, sans s’esclaircir, de faire injure à un premier président et de le discréditer dans sa compagnie. Voilà l’air du temps.
Il me dit qu’on enverroit des Grands Jours en Auvergne, et que M. de Novion y présiderait ",
Les divertissemeus du roy continuent; il chasse tous les jours avec sa maisiresse. Le mal de la reyne mère augmente, quoiqu’elle paroisse habillée et fort propre. Toute la suite de la cour .s’ennuye fort à Saint-Germain; car chacun ne parle (jue misère. La reyne est grosse.
' Nicolas Brulart fut premier président du parlement de Dijon, de 1667 à 1693.
* V07. sur les Grands Jours d'Auvergne tenus en i665. les .\fénu>im df Fiéekier (édit. Uachelte. 1 vol. in-S\ Paris, iÜ56).
Le Journal du grelTier Donguis, conservé lUx Archives de TLiapirc, couDnne les détails donnés par Fléchier sur les procès que jugèrent les commissaires des Grand» Jours.
Mai i6i:à. Le jcudy 7 mai, je fus le malin au parlement, où mon fils lit sa répli(|uc, après que Langlois, Le Brun, Le Masson et Dclaunay, avocats, eurent parlé dans cette cause. Il la pronont’a fort bien; il y ajouta inesme quelque cliose de présence d’esprit pour respondre ce qui avoit esté. dit. Kniin il en sortit fort heureusement, la composition ayant esté trouvée fort bonne cl la manière du débit comme rl'un ancien avocat, et toute la compagnie en tesmoigna une très grande .satisfaction. M. Bignon eut l'amitié de me le venir tesmoigner après le disner.
J'omettois que, mardy dernier, M. Cliamillart me vint voir, qui me dit (|u’il avoit fait des delfenses contre la grande requeste que les créanciers de VI. Fouqiiet avoient donnée par la vente des effets et dont j’avois fait la lecture , mais qu’il ne croyoit pas que je voulusse en faire le rapport, pareeque M. de Lescan* c.stoit un des directeur.s des créanciers, et qu’il veiioit me voir pour sçavoir comme je voudroisen user. Je luy rospondis : comme il voudroit, et que cela m’e.sloit indifférent. M'ayant demandé si je voulois ni’cn dcsporler movniesmc, ou s’il donneroit une requeste de récusation, je luy dis cpe je croyois qu’il estoit mieux que, par les mesmes voyes qu’on m’avoit donné cotte affaire, on me l’ostast, et que M. le chancelier n’avoit qu’A me le dire. M'ayant demandé .si j’en parlerois à M. le chancelier, je luy dis que non ; mais que M. le chancelier pouvoit me le dire dans la chambre. Après cela, il s’en alla. Je fus, le lendemain mcrcredy, exprès à la chambre; mais il ne me fut rien dit.
Le vendredy 8 mai, je fus le matin à la chambre de justice et rapportai exprès plusieurs requestes des créanciei-s de M. Fouquet, qui furent toutes résolues, sans que M. le chancelier me dit rien. Il est VTay qu’il dit A M. Latinat, assez lias, que M. de Lezeau, mon • oncle, estoit l’un des directeurs des créanciers.
Le samedy 9 mai, au matin, je fus à la Bastille pour faire couper*
‘ Oncle cTOtivier d'Ormeason. rail y avoir compter aussi bien que eou-
' Ce mol e»l dilTicilc A lire: il pour- per.
des billets à M. Jeaonin, que je vis en bonne santé. Foucault me dit M>i i665. que l’on travaillcroit lundy au procès de Lciupercur'.
Dimanche lo mai, je fus à Aniboillo, d'où je revins le lundy au soir i Paris*.
Le mardy la mai, je fus le matin travailler chez M. de Morangis pour l’affaire des officiers de Tours. Au sortir, M. Bouchcrat me parla d'une difficulté .sur la signature des arrests résolus chez MM. les commissaires conseillers d'Estat, M. le président Le Lièvre ayant voidu signer, et, au contraire, les conseillers d’Estat prétendant qu’eux seuls doivent signer; car pour l’ordre de la séance, elle est sans contestation entre les maislrcs des requestes et les conseillers d’Estat selon l’antiquité du conseil. Il me parla des récusations faites à la chambre de justice.
Après le disner, au conseil, où je terminai l’affaire de M. de Creil, des officiers de Tours, et de Darson pour les huistres à l'écaille.
Le soir, M™ de Guénégaud me vint parler de ses affaires, et me dit sa récusation de M.M. de Pontchartraiu, Voisin, Câlinât et La Toyson. Je fus voir M. de Brillac, qui me dit que lundy, à la chambre de justice, M. Câlinât luy dit que M. Cbamillarl luy avoit parlé de sa récusation sur le procès de M. de Guénégaud. et qu’il avoit dit qu'il en parleroit le premier à 1a chambre; et, que luy ayant respondu qu’il devoit attendre qu’on le récusast, M. Catinat en parla à M. de Pontchartrain, auquel M. Chamillart avoit parlé, et tous deux parlèrent à M. Chamillart; que M. le chancelier .ayant pris sa place sans vouloir entendre parler d’aucime requeste, comme il avoit accoustumé, il lit commencer la lecture de l'interrogatoire do M. de Guénégaud, sans attendre M. Besnard; et aussytost le greffier ayant dit
‘ Receveur des uilles de Gisors et de Pontoise.
* La chambre de justice tint une séance le lundi 1 1 mai [Journal de Foucault, t. iV, f** 179-186). On s'y occupa du procès des trésoriers de l'épargne» de Guénégaud, Jcaimin de Castille et La Eaziniérc. On dé-
libéra sur U requête de récusation présentée par les accusés contre MM. de Pontchartrain. Voisin, Catinat et La Toyson. (Voy. plus loin, à la date du la mai, les détails qu'OIivier d'Onnesson donne sur cette séance, d'après le récit que lut en avait fait M. de Brillac.)
JOURNAL
Mni if.6S. que M. le procureur général demandoit è esirc entendu, M. Chamillarl estoil entré, avoil dit que, dans le procès de M. de Guénégaud, il y avoit quantité de faits dont MM. de La Bazinièrc et Jeannin estoient accusés, et que, dans cette conformité de mesmes faits, quoique les procès ne fussent pas joints, néantmoins il y avoit telle liaison, que le jugement de l’un estoit le jugement de l’autre, et qu’il y avoit plusieurs de Messieurs qui estoient parons [des accusés], lesquels il estoit obligé de récuser, et qu’il avoit une requeste pour cela. M. le cliancelicr luy ayant dit de la mettre ès mains de M. Pussort , qui estoit au bureau, il se rctim.
La requeste estant lue, qui ne parloit que de la parenté de M. Voisin, frère de mère de M. de La Bazinière, cl de MM. de Pontcliar- Irain, Câlinât et La Toyson, parens de M. Jeannin, M. Voisin se leva le premier et passa au barreau, et fut suivi de M. de Pontcharlrain, (jui se mil après luy, et puis MM. Catinat et La Toyson. Voisin ayant dit qu’il estoit frère de M. de La Bazinière, et qu'il s’en rapportoit à la chambre; M. de Ponlcbarlrain, qu’il estoit parent de M. Jeannin; M. Catinat, idem; M. de La Toyson, qu’il estoit cousin au quatrième degré, mais que, l’ayant déclaré, par airest il avoit esté décidé qu’il demeureroit. Eux retirés, M. Pussorl fut d’avis de la récusation des quatre, selon sa chaleur ordinaire; M. Le Féron, ayant un peu balancé, néantmoins il suivit; M. de Gizaucour, idem; M. Forriol, idem, à l’exception de M. de La Toyson, qui demeureroit suivant l’arresl. Noguès, Hérault et Sainte-Hélène, idem que M. Pussort. MM. La Baulme etMassenau, comme Forriol. Poncct, comme M. Pus- .sorl. Hriilac dit que jamais, en procès criminel, on n’avoil allégué les exemples, ny les préjugés, et que ces procès n’estant pas joints, il n’y avoit pas lieu à la récusation. M. Regnard fut d’avis que ces quatre messieurs demeureroient juges. M. Besnard, qui estoit arrivé après que .M. le procureur général avoit commencé à parler, se dispensa d’opiner. M. le chancelier fut d’avis de la récusation, et, aussytost ces quatre messieurs rentrés, il leur prononça l’arresl, et il fit continuer la lecture de l’interrogatoire de M. de Guénégaud.
DigitlzecToy V .nogle
Le inardy l’on continua, et l’un ordonna la conTrontaliou des tes- .\ui i66j. moins
Le procédé, dans ces récusations, paroist non seulement injuste dans le fond, mais très honteux dans la Tonne, car il passe pour une surprise affectée pendant l’absence de M. Besnard et de moy, pour nous exclure d’y opiner; mais, dans le fond, il n’csl pas juste. Les procès n’estant pas joints, il est inouï qu’on tire conséquence de l’un à l’autre, et tout le monde en parle comme d’une surprise honteuse, et l'on traite M. le chancelier d’infame, d’autoriser une action de cette qualité.
J’ay sçu que M. Tubeuf va intendant de justice en Languedoc, auprès de M. de Besons, pendant un an, qui revient après, et l’on dit qu’on luy destine la première présidence de Rouen. M. Tubeuf a obtenu cet cmploy par l’entremise de M. de Bouville, son cousin germain, et M. Colbert a dit que sans cela il ne l’auroit |)as eu. M. d’Herbigny va intendant de justice en Champagne, et, .selon ce que je luy ay ouï dire, M. Colbert, maistre des requestes, l’a obtenu pour luy.
M. de Macbault est confirmé intendant de justice en Picardie, nonobstant ce qui avoit esté promis à M. Courlin. M. Barentin va intendant de justice en Poictou et Limoges, au lieu de M. Collvert, maistre des requestes, qui ne s’esloignera plus d’auprès de son frère.
Le mardy ig mai’, le matin, pour faire l’estimation de la maison de Paris et faire nos partages, MM. Villcdo, Lespine et Gobert, experts convenus, vinrent icy, et, après l’avoir visitée, ils l’estimèrent soixante mille livres, qui est trop cher de deux mille cscus au moins; ce qui me fait prendre la résolution de ne pas la prendre.
Le soir, je fus promener avec MM. Boucherai et Le Pelletier.
J’appris que le roy avoit deffendu à M. de La Salle de solliciter pour M. de Guénégaud, son beau-frère, qui luy en demandoit la permis-
* Cf. Joamal de Foacaall, t. 1V« folios On trouve dan» ce môme Journal le récit détaillé de la séance du mardi 13 mai i665. EIllc fut remp)i<^
par l'interrogatoire de plusieurs *ccuer,< * Voy. dans le Joamal de Foacau/Cl IV, /•* I&8-193, le procèa-verbal des M*ance> omises par Olivier d'ürmesson.
JOURNAL
M>i lefii. sion, et luy anroil [dit] qu'il ne (rouvoit pas bon que ceux qui esloient à liiy sollicitassent pour ceux auxquels il faisoit faire le procès; que M. (le Tureiinc en ayant aussy parlé au roy, pour luy demander s’il le trouvcroit bon, il luy avoit dit : • Vous avcx bien fait de m’en parler, car je l’aurois trouvé mauvais. • J’appris encore que M. le président de Novion, avec M. le président Tubeuf, s'estant présentés à .Saint-Germain pour remercier le roy de l’enqdoy donné à M. Tubeuf, le maistre des reqiiesles, ayant trouvé que le roy venoit d’entrer dans son conseil, un valet de cbambre estant entré pour présenter au roy un nioucboir, il luy dit à l’oreille que M. Je président de .Novion estoit 1.^. Le roy, levant la parole, dit : t Voilà qui est plaisant! M. le président de Novion me fait dire qu’il m’attend. Oh! qu’il m’attende et ne s’impatiente pas. • Le valet de chambre ayant dit au roy que c’e.stoil M. Tubeuf qui luy avoit dit de p.arler, le roy reprit encore : ■ Soit; .M. le président Tubeuf ou M. le président de Novion, cela est e.sgal, qu’ils attendent. • M. Colbert ne parla pas; mais, à la fin du conseil, s’eslaut approché pour dire au roy que M. le président de Novion souhaitoit le saluer, il luy dit : «Eh bien! il me verra chez la reyne ma mère, ou me parlera en passant; c’est assez pour luy. •
Ce mesme jour, M. de Fourilles m’avoit dit que douze compagnies lies gardes avoient ordre de marcher à Arras. J’ay sçu depuis que c’estoit pour faire cesser le travail commencé par Castel Rodrigo pour changer le canal de la rivière du Lys et l’ostcr à Saint-Venant, et (|ue l'aflaire estoit accommodée par raïuba.ssadeur d’Espagne, et le travail cessé.
Le mei-credy ao mai, revenant des Minimes, n’ayant pas voulu aller .à l’Arsenal croyant qu’on jugeoit le procès de Lempereur, M. Tour* me rencontra, qui mit pied à terre et m’accompagna Jusques icy, me disant qu’il venoit de l’Arsenal, où MM. de la chambre de justice avoient opiné sur une affaire de Jacquier; que l’on le poussoit rudement’; qu’il u’y avoit de condamnations contre luy que trois millions
' Ce nom est dinicile à lire, el je ne * Voyez le Joumai de Foucaeït, t. IV. Mil» pas sûr de l'avoir déchiffré. f* i g3 v*. sqq. M. Ilotman , procureur gé-
O'OI^IVIER LEFEVRE DORMESSON.
de livres; qu’il luy en csloit dvi par le roy si» iiiillions; que M. Col- Mai i6C5. bcrt ne vouloit point entendre parler, non seulement de compensation, mais inesme de cette dette, et qu’il vouloit de l’argent; que.
Jacquier estant demeuré ferme, on avoil ordonné par des ordres très exprès et réitérés aux subdélégués d'Amiens de décréter contre luy sur des informations faites pour les vivres; qu’ils l’avoicnt fait, et que Jacquier s’estoit retiré; que pendant ce temps on vouloit vendre ses terres; qu’il s’y estoit opposé; et que pour le juger et les compensations, M. Pussort s'en estoit déporté; que M. de Sainte-Hélène avoit esté commis, et que voulant en faire rapport hycr. Jacquier luy avoit fait signifier qu’il estoit appelant, s’inscrivoit en faux, le prenoit é partie, et protestoit contre luy et sa postérité de tous despens, dommages et intérests; que M. de Sainte-Hélène, fort en colère, avoit envoyé cet exploit à M. Hotman; qu’ils s’estoient assemblés pourvoir ce qui estoit à faire, et que ce matin ils avoient ordonné que demain il viendroit à la chambre avec son procureur, pour dire les moyens de récusation, et que Messieurs avoient pa.ssé la matinée à cette affaire, cl avoient remis celle de Lempereur. Il me dit encore que fou préparoit le petit Chaslclet pour les prisonniers de la chambre de justice, et qu’on y transfércroit ceux de la Bastille, à l’exception des trésoriei'S de l’espargne, pareeque les autres estoient trop à leur ayse et qu’il falloit les fatiguer; que l’on y avoit eslably un exempt pour
néral, mande, a dit que «ic» rcquesles.
Uni de K‘Cti»alion que d'inscnpiion de faux et appellations faites par Jacquiev sont un dernier elTrrrl pour empescher son entière di-possession de ses héritages, mis i-n criée |>ottr condamnations contre luy intervenues à U chambre; que de la chicane il avoit passé à ririsolence et à la témérité par la récusation qu'il avoit propo* aée contre M. le rapporteur, et par l'acte qu’il luy avoil fait signifier; que l'audace des gens d’alTaires montoit par degrés; qu'il imporloit de la réprimer; que Tin-
duigence dont on avoit usé Jusques icy envers Jacquier, ne l’avoil pas rendu plus traitable; qu'en effet, il y avoit des décréta décernés contre luy pour malversations par luy commises dans les vivres; que cependant pour luy donner ta liberté tout entière de se deffendre. U les avoit dissimulées et l'avoit reçu en ses deffeniies; qu'il y avoit lieu de pronoii cor, dès à présent, sur toutes ses requestes, l'affaire estant a.ss4>z connue en ellenu'Mne aussy bien que son iiilcniion d esloigner, etc. •
it.
iG
JOURNAL
M.i i605. geollier, el que l’on disoit que l’on y metlroil bien des gens qui ne s'y .illcndoient pas.
1æ jeudy a I mai, nous fusmes à Omiesson pour l'estimation des bois; mon expert estoil M. Maxilier; celuy des mineurs, M. Bcllier; leliiy de M. de Colanges, M. Roger, tous marchands de bois de Paris. Y estoient M. du Fay, bis de M. Palluau, pour les mineurs, avec Miclion leur tuteur, et MM. de Colanges, de Saiixé, d'Ilarouis et l’abbé de Colanges. 11 avoit instruit son expert qu’il falloit estimer les bois non seulement selon leur juste valeur, mais encore selon la décoration et l’augmentation que la mai.son, qui ne lomboit point en partage, en rccevoit. Cette exactitude me surjtril et me parut injuste, et mov je dis en présence de tous qu’il ne falloit pas c.stimer les bois selon qu’ils seroient vendus s’ils estoient à couper, parcequ’ils n’estoieni pas à vendre, mais selon une estimation bonnesie entre, des pailageans de qualité; sinon, qu’il falloit que chacun en pri.st son morceau et le vendist, pareeque je ne voulois pas estre marchand de bois. Les experts entrèrent dans mon sens el dirent qu’il falloit faire celte estimation bonnestement. Nous disnasmes tous ensemble gaiement, et le soir ils nous dirent qu’ils estoient convenus d'estimer le bois de fustaye à y5o livres l’arpent, y compris le fonds, cl les taillis à a .'lo livres l’arpent. Nous revinsmes le soir. Je m'expliquai avec mon neveu de Colanges sur la plainte qu’il faisoit sans sujet'.
Le vendredy 22 mai, je fus le malin à la chambre de justice, où M. le procureur général, Cbamillart, donna une requeste de récusation contre moy sur l’all'airc des créanciers do M. Fouquel contre le procureur général. 11 parla et s’expliqua comme prélendani que les créanciers de M. Fouquet ne pouvoieni rien espérer, el que le roy estoit créancier de grandes sommes. Les créanciers avoient donné une rei|ueste contre celle du procureur général, prétendant que l’inléresl de M. de Lezeau, mon oncle, créancier, ne me pouvoit empcscher
' Il y eut , le 3 1 mai i065, une séance ùe /''eucanl/. t. IV, l' 197 v”, sqq.) Jacquier
de ta chambre de justice, dont ne parle y fut condamné à l'amende |>our avoir
pas Olivier d'Onucasun. (V'oyca le Journal insulté ta chambre.
DOUVIER LEFÈVRE D'ORMESSON.
il’eslie rapporteur. Les requesles lues, je passai derrière le barreau, Mai i6i-j dis un mot de ce qui s’estoit passé, et tcsuioignai désirer d’estre desrbargé de cette affaire. Moy retiré, l’on dc.slibéra et pa.ssa à la récusation, et M. le chancelier inc prononça que je ni’abstiendrois, dont je fus fort aysc
L’apresdisnée , voir M. Gaulmin sur la mort de sa femme, mère de M. Foulé.
Le mardy a3 mai, au matin, M. Housset fut arre.sté prisonnier chez luy et mené au petit Cha.stelct.
Après le disuer, je fus à Amboillc. Le jour de la renteco.sle, au soir, à Chessy; le lundy, après midy, au Pont-aux-Dames, où je vis mes deux filles très gaies , l'aisnée croissant beaucoup et incommodée de sou branslement; la petite fort jolye, flatteuse, caressante, mais délicate. Le mardy, je revins disncr à Amboillc, et le soir à Paris.
Le mcrcrcdy a 7 mai, M. du Fay et MM. de Colanges et Sanzé, et l’abbé [de Colanges] vinrent icy entendre le rapport de Billouart, fermier de Trianon; de Chartier, fermier de’...., et du Cliauflbur, fermier de Livry, sur festimation des terres de la ferme de Gonnesse et celle d’Ormesson , où ils avoient esté les festes avec Novion , et ne fut rien résolu sur les estimations, pareeque nous attendions cclb^ des terres d’Elstrellcs en Champagne.
Le sainedy 3o mai, je fus à Livry, où estoient l'abbé, Colangcs,
Sanzé et M”" de Sévigné. Je parlai avec l’abbé de nos afTaircs. qui s’avançoient.
Le dimanche 3i mai, M. Boucherat me dit qu’il avoit esté le jour précédent à S'-Germain, où tous Messieurs du conseil avoient esté mandés ; qu’ils trouvèrent <|ue la reyne mère estoit fort mal et la cour en larmes; uéautmoins qu'à onze heures ils avoient esté chez le roy, qui leur avoit dit que, depuis qu’il avoit pris le .soin des alVaires de son Estât, il avoit commencé par la réformatiou des finances, et qu’il croyoit y avoir réussi ; qu’il vouloit à présent travailler à la réforma-
* Voyez le Joiimal dt FoiuaaU, I. IV, ’ Le nom c»l eu bUnt doiis le inzmi»f* 100 V', K|q. criL
JOUKNAl.
Juin iti6s. lion de la justice, et comme il conuoissoit tous ceux qui estoient dans son conseil pour fort habiles et qui avoient este dans tous les employs, il les avoit mandés pour leur dire qu'il soiiliaitoit que chacun d’eux en particulier üst dus mémoires sur les choses qu'il croiroil estre à réformer, et que, dans trois semaines, ils eussent tous à revenir et d'apporter chacun en particulier ces mémoires , afin qu'il examinasl et vist ce qui seroit à faire; qu'aussytost il s’estoit retiré et paroissoit fort touché cle l'extrémité de la reyne mère; (|uc M. le chancelier estoit présent et M. Colbert, et qu'ils n’avoient rien dit, et que chacun, après le disner, estoit revenu à Paris.
Le liindy i" juin, à fAi'senal ; l'on mit le soit monsirè sur la re- <|ueste de M. de Guénégaud pour avoir conseil. L'on ordonna au.ssy la confrontation de Deleude '.
l.e mardy 2 juin, l’on dit que la confrontation n’avoit pas esté achevée*. Les nouvelles vinrent que la reyne sc portoit bien mieux, et cpie son érésipèle estoit diminuée.
Le mcrcrcdy 3 juin*, je fus dés le matin à fArsenal, parccque M™ de Guénégaud craignoit que l’on eutrast par surprise de bon matin pour faire juger la requeste de M. de Guénégaud pour avoir conseil. Néantmoins M. le chancelier n’y entra qu’à l’heure ordinaire. M. Chamillart ayant demandé à parler, dit qu'il avoit pris comniunication d’une requeste présentée par M. de Guénégaud, par laquelle il demandoit un conseil libre et à son choix; qu’il avoit cru devoir remonstrer à la chambre fimportance de cette ilemandc. [11] commença par le droit romain, où les accusés estoient entendus séparément; que, par le droit françois, il leur estoit donné conseil; mais que, par l'ordonnance de iSSg*, le conseil avoit esté absolument re-
' Voyei le Journal <U Foucault, t. IV, f* aog sqq. I.’inlerrogaloirc de Toccusè Lemperear remplit la séance du i* juin, et une partie de celle du a.
* Journal de Foucault, ibid- f* a i a , sqq.
* Journal, ibid. f* ai4 t»*, sqq.
* Voy. cette ordonnance, datée de Vtllers CoUcreU, dans le Recueildes anciennes loti franfaitet, par Isambert, etc. t. XI], p. 6oo.
tranché; allégua l'exemple du chancelier Poyet', auquel on avoit Jum >üti5. donné conseil, mais qui ne conféroit point avec luy, aius seulement le nommé Masparault, son domestique; parla de celuy donné à M. Fouquet; le blasma, et enlin dit qu’il n’en falloil point donner, ou en cas qu'on en donnasl, il ne falloit qu’il fusl libre, ny qu’il choisist des avocats, et les limilerà un temps fort court; convia la chambre de corriger cet abus, et, sur la lin, de faire une règle si importante.
Après il conclut à débouter M. de Guénégaud de sa rcqucstc.
M. Poncet, rapporteur, expliqua l’ordonnance de iSSg autrement; que l’usage l’avoit expliquée , quand elle seroit douteuse , et que c’estoit l'usage de donner conseil libre; car il n’y avoit qu’en crime de leze-majesté qu’on ne le donnoit pas libre; que le choix n’appartenoit pas à l’accusé, et qu’il estoit d’avis do donner Lambin et Gaillard, et pour le temps de le réduire à huit ou dix jours. M. de Gizaucour fut de mesme avis, sinon de le limiter h trois jours la semaine.
M. Pussort dit que l’ordonnance de i53g avoit supprimé le conseil, mais qu’elle avoit esté mal observée, et que, puisque l'usage avoit prévalu, il u’estoil pas d’avis que la chambre de justice commençast, sur la lin, à faire ce changement; qu’aussy bien le roy y donneroit bon ordre; qu’il ne pouvoit plus faire le procès à aucun homme puissant par les formes qu’on avoit establies; que ce n’esloit pas qu’il crust ce conseil nécessaire, car il estoit fort inutile à M. de Guénégaud, et uéantmoins fut de l’avis de M. Poncet pour huitaine. M. Le Féron, idem; MM. Brillac, Regnard, Besnard, d’Ormesson, idem pour quinzaine, et presque tous les autres de mesme, n’y ayant aucune différence que du temps. EuGu chacun convint de quinze jours.
Ce mesme jour, ayant sçu M. de Turenne à Paris, je le fus voir à midy. Je le trouvai se mettant à table avec M. de Ruvigny’. Il me
' Guillaume Poyel, né vers i47« fut nommé chancelier en 1 538 ; arrête et enfermé k la Bastille le a août iSâs. il fut mi$ eu jugement en 1 545. et, por un arrêt (lu 34 avril de U mêmcomiéc.il fut privé
de la charge de chancelier, condamiké à paver une amende de cent mille livres et k tenir prison jusqu'à l’enlicr acquittement de Si dette. 11 mourut en i548.
* Henri, marquis de Buvigny, né en
JOURNAL
Juin 1IÎ65. pria li’y «Icineurer; ce que je fis. Je luy parlai du dessein de M. le premier président de faire dire un mot à la reyne mère de mes inléresls pour en parler au roy, selon l’occasion, et comme en passant, par un exemple, sans rien dire ny demander directement pour moy. et ce par M. l’ablic de Montaigti. Il l’approuva fort, et dit qu’il m'y serviroit; m’expliqua la conduite de M. Le Tellicr, qui craignoit M. Lolliert et n’osoit parler, et perdoil de grandes occasions d'cmpesclier bien des fautes, etc.
Le jcudy A juin, à la procession du Saint-Sacrement, où il ny avoit que MM. Tallemanl, de Montmort, Forcoal, Amelot, Briçonnet et niov, d’olficicrs.
1,’apresdisnée , je travaillai avec MM. de l^anglée* et Le Laboureur pour les titres pour les preuves de Charles*, que je veux faire recevoir chevalier de Maltbe, non pas pour l'y envoyer, car il tesmoigne n’en pas avoir d’envie, mais pour tousjours faire des preuves qui peuvent servir pour d’autres.
l.e soir, je fus chez M. le premier président, qui me inonstra la lettre de M. de Montaigu, fort obligeante, et je vis M. de La Motte- Fénelon*, qui liiy avoit porté cette parole. 11 me dit que, lorsque la première fois la reyne mère avoit parlé au roy sur mon sujet , et pressé sur le mauvais effet du manque de sa parole, il dit : • Je sçais qu'on ne m’aime pas; mais je ne m’en soucie pas, car je veux régner par la crainte. -
l.e vendredy 5 juin, le matin, è l’Arsenal, où M. Poncet rapporta
M"* de Sévigné, et particulièrement U lettre du 6 novembre 1676.
’ tibarles Lefèvre d'Urmeaauti , chevalier de Malte, mourut en 1687. Il avait été reçu chevalier le 7 décembre 1667.
* U n'eat pas probable qu'il s'agisse ici de François Salignac de La Motte Féne* Ion, qui, né en iGbi , avait à peine quatorse ans à cette époque. C'est sans doute de son père ou de son oncle que parle Olivier d'Onnesson.
it'47, quitta la France à l'époque de la révocation de l'édit de Nantes et se retira en ATtgleteire, où il reçut le titre de comte de Gallaw.iv. Il mourut en içao.
' Vov. sur Langlée les Mtmoirtt dt Saint-^mon (éd. Hacbette, in-8', t 11, p, 38b], « C'éloit , dit-il , un homme de rien , de vers Morlagne au Perche, etc. v 11 indique ensnile comment il s'était poussé a la cour et V était devenu un personnage important. On peut comparer les lettres de
une requeste du procureur général, par laquelle il restreiguoit à juin lAOj. quatre chefs tout le procès de M. de Guénégaud : à la fausseté des rôles et des quittances, aux billets reformés de son auctnrité, aux augmentations d'ordonnances é son profit, à la suppression du registre des billets qu’il dit brusiés. On ordonna acte *.
Le soir, cbez M. le premier président, luy dire ce que j’avois appris d'une affaire de Languedoc portée à la chambre de justice, où M. de Frczal*, conseiller, estoit nommé.
La reyne continue è se mieux porter. M. de Mirepoix m’a dit ce matin saniedy, que, sytost qu’elle pouiToit estre transportée, la coiureviendroil; elle ira au Val-de-Grace, et le roy au bois de Vincennes.
L’on m’a dit que le roy estoit mal content que la reyne mère eust donné scs bagues à la petite Mademoiselle’, disant qu’elle le désheritoit; que Monsieur et Madame n’en estoient pas contens, de ce qu’elle ne leur donuoit pa.s, mais à leur fille. L’on disoit que Monsieur n’estoit pas content; qu’il disoit qu’il n’estoit pas plus considéré qu’un maistre des comptes, et que le roy le mesprisoit fort. Il semble que la division de la maison royale soit fort préparée*, et chacun regrette la reyne mère, parccqu'oile conserve l'union, et quoyqu’elle n’ayt aucun crédit pour faire du bien, elle empesche à ce qu’on croit Ireaucoup de mal.
Le saniedy 6 juin, je fus, après le disner, 4 Amboille, avec ma femme, d’où je revins le dimanche, et j’y laissai ma femme avec M''' Doublet ’.
* yotirnat (te Fouc«it/l. t. IV, f*aa6, sqq,
* •ComcîUcr d'églUe; a xviii ou xi“* de rentes en bénéfices; bon sens; habile dans son meslier; affectionné au service du roy; lionuue d'amy (lie) et de service. Le premier président a pouvoir sur luy. s (.Voles sur le parlement de Toutome, 1. 11. p. 1 11 , de la Correspondmee adminitirutive MOS Louis ,V7V.)
* Marie-Louise d'Orléans, née le ay
mars i6Gi; mariée le 3i août 1679 a Charles 11, roi d'Kspagne; morte à Madrid le 11 février tfiSQ.
* Voy. sur ces divisions de la maison royale les Mémoires de .W"' de Motlectlîe, aus années 1661, ififiS, iGGé et i665.
* Olivier d'Ormesson ne parle pas de ta séance du fi juiu , dont on trouvera le procès-verbal dans le Journal de Foueauts,
t. IV, f l3l. iqq.
JOURNAL
Juin i6«5. Lo iiiardy g juin, M. Poncet rapporta une requeste de M. de Guénégaud, par laquelle il dcinandoil i estre reçu opposant à l’exéculion de l’arresl de la cbanibre de récusation contre MM. de Pontchartrain. Voisin, Catinat et La Toyson; et, comme elle n’estoit pas signée de luy, il fut dit qu'il la signeroit, ayant maintenant communication avec son conseil'.
Le jeiidy i i juin, cette requeste fut rapportée, pour .sçavoir si l’on ordonneroit le soit monsiré, et d’une voix il fut dit qu’il n’estoit |)as rcrcvable à présenter cette requeste’.
Le mesme jotir, l’affaire de F.cmpereur fut jugée. .M. le rapporteur fut d’avis du bannissement perpétuel, et tous ses biens acquis et conlisqués au roy. Per.sonne ne conclut é la mort. 11 passa h l'avis dp rondamner le père et le fils au bannissement, pour neuf ans, du res- .sorl des parlemens de Paris et Rouen; à 5o,ooo livres de restitution; 10,000 livres pour l’amende et les frais, et 3,ooo livres d'aumo.sne; et Nainville, le sergent, à faire amende honorable et aux galères’.
Le vendredv U j"m, je pré.sent,ii mon fils Charles, pour e.stre chevalier de Malthe, au chapitre au Temple. M. le commandeur du Fresnoy * avoit fait venir pour luy une lettre du grand maistre pour estre page. Les chevaliers de FIcurigny’ et de Vignancour’ furent nommés commissaires pour voir le mémorial. Je leur fis visite le soir.
Ce mesme jour, M. Poncet fit rapport de l’aifaire de M. de Guénégaud; il parla une heure et demye fort bien; mais sur la fin il e.stoit trop languide, et il ne fut pas assez ré.scrvé, en sorte qu’il parut
* Ces arrêts furent rendus !e »amc<li i3 juin {tourna/ de Foucault, I. IV, P i38, «tlO-
* Jean du Fresiiov. chevalier de Malte depuis le lâ anùt 1637.
* Jaa^ues dn Flcurigiiy-La-Foresi, re<^u chevalier de Malte le 3 janvier 1 63o.
* Adrien de V'ignatteour on Vignacourl avait été reçu chevalier do Malle le a 1 lei i6ai.
' Le Journal de Foucault (tome IV, f“ a3a V*) contient le procès-verbal d*une séance du mercredi 10 juin: U u*y en a |ias du jeudi 1 1 .
* Ce rapport ne fut fait qu'à la séance du 13 juin (/oumrr/ de Foucault, ibid.
P î35 V*). Voy. le Journal d'Olivier d'Ormruon, à la date du vindredi is juin; il place lui •même le rapport à cette .séance.
D’OLIVIER LEFfcVRE D’ORMESSON.
appuyer trop les raisons du procureur général, les cstablissant coninte jnm isiis. des vérités certaines.
Le samedv i3 juin, le matin, l’on commença mon portrait par M. Masson, pour une thèse, à la sollicitation de MM. Le Roux et Doublet.
Je fus à Auleuil disner avec M. le premier président, tjui me lit voir son travail pour la réforniation de la justice. 11 en corrigea le style et les termes.
Ces jours passés, il avoit couru un bruit que les Anglois et les llollandois se baltoient en mer, et que les Anglois estoient maltraités.
Enlin les nouvelles vinrent certaines que le combat avoit commencé le matin du 1 3 de ce mois*, l'amiral Obdam’ ayant reçu ordre des Estais de combattre les Anglois, mesme à vent contraire, pareeque Obdam vouloit relascbcr un peu pour prendre un quart de vent à son avantage; mais il reçut ordre contraire; et j’ay sçu (jue cet amiral, e.stant homme de mérite, estoit bai des Estats et qu’ils vouloicnt le faire périr. Ce qui réussit; car, ayant attaqué avec désavantage les Anglois, il fut tué, et six heures après son vaisseau sauta par le feu, qui prit aux poudres. Le combat dura depuis le samedy malin, que les deux amiraux ayant esté tués, le jeune Tromp, vice-amiral, fit mettre le pavillon. Le vice-amiral de Zélande ne voulut pas luy obéir et se retira sans combattre. Ce vice-amiral rentrant dans le port, les femmes le jetèrent à la mer; mais il eu fut retiré et mené prisonnier. Ainsy les llollandois ont esté bien battus, nenf vaisseaux perdus, et dix-sept pris par les Anglois, qui n’en ont perdu qu’un seul. L’ou dit que ceux de Zélande n’ont pas voulu combattre, pareequ’ils sont favorables i rAnglcterrc et divisés avec la Hollande.
Le dimanche 3i juin, MM. du conseil allèrent à Saint-Germain porter leurs mémoires pour la rcformalion de la justice. Le roy les
' Cette bataille navale fut livrée à la * Ce nom est écrit nrdinniremunt üpliauteur de Lowestofle, prés de la côte de dara, üulTult.
JOURNAL
166.S. reçut sans leur parler. L’on dit qu'ils doivent estre mis dans huit jouiTi ès mains de M. le chancelier.
l.e Inndy aa juin, M. Poncet a continué le rapport du procès de VI de Guénégaud '.
Le mardy a3 juin, M. Poucet continua; il fallut faire expliquer quelques faits, et M. Pus.sort, en ayant du chagrin contre moy, j'eutendis qu'il murmuroit et disoit, Jifficallé romanesque, parcequ’il ne veut pas c[u’on parle pour M. de Guénégaud en esclaircis.sant la vérité du fait.
Le vendrcdy a6 j'iin, à la chambre de justice, où M. Poucet continua railairc de M. de Guénégaud. Auparavant M. Ferriol parla d'une dilliculté dans l’arre.st de I. empereur, où l’on avoit mis, sa charqe desclarée vacante et impitrable au profit du roy, et il avoit esté dit par l'opinion : sa charge acquise et confisquée au roy’. Et, sur ce que M. le chancelier luy dit que l'arrest estoit signé, il répliqua qu’il falloit donc tout dire, et que le greflier sçavoit qu'il u’avoil consenti de le signer, que parccqu’on luy avoit dit qu’il le falloit pour faire exécuter l’amende honoralile; mais que la dilliculté dcmeiireroit tout entière, et seroil décidée par la chambre. M. le chancelier ayant demandé les avis, M. de La Baulme dit qu'il y avoit deux des juges ab.sens; cela l’arrcsla un moment; mais après il donna l'avis, et Ferriol dit qu’il estoit d’avis de mettre la charge confisquée, et fut assez ferme*; néantmoins M. le chancelier lit passer à dire que l’arrest, puisqu’il estoit sigué, seroit deslivré. Les créanciers de M, Jeannin s’estant opposés à la saisie des biens de M. Jeannin, et disant que l'on luy devoit plus de six millions, sur quoy il pouvoit se payer de sept à
' \ùy. dans )e Joamal de Foucault, t. IV, f*' a^o-a6o, leA procès-verbaux des séances des i5. k6. 17. 181 19 juin i665.
()d y trouve beaucoup de rapports sur des procès instruib par le» subdéiegués de la chambre de justice. Le rapport da M. Poncet sur le procès de M. do Guénégaud fui commencé à la séance du 19 juin , et con-
tinué dan» les séances suivanlea, comme on le voit par le Journal d'Olivier d'Or~ maton.
* Cet arrêt se trouve dans le7oarna/dt Foucault, ihid. f" 358-368.
* Voj. le Journal de Foaeauît , lèidrw, P 367, sqq,
DOLIVIEH LEFÈVRE Ü'ORMESSON. 371
huit cent mille livres de condaiimations, M. le chancelier se récria Juin i«ci. qu’il falluit bien se garder de coinpcnsalion, et tint des maximes capables de donner de l’horreur i des Turcs.
Ledit jour, après le disncr, il y eut conseil de parties, où fut jugée l’affaire de M™ l’ahhesse de Moatniarlrc ' contre le duc de Tre.smes’, pour le retraict des dixmcs et de la justice de Bourg-la-Reine, acqui.ses par M, de Gesvrcs en vertu de lettres patentes enregistrées au parlement. Elle vouloit eslrc renvoyée au grand con.seil et faire évoquer du parlement sur les parentés de M. de Tresmes, au nombre de sept; alléguoil la considération de M. le premier président’, pré- , sident de Novion', président de RIancniesnil’, etc. 11 fut jugé que l'affaire ne pouvoit estre du grand conseil, et qu’il n’y avoit pas assez de parons pour évoquer. Quelques-uns furent d’avis de retenir au conseil. Chacun harangua longtemps, et M.M. Taliemaut et .Vinelot, rapporteurs. ,
Le soir, j’appris qu’en .Vnglelerre le peuple, oflénsé que les ambassadeurs de France ne fissent point de feu de joye devant leurs portes pour la victoire contre les Ilollandois, les avoit barrées et mar(|uées do craie, comme les maisons où est la peste, et outre ce avoit cassé leurs vitres à coups de pierre; que nos ambassadeurs n’en avoient point fait de plainte au roy d’Angleterre, mais avoient envoyé un courrier au roy pour recevoir ses ordres.
Le sainedy 27 juin, le matin, à la chambre de justice, où l’on continua faHaire de M. de Guénégaud.
* L'abbesie de Montmertre ÿlail Fnn- ^ise-Renéc de Lorraine, née en l6ai.
morte en iG8a.
* René Potier, duc do Trcsmeit, mourut en 1670, i l'ége de quelrc-ringl oiiie ans. Le femitlc Potier se ttiviseit en trois branches : i' Rlancmcsnil , a* Novion, 3* Gesvrcs cl Tresmes. Les deus premières apperlcnaieot à la magistrature; la troisième à la noblesse d'épèe
’ Le premier président avait épousé Madeleine Potier, fille de Nicolas Potier, seigneur d'Ocqnerte. Il était parent du duc do Tresmes.
* Le président de .Novion était aussi de la famille Potier; il se nommait Nicolas Potier, seigneur de Novion.
‘ René Potier, seigneur de Dlancmesnil et du Bourget, était président de la première eliainbrc des enquêtes.
■Iiiin i665.
Après le flisucr, au conseil, où je rapportai l’affaire de M. d’Entragucs cl de M'“ Martel.
Le dimanche a8 juin, j’appris qu’il estoit arrivé des nouvelles de l’ignerol; que, par une tompeste, le feu s’estoit mis aux poudres, qui avoienl fait sauter un bastion, enlevé deux cents soldats, le casteau ' où estoit M. Fouquet, et que luy et son valet s’en estoient sauvés miraculeusement, ayant esté Inmvés ilans l’embrasure d’une feneslre fai.sant saillie en dehors, en sorte que le plancher de leur chambre, ayant sauté, ne les avoit pas emportés; que M. Fouquet estoit dedans la ville. La première chose qui a esté dite lé dessus a esté que le ciel avoit esté de mou avis pour la conservation de M. Fouquet, et cet accident se tourne à mon avantage.
M. Lhoste m’a continué ce que j’avois appris, qu’un hernùte avoit rendu des visites fréquentes é Fouquet, et eu inesme temps disoit partout qu’il espéroit faire sçavoir de ses nouvelles à M. Fouquet, et qu’il avoit des moyens [X)ur entretenir ce commerce; que M'"' Fouquet, en ayant esté informée, l’avoit cscrit é M. Le Tellier pour le dire au roy, afin qu’il luy plust faire arrester cet homme; que M. Le Tellier luy avoit escrit, traitant cela de bagatelle, et que depuis cet hermite ne se trouvoit plus. Ce qui faisoit juger que c’esloit un piège.
Le mardy 3o juin, le matin, à la chambre de justice, M. de La Ranime me dit que M. le chancelier avoit envoyé quérir dimanche M. de La Toyson, et luy avoit dit qu’estant récusé du procès des trésoriers de l’espaignc, et le roy ne voulant plus qu’on trailast d’autres affaires à la chambre, il pouvoit s’abstenir d’y entrer, mesnie retourner clans sa province quand il voudroit. Ensuite je vis qu’on dit à M. le président de Pontcharlrain et à M. Catinat d’aller trouver M. le chancelier, l-à iis reçurent le mesme congé.
M. le chancelier estant entré dans la chambré, M. de Nogués voulant rapporter une requeste, il luy dit que le roy ne vouloil plus qu’on parlast d’autres affaires cjuc de celle des trésoriers de l’es- ' Ce mol est pris ici diws le sens de Coarou teureile.
D'OUVIER LEFÈVRE D'ORMESSON. 373
pargne; que par celle raison Sa Majeslé avoit trouvé bon de dispenser Mcssicure qui csloicnt récusés du procès des trésoriers de l’cspai^ne de plus venir à la chambre. Après, on continua l’affaire de ,M. de Guénégaud.
Après le di.sncr, je rapportai au conseil le procès entre .Anne de Lanibes, veuve en premières noces du sieur d’Arlagnau, se prétendant veuve du comte de Gensac, et Henriette de Salahay, se prétendant aussy veuve du dit sieur de Gen.sac. Il estoit question d’une évocation du parlement dcTotdouse. L’on avoit commis plusieurs meurtres de gentilshommes; l'affaire estoit fascheuse. 11 passa contre mon avis à évoquer et renvoyer à Rennes.
J ' Le mercredy i" juillet, le matin, A la chambre de justice, -\I. Poncel
rapporta deux requeslcs pour M. de Guénégaud. Dans l’une, il se plaignuit que le procureur général agissoit dans cette allaire avec grande aigreur et contesloit les choses les plus justes et les plus triviales. M. Chaniillart ayant demandé d’eslre entendu, après avoir parlé du fond des requestes, il s’est plaint de la licence de M. de Guénégaud dans ses requestes, et a dit qu’il estoit très important de la réprimer pour l’honneur du roy, de la justice et de la chambre; et, après s’estre a.sscz estendu , il a dit qu’il estoit à propos d’obliger les avocats A signer les requestes et de demeurer responsables en leur nom de ce qui y seroil cscrit contre l’ordre. M. Poncet a esté d’avis d'orilonncr que M. de Guénégaud en useroit avec plus de modération. M. Pussort, après avoir dit que cette licence estoit soufferte, parccqu’clle rcsjouissoit ceux qui esloicnt assurés que les accusés ne par- Icroicnt pas contre eux, ajouta que, après avoir souffert ce qui avoit esté escril contre M. Talon, il ne falloit pas commencer par cellc-cy, et qti’il falloit attendre que le roy y apportast le remède. J’ay esté d’avis de ne rien ordonner par arresl; qu’il estoit mieux de le faire dire A M. de Guénégaud, et que, dans la première requesto qu’il présenlcroil, il parlas! avec respect de M. le procureur général, .l’ay allégué l’exemple du chancelier Poyet. M. le chancelier a pris le mesme avis, et il a pa.ssé.
Jiiillct
ATi
JOURNAL
iiiillci Après le clisner, au collège du Plessis, à la sabbatinc * de mon fils,
où cstoient M. l'cvcsfjue de Saintes, qui a voulu y venir fort obligeamment, MM. de Lezeau, liesnard, lioucherat, de Fourcy, Lefebvre, maistre des comptes, et le père il'Ormcsson. MM. de Basville, de Besnard, de Droup, d’Eaubonne, ont disputé contre luy fort bien , et il a fort bien respondu et mieux ijuc je n'espérois.
Le jeudy a juillet, à la chambre de justice, ou a continué la visite du procès de M. de Guénégaud. Après le disner, je fus travailler chez M. de Macbault au procès des trésoriers de France, de Poitiers, contr e les maires et csclievins pour la voicrie, et de M. de Tboiras, sénescbal de Montpellier, contre M. de Mirman , jugn-inage’.
Le vondredy 3 juillet, à la chambi-e do justice, continuation du procès de M. Guénégaud. M. l’évesque de Saintes me dit que le roy avoil reçu nouvelle d'un grand combat entre les Portugais et les Es- |>agnols ; «|uc les der niers avoient esté battus et avoient eu cinq mille hoiiintes prisonniers, et perdu leur canon et leurs bagages’.
Le dimanche 5 juillet, à Navarre*, à l’acte du fils de M. Dugué, qui avoit desdié ses thèses à M. Le Tellier, qui n’y assista pas. L’abbé Le Tcllier y disputa avec chaleur, et lit taire les dames qui, par divertissement, frappnienl des mains.
Le lundy 6 juillet, à la chambi-e de justice, on commença la lecture des dépositions des experts sur les quittances prétendues fausses.
Le inardy 7 juillet, à la chambre de justice, on continua cotte lecture. J’appris la mort subite de M""' de Cavoie, qui, estant sortie pour aller se promener, se trouva mal dans son carrosse. Estant retournée chez elle et se mettant dans sa chaise, elle y mourut en un moment.
Le niercrcdy 8 juillet, après le disner, je rapportai au conseil le procès des trésoriers de France contre les eschevins de Poitiers, et
‘ On donnait 1g nom de iabhadnes, ou Mhatmeit aux tliGaes qui te »ouienaient le samedi sur de» questions de logique.
’ Lcjugemagc{jWej;m0/or),ougrand juge, était le lieulonnnt de robe du séoé* riial de Moalpeliier.
* Bataille de Villaviciosa, livrée le 17 juin i665.
* Le collège de Navarre lirait »on nom de Jeanne de Navatre, femme do Philippe le Bel, qui l'avait fondé eo i3o6 Cesl aujourd'hui rÈcule polytechnique
ccluy de la Girard Du Buisson cl de M. le maresclial Du Plessis, pour Juillet ikef. les bois de Fontainebleau. M. Colbert fui du mon avis sur les deux, et l’on m’a dit que cbacun remarqua qu’il me regarda fort, et que l'on l’observoil aussy, et mes amis prélendoienl que j'avois sujet de croire qu’il estoit radouci et que j’avois sujet d’en estre content.
Le jeudy 9 juillet, à la chambre de justice, on continua la lecture des dépositions des experts.
Le vendredy 10 juillet, il n'y eut point de chambre, par indi.sposition de M. le chancelier.
Le lundy 1 3 juillet, à la chambre de justice, j’appris que l'on avoit exclu M. de La Baulme du procès de M. de Guénégaud, sous prétexte de l'envoyer è Vaux faire le recollement des meubles, au lieu que ce travail regardoit M. de Sainte-Hélène, rapporteur. M. le chancelier le dit dans la chambre, et ajouta qu’elle cesseroit jeudy prochain, pareeque M. Pussort devoit aller, comme commissaire du roy, avec MM. de Sève, d’Aligre et Colbert, saluer me.ssieurs du clergé à Poutoise. Les gens d'honneur voyoient avec peine celle conduite si peu juste , et dans laquelle on conservoit si peu des apparences honnestes.
Après le disncr, M. de La Baulme me vint voir, qui me dit comme dès le vendredy M. Chamillart l'avoit esté trouver, et luy avoit demandé s'il estoit prest à partir après le disner, pour aller h Vaux, et que M. le chancelier l’avoit commis; qu'il avoit tesmoigné en estre surpris, et avoit dit qu’il venoit M. le chancelier; que M. le chancelier luy avoit dit que Chamillart luy avoit rapporté que luy, La Baulme, estoit demeuré d’accord d’aller >1 Vaux, Sur quoy, il luy avoit répliqué que M, Chamillart avançoit cela do luy-racsme, pareequ’il n’en estoit pas demeuré d'accord; que M, le chancelier luy avoit loué cet cmploy et demandé si on luy avoit donné de l'argent; qu’il avoit répliqué qu’il n’estoil pas plus pressé d’en recevoir que les autres; qu’ayant quitté M. le chancelier, Chamillart l’estoit allé voir et le presser, et mesme luy avoit parlé de réicgation; enfin que, se voyant pressé, il e.stoit convenu d’y aller; que Pecot l’esloil allé voir, luy avoit dit qu’on luy avoit donné le plus bel cmploy de la chambre ,
JOURNAI-
Juillet i665. Cl que c’estoil une marque de confiance, el qu’il avoil oflcrl de luy Juniicr de l'aident. VoiU la conduite qu'on a tenue pour uster k M. de Ciiiénégaud un juge suspect au procureur générai , pnrcequ’ii n’esloit pas dévoué. Celte conduite fait un .scandale grand entre les gens de bien et d’honneur, et l’on hausse les cs{)aules.
Le mardy i4 juillet, M. Ponccl rapporta le procès-verbal de la capture des feuilles dc.s escrilures (pie M. de Guénégaud faisoit imprimer; et, pareeque par ces feuilles il paroissoit que Deleudc, domestique de M. de Guénégaud, et son dénonciateur, et le sieur....', auditeur des comptes, qui est chargé de la discussion de ce procès, estoient fort mal traités, M. Poncel se récria fort sur la licence d’escrire et comme un homme qui craignoit ((u’on ne parlas! de luy; M. Pu.s.sort, de mesme, et dit que ce qu’il considéroit le plus estoit l’importance de cette licence, pareeque le roy ne trouveroit plus personne qui le voulust servir dans les alfaires faschcuscs, pareeque tout le monde vouloil bien avoir part auv employs pour faire des grâces; mais, lorsqu'il estoit question de punir et d'attaquer les particuliers, personne ne vouloit en estre chargé ny se voir exposé aux médisances, lesquelles estant imprimées, les enfans en ressentoient les injures dans la suite des temps. Enfin il parla comme un homme (|ui voyoit bien qu’on n’escriroit point avantageusement de sa conduite. Il passa au décret contre l’imprimeur, sans que personne dist mol
Le uicrcredy 1 5 juillet, k la chambre, on continua l’affaire de M. de Guénégaud. L’imprimeur, qui s’estoil retiré dans le Temple cl coutinuoit à y travailler, fut pris par le bailly, et conduit au petit Chastelet.
Lu jeudy 1 6 juillet, point de chambre, k cause que M. Pussort estoit allé k Pontoise.
' Le nom est en blanc dans le mamis. Journat de FoneaaUf tome V. Je me borcrit. ncrai a y eemoyer d'une manière ;;6nè.
' Coinparex, pour tout ce qui concerne raie pour la suite du procès de M. de
b chambre de justice à cette époque, le Guénégaud.
DOLIVIEU EEFfcVRE DORMESSON.
Le vendredy 17 juillet , on continua la lecture des interrogatoires JuilUi i6«5. des domestiques de M. de Guénégaud. M. Pussort, avant la chambre, nous dit comme il avoit esté à Pontoise avec MM. d'Aligre, de Sève, de Guénégaud, secrétoire d'Estat, et Colbert; que la forme de la réception estoit que les commissaires du roy entroient à l’église, et les agens du clergé donnoient avis à l’assemblée de leur arrivée, et qu’à la porte de la sacristie ils trouvoient deux évesques et deux ecclésiastiques de second ordre pour recevoir chaque conimi.ssaire; que, aux portes, le premier évesque passoit le premier, le commissaire après, et le second évesque après et les deux du second ordre, et ain.sy à chaque commissaire; que dans la salle on leur donnoit place vis-à-vis les présidens; que M. d’Aligre avoit parlé une demy-heure et fort bien , et que M. l’archevcsque de Sens avoit respondu en un petit quart d’heure.
La nouvelle de la delTaite des Espagnols par les Portugais, dont on avoit douté, s’est confirmée et est très véritable.
Samedy lâ et dimanche ig juillet, à Amboille.
Le lundy 30 juillet, à la chambre de justice, on a continué l'interrogatoire de M. de Guénégaud.
Le inardy 31 juillet, à la chambre de justice, on a interrompu l'alfaire de M. de Guénégaud pour faire lecture d’une information contre M. Lambert de Torigny, .sur la suppression d’un prétendu codicilc fait par Lambert, son frère, par lequel on disoit qu'il ordonnoit une restitution de huit cent mille escus au roy. M. de Gizaucour estoit le rapporteur. Le premier tesmoin estoit un procureur huguenot, cha.ssé du Palais comme relaps et fripon, qui parloit d’un ouydire. Laisné, cy-devant payeur des rentes et banqueroutier, déposoit d’un ouy-dire. Patin *, médecin , déposoit d’avoir visité et traité Lambert malade, se plaignoit de n’en avoir pas esté satisfait comme il
' Guv-Palin, né à Houdan en 1601, mori en 167a. «médecin plus /ameux, dit Voltaire, par ses lettres médisantes que par sa médecine. Son recueil de lettres
a été lu avec avidité, parce qn elles conliennent des nouvelles, des anecdotes que tout le monde aime, et des satires, qu’un aime davaola^. •
jiiillei i6H5. espéroit, parloit d’uii ouy-dire, et que Lambert luy avoit dit qu’il escriroil pour luy, enfin des bagatelles. Un autre tesmoin disoit avoir vu la copie d’un escrit du Père Jarie , jésuite. M. de Gizaucour fut d’avis des conclusions à ajournement personnel contre Lainliert ; IVf. Pu.ssort, de l’assigner pour estre ouy par sa bouche. M. Brillac, en grondant, dit que cette affaire estoit difficile, et conclut à l’oiiyr h fin civile; M. Regnai'd, idem; M. Ëesnard comme M. Pussort. Pour moy, après avoir relevé la qualité des propositions, je conclus à estre ouy à fin civile. Il passa à l’avis de M. Pussort. Cette affaire me paroist fort extraordinaire.
Le mercredy a3 juillet, M. de Brillac me dit que la maison de M. Servien e.stoit louée à M. Benoist 3, 200 livres. Le soir, je fus voir M. Boueberat, où vint M. Le Pelletier, qui nous parla d’une bulle du Pape qui condamnoit deux censures de la Sorbonne qui avoient condamné deux livres : l’un de l'infaillibilité du Pape l’autre, Amadœus.Guimencas^, rempli de mille ordures; que le roy en estoit fort en colère, et que l’on donneroit un arrest du parlement contre. 11 nous monstra la bulle et le projet de l’an est. Cette affaire est poussée à Rome par les jésuites, et peut avoir do très fascheuses suites, si le Pape s’opiniastre.
Le jeudy matin, 23 juillet, à la chambre de justice, j’appris que Buré, avocat, qui faisoit les e.scritures pour M. de Guénegaud, avoit esté mené à la Bastille, et que le scellé estoit chez luy avec garnison. Ce procédé est fort mal reçu. Je ne sçais quelles suites il aura.
Levendredy 24 juillet, le matin, à la chambre de jn.stice, oùM. de Nogués rapporta son procès-verbal d’interrogatoire fait à Biuré, et fit ordonner la levée du scellé apposé en sa maison. L’on dit qu’il falloit rendre les papiei^s et pièces qui appartiendroient à M. de Guénégaud. M. de Nogués, en signant l’arrest, dit que M. le procureur général
’ La deffense de N. S. P. le Pape, de * Amadœi Guimenii Lomarensii, olim iV«. les cardinaux, les arehevesqust et éceS‘ primarii sacrm (heologiœ profeuoris, opuspar le |»ère Vernant, carme des BU- euiam, singalaria univers» fere lheclogi» Icllcs. moralis compleciens , etc.
D'OLIVIER LEFEVRE D’ORMESSÜN.
(leiiiandoit (jue les papiers fussent mis au greffe pour en prendre par juillet i665. luy communication. M. de Brillac dit que cela ne regardoil que les ppiers qui concemoienl Buré; M. de Nogtics ayant répliqué que cola dcspendroit de la prudence du commissaire, M. de Brillac dit qu’il lalloit l'escrire. M. de Massenau ayant aussy fort murmuré, M. Pussort dit bas, • 11 le faut commettre, ■ et, à l'instant. Foucault l’ayant dit à l’oreille à M. le chancelier, il le commit poim lever ce scellé avec M. de Ferriol. Le reste de la matinée se passa à vérifier quelques uhservatioua sur le fait des quittances et des rôles.
J’appris que M. le premier président avoit mandé les gens du roy, el leur avoit dit qu’il avoit esté averti qu’on distribuoit une bulle du Pape qui estoit importante, et qu’ils eu.ssent à s’en informer et à en venir rendre compte à la compagnie au premier Joui'.
.Vprés le disner, je fus à Amboille, d’où je ne revins que le mardy au soir. MM. Le Pelletier, l’avocat du roy. Le Roy, Cordemoy et Fleury’ y vinrent le lundy au soir; ils m’apprirent la mort de M. le mareschal de Clérarabault, arrivée le vendredy ii trois heures, et que M. Chamillart, à la levée du scellé de Buré, avoit fait bien des cadeaux, et avoit fait arrester prisonnier un prétendu clerc de Buré, de son ordre, en présence de MM. les commissaires, sans leur en avoir parlé, et que l’on avoit dressé des lettres patentes pour renvoyer ce procès de Buré au lieutenant criminel, pour estre jugé souverainement. Ce qui alarmoit fort les avocats.
Le mardy a 4 juillet, M"'-’de Guénégaud me vint solliciter, demandant que les papiers de M. de Guénégaud luy fussent rendus sans estre vus; elle me dit les lettres patentes pour renvoyer Buré au lieutenantcriminel, mais que M. le chancelier ne les avoit pas scellées.
Ce mesme jour, M. de Péguillain’ fut mis à la Bastille pour avoir
* Gcrsutl do G>rdemoy, mort en i684, auteur de travaux sur les deux premières races de l'bûtoire de France.
* Claude Fleury, né en i6ài, mort en lyaS. auteur de plusieurs ouvrages , dont
.le plus célèbre est i'Hitloire de VÈtjlist.
* Antoine Norapar de Gaumont, marquisde Pèguillain ou Pèguillin, plus lard duc de Lauzun, célèbre par la pasaiun romanesque de Mademoiselle. (Voyez les Mémoirei de Saint - Simon t U X\. p. A4, sur les causes de l'aiTestatian de Lauzun.)
iB
380 JOüIiNAL
Juillei i6«5. parlé au roy avec une insolence extraordinaire. L’on prétend qu’il esloit piqué de ce que M"" de Monaco, dont il faisoit le passionné, soulTroit les agrémens du roy, et qu’ayant dit à cette daine qu’il avoit de scs lettres pour la perdre, elle crut qu’elle devoit en parler au roy pour l’empe.scber ; et que le roy ayant mandé Péguillain, après une conTéreuce assez longue, et dont personne ne sçaitle sujet, luy avoit enfin dit qu’il falloit qu’il allast en Guicnne. Péguillain avoit respondu qu'il n’en feroit rien; qu’il ne le serviroit jamais; qu’il ne serviroit pas aussy les ennemis par honneur, et qu'il aimoit .sa patrie, et enfin plusieurs extravagances de cette force. A quoy le roy, sans s’esmouvoir, avoit respondu qu’il n’estoit pas sage, et ensuite l’avoit fait arrester. Tout le monde blasme Péguillain comme tin fol. .\ussy dit-on qu’il fait l'enragé et l’homme au dése.spoir dans la Bastille, ne voulant qu’un cachot sans aucune consolation.
Le mcrcredy 3g juillet, à la chambre de justice, l’on parla d'abord de l'incident du clerc de Buré et de l'opposition de M"'de Guénégaud à ce que les pièces à elle appartenant fussent mises au grcITe. MM. les commissaires ayant dit qu’ils ne vouloient retenir que celles qui concemoient Buré, il fut ordonné qu’on ne s’aiTesteroit pas à l’opposition. Après, M. de Brillac n’estant pas encore venu, M. Poncet fit difficulté de commencer la lecture des deffenses de M. de Guénégaud. Néantmoins M. le chancelier luy dit de commencer; M. Pussort en murmura. Néantmoins M. le chancelier persévéra, et, après un bon quart d'heure de lecture, M. de Brillac arriva. Il estoit au parlement, à la deslibération de la bulle.
J’ay sçu que, MM. les gens du roy estant entrés, M. Talon avoit parlé et fait connoistre plus de vingt abus dans la bulle, mais qu'il l’avoit fait avec une chaleur et une aigreur trop grandes; qu’il avoit requis d’estre reçu appelant comme d’abus, et, y faisant droit, dcsclarer la dite bulle nulle et abusive; que les exemplaires en fussent supprimés, les censures de la Sorbonne regislrécs, et que tous les docteurs, bacheliers et autres, fussent tenus de les souscrire. Le parlement, par son arrest , donna acte de l'appel comme d'abus, et ordonna
que dans trois jours le procureur général donnera ses moyens; que Jmiiri i663. tous les exemplaires de la bulle seront rapportés au grelTe, la faculté de théologie maintenue au droit et possession de censurer les livres et les propositions contraires é la foi, à la pureté des mœurs et aux libertés de l'Eglise gallicane; que les censures de Vemant ' et Amadæus seroient registrées à la cour; que MM. Pierre Brillac et Saiiictot’ se transporteroient en l'assemblée de la faculté de théologie pour y faire registrer l’arrest en leurs registres; que les supérieurs des Ouftie Mendians’, des Bernardins, de Clennont* et autres, seroient mandés pour leur faire deffenses de souffrir qu’il soit enseigné des opinions et maximes contraires aux dites censures, et que l’arrest sera envoyé dans les bailliages et universités du ressort.
J’ay sçu que dans les opinions il y avoit eu diversité, et que beaucoup vouloicnt, par adresse, soustenir la bulle sans paroistre l’autoriser directement, et que l’arrest ne passa que de quatorze contre onze. MM. de Mesmes, de Novion et de Saveuse* se desclarèrcnt le plus. Cette bulle est imputée aux jésuites, et l’on prétend qu’elle a esté concertée à Paris; que les jésuites ont vu sous main leurs amis dans le parlement, et que le roy en a fait reproche au père Aunat.
Cette affaire peut avoir de fasebeuses suites, et elles sont beaucoup à craindre, pareequ’il paroist que l’on veut querelle de part et d’autre;
' \'oy. plut haut, p. 378, note, )o titre des livres censurés par la Sorbonne.
* Sainlot ou Sainclol était conseiller' dcrc de la grand'cfaarobre. Le Tabkau da parltment en parle en ces termes :
• A beaucoup de capacité cl davantage de probité; a acquis grande réputation et grande estime dans la corapagnio; est Tort suivi en ses avis sur les affaires partîcU' licrcs; a de bons sentimens dans les publiques, mais il ny parle pas beaucoup; est fort considéré de M. le premier prési> dent et de MessieiU’s du grand banc. ■
* Les quatre ordres mendiants étaient
les (larmes, les Jacobins ou Dominicains . les Cordeliers ou Franciscains, et les Au> gustins.
* Collège de Dermont tenu par les jésuites; c'est aujourd'hui le lycée Louis-lc- Grand.
* De Saveuse ou de Savente, conseiller-clcrc de la grand'chambrc. Le 7ebUtia du parlement en trace le portrait suivant ; • Fait profession de probité; est néanmoins attaché au sac; a de petits inléresU; n’a de divertissement ni d'occupation qu'au Palais; est foible, de peu de crédit et de médiocre .stiflisance. »
Anui i66i. car les censures ont esté faites avec dessein de choquer le Pape, et présentement il semble que la cour de Rome resveille exprès celte affaire, qui esloil assoupie, et qu’elle l’entreprend avec beaucoup de chaleur par les termes et la forme de la bulle, qui est extraordinaire et qui blesse.
-Après le disner, je fu.s voir M. de llarlav, qui me dit tout ce qui s’estoit passé, et ensuite M. de Bellièvre, (|ui avoit aussy esté é la deslibération du parlement.
Le jeudv 3o juillet, et le veiidredy 3 i , on a continué à la chambre l’affaire de M. de Guénégaud sans aucun incident remarquable, sinon que M. de Massenau dit à M. le cbancelier que, chez Buré, recherchant la preuve d’un crime, on en avoit trouvé un autre plus grand, c’(!st-à-dire la copie de toutes les pièces secrètes du procès, et que c’estoil une infidélité qui méritoit d’estre punie, et que, s’il l’avoil agréable, il en chercheroit les auteurs, s’il ne vouloit en commettre un autre. M. le chancelier, bien instruit, dit qu’il csloit bon qu’il le fist, et qu'il falloit interroger Buré, sans appuyer davantage. Ce qui est sui-prcnant dans cette affaire est que la copie des moyens de faux e.st escrite de la main du secrétaire de M. Chamillart.
M. Le Pelletier est entre les mains des chirurgiens pour une gro.sscur qu’il avoit au fondement, et par l'opération il s’est trouvé qu’il avoit une fistule.
Le sauiedy i“ aniist, mon fils me rapporta qu’il avoit accompagné MM. Brillac et Sainctot i la Sorbonne; qu’ayant pris leurs places, dans la grande salle des actes, sur le banc au-dessous du doyen, et M. de Harlay ', comme sub.stitut, estant assis au-dessous d'eux, M. de Brillac avoit parlé pour l'exécution de l’arrc.st; que M. de Harlay avoit parlé ensuite, assis et couvert, sur le sujet de la bulle, fort bien et fort sagement, et que, le doyen ayant fait un petit compliment, M. de Brillac avoit fait enregistrer l’arrest en sa présence, et que cette action s’es-
' Achille de dcvinl procureur gé- 11 mourut le a3 juillet 17U. S«inl-Si-
iiéral au parlemcnl le 4 juin 1667. puis mon (.Wiiinoim, Ll, p. i4i,M]q.) parle de
premier préiidenl le |8 novembre 1889. ce magûtrat avec une partialité évidente.
toil bien passée, toute la compagnie estant fort satisfaite du discours Août i6bâ de M. de llarlay. M. Gcrmond, qui demeura dans ladite assemblée comme docteur, après MM. les commissaires retirés, m'a dit qu’ils dcslibércrcnt sur ce qu’ils avoicnt à faire; que les protecteurs de la censure estoient fort escbaulTés contre la bulle et disoient qu’il falloit se précautionner contre les suites de cette affaire; qu’il fut nommé des commissaires pour la voir et eu faire rapport au premier du mois prochain, et qu’il n’en fut choisi que de ceux de la cabale; que les docteurs paroissoient n’estre pas tous du mesme sentiment, et que les anciens se plaignoient que c’estoit une cabale des jeunes et qu'on alloit trop loin. Il me dit que beaucoup de docteurs se retirèrent sans opiner; car ceux qui ne parloient pas selon l’esprit des cscbauHés estoient silllés. Les mesmes furent d’avis de refuser de recevoir un bachelier fort capable, pareequ’il estoil preffet de la congrégation des jésuites, et sans en alléguer d’autre raison; néantmoins il fut reçu, à condition qu’il quitteroit cette congrégation. Cela marque l'esprit d'animosité, et il est fort è craindre que. de part et d’autre, il ne s'en fasse trop.
Ce mesme jour, le roy alla tirer des perdreaux, avec vingt bons tireurs, en volant', et il fut tue dans la plaine de Saint-Dcnys plus de neuf cents pertb'eaux et quarante lièvres. Le roy a tué plus de cent perdreaux.
Le dimanche a aoust, après le disner, aux actes de M. de Droup, aux Jésuites; de .M. Calande, à Lisieux*, et de M. Laitier, qui avoit desdié sa thèse k M. le premier président, à La Marche*, où il fut fait de belles harangues par le Père Lallemant, chancelier de l’Lniversité, et M. RouUiard, recleui' de l’Université, à l’honneur de M. le premier président, présent.
' A la chasae au vol. rue Saint-Jcaii-de-Deauvais, daas les bât.-
' Le «-olle^e do Liaioux, foude en i336 mcnia du collège de Doniianv. par Guj d'Harcourt. évèr|ne de Lûieux. ' Le collège de La Marche était vituc était situé primitivement rue des Prr-treii- rue de la Monlagne-èiainte-Genevicve. II
.Saint-Séverin ; il fut Iranaféré au xv* siècle avait été fondé, au xtv* aiècte. par Guilruo Saint-Étienne-de» Gréa, cl en 176A laume de La Marche
JOURNAL
A«Mt( tftftS.
Le lundy 3 aousl, à la chambre de justice, on continua l'alTaire de M. de Guénégaud; et, sur une requeste pour la restitution des papiers trouvés sous le scellé de Buré, l’on parla aussy du refus de Buré de recomioistre sescscritures, cl l’on ordonna qu'il les reconnoistroit, sinon qu’elles fussent vérifiées par comparaison d’cscriturc.
J'appris que dimanche les médecins ayant fait ouvrir une apostume à la rcyne mère, il en esloit sorti force pus; mais que les médecins, peu après, luy ayant trouvé le pouls foibic cl intermittent, crurent qu’elle alloil mourir; quelle avoit reçu le Saint-Sacrement comme viatique, et ensuite l’extrcsmc-onction, et qu’elle avoit donné sa bénédiction au roy et à Monsieur avec une fermeté de courage extraordinaire, sans s’attendrir le moins du monde. Le bruit courut ensuite qu’elle estoil morte; mais, au contraire, il vint nouvelle qu’elle se portoit un peu mieux'.
Ce mesme jour, mourut la jeune duchesse de Foix, à quinze ans. après avoir accouché d'une fille, l’héritière de la maison de Chaulnes. M”* la Princesse estoit bien malade de la petite vérole; M. le duc d’Anguien avoit fait une chute fort rude à la chasse du cerf, à Chantilly, sur un cheval qu’il avoit outré. Néantmoins il s’en porte mieux. M. de Nouveau est aussy à la mort d’une chute de cheval. La peste est très-violente en Angleterre. On la craint fort icy, et chacun discourt dos grandes mortalités qui doivent arriver et des malheurs de l'année i 666. Je disuai chez .M. le premier président.
Le mardy 4 aousl, le matin, à la chambre de justice, où l’on acheva la première production de M. de Guénégaud. J’appris que la reyne mère sc portoit mi peu mieux. Le reste de celle semaine s’est passé, à la chambre de justice, à la continuation de la lecture des escritures de M. de Guénégaud, sans incident extraordinaire.
Le samedy 8 aoust, M. l’archcvcsque de Paris vint faire sa visite à Amhoilic, où j’cslois. 11 commença par Noiscau’; puis vint à Chc-
‘ Cr. les de AP' de A/oilepdle, ctOise, touche au parc d'Orinesson. Une
à l'année iG6â. branche de la famille d'Ormesaonen prit,
’ Ce village, du département de Seine au xviii' liècle, le nom de Noiaeaii.
D OLIVIEK LEFÈVRE D ORMESSON.
nevières, où il disna. Je le priai de disner à Amboille; mais il son Ao«it i665 excusa pour éviter les conséquences. Après le disner, il vint à .\niboille, confirma bien cinquante personnes, et fit sa visite. Il entra dans la maison et passa une heure avec nous lort agréablement.
Le dinoanebe 9 aoust, je revins le matin et fus après le disner au collège d'Harcourt, k l'acte du fils de M. Brillac, qui fut reçu maistre ès arts. M. le premier président y vint, bien que la thèse ne luy fust pas desdiée.
Le lundy 10 aoust, au collège de Navarre, à l'acte de M. de Marillac, où estoit aussy M. le premier président. Le respondant fit fort bien et fut reçu maistre ès arts. Le Père Lallemant, religieux de Sainte-Geneviève, chancelier de l’Université, fit toutes ses harangues fort belles. .
Le raesme jour, l’on continua la production de M. de Guénégaud, où il SC trouve un événement fort extraordinaire. Haveneau, maistre escrivain, employé contre M. de Guénégaud par le procureur général, et qui a fait tous les mémoires pour vérifier la fausseté parla comparaison des escriturcs, a fait imprimer dans ce mesme temps un petit livre de la vérification des cscritures, desdié à M. le premier président, par lequel il establit rincertitude de celte preuve. 11 est produit pr M. de Guénégaud. M. le chancelier en parla et dit fort avoir refusé la permission d'imprimer, qui luy avoit esté demandée au dernier sceau.
L’un a prié des grandes taxes faites, dont on a signifié dix-sept très grandes : MM. de Richebourg, onie millions; Bernard, onze millions; Betault, quinze cent mille livres; Lafond, un million, etc. Munnerot s'est accommodé à quatre millions cinq centmillç livres en billets, rentes et terres, et il luy reste, à ce qu’on dit, un million.
Le mardy 1 1 aoust, toute la cour est revenue de Saint-Germain.
La reync mère a esté portée au Val-de-Grace, s'estant trouvée assez forte pour souffrir le transport.
Le mcrcredy 1 a aoust, la reyne mère, s’estant trouvée plus mal, a esté rapportée au Louvre dans une chaise en forme de lit. Là elle