‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 32 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

JOliRNAI.

^ùi iii65. tomba en foiblesse; uéanlmuins, elle se porte un peu mieux. Ce sont de nouveaux abcès qui paroissent tous les jours; et ainsy cette princesse linira par la pourriture, la masse du sang estant corrompue. Sa force est admirable, et sa tranquillité. Elle est fort regrettée. J’apprends que la fille de Marchand s’est jetée dans les L'rsulines pour ne pas espouser le fils de M™ de Beauvais, auquel elle esloit promise avec cent mille cscus.

Le jeudy i 3 aoust, à la chambre de justice, M. le chancelier parla fort contre la longueur de la defTense de M. de Guénégaud; dit qu’il ne luy falloit pas oster sa deffense, mais qu’il falloit finir et trouver des moyens; que, s’il suivoit la nature, il voudroit le deffeudre, estant son allié, mais qu’il falloit maintenir l’ordre de la justice; et . ain.sy de grands discours; que le roy vouloit finir la chambre de jus-

tice; que luy s’en ennuyoit. Sur quoy, M. Pussort dit qu’il y en avoit à qui elle n’ennuyoit pas. Après le disoer, M. de Tiircnne me vint voir.

Le vemlredy i4 aoust, la chambre de justice fut tenue à l’Arsenal à cause que les cscritures de M. de Guénégaud estoient finies; et, pour l’obliger à n’en pas donner d’autres, M. le chancelier a encore recommencé scs grands discours des longueurs; ce qui paroist fort affecté. M. Poucet a rapporté ime requeste de M. de Guénégaud, pour avoir la continuation de son conseil. M. Chamillart, outre ses concliLsions qui portoient qu’il l’empcschoit, a demandé d’estre ouy. Il a fort insisté pour qu’il ne fust plus donné aucune communication avec le con.scil; c’esloit contre l'ordonnance, un abus contraire au service du roy et à la gloire de la chambre. Luy retiré, M. Poucet a esté d’avis de continuer la communication pour huitaine, et il y a passé d’une voix. Ces choses opposées me suqjrennent.

Le dimanche i6 aoust, je fus le matin au Louvre pour faire ma i»ur. Toutes les personnes de la plus haute qualité me firent grand accueil, raesme M. le Prince. J’entrai des premiers dans la petite chambre du roy. Je me plaçai en sorte qu’il me vist, mais sans affectation. 11 me vit a.ssurément, mais il ne le fit pas connoistre. Il ne

s’y dit rien de remarquable. Le roy se baigne, sa santé n’estant pas Aoùi iC05. tout à fait bonne, ayant quelquefois des vapeurs. La reyne mère e.st tousjours au mesme estât, tantost bien, tanlost mal, mais sans espérance de guérison. C’est un mal qui peut traisner longtemps, si les gros vaisseaux ne sont point attaqués. Alliot, qui a esté mandé de Lorraine, y travaille sans aucune espérance. L’on parle d’un grand voyage sytost que cette princesse sera morte.

Après le disncr, à l’acte de M. Besnard, aux Jésuites, où il lit fort bien, M. le premier président y vint.

Le lundy i 7 aoust, on continua à la chambre de justice la lecture des requestes de M. de Guénégaud. Après le disuer, il y eut séance chez .M. le chancelier pour des affaires légères. M. le premier président vint voir M. le chancelier pour la dispense d’age de M. son fils, lequel il luy présenta.

Le mardy i8 aoust, le matin à la chambre de justice, ayant dit à Foucault que M. le premier président venoit disner à .Amboille, et que je voudrois que la monstre se pust avancer d’un quart d’heure , il le dit à M. le chancelier, lequel se leva à onze heures un quart, et en dit tout haut la raison, de crainte qu’on le luy imputast.

Ce jour, M. le premier président vint di.sner à .Amboille , où estoient M™' sa femme, ses deux filles, M“'' de Marillac mère, bellelille et lille, M"*'^ Helliot et M. Robert, MM. Boucherat, Fourcy, etc.

Il Y eut deux tables servies, de vingt et une personnes. La chère fut bonne et la joye entière. M. le premier président retourna le soir coucher à Paris.

Le mercredy et le jeudy 1 9 et au aoust, la chambre de justice se tint à l’Arsenal sans qu'il se soit rien passé de considérable, n’ayant esté lu que les escritures de M. de Guénégaud. Gouyn de Lyon , frère de Marchand, a esté mis prisonnier, pareeque la fille de Marchand, qui logeoit avec la femme du dit Gouyn, qui estoit promise au fils de M“' de Beauvais avec cent mille escus, s’est jetée dans le couvent des L'rsuliues pour ne point espouser le dit sieur baron de Gentilly.

Depuis le vendredy a i aou.st, il n’y a point eu de chambre jusques

388 JOURNAL

Am'ii i6«S. au mcrcredy 26 aoust. Durant ccs feates, j'ay esté avec mon frère à Amboillc, le samedy. Le dimanche, Iny à Brie, et ma femme et moy au Jard, voir mon fils, tousjours au mesmc estât. J'y vis le second fils de M. de Noirmoustier, sourd et muet de naissance, bien fait de visage, la taille trop bossue et les jambes foibles. 11 paroist vif et avoir bien de l’esprit. 11 juge bien de ce qu’il doit faire, et le fait assez bien entendre, et devine, à voir agir les autres, leurs desseins.

•\ mon retour, j’appris que , le jour de Saint-Bartbelemy, û neuf heures du matin, deux bomines estoient entrés chez le lieutenant criminel', et liiy avoient demandé cinquante pistolcs; et, sur le refus, l’avoient assassiné et sa femme, et qu’au bruit d’un coup de pistolet, les voisins s’estoient assemblés, et que les assassins avoient esté pris, l’un dans la cave, l’autre sur les tuiles; c[ue cet assassinat estoit une punition visible des iniquités du lieutenant criminel et de l’extresme avarice de sa femme , cl qu’ayant de très grands biens, ils n’avoienl ny valet ny servante, et vivoieut tous les jours aux de.spcns des voisins cl des cabareliers. L’on fait cent histoires incrovables de leur avarice, et ils ne sont point regrettés.

Le mcrcredy a6 aousl. à la chambre de justice, où il ne se fit rien du tout, M. Pussorl estant à l’assemblée du clergé, M, de Sainte- Hélène malade, et le procureur général ayant domié une nouvelle requeste de contredits qu’il falloit communiquer. L’on ne parla que de l’assassinat du lieutenant criminel et de sa femme, et de leur avarice extresme. Foucault me dit qu’il croyoit que le roy feroil exercer cette charge par commission, et j’ay sçu que M. Colbert avoit dit au roy qu’il falloit choisir un fort homme de bien, de cour souveraine, par tout le royaulme, et M. Le Tellicr, qu’il ne le falloit prendre que dans Paris.

L’on dit aussy la mort de M. de Nouveau, de la gangrène, è cause de sa chute de cheval; que sa charge de trésorier de l’ordre, qu’il avoit achetée de M. Le Tellier quatre cent dix mille livres, estoit donnée à

* L« liculenitnl criminel 50 nommail rice du lieuicnani criminel Tardieu cl de Tardieu. (Voy. Boileau, StO. x, sur rave- sa femme.)

3sy

M. Colbert ; que celles de surintendant des postes et des petits chiens n'cstoicnt pas encore données; qu’il devoit quinze cent mille livres, et que sa femme demeuroit sans pain. Je fus , au sortir, en une maison où l’on fit le destail des grâces reçues par M. Colbert : la chai’ge de secrétaire des commandemens de la reync, vendue par luy à M. Brisacicr cinq cent trente mille livres; la charge d’intendant des finances, qu'il possède, de six cent mille livres; celle de surintendant des bastimens, de quatre cent mille livres; celle de trésorier de l’ordre, de quatre cent mille livres; quatre-vingt-dix mille livres pour payer partie de la maison qu'il a acquise de M. Bautru pour deux cent vingt mille livres; plus de cinquante mille livres de rentes en bénéfices; la charge de capitaine des mousquetaires pour son frère, outre celle de capitaine aux gardes; la charge de maistre des requestes pour .son autre frère, pour cinquante mille escus; le prieuré de la Charité qu’il a aussy en par son crédit, le tout en quatre ans. Sa fortune s’eslève fort, et il c.st le maistre , faisant tout ce qu’il veut.

Le jeudy 27 aoust, point de chambre. Ce jour, on fit l’ouverture d'une commission chez M. de Machault, pour l’exécution des taxes faites sur les financiers. Les commissaires sont: MM. d^ Machault et La Marguerie, conseillers d’Estat; Hotman et La Reynie', maistres des requestes; Colbert et Hervart. C’est une marque que la chambre de justice finira avec .M. de Guéuégaud.

L’on envoie une chambre de grands jours en Auvergne *. .M. de Novion est le pré.sident, M. Talon, avocat général, avec seize con.seillers : on m’a nommé MM. Du Tillet’, Le Boultz*, Le

' On dit de M. de U Revnie dans le Portrait des maitnt des refaites: t \ toutes les apparences d'un hunneste homme . ne s'est pas encore bien fait connoi.stre- » P fut nommé lieulenanl de police en 1667, et transforma Paria, «où il nj avoit, dit Voltaire, ni clarté, ni sûreté, ni propreté. ■

* Vofci Mémoires de Fiécher lar les

Grands Jours de Clermont, édit. Hachette; Paris, i856. 1 toI. in-8‘.

* DuTiHel.conseUlerdcrcdelagrand'chambre. «très habile, très adroit, très souple, suivi en ses opinions, en qui on se peut assurer; aimant ses intérests, attaché à M. le premier préHideut. • { Tat>feau du parlement. )

* «Homme dttiiprit, vif, CHlairé, ar*

;jl)0 JOURNAL

Août i6üô. Coq ' et Hervé ^ de la grand’chanibre. Je ne sçais pas les autres. Ce choix a esté fait sans la participation de M, le premier président, (juoyque le roy luy eust dit qu’il n’y fcroit rien que par son avis.

L’on dit (jue les affaires estrangcres s’engagent fort à la guerre.

La reyne mère se porte beaucoup mieux des remèdes d'Alliot, et l'on Y 'oit quelque espérance de guérison.

Depuis le 37 aoust jusques au lundy 3 1 aoust, il n’y a point eu de chambre de justice, lantost à cause de l'indisposition de M. de Sainte- Hélène, taulost à cause que les contredits du procureur général n’estoient pas pre.sts entièrement. En ellet, ils ne furent signifiés que le samedy au soir, M"* de Guénégaud faisant des plaintes de ce retardement et poussant fort le jugement de son affaire.

Le lundy 3i aoust, la chambre de justice s’assemble chez M. le chancelier, qui dit eu y entrant qu’il n’y avoit rien à faire :

Caotabit vacuiis corain latrone viator;

et .M. Poncet s’estant rescrié sur le mot latrone, la matinée se passa a ne rien faire, sinon que M. Pussort rapporta la requeste de M. Jeannin pour demaniler conseil. C’estoit la mesme qu’il avoit présentée à Fontainebleau, il y avoit plus d’un an, et le conseil luy fut donné comme à M. de Guénégaud pour quinze jours, et furent donnes pour avocats Gaillard cl Le Voyer. M. le chancelier dit que, sytost que le procès de M. de Guénégaud seroit jugé, on mettroit sur le bureau celuy

(lent, aclif, qui üçnitet ne s’csloignc jamais des grandes maximes , d’un travail infatigable; homme d'Iiuniicur et d'intégrité, qui pour toutes les bonnes qualités qui .sont un luy, a esté et scroil aujourd'huy arbitre îles plus grandes affaires , s'il Ic.s Youloit accepter; est civil, obligeant, quelquefois prompt, prenant feu, mais revenant facilement ;considéré dans sa chambre et dans tout le parlement comme un des premiers conseillera, tout à fait désintéressé, t [Tableau du purlcmenl.)

' 1 Dévot scrupuleux, d'esprit assui sûr, capable néaiitmoins; bon juge, mais longé toutes choses ; parieur et ayant quelque opinion de luy-me.sme ; est obstiné dans scs opinions , n'est pas homme de grande pratique , aime Ica intérests du Palais. i (féid.)

’ • A beaucoup de capacité ot do crétlit en sa chambre, est ferme en quelques occasions, peut n'estre pas tousjours sûr; est oncle de M. l'avocat général Talon, et a grande dcfférencc pour luy ; est homme de <lospcnse et de galanterie. > [Ibid.)

do M. Jeannin, et après celuji do Catelan. Pour itioy, je suis persuadé sc(i«™ij. iMâ. et que le rapport de la rcqueste de M. Jeannin, et que ces discouis de M. le chancelier sont choses mystérieuses, ou jx)ur faire avancer les financiers taxés, ou pour maintenir les esprits en vigueur sur l'affaire de M. de Guénégaiid.

Ap rès le disner, je fus che* M. de Turenne, qui m’en avoit envoyé prier. Il me munstra des mémoires par luy faits sur les affaires de Hollande et d’Angleterre, et me tesmoîgna beaucoup de confiance

Depuis CO jour jusques au jeudy 3 septembre, la chambre de justice s’est assemblée cher .M. le chancelier, sans travailler qu’a de petites a lia ires.

Le samedy 5 septembre, fut vériûée au parlement la desclaratifm pour les grands jours, dont les commissaires estoient Nf. de Novioo, président, M. de Caumartin, niaistre desrequestes, pour tenir le sceau, Hébert*, conseiller d’église, Le Coq de Courbeville, LeBoulu, Malo^. Tronsoü',Boivin-Vaurouy*,GuilUrd*, Destrapcs’,deVassan®,Barillon\

' On trouve dan» le tome II des Œavrts de Lomi XIV, p. 3^9 et 443, les réponses de Tureniie à plusieurs questions posées par le roi. Mais le mémoire dont il s'agil ici n'est pas de ce nombre. Le premier mémoire de Turenne est de Tannée 1663.

le second de 1667.

* ■ Est d'esprit fort doux, de beaucoup de probité et de capacité raisonnable. » (7fiS/eao da parlement.)

’ «A du bon sens, fait bien la justice, est fenne et sûr, dcmeslc bien nneafCaire, a de l'honneur et de la probité. • [IhiÂ.)

* «Belcspritctdcbeaucoupdecapacité.

obligeant, doux envers tous et aimé de toua; vrai homme d'honneur, sans intèresl, ferme en ses opinions, a {Ildd.)

* *A beaucoup d'esprit, fort applique a sa charge, où il acquiert do la capacité; songe à ses intéresls légitimes, est

destrompé de la Fronde, où il estoit engage. I (Tableau du parlement.)

* • Fort homme d'honneur, tuai'* mille ment de son métier; iTaime pas la peine, est dans le divertissement et d'un naturel assea doux. > [Ibtd.)

’ t Fort homme d'honneur et de beaucoup d'esprit, estimé dans sa chambre . y rapportant les ailairrs fort agréablement, aimant la justice et nullerocnl intéresse . cherche volontiers la soriété et la douceur de la vie. a [Ibid. }

* • Bon homme, commode, ohligeant , mais foibie et sans crédit, n'aimanl point sa charge, chasseur; est tout à M.de Novion, n'est point intéressé.» (/iid.)

* «Ne manque point d'esprit, peu appliqué au Palais, sans intéresb , donnant tout à la cour : précieux ami des comtesses . ne visitant que les grands; a «on fr**re

JOURNAI.

Sepiemb. 1 665. Barptiliii liaucliaid. Le Pelletier’, La Falliiêre’, Nau et Joly de i'Ieury; M. Talon, avocat général; Dongois et Drouet, greffiers civil et criminel; le procureur général y commet deux substituts. Le roy paye neuf cents livres par mois au conseil.

J'oubliois que, M. de Novion ayant donné un mémoire de ceux qu'il eroyoit devoir estre nommés pour les grands jours, tous avoient esté rebutés devant le roy, et que M. Colbert avoit lu au roy un mémoire qui luy avoit esté adressé, par lequel on blasnioit le choix de M. de Novion à cause de scs deux gendres, Tubeuf et Ribeyre, la plus puissante famille d'Auvergne pareequ'on n’oseroit se plaindre d'eux, quoyqu'ils eussent pillé la province, et encore le choix de M. Talon, parent de M. Tubeuf, et à cause de sa conduite dans la chambre de justice; que le roy avoit dit que cet avis venoit trop tard. Ce mémoire estoit contre M. Colbert, et néantmoins il fut obligé d'en faire la lecture luy mesme, de crainte qu’il n’en eust esté donné un pareil au roy, et qu’il oust paru qu’il eust voulu favoriser M. de Novion à cause de sou alliance.

I.c hmdy 7 septembre, à la chambre de justice, chex .M. le chancelier, M. de Guénégaud présenta sa dernière requestc de .salvation, et on la remit à inercredy, avec la requeste de contredits du procureur général. M. de Gizaucour rapporta une requestc du procureur

maisirc des requustes, despond de M. de * Lefebvre de Is Faluére, «doux, gra- Morongis, son oncle, comme son héritier; cieux, lionnesie homme, s'appliquant ena médiocre crédit dans sa chambre pour tiérement au métier. • ( TatL du partent.) un peu de fumée et vanité qu'il a. ■ [Ta- * Antoine Hibeyre. gendre du présibleau du parlement.) dent de Novion, était beau-frère de Guil-

' ■Homme rude, reveache et de mau- laume de Canlllac, m.vrquis de Pont-dii-

vai.sehumeur, glorieux, opiniastre, grand Château et sénéchal de Clermont. Le

mesnager; a peu de crédit dans SB chambre, Tableau du parlement parle de Itibevre

B de grands biens, est frère de M. Baron- dans les termes suivants : ■ Est Auvergnac

tin, maisire des requeates. ■ (féid.) et proche parent de M”' la présidente

' •Hahilehomme.encstimedanssaeom' Tubeuf; est fort attaché à cette famille;

pagnic, altacbéà M. Icpremierprésident. â est fds d'un lieutenant général de Biom,

M. Boucherat, à M. d'Estrades etsingulié qui estoit de tous traités et parties (fermes

retiientà M. Le TcUier, son parent; pensant d'impéts) de la province, et qui a laissé

fort à eslablir sa fortune ; il est sûr. t {Ibid.) de grands biens. •

Digiteed by.Gûûgle

général pour faire inlcrrogcr M. Delorme sur un procès à luy fait Scpirmb. i66s. autrefois pour la vente du domaine. I.e reste de la matinée se passa en petites affaires.

Depuis le mercredy g septembre , jusques  ce jour vendredy 1 8, l’on a continué à la chambre de justice à travailler au procès de M. de Guenégaud fort lentement, paroissant que, du costé de la cour, on en esloigne la décision, je ne sçais à quel dessein.

Les nouvelles se desbitentque les.\nglois et les Hollandois s’accordent sans la participation du roy, et on croit qu’ils font ligue offensive et deffcnsivc. L’on dit que les Suédois arment aussy sous Wrangel contre nous, et que, M. CoUiert ayant voulu apporter quelque modification sur le payement de leur pension de cinq cent mille escus, ils ont refusé de la recevoir et veulent attaquer la ville d’Erfurth conlie l’archevesque de Mavcncc, qui est allié du roy, et en faveur «luquel il envoya M. Pradel avec des troupes, pour soumettre cette place en son obéissance. L’on dit encore tpie tous les princes arment en .\llemagne, et l’on ne croit pas que le roy puisse s’empeschcr d’avoir la guerre dans peu de mois.

Le dimanche 20 septembre, au Louvre, faire ma cour, où le roy m’a vu. J’y al encore reçu bien des civilités de M. de Souvré, du commandeur de Jars, et tousjoius sur l’alTaire passée. Le roy a dit avoir reçu nouvelles que la flotte des Hollandois estoit arrivée au Texel. Il envoie sur toutes les costes visiter les ports et donner les ordres pour cmpescher quelque descente. Le roy a donné à M. de Navailles le commandement dans la Saintonge, Brouage, la Rochelle, en l’absence de M. de Nevers, et tout le monde s’est fort resjouy de ce choix, nonobstant la disgrâce de M. de Navailles, pareeque cela fait connoistre que le roy, conune il a dit luy-mesme depuis, n’est pas iiTeconciliable, et que les gens de mérite seront considérés. L’on m’a dit que M. Colbert avoit contredit ce choix, lors([ue le roy l'a voit proposé.

La rcync mère se porte de mieux en mieux par le remède d’AIliot, qu’on reconnoist estre fort bon médecin; il est Lorrain et a servi II. '5o

JOURNAL

septfinb. i665. près Ic marcschal de La Ferté. M. de La Baiiime a esté congédié de la chambre de justice depuis trois jours, sous prétexte que, n'eslant pas du procès de M. de Guénégaud, il estoit inutile à la chambre. J’ay esté voir M. Bailly, l’avocat général du grand conseil , revenu de son exil à Saint-Thierry. J’ay sçu que M. de Vitry, que le roy vouloil envoyer ambassadeur à Rome, e.st retourné chez luy l’ayant refusé. L’on dit qu’il a demandé des lettres de duc et le cordon bleu, et que le roy n’a point voulu de stipulation; mais l’on m’a raconté, d'un endroit plus seur, qu’il n’a point parlé de ces marques d’honneur, qu’il a allégué son impuissance d’en soutenir la despense, mais que .sa véritable raison est un engagement d’amourette qu’il ne peut quitter. L’on avoit cy-devant proposé M. le duc de Chaulnes; mais il m’a dit qu’il avoit destoumé cette affaire depuis qu’il avoit sa charge, pareequ’ayant tout ce qu’il pouvoit désirer, le surplus estoit un esloignement et une grande despense.

Depuis le mardy 2 2 , jusques à ce jour vendredy 2 5 septembre , la chambre de justice a travaillé au procès de M. de Guénégaud avec un retardement afl'ccté du costé de la cour, quoyque M. le chancelier tesmoigne tous les jours que le roy veut qu’il finisse. Mais quand il dit qu’il faut entrer à huit heures, M. Poncel vient à neuf et demye. L’on m’a dit ejue le roy loge la reyne d’Angleterre dans la maison de M. de La Bazinière', et que le roy ayant dit à M. CoUiert qu’il ne pouvoit prendre pour cela que la maison d’Aubert ou celle de La Bazinière, que celle-là estoit la plus propre, mais que, l’affaire des trésoriers de l’espargne s’accommodant, c’estoit un embarras de la faire desloger sytost; que M. CoUiert avoit respondu qu’il y avoit un expédient aisé sur cela; qu’il n’y avoit qu’à demander à M. de La Bazinière deux millions de plus; que cette demande donneroit au roy autant de temps qu’il voudroit.

M. de Massenau m’a dit que l’on avoit donné une desclaration à la chambre des grands joui’s pour connoistre des affaires du pays de

‘ L'iiôlet de l« Daxinière étail »ur le quai Malaqnais.

Velay, du ressort de Toulouse, et du Limousin et du Périgord, du scpicmi). i665.

ressort du parlement de Bordeaux; que le premier estant sans

exemple, les déjuités du Languedoc furent en parler à M. CoU)erl,

qui leur dit que le roy pouvoit faire rendre la justice, dans son

royaume, par quy il luy plaisoit, sans s’arrester au ressoit des parle-

meiis; que ces niesmes députés en avoient parle au roy, et avoient

dit que le parlement de Toulouse, q\ii avoit résisté à ccluy de Paris

durant les désordres, et fait deffonse d’exécuter l’arrest de la régence

pour M. le duc d'Orléans, seroit fort ailligé de voir le parlement de

Paris rendre la justice dans son ressort; que le roy avoit respondu

qu’il y songeroit, et qu’on luy avoit fait plaisir de luy dire cela, et,

en effet, qu’il avoit révoqué cette desclaration, mais par une lettre

de cachet seulement.

Ce mesme jour, vendredy a5 septembre, en travaillant au procès de M. de Guénégaud, M. Poucet proposa d’entendre M. Ilervart, pour sçavoir s’il avoit calculé les rôles. M. le chancelier dit qu’il croyoit cela bon, et qu’aus.sy bien M. Ilervart avoit payé sa taxe; il n’en fut pas parlé davantage. M“® de Guénégaud me vint voir le soir, et me dit que M. le chancelier et M. Poucet avoient signé un arrest pour entendre d’office le sieur Ilervart et le confronter; que Foucault l’avoit esté trouver, et, après deux heures de conférence, l’avoit mené chez M. Poucet, quy l’avoit ouy, et qu’après le sieur Foucault l’avoil mené à la Bastille, où M. de Gizaucour l’attendoit pour le confronter à M. de Guénégaud; qu’elle avoit vu depuis le sieur Ilervart, qui estoit tout interdit d’avoir desnié avoir calculé les rôles.

Le samedy a 6 septembre, le matin, à la charnhre, où l’on continua à travailler à l'affaire du sieur de Guénégaud, sans que l’on parlast de la desposition du sieur Hervart. L’apresdisnée, à Amboille, d’où je revins le mardy aq. J’appris que le roy d’E.spagne estoit mort*.

Le mercredy matin 3o septembre, à la chambre de justice,

' Philippe IV était mort le 17 septembre i665.

âo.

39fi

.Sfptrmb i6«5. M. ie chancelier parla de l’arrcst donné pour entendre le sieur Hervarl, et s’en excusa disant qu’il avoit cru que c’estoit le coininiin sentiment de la chambre. Ensuite, on lut la requeste de M. de Guénegand, qui s’en plaint, et la dcspo.sition du sieur Hervart. Cette procédure est tout à fait extraordinaire et affectée.

Après le disner, je sçus que le saniedy a6 septembre, au retour de V'illers Cotorcts, le roy avoit reçu la nouvelle de la nioil du roy d’Espagne; que, par son testament, il avoit ordonné le mariage de l'infante ‘ avec l’empereur et formé un conseil pour gouverner durant la minorité du petit prince’, qui n’a que quatre ans, sçavoir : l’archevesque de Tolède, qui est mort trois jours après le roy; le cardinal d’.Aragon, un dominicain inquisiteur, le marquis d’Ayetone, le comte de Castrillo et le comte de Pigneranda. Don Juan n’a aucune part A ce gouvernement. I.’on remarque qu’il n'y avoit point eu de minorité en Espagne depuis Charles-Quint; et, selon les apparences, la maison d'Autriche est abattue, n’y ayant de ce nom que l’empereur et ce petit prince d’E.spagne; et les divisions qui arriveront, sans doute, durant cette minorité la niyncront. Chacun rai.sonnc sur la conduite cpie tiendra le roy en cette conjoncture. C’est le .sujet d’un long discours.

M. Boucherai me dit que, le dimanche 27 septembre, s’esloit tenu, en pré.sence du roy, le premier conseil pour la réformalion de la justice; que dans ce conseil estoient MM. le chancelier, mareschal de Villcroy, d’Aligre, de Sève, Colbert, Le Tellier, de Lyonne, de Machault, de Verlamont, de Morangis, Poncet, Pussort et luy, conseillers d’E.slal; Voisin et Hotmail raaislres des requestes, debout; que le roy dit ensuite qu’il avoit fait ce choix par l’estime qu’il avoit de

‘ I/in&nlG Margucrilc-Tli6rè»e, le 13 juUlcl i65i. épousa, en cfTct, l'enipcrcur Léopold.

* Charles II, né le S novembre iG6i.

dernier roi d'F^spAgne do la maison rl'Au- I riche.

' laos biographes d'Olivier d Ormesaem

ajouleiil ce magistrat à la (i&le des lonimiftsaires convoqués par le roi. C csl une errourquo l'on trouve aussi dans quelques histoires de France, entre autre» dans des édition» modernes deV Abrégé chronolt^ique de thistoirr de France, par le pré-ident Hmaull.

D’OUVIER LEFÈVRE D'ORMESSON. 397

tous ces messieurs; que celte affaire esloit diOicile et grande, et que Octobre i665.

par cette raison il s’y cngageoit, et que ce conseil dureroil longtemps,

et, en un mot, parla fort lionneslemenl. Après, M. le chancelier

commit ces messieurs pour la discussion de quelques matières, cl le

roy dit que tous les dimanches, de tpiinze jours en quinze jours, il

tiendrait ce conseil le matin, depuis dix heures jusques è midy.

Le soir, chez M. le premier président, où je vis M. Besnard, t[ui me dit avoir esté nommé pour ce conseil, et qu’il y avoit quatre maistres des requestes. J’ay sçu que M. Hervarl, avant que de déposer, avoit eu une conférence de deux heures avec M. Colbert, qui l’avoit mandé pour cela.

Depuis le jeudy i'' octobre jusqu’au samedy 3, l’on a achevé l’alfaire de M. de Gucnégaiid, et M. le chancelier dit que l'on iroil le uiercredy suivant à l'Arsenal pour rentendre, à cause que, le mardy estant la Teste de saint Michel, il donna le hmdy aussy pour se promener.

Le mercredy 7 octobre, allant à IWrscnal, j’appris qu’il n’y avoit point de chambre, et que M. le chancelier estoit malade de .sa néphrétique, et son mal n’ayant pas duré beaucoup, Ton fut averti d’aller le vendredy à l'Arsenal; mais M. Poncct est tombé malade, et, de jour en jour, la chambre a esté remise jusques à demain mardy i3 octobre. Diu-ant ce temps, on a discouru de ces retardemens. A l’esgard de la maladie de M. le chancelier, on l'a crue naturelle; mais on a dit que celle de M. Poncct estoit affectée; d’autres, qu’il y avoit une personne qui avoit prédit qu’il n’opincroit point sur le procès de M. de Guénégaud et qu’il monrroit auparavant. Tons ces discours sont ridicules. Sa maladie a esté véritable; mais ce qui est certain, c’est qu’il a ime grande peine à se voir obligé d’opiner, souhaitant fort contenter les deux parties, et il .s’en est expliqué à un du ses amis. Il aimerait fort qu’un incident empeschast ce jugement, car il a le fruit de ce procès; il est admis au conseil de justice, cl ainsy en possession de .sa place; son fds est cstably, cl il n’y a plus qu’à perdre pour luy, ou sa réputation selon le monde, ou la faveur de la cour.

Le roy envoie M. Pradel, avec une armée de six mille hommes.

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Ocu>brr ift6i. eu favcur des Ilollantlois, contre l’évcsqne de Munster. L’on croit que ce conimeiiceinent pourra engager la guerre. Les Suédois ont un corps de quinze raille honimes qui nous donne de l'inquiétude.

M. le duc de Chaulnes ' est nommé pour ambassadeur' à Rome , avec beaucoup d’estime et d'agrément de la part du roy. Il m’en a dit tout le destail. Cest un seigneur dont la capacité n’a esté connue que depuis deux ans qu'il s'est attaché À la cour.

Le roy a donné é M. Le Tellior, pour M. l’abbé son lils, la charge de maistre de la chapelle, vacante par la mort de M. l’évesque de Périgueux, cy-devant abbé d’Iacinte. C’est une charge de soixante mille escus.

Mon fils est revenu d’Amiens, où il a esté reçu fort bien de tous mes amis. J’ay esté à Basville le jour de Saint-Denys (vendredy 9 octobre), et suis revenu le dimanche (1 i octobre). M. le premier président recevoit un abord de tout le monde, fort grand.

Le lundy la octobre, il n’y a point eu de chambre de justice, la santé de M. Poucet n’estant pas encore assez restablie, cl M. Foucault me le dit hier, l'ayant trouvé sur le cbeniin, revenant de Basville. Ce jour, à midy, j’ay appris que M. Hérault, conseiller de Bretagne, estoit mort. Voilà un incident considérable dans l’affaire de M. de Guénegaud; car, s’il est vray, comme on le dit, qu'il estoit l'un des huit dont la cour est assurée pour le jugement de cette affaire, il faudra qu elle prenne d’autres mesures. M. Regnai-d est aussi malade. M. Pradel m’est venu voir, qui va commander l'armée que le roy envoie en Hollande contre l’évesque de Munster. Cette armée est de quatre mille hommes de pied et deux mille chevaux, les plus belles troupes du roy, les deux compagnies des moustjuetaires du roy, trois cents gardes du corps, tous les dauphins’, c’est-à-dire tous les olEciers réfonnés ’.

' Charles d AÜlj, duc de Chaulnes.

* Les gendarmes-dauphins rormaient un des corps de ia maison du roi.

* Lorsque Louis XIV avait liceodé une

partie de l'armée, après ia peix de» Pyrénées. i! avait fait entrer les olliciers réformés dans les compagnies d’élite qui composaient sa maison.

v-aigtfesé-t>,. .

Le mardy i3 octobre, point de chambre de justice, par la considération de M. Poncet. Il y a eu conseil des parties, où la récusation de M. de Toiras contre moy, sur les parentés avec la femme du cadet Mirman, beutenant aux gardes, frère du juge-mage, partie duditsicur de Toiras, a esté jugée et rebutée.

M. le chancelier, ne demandant l’avis précisément qu'aux inaistres des requestes du quartier, a dit qu’ils ne dévoient pas s’en estonner, pareeque le roy luy en avoit renouvelé l’ordre depuis huit jours, en attendant qu’il euat fait un règlement; que messieurs les inaistres des requestes voyoient que leurs charges estoient plus relevées que jamais; qu’ils estoient appelés au conseil do la reformation do la justice; qu’on leur donnoit les intendances des provinces; qu'outre ce on en enverrait un dans chacun parlement, et qu’ils feroient, sans doute, comme messieurs des grands jours, qui ne prennent point de vacations; que le roy vouloit connoistre tous messieurs les maistres des requestes par luy-niesme, et souhaitoit que messieurs les doyens des quartiers l’allassènt voir en particulier. Je vois bien que le roy veut estahlir que l’on fasse jusdcc, dans son conseil, sans qu’il en cousie aux parties. Cela est beau et se pourrait exécuter, si le roy donne quelijue rescompense à ceux qui travailleront, pour les distinguer des autres. Autrement je ne s^ais si l’on voudra travailler par le zèle de rendre la justice. Mon père en a vu l’exemple de son temps; mais il ne dura pas une année.

Le conseil pour la réformation de la justice se tint dimanche devant le ray. M. Besnartl, ny M. de La Fosse, que M. le chancelier avoit nommés, n’y furent point appelés. Ainsy il y a apparence ijue ce choix venoit de M. le chancelier seul. L’on dit fort que l’on va envoyer des maistres des requestes dans les parlemens, et M. de Machault m’a dit que je prisse garde si cela me serait Inm; car l’on pourroit bien m’y envoyer, et M. Besnard aussy. Je considère cela comme une manière d’exil pour moy, et néantmoins, si l’on me nomme, je prévois qu’il faudra y aller de bonne grâce.

Le mercredy i4 octobre, il n’y a point eu de chambre de justice.

Oditbre 1Ü6S.

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Ociobrr if.fi?. A onze heures, j’assistai au sennee de M. Hérault, à Saint-Jean. L’on disoit qu'il avoit eu peine à se résoudre à la mort. M. le premier président de Bretague’ conduisit le deuil et prit la première place dans le chfEur. Potu- nioy, je me tins dans les bancs, hors rang, pour ne point faire de contestation, attendu (pie j’estois son ancien, et qu’avec les premiers présidens, hors leurs parlemens, nous marchons du rang de conseillers d'Eslat.

Je compris, par un discours de M. Hotman à M. Chamillart, que ce dernier estoit appelé au conseil de la réformation de la justice, avec MM. de Caumartin et Pellctier-la-Houssayc , et nulle mention de M. Besnard. Sur la fin du service, je demand.-iy à M. Hotman si M. Besnard n’en estoit pas, parcetpie le bruit en avoit couru; il me dit que jamais il n’en avoit ouy parler, et néantmoins je sçavois (jue c’estoit luy qui luy en avoit fait le premier compliment.

Le jeudy i5 octobre, je fus à Li\ry voirM““ de Sévigné, qui s’esloit blessée è l'oeil, et je vis M. le président de Mesmes à Clichy.

Le vendredy i6 octobre, le matin, solliciter, avec M. le chevalier de Fleurigny, MM. Charlon’ et Baillet’, présidens de la première des requestes. Après le disner, à Amboille, (foù je revins le dimanche.

Le dimanche i8 octobre, au retour d’.Amboille, M. Le Pelletier m’envoya (pierir pour aller .souper chez M. Bouchcrat avec M. Brillac. Là j’appris <pie le traité des taxes de la chambre de justice avoit esté signé, devant le roy, à cent dix millions, .sçavoir : deux millions en argent comptant, vingt millions en argent, payables en cinq ans, trente-huit millions en billets, et cincpiante millions en rentes, droits ou autres bons elfets; (pi’il n’y avoit d’exceptés de ce traité que Mar-

' C'était, comme on l'a tu plus haut, François d'Argouge* qui était alors premier président du parlement de Bretagne.

’ D'après le Tabicaa du parietnent^ • esprit inquiet, turbulent, qui se pique d'intelligence, de capacité et de justice, qui veut de grandes defférences et de grands honneurs , et qui se rend facilement^ songe

néantmoins é ses intéresta ; a esté grand fi-oiideur; a sa brigue dans la chambre, en laquelle U trouve de l'estime, s'y comportant bien pour l'expédition des aflàires. s

’ • Bon homme, facile, de peu de crédit et de peu de vertu , attaché à sa famille. • {Ibid.)

D’OLIVIER LEFÈVRE D'ORMESSON. AOl

chand, les deux Monnerot et le duché de Penlhièvre; que la diffî- ociohix i665. culté estoit quelle compagnie on formeroll pour juger tous les incidens et faire vendre les immeubles. L’on dit que l’affaire de M. de Guénégaud .s’accommodcroil : i“ il n’cstoit point excepté du traité;

2“ M“' de Sully avoit envoyé dire chez le maicschal d’Albret* qiie, dans trois joui'S, l’on verroit combien la famille Guénégaud avoit obligation à M. le chancelier; 3° le roy avoit escouté sur cela, assez favorablement, MM, d’Albret et du Plessis, et dit que l’on dist, de sa part, il Colbert de luy en parler; 4® la mort de VL Hérault, qui rompoit les mesures; 5“ le retardement affecté depuis cinq ou six jours, etc.

Je sçus aussy que, dans le conseil de la réformation de la justice, on avoit .ajouté MM. Chamillart, Pelletier La Houssaye, La Reynie et Caumartin, et six avocats, .Auzanet, Lhoste, Gaumont, Billain, Ragueneau et Foucault, et que, dans le partage des matières, on avoit nommé pour la justice MM. Colbert, Pussort, Pelletier, Gaumont et Foucault. C’est une di.sposition qui peut tourner pour estre chancelier. J’appris que M. le chancelier avoit uommé M. Besnard; que le roy avoit répliqué qu’il ne l’avoit pas nommé, et que M. le chancelier avoit dit qu’il y avoit un bon moyen à prendre sur cela; que l’on pouvoit attendre, et que, selon qu’il agiroit dans le procès de M. de Guénégaud, le roy verroit ce qu’il feroit, et que le roy luy avoit répliqué : « L’un n’a rien de commun avec l’autre. • Ce discours me fait conjecturer que c’est par cette raison qu’il avoit esté nommé par M. le chancelier, de concert avec M. Colbert; car, i° M. le chancelier seul ne l’auroit pas osé; 2° M. Hotman n’en auroit pas fait compliment à M. Besnard, s’il ne l’eust sçu de M. Colbert. Je sçus aussy (pie l’on enverroit des maistres des requestes dans les parleinens, et (|ue M. Le Tellier croyoil qu’il estoit bon pour moy que je fusse nommé, pour me remettre dans le train des employs, et que ce seroient des voyages de deux ou trois mois. *

Le lundy i g octobre , il n’y a point eu de chambre de justice. Ce

' Le maréchal d'Albrel élaii gendre de Guénégaud, trésorier de l'épargne.

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Ocinbre iSCS. retardement marque une disposition i accommodement. Après le disner je fus, par occasion, cliei M. le chancelier, qui avoit vide une pierre. M. Chamillart estoit avec luy. 11 ne me parla point de chambre de justice, sinon qu’on averliroit quand il y en auroit.

Depuis le lundy i g octobre, jusqucs à ce jour samedy î4 octobre, point do chambre de justice. Chacun raisonne sur la mort de M. Hérault, comme un coup du ciel pour rendre inutiles les cITorts de ceux qui abusent de la chambre de justice, et qui ont esloigné les gens de bien qu’ils ont cru contraires è leurs desseins; J’ay -sçu que l’on avoit proposé de mettre M. Foulé en la place de M. Il^taidt, ou d'oster M. Hegnard; que M. le chancelier y a résisté, et que la’’{Kop°sition en a esté faite devant le roy, et que le roy l’a rebutée. Ja^ppris que M. de Guènégaiid fut hier resserre et son conseil osté ; que^on prétend ordonner, à son osgard, qu’il avoue le fait par des letlrcSv d’abolition; qu’il se soumette à un bannissement et à la suppression \ de sa charge. L’on dit que l’intention est que le contre-coup tombe \

.sur la charge de secrétaire d'Eslat de M. du Plessis, son frère. J'ay S sçu que les procureurs généraux de la chambre de justice voiiloient \

faire accompagner le corps de M. Hérault par les hocquetons de la \

chambre; il est certain que M. Pccqttot a fourni deux mille livres j

pour les frais du service \

M. Pradel partit jeudy matin, aa octobre, pour se rendre à Mé- 1

lières, où est le rendez-vous de toutes les troupes qu'il commande, \

pour passer en Hollande, L’on ne sçait si l’on accordera le passage \

en Flandre. L’on a envoyé en Espagne, et fambassadeur d’Espagne a dit qu’on l’accorderoit. j

11 y a eu quelque insulte en Luxembourg. Des marchands de Metz \

ayant esté volés dans le Luxembourg, et raison ne leur en ayant pas 1

esté faite, M. de Choisy, intendant en ce pays, a envoyé de la cavalerie, qui a'enlevé beaucoup de bestiaux, qui furent vendus en plein marché à Metz , et l’argent donné à ces marchands. L’on dit que depuis peu ceux de Luxembourg ont rendu la pareille; voilà un petit commencement de guerre. Le roy lève deux cent quatre-vingt-dix com-

pognies d'infanterie, qu'il joint aux vieux réginiena; il iie donne que Octobre ie6.'i. cinq et six cents francs pour lever chaque compagnie, et néantinoins chacun a reçu à giyice d'en avoir, et il y a une foule grande pour demander les lieutenances et les enseignes.

Ce mesme jour, jeudy 22 octobre, je fus à la grande direction pour le procès des consuls de Condom contre le sieur de Gobas. Je pris séance au-dessus de Brcleuil *. M. Colbert arriva comme je rapportois, et se mit au-dessous de Bretcuil.

Ce jour, les doyens des quartiers des maistres des requestes sont mandés par le roy. Je crois que c'est pour leur dire que le roy ne désire plus qu'ils prennent des vacations, et leur tesmoigner qu'il veut les employer.

Le lundy a 6 octobre, les quartiers des maistres des requestes assemblés, M. de Montmort nous dit que, s'estant rendu chez le roy avec MM. Le Jay*, Jassaut’ et Forcoal, sa majesté leur avoil dit qu'il avoit esté bien ayse de leur parler, pour leur dire qu'ayant pris la résolution de travailler à la réformation de la justice, il vouloit y employer la compagnie des maistres des requestes, comme celle qui estoit la plus remplie de personnes capables, et mesme par son inclination, et qu'il vouloit aussy qu’ils travaillassent les premiers ù la réforination de leur compagnie, et que pour cet effet ils dressassent des mémoires.

La compagnie résolut d’obéir aux ordres du roy et do revoir des mémoires de règleniens qu'elle avoit cy-devant dressés.

Je fus, après le disner, voir les peintures à fresque de M. Mignard *, dans la voûte du dosme du Val-de-Grace; elles sont très-belles.

Ce jour, j’appris que M. de Caumartin avoit ordre de faire regis- Irer l'arrest du conseil qui ordonnoit qu’en cas d'absence de M. de

’ Louis Le Tonnelier de Drctcutl éUtI un des contrôleurs des Dnaneca.

' Charles Le Jay, baron de ThtlJy ou de La Maisdn-Ronge. reçu maître des requêtes le a8 février i64a. «Homme d'agréable rencontre, qui donne à 1a faveur. ■ [l'ortratU dtt HuittTti des requiits.)

’ Nicolas de Jassaut, seigneur de Hichebourg, reçu niailrc des requêtes le 30 juin i64o. a Propre à rien. > {PoriratU des matins des nqnétes.]

* Pierre Mignard, né à Troyes en 1610, fut le rival de Le Brun pendant quelque temps. Mort en 1 69b.

Si.

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