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Ortobrf Novion, il présidcroil aux grands jours; qu’il avoil scellé des lettres de remission du petit sceau au sieur La Motlie-Oanillac, dont il y avoit eu du bruit aux grands jours; que ce misérable avoit eu la teste tranchée, quoyque l’on ne le tinst pas beaucoup criminel; que l’on avoit pris prisonnier dans Clermont Canillac-Pont-du-Chasleau, beau-frère de M. RibcjTO, gendre do M. do Novion, et que l’on croyoit que c’estoit un mystère, parcequ’il avoit pu estre averti du décret et se sauver, estant d’ailleurs fort criminel
L’on disoit que Spinebal’ avoit esté pris et doscouvert dans Bordeaux par son valet; c’est le plus scélérat des hommes, ayant voidu eslrangler sa femme, ayant chassé sou propre enfant, qu’il s’imaginoit n’estre pas è luy, et commis mille autres crimes. Mais ce bruit ne s’est pas trouvé véritable.
I.c mcrcredy a 8 octobre, je fus à Ormes.son voir M. I.e Pelictiei . .Au retour, j’appris que M. de Turenne estoit parti ce matin pour aller  Mexières voir l’estât des troupes et ce qui estoit à faire sur les avis que l’on a qu’il y a des troupes daus le Luxembourg pour s’opposeiè leiu- passage. .Ainsy voilà les dispositions à la guerre.
L’on m’a dit que, dans le dernier conseil devant le roy, travaillant sur les articles de l’ordonnance louchant la justice, on avoit dit, parlant dos cours souveraines, qu’il falloit supprimer le mot souverain qui ne devoit estre donné qu’au roy seul, quoyqu’on alléguas! l’ancien usage, et que les maistres des rcquesles prononçoient les juges souverains.
Le jeudy a 9 octobre, .après niidy, je fus voir aux Gobelins les ouvrages de M. I.e Brun, qui me reçut fort civilement. M. Fouyn l’en avoit averti.
* Los délails pour évenemenU &e trouvent clans les Mémoires de Flèckiet sur les Grands Joart de Clermont.
* (iaspard d’EspincliAl.
* On voit dans les Üt'avref t. 1. p. ii8, que, dès 1661, il était bleasé
de ce titre de cosrs ronccrainM c]ue prenaient les parlcœeiils, Ces compagnies • ayant pris peu à peu te nom de cours souveraines, se rcgaidoient comme autant de souverainetés ^parées et indépen daiiles. •
-Digitizod by
D’OUVIER LEFEVRE D'ORMESSON.
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Le vendredy 3o octobre, M. le chancelier manda les anciens de Notrinb. i66i. noslre quartier, et nous dit que le roy luy avoit ordonné de nous mander pour nous dire que nous eussions à vérifier une dcsclaralion qui commettoit des maistres des requestes choisis dans les quartiers pour juger les faussetés de sceau. M. de Montmort répliqua sur la nouveauté de cette .commission , et M. le chancelier dit qu’il y en avoit mille exemples dans nos registres.
Depuis le lundy 2 novembre, que je fus à Amhoille, rien de p.articulicr jusques au jeudy 12, lendemain de la S'-Martin, que je revins, sinon que ma sœur, la religieuse de l’.Vnnonciade ‘, esluc supérieure du couvent de la Charité , vint à Amhoille pour prendre le carrosse de Dijon à Boissy, et qu’ayant eu la fièvre je la ramenai à Paris.
Le jeudy i 2 novembre, je revins d’Amhoillc; j’appris que l’on coinmençoit à signifier les taxes excessives qui mettoient beaucoup de familles dans la doideur; que l’on coniprenoit dans les taxes toutes sortes degens, pour peu qu'ils eussent un employ dans les finances, et que l’on avoit considéré seulement ce qu’ils avoient de bien, sans examiner d’autres raisons. 11 n’y avoit point encore de changement pour la chambre de jirstice, sinon qu'elle cessoit.
Le samedy 1 4 novembre, M. Le Pelletier me manda, au soir, que MM. les mareschaux du Plessis, d’Aumont et de La Ferté estoient faits ducs et pairs.
Le dimanche 1 5 novembre, le matin, chez M. Le Tellier, sur cette bonne nouvelle. J'y vis des évesques qui estoient fort csmus d’un arrest rendu par les grands jours sur les affaires ecclésiastiques, et qid excédoit en beaucoup de choses levir juridiction.
Je disnai chez M. Le Roux avec M. Le Brun, qui conservoit beaucoup d’estime pour M. Fouquet, et tesmoignoit du chagrin de la dureté du siècle, et, quoyqu’il fust fort bien auprès de M. Colbert, et qu’il eust la conduite des ouvrages des Gobelins, il n’en paroissoit
' Anne Lefèvre d'Ormesson, née le l'Annonciadc céleste de Paris. OHvîerd'Or-
mai l6i a, était religieuse aux ûUesde messonaTaitdeuxaulressœursreligieuses.
JOURNAL
\oTcmb. i665. pas content, disant que plus il faisoil, plus on exigeoit de travail de luy, sans tesmoignage do satisfaction, et que nacsnie on avoit de la jalousie de luy, parccquc le roy en estoit content. Cest toute la conduite du cardinal Mazarin.
Le soir, chez M. Le Pelletier, où viiu'ent M. le premier président et M. Le Tcllier, pour concerter sur ce qui estoit à faire pour la réception de ces ducs. M. Le Tellicr dit que c’estoit la considération de Monsieur, frère du roy, qui avoit demandé pour M. du Plessis, et que personne n’en avoit rien sçu que le samedy au soir, le roy l’ayant desclaré à M. Le Tellier à son disner, et ayant envoyé des valets de pied aux absens, afin qu’ils n’en fus-sent avertis que par le billet que le roy leur escrivit de sa main ; car le roy ayme A surprendre les gens. Cotte grâce pour M. d’Aumont fait bien de rhonneur à M. Le Tellier, et le fait paroistre avoir du crédit.
Ce jour, il fut permis à tons les prisonniers de la Bastille, excepté M. de Guénégaud, de voir leurs amis. M. le chancelier avoit ordre de desclarcr à M™ de Guénégaud qu’il falloit que son mari prist des lettres d'aholitioii et avouast avoir commis les faussetés dont il estoit accusé, ou qu’on luy donneroit de nouveaux commissaires. L’ou avoit de.slibéré devant le roy si l’oii donneroit le privilège pour les taxes contre tous les créanciers, du jour que le taxé seroit entré dans les affaires. M. Colbert en fut d’avis, et dit que le traité de cent dix millions seroit inutile sans cette maxime. M. de Sève avoit dit qu’il ne pouvoit estro de cet avis pour le passe; que cette maxime seroit bonne pour l'avenir, si le roy l’ordonnoit; M. d'Aligre, idem; sinon, .4 l’égard des créanciers, depuis la chambre de justice, qui dévoient estre réputés frauduleux. M. le chancelier demanda ensuite du temps pour y songer, et l’affaire fut remise à mardy prochain. Je sçus que l’on ostoit de la chambre de justice .MM. Le Féron, Massenau, Brillac , Regnard et moy, et <jue M. Besnard y estoit conservé avec les autres. J’ay beaucoup de joie de sortir de cette chambre en si bonne compagnie.
1,'on desbite de très fasclieuscs nouvelles pour M. Courtin; que le
Digilizod L, v
D’OLIVIER LEFÈVRE D’ORMESSON. /i07
roy d’Angleterre s’est plaint qu’il souslenoit des gens dans le parle- ^oïcmb. 1665. ment contre luy, et qu’il luy avoit dit que, s’il cessoit de le considérer comme roy, il oublieroit qu’il estoit ambassadeur ' ; que le roy avoit fait arrester leur courrier et retenu tous les paquets pendant vingt heures. L’on ajoute qu’il luy a fait donner des gardes; d’autres disent des commissaires, et que les ports d’Angleterre sont fermés.
M. Le Pelletier m’a dit qu’il sçavoit seulement que le secrétaire d’Estat d’Angleterre s’estoit plaint de ce que M. Courtin parlolt é tous ceux du parlement de la paix, et que cette conduite n’estoit pas d’un ambassadeur; qu’il craignoit que M. Courtin ne présumast trop de luy, car il mandoit qu’il feroit la paix.
Le mercredy 18 novembre, j’appris que M. le chancelier avoit, le lundy, parlé à M™ de Guénégaud, et luy avoit dit, par ordre du roy, qu’il falloit que M. de Guénégaud optast, ou de prendre abolition, de reconnoistre avoir commis les faussetés dont il estoit accusé, et dire le fait comme il s’estoit pas.se , ou que le roy le feroit juger par de nouveaux commissaires; et quelle avoit respondu qu’avant de parler il estoit nécessaire qu'elle en pust communiquer avec M. de Guénégaud et avec son conseil. Je sçus auesy que le mardy, après midy, la question de l’hypothèque des taxes avoit esté jugée devant le roy ; que MM. de Sève, d’Aligre et de Villeroy avoient esté d’avis que le roy ne pouvoit avoir privilège pour le payement des taxes au préjudice de créanciers antérieurs; que c’estoit une maxime nouvelle qui ne pouvoit estre establie que par une desclaration qui ne pouvoit avoir son effet que pour l’avenir, et non pour le passé; que M. Colbert, après avoir reconnu que c’estoit une maxime nouvelle , avoit conclu qu’elle estoit nécessaire pour le payement des taxes, et qu’autrement le traité de cent dix millions scroil inutile; que M. le chancelier avoit esté de cet avis, et que le roy avoit suivi l’avis de M. le chancelier.
C’est une résolution qui estonne tout le monde; elle ruine tous les
' On trouve deuis Ici Œuvres de geois, dil-U, les restes de la raclioii de
Louis XIV, l. 11, p. ao3, la preuve que Cromwell pour exciter par leur crédit
Courtin agissait par ses ordres, t Je ména- quelque nouveau trouble dans Londres. •
JOURNAL
Vnii-mb. i665. Créanciers des financiers; elle ruine loul le commerce d'argcnl avec les gens d’alTaires; elle mine le roy, parccque les Gnanciers, n'ayant pins de crédit, ne pourront plus faire aucune avance au roy, et il est certain qu’après que ces lases-cy seront payées, il faudra abolir cette maxime et restablir la contraire. L’on .signiGe tous les jours des taxes qui sont sy extraordinairement grosses, qu’elles emportent au moins tous les biens des taxés, et il paroist impossible qu’elles puis.sent estre acquittées. C’est une plainte générale contre la rigueur de ces taxes.
Ce jour, les preuves de mon fils Cliarics pour estre chevalier de .Malthe furent rapportées au chapitre par M.\l. les commandeurs de Berrieu et de Te.s.sancourt ', et furent trouvées fort bonnes. .MM. les chevaliers de Fleurigny et de Boissy’ les avoient faites, et Flcurigny y a agi avec toute l'honnesteté possible, et avec dessein de m’obliger.
Le jeudy 19 novembre, au matin, je rapportai au conseil des finances l’afTairc entre le séneschal et le juge-mage de Montpellier. M. Colbert y estoit ; le rapport fut assez long.
Le diiiiauche a a novembre, je fus le matin au lever et à la messe du roy, où je vis les nouveaux ducs. Je fus chez Monsieur, frère du roy, où je saluai M. du Plessis. L’on disoit que le roy avoit donné cinquante-cinq compagnies de cavalerie, et que l’on se préparoit à la guerre; car toutes les affaires de f.Angleterre s’aigrissent fort. Je donnai è disncr è M. Le Brun, où estoient MM. Le Roux, Doublet, Fleury, etc. Cette visite se lit fort gaiement et civilement. Il semble qu'il veuille faire mon portrait par amitié.
J’ay sçii que Ton rappelle M. Courtin d’Angleterre; que M. Colbert fait donner l'intendance de Picardie à son frère, et renvoie M. de Machault en Champagne; que l’on parle de mettre la cavalerie dans les généralités, et que M. Le Tellier dit que pour cela il faut qu’il choi- .sissc les intendans qu’on y enverra. M. de Tiirenne estoit revenu de la frontière; je Pavois vu.
‘ Charles do Vion de Tcaxancourl, reçu * .Nicolas de Boissy avait été reçu che-
dans l'ordre de Malte le 1 8 juin i£38. valier de Malte le 4 février iG43.
D'OUVIER LEFÈVRE D ORMESSON. M9
Le lumlv a 3 novembre, le malin, à rouverlure de l'audience du No*rab iSts. parlement, où M. Bignon parla, et M. le premier président, très bien, à leur ordinaire. Je .tuivis à la buvette, et M. de Mosmes se plaignoit de M. le duc de Langres', qui ne les avoit pas suivis jusques é la buvette, suivant l’usage, pour ne pas marcher après eux.
Le mardy ï4 novembre, l'on p.arla, aux requesles de l’Hostel, d’une commission donnée à vingt-deux maistres des requestes pour juger plusieurs faussetés du sceau. Il y eut dilTiculté, pareeque la pluspart de ces procès estoient commencés en vertu d'une autre commis.sion adressée aux maistres des requestes, et l’adresse de celle-cy u’y estoit pas faite et ne révoquoit pas la première, et il fut dit que l’on prieroit M. le chancelier de la relTormer en cela.
Le soir, M" de Foucquerolles me dit que M. Courtin demandoit à revenir; qu’il n’y avoit pas de sûreté pour luy en Angleterre, et qu’il e.stoit vray que le roy luy avoit dit qu’il choisisi d'estre espion ou and>assadeur, et qu’après qu’il auroit pris son parti, luy prendroit le sien ; que les affaires avec l’Angleterre se brouilloient fort; que l’on enverroit M. do Pomponne ambassadeur en Suède pour renouveler le traité, et qu’il estoit fort important de conserver cette alliance dans la conjoncture des affaires présentes; que M"" de La Bazinière avoit reçu ordre de se retirer à Boissons, sous prétexte qu’elle avoit enlevé plusieurs choses de sa maison, où la rcyne d’ .Angleterre loge, mais, en effet, parcequ’ellc est bien avec Monsieur et mal avec Madame, et qu’elle avoit fait son possible pour avoir une ebainbre dans sa propre maison, et que la reyne d’Angleterre ne l'avoit pas voulu, disant qu’elle ne vouloit point avoir d'espion chez elle. M. de La Bazinière est taxé i six millions, quatre pour luy et deux pour la succession de sa mère; M. Jeannin à huit millions. M de Charost me vint voir; il est fort touché de n’estre pas duc, et me dit qu’il en avoit parlé au roy; qu’on le ronvoyoit à Calais.
Le mercredy a 5 novembre, festc de S''-Cathcrinc, je fus le matin voirM. de Pomponne, sur son ambassade en Suède. Il me tesmoigna ' Louis Barbier de La Rivière, évèquc diic de Langre»