‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 34 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

JOURNAL

No^rititi. lOes. en cslre fort content, parcequ’ii avoit esté choisi dans le temps qu’il y pcnsoit le moins. C’esloil M. I.e Pelletier qui, ayant scu que l’on cherclioit un homme pour y envoyer, l’avoit proposé à M. Le Tellier, et le roy l'avoit agréé. On luy donne la qualité d’ambassadeur extraordinaire. J'appris le mariage de M"' Colbert' avec le comte de Sery, lils du duc de Saint-Aignan ; que M. Colbert ne luy donne que cent mille livres, mais que le roy luy donnoit la taxe de Monnerot.

Le vcndrcdy 27 novembre, je fu.s à la mercuriale dans la lanterne, avec M. de Bellièvre, ipii n’avoit pas pris sa place 1 cause de M. l’évesque de Césarée, qui a place comme ayant esté conseiller de la cour, lequel prétend devoir précéder tous les conseillers d’honneur .séculiers, et, au contraire, les conseillers d’Estat prétendent que, n’y estant que comme conseiller de la cour, il ne doit pas les précéder. Cependant cet évesque les exclut jwr sa vigilance , car il prend le premier .sa place, et les autres ne veulent pas se commettre. A la mercuriale, M Bignon parla fort bien sur la parole (sic), et M. le premier président aiis.sy; il lut sa harangue pour Messieurs, et quoyqu’elle fust belle, elle n'eut pas tant de grâce que celle qu’il adressa aux avocats et qu’il avoit prononcée de mémoire. la lin, ^fcssicu^s des enquestes firent in.stance pour eslre appelés à la présentation des lettres et à la réception des ducs. M. le premier président dit que la possession estoil contre leur prétention, néantmoins qu’il ne se feroit rien qui pust préjudicier à leurs droits.

Ce jour. Messieurs du parlement et autres compagnies furent conviés pour le service du roy d’Espagne; il y avoit les quatre hérauts, les vingt-quatre cricurs et Sainctot, le maistre des cérémonies, à l’ordinaire.

Le samedv a.'i novembre, je donnai à disncr aux chevaliers de Berrieu, Macbaidt, Fleurigny et Boissy, qui avoient agi fort obligeamment à la réception des preuves de mon fils. Ils di.snèrent fort gaiement et parurent fort contens. J’appris les nouvelles de la mort

' Hcnrictle-LnuUi’ Colbert ne fut nuriceà Paul de ReauriUlera, fils du due de Soinl- Aû^n . que le a I janvier 1 6- 1 .

UOLIVIKR I.EFÉVUE D'ÜHMESSON. 'ill

de M. de Cliompigny-Saroo , qui, s'estant onibarqiié sur la Saône pour iMS.

aller à Valence, connue il avoit fait tuusjuurs, cl son bateau ayaut à cinquante |>as du bord Leiiiié contre un pieu, et s'estant fendu, il s'esloit noyé. L’on me dit que M. de Villeroy avoit demandé cette commission pour M. de Caumartin ou pour M. Barentin. Voilà encore une place de semestre vacante au conseil. M. de Saron meurt après avoir esté vingt-sept ans intendant à Lyon, avec réputation d'un boinine fort babile, fort bonnesie, et qui n'est pas riche.

A trois heures, mon fils, qui s’estoit trouvé au service du roy d'Espagne, nous dit (|ue la cérémonie s'estoit passée à l'ordinaire; que le roy et la reyne y esloient incognito sur un échalfaut à la vue de tout le monde; que Monsieur avoit seul représenté le deuil à cause de la distinction qu’il avoit voulu entre luy et M. le Prince : i" que sa (pieue fust plus longue et portée par deux gentilshommes, et celle de M. le Prince plus courte et portée pr un .seul gentilhomme; a” qu’il y eust des chaires vides entre la sienne et celle de M. le Prince; ce que M. le Prince n'avoit pas voulu souffrir, et il s’en estoit allé avec le duc d’Anguien à Chantilly; que les compagnies souveraines y avoient assisté, le parlement à gauche, la chambre des comptes et la ville à la droite, du costé du deuil; que M. l'archevesque de Paris avoit ollicié, et que M. l’évesque de Maçon, cy -devant le père Le BoulU, évesque d’Acqs, avoit fait foraison funèbre, et qu’il avoit fait plustost le panégyrii|ue du roy que celny du roy d’Espaguc; qu'il i'avoit loué de prudence d’avoir retranché une partie de ses Estais pour conserver le reste, et I’avoit comparé à un jardinier qui coupoit les branches superflues de son arbre pour le rendre plus beau '; et ainsv, dans la seconde partie, avoit fort imprudemment loué le roy d'Elspgne, et qu’on avoit esté peu satisfait de cette action; et enfin, que la cérémonie avoit duré jiisqucs à deux heures. J’ay appris sur cela que les ornemens de deuil pour ce service estoienl les mesines

' Cev louanges, qui semblent un peu Plus ou luy ottc.pitu il ftJ graïuL [\oj.Art ironique*, rappelienl l'emblèate de Phi> tit vérijîcr /«idotM» roi» d'Espegne, Philippe IV. C'éUiit un fo«sé avec ccUe devise : lippe IV.)

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w«mb. faits pour celuy de M, le cardinal, et que Ton n’y avoil changé que les armes.

I.e dimanche 29 novembre, M. de Pomponne me vint voir; il me parla de son eniploy, et, raisonnant ensuite sur la fortune de M. Fouquel, il me dit avoir vii l’horoscope dont on a parlé, qui marque tout * ce qui luy est arrivé et luy promet un retour fort heureux, et qu’il

croyoit que cet horoscope avoil esté trouvé dans les papiers de Saint- Mandé. Le soir, chez M. Le Pelletier; j’y trouvai les présidens de Maupeou*, de Bellejambc, de Bragelonne*, de Fourcy, et je vis qu’ils prétcndoicnt esire appelés à tout et qu’ils ne se conteiitoient pas d'estre û la prestation du serment.

Le lundy 3o novembre, feste de Saint-André, je fus disner aux (iobelins avec M. Le Brun, où estoient M. Fouin et toute la famille Le Roux et Doublet, ma femme et mon fils, il nous fil grande chère et do bonne grâce. Je vis un tableau, .sur sa cheminée, de raudieiice d’un aml)a$sadeiir de Venise, à la porte du grand seigneur, qui estoil reçu par le grand visir. Nous vismes les grands l'assins et vases d’argent que le roy fait faire, tous d'omemens dilîèrcns; il y en aura vingt-quatre. Nous vismes les tableaux admirables des victoires d’Alexandre et des principales actions du roy, dont le roy fait faire de belles tapisseries; enfin, tou.s les ouvrages qui se font sous la conduite de M. Le Brun. 11 me tesmoigna vouloir faire mon portitiit en pastel

' President de U cinquième clumihre de* enquêtes. On dit de lui dam le Tahhuti du purlemeRt : • So donne o U pro' fession et n'est pas ignorant du palais et du droit; a du mérite ci de Ictudo: l'ap* plication supplée à ce qui iujr manquerait; est civil, dcfTcranl. ne s'expose pas inconsidérément; a beaucoup d'inté|;rité; n a pas l'cspril de direction néces-sairc k la conduite d'une compagnie et d'une chambre forte comme est celle où il préside; aime la justice, et. après tout, n'a pas le crédit nécessaire à un président ; a espousé

une Richebourg, dont le père esloit des gabelles . de laquelle il a eu de grands biens, t

* Président de la deuxième chambre des enquêtes. Voici le portrait qu'en trace le Tabltau du parlement ; • De médiocre suffisance et de bonne opinion de luymesme, grand parleur et cherchant toujours des nouveautés, amateur de louanges; sans pouvoir; sans suite; donne tout à la faveur et aux ministres; dclTère a M. Colbert; n'est point sur, et est. en quelque manière, intéressé. >

de pareille grandeur que les portraits de M. le premier président et iwcemb. iSftj. de mon pire, et me fit dire qu’il n’osoit le faire en huile, l’ayant refusé mesme à M. Colbert.

Le mercredy a décembre, le roy vint au parlement pour la réception des ducs et faire cesser la contestation de messieurs des enquestes avec la grand’cbambre. J'y estois le quatrième maistre des requcstes. M. le chancelier y vint, et l’on députa deux conseillers de la gTand'chambre à fordinaire pour le recevoir, sans qu’il eust des masses devant luy, comme aux lits de justice. Tout le parlement estoit en robe noire. Sur le banc des présidens, MM. le chancelier, le premier président, les présidens de Maisons, de Mesmes, Le Coigneux,

Le Bailleul, Molé et de Nesinond, M. Lévesque de Ccsarée, qui empescba encore MM. de Morangis, Bellièvre et de Bonnelles de prendre place; au-dessous, MM. de Monmort, Pinon, Ja.ssaut et moy, et audessous M. Courtin', de la grand’cbambre.

Le roy estant à la Sainte - Chapelle , les quatre anciens présidens et les six anciens conseillers de la grand'chambrc allèrent au devant.

Le roy entra sans tambours, trompettes ni aucun bruit, à la distinction des lits de justice. M. le duc d’.\nguien, M. le Prince, Monsieur, marchant immédiatement devant le roy, passèrent par le milieu du parquet, croisant les présidens. M. le duc d’.Vngviien n’y auroit pas pa.ssé, si le roy n’estoit présent. Le roy estoit en habit et manteau violet, assis sur son trosnc ordinaire, à sa droite Monsieur, M. le Prince et M. le duc d’Anguien. MM. les ducs de Chaulnes, de Richelieu, d’Estrée, de Grammont, de V’illeroy, Morteuiar, de Créquy, de Saint-Aignan , de Noailles, de Coaslain. M. le duc d’Elbcuf s’y estoit présenté; mais, à cause de la conte.station entre M. de Vendosme et luy pour la préséance, le roy leur ordonna de se retirer. Du costé des pairs ecclésiastiques estoient MM. d’Estréc, duc de Laon, et La

' iSâns suflisaiicc. sans créfiit, foiblo; Bragelonne, de la rue des Escoudles; e«l M. de Saveuse a pouvoir absolu sur luy, beAU-frèrede M. le président de Mcsnics. le guidant et raidanl aux aflaires qu'il rap- pour qui U a grand respect • ( Tableau du

porte; gouverné par une demoiselle de parlement)

4IÛ JOUKNAI,

WcTOh. i6«5. Rivière, duc de Laugres. i,e capitaine des gardes ne suivit le roy que jusqucs au coin du panpict, et passa entre les conseillers par le coin du hanc des présidons, près la lanterne, pour se mettre debout du costé des pairs ecclésiastiques, et cela contre l’ordre; car M. de Villeroy dit, sur cela, qu’il devoit demeurer au coin du parquet, en deliore, et cita l’eierople de Henry II, qui vint au parlement pour faire arrester plusieurs conseillei-s pour la religion, Anne du Bourg et autres.

Chacun estant en sa place, le roy osta son chapeau et dit : • Messieurs, je suis venu en mon parlement; M. le chancelier vous dira ma volonté. • M. le chancelier estant ensuite monté au roy, et s’es- * tant mis à genoux pour recevoir scs ordres, puis ayant repris sa place sur le banc des présidons, dit que le roy ayant honoré des personnes illustres par leurs services de la dignité de duc, il venoit au parlement pour leur réception; et ensuite, ayant dit à M. Mesnardeau de parler, M. Mesnardeau dit que M. de Bouillon présentoit requeste pour estre reçu duc; que par le contrat d'eschauge de Bouillon et de Sedan, le roy avoit promis de luy ériger en duché Chastcau-Tbierry et ,\1bret, donnés en eschange; que, par l’arrest de vérilication de ibÔa, il estoit dit qu’il n’avoit rang que du jour de l'arrest, lut le dispo.sitif de l'arrcst et ensuite les lettres d’érection en duché de Cbasteau-Thierry et d'Albret, tant en faveur des enfans masles de M. de Bouillon eu ligne directe que des femelles, mesme des enfans masles et femelles de M. de Turenne. Après, M. le chancelier luy dit : • Le roy vous ordonne de mettre le soit monsiré. • Et, à l’instant, .sortirent M.M. le procureur général et Bignon, qui estoient à leurs places ordinaires, pour aller donner leurs conclusions. M. Mesnardeau sortit aussy.

Après, M. TauiLonucau parla pour M. le mareschal du Plessis; puis, M. Ferrand, doyen, pour M. le mareschal d’Aumont; M. Brillac, pour M. de La Ferté, et enlin M. Ferrand, pour M. de Montausier. A chacun des(|uels M. le chancelier dit la mesme chose pour le soit monsiré. Ces messieurs les rapporteurs estant revenus, l’un après l’autre, M. Mesnardeau lut le commencement des lettres de M. de Bouillon, et puis le dispositif avec l’adresse, et ensuite la déposition

DOLIVIER LKFlU’RE D'ORMESSON. 415

du curé el celle d’un lesmoin, et les conclusions. Après, M. le clian- iK«emb. itiüs. celier luy demanda son avis, et ensuite à tous les conseillers de la grand’ chambre , l’un après l’autre, et finit par le coslé des maistres des reijuestcs; après, aux prèsidens des cnquesles, qui estoient sur deux bancs en dedans le parquet de la grand’clianibre, et de suite à tous les conseillers, puis aux ducs et paiis laïques, aux ducs et pairs ecclesiastiques et aux prèsidens de la cour, et ensuite estant monté au roy. Monsieur, M. le Prince el M. le duc d'Anguien s’approchèrent pour dire leurs avis ensemble avec le roy, el M. le chancelier e.stant redescendu et ayant fait une grande révérence au roy, s’estant assis el ayant fait entrer M. de Bouillon, qui se tint derrière le barreau, et luy leste nue, il prononça :

• l.e roy, estant venu en son parlement, a ordonné et ordonne que vous serez reçu en la dignité de duc et pair de France, pour avoir rang et séance conformément à l’arrest de l’année iG5i, en prestant par vous le serment en tel cas requis et accoustumé. Levez la main ; vous jurez et promettez de bien et fidèlement conseiller le roy dans ses très hautes et très importantes affaires, el séant au parlement garder les ordonnances, rendre la justice au pauvre comme au riche , tenir les deslibérations de la cour secrètes, et en tout vous comporter comme un digne, sage, vertueux et magnanime duc cl pair, officier de la couronne et conseiller en la cour, doit faire. Ainsy vous le jurez cl promettez.! M. de Bouillon ayant respondu, ouy, M. le chancelier dit : I Prenez voslre place. ! Le premier buis.sier, qui tenoit dans le fourreau l'cspée de M. de Bouillon , qu'il avoit ostéc en entrant au parquet, la luy remit dans la ceinture, et M. de Bouillon monta sur les l>ancs où estoient les ducs el pairs, et .s’as.sit au-dessus du mareschal d'Estrée, apres M. de Richelieu.

La mesme cérémonie fut observée à chacun des autres ducs, el il n’y a rien à remaixjuer, sinon que M. Courtin, opinant, dit qu’il estoit d’avis de vérifier les lettres, à la charge de reversion du duché à la couronne, en cas de deifaut d’hoirs masles, el répéta la mesme chose à chaque fois que l’on luy demanda son avis, dont l’on rit. Il

bigitizedîy CiOOgle

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tMc«mb. i66S. SC passa une autre plaisanterie. M. le inareschal d'Estree estoit l’un des tesmoins de M. de La Ferté. M. de Brillac, rapporteur, avoit omis de lire sa déposition. Le roy, qui voulut rire, désira entendre quel âge M. le niaiesclial d'Estrée s'esloit donné, et, l’ayant fait dire à ,\f. le chancelier, M. le chancelier demanda si aucun des ducs n’estoit tesmoin, afin qu’il ne luy demandast pas son avis. M. de Brillac dit que M. le duc d'Estrée avoit déposé. M. le chancelier luy dit : > Lises la déposition. • Ce qu’ayant fait et ayant omis l’age, M. le chancelier demanda si l’on n’avoit point mis l’agc, et que ce scroit une nullité. Sur ce, M. Brillac lut : âgé de soixanle-qainze ans'. Aussytost le roy se prit à rire et M. le Prince à csclater, et toute la compagnie, comme à la comédie.

L’ordre des ducs fut : M. de Bouillon, pour avoir rang de i 65a , et puis MM. du Plessis, d’Aumont, de La Ferté et de Montausier. Après la réception des ducs faite, M. le chancelier dit : ■ Messieurs, le roy m’a commandé de vous dire (ju’il n’entend pas que Messieurs des enquestes puissent prendre avantage de ce qu'ils sont présens à cette deslibération, ne voulant pas que cette séance serv'e de règle, jusques à ce qu’il ayt décidé sur leurs prétentions, dont Sa Majesté se réserve la connoissanco. » Aussytost le roy s’en alla, sans bruit de tambours ny de trompettes. Les enquestes furent fort estonnés du discours de M. le chancelier, et dirent que c'estoit du conseil de M. le premier président, et l’elTet de la visite qu’il avoit faite le jour précédent au Louvre , et tous les présidons dirent n'en avoir point eu de connois.sance, et cela a fait un mauvais effet dans l’esprit des enquestes contre M. le premier président.

Je disnai avec M. le premier président, où j’appris que M. Le Tillier, cy-devant intendant des finances, et depuis receveur des consignations, s’estoit absenté, et M.M. Brillac et Lotin furent y apposer le scellé.

Le jendy 3 décembre, au Palais, l’on paria de l’absence de M. Le

' Fr^inçoit-Annibal d^EsIréc. dont il a né en 1573 el avait, en i665, quaire-vingtété souvent question dans ce Journal , était dotue ans. 1! était frère de Gabr. d'Estrée.

Tillier, et je fus député, avec M. Le Boulanger pour y aller apposer le scellé, parcequ’il estoit receveur des consignations des requestes de l’hostcl, tant à l’ordinaire qu’au souverain. J’en informai auparavant M. le premier président et M. le chancelier, qui n’en estoit pas averti. Nous y fusmes avec le procureur du roy, Délita, et le greffier, et trouvasmes MM. Sanguin et Le Féron, conseillers de la cour des aydes, qui avoient apposé le scellé. Nous y apposa.smcs celuy des requestes de l'iiostcl. M. Le Tillier s’estoit absente dès le dimanche après midy. Voilà une grande affaire et fascheuse, et qui ne surprend pereonne; car chacun sçavoit que M. Le Tillier estoit ruyné lorsqu’il entra aux consignations, et il fut reçu par l’intrigue de Berryer.

Le second lils de M. Hébert, reçu depuis six mois conseiller, est mort sans avoir payé la paulette. M. Charron, beau-frère de M. Colbert, en a traité avec les héritiers à quatre-vingt mille livres, et sur la résignation il a obtenu des provisions, ayant fait rendre arrest du conseil d’en haut qui reçoit M. Hébert à payer le droit annuel, quoyqu'il ne soit pas dans le temps. C’est un coup de faveur très grande. L’on parle de M. Colbert comme d’un homme qui ne perd point les occasions, et à qui la fortune fait réus.sir tout ce qu'il désire, caries deux seules charges de maistre des requestes et de conseiller de la cour qui ont vaqué par mort, il les a eues pour son frère et pour son beau-frère, et dans le temps qu’il le désiroit.

Les ambassadeurs extraordinaires d’.\ngleterre ont reçu les ordres de revenir, et ils doivent débarquer au Hourdcl, à l’embouchure de la Somme, et demeurer quarante jours à Cayeux’, sans avoir aucun commerce, mesnie avec les paysans, que l’on en fait retirer; car l’on prend de grandes précautions contre la peste, ipii est plus forte que jamais en Angleterre , où il se meurt des quatre à cinq mille personnes par semaine. On la croit à Calais, et, pareeque les Anglois ont

' LouU Le Boulanger, seigneur de HacqueviUe. reçu maître de» requêtes le aa novembre i656. iSçait les affaires, ne manque pas de suffisance, mais a un peu

Tesprit bourgeois. ■ (PorfrYntr êet mattf'es dei rr^uêta.)

* Petit port du département de la Somme.

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WMmk i6«3, envoyé des marchandises 4 Anvers cl en Flandre, où la peste commence, l'on veut rompre tout commerce avec la Flandre.

M. de Guénégaud a présenté scs lettres d’abolition à M. le chancelier, qui en a fait rapport au roy comme estant bien dressées. M. (iolberl s'csl eslevé et a dit qu'il falloit les communiquer au procureur général. Ainsy l’on ne s’en est pas fié à M. le chancelier, et on les a envoyées à M. Chamillart; l'on dit que M. le chancelier en est fort offensé. M. de Bussy a donné sa démission de sa charge de mestre de camp de la cavalerie légère, et M. le duc de Coaslain en a la chaige pour qualrc-vingt-quatrc mille cscus, qui est le prix qu’elle luy a cousté. L’on m’a dit cpie M. DeCta prétend à la charge de lieutenant criminel par rcnlremisc de M. Talon, et que M. de Machaull, maistre des requestes, y prétend aussy.

Le dimanche 6 décembre, j’appris que, dans le conseil d'en haut, M. le chancelier avoil fait rapport des mémoires de M. Chamillart sur les lettres d’abolition de M. de Guénégaud, cl les avoit condamnées, ayant soustenu par beaucoup de raisons son premier avis; que M. Colbert s’esloit emporté contre luy et avoit soustenu les mémoires de M. Chamillart; que le roy avoit dit à M. le chancelier qu'il falloit qu’il desclarast à M™ de Guénégaud qu’il vouloit que .son mary refforinast ses lettres, et que si , pour mardy, il ne les rendoit reffomiées, il luy donneroit de nouveaux commissaires’.

Le mercredy 9 décembre, lendemain de la Nostre-Dame, je fus le matin chez M. Le Tillier, pour la levée du scellé, oVi se trouvoient MM. Ferrand et Lolin pour le parlement. Sanguin et Le Féron pom' la cour des aydes. L'on concerta ce qui estoit à faire. L’on convint que chaque compagnie feroil son procès-verbal séparé et leveroit scs scellés; que le parlement feroit la description en présence des commissaires pour leur remettre les papiers de letu juridiction; à l'esgard

' *Ï6'j sçu depuis que M. ChamilUrt avoit esté présent et avoit sOQstenu son avi»; que M. le chancelier y avoit respomlu . et que lo roy avoit dit qu'il fat-

ioil suivre ce que CbamiUarl avoit cor* rigé, et que Monsieur Tavoii dit à M** de Guénégaud. • {Note marguutle d’Otivisr d'Ormeuon.)

Digiti~d by

D’OLIVIF.R LEFÈVRE D ORMESSON. 41(1

des premiers opposans, que Ton escriroil leur comparution, et qu’ils i«65.

donneroient au greffier leurs causes et moyens d'opposition par escrit. Le greffier du parlement commença son procès-verbal.

L’apresdisnée , chacun y retourna , et je trouvai les dispositions fort changées. Messieurs du parlement voulant e.stre seuls maistres de tout, ne pas soiilTrir la présence des commissaires des autres compagnies, et que, lorsqu'ils trouveroient des papiers de leur juridiction, ils les leur renverroient pour les inventorier en d'autres chambres. Il y eut de grandes contestations entre M. Ferrand et les greffiers qui se présentèrent pour escrirc, et avec un avocat nommé par le grand conseil pour substitut, et le greffier, qui avoient charge de lever leur scellé et de faire l’inventaire de leurs papiers. M. Ferrand s’eschauffa fort, et chacun se retira.

Le jeudy lo décembre, les maistres des reque.stes arrestèrent que leurs commissaires scroient présens à l'inspection des papiers, apposeroient leurs scellés avec le parlement, et feroient la description de leurs papiers, mais dans un lieu séparé, laissant la première description au parlement, et que nous conférerions ensemble avec M. le premier président, M. le Boulanger et moy. Nous rendant chez M. le premier président, nous allasmes à la cour des aydes pour sçavoir ce qu'ils avoient fait; nous entrasmes dans le parquet, parlasmcs à MM. Le Camus et Ravot', et à MM. Sanguin et Le Féron, et sçusmes qu’ils avoient résolu de conférer avec le parquet du parlement, et ainsy qu’on ne feroit que se présenter après le disner sans travailler. Nostre conférence avec eux se passa fort civilement non point comme députation, mais comme entremise d’amis. De là, chez M. le premier président, qui approuva assez nos propositions, mais ne voulut point se charger de les décider.

Après le disner, allant chez Le Tillier, je passai chez M. le chancelier, pour l'informer de ce qui arrivoit. J’y trouvai M. Poncet, et vis sceller ses lettres de conseiller d’Estat; je ne sçais s'il est escril au lieu

' JeAfi-Baplùlc lUvol d’Oinbrev&l fut reçu «vorat généra) à la cour des aides le 13 décembre 1671.

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D/cHnb. i665. de mon père ; l’on in’a dil que cela n'y estoit pas. M. Poncet me parut fort interdit, me voyant présent, et n’osa pas me parler. M. le chancelier me dit qu’il falloit nous commettre pour les consignations du conseil. De là, clics M. Le Tillier, où MM. Sanguin et le Féron dirent que la cour des aydes avoit résolu que les gens du roy conféreroientavec ceuï du parlement pour régler cette difficulté, et jusques à ce qu’elle fust réglée, ils ne pouvoient pas travailler. Ainsy l’on se retira sans rien faire; de là, clici M“ de Fourcy, revenue deChessy, et chez M. le premier président, où M. Robert, greffier, se trouva. M. le premier président fil convenir de ce que j’avois proposé, et me convia d’aller le lendemain au parlement. Le soir, je fus chez ■ M. de Montmort; je ne pus luy parler, estant avec M. Colbert et

autres. M. Colbert estoit venu luy faire la demande de sa fille pour le fils unique de M. de Bertillac, garde du trésor royal.

Le vendredy ■ i décembre, je fus le matin au parlement. L’on parla de la difficulté pour la levée du scellé chez M. Le Tillier. J’expliquai les propositions d’accommodement; l’on en convint, et l’on me tesnioigna qu’on souhaitoit que je fisse aussy convenir la cour des aydes sans autre conférence. Je fus de là au parquet, et je parlai à M. de llarlay, procureur général. De là, je fus à la cour des aydes, dans le parquet, où je dis à M. Le Camus, procureur général, ce qui s’estoit passé au parlement. 11 me parut en eslre fort content, et me dit qu’il le proposeroit à la compagnie après l’audience, et qu’il m’en feroit avertir. Je fus aux requestes de l’Hostel, où M. Ladvocat avoit expliqué la chose autrement qu’elle n’estoit. Après m’avoir ouy. Messieurs furent très satisfaits. Estant à l'audience, M. le procureur général du parlement m’envoya prier par M. Lefebvre, bailly de Saint- Germain cl substitut, d’aller au parquet. J’y fus, et j’y trouvai MM. de Harlay et Bignon avec MM. Le Cannes et Ravot. L’on convint de toutes mes propositions ; mais la cour des aydes désira que , dans le procèsverbal du parlement, il fust escrit en présence de tels commissaires de telles compagnies; ce dont M. de Harlay convint. Ainsy il fut convenu que la levée des scellés se feroit, pour chaque scellé, par

D'OUVIER LEFÈVRE DORMESSON.

ceux qui les ont apposés, en présence des autres; qu’à la description, iMcnnb. i66S. le greffier du parlement cscriroit seul en présence dos commissaires ; que leur présence seroit marquée; que les papiers de leur juridiction seroient délaissés à leiu's greffiers, qui signeroient sur le procès-verbal du parlement , et qu’à la sortie chaque compagnie apposeroit son scellé où le parlement apposeroit le sien.

Après le disner, je fus au conseil, où je vis M. Poncet prendre sa place; j’y allai exprès. De là, cliei M. d’Aligre, où je trouvai M. de Breteuil, qui me dit que M. Colbert estoit seul controleur général, ,

et qu'on le rcmboursoit. L'on estoit là fort malcontent.

Le samedy i a décembre, le matin, au Palais. Au sortir, je fus avec M. Le Roux chez M. le premier président, présenter des thèses qui m'estoient desdiées par M. Blondel, neveu de M. Le Roux.

Après le disner, je fus chez M. LeTillier, oùestoient, pour le parlemeut, MM. Ferrand etLotin, et Robert, greffier, Lefebvre, substitut; des rcquestes de l’Mostel, MM. d’Ormesson et Le Boulanger, Defita, procureur général. Le Mazicr, greffier; MM. Sanguin et Le Féron,

de la caur des aydes, ’, substitut, et Dupuis, greffier; du grand

conseil, un avocat nommé pour substitut, et le greffier. On leva les scellés, et le greffier du parlement escrivit en présence, comme il estoit convenu. J'appris que M. Délita traitoit de la charge de lieutenant criminel, et qu'il n'en estoit pas disconvenu à un commissaire du Chastelet, qui luy en avoit parlé.

Le soir, chez M. Le Pelletier, où l'on me confirma la nouvelle que j’avois apprise du changement quasy général des intendans : M. Colbert en Picardie; M. dcMachault, de Picardie en Champagne ; M. d’Herbigny, de Champagne en Berry et Bourbonnuis; M. Barin*, d’Orléans à Rouen; M. Voisin, de Rouen à Tours; M. du Gué, de Caen à Lyon.

Sur quoy, je dois remarquer l’air du temps : M. de Villeroy avoit proposé pour cette intendance MM. de Caumartin, Barentin ou Bezons.

' Le nom est resté en blanc dans le ros. • A de ros;>nt, a^avant, un peu intéresaé,

' Jacques Barin de La Golisaonniére, de la cabale dévote. ■ [Portrait det maitra reçu maître des requêtes le 3i octobre. des raquétat.)

i665. Le roy luy avoit promis l'un d’eux; néantmoiiis , sans sa participation, l’on y envoie M. Du Gué, et mesmc sans celle de M. Le Tellier. Tel est le crédit d'un gouverneur du roy et do Lyon, mareschal, duc et président au conseil des Gnances. M. de Marie' va é Caen; M. Favier’ revient d'Alençon, et M. de PommereuP duBourbonnois; M. Courtin, l'ambassadeur d'Angleterre, va à Orléans. Ce tjui me paruist un coup fort rude. J’appris que, lors de cette proposition d’intendances, le roy avoit dit : « Et que deviendra Courlin ? sera-t-il sur le pavé ? » M. Colhert avoit respondu : • Il n'est pas nécessaire qu’un bomme soit tousjours dans l’employ. • Le roy ayant répliqué qu'il falloit donner une intendance h Courtin, M. Colbert avoit dit: >11 faut donc oster M. d’Aubray', nommé pour Orléans, et donner cette intendance à M Courtin. • Et que le roy l’avoit approuvé.

J'appris encore que l’on envoyoit M. Poncet, le Gls‘, à Bordeaux, pour la réfonnatinn de la jirstice. Ce choix surprend, car il n’est pas habile et n’a aucime rapacité dans les affaires, n’estant reçu maistre des requcstes (pie depuis six mois. M. Bignon* est envoyé à Pau; M. Molé’, à Dijon , etc. r ay sçu tpie M. Poncet ayant présenté ses lettres de conseiller d’Estat i M. Le Tellier pour les signer, et celuy-cy ayant vu qu’elles portoient pour et au lieu de M. (TOrmesson, M. Poncet dit (pi'il ne l'avoit pas voulu, mais (pi’ayant consulté M. Colbert, il luy

' Borniird-Heclor de Mnrle. neîgaeur de Versigny, reçu maître des requêtes le 38 mai 1668.

* Jacques Favier. seigneur de Doulay' Tlderry, vicomte héréditaire de Nogenl* ie-Boi, reçu maître des requêtes le 3i janvier i636. Le Portrait de* mattrêM du retjaétes le caractérise airui : ■ Habile, qui donne i la faveur et qui a fait plaisir à bien des gens par 1a quantité d’arresU bons et ineschans qu'il &it passer. •

* Robert'Augustede Poinraereu (Pommereul ou PommereuU)» soigneur de U Bretêchc, reçu maître des requêtes le

3i juillet i656. «A respril rif. adroit. et des dispositions i pousser sa fortune ^ ci> vil, bienfaisant et bon juge.» (/êid.)

* Antoine d'Aubray, seigneur d'Offremont et de Villiers, reçu maître de» re* quêtes le 33 novembre i6Co. «Vaut beaucoup et croit valoir davantage. * (/êid.)

* Malliias Poncet, seigneur de la Rivière, comte d'Ablis, reçu maître des requêtes en mai i665.

* Thierry Bignon , reçu maître des re> quêtes U 1 5 mars t663.

’ François Molé, reçu maître des requêtes le 8 mai 1667.

D'OUVIER LEFÈVRE D ORMESSON.

«voit mandé que, s'il ne le mettoil, il u’auroit pas la place. De là, je o^emb. i6bj. dois juger de la bonne intention.

J’appris encore la résolution prise pour la continuation du droit annuel pour tousjours, et que l’on Gxoit le prix de toutes les chaires : celle de conseiller au parlement, à cent mille francs; de président aux enquestes, à vingt-cinq mille escus; de maistre des requestes, à cinquante mille escus; de président au mortier, à trois cent cinquante iiiilie livres, et l'age de conseiller à vingt- sept ans; dont tous les officiers sont fort consternés. Cette conjoncture est rude pour nioy, par la perte de la place de mon père, par celle sur le prix de ma charge, ayant pu y gagner plus de quarante mille escus, sans pouvoir rien faire pour mon fds. Je prie Dieu qu’il tourne cet estât de malheur pour sa gloire; je suis fort soumis à sa sainte volonté.

Je sçus que le matin M. le premier président avoit fait rcgistrei les lettres de dispense d’age en faveur de M. Charron, beau-frère de M. Colbert; qu’il avoit mis le soit monstre sur ces lettres, jugé l’information et donné la loy, dont tout le monde esloit scandalisé , faisant en mesme jour une chose qui n’avoit jamais esté faite qu’en trois jours, et l’on imputoit cette grâce à foiblesse, M. le premier président ayant esté tousjours très mal traité et fort indignement par M. Colbert; et ce qui est fascheux, est que cette conduite, au lieu de gagner M. Colbert, luy donne du mespris. L’on me dit que l’on avoit vériGé les lettres de continuation des grands jours, sans rien dire ; que l’on avoit renvoyé la commission de la chambre de l’édit à M. le cbancelier pour la réformer, à cause qu'il y avoit mis .M. de Saint-Martin de la religion , et que M. Le Cocq prétendoit que c’estoit son rang. En quoy le parlement faisoit une faute, pareeque l’on sçavoit que M. le chancelier avoit dit qu’il ne la changeroit pas, et que l’on casseroit l’airest du parlement par arrest du conseil, et ainsy c’est se commettre pour estre battu et sans sujet; car il n’est d’aucune conséquence que ce soit M. de Saint-Martin ou .M. Le Cocq qui servent en la chambre de l’édit.

J’appris encore que M. le premier président avoit traité de la charge

JOURNAL

»#<-rnib. i66S. de conseiller de M. de Vcrncuil , quoyqu’il fust averti que M. Colbert et M. Le Tellier ne vouloient pas qu’il la vendist, et qu’il y eust opposition au titre. Je ne sçais pas si le traité s’achèvera; mais c’est se faire des affaires fascheuses, et tous les amis de M. le premier président ont grand desplaisir de ectte conduite.

J'ay encore sçu que M. do Caumartin, pressé par les ordres de la cour, avoit présenté nu arrest pour présider aux grands jours en l’absence de M. de Novion; que cela avoit fort irrité ces me.s.sieiirs contre liiy, en sorte que personne ne l'alloit plus voir, quoyqu’il fasse très grande despensc, et que ces messieurs avoient deslibéré qu'en rapportant par luy une vérification du parlement ils le recevroient; que M. Colbert avoit escrit de son chef pour faire vérifier cet arrest, et qu’estant cstoiiné qu’on n’eust pas defféré à ses lettres, cscrivant par ordre du roy, il avoit envoyé des lettres de cachet, et que, depuis deux jours, il avoit dit siu" cela qu’il estoit question de sçavoir s’il estoit roy et s’il se feroit obéir, et qu’il falloil y pourvoir, et qu’il avoit proposé de faire dire à M. le premier président de donner leurs mémoires sur cette affaire, et que le roy décideroit par un arrest qu’il feroit registrer en sa présence , allant tenir un lit de justice pour la dcsclaration des hypothèques.

Le dimanche i 3 décembre, je fus avec M. le président de Fourcy au collège de Beauvais', pour un acte de philosophie qui m’estoit desdié par Blondel de Troyes, parent de M. Le Roux et de Doublet, nos bons amis, qui avoient souhaité cela de moy. La planche où estoit mon portrait a esté gravée par le nommé Masson, qui n’a pas réussi 4 la ressemblance, estant son coup d'essay pour faire le crayon. Au surplus, de la part de M. Le Roux, toute la despensc s’y est faite trop magnifiquement. La compagnie y a esté asser considérable, nonobstant le mauvais temps. 11 a esté fait plusieurs complimcns en latin par les disputans, fort bien, entre autres par ccluy qui a fait l’ouverture , et puis par M.M. de Basville , du Bois, fils

' Ce qui fut fondé en 1370 rais, était situé dans la rue Saint-Jean-de-

par Jean de Donuan». évéque de Beau* Latran

du premier commis de l’espargne, par M. Le Mesie, professeur au D^crmb. i665. collège du Plessis; el enfin le rcsponilant a esté reçu maistre ès arts par le père I^Ucmant, religieux de Sainte-Geneviève, cliancclicr de l'Université, qui a fait une fort belle harangue en l’honneur de la famille, s’estant fort estendu sur les louanges de mon père et peu sur les miennes,* comme je l’en avois prié. Enfin, cet acte s’est passé fort honnestement.

J’ay appris que M. Colbert avoit presté le serment de controleur général, et que l’on donnoit à M. de Breleuil une place de conseiller d’Estat ordinaire, qui est la quatorzième. Celte eslévaliou de M. Colbert fait murmurer tout le monde, et principalemeut ceux qui souffrent. On parle aussy fort mal de la complaisance de M. le premier président pour la réception do M. Charron, beau-frère de .M. Colbcrl.

Les plaintes .sont générales, et, ce qui est surprenant, est que tout le monde s’attend à une grande misère et à de grands désastres en 1 660, et il semble que toutes choses s’y disposent. Au moins le chagrin de tout le monde est fort grand et général dans toutes les conditions.

M. de Foix, duc de Randan, fils de M“' la comtesse de Fleix, fille de M"' de Senccey, est mort de la petite vérole six mois après sa femme, et ne laisse qu’une petite fille ; son frère conserve le duché.

Le mercredy i6 décembre, je fus le matin à Saint-Germain-des- Prés parler avec dom Lauiiier, religieux, sur la proposition d’acheter fbostcl de Saint-Denys. Il me conta tout ce qui avoit esté fait sur cela avec M. le cardinal de Retz, pour l’acrpiisition de la terre de M. de Bermont au Tremblay. Je convins d’en donner quatre-vingt mille livres pour tout. Au retour du Palais, je fus voir M. le premier president,

(jui s’estoit trouvé mal.

Le jeudy 17 décembre, le matin, au Petit Arsenal, où la chambre de justice s’assembla chez M. Clapisson, à cause que M. le cardinal des L'rsins estoit logé dans le Grand Arsenal, dans l’appartement du grand maistre. M. le chancelier estant arrivé, l’on discourut de la forme de vérification des abolitions. M. le chancelier demanda à M. Chamillarl, qu’on fit entrer pour y eslre présent, comme il devoit

U. Si

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lirciMuk. 1663. en user, disant qu'il en falloit faire deux séances, et ordonner que le procureur général donneroit ses moyens d'obreption et de sidtreption. M. Brillac dit qu’il y aurait inconvénient, forma des dilbciillés, prétendant qu'il seroil mieux de finir aujourd’huy, et il me semble qu’il ne disoit pas cela à propos; car leurs règles csloient prises, et il n’estoil pas capable de les faire changer. Enfin, M. de Guéifégaud, vestu de noir, s’estant avancé au devant du ban-eau, M. le chancelier luy a fait lever la main et prester le serment de dire vérité. Ensuite, le grelfier luy ayant dit de se mettre 4 genoux , il s'y est mis un genou 4 terre seulement. M. le chancelier ayant dit qu’il falloit y mettre les deux genoux, il les y a mis; et puis M. le chancelier luy a demandé s’il avoit obtenu des lettres d’abolition; il a dit que ouy; si elles contenoient vérité, a dit que ouy; s’il vovdoit s’en servir, a dit que ouy. J’oLibliois qu’avant de faire entrer M. de Guénégaud , M. Poncet a lu la reqnestc de M. de Guénégaud, di.sant que, dans le procès criminel intenté contre luy, il avoit obtenu lettres d’abolition, et qu’il en demandoit l’entérinement; que, sur cette requeste, ayant esté ordonné le soit monstre, le procureur général avoit donné ses conclusions; que, le dit sieur de Guénégaud mandé en la chambre et ouy, il ferait ce que de raison. Sur quoy, il avoit e.sté mandé, et, après avoir respondu ce que dessus, M. le chancelier a ordonné la lecture des lettres; ce que E'oucault a fait. Elles contiennent la confession de tous les chefs d’accusation; 4 la fin, il y a : « Sa Majesté se ré- ■servant de le taxer 4 telle somme qu’elle avisera. « La lecture achevée, M. de Guénégaud tousjours 4 genoux, et luy retiré, le procureur général a requis de bouche la communication des dites lettres pour y donner ses moyens d'obreption et de subreption. M. le chancclicr ayant demandé les avis, les conclusions ont esté suivies. Après, on s’est levé et retiré.

Après le disner, j’ay travaillé au logis avec MM. les maistres des requestes du quartier, sur une affaire de M. Bignon, pour un commis tué à l’ols.sy, et un prisonnier trouvé dans le cachot la gorge coupée.

Le vendredy i8 décembre, le matin 4 la chambre de justice, cher

M. Clapisson. M. le chancelier verni, M. Poucet a lu la rcqueste do mr«mb. ifit.;. M. de Guénégaud , les lettres d’abolition avec les conclusions du procureur général, qui ne les empcsclioit estre entérinées, à la charge que Sa Majesté feroit telle taxe (ju'elle aviscroit , et de dix mille livres d'aumosne. M. Poncet a dit que le procès de M. de Guénégaud avoit esté instruit, rapporté, vu, et que les juges dévoient juger selon la rigueur des ordonnances et des loys, et ne pouvoient pas s’en despartir; mais que les roys pouvoient les combattre par la clémence; qu’il SC souvenoit d’un beau mot d’un grand chancelier d’un grand roy d’Italie, Théodoric, Cassiodore', Félix qaerela cam jastitia pietate vincilar; que le roy avoit fait grâce à M. de Guénégaud par scs lettres d'abolition, et qu’il estoit d’avis de les entériner, à la chaige de la taxe et de l'aumosne de dix mille livres. Tous ont esté du mesme avis, sans parler, .sinon M. Brillac, qui a dit que l’on ne condamnoit point un accusé à une aumosne sans l’interroger, et qu’il estoit mieux de ne pas parier de la taxe, le roy la pouvant faire, et mesme estant juste qu’il la fist. M. le chancelier a dit que c'estoit M. de Guénégaud qui avoit liiy-mesme dressé ses lettres, et les avoit présentées avec cette clause; et ainsy qu'il n’y avoit rien à dire. Après, il a dit que les comédies finissoicnt par des mariages, et la chambre de justice par la clémence; qu’elle ne s’asscmbicroit plus là, et qu’il falloit attendre à iriardy, que la commission seroit vérifiée. On s’est ensuite retiré.

Ce mesme matin, M. Charron de Menars a esté reçu au parlement, où estoient toutes les dames de la famille Colbert. Tout le monde attend le lit de justice qui se doit tenir mardy prochain comme un coup de massue. L’on dit la desclaration des hypothèques , la réduction des rentes constituées au denier vingt (5 p. o/o), le droit annuel avec le prix fixé des charges et l’age de vingt-sept ans, la révocation de la chambre et une commission nouvelle pour les décrets.

Cette matinée, chez M. de Montmort, le lendemain des noces de M'*' sa fille avec le fils de M. de Bertillac.

' (^ünsintlorc fui , jusqu'en 5aà, lecréuire de Théoitoric, mi des Oslrogotlis.

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TMrttnl). i665. La distribution des niaistres des requcstes dans les parlemcns et le changement d’intendances se conPirnient tousjours. M. Chamiliart va à Caen, et M. do Marie, i Alençon ; M. Bignon, à Pau; M. d’Aguesseau*, à Limoges; M. Boulanger d’Hacqiieville ou M. de Nesmond’, à Toulouse.

Le niardy sa décembre, à sept heures du matin, je fus chez M. le chancelier en robe de satin, ayant esté mandé pour l’arj;ompagner au parlement. C’est la première fois, depuis vingt ans que je suis maistrc des rcquestes. Nous le suivismes au Palais, où il fut reçu sous l’arcade du milieu de la grand’salle, par deux conseillers de la grand’chambre, et il les attendit. C’estoient MM. Mcsnardcau et de Reffuge. Estant entré dans le parquet de la graud’chamhre, M. le chancelier se mit au dessus de M. le premier président, et l’on apporta deux lianes pour Messieurs du conseil; et y estoient assis sur le premier banc MM. d’Estampes, de Vertamon, Bercy, Foulé, Villayer, La Margueric, Bouchcrat ;sur le deuxième banc estoient MM. d’Ormesson , duTremblay ’, Voisin, Le Reboui'S*, Besnard, Chamiliart, Ilotman, Potet* et Poncct le père, venu le dernier. J’estois fort proche des présidens de la cour, qui me firent tous beaucoup d’amitié. Sur le banc des présidons estoient M. le chancelier, le premier président, les présidens de Longueil, de Mesmes, Le Coigneux, Le Bailleul, Molé cl Nesmond. La reyne et Madame montèrent dans la lanterne, du costé de la cheminée; M'** de la Vallière demeura seule sous cette lanterne avec

' Henri Daguesseau OD d'Agueaseau .

reçu maître dea requêtes le 5 septembre 1660. Son lits te chancelier a écrit sa biographie, lai Porlrait des nun'trei des rrçudisi n'en dit que quelques mots : a Assez lionnesle bouimc . avec uu peu de présomption. s

' Henri de Nesmond, seigneur de Saint- Disan et de Brenü, reçu maître des requêtes en 166S.

* Henri Le Qerc. seigneur du Tremblay, maître des requêtes depuis le a6 fé-

vrier i64a. iFoible, inégal, sans beaucoup de malice. ■ (Portrait des maJtrei dtt rrçudtei.)

* Thierry Le Rebours, seigneur do Bertrand-Fossé, reçu maître dea requêtes le 3 I août 1 656. ■ Esprit irrésolu , assez bon juge, s (féid.)

* Fhfliltert Potet, seigneur de Bretiniéres, reçu maitredes requêtes le 3 3 juillet 1655. « Esprit un peu pesant et mélancolique, assez bien intentionné pour la justice. • (/éid.)

quelques autres damoiselles. Dans la lanterne, du costé du greOe, Dikcmb. iSSS. esloient le cardinal Ursini, l'ambassadeur d'Espagne et autres ambassadeurs.

Le roy estant à la Sainte-Cbapelle, les quatre anciens présidons et les six anciens conseillers furent le recevoir. S. M. entra, les tambours et les trompettes sonnant jusque dans la grand’chambre, à l’ordinaire.

Il esloit accompagné de M. le duc d’Anguien sevdement. S’estant assis sur son Irosne, M. de Bouillon, grand chambellan, s’assit à scs pieds;

M. Séguier, prévost de Paris, avec son baston blanc, sur le premier pas; MM. de Villequier en quartier et Cbarost père, capitaines des gardes, assis aux pieds des ducs et pairs ecclésiastiques de Laon et de Langres; M. le duc d’Anguien assis à la droite, et au-dessous MM. les ducs de Luynes, de Cbaulnes, de Retz, de Richelieu, de Mazarin, de Grammont, de Villcroy, d’Estrée et autres, que je ne pus voir, estant au second rang derrière. Chacun assis et couvert, le roy, estant son chapeau, dit : ■ Messieurs, M. le chancelier vous fera sçavoir mes volontés. « Alors M. le chancelier, qui s’estoit assis au coin, dans la chaire ordinaire, se leva pour aller au roy recevoir son ordre, et montant sur le dernier degré il fit un faux pas, et sans le secours de M. de Villequier, qui le retint, et de M. Sainctot, maistre des cérémonies, qui le soustint par derrière, il tomboit de haut en bas et cust fait une lourde chute. S’estant mis à genoux devant le roy et estant retourné en sa place, et de là encore ayant salué le roy, il pronon<,;a sa harangue d’une voix tremblante, à son ordinaire. Il parla contre les tmancieis et ceux qui avoient eu l'administration des Gnances, et, sans parler des desclarations, il finit fort promptement, en sorte qu’on crut qu’il s’esloit brouillé. Ainsy sa harangue fut courte et mauvaise.

M. le premier président s’estant ensuite levé avec tous les présidons, et ayant salué le roy profondément, prononça sa harangue d’un ton et d’un poids fort nets et avec beaucoup de dignité. Après les premiers compiimens, il loua le roy des poursuites qu’il faisoit contre les Gnanciers, mais ajouta qu’il craignoit que cette guerre ne tombast

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Uwmb. iBiiS. jusque suf les innoceus, par cette desclai-ation que Sa Majesté apporloil; ncantnioins qu’il croyoll que Sa Majesté, estant très juste et fort esclairéc, imiteroit ce père qui, voyant son fils enveloppé dans les replis d'un serpent qui l'alloit esloulTcr, sçut frapper son coup avec tant d'adresse, qu’il tua le seipent sans blesser son lils; et sur cette pensée il parla fort bien et avec beaucoup de vigueur.

M. le chancelier ayant dit au greflier de lire les desclaralions, celle du droit annuel fut lue la première, puis celle de l'abolition pour les fiuanciers moyennant les taxes avec la clause de l'hypothèque , la troisième la réduction des rentes au denier vingt. Je ne parlerai jmint du deslail de ces dcsclarations, pareeque je les auray imprimées. M. Bignon parla ensuite admirablement avec une grande vertu, faisant conuoistre en termes fort doux finjustice de ces trois dcsclarations, dit que le roy esloit sur son trosnc plein de majesté et de terreur, mais qu’il y avolt un autre Irosne intérieur et spirituel, qui estoit le cœur de scs sujets, où il devoit régner; que c’estoit le tro.sne où Dieu mesnie prenoit plaisir de demeurer, ft enfin, après avoir parlé très fortement et très respectueusement, il finit disant : • Puisque V'^ostre Majesté veut eslro obéie et qu’elle agit avec la plénitude entière de sa puissance, par son très exprès commandement et par le seul respect que nous devons à la présence de Sa Majesté, je requiers qu’il soit mis lu, vu et ngisiré. » Celle harangue satisfit extresmement toute la compagnie; mais le roy me parut l’escouter avec peine et n’y pas prendre plaisir.

•Après, M. le chancelier monta au roy, demanda ensuite l'avis aux deux pairs ecclésiastiques, puis aux pairs laïcpies et mareschaux de France, et après descendit aux présidens de la cour, qui dirent, l'un après l’autre, que ces trois dcsclarations contcuoient des clauses sy importantes qu’ils n’en pouvoient pas dire leur avis présentement. Ensuite M. le chancelier demanda l’avis au premier banc des conseillers d'Estat et maislres des requestes, sans aller à Messieurs du parlement, soit par paresse ou qu’il jugeast qu’ils luy diroient la mesme chose que les présidées , et après estant remonté au roy et redescendu

D OLIVIRR LEFF.VRE D ORMESSON. 431

en sa place, il prononça en la forme ordinaire, sinon qu’il dit seulement : • Ce consentant le procureur général, et non ce requérant, • Ensuite le roy se leva, descendit et dit un mot, en passant, au premier président, et après M. le chancelier leur parla et dit que le roy luy avoit commandé de leur dire qu’il entendoit que sa volonté fust e»écutée, et il leur dcITcndit d’en deslibérer. Elnsuite chacun se sépara.

Cette mesme matinée, M. le duc d’Orléans porta les mesmes desclarations à la chambre des comptes, accompagné du mareschal du Plessis, de .MM. d’Aligre et de Sève. J’ay sçu que M. d’AJigre avoit fort bien parlé, et le premier président très fortement. M. le Prince fut aiissy à la cour des aydes, accompagné du mareschal d'Estampes, de MM. Pussort et de La Fosse. M. Pussort mai-cha le premier et porta la parole, quoyqu’il soit bien moins ancien conseiller d’Estat que M. de La Fosse. Tout le monde est suipris de cette entreprise extraordinaire et sans exemple, et qui marque la fierté de M. Pussort, qui prétend en s’eslevant ainsy arriver plus tost aux sceaux; car, dans le conseil de la réformation de la justice, il parle sur tout devant le roy. M. de Vertamon et M. de Morangis luy donnent des louanges de grand mérite, et enfin il fait paroistre son dessein dans toute sa conduite.

Après le disner de cette journée, je fus au Palais pour l’alTaire de Poissy, au rapport de M. Bignon. 11 y eut beaucoup de chaleur entre luy et M. Boulanger.

Le nicrcredy a .3 décembre, je fus le matin cbex M. le chancelier, à la chambre de justice, en ayant reçu un billet. Tous Messieurs estant assemblés, M. Poncet lut farrest de M. de Guénégaud, après l’arrest pour f abolition des financiers registré au parlement, et M. le chancelier luy dit de lire seulement à ces causer, etc. M. de Massenau demanda la lecture de l’arrest, n’ayant pas esté au parlement. Ce qui fut fait, et ensuite chacun, sans parler, fut de l’avis de f enregistrement. Après quelques discours de conversation, M. le chancelier ayant dit que la chambre ne se tiendroit pas tous les jours, que, pour luy, il n’y viendroit pas, chacun jugea que c’estoit pour marquer cjue

[Mcemb. i66b.

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Dëcfmb. i665. M. Ponccl y présidcroil. Après il sc leva, cl, s'approcbant de inoy, il me dit, fort bas, que le roy me dispensoit de plus servir dans la chambre. Ne Tayaut pas entendu d’abord, je le lis répéter, et luy dis que je recevois cet ordre avec respect et que j’y obéirois. Il en dit autant k MM. Heguard et Brillac, et, tournant ensuite de l’autre costé, il alla en dire autant à M. de Massenau, et puis se retira. Le compliment IVit aus.sylost public dans la chambre, et il me parut que les autres en furent surpris; car leur conservation leur est injurieuse. .Au .sortir, je vins chez M. Le Pelletier, où je trouvai M. Le Tellier avec M. Brillac. Je luy dis, en riant, que j’estois licencié et luy demandois une compagnie de gens de pied; il me respondit fort obligeamment.

J’ay sçu que le roy avoit dit : • L'on m’a dit que PussorI avoil marché devant son ancien et pris la parole au-dessus de luy. Pourquoy cela? Par quelle raison cela se fait-il? ■ Et que personne ne luy avoit respondii. J’ay sçu aussy, de deux ou trois costés, que, lorsque j'entrai dans le parlement en robe de satin. Ton renouvela les histoires pa.ssées cl Ton parla de moy fort avantageusement. J’cscris cela non par vanité, mais pour me faire souvenir à moy-mesme combien il e.st important de bien faire et de maintenir cette réputation de probité. J’appris encore qu’une personne, M" des Brosses, estant taxée h vingt mille escus, alla voir M. llolman, qui luy promit merveilles; que, y estant retournée, il luy dit qu’il avoit trouvé M. Colbert fort , irrité contre elle , parce qu’elle avoit gagné l’esprit de M. de Moussy

en faveur de M. l'ouquet; néantmoins que, si elle vouloit s’ayder, on luy feroit plaisir; qu’elle sçavoit que le dit sieur de Moussy avoit pris des intérests dans des traites, et que, si elle vouloit en donner des mémoires, elle pourroit sortir d’affaire; que sur ce discours elle s’estoit retirée, disant ne pouvoir respondre à cette proposition.

Pay oublié d’escrirc cy-<levant que j’ay esté averti que Ton recbereboit k Amiens l’affaire pour l’adjudication par moy faite des octroys, sur les mémoires donnés par Querieu et par le lieutenant général , et que M. de Muyn csloit chaîné de l’examiner et qu’il devoit venir icy en informer M. Colbert. Cette conduite me fait connoistre combien

je dois rendre grâces à Dieu de m’avoir cmpesché de tomber en Dicemb. iCfij. beaucoup de fautes par facilité, et de m’avoir inspiré d’avoir mis une clause extraordinaire, dans cette adjudication, de faculté de rachat perpétuel en faveur de la ville, qui ferme la bouche à tous ceux qui voudroient se plaindre.

Le samedy 26 décembre, lendemain de Noël, je fus à Amboille et revins le dimanche. 11 faisoit une gelée très rude, et la rivière gela en moins de vingt-quatre heures. J’appris, au retour, (jue le samedy le roy avoit donné l’audience de congé à l’ambassadeur d’Angleterre, qui s’estoit plaint que le roy eust pris l’alliance des Hollandois contre les intérests de son maistre; que M. de Beaufort eust coule à fond deux vaisseaux anglois; que le roy ne luy avoit fait aucune justice du mauvais traitement que ses domestiques avoient reçu de ceux de la princesse de Carignan, et enfin qu’il avoit parlé très fièrement et en termes peu respectueux, et, comme il parloit en anglois, il avoit mis par escrit, en françois, son discours, afin que le truchement n’en omist aucune pai'ole; que le roy avoit rougi deux ou trois fols de colère, et néantmoins qu’il avoit respondu fort doucement. Quelqu’un m’a dit qu’il avoit ajouté que les roys de Portugal^, de Danemark’* et de Suède’, et le prince palatin’, prenoient part à toutes scs injures. Ainsy chacun croit la guerre desclarée. Nos ambassadeurs sont aussy revenus d’Angleterre et sont descendus à Cayeux, et logés à Pandé, près de Saiul-Valery ’.

Le mercredy 3o décembre, M. Bouvart®, conseiller de la quatrième, ayant proposé dans sa chambre qu'il seroit bon de s’assembler pour remercier le roy du droit annuel qu’il avoit donné aux

' Alphonse VI , roi de Portugal depuis le 6 novembre 1 656 jusqu’au a3 septembre 1667, où il fut déposé. 11 ne mourut qu'en iG83.

’ Frédéric III, roi de Danemark de 1 648 à 1670.

* Charles XI, de 1660 k 1C97.

* Charles -Louis de Bavière fut élec-

teur palatin de l'an i648 à l'an 1G80.

’ Saint-Valerjf-sur-Sommc.

* «Se donne entièretnent à sa charge, et, bien qu'il soit honnestc homme et sans allaclie à ses intérests, n'n pas néantmoins grand crédit dans sa chambre , estant tousjours singulier en ses avis. > ( Tableau du pariement.)

JOURNAL

Jin»iFr 1666. comjiagnics souveraines, sa proposition fut deslibérée dans sa chambre et portée aux autres, qui résolurent de demander l’assemblée; mais la proposition bit changée, et il fut dit pour voir ce qai estait d faire sur les édits. Ce mesme jour, je convins avec M. Le Pelletier, président, d'acheter sa charge d'avocat du roy du Chastclet, pour soixantehuit mille livres la procuration, qui est deux mille livTes plus qu’elle ne liiy avoit cousté.

Le jeudy dernier décembre, les députés des enquestes ayant demandé é la grand'chanibre l'assemblée, M. le premier président leur dit les deOenses du roy, et qu’ils dévoient en faire rapport dans leurs chambres. Ce qu’ayant fait, il avoit esté deslibéré de persévérer à demander l'assemblée nonobstant les dclfcnses. Je sçus que le roy tesmoignoit estre fort aysc de cette ré.solution pour tesmoigner sa colère contre la compagnie'. Ce mesme jour, M. Le Pelletier passa sa procuration pour résigner, et la porta à M. Faure, aux parties casuelles, pour signer le rôle. L’on me dit, le soir, que M. du Gué-Bagnols, qui avoit acheté la charge de conseiller du Chastelet de M. Sachot, avoit fait sçavoir de M. le chancelier s'il scellcroit les lettres, et que M. le chancelier avoit fait respondre qu’il ne les scellcroit pas si l’nlTicicr n’avoit vingt-cinq ans. Ce mesme jour, l'on jugea finformation de M. Le Pelletier, qui avoit obtenu des provisions en survivance de la charge de son frère, et ce pour passer à une autre charge et ne pas attendre à vingt-sept ans.

Le vendredy 1" jour de 1 666, le matin, cliei M. Le Pelletier, avec MM. Boueberat et de Fourcy, pour le mariage de Boucherat avec M. de Nesmond, où il se trouvoit soy-disant des diQicultés. Le brmt court que la paix d’Angleterre est faite et que l’ambassadeur demeurera icy tout le mois de janvier.

Le lundy 4 janvier, j’appris chea M. le premier président que M. le chancelier avoit promis de sceller les lettres de M. de Bagnols,

* «Je vouloia nie servir de celle ren- pegnie, ou de ma juste sévérité à punir

conlre pour Dure un exemple écUlanl, ou ses aUenlals. ■ (JttJmoirrr de Loaii 37 F,

de l'eulier assujellisseinenl de celte coni- l. Il, p. 48.)

Digiti7-r-:U;y Coogle

D'OMVIEK LEFÈVRE D’ORMESSON.

dont je fus très content, ne pouvant plus y avoir dilSculté pour Janvirr iC6<>. mon fds.

Le mardy 5 janvier, je sçus que M. Faure avoit fait signer le rôle à M. Colbert, et que M. Colbert, ayant lu le nom de mon fds, avoit demandé qui c’estoit, et que M. Faure avoit respondu que c’estoit |K>ur le fds de M. d’Orinesson, maistre des requestes, et que M. Colbert avoit signe sans dire mot. Le soir, je fis les Roys chez M. de Fourcy, avec sa seule famille.

Le mcrcrcdy 6 janvier, feste des Roys, je fus le matin au Louvre, et j’entendis la messe du roy; de là, disner chez M. le premier président , et avec luy à vespres à Saint-Gemiain-des-Prés. L’on négocioit fort pour taschcr d'esloigner l’assemblée des chambres , de la part des officiers sages, pour esviter les mauvaises suites, si l’on faisoit trop ou trop peu; car, du costé du roy, il vouloit l’assemblée, résolu d’exiler le premier qui parleroit. La gelée, qui a commencé la veille de Noël, continue très rude. Le soir, M" de Sevigné, Colanges, Sanzé et toute la famille soupérent au logis.

Le jeudy 7 janvier, le matin, chez M. Bechamel, retirer le rôle; de là payer 3, a 00 livres à M. Faure, et retirer sa quittance, et ensuite la porter chez M. Sestre pour la faire contrôler à M. Colbert. Il roc tesmoigna toute la bonne volonté possible, et ensuite je fus payer le marc d’or.

Le vendredy 8 janvier, M. Jassaut vint au conseil se plaindre à M. le chancelier qu’il avoit signé un arrest pour informer contre luy d’une rébellion prétendue faite à un exempt qui avoit voulu emprisonner M. Masson, son beau-frère. J’ay sçu que l’arrest nommoit M. de La Rcynie pour informer en général, et que M. Jassaut et M. de Flandre estoient condamnés à payer solidairement la taxe et par corps.

Le samedy 9 janvier, le matin, je fiis prendre M. .4uboui^, garde des rôles, pour présenter à M. le chancelier les provisions de l’oflicc pour mon fils. 11 ne fit point de difficulté aux quittances, comme M. Vigneron nous l’avoit fait craindre. Arrivant chez M. le chancelier,

JOÜKNAL

jânyicT i6tî6. nous y iTouvasmcs grand désordre, parceque le feu esloit à sa maison, au dessous de la chambre de M“* la chancelière. MM. Le Pelletier y vinrent après que le feu, qui avoit pris par une cheminée de la maison de M. de Rochefort, eust esté esteint. M. le chancelier scella nos lettres et celles de M, Du Gué, que M. Poncet apporta, avec des termes fort ohligeans. Il scella mesme des lettres pour la pension, disant que, s’il n’y en avoit point d’attachée à la charge, il en donneroit une très volontiers à mon fils. En un mot, il en usa avec toute l’honncstcté possible, et sans qu’il fisl la moindre difficulté sur les quittances, qui estoient différentes de celles de Du Gué, n’ayant point payé le prest à cause que la procuration de M. Le Pelletier estoit du dernier «lécembre. Au sortir, je fus à Nostre-Dame fort content, pour remercier Dieu ; car je craignois fort les difficultés à cause du chagrin qu’on a contre moy à la cour, et le bruit avoit esté respandu partout (juc j’avois esté refusé. De Nostre-Dame, chez M®* de Neuville et M. le premier président, qui fut fort ayse de ce bon succès, et il approuvoit que j’eusse donné celte charge à mon fils, ne sçaehant comment placer le sien, quoyqu’il ait une dispense d’age vérifiée.

Le dimanche lo janvier, je fus avec mon fils chez .M, Aubourg, chez le lieutenant civil, chez M, le procureur général du parlement, qui fit mille amitiés à mon fils; chez M. Brlgalicr, ancien avocat du roy eau Chasleict, voir le père Cossarl, etc. Après le disner, à Saint- Nicolas-des-Champs.

Le hindy i i janvier, le matin, au Palais, où j’appris que M. .lassant avoit reçu ordre d’aller à Brives-la-Gaillarde, quoyqu'il eust remis dans la prison M. Masson, .son beau-frère. Cette action de sévérité estonne tout le inonde; on eu donne le conseil à M. Hotman pour faire réussir raffaire des taxes. Chacun est dans la consternation et on ne parle que des grands malheurs qui doivent arriver durant cette année iC6G. On parle des astrologues qui en ont escrit, il y h longtemps. Enfin les esprits sont fort alarmés. On ne dit plus la paix avec rAnglctcrrc; au contraire, guerre; voilà l’estât des choses.

Le soir, chez M. le premier président , qui me dit que M, Le Tellicr

luy estoil venu dire, de la part du roy, qu’il donnast le lendemain l’as- Janrifr 1666 semblée des chambres, et qu’il vnulnit riiilr cette alTairc avant d’aller en Picardie voir les troupes. M. le premier président estoit fort embarrassé quel parti prendre, ou de soustenir la de.slibération, ou de l’empescher, voyant le péril de tou.s costés. Nous le vismes avec M. Boucherai sur leur mariage.

Le mardy la janvier, il y eut assemblée de chambres au parlement, où M. le premier président fit la relation des dellcnses du roy et de l’ordre qu’il avoitreçu d’assembler le parlement. Après qu’il eut fini, toute la compagnie demeura dans le silence; et, après quelque temps, personne n’ouvrant la bouche, M. Le Coigneux, président de la Tournelle, se leva, et chacun le suivit, l’un après l’autre; et ainsy la compagnie se sépara sans qu’il y fust dit une seule parole, la consternation paroissant sur le visage de tous. Il n’y a point d’exemple d’une chose pareille dans le parlement'.

Le mercredy i3 janvier, je fus le matin chez M. le chancelier, au conseil. Au sortir, je fus porter les lettres de la pension de mon fils à M. de Guénégaud-du-Plessis, pour les signer; ce qu’il fit de bonne

* Le despotisme qui commençait ii s'él4blir provoqua des chansons satiriques, dont on trouve quelques-unes dans le recudi de Maiirepas, k la date de 1666 {t. Il.f 453):

Le peuple , qtM jeilia D«ea KOutertwii laT-mcnae . t,4t«t^ d« HMi houtieur vouJat avoir un roy ;

Eb bteo ! dit 1# Seigneur, (leaple utgral et ssnt fey. Tu wntirak bic»to*t leÿoag du diadème.

Cday que i« mettrai daet ee fupmue.

Comme on cruel yantour, «lesdra foiidre sur toj i Sea Mules rolonlés luy rcrviroul de loy, lit nea u'asMorira mm avarice eilreme;

U trouvera toesjour» mille nouveaui nnoyrri*

Pour te raTÎr rbonnevir, U Craticbi*c et leskàcoii En vaio tu te ptaiiidm de «a louteqMjÛMUKe.

Ca peuple eu yitrellct:il eo fat c«4odoc t Aiecy règne aujourdltay par le* wui de ta Fraikoe Le monarque absolu que Dieu Bons a douaè.

Exerce «an» orgneti la pacuaBce «opretlM.

Met* ton ame au-destu» de toutes les graodeurvi Munlre-lor rcveslu de les propres s|dendeurs,

El bu par les vertus Oeorir le diadème.

Quo l'estraagrr le cnigae et que tou people l'aime : N'amiMe des trésor* que dau* le foud de» curor» { Distribue avec eboit lea Ijmcu et les lionoeurst Soumets les groBi!* aux loys et t'y sotnneU loy «nesme :

Que reoceasdes fiat leurs ii« l'entcsle jamais: ce* pcilea de œur doslivre tou palais |

Que U rérilé seide npproebo too ornBe.

Prioce . tout deraat loy par oet art llcschira i Des biMUOsc» et de« roy» ta seras U aiervciUe;

Msh ce graad art , bêtas! qui te renseigoera ?

Ce ray de glotre covirooné,

Plus Mge qae César, plas vaillaat qa’Alexaadrc. Oa dit qoe Dieu aous Ta doaaé ;

Hélas! s'il vouloit le raprendre.

JOURNAL

J«n*ier i«fi6. grâce. Je dois icy remarquer que M. Le Tellier avoil refusé de les signer avant le sceau, quoiqu’on luy ciist demandé celte grâce pour en faciliter le sceau, et que depuis qu’elles avoient esté scellées, il avoit encore refusé de les signer pour ne pas se faire d’,ilfaire avec M. Colbert. Celte action marque sa faiblesse, et qu’il ne faut pas espérer qu’il fasse le moindre office pour ses amis, s’il y connoist un peu de hasard. Cela me paroist d’une grande foiblesse plustust que d’une grande prudence.

Le jeudy i4 janvier, le matin, en l'bustel de Grammont, cher. M. Le Brun, qui travailla à mon portrait au pastel, et avec toute l’amitié possible; M'*' Doublet y csloil. Après disncr, cher M. Boucherat, où le mariage estoit presque rompu, y . ayant beaucoup de chagrin de part et d’autre. Je sçus comme le roy avoit donné audience, le mardy, après-midy, à Messieurs du clergé, sur l’arrest des grands jours, et que M. l’cvcsque d’Amiens avoit fait les re monstrances, avoit parlé fort bien, mais trop longuement; et que le mercredy, après le disner, ils avoient eu conférence cher M. le chancelier, où il avoit esté fait lecture de leur cahier, par lequel ils demandoient le restablisscmcnl de leur juridiction ecclésiastique , comme elle estoit autrefois.

Le vendredy 1 5 janvier, après le disner, au conseil. Le soir, chez M. le premier président, où je lis conclure le mariage et signer les articles, quoyque le jour précédent il scmblast tout rompu.

Le samedy 1 6 janvier, M. l’archcvesque de Vienne me vint parler de son affaire, dont j’estois rapporteur, contre l’abbé de Saint-Antoine pour sa visite. La reyne mère avoit la lièvre et estoit fort mal.

Le lundy 1 8 janvier, M. de Turenne alla en Picardie pour la revue des troupes, pareeque le roy, à cause de l’extrémité de la reyne mère, n’y pouvoit aller.

Le mardy 1 9 janvier, je fus le matin au Palais, et vis M. le procureur général avec M. le curé de Saint-Nicolas, pour l’arresl sur la pension sur sa cure; disner chez M. le chancelier, où M. de La Fosse, en présence de MM. de La Chamhre et Maissat, me dit que je per-

dois beaucoup à la reyne mère; qu'après la mort de mon père, des Jan<i«r i66v.

dames avoient parlé à la reyne mère en sa faveur pour avoir la place de

mon père, et qu’elle avolt dit qu’elle ne parleroit que pour M. d’Or-

mosson, non pas tant è cause de luy que pareequ’il y alloit de la

gloire de son fils. J'ajouterai sur ce sujet que ma femme ayant acheté

ce mesme jour des glaces pour un carrosse chez un marchand, et

luy ayant dit qu’il falloit les porter chez M. d’Ormesson , ce marchand ,

à ce nom , s’estoit escrié et avoit dit mille choses qui marquoient son

estime extraordinaire, et cela sur l’opinion publique, car il ne me

connoissoit pas. C’est une grâce de Dieu qu’il laut conserver en bien

faisant .

Après le disner, au conseil des parties, où il ne fut rapporté qu’une grande affaire en contrariété d’arrest, par M. d’.Auhray. Le soir, avec mon rds, chez le lieutenant civil, qui nous dit avoir esté le matin à Sainte-Geneviève, pour faire descendre la chasse pour la reyne mère.

De là, chez M. le premier président et chez M"" de Neuville, sur le plaidoyer de .M. d’Ableiges, son lils, aux requestes du i’alais.

Le mercredy ao janvier, j’appris que la reyne mère estoit morte la nuit, à cinq heures du matin'; elle avoit communié à minuit, et avoit tesmoigne une fermeté et une vertu admirables jusques à la lin. C’est une perle très grande pour la France, et elle est fort regrettée de tout le monde. Le roy est allé à Versailles, et Monsieur à .Saint-Cloud.

Le jeudy ai janvier, chez M. Le Brun, pour la continuation de mon portrait , où il travailla avec plaisir, et la ressemblance y sera admiralile.

Le vendredy a a janvier, conseil; je rapportai une requeste contre un arresl de M. Foulé, qui fut cassé. Il s’agissoit de M“* de Marans et de Dolet.

Le samedy a 3 janvier, je commençai les sollicitations des olficiei's du Chastelet, pour la présentation des lettres de mon lils et avoir son soi'l monsiré.

' \oj. tel Mémoirei de Aï*' de MotteviUe et de A/“* de Monlpeesier.

JOURNAL

jiDrirr i66e. Le dimanche a4 Janvier, je continuai Icb mesmes sollicitations, et portai les lettres chez M. Marcais; qui avoit esté commis sur requeste par M. le lieutenant civil.

Le lundy î5 janvier, au matin, j’achevai cinq visites, alin de voir tous Messieurs chei eux; car ce n’est pas assez d’y avoir este, il faut les voir. Je fus ensuite au Chaslclet, où je trouvai M. Du Gué-Bagiiols, qui devoit prendre la loy, et M. Chauvelin, qui sollicitoit son soit monsiré pour une charge de conseiller; il y eut un petit incident pour sçavoir de qui l’on parleroit le premier, ou de Chauvelin ou de mon fils. Quoyque ce pas ne servist de rien pour leurs charges, néantmoins, nonobstant la civilité que je leur avois faite la veille chez eux, il y eut quelque négociation. Je priai M. Marcais de leur faire honte de nommer mon fils le dernier; ils prirent cela pour une delTérence, et voulurent céder. Ainsy l'on parla de mon fils devant M, Chauvelin, et à cause de cela je fis civilité k sa mère au retour du Chastelet. Ce mesme matin, je fus à la noce de M. Nesmond avec M’*' Boucherat, à Saint-Gei-vais. M. l’évesque de Baveux les maria et leur fit un discours fort bien. Il n’y avoit que les plus proches, M. le premier président, le président de Nesmond, etc.

Le soir, nous fusmes, M. et M” de La Grange, ma femme et moy, à la noce, chez M. Boucherat, où il n’y avoit qu’une table servie de viandes et de fruits, sans autre service. Toute la famille du premier président y estoit hors luy, celle de M. de Nesmond, M. Le Pelletier, le président de La Grange', le président de Fourcy, MM. de Thil, Aubier et d'Ormesson, les femmes, M"" et M'*' Souspirc fort agréable.

Le mardy 26 janvier, le matin, au conseil; je rapportai plusieurs

' Président de U deuxième chambre de» rofuéles. Le Tableau du parlement le rAractérÎBC ainsi : • A Tesprit ardent et emporté, opiniaslre, intéressé, niïèctant néantœoin» de rendre la justice et la rendant à de» amis et des cmàcniis dans

M chambre; sert ceux qui ae fient en luy, quand r«xxa»icm s'en présente ; présume de soy et le porte haut; a son frère con* scitlcr d’égÜBc. M. de Saint-Pierre, de la première . est fort de se» amis et le gouverne. •

D'OLIVIBR LEFÈVRE D'ORMESSON. Ml

requesles. M. PussorI y estoit, qui prit à taschr de former des difll- Jumitr 1666. cultes, et M. le chancelier n’osoit décider contre luy. Chacun le remarqua cl avec quelque peine. Je rapportai la lequeslc de M"' de Pommereu contre M. son frère, sur leurs différcnd-s.

Après le disner, je fus voir le procureur du roy du Chastelet, puis M. de Jouy, qui s’esloit cassé le bras; M. de Ncstiiond; M. Bignon, pour le prier de vouloir estre le tesmoin de mou fds; il en fut fort ayse, et me dit comme on avoit accotislumé de luy envoyer la quittance du droit annuel , qu’on ne luy avoit point encore envoyée , et il ne sçavoil si c'estoil pour se venger de sa dernière action. De là, chez M. Boucherat, où l’on me dit les diflicultés que M. PussorI avoit faites à mes requestes, et que l’on avoit parlé fort bien pour moy.

Le mcrcredy a 7 janvier, je fus avec MM. Boucherai, de Fourcy, de Bermond ', de Paris et do Boissy, et avec les autres députés du parlement, à Saint-Gemiaiu, pour faire les couiplimcns au roy sur la mort de la rcyne mère. Le carrosse de M. de Montmort le conseiller versa à la montagne. Arrivés à Saint-Germain, Messieurs du parlement furent dans la chambre qui leur estoit préparée. M. Boucherat et moy montasmes en haut chez le roy, que nous saluasmes lorsqu’il passoit de sa petite chambre pour entrer dans sa grande chambre et donner ses audiences. Nous estions assez proches de sa chaire, derrière MM. Tnrenne, de Vilicroy, du Lude, Rose, qui s’ouvroicnl ]iour nous faire voir. M. le premier président lit fort bien son compliment; le premier président de la chambre des comptes aussy; le premier président de la cour des aydes hésita et se troubla, et après le président des monnoyes. Les procureurs et avocats généraux font, après chaque cour, leurs complimens séparés. Les complimcns finis, M. de Turenne dit au roy que M. Boucherat e.stoil là et qu’il estoit des amis de M. le premier président, et le roy respondit:

• Et d’Ormesson, qui est aussy de .ses bons amis. •

' Conseiller de U première disnibre lement allacliè au Palais; est sinie et esdes enquêtes, t A beaucoup d'esprit et très limé dans sa chambre. ■ {Tabltau da pardélicat, capable de servir ses amis, nul- tsnent.}

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