‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 35 sur 83 · U. SO · texte numérisé non relu

U. SO

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Jaiivitr IÜ66. Je fus après è la messe du roy, où estoient la reyne, M. le dauphin, Monsieur et M**' de I,a Vallière, que la reyne a prise auprès d’elle par complaisance pour le roy. En quov elle est fort sage. Cette demoiselle ne me parut point belle; elle a les yeux fort beaux et le teint, mais elle est deschamée, les joues cousues, la bouche* et les dents laides, le bout du nex gros et le visage fort long. En vérité, je fus surpris de la trouver si peu belle. Après la messe, la reyne reçut les nicsines complimens des compagnies, que le roy entendit dans la foule et incognito. Il n'en fut point fait é M. le dauphin en particulier. Je sçus que le roy avoit trouvé mauvais que M. de Rieux luy eust fait un compliment sur sa perte , disant que cela ne se faisoit qu’entre particuliers, et que luy ne les recevoit que dos corps.

Je fus disner avec M. Boucherat, chez M. Le Tellier, qui nous avoit priés; MM. Le Pelletier et de Fourcy y vinrent. Le roy ne donnoit point à disner aux compagnies, ce qui paroi.ssoit extraordinaire. Mais l’on mena disner les principaux aux tables ordinaires du roy et de la reyne. Je sçus qu’il y avoit eu contestation entre les correcteurs et auditeurs de la chambre des comptes, qui préteiidoient estre admis à la députation avec les niaistres. Ils n’y avuient point esté lors de la mort do Louis XIII et à la naissance de M. le dauphin, mais é la réception du légat, l.es maistres disoient que cette différence venoit de ce que, lorsque la chambre recevoit ordre du roy de faire . quelque compliment, les correcteurs et auditeurs y estoient mandés comme faisant partie de la chambre; mais, lorsque les maistres les faisoient d’oIEce, ils n’y estoient point appelés, comme n’estant point de la dcslibération. Sur celte diOicultc, le roy prononça que les uns et les autres donneroient leurs mémoires, et ce pendant qu’il en seroit usé comme è la mort de Louis XIII, c’est-à-dire les correcteurs exclas. Après le disner, nous fusmes voir M. do Turenne, et de là nous montasmes en carrosse avec M. le premier président. Nous des-

' La clianson reprochée à Bussy, et qui fut une des rauses de -son exî] , perle aussi de

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DOLIVIER LEFÈVRE DORMESSON.

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cendismes à Saint-Cloud, allasmcs aalucr M. le duc d’Orléans, et rc- j<ini« inoc,. vinsnies coucher à Paris.

Ce jour fut publiée la dosclaration de la guerre avec l’Angleterre, par le lieutenant civil dans les places, à son de trompe.

Le jeudy a 8 janvier, le soir, chei M. Gillot, drapier rue Saint- Honoré, pour voir passer le convoy de la reyne mère, que l’on portoit à Saint- Dcnys. L’ordre de cette cérémonie estoit que les compagnies des gardes suisses et françoiscs estoicnt en haye depuis le Louvre jusques à la porte Saint-Ueuys. La marche estoit de sept ou huit carrosses de deuil à six chevaux blancs, pleins de dames. Après, les deux compagnies de mousquetaires, chacun un flambeau de cire blanche à la main, et un crespe sur le chapeau et sur les tambours et timballcs, avec leurs casaques ordinaires; les chevau- légers de inesme; les petits ofliciers de la maison vestus de deuil, à pied; les autres ofliciers à cheval , vestus aussy de deuil, leurs chevaux housses et caparaçonnés de deuil. Après marchoient deux carrosses de deuil, dont les chevaux estoient couverts de drap noir avec une croix de tabis' blanc; puis le carrosse de M. l'archevesque d'Auch, grand aumosnier de la reyne mère. Après venoient cinq carrosses, dans chacun desquels estoit une princesse du sang, remplis de duchesses et princesses estrangères, sans ordre ny préséance entre elles. Les cinq princesses estoicnt M“* d'Orléans’, M"* d’Alençon’, M" la Princesse, M““ de Longueville et M“ de Carignan. Après estoient les pages k cheval, aussy vestus de deuil; puis tous les valets de pied autour du chariot où estoit le corps. Ce chariot estoit attelé de six chevaux caparaçonnés de velours noir avec des croix de toile d’argent; sur le chariot, une représentation fort large et fort haute couverte d'un grand drap de velours, avec la croix de toile d’argent aux quatre coins, avec les armes, brodé d’un demy-pied d’hermine. Les quatre coins de ce poile estoicnt portés par quatre aumosniers en surplis et manteau noir i cheval. V'enoient ensuite les gardes de la

' Sorte de grus tAfTelas. ton. (Vojr. leaM^moircsdeceltcprincessc-}

* M"*de Monlpensier, fille ainèe de Ge>- * Éli»«belh d'Orléenn.duch. d’Alençon.

JOURNAL

l''é.ri«r iif«6. i-eyne, vestus de deuil, leurs chevaux caparaçonnés, leurs carabines renversées et la crosse en haut. Après iiiarchoil la compagnie des gens d'armes du roy, et elle fermoit le convoy. Tous ceux qui estoicnt du convoy portoicnt un flambeau blanc à la main.

L'ordre ne fut pas bien observé; car cette pompe marcha à trois foys, et non pas d’une suite, faute de s'entendre. Le corps de la reyne mère avoit esté gardé dans le Louvre, et tousjours il y avoil eu des évesqucs et des abbés de la part du clergé, deux duchesses et deux dames de la cour, des reUgieux capucins et feuillans, et des ccclcsia.stiqucs de la paroisse. Le peuple y avoit esté admis pour prier Dieu pour elle, y ayant des gardes pour eiiipescher la foule. Ainsy a Gni la reyne mère, dont la mort est le premier des malheurs que l'on redoute durant cette fascheusc année i6C6, dont la crainte est sy extraordinaire que l’on ne parle d’autre chose. La guerre d’Angleterre est le second. l,c chagrin est sy universellement respandu que l’on se resjouit des disgraccs, et on les désire comme un remède aux maux présens. Je crains, quoyque le mal soit grand, que le remède ne sovl pire.

Le roy a relfusé aux ofliciers du Chastelet la descharge du prest, quoyqu'ils l’eus.scnt tou.sjours obtenue jusques à présent, et, lorsqu’ils alléguèrent leurs arrests à M. Colbert, il leur dit que c’estoient des arrests donnés durant la guerre. Le bruit court que le pape a fait renverser la pyramide' avec cérémonie, et que c’e.st vine rupture.

Le samedy 3o janvier, le dégel ayant commencé le matin, il tonna le soir trois coups avec de grands esclairs; ce qui surprit beaucoup et donna lieu à croire que cette année i 066^ sera remplie de grands malheurs. C’est une opinion sy extraordinairement respandue dans tous les e.sprils, que l’on ne parle d’autre chose.

Le jeudy 3 févTicr, le soir, M. de Lamoignon me vint dire que M. Du Bois et son fils avoient, le matin, consulté M. Colbert pour sçavoir s il Iraiteroit de la charge d’avocat du roy que possèdoit

' One pjrimide avait él« elevee en contre le marquis de Créqui, ambaaaaréparation dcl'attenut comini», en i663, deur de France à Rome.

D’OUVIER LEFÈVRE D’ORMESSON. 4'i5

M. Brigalier; que M. Colbert avoil trouvé excessif le prix de soixante- F^tricr >(i66.

quinze mille livres qu’on en deniandoit; que le roy fixeroit assurément

le prix des charges du Chastelet, sans avoir voulu dire à combien;

il dit que ce seroit un avantage, car il seroit bientost le premier,

preeque M. Le Pelletier ne tarderoit pas à vendre. Sur ce, luy ayant

esté resptondu qu’il avoit vendu, il demanda à qui, et luy ayant esté

dit que c’estoit à M. d’Ormesson, il demanda s’il estoit reçu et en

parla comme d’une chose nouvelle pour luy, et sur ce M. le premier

président craignoit qu'il ne pust survenir quelque diificulté sy je re-

tardois la réception de mon fils. Néantinoins nous résolusmes que

mon fils plaidcroit sa cause auparavant.

Le vendiedy 4 février, je rapportai au conseil les recjucstes de M. de Pomereu et de mademoiselle sa sœur, lesquels furent entendus, et la demoiselle parla fort bien. On les convia de donner un blanc signé ès mains de M. le chancelier pour les accorder. Au sortir, je fus chez M. l’archevcsquo de Bordeaux pour l'affaire de M. l’évcsque d'Agen, à cause de l'interdit qu’il avoit jeté sur les Cordeliers de Villeneuve, qui n'avoient pas voulu souffrir .sa visite, et j'appris que les grands vicaires de Bordeaux avoient levé l’interdit par provision, et il me parut que la conduite de M. d'Agen n’estoit pas approuvée, n’estant pas assez prudente et modérée.

Le samedy 6 février, M. de Fourcy accompagna M. Marcais, qui alla chez MM. de Machault, doyen du conseil, président de Mesmes, et Bignon, avocat général, pour recevoir leurs dépositions pour la réception de mon fils.

Le dimanche 6 février, je vis, le matin, M. le président de Mesmes pour le prier de faire finir le lendemain une grande allaire commencée è l’audience, afin que mon fils pust plaider le mardy. Je fus chez M. le premier président pour cela; il me retint à disiier avec MM. Ferrand. Regnard, Brillac, Sainctot et du Tillet. 11 fit dire à M. de Mesmes d’achever le lendemain l’audience, sinon la remettre au mercredy. Le soir, M. et M"“ de Bar et M. l’abbé [de Bar] vinrent souper avec nous.

JOURNAI-

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Le lundy 7 février, M. de Mesmes fil achever son affaire d’audience, et la pressa sy fort qu'elle finit à onze heures et deraye. Le soir, je fus souper chez M, le premier président , qui avoil esté à la chasse. Je vis auparavant M. de Maisons, qui avoit souhaité estre averti de la cause de mon fils.

Le inardy 8 février, le matin, au Palais. L’affaire des consignations entre la grand’chamhre et la chambre de l’édit fut deslihérée, et l’arrest de la chambre du l'édit (|ui avoit retenu la connoissauce fut cassé. MM. de Maisons et de Mesmes parurent fort opposés. L’audience ne fut Ouverte qu’après neuf heures. Je fis retarder l’horloge. Mon fils plaida sa cause et fort bien. L'audience estoit extraordinairement pleine et do juges et d'avocats, par curiosité. 11 acheva pareeque l’heure ne sonna pas, et chacun en parut très content. Y estoient MM. le premier président, présidons de Maisons et de Mesmes, MM. de Bellièvre, d'Orgeval, Pinon, Le Jay et moy. Au sortir, à la buvette, tous Messieurs m’en firent compliment, et ajoutèrent que d’une petite cause il en avoit fait une grande, sans rien dire hors de son sujet. Les anciens avocats Gautier, Lhoste, l..ainbin et autres m’en tesmoignérent estre fort satisfaits, et tous prophétisent que mon fils sera un jour capable des plus grandes charges, ayant lr>us les beaux taicns qu’il fait paroistre.

\ midy, je commençai mes sollicitations pour le Chastelet.

Le mercredy 9 février, le matin, solliciter; de là au conseil, et à midy achever les sollicitations. A trois heures, M“* de Sévigny m’amena M. Pellisson* et M'** de Scudéry’, qui me tesmoignérent toute

' Paul Pellisson-FonUmicr, né en i6a4« mort en 1693. Il avait été comini» et confuient de Fouquet; il fut enfemté k la Bastille en 166 1 , et j resta plus de quatre ans. fl composa en faveur du suriuleit' dant d'éloquents plaidutrers. On a aussi de loi une histoire de TAcadéiuie française.

* Madeleine de Scudéry, née au Havre en 1607, morte en 1701. Ses romans de la Clilù cl de Cyrus avaient encore, à

cette époque, une j^andc réputation. Son inclination pour Pellisson, dont la laideur était remarquable, donna lieu au couplet suivant, qui se trouve dans te recueil roa> nuscrit de Maurepas (t. II. p. 1) :

«Tout suit t'tnwoTVui empirVi Ce D’«it point une cbauwo :

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