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II. SS

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Mil J’appi-is aussy le voyage de M. de Feuillade, avec le chevalier

de Béthune et Mongeorge, à Madrid, pour se battre contre Saint- Aulnays, (jue l’on accusoit d’avoir mal parlé du roy * et d’avoir pris une devise insolente, dans son estendart, contre les lys. M. le chevalier de Béthune, ayant trouvé Sainl-Auluays chez luy, luy proposa le combat. Saint- Aulnays répliqua que c’estoit une calomnie; qu’il n’avoit jamais parlé du roy qu’avec respect et qu’il n’avoit ny troupes ny estendart, et qu’après cela, sy M. de La Feuillade vouloit se battre, il marcheroil ijuatre jours de suite sur le pavé, avec une espée et un poignard, et que, sy on l’attaquoit, il se dcU’endroit. M. le clievaiier de Béthune luy ayant demandé ce désaveu par escrit, il le donna de sa main; et M. de La Feuillade luy ayant fait dire encore qu’il sortist de la ville un quart de lieue, Saint-Aulnays demeura ferme à ne point sortir. .Après quoy, M. de La Feuillade et sa troupe partirent et revinrent apportant l’escrit; et, à son retour, le roy l’a fort bien reçu, et a donné l’abbaye de Saiut-Reniy, de Reims, à M. l’archevesque d’Embi-un, son frère. L’on croit que ce voyage a esté fait de l’agrément du roy*.

Le voyage do M. le chancelier et du conseil à Saint-Gemiain est remis k la semaine prochaine, à cause d’une revue qui se fait cette semaine, et parcetpic Ruel est occupé par les troupes.

Le roy vint le jeudy’, à Paris, voir la reyne d'Angleterre, les manufactures des Gobeiins, l’estât de l'arsenal et un faiseur de glaces de miroirs establi dans le faubourg Saint-Antoine *, et il disna chez M. le marescbal de Grammont. M. le duc de Cbaulnes a ordre de partir bientost, et partira dans huitaine, ainsy qu’il me le dit hier, l.a disposition de Rome n’est point agréaltic pour la France, le pape ne

Voy. Sfèmoirrs A? Lomt XfV, I. II, P J9a-i94. U écrit HAay.

* Lnuit XIV {t. Il, p. 19a, I93)<i>t poaitivemenl le conU’aîre : «J'avoia appris une aciion a».-vez extraordinaire que La Feuillade avoit laite tant m'eri paritr. ■

* Le journal n'indique p<w ai c>M le jeudi 6 niai ou le jeudi i3 mai.

• Voy. SNmoira de Loua XIV, t. II, p. ao5-a38. «urles encourageiucnU don* nés à rindustrie. (Cf. la Muze historiifae, lettre du ai novembre i66S.)

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pouvant oublier les mauvais traitemens <|u’il croit avoir reçus. U a Mai iSfts, fait six cardinaux, et les quatre destinés pour les couronnes n’ont point esté faits.

I,e niercredy 19 mai, mon fds le chevalier partit pour aller à Lyon, par le bateau d'Auxerre, avec le valet de chambre de M. le chevalier de La Vrillière, qui a bien voulu le mener avec luy 4 Mallhe. M. Du Ferrier, chanoine d’Alby, s’estant trouvé dans le dessein d'aller par la mesme roule à Narbonne, il est parti en mesine temps que luy et m’a promis d’en avoir w>in jusques 4 Avignon. M. le commandeur de Souvré et M. de Bcrricn m’ont donne des lettres de recommandation pour Malthe, et le père Cossarl, pour le père Rourhor, jésuite, en cas que mon fils fasse séjour à Rome.

J'oubliois que, le mardy 18 mai, je fus à Saint-Germain, pour le l'ODseil, avec MM. Besnard et Boulanger. Je disnai chea M. le chancelier avec MM. de Rocquclaure, Poucet cl Boulanger, et je rapportai, après le disner, le procès du sieur de Préfontaines, avocat général à Rouen, contre un nommé Borel, domestique du sieur do Golombières; un autre, entre le nommé Marchand de I.ignières, contre le sieur Soint-Martin-La-GouUièrc, pour une noblesse. M. le chancelier se portoit bien et avoit vidé une pierre la nuit. I.Æ chaleur estoit extresme et plus violente qu’au mois de juillet.

Ce jour, le roy revint de Versailles avec la cour, i midy, pour donner audience à Koenigsmark , ambassadeur extraordinaire de Suède'. Je vis, le soir, M. de Turenne, sans apprendre d'autres nouvelles que celles du despart de l’armée navale des costesde Provence pour passer le destroit, et l'on disoit que les Anglois, qui estoient 4 la rade de Tanger, s’estoient retirés à Portsmoiith, en Angleterre. Je revins le soir avec ces messieurs. ^

Le vendredy 31 mai, je fus coucher à .Amboille et revins le lendemain. La sécheresse estoit extresme et tous les foins bnislés.

M. Besnard m’a dit qu'il avoit esté nommé, par M. Colbert, pour

* Sur lf« négociations entre ta Fraote et la Siiêde, voyer l/émorm rfe Imu XIV, t- I!. P 194-191).

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Juin >666. une commission qui s'establissoit à Paris pour juger les appellalions des commissaires des provinces sur la recherche des faux nobles. Celle recherche fail crier dans les provinces, parceque l’on obhge tous les nobles, niesiiie des meilleures faniilles, de représenter leurs litres. J’ay sçu aiissy que le roy a nommé dos conseillers d'Estat cl des éve.stjues pour voir l'alTairc de M. l’évesque d’Alelh', sur les plaintes qui se font contre luy. L’assemblée se fait chez M. de Vertaiiion, qui est assis au bout de la laide, M. l'archevcsquc d’Arles d’un resté, M. Boucherai de l’autre; apres, MM. les évesques de Chartres, lie Mende et de Périgueux, cl les abbés Le Camus et Saint-.Vlichcl. Ils sont .assis selon l’antiquité de conseillers d’Estat.

Le samedy 39 mai, la cour partit de Saint-Germain pour Versailles, y demeurer quatre jours, et de là aller à Fontainebleau avec le conseil et la chambre de justice. Ce jour, sortit de la Bastille M. Dejean, commis de M. de Guénégaud, après avoir satisfait à sa taxe de quatre-vingt mille livres, et avoir payé sou séjour à la Bastille, à raison de huit livres par jour. Le mesme jour, partit M**' de Nemours*, la cadette, pour estre rcyne de Portugal. M. l'évesque de Laon va avec elle; elle doit estre mariée à La Rochelle avant de s’embarquer. L’on dit que le roy relire de celle maison le duché d’Aumale et le donne à M“' de La Valliérc; que c’est un signe de retraite et de changement.

Le dimanche 3o niai, je fus, le matin, travailler avec M. Morin cher M. de Machaull, Je vis M. de Turenne.

I.e I 5 juin, les nouvelles arrivèrent d’un grand combat naval entre les Anglois et les llollandois, et que les premiers avoienl esté battus. D’après les relations, le combat avoit commencé le i 1 juin, continué le 12, et fini le 1 3. Le général Monck commandoit les Anglois, et l’amiral Ruyler les llollandois. Ce dernier et l'amiral Tromp firent des merveilles. Les llollandois disent que les Anglois y ont perdu

' Nicola» PaviUon , évéquo d'.Melh. On mours, connue son» le nom de AC' d'du-

reccuMÎt de jansénisme. mafe, épouse .Mphonse VI le a6 juin

' Marie. Francise. Élisabeth de Ne- i6ti6.

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plus de trente vaisseaux, et eux quatre seulement, et sur l’un des- ima i66s. quels, par malheur, se trouvèrent M. le comte de (iuichc et le prince de Monaco, qui furent obligés de sc jeter & la mer et furent sauvés.

Les Anglois prétendent avoir gagné la bataille, et en ont fait des feux do joye dans Londres. Ce qui est certain, c’est que le combat a esté fort rude, et que les Hollaudois y ont eu l’avantage.

La surveille de la Pentecoste [vendredy i4 Juin], j’allai à Amboille et y reçus ma soeur, qui revenoit de Langres et de La Charité.

Je la ramenai le samedy [la juin] dans son couvent, k Paris, où elle rentra et fut reçue avec beaucoup de joye. Je retournai i Amboilie passer la feste [i 3 juin]. M. l’évesque d’Olonne, qui estoit chex M. le curé, y prescha et disna avec nous. 1æ lundy i4 juin, je fus à Cbessy. Le inardÿ i5 juin, à Pont-aux-Dames, où nia femme entra avec M“” du Guémené et M"* la présidente de Bailleul. Je retournai satisfait de ma tille, qui paroissoit fort contente, fort raisonnable et avoir de l'esprit. Le mercredy i6 juin, je passai par Guerraantes, vis M“* VioUc, et allai coucher à Amboille j>ar une grande pluye, et le lendemain à Paris par une pluye bien plus extraordinaire.

Le samedy 19 juin, M°“' la marescbale de Clérembault a achevé de desmenbler l’hostel de Saint-ûenys, estant logée dans rancienne maison de M. Kouquet, appartenant à M. Le Tillicr, rue du Temple, et les clefs ont esté livrées.

Le lundy a 1 juin, nous commençasmes à y faire porter nos meubles; mon fils y coucha dès le mercredy. Le joudy nous tismes le reposoir dans la maison à l’ordinaire. Je portai le dais k la procession avec M. Amelot-Chaillou faute d’autres, n’y ayant que le seul M. Forcoal en robe rouge.

Le samedy a6 juin, nous couebasmes pour la première fois dans l’hostel de Saint-Denys, et prismes possession de nostre acquisition.

Je prie Dieu que ce soit avec sa besnédiction.

La cour est à Fontainebleau, d’où l’on croit qu’elle reviendra bientost k cause de la grossesse de la rcyne. L'on parle d’une grande revue de troupes dans la prairie de Morct. L’on dit que toutes les

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Jnillrt iKM. liâmes doivent caniper trois jours, et que le roy a fait faire des lentes de toutes couleurs. L'on a ajouté que l’on feroit le siège de .Morct dans les formes, pour montrer aux dames la manière de prendre les pLices. Le chagrin des malcontens, qui est fort général, traite celle revue d'une badinerie pour le roy et d’un jeu d’enfans, et qui n’est pas bien re^u par les eslrangcrs. Il y en a qui croient (|ue toutes les revues se termineront à quelque entreprise sérieuse sur la Flandre.

Je ne puis onietti-e d’e.scrirc icy une histoire extraordinaire arrivée depuis un mois à Roye, qui peut cslre dite un véritable miracle. Un soldat ayant esté contraint de mettre l'cspée è la main contre son camarade, nommé La Plume, le lue; il est pris et condamné par les juges de Roye cuinine s'estant Irattu en duel. La dame de Lavoie, voisine de Roye, visite ce soldat par charité, le dispose à la mort, luy conseille d’avoir recours à la Sainte- Vieige, et luy met sur le corps un scapulaire. Le soldat passe la nuit en prières, et, après avoir entendu la lecture de sa condamnation, s'estant encore mis en prières fort alRigc, cl attendant le lendemain poiu' estre pendu, il se relève fort gay. Un soldat, prisonnier dans le mesme cachot, luy ayant demandé la cause de ce changement si prompt, il luy dit : «C’est que je suis assuré, que je n’en mourrai pas. La Vierge m’est apjiarue tenant son fils sur son bras gauche et sa robe blanche de la main droite; ayant baissé les yeux à cause de l’esclat, puis les ayant rouverts, je n’ay plus rien vu; mais j’ay senti mon cœur plein de joye, et qu’on me disoit : Tu n'en moantu point. •

L’heure de l’exécution arrivée, ce soldat est conduit à la potence. Il fait reproche au bourreau de ce qu’il trcmbloit. 11 est pendu et secoué fort rudement. La corde ayant esté coupée par le bourreau, qui le croyoit mort, le corps tombe à terre de quinxe pieds de haut et la teste frappe rudement le pavé. Le bourreau ayant aperçu qu’il respiroil encore, reprend la corde, la serre longtemps de toute sa force le genou contre l’estomac de ce misérable. Ne doutant pas qu’il fust mort, il le met siu- une eschelle , la teste passant entre deux escheions, cl, le visage contre terre, il le traisne trois tours sur le pavé

dans la grande place, et ensuite le jette sur le chemin, où il le laisse, juiiui isw. Un de ses camarades pa.ssant (piehpie temps après s'approche et le trouve qui respiroit encore. Il le fait saigner et transporter dans un village, où il revient connue d’un sommeil, sans douleur ny coimois- .sance de ce qui s'estoit passé. M. l’abbé de Bar escrit cette histoire, ayant parlé à ce soldat et à M"* de Cavoie, avec MM. les évesques de Glandève et d’Amiens. L’on en informe comme d’un miracle.

Du sg juillet. Depuis un mois je n’ay point escrit exactement et par jour, ne s’estant rien passé de considérable, sinon que M. Colbert vint un jour, assez diligemment, de Fontainebleau icy. Le bruit courut quelques jours après que le dernier des enfans de M**" de La Vallière estoit mort * : c’estoit un garçon eslevé dans les Tuilleries. Elle avoit desjà perdu un autre garçon et une fille. L’on m’a dit qvie ce dernier rcsscmbloit fort au roy, et que S. M. estant à Paris l’alloit voir souvent; que ceux qui estoient auprès de hiy l’appeloient mon prince, et celle qui disoil cela prétendoit le sçavoir de la cousturière qui luy faisoit ses robes.

I.os nouvelles de la guerre sont que Ruyter est é l’embouchure de la Tamise avec quatre-vingt-quatre vaisseaux de guerre et vingt brusloLs, et l’on dit que les Anglois doivent bientost sortir pour un second combat; d’autres prétendent qu’ils traitent la paix à notre insçu*. Ce qui est certain, c’est que Ruyter a relTusé a,ooo hommes que le roy avoit envoyés é Calais pour mettre sur ses vaisseaux , disant qu’il n’en avoit auctm besoin. M. de Beaufort est dans la rivière de Lisbonne, en Portugal, pour favoriser le passage de la reyne de Portugal.

I-c jeudy et le vendredy de la semaine pas.sée (a3 et a4 juillet),

M. de Basville soustint deux actes de philosophie et de mathématiques avec toute la capacité possible. Le fils de M. le président de Maupeou, de mesme; et hyer et avant-hyer (mardy a 7 juillet et mercredy a8), le fils de M. Besnard. M. le premier président fut présent aux actes de son fils et du fils de M. Besnard.

' Louis (le Bourbon moanat le 1 5 juil- Icl 1666.

* Ls pttx de Br^da ne fui sij^ee qu'au mois de juillet 1667.

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AoAt Dimanche dernier (a 5 juillet), mouriil M. le comte d’Harcourt'

subitement. Le bruit courut aussy de la mort de M. le chancelier. Il est \Tay qu’il a eu une fièvre à cause de son érésipèle ; mais il s’en porte bien.

La ebaleur a esté extresme, et tout Paris estoit tous les soir et matin au bain, les femmes avec beaucoup de liberté parmy les hommes.

Je donnai hyer (mcrcredy 28 juillet) à disner à MM. le président de Mauléon, Bornai, Gitard, architectes, abbé de Colangcs, Le Pelletier et de Fourcy, pour résoudre le dessin de ma maison.

La revue a esté faite durant trois jours avec toute la magnificence possible , ne se pouvant voir de plus belles troupes de cavalerie *.

J’ay envoyé à Fontainebleau des lettres de confirmation pour en obtenir le sceau. M. Boucherat les présenta à M. le chancelier; M. le Prince les fit recommander, luy ayant cscrit pour cela, ces lettres estant en son nom, et M. le chancelier les scella le mesine jour extraordinairement avec des termes fort obligeans pour nioy.

Le vendredy 3o juillet, je fus le soir, avec ma femme, coucher à Amboillc. J’en partis à trois heures du matin, à cheval, et j’arrivai d’une traite à dix heures à Fontainebleau, fort las. Je descendis chez M. Boucherat, qui me dit, à disner, la mort de M. de Bellejambe. Je doutai si je me monirerois, craignant qu’on ne dist que j’estois venu pour demander sa place. Je fus voir, après le disner, M. de Turenne, et nous convinsmes qu’il e.stoit bon de voir sur cela M. Le Tellier. Ainsy je me dispensai de voir personne le reste du jour.

Le dimanche i" aoust, je vis M. d’ilarouis, qui me dit comme on avoit fort bien parlé de luy au roy, et que M. Colbert luy avoit dit qu’il envioit le bonheur de M. Delorme d’avoir un aussy bon ami que luy. Nulles nouvelles à la cour, les choses allant tousjours de mesme pied. Je visM. Le Tellier avec M. Boucherat; il me dit que je devois me montrer et me conduire à l’ordinaire, que le temps n’estoit pas pour moy» mais qu’il reviendroit. Je vis M. le chancelier, le remerciai et me res-

' Henri de Lorraine, grand écuyer de ’ Comp.irex les Mémoirrs de ü/*'' de France. Monlpemicr à Tannée 1666.

D’OLlVlKil LEl'ÉVHE D’OUMESSON. 'j65

jouis de sa meilleure santé. Il esloil assis avec asses bon visage. Après AmU ififis. le disner, je vis MM. de Sève, d'Aligre cl de Machaull. De là, an chastcau, dans la chambre de M. le comniandeiir de Souvré, où t;stoient les joueurs. J’y saluai MM. de Viileroy, deTurenne, etc. cl, après le jeu, je fus à la promenade avec MM. de Turenne et de Soiivré. Ce dernier se plaignoil que .M. Colbert vouloit cslablir que, dans la Médileirance , les marchandises des Turcs, sous la bannière de France, ne pourroient estre prises par les cbcvalici's de Maltbc, cl disoit que c’esloil ruiner l’ordre de Mallbe, parecque les Toits no iralfiqueroient plus de leur chef, mais .sous le nom des François. Le roy revint le soir du bain, et je vis tirer (juelques grenades mises au bout d’une carabine dans un tampon de Irois qui y esloil enfoncé.

Le lundy a aoust, je vis le matin MM. de La Vrillière et de Lyonue . qui me firent grandes civilités, au lever du roy, où S. M. me regard.i deux fois; de là, chez M. le marcscbal de Grammont, où l'on joua jusques à midy; disner avec M. de Turenne, auquel je dis que j’avois vu, par une lettre d’Amiens, que M. d’Elbouf avoil este, à la teste de deux compagnies de cavalerie, audevant de M. l’intendant, à une lieue d’.Ainicns, avoit tiré l’espéc pour le saluer, et luy avoil fait tirer six volées de canon. 11 fut surpris de cette conduite basse et misérable .Après le disner, je retournai chez .M. le marcscbal de Grammont voir M. d’Ilarouis, qui jouoit, et le soir, à six heures, je montai à cheval et revins à Amboille en voyageant toute la nuit. Le temps esloit fort obscur; je ne m’esgarai pas néantmoins. J’aperçus audessous de Sucy un grand feu allumé, que je vis naislrc et qui brusioit fort clair d'abord; il me panit changer de place; enfin il se fixa. Je crus que c’estoit une maison qui brusioit; néantmoins il estoit fort clair; je le vis durer plus d'une gro.sse demye-beure. Enfin, descendant de Sucy à .Amboillc, le vent (|ui venoit de ce costé-là me porta une odeur de soufre très forte qui dura jusques à festang, et la montagne m’ayant caché ce feu, je ne le vis plus et ne sçais combien il dura. Le matin m’e.sfant informé s’il n’y avoit point eu de feu dans une maison, on me

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Août i566. dil que non, mais que le luiUier de Chenevières avoil vu ce niesme feu, et je jugeai qu'il faut que ce soit une vapeur enflammée. Ce qui marque une grande corruption de l’air.

Le mardy 3 aoust, je revins à Paris, et j'en donnai avis à ma femme, qui estoit à Chessy. I.e soir, M. le procureur général m’envoya les conclusions sur mes lettres patentes fort obligeamment.

Le mcrcredy ,4 aoust, M. le premier président me dil l’aflaire de M. de Broglio, terminée le matin avec M. le Prince, pour la terre de Senonchc, que M. le Duc retire |iour employer l’argent des duchés que la rcyne de Pologne a donnés à M" sa femme', et qui ont esté vendus à l’empereur, et, ce fai.sant, M. le premier président me dit le mariage de sa Hile avec M. de Broglio. M. le Duc donne quinac cent mille livres pour celle terre.

Le vondredy 6 aoust, je fus avec mon fils, le matin, cher M. le Prince, qui me ret;ut fort lionnesteiuent, me dit avoir entretenu Auzaiiel avec M. le président Le Pelletier, sur le procès de !M. Fouquet. Il s’estendit fort sur celte matière et durant plus d’un gros quart d’Iieiue.

Le lundy g aoust, les nouvelles vinrent du comliat naval des Anglois et des Hollandois, et que ces derniers avoient este battus. On di.soil que Ruyter s’estoit retiré en Hollande, après que l’escadre de Zélande .se fut retirée à cause de la mort de Jean Leersen, leur amiral; que Tromp avoit pris le large, et que Ruyter, se voyant ainsy .sans secours, s’estoil retiré *. Une personne me dit que aussytost les Estais s’estoient assemblés, avoient fait de grandes plaintes du retardement de M. de Bcaufort, et avoient fait dire à M. d’Estrades qu’ils voyoient bien que le roy les abusoil et qu’il vouloit les faire consommer avec les Anglois pour profiter de leur ruine , et qu’ils feroient la paix sans luy.

Le mardy lo aoust, je fus avec M. le premier président à Ver- .sailles, où M.M. Villedo et Mazières luy firent bonne ebère. M. Cou-

' Le duc d'Engtiien avait épousé U nièce * Celte bataille avait été livrée à l’einde Marie de Ooiiufpie, reine de Pol<^p>e. bouclmre de la Tamise.

loD l'escuyer y estoit. L'on parle du procès fait au prévost des niar- sqAi i66i>. chands de Lyon, poiu: les coups de baston donnés i I,aiiclienu , commis envoyé par M. Colbert peur le recouvrement des taxes. Il a esté condamné à avoir la teste tranchée, exécuté par eifigie, sa maison rasée et ses biens, de plus de trente mille livres de revenu, confisqués.

M. Charrier a este mis à lu Bastille pour cette uflaire. L'on dit qu'elle a de grandes suites, que beaucoup de gens y ont pris part, et la maison de M. de Villeroy. M. de Béions a esté joint é M. Uu Gué. auquel on avoit oifert cent mille livres pour tirer de long. Ce qu'il a rcllusé, et Von en est fort content à la cour.

Le jeudy 1 1 aoust, M'** de Sévigné et l'abbé de (iolangcs sont partis pour aller en Bretagne.

Le vendredy i3 aoust, nous fusmes à Amboille, où M“d'Amours vint le samedy fort tard , à cause d'un orage extraordinaire arrivé le soir à Paris. Le tonnerre tomba en deux endroits : à Paris et à Vincennes, où il fondit des franges d'or dans un coffre, sans l'ouvrir ny l'endommager. Les garçons d'Aiuboille firent une grande festin, où il vint bien du monde.

Le htndy i6 aou.st, je revins é Paris. La cour est revenue, le jeudy 1 9, an bois de Vincennes. Mais le conseil n'est revenu de Fontainebleau que le dimanche as, ayant voulu juger un procès criminel pour une fausseté d'arrest.

Le lundy a3 aoust, je vis M. de Macbault, qui me conta ce procès criminel pour un arrest falsifié , l'escriture sur le parchemin ayant esté enlevée et la signature Berryer ayant esté laissée. Il avoit esté d'avis de la mort avec M. de Pommereu, rapporteur, et M. de la Marguerie. 11 avoit pssè à la condamnation des galères. Béguin, qui est é M. le chancelier, s'estant trouvé mesié en cette affaire, M. le chancelier l'a chassé.

Le mesme jour, j'avois mené dom Laumer i M. le procureur général du parlement , pour l'accommodement concernant les mouh'ns près de Saint -üenys.

Le mercredy a5 aoust, je soupi cbex M. le premier président, où

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Sp|ii.'>nl. lAOC. soupa M. le conile de Broglie qui espouse M"' de Basville*. Il paroi.sl gcnlillioniiiic sage et honneste.

Ce jeudy 36 aoust, le roy lit une revue des troupes de sa maison dans le bois de Vincennes. Ma femme y fut avec M“ de Nogent. Il n’y eut jamais rien de sy brave ny de sy magnifique en habits. Tout le monde en murmure; car les troupes sont obligées de faire ces despenses inutiles à leurs frais.

Le sainedy a 8 aoust, après le disner, à l'acte de .\l. l'abbé Servien, au college d'Harcourt; y esloicnt M. de Lyonne et grande compagnie. I.a thèse esloit desdiée au roy.

Le dimanche 29 aoust, M. le comte de Broglie espousa M"' de Basvillc. M. rcvesj|iie de Bayeux les maria, et M. le premier président donna le disner. Après le disner, M. Boucherat et moy nous fusmes au collège d'Harcourt, à l'acte de M. de Saint-Luc, neveu de M. de Monlmort, et de là nous fusmes à Auteiiil, où M. le premier président avoil mené toute sa famille. L'on se promena dans le jardin de M. il'Aligre.

l’ar la gazette de Hollande, j’appris que les Anglois estoient entrés dans le [Xirt, où tous les vaisseaux marchands hoUandois se retirent derrière l’isle d’Ulic , et en avoient bruslé cent quarante’, et l’on dit la perle très grande; et se disoit encore que l'amiral Tromp avoit esté arresté prisonnier, comme ayant favorisé les Anglois au dernier combat, eu s'esloignant de Buyter; que l'on avoil aussy arresté le nommé Le Bual, capitaine, comme ayant intelligence avec les Anglois. Cette division paroist considérable. L’on craint que les HoUandois ne fassent leur accommodement sans la France , comme les .Anglois le souhaitent.

Le vendredy 4 .septembre, M. Foucault m'amena son fds’, pourvu de la charge de procureur général aux requestes de l’hostel, au lieu

' Marie (tcLaaïuijcoon.lilie Hu premier président.

* Monk , guidé par le capitâir»e litdkndais Hccniskcrk, bnila un grand nombre de maisons et plus de rcnl navires dans

nie de Sebelliog, au nord de la Hol* lande.

* Nicolas Foucaull, fiU du grelbcr Jos. Foucault, a W.sȎ un Journal sur ses intendances k Montauban , Pau , etc

irOLIVIER LEFEVRE D’ORMESSON.

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do M. Délita, pourvu de celle de lieulenaut criminel pour cin- Scpirmb. iC60. qualité mille escus, le roy donnant, outre ce, cinquante mille livres aux héritiers. Il donne aussy sa charge de procureur général aux requestes de l’hostel pour cinquante mille livres. L’on dit qu’il a donné un escrit que, le roy le renihoursant de cinquante mille escus, il quittera cette charge toutes foys que S. M. le voudra.

Ce mesme matin, les quatre quartiers dos niaistres des requestes estant assemblés, MM. Foulé, d'Orgeval et Morant firent rapport qu’estant le jour précédent à la gTand'chamhre, Messieurs s’estant levés .pour aller à la Tournelle Juger avec les trois chambres le procès du combat de La FeuiQade contre le chevalier de Clermont, à cause qu’il y avoit des conclusions à la mort contre des dcfl'aillans, ils avoienl . voulu les suivre et entrer à la Tournelle pour juger comme k la grand’chambre; que la diiricullé s’estant mue, ils avoienl esté obligés de se retirer, dont ils avoient dressé leur procès-verbal. Il fut arresté d'en porter plainte au roy, et auparavant de députer quatre maistres des requestes à M. le premier président pour conférer et tascher d’accommoder celte affaire.

•Après, on parla des lettres de provision de Foucault avec un arrest du conseil et des lettres patentes, par lesquelles le roy luy donne la qualité de procureur du roy aux alfaires de l’ordinaire, et de procureur général au souverain, et dans la chancellerie de France et les autres chancelleries avec séance. Les attributions portées par ces lettres estant nouvelles, il fut fait difficulté, et j’eh demandai la lecture pour sçavoir ce que nous vérifiions, et cette nouveauté méritoit bien une discussion; mais les gens de cour y estant venus, ils eurent sy peur de fascher, qu’ils vouloient tout accorder sans parler, et les lettres furent registrées avec quelques explications verbales pour la séance dans la chancellerie, qui ne serait que hors le parquet, à la droite de celiiy qui tient le sceau sur une chaire sans bras. Il fut reçu ensuite sans estre interrogé ny prendre de loy.

Le mesme jour, chacun disoil que les gardes du corps marchant autour du carrosse du roy, allant et revenant de Versailles, avoienl

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NfiMcmb. ii'<A5. passe (Lins Paris l'espée nue i la main. Cette nouveauté fait discourir le monde.

Joublioi.s cjue le jeudy précédent (3 septembre), je disnai chci M. do Fourcy, et lus, après le disuer, è Ivry, voir M. de Marillac, qui se porte mieux. J'y menai M. l’avocat général, son fils, ({ui me dit le grand procès entre M. de Macliaull-Sainl-PieiTc et l’abbé de Gaillac, pour la fausseté prétendue faite par le dit abbé d’une procuration de résignation de l’arcbidiaconc d’.Auch.

l,e jeudy lo septembre, je fus, après le disner, cbei de Longueville , en ayant esté prié par son secrétaire , de sa part. J’y trouvai MM. de Morangis, Le Nain *, Boueberat, Be.snard de Rcic, Tambonneau et du Laurent’, conseillers de la grand'chambre, et M. Isalis, avocat. Ayant pris place dans des chaires à bras autour d'une table longue, au bout de laquelle estoit assise M"° de Longueville, sou secrétaire derrière elle, M. Isalis üt rapport d’une aflaire entre Marie de Lanthen de Heids, femme en premières noces de Philippe de Slavay, sieur d’Aumont, frère aisné des sieurs Mollondins, et, à présent, femme de Proroman, du canton de Friboui-g, et qui prétendoit une terre située dans la souveraineté de Neucliastel et Valengin, contre les dits sieurs Mollondins. Cette femme avoit esté instituée héritière do tous scs biens par son raaiy. Ce testament, de i654, n’estoit pas conte.sté; elle avoit fait demande de la mise en possession par devant les juges du Colombier, qui sont ceux de Neucbastel; elle l’avoit obtenue. Par la coustume, les successions doivent estre demandées le quarantième jour après le décès, par tous les prétendans, .sans aucune citation, et ce jour les juges donnent l’investiture de la

' • A beaucoup de ümidilé et peu de feu , n'est pas d'esprit bien pénétrant. Il réussit néantxuoiiv) à force d'estudv et de la ■sageMc tient de son père, M. Le Nain, uutislrc des requeates ; il se pique et s’elfarouche de peu de chose, t {Tableau Ju parletMkt.)

* «Sçait bien le droit et le» couatumes ,

cl joint avec une grande connoisaance l'un el l'autre; cal homme de grande estude de toutes curiosités , ne se charge que le moins qu'il peut d'afiaircs , mais est très bon conseiller, sans intérest , sans affectation , obligeant el faisant plaisir à ses amis, autant que la Justice le permet. • [Tatleaa du par- Ument.)

Digiiizë3T3y’€oogIe

D’OLIVIER LEFEVRE DORMESSON.

snccession i celuy qui a le plus apparcnl droit, et celuy qui ne s’est Srpi<mb. iiiuc. présenté ce joiu>-là est exclus de la succession sans pouvoir estre relevé, si ce n’est pour absence ou ignorance. Ce dernier jour qu'ils appellent fatal, les sieurs Mollondins avoient demandé la succession; le procureur de la veuve s’y estoit opposé, disant qu’elle luy estoil adjugée; en tout cas, il faisoit demande. On luy répliquoit que sa procuration n’estant pas spéciale, il ne poiivoit agir, et ainsy que sa demande estoit nulle. Les juges, qui vouloient favori.scr le sieur de Mollondins, leur gouverneur, prirent ce prétexte pour exclure cette veuve, en desclarani qu’elle n’avoil pas observé la cousturae.

Cette première justice est composée d’un maire et de douze juges.

11 y avoit plusieurs nullités dans cette sentence; ils n’estoient que'

juge* fui i'avoient donnée. C’estoit après le disner, et non

le matin cl à l'audience, séant pleine justice. De cette sentence la veuve s’estant plainte aux juges souverains (qui sont composés des trois Estais, lesquels ne s’assemblent que tous les deux ans; mais ils s’assemblent extraordinairement lorsque l’une des parties consigne une certaine somme pour Ica frais) ; ces juges souverains avoient encore desbouté la veuve par la inesine autorité du gouverneur. Le canton de Fribourg s’en estoit plaint comme d'une injustice manifeste.

M. de Longueville estant sur les lieux, en 1 6.57, en avoit ouy parler; mais il n'avoit voulu rien juger, et avoit dit aux parties de s’accommoder. Ainsy celle veuve renouveloit sa plainte à M“* de I.,oaguevillc. Les Mollondins se delTendoient par la fin de non recevoir, et préiendoient que M"* de Longueville n’en pouvoit prendre connoissance. Chacun opina sur celte affaire fort bien, et il fut jugé que M'*‘ de Longueville , comme régente et souveraine *, pouvoit en juger, et au fond que cette veuve devoit estre relevée contre ce jugement des Estais, et que l’appel des juges du Colombier seroit de nouveau jugé, et k cette fin les parties escriroient et produiroient au principal; et il fut trouvé à propos que les noms des commissaires seroient

' Le nombre de» n'a pa» été * M** de LongueviUe avait la souverai-

man)ué dam le manuacrit. neté de NeuebitcJ en SuisM.

JOURNAL

srptnnb. iA6«. inscrés dans te vu du jugement, qui scroit prononcé et signe par M“* de Longueville seule. M"” de Longueville fut lousjours présente et reçut tous ces messieurs fort civilement.

L’on me dit que le parlement avoit, le dernier jour, vérifié la com-

mis.sion de MM. Le Pelletier. Lagulgiicraie, .\au et con-

.seillers de la cour, pour retourner en Auvergne achever l’instruction des alTaircs commencées par les grands jours et en maintenir l’autorité. Le roy a pris aussy des conseillers du parlement de Toulouse pour aller tenir des grands jours du costé de Narbonne.

Le samedy 13 .septembre, je fus, avec mon fils cl M. Le Koy, donner de feau besiiite à M. le lieutenant civil, mort du jour précédent, après une maladie de sept jours. L’on atlribuoit la cause de sa mort â la douleur <|ue luy causoit une de ses biles, dévote, qui luy demandoit partage et luy avoit fait donner un exploit; mais c’estoit surtout la douleur de ne pouvoir, depuis longtemps, obtenir la permission de résigner sa charge â son bis ny en retirer rescompense . ses affaires domestiques estant en mauvais estai. M. Dreux-d’,\ubray avoit esté maistre des requesles et lieutenant civil en 164.Î le roy luy ayant vendu cette cliarge ', que M. de Lalfcmas exerçoit par commission, cinq cent cinquante mille livres d’argent et vingt mille escus pour un prest. Chacun raisonne sur la di.sposition de cette charge; les uns la donnent au frère de M. Colbert, d’autres à M. Pussort. d'autres à M. le président Le Pelletier, et tous la souhaitent au fils.

Ce jour, les nouvelles vinrent d’un nouveau combat entre les Hollandois et les Anglois vis-à-vis de Boulogne. On disoil que les ,\nglois avoienl eu du pire, mais que la nuit les avoit séparés.

Le matin, je sçus que M. Le Pciletier-Soucy estoit joint à .son frère pour aller en Auvergne, avec chacun neuf cents livres par mois.

Le dimanche i3 .septembre, je fus à Amboilic, et le lendemain je fus au Jard, avec ma femme, voir mon fils, que je trouvai moins incommodé, fespril fort raisonnable cl ayant de la piété. Mon fils

* Vov. I. 1. I». 8. cîu Journal d'Olivier d'OrmCuson

vint le soir 4 Amboille avec M. Le Roy et Cli. Ouel. Il avoit esté le Sfpiomb. i606. matin , avec le présidial en corps , au service de M. le lieutenant civil.

Los quatre anciens e.stoient aux quatre coins, et tout le présidial niarchoit avant le deuil.

Le mcrcredy 1 6 septembre, je revins à Paris. L’apresdisnée je fus chez M. Le Pelletier, qui me dit ne rien sçavoir des intentions de la cour sur la charge de lieutenant civil; qu’il seroit fort ayse de l’avoir, mais qu’il trouvoit aussy beaucoup à se consoler s’il ne l’avoit pas; qu’il ne pouvoit pas en donner beaucoup; qu’il ne pouvoit aussy soulfrii que sa famille fust ruinée pour l’amour de luy. Le plus grand embarras est que le roy en a touché plus de six cent mille livres, et qu’il n’est pas juste que le roy ne rende pas cette somme, et dans la conjoncture il est malaisé que le roy se charge de ce remboursement, et, par cetle raison, le fils pourra estre conservé.

J'appris que M. Desniarets, beau-frère de M. Colbert, avoit esté agréé pour la charge de président des comptes de M. du Tillet, mort depuis quelques jours. Revenant de chez M. Le Pelletier, je trouvai M. de Turenne, qui mit pied à terre et me dit que le roy avoit donné à M. d'Artagnan la charge des petits chiens, vacante par la mort de M. du Tillet, et qu’il avoit choisi M. de Périgny* pour la charge de précepteur de M. le Dauphin, et cela sans la participation de M. Colbert et de M. Le Tellier.

Le jeudy ty septembre, je fus au conseil des finances chez M. le chancelier. Je rapportai l’aflaire des courtiers de Bordeaux contre Billon. M. Colbert voulut, comme la première fois, contredire mon avis et renvoyer au parlement de Bordeaux, nonobstant l’arrest de rétention. J’y consentis aussytost, et l’alFaire fut renvoyée.

Ce jour, je vis des lettres de Boulogne sur la rencontre de l’armée des Hollandois et celle des Anglois, par lesquelles il paroissoit qu’ils

‘ Présidenl de la troUième chambre des empiètes. • Homme d'esprît solide»

de grand raisonnement et de fermeté; sûr et qui ne manque point à ses amis;

estimé dans sa chambre; aimant les belleS’ lettres et les belles connoissances. ■( Taè/aoa du parlement.) 11 fut remplacé, comme précepteur du dauphin . par Bossuet.

klk

JOURNAL

spiciub. 1666. ne s’estoient pas voulu battre, et que les lloliandois les avoicnl laissés passer pour aller à l’islc d’üyt [Wight] attendre la flotte de M. de lieaufort.

Le samedy 1 9 septembre, je fus, après le disner, chez M. d’Aligre, conjinuniquer de l'alfaire de Pennes. J’appris que le roy estoit fort en peine de l’armée de M. Beaufort, parccquc les Hollandois n’avoient pas voulu s’avancer au delà de Boulogne, et disoient que, s’ils alloicnt plus avant, n’ayant point de port pour retraite, et qu’il leur arrivas! quelque disgrâce, ils seroient perdus sans ressource. L’on croyoit que c’estoit par intelligence, et qu’ils seroient bien ayses que M. de Beaufort fust battu, et que c’estoit une manpie qu’ils vouioient s’accommoder sans la France. J’ay sçu que l’on avoit despesebé en >

toute diligence à .M. de Beaufort deux ou trois courriers, pour luy mander de ne point venir, mais de se retirer à Brest.

Le dimanche ao septembre, je donnai à disner à M. Isalis, pour luy communiquer l’aOTaire de la demoiselle Lemoyne contre son fils, dont j’estois arbitre , et j’y travaillai tout le jour.

Le mardy a a septembre, je terminai cette affaire en sorte que les deux parties furent contentes et acquiescèrent à mon jugement. J’appris la mort de M"*® la princesse d’Espinoy, fille de M. le comte de Charost, âgée de vingt-quatre ans.

Le jeudy a 4 septembre, les nouvelles viiurenl que .M. de Beaufort estoit heureusement passe à la vue des Anglois et estoit arrivé à Dieppe, et avoit escorté quantité de vaisseaux marchancb chaînés de sel.

Le samedy a 6 septembre, je fus chez M. d'Aligre communiquer de l’aifairc des notaires. Il nous dit que M. de La Feuillade revenoit de l’armée de Hollande, et avoit dit (ju’elle s’estoit retirée dans ses ports sans avoir voulu attendre plus longtemps M. de Beaufort, et que le roy avoit mandé à M. de Beaufort de joindre les Hollandois et se retirer au Texel, n’y ayant pas de sûreté pour luy d’attendre à la rade de Dieppe les Anglois; et il fut remarqué que depuis Brest jasques à Dunkerque la France n’avolt pas un port pour retirer un

grand vaisseau, et que c’cstoit pourquoy il n’estoit pas possible que scpicmb. la France fust puissante sur la nier Océane

Les nouvelles Rirent confirmées de l’incendie arrivé à Londres, qui avoit commencé la nuit du i i au la septembre, par un grand vent de nord, et avoit continué jusques au i6, et avoit consumé toute la ville, en sorte qu’il n’en estoit pas resté la huitième partie entière; qu’il y avoit quatre-vingt-dix paroisses bruslées, et enfin une désolation sans exemple; que les François cl les Hollandois avoient esté maltraités, comme s’ils en eussent esté les auteurs. D’autres disent que c’est une conjuration. Enfin c’est un malheur espouvantablc. Je crois que cet incendie a sauvé M. de Beaufort, et que sans doute l’armée angloise avait eu ordre de ne point combattre, pour ne rien hasarder en cette conjoncture. Depuis, M. de Beaufort, arrivé à la rade de Dieppe, n’ayant point trouvé les Hollandois, prit le prti, par l’avis de M. le marquis de Créquy, de retourner aussytost à Brest, n’estant pas en estât de se dellendre contre les Anglois. Ce qui a bien réussi par un bonheur extraordinaire. Les Anglois, qui estoient à l’isle d’Uyl [Wigbt], n’ayant pu sortir, à cause du vent contraire, pour attaquer M. de Beaufort, aussytost le vent cessé s’estüient mis à la voile, et, croyant rencontrer M. de Beaxifort au Pas-de-Calais, avoient pris leur roule le long de leurs costes, comme la plus courte, et pendant ce temps M. de Beaufort, qui retournoit à Brest le long des costes de France, avoit passé sans eslre vu des Anglois, et ainsy avoit esvité le combat. Un seul vaisseau tomba dans leur armée et fut pris. Je sçais cette nouvelle de M. le mareschal de Villeroy.

L’on commence à tenir des conseils, pour la police de Paris, cbei M. le chancelier, où toute la discussion des propositions va 4 M. Pussort. L’on croit que c’est pour le mettre en possession de la charge de lieutenant civil par celle de la police. Il y a des conseillers d’Estal

* SeigneUjf voulut créer un port i Cherbourg , et les travaux en furent commencés par Vauban, mais Louvois les ht aban-

donner. J'ai cité Ica preuves de ce fait dans mon Histoire de V administration monarc\iifne en France (t 11, p. 373).

JOURNAL

Noieiiib. i66«. commis, MM. Poucet, Bouclicrat, La Marguerie.et le.s commissaires font nettoyer les rues, ester toutes les pierres anciennes pour monter devant les portes, les Ixmtiqties des savetiers, ravaudeuses, fruitières, et toutes les avances. Cela fait murmurer le petit peuple.

Le i5 octobre, le roy a quitté le bois de Vincennes pour aller à Saint-Germain. L’on m’a dit que M. le comte et M”” la comtesse de Soissous estoient revenus è la cour; que le roy les avoit mandés pour donner du chagrin à Madame, dont il est mal content. L’on parle de quelques intrigues nouvelles sur le sujet de Madame avec le chevalier de Lorraine ; que le comte de Grammont a dit beaucoup de choses; que Madame luy a osté son logement, et que le roy luy en a donné un au Louvre. Je ne sçais si l’on m’a dit vTay.

Le 20 octobre, mourut M. de Vertamon, conseiller d'Estat ordinaire, âgé de soixante-neuf ans. 11 dépérissoit è vue d’mil depuis six mois; il est mort usé de l’esprit et du corps. C’est ce dernier travail de la reformation de la procédure qui l’a consommé. L’on dit qu’il n’a laisse à M“ de Caumartin que les cent mille escus qu’elle a eus, autant à sa fdle à marier, et le surplus aux enfans de son fils.

L’on m’a dit que Madame est au lit de chagrin, sous prétexte qu’elle est tombée; et qu’elle a dit qu’elle e.stoit fille de roy, et que, si on la maltraitoit, elle avoit un frère roy qui la vengeroit; et que M“ la Comtesse faisoit fort la cour è M'** de la ’V'allière.

Au mois de novembre, ayant reçu à Amboille un billet de la part de M. Pussort sur l’emprisonnement d’un habitant de Moussy, je revins k Paris. Je fus le lendemain chez M. Pussort, où son secrétaire me reçut fort civilement. Y estant retourné à midy, M. Pussort vint à moy à la porte de son cabinet avec des civilités grandes, me dit que, .sy j’eusse esté à Paris, il me fust venu voir, et que, s’iln’eust pas trouvé difficulté à mon affaire, il l’amoit faite sans m’en parler. Après, nous nous entretinsraes fort honnestement sur l’affaire, et, à la sortie, me voulant reconduire, je luy dis que je recevTois k marque de son amitié s’il ne vouloit point quitter son cabinet. Sur quoy il me dit que, puisque je le prenois par là, il ne sortiroit pas, et il ne sortit

D'OLIVIEU LEFÈVRE D'ORMESSON. 477

pas. Tay remanjué cette visite , parceque c’est la première depuis le procès de M. Fouquet, et que M. Pussort m’ayant tousjours, depuis ce temps, tesmoigné publiquement de l’aversion, ce changement est remarquable. Mes amis ont fort approuvé que j’aye pris cette occasion pour y aller, et que j’y eslois obligé, puisqu’il m’avoit fait la première civilité.

Le lundy *, je fus au parlement jour entendre les harangues. M. Talon fit fort bien, et parla contre les jeunes gens qui, sans estudes, se présentoient au barreau, ayant employé six jours à aller quérii; des licences. Cela sembloit fait pour le fils de M. le premier président, qui arrivoit d'Orléans.

Ce jour, M. de Sève fit rapport devant le roy des plaintes il’un gentilhomme de Champagne, nommé Longueval , qui prétendoit que M. le président de Mesmes l'avoit despouillé par force de sa terre, et ne l’avoit point payée. M. le président de Mesmes avoit vu sur cela le roy et demandé réparation de l’injure. L’alfaire fut appointée pour estre jugée devant le roy. Cette injure touche fort sensiblement le président de Mesmes.

Le mcrcredy, je fus aux harangues des mercuriales, où M. Talon |>arla bien et dit qu’il falioit que les juges fussent sévères. L’on appliqua son discours à l’affaire de M. Fouquet, et l’on observa iju’il me regarda en le disant. M. le premier président fit deux belles actions’’.

L’on avoit publié aux prosncs des dimanches précédons une ordonnance de M. l’archevesque de Paris, qui ostoit dix-sept festes’; et, comme on no sçavoit si le parlement observeroit cette ordonnance, on demanda à M. le premier président si le parlement entreroit le jour de Sainte-Catherine, qui estoit l’une des festes retranchées, il dit que non, pareeque le parlement n’avoit pas esté

' Il n'y a aucune date précise dans le

est inutile de prévenir qu'ici, comme dans beaucoup d'autres passages du journal d’Olivier d'Ormesson , le mot

journal.

• Il

aciion est pris dans le sens de discours.

’ Voy. diins les Mémoires de Louis XJV, t. Il, p. 338, les motifs de celle mesure. Cf. un mémoire adressé à Louis XIV par Colbert. {lierai rétrospecUve , I. IV. p. a 57-368.)

Notemh. iG6€.

JOURNAL

IWcamh i66ri. informé rcgulièremenl de celte ordonnance. Depuis, le roy a envoyé au parlement une lettre de cachet pour l’informer de l’ordonnance de .M. l’archevesque de Paris, et le parlement l’a reçue, .sinon pour les festes de Saint-Nicolas, des Innocens et de Saint -Barthélémy, patron de la paroisse du Palais. Le parlement n’entrera pas ces jourslà, quoyqu’il ne soyt pas feste.

Le 3 déccmhre, j’ai lu un factum de M. de V'ertamon-Villeinenun ‘ contre M. l’archevesque de Paris, sur une contestation entre eux pour une ordonnance de M. l’archcvesque de Paris, faisant sa visite en la paroisse de Servon*. Cette affaire avoit commencé à estre poursuivie avec chaleur au parlement; depuis, portée devant le roy par M. l’archevesque, lequel ayant publié un factum, M. de Vertamon y avoit répliqué par un autre, très injurieux à l’honneiu- de M. l’archcvesque.

I.e saïuedy 4 décembre, j’ay appris que M. de Vertamon avoit e,sté mandé, en vertu d’une lettre de cachet, par MM. Poncet, Bouchcrat et Pussort, rapporteur de l’alFaire; que là ils luy avoient représenté son factum et demandé s’il n’avoit pas desbité ce factum; qu’il avoit dit ouy; qu’ib luy avoient ensuite demandé s’il l’avouoit ou le désavouoit; qu’il avoit dit qu'il falloit sçavoir auparavant si M. l’archcvcsque avouoit le sien; qu’ils l’avoient ensuite interpellé de signer sa de.sclaration et de parapher l’un des exemplaires de ce factum. Ce qu’il avoit refusé, et dit qu’il diroit au roy ce qu’il désiroit sçavoir, et s’estoit retiré. Voilà une préparation à quelque grand coup d’autorité contre M. de Vertamon.

Le me.smc jour, j’ay reçu lettre de Troyes sur la mort de M. de Duremain, chanoine de l’église cathédrale, mort subitement, après avoir vescu très saintement. Il avoit esté mon précepteur, et à mes frères.

Le lundy 6 décembre, jour de Saint-Nicolas, je fus à Ormesson

* Françoiv de Verüiemon, seigneur de de conscience, et plus de bien que d'hon- Villeinenûn, reçu nintlrc des requêtes le neur. ■ {Porinil dts muftrer dtt rtçttéla.j a3 nnvcnibre i6b3 « A plus d'esprit que * Département de Seine.et.Marne.

avec MM. Le Pelletier, de Fourcy et mon fils, pour adjuger ce que Uéccmb nibf. je fais couper des bois en plusieurs endroits, et les adjudications montèrent à huit mille quatre-vingt-cinq livres. Au retour, j’appris que le roy estoit venu voir Monsieur, à Paris, sur l’extrémité de la maladie de M. de Valois', dont Monsieur est fort affligé.

Le mercredy 8 décembre, feste de la Nostre-Dame, je fus le matin aux Minimes faire mes dévotions, où je vis le père Laisné, mort d’une érésipèle remontée. Je fus disner cher le premier président, et, après le disner, je fus avec luy chez M“ la duchesse clouairière d'Orléans, laquelle le reçut debout, et ils ne s’assirent point durant toute la visite, et ensuite chez Mademoiselle, qui le reçut aussy debout; de là, à vespres à Saint-Germain-des-Prés, et ensuite chez M. l’archevesque de Paris, qu’il ne trouva pas. Il reçut un billet qui luy donnoit avis que M. de Vertamon avoit esté arresté le mardy à Saint-Germain et amené à la Bastille; que son affaire estoit jugée, mais qu’on ne disoit point le jugement.

Ce mesme soir, je fus avec ma femme souper chez M. Le Pelletier, où la prison de M. de Vertamon fut confirmée, et qu’il y avoit une condamnation fort rude contre luy.

Le lundy 9 décembre, j’appris que M. de Valois estoit mort le mercredy au soir, qiioyque les médecins eussent dit qu’il estoit hors de danger. Il est mort des dents, en ayant vingt-quatre; et l’on dit que, s’il eust esté fils d'im bourgeois, U ne seroit pas mort. Ce jour, le roy vint visiter Monsieur.

Le vendredy 10 décembre, l’on dit la condamnation de M. de Vertamon ; il fera satisfaction à M. l’archcvesque de Paris en présence du chapitre et des curés, et de tels évesques que M. l’archevesque voudra, conduit par deux huissiers du conseil dans la salle de l’archevesché, et son factum lacéré en sa présence; tenu de se deffaire de sa charge dans six mois, et ce pendant interdit; la haute justice de sa teiTe dcsclarée appartenir au roy, et plusieurs autres con-

* Comparer les Mémoires de M"* de Ciiarles d'Orléans , duc de Valois , mourut

Montpensier. à l'année 1666. Philippe- le 8 décembre 166C

JOURNAL

âSO

w«mb. i66S. damnations sur le fond, l.cs juges de cette aflaire ont esté : le roy, le chancelier, le inareschal de Villcroy, M.\î. d'Aligrc, de Sève, Colbert, Poncel, Boucherai et Pussort, i-apporleiu". L’on prétend que MM. Poncet et Colbert furent les plus sévères, et les autres plus doux. L'on ne .sçait point le deslail. Tout le monde condamne la folie de M. de Vertamon, mais l'on est estonné qu’on desgrade un officier sans aucune formalité de justice, et que l’on juge un procès criminel, sans information ny interrogatoire de l'accusé, sur la seule notoriété qu’il avoit distribué ce factum; ce qui estoit vray.

Le .samedy i i décembre, je fus, au sortir du Palais, saluer M. le duc d’Orléans, qui me reçut fort civilement. Après le disner, chez de Neuville-Champigny, sur le mariage de son fils, et chez le président de Nesmond, qui revenoil de la chasse avec M. le premier président, dans le bois de Boulogne, où il avait couru deux sangliers.

Ces jours passés on a vérifié, à la cour des aydes, une desclaration par laquelle le roy donne exemption de tailles aux pères roturiers qui auront dix enfans, pourvu qu’il n’y en ayt aucun ny prestre ny religieux, et aux exempts des tailles une pension de mille livres, et de deux mille pour ceux qui en ont douze. L’on donne exemption de tailles, jusques à vingt-cinq ans, à ceux qui se marieront avant vingt ans, avec autres conditions qui marquent l’esprit de multiplier les hommes ou pour la guerre ou pour le commerce; car, pour la robe, on en ferme les portes autant que l’on peut, et c’est par cette raison qu’on a reculé la réception à vingt-sept ans. L’on consulte présentement comment on dressera une desclaration pour retarder les vœux des religieuses et religieux à vingt ans, et, pour cet effet, on les desclare capables de succéder jusques à vingt ans, quoyqu’ils fas- .sent leurs vœux à seize ans. C’est encore pour en diminuer le nombre, comme de gens inutiles. L’on a allégué sur cela les exemples d'Angleterre et de Hollande, où il n'y a point de religieux. Cela estonne quelques gens.

L’on a aussy, ces jours passés, oslé toutes les fontaines particulières, et, dans le conseil de police, M. le chancelier ayant parlé du

hrsoin qu'il avoit de la sienne, M. Colbert iuy dit qu’il devoit ivkrmk l'eïemple; et, en effet, elle luy a esté ostée et k M. le Prince. Mais depuis on m'a dit que , de quinze pouces qui estoienl distribués aux particuliers, on en rendoit quatre : un i M. le Prince et les trois autres k plusieurs, à raison de quatre lignes seulement.

Le mercredy i5 décembre, au Palais, M ’, avocat au grand

con.seil et de M. rarchevesque, m’a parlé de l’affaire do M. de \'ertanion; que M. l’arclievesque avoit prié le roy en sa faveur, mais que le roy avoit dit que ce n’estoit plus son affaire, que c’e.stoit une affaire d’Estat, et qu'ainsy il ne croyoit pas que M. de Verlamon demeurast maistre des requestes, et que l’on vouloit encore obliger d’autres de quitter leurs charges pour en purger le conseil. M. de Bar m’a dit que l’on disoit k Saint- Germain que MM. de Bercy et île Fieux* avoient ordre de se deffaire de leurs charges.

Le dim.anche 19 décembre, le matin, aux Jésuites, le père Cossarl me dit qtie le père Annat avoit parlé à M. Colbert .sur la do.sclaration qui réduit les vœux des filles à vingt ans et des garçons à vingt-cinq ans, qu’il en avoit fait connoistre les inconvéniens et que c’estoit destruire leur ordre, n’y ayant que les jeunes gens qui pussent esire employés k faire les basses classes, et que leurs novices n’entrant qu'à vingtcinq ans, faisant deux ans de noviciat et, après, deux autres de philosophie, ils ne pouvoient commencer a régenter qu’après trente ans; ce qui ne se pouvoit plus.

Au retour, à Nostre-Dame et visiter M. l’arclievesque , avec lequel je disnai. Sa table est fort bonne et de douze couverts. Après le disner, il me parla de son affaire fort bonnestemenl.

Le lundy 20 décembre, j’appris les plaintes qu’on faisoit d’un jugement rendu par le lieutenant criminel, qui avoit seul condamné un homme au fouet et fait exécuter .sa sentence. Mon fils me dit qu’estant

’ Le r>om est cd blauc daus le manus*

cril.

^ Edmond deFieux .aeigneurde Muû, reçu maitre de» requêtes le 29 août i653.

Il cat iinai caractérisé dans le Portrait def ntaffrei des requêtes : • Copie de Bercy, qui ne vaut pas l'original, bien qu'il en ail beaucoup de ressemblance. »

JOURNAL

Décnnb. <(î6)>. 4 l’aiidienrc criminelle avec M. Défila, un commissaire amena un homme prisonnier et fit sa plainte; qu’il l’avoit trouvé dans le marché, disant que le hic estoit rencliéri et qu'il falloit renchérir le [)iiiu , et qu’il avnit excité bien du bruit; que ce prisonnier avoit esté interrogé sur-le-champ, et estoit convenu d’avoir dit que le blé esloit enchéri; qu’il estoit facteur de marchands de blé; que M. le lieutenant criminel avoit ouy à faudience quatre tesmoins, et les avoit confrontés publiquement à ce prisonnier, et que luy, avocat, s'estant levé pour prendre ses conclusions, avoit dit bas au lieutenant criminel qu’il croynit que cela alloit à l’aUiende et aux deffenses de récidive; que le lieutenant luy avoit dit que cette affaire estoit de la dernière importance, et qu’il falloit souslenir la police avec plus de force; que, sur cela, il avoit pris des conclusions au fouet et au bannissement; ce que le lieutenant criminel avoit prononcé et à l'heure mesme exécuté. J’eus desplaisir de cette affaire, quoyqu’elle ne tourne que contre le juge; car il est nouveau qu’un juge seul condamne à une peine alllictive un bourgeois domicibé, comme ce misérable, qu’on dit honneste homme, riche de vingt mille cscus, logé dans la rue de la Morlellerie, ayant une famille honneste. Celle affaire fait grand hniit '.

Le lundy a 7 décembre, MM. Besnard et Roujault, conseUlers de la grand’ebambre , Fourcroy et Lomeau, avocats, et moy, nous jugeasmes l'affaire entre MM. Aubry et Angrand, leur beau-frère, conseiller en ta cour des aydes, sur deux donations entre-vifs faites par la mère aux deux garçons, que M. Angrand soustenoit nulles. Ces messieurs disncrent avec moy et donnèrent toute la journée à terminer cet arbitrage.

Le mardy a8 décembre, jour des Innocens, la feste ne fut point observée : chacun travailla; mais Ton n’entra point au Palais. Je fus le matin, avec M" de Monlmort, cbei M. de La Vrillière, pour M. l’évesque d’Agen. De là, avec mon fils, au Louvre, voir les bastimens

' CoutpArei une lettre de Guy^Palin, pLainlet contre nos Ire nouveau Uculcuant du 39 décembre 1666 : • Il y a ici de* criminel, etc.

nouveaux des Tuilleries, que l’on raeubloil pour le retour du roy, j<n«icr 1R67, qui devoil revenir de Saint-Germain le 7 de janvier.

Le mercredy 29 décembre, nouvelles arrivèrent que la reyne s’estoit trouvée fort mal d'une colique, et avoil esté on péril; mais qu’elle SC porloit mieux et que le retour estoit reculé.

Le samedy, premier jour de l’année 1667, le matin laire mes dévotions à Saint-Nicolas. Après le disner, aux Jésuites avec mon fds, entendre le sermon de M. l'abbé Le Tellier, où toute la cour estoit.

M. le Prince et M. le Duc estant revenus de Saint-Geniiain exprès.

Jestois trop loin pour tout entendre. 11 le dit fort bien, de bonne grâce et sans hésiter. Il hasardoit beaucoup, car c’estoit son premier sermou.

Le dimanche a janvier, le matin chez M. d'Hacqueville , qui me dit le mariage résolu de M. le duc de Chevreuse, fils de M, de Luynes, avec M"° Colbert'; que le roy avoit dit au commencement qu’il ne le vouloit point, et néantmoins que c’estoit luy qui en avoit parié à M. de Luynes, et tesmoigné qu’il le soubaitoit; ce qui marque le crédit de M. Colbert. De là, chez M. de Bermont ; après, chez M. d'Harouis, revenu de Bretagne, qui me dit le divorce de M. de Mazarin et de sa femme ; qu'elle l’avoit quitté et s’estoit retirée chez M" la Comtesse, où elle estoit fort gaye; que le Mazarin estoit fort misérable dans sa conduite et dans sa santé. De là, chez M. le chancelier, où Messieurs du quartier de janvier le saluèrent, M. de Montmort portant la parole. Après le disner, j’allai saluer M. le Prince, qui me reçut très obbgeamment. Je luy parlai de M. de Cordemoy pour estre son avocat en la place de M. Gautier, mort. U agréa fort ma prière, et me dit que je fisse estât de luy en toutes choses; qu’il m'estimoit et qu'il m’aimnit. 11 s'informa de la conduite de la cour à mon esgard.

De là, je vis M"" Le Tellier, sur le sermon de M. l’abbé, qui estoit fort content.

Le lundy 3 janvier, le matin chez M. de la Marguerie, pour l’af-

' JoHphine-Uane-Tliérète Colbert fui nuriee au duc de Chevrciuc le t février

JOURNAL

JiuKîti faire de Pinson. 11 reçut un billet comme la reyne estoil accouchée la veille, à onie heures au soir, d'une fille’, et qu’elle s’en portoil bien et l’enfant aussy ; que l’on ne sçavoit sy l’enfant csloit dans le neuvième mois; que les luédecins disoient qu’il estoit dans la neuvième lune, et que c’esloit assez.

Le marily 4 janvier, le matin chez M. Freinoul, qui promit de me servir dans l’affaire de Pinson, estant persuadé de la justice. 11 me dit d'abord qu’on en avoil parlé à M. Colbert, et il me parut que le dessein n’csioit pas de m'obliger. Néantmoins, après avoir lu mes responses, il me dit de le laisser faire. A midy.je fus chez M. Ilotman, aiupiel ayant fait entendre mes raisons, il me parut convaincu et me fit beaucoup d’homiestetés. Je n’espère pourtant aucune faveur dans celle afl'aire, pas mesme la justice. Après le disner, voir M. de Macliault, doyen’, qui me raconta que le roy leur avoit dit que, tenant un genou de la reyne durant .son travail, et Fébx l'autre , les douleurs esloient si fortes que la reyne les enlevoit, et que l’enfant estant au passage, il avoit ouy les os se rompre, comme si l’on avoit rompu un baston. De là, voir le conseiller Saint- Pierre’; puis chez M, Briçoniiel, qui me raconta que M. de Nesmond luy avoit dit que M. Boucherai s’esloit fort retiré du premier président, et qu’il estoit à cette heure fort bien avec M. Colbert, et estoit de tout; que M. Pussorl luy avoit dit, il y avoit quelque temps, que M. Colbert prétendoit ({ue M. Boucherai ne parloit qu’avec dessein, et qu’on ne pouvoit jamais se lier en luy.

Je fus ensuite chez M. le procureur général de la cour des aydes, où arriva M. Sainctot, qui luy donna une lettre de cachet pour le Te Deum qu’on chanteroit le lendemain pour la naissance de .Madame. Il dit que c’estoit une nouveauté; car l’on ne cbantoit de Te Deum

* Marie -Tlierése tie Fr.'ince, née le a janvier 1667; merle le i" ra.ar» 1C78.

* Louis de Machaull était dujen dea c-vmseilters d'Élal.

* Macliaull Sninl-Pierre; il est ainsi ca-

ractérisé dans le Tahletia i/a parltment : • A grand sens, s'appliquant tout à fait au mesticr, fort forme; a grande suite; a de la réputation et du crédit dans sa chambre , etc. ■

OigitizedFl

DOLIVIER LEFEVRE D'ORMESSON.

que pour les maslcs cl la fille aisnée, et (pi'il l’avoil escril. Nous par- Jamitr ■<>ii lasmes (le la desclaration des mariages'. M. le procureur général inc dil que, par l'arresl, il y avoit modification* sur l’article des exemptions de tailles pour ceux qui se marioient à vingt ans, et qu'on avoit ajouté, pourvu qu'ils ne fussent point fermiers; et l’autre pour imposer les mineurs, et qu’on avoit dit cpi’ils scroient exempts; qu’en ayant rendu compte à M. Colbert, il avoit dil qu’il ne croyoit pas (|ue le roy Irouvasl bon cet arrest; qu’il ne soulTriroit point que les cours modifiassent ses dcsclarations, et que le roy considéroit autant les intérests de ses peuples que les compagnies; et néanlmoins qu’il avoit bien reçu scs raisons. Le soir, M. Amelot-Chaillou me vint voir, qui me dil scs affaires avec .sa femme*, retirée avec sa mère.

Le mercredy 5 janvier, à deux beures après midy, j’allai cliex M. l’évesque d'Oiléans, pour le Te Deuin. M. le chancelier y esloit avec MM. de Machault, d’.41igre, d’Estampes, de Sève, Poncet et Boucherai, conseillers d’E.stat; MM. de Montmort.Tallemant, d’Ormesson. Boulanger*, Boulanger d’Hactjueville, Quentin, Ficnbet, La lloussaye et Bignon, mai.stres des reipiesles. M. le chancelier, estant averti que Messieurs du parlement estoient arrivés, alla à pied â Noslrc-Damc par le chapitie, et nous marchasmes par ordre de réception avec les conseillers d’Estat, en sorte que M. de Montniort passa devant M. Poncet, et moy et M. Boulanger devant Boucherai.

Messieurs du conseil se mirent sur des bancs couverts de fleurs de lys, au dessous de la chaire de M.l’arcbevcsque, M.le chancelier ayant une chaire à bras sans dossier, couverte de velours bleu avec des fleurs de lys, au bout du banc, du costé de la nef. Les compagnies souveraines estoient dans leurs places ordinaires; les évesques sur

' Voyet plus haut, p.

* Oliv. d'OnnOASon veut parler des modifications que la cour des aides prélen* dait apparier à l'ordonnance du roi.

' Jacques Amelul» seigneur de Chaillou. avait épousé Marie-Valence Lescuyer.

Il tnuiirul lo 19 décembre lôqq.

* Auguste-Mncc Boulanger ou Le Boulanger, seigneur de Vierme, reçu niaiirc des requêtes le 36 mai 16&8. Le Portrait det nuittret de* requêtes donne en quelques mots une triste idée de son caractère 1 « Riche, et du reste moins que rien, t

J0ÜR^AL

iaaiiir des bancs, du rosté de la chaire de M. l'arcbcvesque, proche les marches de l'autel, et M. de Tours, le plus ancien, se mit du costc lie l'autel. M. le nonce et l'ambassadeur de Venise estoient sur des bancs, à l’opposite; mais M. le nonce estoit le premier, du costé de la nef. Vis-à-vis du conseil estoient des bancs pour les secrétaires d'Estat, mais pas un n'y estoit. M. l'arcbcvesque, en arrivant, ayant salué l'autel, salua Messieurs du clergé, M. le nonce et les ambassadeurs, et puis, passant devant M. le chancelier, il le .salua, et après le parlement, et monta dans sa chaire et commença le Te Deam, et il en usa de mesme en se retirant. Nous reconduisismes M. le chancelier chei M. d’Orléans, d'où nous nous séparasmcs. De là, che» M. le premier président, où je pris d'un anmosnier de M. l'archevesque les arrests concernant M. de Vci-tamon. Le soir, nous donnasmes à .souper à la famille des Maupeou, nos voisins; y estoient: M. l'cvesquc de Chaalons, M. de Noisy et sa femme, M“ de Villeregis, M" de Gomicour et M"* de Villcregis, ses filles. Je fus le roy de la feste, et nous soupasraes gayement.

Le Jeudy 6 janvier, jour des Roys, le soir, souper chez M. le premier président, où je fus le roy. Il me monstra l’avis qu’il avoit donné par escrit sur le dessein de la réduction des vœux des religieux et religieuses, qui e.stoit que le roy n’y pouvoit toucher. Au retour, je passai chez M. Le Pelletier, où ma femme et mon fils soupoient. Là j’appris que M. Colbert avoit esté, après le disner, dire à M”* Le Tcllier les deux mariages qu’il faisoit de sa fille aisnée avec M. le duc de Chevreuse, fils de M. le duc de Luynes, et de .sa seconde ' avec M. le duc de Saint-Aignan. Ces deux mariages à deux ducs font parler, et marquent la haute fortune de M. Colbert.

l’our admirer davantage ce que peut la fortune, M. Carpentier m’a dit connoistre depuis longtemps toute la famille de M. Colbert ; que M. Colbert, sieur de Vandières, son père, estoit marchand de

* Heuriette*Loui»e Colbert, mariée le vUliers était né en i648t il mourut en 31 janvier 1671. à Paul de Beauviliiers, I7l4* (V07. Sami-SimoA »ur

fU»du duc de SainUAignan. Paul de Beau- M**de Beauvilliern, I. Xi, p 30& etsiiiv.).

Orptued by C^ogle

D'OI.IVIER LEl’ÉVRE D'ORMESSON.

canielol à Rheims, demeurant à l'enseigne du Long-Vesta; qu’ayant ■««7

donné un soufllet à un avocat, il fut obligé de venir à Paris, et demeura tousjours depuis dans la rue Grenier-Sainl-Ladre, 011 il est mort, et acheta une charge de payeur des rentes de la ville. M, de Montinort m’a dit plusieurs fois que le sieur Colbert, payeur, avoil fait deux fois banqueroute , et que son père luy avoit aydé deux fois 4 se relever. Pour moy, j’ay vu ce bonhomme petit marguillier 4 Saint-Nicolas; il avoit fort bonne façon et estoit honneste homme.

Pour M. Colbert le favori, M. Carpentier m’a encore dit qu’il l’a vu estudier au collège de Rheims*, et qu’il avoit l’e.sprit sy pesant, qu’il fut tou.sjours des derniers de ses classes; qu’à cause de cela il en fut retiré et mis à Paris chez un notaire nommé Chapelain, où il estoit encore sy lourd, qu’on s’en estonnoit. Depuis, il entra petit commis chez Sabbathier’, et sa fortune a commencé par M. de Saint- Poange’, auquel M. LeTellier, devenu secrétaire d’Estat, ayant donné sa première commission comme à son beau-frère, il y mit M. Colbert, son parent, pour faire le travail, et luy prenoit les appointemens; qu’après quelques années, M. Le Tellier Posta de sa maison, reconnoissant son esprit peu sociable, et le donna à M. le cardinal pour conduire ses affaires domestiques. Estant fort économe, il gagna aussytost l’esprit de M. le cardinal, qui e.stoit avare. Voilà son eslévation.

M. Carpentier m’a encore dit que M. Colbert dansoit fort bien, et que c’estoit sa plus forte passion*. J’ay appris que le soir des fiançailles de sa fille il avoit dansé, dans son domestique, deux courantes, et fort bien. Le sieur Carpentier m’a encore dit que M. Col-

' Il y avaii à Paru un collège de Reinu , dont le> bètimenU ont élè réunis à ceux ducoUége de Saiute-Rarbo. Fondé en 1 399, ruiné en iài8, ce collège de Reims avait été rétabli en tà&3. La suite de la phrase fait supposer qu'il s'agit ici d'un collège situé à Reims, et que Colbert ne vint que plus tard à Paria.

* Sabbathier.ou Sabatier, était trésorier

des partiel cosae/las. ou de l’impôt payé par les oQieiers de justice et de finance, B chaque mutation . pour s'assurer la propriété de leurs charges.

* J. R. Colbert de Saint-Poaoge . ou Saint- Pouange. était mort le 09 avril i663.

* Tallcmaut dos Réaux {lliilorietiet.

t. I, p. 71, i~ édit, in-8’) attribue la même passion i Sully.

m JOURNAL

Xinvicr 1667. bcrt, le niaistre des requestes, avoit l'esprit fort pesant, mais de grand travail, fort defliant, peu ouvert et ne parlant point k ses plus familiers, aimant la grande despense et à danser, et dansant fort bien, allier et colère. J'appris encore de luy que le père de M. Pussort estoit un marcLand de drap de Hheims, qui s’allia avec M. Colbert de Vandicrcs

* Pour compléter ce* niuqiie* contre Colbert, je tire d'un manuscrit de» Ar* cliîvcs natiuiialcs. U 9G. b note suivante. Il e«t inutile de prévenir le lecteur de la partialité de l'écrivain: elle n'oiU que trop évidente. Je croi» cependant devoir publier cette notice, où *e trouvent quelques faits curieux; elle renferme datlleurs des renseignements sur plusieurs personnages cités dans notre journal. «Jean- Baptiste Colbert naquit à Bbeim». en Champagne, en novembre iGab, de Nicolas Colbert, sieur de Vandicres , et de Marie Pussort . son espouse. Son père et son njcul avoient esté tuarcliaiKls de vin. ensuite tnairhands de draps, et après marcliaiids de soye. Le sieur Colbert fut envoyé à Lyon pour apprendre la marchandise; il eut quelque bruit avec son maistre et vint À Paris. Il fut clerc de notaire; ensuite U fut rbes Bitemo, procureur du Cbaslclet. De là ü entra chez Sabatier, trésorier des parties casuelles, et ensuite il fut mis. à la recommandation de M. de Saint-Pouange.

son cousin, chez M. Le Tellicr, qui estoit socrétaire d'Eslat. 11 s'y distingua ci fit fort bien son employ. Son heureuse estoUe voulut que M. le cardiiul Maiarin eusl besoin d'un homme pour escrire sous lui ses agenda. M. Le Telüerle proposa; il fut reçu, cl remplit son ministère. Le sieur Joubert. intendant de son étuinenre, mourut II remplit sa place et fit changer

de face les iniérests de son maistre, en sorte qu'il négocia toutes les alTaine» du cardinal . de nie^me qu'une 1res grande partie des affaires de restât, jiarccquc M. le cardinal en estoit cliaigc. I) fut envoyé à Home pour la désincamératîoii du duché de Castro, suivant le traité d'Urbain Vlll, et aussy pour l'accommodement du canlinal de Betr. A son retour, ü fut gratifie de ta charge de secrétaire de» rommandemens de la nouvelle reyne. Il la vendit cinquante mille livres à Brisa cier. maistre des comptes, et aclieta celle de président de celle compagnie. La chambre de» comptes »*y opposa. M. Colbert devint son ennemi et luy osla les débets, dont il fil un traité avec Vilielte, et depuis avec d'autres. Ce qui fit beaucoup de tort à la chambre et rapporta peu au rt^. Colbert .se maria ensuite à Marie Charron, fille de Jocques Charron . sieur de Menars, qui de courtier de vins estoit devenu trésorier de l'cxtraortlinairc des guerres, et de Marie Begon.On lui donna cette fille pour s'exempter d'une taxe considérable. Le cardinal Maxariii vint 4 mourir. 11 recommanda M. Colbert au roy comme un homme capable de réformer les finances. Le roy l'agréa et le fit intendant des finances avec MM. BreteuU, Marin et Hervart. Colbert devint si puissant, qu’il fit la loy à toute la France. Fouquet fut celuy qui sentit le plus l'effet

D’OLIVIF.R LEFÈVRE DORMESSON.

Le veiidredy 7 janvier, M. Le Pelletier nie dit que M. le chance- jan<i<r 1667. lier avoit dit 4 M. de Brillac qu'il tiavailloit à sa harangue sans sçavoir

de «A iiaine et de ton autorité. Colbert fit tupprimer la turintendance et le surin* tendant des finances, fit accuser M. Fou* quel de malversation et le poursuivit jus* qu'à ton jugement.

«Colbert, qui faisoît un reproche à Fouquel de qu'il prenoil des pensions des traitant , en avoit Iu3r*mcsme reçu une de cinquante mille livres, qui luy devoil cslrc pavée tous les ans parGirardin, en oHisidéralion de laquelle somme et de celle de cent mille livres , dont ledit Claude Girardin fit présent au cardinal Matarin. on luy adjugea le bail des a^des à cinquante mille livres moins que ne ravoiciil pris Forcoal et set associés, quoiqu'il n’y eust aucune raison pour les desposséder. Colbert, pourdesgul^^t'^^tle grùlification, fit augmenter de pareille touiine de cent mille livres le prix de la ferme des bénéfices de son éminence, que Girardin prit alors. Comme Foiiquel n’avoil pas eu de part à celle affaire , on n'en parla point dans son procès, bien qu'il y eust une dénonciation expresse à cct esgard. (xilbort V inléressoit dans les traités ausiy bien que Fouquet, ains^ qu'il paroist au sujet des l»ois de Normandie. Berrycr et Bescharoel . qui en aboient traité, se voyant poursuivis à la chambre de juslioe, m't ils esloieni accusés de malversations, menacèrent Colbert, s’il ne fatsoil cesser ces poursuites, de produire la société qu'U avoit signée, et où il avoit autant de part luj seul que les deux autres. Ce qui fut cause qu'on apaisa cette aflaire.

« Incontinent après la détention du sieur Fouquet, la charge de surintendant des

finances estant supprimée et le surintendant Fouquet arreslé,on eatabUl un conseil de finances, dont M. te marescbal de Villeroy fut desclaré chef, ('.olliert y eut entrée, non seulement couime intendant des finances, mais encore comme controleur général. Celte charge, qui avoit esté partagée entre Brelcui! et Marin, \ny fut donnée entière. Les trois autres intendans et les deux directeurs des finances, d'Aligre et Morangis, eurent aussy entrée B ce conseil, et, quovquc M. Colbert n'eust pas le nom de surintendant, il en eus! toute b fonction et l'autorité, avec cette différence que le roy vUmt toutes les ordonnances. Deschiens, qui avoit esté commis chex M. Fouquet. brigua une place auprès de M. Colbert, et donna des mémoires contre M. Fouquet, son ancien maistre. M. Colbert le garda quelque temps a son service; mais, comme on ne peut pas aimer iongleinps la perfidie, il le cliBSsa bienlost après. Le conseil résolut de cesser d'acquitter les anciens billets de l'cspargne, qui ne laissèrent pas d’avoir cours dans le commerce sur le pied du denier lO (lop. */,), pareeque les Iraitans en payoient une partie de leurs taxes; et ils eurent une amnistie, à condition de les acquitter, par édit du mois de décembre i665. Cependant ces billets diminuèrent ai fort, qu'on en a vu donner un de cent mille livres pour cinq cents livres. Ce fut alors que M. Colbert en acheta un grand nombre; ce qui luy produuit de»

riebesses immenses; et ce fut ce qui luy donna lieu d'acheter les mart|uisal» de Seignelay, de BlainviUe, les baronnies de

JOURNAL

ioo

i66;. ce que Ic loy apporteroit au parlement. L’on ne doute pas que la réforniation de la jiKstice ne soyt appjrtée; mais l'on doute de la desclaration pour les vœus. J’en ay lu le projet dres.sé par M. Talon. Dans le préambule, il establil la puissance du roy sur ce qui est de police, inesmc spirituelle, rapporte des exemples, traite les religieu.x de gens oisifs et inutiles à l'Estat. Dans le dispositif, il reprend les mesmcs termes de l'ordonnance d’Orléans, desroge icelle de. Blois, fait delfense aux communautés religieuses de prendre des pensionnaires, sinon aux Ursulines; mais elles ne les garderont que ju-sques i quatorze ans; delfense de prendre des dots ny des pensions, sinon aux couvens mal cstablis, qui pourront prendre cinq cens livres de pension viagère; delfense de prendre des religieuses plus que les maisons n'en peuvent nourrir. Pour cet cITct, les religieuses donneront un estât de leurs biens, afin que le roy règle le nombre des

d'Onoois. d« Linlèrcs, de Beaumont» de Sceaux ei de plu-^îeon autres terres considérables.

> La suppression des rentes vint ensuite. et les contraiuUs furent remises à M. de Sève, conseiller d'Esial.qucle roy avoit Dominé et rotniaw â cet effet. Cela tit beaucoup d'ennemis à M. Colbert, qui fut obligé, (aule de trouver suffisamment de fonds pour n*raboursor les contrats de i’hostel de ville, de reprendre l'argent de ceux qui voulurent le domver, et les contrats anesy. pour en birc de nouvelles instilutàcMas , en donnant mesme quelque petit bénéfice à ceux qui remettoîent leur argent en rente. Les gens d'afiaires furent rocherebès Wvement , ot celte recherche passa des pères aux enfans. des enfens aux parens qui avnient hérité, ensuite aux

gendres, et eut son effet aussy sur te.s immeubles qui avoient servi de dot aux filles lies fiiiauciors , et les gendres payèrent les taxes de leurs beaux-pères sans rémission ny distinction des gens de robeoi coruslitués dans les preniiére:« charges, ny de ceux de mesroe de t'épéo. On a ru mettre garnison chex des présidens à mortier, parcequ'üs avoient espouse des filles de traitan». On supprima les charges de trésorien de l'espargne, et on fit le sieur de Berlillac, cydevant trésorier de U reyne, gartie du trésor. Toutes ces violences interrompirent le codunercu, ne rapportèrent pas beaucoup d'argonl au roy, à cause des gramU frai-i qu'il falloit faire pour accélérer les taxes, et cela attira à Colbert une haine publique a (Voy. dans rintroduction au t. U, les réformes de Colbert.)

* L'anleer dit eovuitcqne deux femcie» , Fraii^tc Godet , vea«« deiean Gravé. lieurdeLauiMiy. qtu d«vbil manpiue de Pieoe . el Marguerite Vaoel . Crmiac de Jeut CotSer, nuilrc des coaples , earent uuc ^odo iofluence sur Cofterl. Cens qn'Lntéraseol ces anecdotes scanditeuses eu Iroareronl le* dèUil» dans le masiuMeiL

filles qui pourront y estre reçues'. L’on dit que le nonce a parlé au .landrr 1667roy et (pie toutes les maisons religieuses sont fort alarmées.

Le samedy 8 janvier, au matin, conseil des parties. M. de Sève, le fils*, me dit que le roy avoit donné h monsieur son père la place de con.seillcr d'Estat ordinaire de M. de Vertamon, et la sienne, de semestre, à M. de Sainte -Hélène. M. Boucherai me dit qu’il ne comprenoil pas ce mystère; que, dans le dernier conseil de justice,

M. Colbert avoit fait l'éloge de M. Voisin devant le roy; qu’il l'avoil fait encore au dernier conseil de police, et que M. Voisin ne doutoit point d’avoir cette place. M. de Brelenil me raconta (]ue M. Colbert avoit dit, depuis huit jours, que M. de Sève n’auroil point cette place. De là, l'on juge que M. Colbert n’est pas tousjours le maislre.

Le mardy 1 1 janvier, au soir, je donnai à souper à M. et M“* de Colanges, à M. et M"* de Sanzé et à M. d’Harouis, qui nous dit comme il venoit d’agir au racoiiimodement de M" Mazarin avec son mary, qui l'avoit quittée pour une seconde fois, et <pie M" la Comtesse et la famille les avoient remis ensemble.

Le mercredv 1 î- janvier, je disnai avec ma femme, M“ Fleury, M. Le Brun, cbez M. Le Roux et M“* Doublet. L’on parla de la récusation donnée par M. de Fleurs, receveur des espices de la chambre des comptes, contre M. le premier président de Nicolaï, lequel n’avoit pas voulu i-espondre ny sortir de sa place pour la faire juger, .se prétendant non récusable, et je dis que j’avois vu M. Molé, premier président, sortir de sa place cl respondre de derrière le barreau et debout sur la récusation proposée contre luy par M. le cardinal de Retz et MM. de Bcaufort, Broussel et Charton*. Ce jour, j’appris que M. de Macbault esloit fort malade , ayant une fièvre continue du

jour précédent.

Le jeudy 1 3 janvier, le matin, je terminai l’affaire de MM. Au-

bry frères et Angrand, leur beau-frère, et je leur fis signer deux

' Comparer les Mémoirti (U ictus XIV, 1. 11. p. 370 et suîv.

' Guillaume de 5eve. sei^iear de Clià-

(ignonviUe. reçu maître des requêtes le 38 mai i66â.

’ Voj. 1 1 du Journal, p. 791-800.

JOURNAL

Janvier transactions après beaucoup de peines. Ce jour, j’appris que M. de IVfachault esloil bien mieux.

Le vendredy i4 janvier, j’appris la mort de M. Fleury père, dont le fds' avoil promis à mon fils qu’il viendroit loger avec rnoy après la mort de son père. Je fus voir le fds après le disncr, et mon fds l’amena le soir coucher au logis pour prévenir M. Le Pelletier, chez lequel M. Fleury ne vouloit pas aller.

Le samedy i i) janvier, le matin au conseil, où la cause entre M. de La Pessclière et M“ d’/Vurouc fut remise à huitaine. Au .sortir, je fus au sen-ice de M. Flejiry à Saint-.Mederic (Saint-Merry); j’appris que M. de Machault estoit très mal et avoit reçu l’cxtresmeonction. Après le disner, je fus chez M. Le Pelletier pour raisonner .sy je demanderois cette place, et nous convinsmes qu’il estoit bon de le faire. Ap rès, je luy dis que M. Fleury s’estoit engagé à mon fds, et que par ce moyen nous en jouirions ensemble; car il en disposcroil avec la mesme liberté qu’il faisoit auparavant. Sur cela il s’emporta avec une extresme chaleur, accusant M. Fleury d’ingratitude, le père Cossart de fourbe et moy-mesme de peu d’bonnesleté à son esgard, sçaehant qu’il souhaitoit l’avoir, et qu’en quelque lieu qu’il fust il romproit avec luy; qu’il perdolt sa fortune; qu’il auroit esté secrétaire de M. Le Tellicr lorsqu’il sera chancelier, et il me répéta dix fois que son estoile estoit qu’il estoit rescompensé d’ingratitude de ceux qui luy avoient le plus d’obligation. Luy ayant répliqué que M. Fleury se pretendoit libre; qu’il estoit chez moy comme chez sa mère, et, ne pouvant luy dire la meilleure raison, qui estoit (juc M. Fleury, connoissant son humeur domestique, ne vouloit en aucune façon quelconque demeurer chez luy, et pour cela s’estoil engagé afin d'esviter le refus qu’il avoit résolu de luy faire; enfin, sa chaleur ne diminuant point et parlant tousjours d’ingratitude, je luy demandai s’il entendoit parler de moy, et, m'ayant respondu entre ses dents, je me levai en colère et sortis sans luy dire adieu. De là, je fus en faire la desclaration à M. le premier président, et je le dis

' Claude Fleury, nuieur de l'Hisloirc de l’Église . dont il a élé question p. , noie a.

D’OLIVIEU LEFÈVRE D’ORMESSON. /i93

le soir à M. Fleury, qui esloit au logis, cl qui me dit la visite que Janvier 1(107. M. Le Pelletier luy avoit faite avec presque les mesmes reproches et chalciu:.

Le dimanche 16 janvier, je fus le matin chez M. de Machault, et il mourut Tapresdisnee. M. Le Pelletier, qui avoit esté le matin chez M. le premier président, qui luy avoit dit ma colère, lu’escrivit une lettre pleine de satisfaction et de désaveu de ce qu’il avoit dit, et se reconnoissoil mon très obligé. Je pris cette occasion pour le retourner voir le soir. Je luy rendis sa lettre et la jetai au feu, et nous nous raccommodasmes, et il me conseilla d’aller à Saint-Germain présenter mon placet. De là je fus chez M. le premier président, qui me confirma cette pensée et inc ])arla des senlimens de M. Le Pelletier sur W. Fleury comme d'un homme outré, ne pouvant souffrir celte préférence et M. Fleury luy c.stant très nécessaire, et qu’il disoit qu’on le luy avoit enlevé , ne pouvant comprendre que celte desmarche de M. Fleury, qui estoit homme d’esprit et sçaclianl se conduire, estoit une marque qu'il ne vouloit point loger avec luy.

Le lundy 1 7 janvier, je fus dès cinq heures au matin, avec M. de Rar, dans son carrosse à Saint-Germain. Failai d’abord chez M. Le Tellier, que je ne pus voir, estant indisposé. Je passai la matinée dans le cabinet de M. de Vervius en attendant l’heure de voir M. de Louvois. Ce fut à iiiidy et demy, où estoit un très grand monde. 11 me reçut fort bien, me dit que je ne pouvois manquer de présenter mon placet et qu’il me serviroit. De là, M. de Bar me mena dans un pas- •sage que le roy traverse au retour de sa messe. Au moment où il passoit, je luy présentai mon placet; il le prit as.sez hrusijucmcnl, sans me rien dire ny me faire aucun accueil. L’on me dit que c’estoit sa manière. De là, disncr avec M. de Bar. Après le disncr, chez M. Le Tellier, que je ne pus encore voir; de là chez M. Colbert, auquel je dis qu’ayant le dessein de présenter mon placet au roy pour demander la place du conseil de M. de Machault, je venois le .supplier de m’y vouloir estre favorable et de m’y rendre ses bons oflicos. 11 me répliqua que je luy faisois honneur et qu’il me ren-

JOURNAL

Jamirc 1667 droit Service aux occasions, et passa outre. Sa mine ne lut ny rude nv aiissy fort gracieuse. De là, chez .\t. de V'illeroy, qui me üt mille amitiés, me fit connoistre le chagrin qu’il senloit de la dernière dureté que l’on pratiquoit en toute alUairc; que M. Poncet prenoit tous les jours des avis contre les règles ordinaires, et qu’il luy avoit dit, en présence de roy, que ses enfans scroient jugés de la manière qu’il jugeoit les autres, et que Dieu estoit ju.ste. 11 me dit comme l’on avoit le matin commence d’opiner sur la dcsclaration des voeux; que M. Pussort, rapporteur, MM, llotinan , La Houssaye et Voisin avoieni opiné; que tous n’avoienl point douté du pouvoir du roy, mais qu’ils avoient esté de diffèrens avis sur le plus ou le moins d’age; que le roy avoit remis la deslibération à quinzaine. Do là, chez M. le inareschal de Gramiuont, qui me promit force honnestetés. De là, chez M. de Turenne, qui me reçut, à son ordinaire, avec tendresse, me dit une conversation fort particulière qu’il avoit eue estant seul avec le roy, qui marque qu’il se destrompe sur des choses impartantes. J’eus ensuite un grand entretien avec le marquis de Nogent sur ses aflaires domestiques. Le soir, j’allai au ballet du roy, qui estoit fort agréable, mesié de danse, de musique, de houlTonneries de Molière et des comédiens italiens. Les dames du ballet estoient sur des bancs en amphithéâtre sur la droite, le roy auprès de de La Vallière, et toutes ces dames ne firent que manger. Les Italiens jouèrent les juges de police fort plaisamment.

Le iiiardy i 8 janvier, je fus le matin chez M. Le Teliier, tousjoiirs indisposé; de là, chez M. le chancelier, auquel je pariai de mon affaire. 11 s’expliqua peu , me parla ensuite de la desrlaration des vœux , et, après un quart d’heure de conversation, il me demanda ce que l’on faisoit de ma charge de lieutenant civil et me croyoil M. d'Auhrav. M’ayant reconnu, il me parla plus ouvertement, me dit qu’il u’avoit pas conseillé à M. de Nicolaï de faire juger sa prétention de ne pouvoir estre récusé. Nous pariasmes de récusations des chanceliers, et il convint qu’il ne pouvoit pas estre juge de ses paren.s; qu’il faisoit signer les arrests pour eux par le doyen, qui mettoit de t'er~

donnance du conteil; que, s’il entendoil parler de mon aflairc, il mu j<u«icr serviroit. 11 me parla de sa harangue lorsque le roy vicndroit au parlement; mais que ce ne seroit pas pour le mois de janvier, et me dit que le roy aimoit fort qu’on louast tout ce qu’il faisoit et qu’on en parlast dans le public.

De là, j’allai chez M. de Lyonne, qui me tesmoigna beaucoup de bonne volonté et trouva mon placel fort bien; de là chez M. le Prince avec Pommcreul, lieutenant des gardes. Je luy dis mon dessein; il lut mon placet, le trouvant bien et me fît beaucoup d'amitié. Deux gentilshommes estant survenus, on entra en conversation sur la dispute entre M. de Montausier et M. Rose, secrétaire du cabinet, pour .sçavoir s'il falloit dire trente et un cheval ou trente et un chevaux. Parlant de M. le commandeur de Jars, qui disoil que les dames de la cour ne sentoient plus que la soupe et le ragoust et avoient bu à neuf heures du matin cinq ou six sortes de vins, M. le Prince se souvint d’un bon mot qu’il luy avoit dit, et, ne le voulant pas dire haut, il me tira dans sa ruelle et me dit à l'oreille que, l’ayant rencontré revenant de chez M. Colbert, auquel il n’avoil pu parler, et luy ayant demandé ce que faisoit M. Colbert, il luy avoit dit ; il pile du souffre, marquant son génie. Je vis M. d’Ârtagnan, auquel le roy a donné la charge de Ueutenant en chef des mousquetaires, sur la démission de M. de Nevers, nonobstant M. Colbert, qui n’aime pas M. d’Artagnan. Il me fît mille amitiés. Iji conduite du roy à son csgard est .surprenante; il le sçait ami de M. Fouquet et ennemi de M. Col- Irert. De là, je fiis chez M. de Turenne, et puis à la messe du roy, qui me regarda souvent; et, .après avoir disné avec M. de Bar, je revins à Paris avec M. d’ElsclavoUcs-Coussé et M. de Montesson fils.

Le niercredy ig janvier, le matin au Palais, où je parlai du sujet de mon voyage, et on l’approuva fort. J’ay su que les prélendans à la place de M. de Machault estoient Breteuil, La Marguerie, Bezons, Périgny, de Thou. De là, au service de M. de Machault, où je me trouvai le plus ancien et menai le deuil. Il n’y avoit ny président ny conseillers d'Estat, hors les proches, il y a difliculté pour le

40f. JOÜRNAI-

Janvier 1667. doyenné entre M. de Lezeau, qui a son brevet et son serment dès le mois de juin i6a3, et M. d'Aligre, qui a pris place depuis. L’antiquité est pour M. de Lezeau; mai.s il a lousjours cédé le rang à M. d’Aligre et marché après luy; ainsy la po.sscssion est contre luy. On luy a proposé, coiuine accommodement, de céder à M. d’Aligre et de partager les appointemens. Cette négociation me paroist peu lionneste. M. de Lezeau ne m’y emploie pas par cette raison, et parle à M. de la Marguerie.

Ce mesme jour, j’appris le destail d’une batterie arrivée le lundy au soir, au quartier Saint-Paul, entre le marquis de Sablé, les deux frères Genouillac, les deux Laval et autres, lesquels, estant pleins de vin, avoient battu le guet deux fois, et enfin, le guet s’cslant fortifié, les avoit attaqués et avoit tué les Genouillac, un laquais et quelques autres; le marquis de Sablé avoit re^u uu coup de mousquet dans la cuisse. Cette affaire n'aura pas de suites à cause de Sablé et de M. le chancelier.

Le sainedy 31 janviccf le matin, au conseil, où Billard plaida pour M. de La Pesscliére, et Le V^eirier pour M“' d’Auroué. L’on parla fort bien d’un arre.st mis sous mon nom, que M. de Fieux avoit signé et non pas moy. L’avocat l’appela juge officieux, dont il s’offensa fort et parla à M. le chancelier pour s’en plaindre. La cause fut remise à huitaine. Il doit y avoir lundy prochain, chez M. le chancelier, une conférence avec les députés du parlement sur la desclaration de la réfonnation de la justice.

Le dimanche juin, je fus le soir chez M. le premier président, qui sortoit de la première conférence avec les députés du parlement, sur ce qu’ils avoient à faire sur la lettre de cachet et la conférence proposée chez M. le chancelier. Los députés estoient tous les présidens de la cour, quatre conseillers de la grand’chambro, deux clercs et deux laïcs, l'ancien président et le doyen de chaque chambre des enquestes et requestes et les gens du roy. Il y eut contestation entre les présidens des requestes et les conseillers de la grand’chambre , les premiers prétendant précéder les quatre conseillers par le règle-

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D’OLIVIER LEI’ÉVKE D’ORMESSON. 'i97

nient observé; que les presidens des enqiicslcs doivent marcher de- jmui«r 1667

vant tous les conseillers qu’ils ont présidés dans les enquestes, et ce

faisant, M. Le Féron aroit marché devant M. Mcsnardcau, doyen;

ce que la grand’chamhrc ne pouvoil pas souffrir. 11 fut proposé <jue

MM. Le Féron, de Bauquemare ' et Blancmesnil précéderoienl les

deux derniers conseillers, qui estoient les conseillers d’église; ce

(ju’ils ne voulurent pas. Celle difficulté fut remise au lendemain, et

ce pendant l’on examina le premier chapitre du règlement, et la plus-

part des présidens, pour faire leur cour, vouloicnt tout passer .sans

faire presque aucune difficidlé, et M. le premier président estant le

mieux instruit de ces articles, faisoit seul les véritables diflicidtés.

Le lundy 2 4 janvier, M. le président ayant conféré avec les enquestes à la buvette, il fut arresté que l’on ajouleroit deux députés de la grand’chamhre qui marclieroient avec les trois présidens, et l'on envoya demander à Saint-Germain une lettre de cachet.

Le mardy 2 5 janvier, la conférence fut commencée chez M. le chancelier; il reçut les députés dans son cabinet, au bout de sa galleric ; la conférence se fit dans sa gallerie. Il y avoit une table longue couverte d’un tapis violet, sans chaire du roy au bout, toutes les chaires à bras et esgales pour tous les députés, M. le chancelier à la bonne place, et Messieurs du conseil par dessous; .MM. de .Morangis, d’Kstampes, Poncel, Boucherai, Pussorl, Voisin, llotman et La Hoùssaye; de l'autre coslé, M. le premier président, vis-à-vi.s de M. le chancelier, cl tous les députés ensuite. D’abord lc.s gens du roy se placèrent à l’encoignure de la chaire de M. le premier président; mais les derniers du parlement se trouvant trop esloignés pour entendre, ils convinrent de se mettre sur un second rang de chaires, derrière le premier président, et en mesme temps s'avancèrent. Les gens du ixiy, qui se trouvoient au dessus, furent surpris, et M. Talon se retira dans le cabinet en grondant, et MM. de Harlay et Bignon allèrent se mettre

' • iliimiiic sviiüc. (le probilC'. aimé cl taisanl, facile à j;ouvcmcr, ne voulant clioevtiiné (les lioiincstcs gens du Palais; a cré- quer personne et médiocrement acromdit dans sa cliambre et y est respecté; bien mndé. ( Tableuu du parlement.)

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