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J«n»lfr 1667. table, avec chagrin. M. Talon revint en-
suite, s’assit d'abord au dessous de M. de La Houssayc, et, voyant qu’il n’estoit pas bien, il se releva et s’alla mettre à la droite du procureur général, et ne dit mot durant toute la conférence. M. le chancelier fit un compliment sur l'importance de ce règlement et les desseins du roy, et M. le premier président réplitpia fort bien en peu de paroles. Après, M. de Morangis commença la lecture des rcgiemens. L’on discourut, et M. le chancelier engagea M. Pussort à respondre sur les diilicultcs, en sorte que c’est luy qui a parlé du costé du conseil sur le règlement.
Je crois avoir oublié d'escrire la retraite honteuse de M" de PouqueroUes ', qui s’est absentée dès le commencement du mois passé , ayant laissé pour plus de cinq cent mille livres de dettes, sans qu’on en puisse sçavoir l’cmploy. On ne parle que de ses manières d’escroquer de l’argent, trompant ses créanciers par l’apparence d’une conduite sage et pieuse. On la poursuit criminellement.
Le jeudy janvier, il y eut un conseil de police et de direction. De conseil des finances pour les maistres des requestes, il ne s'en donne plus.
Le vendredy 38 janvier, au conseil des parties, je sçus que mon affaire avoit esté faite la veille par M. Hotman; que M. de Lezeau estoit allé è Saint-Germain, le roy voulant juger son différend pour le doyenné du conseil avec M. d’Aligre. Le soir, je fus remercier M.Fremont, qui avoit fait mon affaire fort honne.stement, et mesme avoit fait restablir à Bourgeois deux cents livres par an qu'on luy avoit retranchées. De lè, chez M. Hotman le remercier aussy.
Le samedy 39 janvier, le matin, l’affaire de M"" d’Aurouc et de M. de La Pesselière fut achevée de plaider par Le Verrier et Billard, et M. le chancelier lit mettre les pièces es mains de M. Talleraant.
Le dimanche 3o janvier, je fus le m.itin voir mon lils l’abbé, et
' Compares la leitre de Guy-Patin, du fut condamnée par contumace à une pri- 29 juillet iliGy, sur la banqueroute et ta son perpétuelle. (Voy. aurM“*dcFouquefuitc de Jeanne Lambert d'Hcrbigny. Elle rollea, te tome 1 du Journal, p. 90, note.)
D’OLIVIEB LEFÈVRE D'ORMESSON.
après aux Jésuites, où le père Cossart' me dit que M. le nonce esloil iwifr venu voir le père Annat; qu’il l'avoif entretenu, et que M. le nonce cstoit fort emporté sur la desclaration des vœux; qu’il esloit résolu de dire au roy que, sy comme prince très clireslien, il ne vouloit pas defférer aux conciles et à l'Eglise, au moins il suivist les exemples d’Angleterre, où le roy, qui se prétendoit chef de fElglise, consultoit néantmoins les évesques sur les aflaires spirituelles; les Hollandois, leurs ministres; le Turc, le moufti , et qu’au moins le roy devoit considérer le pape comme le mouRi; que l’on soustenoit en France que le concile estoit au dessus du pape; mais qu’il faHoit ajouter le roy au dessus du concile; que pour une aflaire pure spirituelle, le roy ne consultoit que des personnes laïques; que i’on aurait le schisme; car assurément le pape le feroit, et luy se retirerait; qu’il l'avoit dit à M. l’archevesque , qui devoit en parler au roy.
De là, je fus à Sainte-Geneviève, où je vis le père Lallemant sur la mort du père Boullard, leur général. Il me dit que le père Annat proposant le père Pelot, chartreux, cy-devant abbé, pour l'évesché de Sisteron, le roy luy avoit dit qu’il ne croyoit pas en Dieu; qu’il l'avoit répété dans le conseil en présence de M. Colbert, qui avoit dit que M. Pelot, son frère, avoit bien fait des ennemis pour bien servir Sa Majesté, et que depuis, M. Pelot, l'intendant*, en avoit demandé justice au roy par une lettre.
Le mardy matin, i" février, M. Boueberat me vint voir, qui me dit que Ton n’avoit point deslibéré sur les vœux; que le roy avoit dit que M. farchevesque luy avoit répété des choses que le nonce disoit sur cela sy horribles, qu’il n’osoit les redire, et qu’il falloit différer cette
' Il est question de ce jésuite comme d'un eicellent maître dans la pièce de ver» latin» adressée par Fleury à André d’Oruiosson (voy. l’Introduction, au tome I):
N«qttr faim conetts CoMiiiitu ilter Obtigit
l.es œuvres Utines du pere Cossart ren-
ferment une pièce de vers latins adros»ée a André d'Onnesson, la dédicace d'une thèse a Olivier d’Onnesson , et les préfarev de deux ibéaes de logique d'André d'Or roesson. QU d'Olivier.
' Claude Pelot, seigneur de Port-Da* vid, avait été reçu maître des requêtes le 2 janvier 1654-
JOÜHNAL
fVvrifr léii;. affaire. Le soir, je vis M. le premier président, qui me dit que M. Colherl l’avoit visité, et «ju’il luy avoil parlé de telle sorte de la desclaration des v<cux, ejue c’estoit une affaire escliouée.
Ce nicsiue Jour furent célébrées les noces de la fdlc de M. Colbert et du lils de M. de Luynes, nommé M. de Chevreuse, et de la CUe de M. de Luynes avec M. de Lavardin. M. l’arcbevesquc les maria dans la chapelle de M. Colbert, avec la mitre et la crosse. Il y avoit trois tables de rpiarantc-cinq personnes. Le parallèle estoit plaisant de toute la famille de M. de Luynes et de M. de Lavardin, d’un costé, et de M. Colbert de l’autre. Ce mariage fait dire celuy du lils de M. Colbert avec la lille de M. de Retz; que M. de Luynes sera gouverneur de Paris, M. Colbert duc, et mille discours ridicules. Selon la politique, cette grande alliance doit estre sa perte.
Le jeudy 3 février, MM. Le Brun, Le Roui, Doublet, disnérent avec moy. M. Le Brun me dit les magnificences des noces; que M. le chancelier avoit assi.slé aui noces et ,iu souper. Il y eut ce jour-là revue, et cent cinquante soldats passant le bac de Couflaiis furent tous noyés, à la réserve de trois.
Le vendredy 4 février, le matin chez M. Boucherat, voir des requc.stcs avec luy. Après le disner, conseil des parties.
Le samedy 5 février, le malin au conseil, -où M. Tallemant fit le rapport de l’affaire de M“ d'Auroué, et conclut pour elle en tout. Comme j’avois esté .souvent nomnté dans cette affaire, pareeque j’avois rapporté une rcquesle contre un arrest de M. de Fieux, j’opinai apres et fis entendre l'affaire comme elle estoit, c’est-à-dire très injuste pour M““ d’Auroué; que dans le conseil l’arrest de M. de Fieux avoit esté cassé, mais que, pour esluder, on avoit esté au conseil d’en haut, où, .sur la requeste de M. de La Pcssellière, sans moy et néantmoins sous mon nom, on avoit donné un arre.st de sommairement ouy , M. de Fieux l’ayant signé seul; enfin, .ayant dit la vérité, je conclus j>our M. de La Pesselière avec une modification. Les uns ayant suivi mon avis ou pris un plus rude contre M“ d’Auroué, les autres celuy de M. Tallemant, les foibles un sommairement oay, M. Pussort releva
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D'OLIVIKR LEFEVRE DORMESSON.
cette affaire d’une très grande, force, et fut do l’avis le plus Lardi. Je vi.n .sc,, me rangeai à son avis, et il y passa, nonobstant M. le cbanceiicr, qui fit tout ce qu’il put pour M”*' d’Auroué. Cette aiïaire fait esclat.
Le soir, M. de Turenne me vint voir, me dit des choses très obligeantes, et me conseilla de me monstrer à Saint-Germain.
Le dimanche 6 février, le malin chei M. le premier président.
Me trouvant surchargé d’affaires, j’ay différé de jour à autre à escrire exactement les nouvelles, et ainsy j’ay cessé d’escrire jusques à ce jour 1 4 juin, que j’ay repris les choses principales qui sont arrivées durant ce temps.
Pendant les jours gras, le roy passa depuis le saincdy jus({ues au mcrcrcdy à Versailles, et voulut que, durant les trois jours, tous ceux (|ui iroient fu.sscnt masqués. Il fit préparer de grandes tables pour les régaler, et annoni;a (|uc tout masque y seroit reçu fort civilement.
Toute la cour lit grande despense pour cette magnificence, et j’ay sçu qu’il ne se pouvoit rien voir de plus beau. Mais il y eut une grande solitude; il n’y eut que trois ou quatre carros.scs de masques qui y furent de Paris. Le roy en fut chagrin, voyant que sa magnificence n’estoit vue de personne. Il y eut peu de masques à Paris, peu de gens ayant le coeur en joye.
Les conférences pour le code continuèrent trois fois la semaine chez M. le chancelier, jusques environ la my-caresrae, qu’elles finirent Il y eut chaleur grande de Mcs.sleurs des cnquesles contre Messieurs de la grand’chainbre , sur ce que les conférences avoient esté achevées sans avoir examiné les articles qui vouloicnt qu'il y eust distraction de toutes les causes d’audience qui seroient au dessus de mille livres, et d’abord il avoit esté proposé de les renvoyer aux enquestes.
Mais depuis, M. le premier président, les présidons de la cour et les avocats, qui craignoient la conséquence de cet eslahlisseinent qui osteroit moitié des audiences de la grand’chambre, et qui mettroit les avocats généraux dans l’impuissance de se trouver à toutes les chambres
* MéawirttfU LomiXlV, L II. p. 37».