‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 48 sur 83 · II · texte numérisé non relu

II

JOURNAL

Fétrier 1671. paravaul, ny elles inoy. Nous parlasmcs fort des histoires de M. Kouquet. J'allai eusuite chez M. le mareschal de Vilicroy.

Duval, pour le coup d’espéc donné à M" la Princesse, fut jugé au parlement par la grand’cliainbre et la Tournelle assemblées, et fut condamne aux galères. M“ la Princesse n’avoit pas voulu parler devant le.s commissaires du parlement, et l'instruction pour la preuve n'estoit pas entière.

Le 3 février, je fus, avec M. de Mouy, disner chez M. de Riberpré, et de là voir le ballet du roy.

Au mois de février, M. d’Estampes mourut. Je ftis voir M. Le Tellier, qui me dit qu’il ne voyoit pas lieu d’espérer pour moy. Le lendemain , cette place fut donnée à M. de La Margucrie.

Le I 1 février, M“ de La Vallière se retira à Chaillot chez les religieuses de Sainte-Marie, et laissa ime lettre pour le roy, où elle luy annonçoit sa retraite et qu'elle n'emportoit que son hal)it gris, laissant le surplus comme estant au roy. Le roy luy envoya M. de Bellefonds et ensuite M. Colhert avec ordre de la mener à Versailles, où il alloit; ce qu’il fit, et la dame y alla sur la parole que le roy trouveroit bon qu’elle se retirast, si elle persévéroit.

Dans le mesme mois, l’on jugea au parlement des Italiens accusés d’avoir volé des diamans à Venise à un Arménien; ils estoient venus les vendre à Paris, où ils avoient esté pris. Ils demandaient leur renvoy estant estraugers, et le crime commis hors le royaume. Leur déclinatoire fut jugé d’abord, et eux déboutés, attendu que l’ambassadeur de Venise ne les réclamoit point, et depuis ils ont esté condamnés aux galères.

J’ay discontinué d’escrire les choses principales (vendant sept ou huit mois; j’ay recommencé le 4 décembre, et avant que reprendre l’histoire du jour, je dirai celles qui sont passées selon que ma mémoire me les fournira : premièrement la mort du fils aisné de M. le duc d’Anguien, dont M. le Prince fut touché; puis le voyage du roy en Flandre, où il fit travailler aux fortifications de Dunkerque et d'Ath, avec trente raille soldats clTcctifs. Jamais on n’avoit rien vu de

D’OLIVIER LEFÈVRE D’ORMESSON. flll

pareil; ces trente mille soldats estoient partagés en trois corps qui se relevoient de cinq heures en cinq heures au travail. L’ordre y estoit très beau, et le roy y alloit les voir travailler deux ou trois fois le jour. Le roy revint au mois de juillet; le jour qui précéda son retour à Saint-Oerinain, M. le duc d'Anjou son Gis mourut après avoir longtemps langui *.

M. Amelot de Goumay *, président au grand conseil, mourut subitement d’une apoplexie, s’estant trouvé mal faisant une visite, et estant rentré chez luy sans connoissance, et sans qu’elle luy soit revenue.

•Au mois de juillet, j’ay vendu la charge de mon Gis d’avocat du roy au Chastelet au Gis de M"” de Beaumont-Cha.ssepot , dont le père avoit esté trésorier des parties casuelles, moyennant 48,5oo livres. C’ estoit bien vendu, è cause du nouveau règlement, qui avoit fixé la réception des officiers du Chastelet à vingt-sept ans comme au parlement. Il n’avoit pas l’aagc; mais il espéroit passer sans qu’on y pidst garde, comme avoient fait M.M. de Marillac’ et de HreteuiD pour des charges de maistres des requestes, et M. Bignon pour la charge de président au grand conseil.

J’oubliois que, durant le caresme dernier, M. de Marillac, voulant se deffaire de sa charge d’avocat général du grand conseil, se flattoit rju'il pourroit y faire recevoir mon Gis. M. Foucault me vint voir sur ce sujet, songeant à la charge d’avocat du roy pour son Gis; et enGn, estant entré dans la conGdence de cette affaire, je le vis deux fois chez luy, et il se chargea d'en parler à M. Colbert, et, en effet, le jeudy devant la semaine sainte, trouvant M. Foucault chez M. le premier president, il me dit qu’il avoit parlé àM. Colbert, qui avoit dit qu’il en falloit parler au roy, et qu’il me conseilloit de voirM, Colbert; que je serois le bien reçu et que cette tentative ne me pouvoit nuire.

‘ U mourut le 1 8 juillet 1671.

* Charles Amelot. seigneur de Gournaj, né U 8 janvier 1630.

* Hené de Marillac. soigneur d’Olin*

ville, ro^ mallre des requêtes en 1671.

* François Le Tonoellicr de Brclcuil.

seigneur de Fontenay, reçu également maître des requête* en 1671.

Juillet 1671.

JOURNAL

Août 1671. et nous convinsmes qu'au retour de M. Colbert, qui devoit aller à Rochefort, il me nicsnageroit une audience, et, après cette confidence , M. Foucanlt alla parler à M. le premier préaident. Il est vray <|ue c'estoil pour traiter de cette mesme charge pour son fils, cl, en edet, il en conclut le marché à quatre-vingt-dix-sept mille livres. Je fus fort sui pris de cette infidélité , quoyquc je n’eusse aucune espérance que cette affaire pust réussir pour mon fils, auquel il fallolt disjiense.

Pou de temps après, M. Bouclicrat prit cette occasion pour demander une dispense pour M. de Harlay, son gendre, pour la charge de M. Bailly', croyant qu’en l'accordant à Foucault l’on ne pouvoit luy refuser. Ils pensèrent estre refusés tous deux; mais M. le mareschal de Villcroy ayant parlé en faveur de M. do Harlay, le roy les accorda l’une et l’auüe. I/on fut estonné que M. Boucherat, qui n’avoit point traité avec M. Bailly de sa charge, eust demandé cette dispense, et, en effet, M. Bailly s’en plaignit et ne l’a point vendue.

M. Colbert lit, durant les festes de Pasques, le voyage de Bochcfort, qui est un port de mer que l’on construit, et l’on dit que c'est une très grande despense mal employée pour un dessein qui ne peut jamais réussir et où le roy est fort trompé. C’est une entreprise de M. Colbert, conduite par le sieur Terron, son parent. L’on avoit sur cela donné des mémoires au roy pour marquer les voleries de Terron; mais, au retour de M. Colbert, on parla bien de cette entreprise, et le roy tesmoigna estre content de Terron. Néantmoins, le voyage du roy, qui avoit résolu d’y aller, fut rompu et n’a pas esté fait, et, selon que j'en ay ouy parler à gens connoissans, c’est une grande folyc.

Durant le mois d’aoust, je fus avec M. le premier président i Bue, cher M. Hébert. En y allant, nous vismes le cbasteau de Jouy à M. de Sourdis, et, apres le disner, nous visitasmes la machine d'un homme de la Franche-Comté qui faisoit monter l’eau le long d’une coste de soixante pieds de haut. Nous vismes aussy les moulins à vent qui se font pour eslever les eaux de la rivière des Gobelins, qui commence ' Tliutiias Bail) J était avocat général au grand comeii.

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