‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 51 sur 83 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Ces raémoires se composenl. comme j‘cn ai prévenu dans l'Introduction en télé du premier volume ^ de morceaux détachés sur le conseil du roi les membres du parlement, Télat de U cour. etc. J'cn ai extrait les chapitres qui m'ont paru le plus propre à compléter te Journal (tOlivier d*()rmeiSon. On y trouvera un exposé exact de l’état de la France depub i65o, où s’arrête te Journal, jusqu'en é])oquc où les troubles de

la Fronde sont complètement tennînés. Comme la plupart des personnages cités par André d’Ormesson ont été mentionnés par Olivier, j'ai supprimé presque toutes les notes. D'ailleurs, ces extraits présentent rarement dos diOicuUés qui aient besoin d'étre éclaircies. Quant aux mémoires relatifs â la Fronde qu'on peut leur comparer, ils ont été énumérés dans l'Introduction en tétc du tome I du Journal d'Olivier d'Ormrvon.

CONSEIL OU ROr (cONSEIL D'éTAx) EN FÉVRIER I 6ù 3

Monsrigneur Séguier, chancelier de France;

Monseigneur Bouthillier, surintendant des finances;

' Tome I, p. XXXVIII. du conseil d'État l'Introduction en tète du

’ Mémoirrt (TAndré d'OrmtiSon, ^ 333 premier volume du /onmalofO/merd’Orrecto. (Voy. sur l'origine cl les vicissitudes messon, 3* partie, S III.)

a36 EXTRAITS DES MÉMOIRES

Messieui's les conseillers d'Eslat ordinaires ;

M. (le L^on, doyen;

1 Moriq,

President de BellièvTe,

Drancey,

Arcliei'esque de Rheima (Valcncé),

Talon ,

Aubery,

' Haligrc,

Le Brct,

D'Avaux.

Courniouliii,

Du Bignon,

Eavier.

Laubardeniont,

D'Ormesson , 1

De Marca,

Bariii , 1

PrieMc,

La Poterie . !

D'Vrval,

Président Amelut, I

Amelut Chaillou, |

Eabry *.

Sciuettre d'iiyver :

Semc$lr« d'éU

Aichcvcstjiic de Rouen , '

Chaumont,

Évesque de Senlis,

Lessongère .

Évesque de Meaux,

Le Gras,

Ribier,

Gaudard .

D Erbigny ,

Lezeau,

Bérulle,

Montaurin,

Harouis,

Bellejambe,

Ilatté-Saint-Mai'c,

Du Pré,

Lauzon , |

Chanipigny.

Macliault, 1

1 Du Bo.squel,

Villesavin, j

j Fonreroy,

Marescot, j

1 Moran.

' Note d'André d'Ormesion : iLes nouveaux ordioaireB fatls par la juin 1 643 furt'iU :

MM. de Lcncrol.

MM. Buzanvai.

de Miromesnil,

Beiesbat.

Barülon,

Mallier.

V'crlamont.

Bonnclle ,

d'Erbauh.

Valencés

du Pied du Fou.

D'ANDRÉ D'ORMESSON

Semestre tl'liyver ;

i)cnH'stre d’^lé

De Ghaulnes,

Lcncrot,

Laisné,

Miromesnil,

Do Choisy.

Paris,

Brandon ,

V'autorte,

Évesque de Toulon ,

Vilicmonté,

D’Erhaiilt,

Mallicr,

Coulas ,

Des Hameaux.

Le Picart.

CONSEIL DU ROY EN FÉVRIER l643'.

Le conseil du roy estoit composé, pour les alTiiires d'Estat, atlbires de la guerre, alTaircs estrangéres® :

Du cardinal Mazarin,

Du chancelier.

Du surintendant Bouthillier,

De MM. de Chavigny et de Noyei’s, secrétaires d’Eslat.

Les quatre secrétaires d’Estat estoient :

MM. de la Vrillière,

de Lomenie. comte de Brienne:

Bouthillier de Chavigny, de Noyers.

I^es trois intendans des finances :

MM. d'Émery (Particelli)’, Tubeuf, de Mauroy.

' Mémoires d'André d'Ormesson , f aa3.

' Ce conseil était celui que l’on appelait conseil d'en haut. On vient de voir, pour la môme épo<]ue, le nom de.s mrmbre.sdn conseil d'Etat , composé de conseillers ordinaires cl de conseillers semestres.

* Note d'André d’Ormesson : « Au mois

de juin i653, M. d'Éincry lut eonln'ileur général, M. Le Charron, intendant; MM. Le Baillcul cl d’ .A vaux, surinlendans des iinances; M. Le Tellier, secrétaire d'Estat en la place de M. de Noyers, et le couitc de Brienne en la place de M. de Chavigny. M. Desfontaines-Boner estoit ti-

038 EXTRAITS DES MÉMOIRES

l^s quatre secrétaires du conseil :

MM. Bonlier, en janvier:

Potcl, en avril;

Carré, en juillet;

Forcoal, en octobre.

Les trois trésoriers de l’espargne estoient :

MM. Ficubel, en t64î;

de La Baziniére, en i013; de Guénégaud, en i644.

.M. Gédoiiin eserçoit en attendant que M. de la Razinière fusl eu aage; M. le president Le Bailleul estoit cbancelier de la reyne;

M. Le Gras, son secrétaire;

.M. de Cliavigny estoit le cbancelier de .Monsieur, frère du roy;

M. Goulas, son secrétaire;

M. réve.squc de Beauvais, Potier, son giand auiuosnier. l'ait ce tncrcredy 4 février i643.

LISTE üts PHÉ.SIDE.SS DE LA COOR DE PABLEMEXT DE PAIUS Qt l FJTOIENT EN CHARGE AC MOIS DE JUIN l644

Malbicti Molé, premier président, suecéda 4 Nicolas Le Jay en l'an

.André Potier de Novion a succédé 4 Nicolas, son père, en 1 6a i . Nicolas Potier, fils de .M. le premier président de Novion, succéda 4 son père au mois d'octobre i64S;

Henry de Mesmes de Roissy a succédé 4 Jean Lesralopier;

Nicolas Le Bailleul a succédé 4 Hiérosme (fAcqucville (ou d'Hac<|ueville);

Jacques Le Coignciix a succédé 4 Nicolas Le Jay, lequel avoit succédé 4 Augu.stc de Thou;

tulaire do rofllcc de secrétaire des rmsnces du quartier de juillet, et n'en avait |M>inl fait d'exercice depuis dix ans. ayant esté emprisonné dans la naslille, de laquelle il estoit sorti depuis dix jours. Il a esté res-

tsbli dans sa charge au mois de juin 1 643 . comme tous les autres. M. Le Ragois, au mesnie mois de juin , a vendu sa charge à M. tjalland ■

' ^^^moirad'Aallré d’Ormetton, R lo V.

D’ANDRÉ D’ORMESSON. 639

François-Théodore de Nesmond a succédé à Chreslien do Lamoignon, en i633;

Pomponne de Dellièvre a succédé au président de Bellièvrc, son père, en l’an i643;

René de Longucil de Maisons succéda à Tanneguy Séguier, lequel avoit succédé à Pierre Séguier d’Autry, chancelier de France.

PnéoiCATlONS EN 16/18L

Sur la fin du mois de fé\rner 1 648 . le père Desmsres estant retenu pour prcscher le caresme en l’église Saint-Mcricq (Merry), la rcync le voulut Taire arresler cl renvoyer en Brelaignc pour faire cesser les disputes de la grâce, en laquelle le père Castillon et luy n’estoient pas d’accord, ayant l’un et l'autre tesmoigné leurs sentimens dans leurs prédications. Le père Desmarcs, qui avuit des amis et sectateurs, fut adverti et sc cacha pour n’estre pas arrosté. M. l’archcvc.squc de Paris, qui aiinoit ledit père Desinares, prestre de l’Oratoire, indigné du traitement qu’on luy faisoit. envoya au pèi'C Castillon, jésuite, faire delTenscs de prescher le caresme aux filles religieuses du Calvaire, où il estoil retenu; ce qu’il a observé et est demeuré sans parole et sans prescher tout le caresme. La rcyne ne put obtenir du sieur arebevesque de Paris la permission de prescher pour ledit père Castillon. On fit à ce sujet les vers suK^ans:

Latct aller, silet aller, et quia lalct aller, ailet aller,

Latere coactiu aller, silere jussus aller,

Ulrutnque recte i Nam qui lalet pudenda dicebat;

Qui silet dicenda jam dixit;

Imo non recte :

Latet enitn qui dignus exilio,

Silet qui dignus eloquio; rtrumque lainco,

Quod mirere, nolente rcgioa, volente ponttfice,

Qaod lugeas, plaudenlibus hæretids,

Frementibus catbolicis.

' I^émoirti d’André dOrmêUon, F a84 recio. (Voy Jourtuil d’OUvtêr d'Ormestou, l. I,

040 EXTRAITS DES MÉMOIRES

Qui* credal out religiosorem pontificc R(^inam, aut polentiorem regiiia pontiljceio?

Qui* paslort'in hipo insidianti amicum,

Calulo Utranti fcrat infr-sluni?

O miserum gregeni! male con*ullum paslorem!

Quid site*. Roma? Quiu exsurgi», Deus»

Ut dissipenlur iiiimîci tuU

Fait ce huitième avril 1 648. »»

Andr^ d’Ormesson a ajouté, en t654: père Castillon a obtenu, à

la fin de l’année 1 654 . an mois de febvrier, la permission de prcscher. et fit sa première prédication dans les Jésuites de la rue Saint^Antoine le lundy gras 6 febvrier i654, que j'entendis. >»

ne L’I^fCONSTANCE ET Lécè.RBT^ DES ERUlCBS BT ORA.NDS SBIGNEt BS DB FRANCK , DEFUIS L*ANNéS l649 JISQL’ES EN L'ANNEE 1 653 h

En Tannée 1649. pc'idant le siège de Paris, M. le duc d'Orléans, M. ic Prince et M. le cardinal Miuarîn esloient unis pour ruiner Paris, offensés des barricades de Tannée i648. Le prince de Conty, le duc d’Elbeuf, le duc de Longueville, le duc de Bouillon et autres se mirent dans Paris et résistèrent au roy et à ceux qui Tassistoient en faveur du cardinal, fort haî et détesté dans Paris. J'oubliois que Je coadjuteur estoit )or.s ennemi du cardinal et s’csloit joint au parti de Paris. Le parlement de Paris et M. le duc de Boauforl suivoient le mesme parti.

Lorsque l'accommodement de Paris eut esté fait (avril 1649)^, le prince de Condc et le prince de Cdnty sc réunirent avec le duc d'Orléans et voulurent faire condamner le duc de Beaufort, le coadjuteur et M. de Broussel, comme ayant entrepris sur la personne du prince de Condé. Le duc d'Elbeuf se remit avec Je cardinal Mazario contre M. le Prince. Tout à coup

' if(^motrtsd\4nJnfd"Ormetsonf f* 33o, sqq. Ce morceau, dont plusieurs détails seront répétés dans les articles suivants, embrasse Tensemble des faits et donne une vue générale de* événements qui sont racontés dans les Extraits d'André d'Or-

messon. C'est ce qui m'a décidé i le publier. Il établit d'ailleurs un lien nalund entre les Mémoires de ce magistrat et le Journal de son fils, qui s’arrête en i65o- • Paix de Bucl. (V^oy. Joamal d’O/rrter d'Orrnwon, L l, p. 73a-7.33.)

Digilized by

r)'ANDRb‘ D'ORMESSON. C'il

le coadjuteur se tourna du cost6 du cardinal Mazaiiu, et s'eslani réunis avec la reync et le duc d'Orléans, ils liient emprisonner le prince, de Condé, le prince de Conty et le duc de Longueville dans le bois de Vineennes [janvier i65o]‘.

M^de Chcvreuse, pour marier sa fdlc au prince de Conty, entreprit avec le coadjuteur de tirer les princes de prison et elle y porta le duc d'Orléans. Au mesme temps que l’on propo.sa au parlement de faire sortir les princes de prison, on entreprit de chasser le cardinal Mazarin de la cour, lequel sortit de Paris voyant la liayne publique s'eslever contre luy [février i65i).

Lorsque les princes entrèrent dans Paris, le coadjuteur se mit dans leur carrosse, et ils estoient les meilleurs amis du monde, A en juger par leur contenance extérieure.

Le coadjute.nr, pour devenir cardinal, se necommoda avec le cardinal Mazarin et promit A la reyne de le restablir’. Il fit tant par scs menées qu’il fut fait cardinal, et, travaillant tousjours A son ordinaire aux brouilleries de la cour pour devenir principal ministre au préjudice du cardinal Mazarin, il fut arresté prisonnier par le commandement du roy et mené au bois de Vineennes, au mois de janvier i653. VoilA le fruit de tous scs travaux.

M. le chancelier estant demeuré dans Paris, les sceaux donnés au premier président [septembre i65i), s'unit au parti des princes et fut fait chef de leurs conseils. Puis il alla retrouver le roy, reprit sa place et la tient encore; il pri’sidc les conseils en ce mois de febvrier i653.

M. le premier président, ayant entrepris de tirer les princes de prison, en est venu à bout, M. de Champlastrens, son fils, ayant esté intendant de justice auprès de M. le Prince. Puis il s'est fait ami du cardinal Mazarin’, qui luy a fait donner les sceaux; il est devenu ennemi et persécuteur du prince de Condé et de tous ses adhérens.

M. le duc d'Orléans, qui avoit consenti l'emprisonnement du prince de Condé et avoit tousjours esté contraire A sa délivrance, s'est depuis remis

' Voy. Ji-i anal d'Olivier d'Ormeston , 1. 1 ,

p. 8o3-8oA.

' Ce fut surtout U duchesse de Chovreuse qui rompit l'union des deux Frondes, parce que le mariage de sa fille avec le prince de Conli n'avait pa.v eu

lieu. (Voyez plus bas, p. 648, note i.)

’ La cause de ce changement fut 1a révocation de la première commission de garde des sceaux donnée à Maltliieu Mole (avril 16A1}. 11 attrihiia celte disgréce au prince de Condé.

642 EXTRAITS DES MÉMOIRES

■«i9'i6S3. avec liiy et a fait tous ses cITorls contre le roy pour l'empescher de rentrer dans Paris, et maintenant il est réduit à Blois.

Le duc de Bouillon , qui esloit dans Paris contre les princes et [pour] le cardinal , s’est depuis remis au service des princes et a fait rebeller la ville de Bordeaux contre le roy et le cardinal. Depuis il s'est fait ami du cardinal et est mort à Mantes dans le service du roy *.

1.C mareselial de Turenne, son frère, quitta le service du roy pour venir au secours de Paris, et s’estant depuis mis avec les Espagnols il perdit la bataille de Rethel’ contre l’armée du roy. Depuis il a repris le service du rov, a esté fait chef de l’armée de Sa Majesté contre M. le Prince, et l’est encore en ce mois de febvrier i653.

j M. le Prince, après avoir pris la dclTensc du cardinal Masarin en l'an

1649 et avoir vaincu les Espagnols en quatre batailles, s'est fait Espagnol ‘ contre la France avec le duc de Lorraine. Le prince de Conty est tousjours

dans la ville de Bordeaux.

M. le duc de Longueville a quitte le parti de M. le Prince, encore que t sa femme fust dans Bordeaux. Il est demeure paisible et fidèle au service du

roy dans son gouvernement de Normandie.

Le president de Maisons, fait suiintendaiit par la faveur du cardinal M.vxarin, est devenu son ennemi, irrité d'avoir esté osté de cette place pour I y mettre le marquis de La Vietiville, et il s'est mis bien avant dans l'année

et le conseil des princes pendant l'année iG3-i.

1,0 duc de Beaufort, ennemi de M. le Prince avant sa prison, est devenu son ami après sa délivrance. Il s’estoit fait aimer du peuple de Paris, et est maintenant banni de cette ville; il s'est retiré auprès du duc dOrléans. ‘ Le prince Thomas’, qui avoit tousjours esté Espagnol, est maintenant

ministre d'Eistat, et un des principaux gouverneurs du royaume.

Je laisse une quantité de seigneurs de moindre importance qui ont changé et rechangé de parti aussy souvent que de chemise. M. de Chasteauneuf, reslabli dans sa charge de garde des sceaux par la faveur du cardinal Maz.irin et de M'”' de Chevreuse, en a esté osté, et les sceaux ont esté rendus

' Frédéric Maurice de La Tour d'Au> maréchal du Plessis - PrasUn , le i5 dé-

vergne, duc de Bouillon, né en iGo5, ceoihre i65o.

mourut le 9 août 1 65a. ' Le prince Thomas de Carignan était

' Turenne fut vaincu à Rethel par te de la maison de Savoie.

D’ANDRÉ D'ORMESSON. 6

au chancelier, et dp|niis, devenu cimemi du cardinal Marariu et ne voulani demeurer avec luy, il s'est retiré chet luy et est maintenant banni à Lcuville sans emplov '■

J'ay gardé le cardinal Mazarin pour l’exemple le plus remarquable des inconstances et changemens de la fortune de nos jours. Car ayant eu tous les grands princes pour ennemis ouverts et déclarés, le parlement de Paris, qui a fulmine des arresis contre luy, qui l’a banni et a confesqué ses biens, qui a vendu sa belle librairie, scs statues cl scs riches meubles, qui a mis sa te-stc à cinquante mille escus, après avoir esté contraint par deux fois [en i65i et i65a] de se retirer du royaume, détesté comme la ruyne de la Fi'ancc, après avoir veu toutes les bonnes plumes taillées contre luy, tant d’escriissanglans et injurieux contre sa personne, il rentra hyer, Itindy 3 febvricr 1 1>53 , dans Paris. Le roy et tonte la cour ayant este au devant de luy par vicié le Bourget, il est rentré dans Paris avec le roy, dans le carrosse du roy, et loge dans le Louvre en toute seurelé, et sera visité par tous les François, amis et ennemis, à la mode de Fivince. C’est une des plus grandes merveilles de nos jours et que je ne croyois pas pouvoir jamais arriver*. Après cela, il n’y a rien qui ne se puisse faire.

Les princes, (|ui avoinnt si longtemps régné dans Paris et dans le parlement. sont bien écartés. M. le duc d'Orléans est maintenant i Bloi-s avec .Madame, sa femme. M. le Prince est dans la frontière de Champagne, avec son armée composée d'Espagnols et de Lorrains. M. le duc de Longueville est dans Rouen, paisible-, la province de Normandie est calme. Le prince de Conty, avec M"“ la Princesse, la duchesse de I.a>ugueville, le comte de Doignun, le colonel Marsin, le colonel Baltliazar, est dans la ville de Bordeaux, où il n’y a plus de parlement. Le peuple en est le maistre, sous le titre de VOrmée. M. le marcschal de Turenne est général de l’armée du roy contre M. le Prince, luy qui avoit tousjours esté du parti dudit seigneur

' 11 mourut cette même année 1 653. le a6 septembre, é l'ége de soixante et quatorze ans, d.sns son chéleau de la;uviile.

* Notes ajoutées par André d’Oratesson : I En ce mois de septembre i65d, que je relisois tout le contenu de ce livre, ledit seigneur cardinal Mazarin estoit en-

core plus puissant qu'il n’avoit jamais esté, la campagne de cette année ayant esté très beurense pour le roy, la France et Son Eminence.! — s H est encore plus puissant en CG mois de juin i6Go, ayant fait la paix luy seul et marié te roy à rinfanle d'Espagne. ‘

1)41 EXIRAITS DKS MEMOIRES

|ii'inco de Coudé, Le conseil du roy est maintenant compose du cliancc lier, qui préside dans les conseils; de M. Molé, premier président cl garde dos sceaux, qui tient le parlement le matin et vient au conseil les apresdisnées. C’est luy qui a la faveur et le pouvoir; mais c'est luy qui a aiissy la hayne et l’envie des rentiers et de tous les amis des prince,s. Le marquis de lj Vieuvillc estant décédé, il n’y a point encore de surintendant. MM. d'Aligrc «t de .Morangis, directeurs des fmanees, travaillent tousjours eu attendant qu’il y ayt un autre ordre'.

Les assemblées pour les rentes des gabelles , du clergé et des aydes se tiennent cbci nous, estant l’ancien du conseil en l’absence de M.M. Le Rrct et Pavier, réduits pur la vieillesse dans leurs maisons. MM. Servicn et Le Tellier.sont tousjoui-s en faveur auprès du cardinal Mazarin. Leroy, larcyne et le duc d’Anjou sont dans Paris, fort paisibles. Il n’y a que les rentiers malcontens, assist<;s des amis et scnùlcurs des piinccs, qui les animent pour exciter quelques brouilleries cl muuvemcns dans Paris qui puissent troubler la tranquillité publique.

Fait et escrit à Paris le inardy .4 febvrier i653.

Vx-niK i65o. ESTAT DE LA vnANCE EN iGSo'L

(.AU AIOUENI oé LA COUR EENTRA \ PARIS APRÈS AVOIR SOIMIS LA CL'IENNE.)

Le roy, la reyne, le duc d’Anjou esloient à Paris logés dans le Palais- Huyal, de retour de leur voyage de Bordeaux. La reyne estoit malade d'une fièvre intermittente. Le cardinal Mazarin faisoit estât de s’en aller dans l’armée de Champagne , commandée par le marcschal du Plessis-Praslin. M. le duc d'Orléans estoit dans son palais, avec Madame sa femme, son fils le due de Valois et scs deux filles de son second mariage’. M. le prince do Condé, le prince de Conty, son frère, et le duc de Longueville, son beau-frère, avoient esté conduits de Mareoussis au Havre de-Gracc en Normandie en la garde ' ,Abd Scrvîim et Nicolas Kouquet ne Luxembourg. Il eut trois filles de son

lardéreut |ias à être nommés surintendants second mariage avec Marguerite de Lar-

des finances. (Voy. l’Introduction eu tétedu raine, M'*" d'Orléans, de Valoi.s et d'Alenlumc 11 du Journal d'Olivier d'Ormeuon.) qon, qui devinrent diicbessca de Toscane, ' iMdmoires d'André itOrmestort, t" 3o6 de Savoieet dcGuiae; il s’agit ici des deux ivcto. premiérca. (Voy. pour les détails les Mé-

’ Le palais de Gaston d’Orléans était le moirre de .If*' de Monlperuier.j

D'ANDBÉ D'ORMKSSON.

du sieur de liiir. Le comte d'Harcourt les avoit conduits en seuretë avec No»rmb. itibn. cinq cens chevaux; M. le Prince demanda i le voir et ne le vit point; il l'appeloit M . le préosl'. M. de Vendosme esloit en Bourgogne comme gouverneur. M” la Princesse la mère estoit à (ihastillon et avoit este nialatle à l’extrémité, voyant toute sa famille enfermée dans une mesme prison.

M“ la Princesse, sa fdlc, avec le duc d'Aiiguicn, estoit é Montrond en Berry’. M. le duc de Mercoeur comniandoit comme vice-roy en Catalogne. M. le duc de Beaufort ne bougeoit de Paris, fort aimé du peuple.

■\1. le duc de Guysc esloit tousjours prisonnier en Espagne; .M. le comte d'Alais tousjours gouvenieur en Provence, où il y avoit tou.sjours à démcsler entre le parlement cl luy.

Celle campagne, les Espagnols avoient |)ris sur nous la Capellc, le Caslelet, Relhel et Mouzon; ils n'avoient pu prendre Gnyse, Ils avoient plus de forces que nous è cause que Leurs Majestés avoient mené à Bordeaux leurs meilleures troupes. Le maresclial du Plessis, M. de Villequicr, M. d'Hocquincourl et M. de Senneterre estoient sur la dell'cnsive, faute de forces, eldelfendoicnt les meilleures villes des frontières, y mettant des troupes. Le roy estoit en une extresnic nécessité, faute d'argent pour payer les gens de guerre, ne manquant point de soldats; mais les soldats, faute d'argent, ne vouloient point aller é la guerre.

Pour les charges de la cour, M. de Chasteauneiif avoit esté reslahli en la charge de garde des sceaux, après dix scpt ans de prison et d’absence , cf ,

estoit auprès de Leurs Majestés. M. .Séguier, chancelier, disgracié, faisoit sa demeure à Rosny. M. le président de Maisons esloit seul surintendant des finances; MM. d'Aligi'C et .Vlorangis, directeurs, M.M. de Mauroy, Tillier,

Bordier, Foulé, Bordeaux, Hervarl, Guargan et Marin, intendans des finances. Guargan esloit le favori de M. de Maisons. Dans le conseil d'en haut, lareyne, le duc d’Orléans, le garde des sceaux, le surintendant, M.Servien , La Rivière, mais disgracié de M. le duc d'Orléans. Le conseil du roy.

' On fit il cette occasion l'épigraïuDie si connue :

Cet liominc gros et court ,

Si fameui dans rHiisloire,

Ce grasd cuCDie iTHâ^noart.

Tout rtyoBDâDl de gloire.

Qui Mtcounit Cftttl et <{ui rqwit Torio .

Eu deveoB retors de Jules Msurio-

* André tl'Ormeuon écril sui-

vant l'usagQ (lu temps; cette ville ol daiiv le département du Cher, près de Saint* .Ainand .

EXTIIAITS DES MÉMOIRES

Ntnwiib. i65o. â l’oitlinairc. J'estois le Iroisitinc, ayant au-dessus de moy MM. I.c Brel et Favicr, be.aucoup plus aagés que moy. Les conseillers d’Estat ne rapportoient plus aucune alTaire , les maistres des requestes l'ayant demandé et leur ayant esté accordé. I.es présidons de la cour estoient MM. Mole, de Mesmes, B.iilleul , Le Coigneux, de Nesmond, de Bollièvre.de Maisons et de N'ovion. Les gens du roy, MM. Méliand procureur général , Talon et du Bignon avocats généraux. .MM. de Bricnne, La Vrillière, Le Tcllicr et Guénégand. secrétaires d'Estat.

M. de Bouillon estoit dans sa vicomté de Ttirenne; le mareschal de Tiirenne, son frère, dans l'armée des Espagnols; le duc de Lorraine, tousjours combattant pour les Espagnols.

Fait et esciit ce dimanche ay novembre iG5o, afin de reconnoistre à l'avenir les ebangemens qui sont ordinaires en la cour de France, fort inconstante en ses faveurs et en ses disgrâces, pa.ssant de l'amitié à l'inimitié , et au contraire de la baync à l'amitié. L'on ne voit autre chose en France.

i6.s<i.iASi. Résiué DES évéN'F.uExs Annivés ue xoveubre i65o ac mois d’aoist i65i'.

Le lendemain de la Saint-Martin, le i y novembre 1 65o •, M. Deslandes- Paven avant rapporté, les chambres assemblées, la requeste des princes de Coudé, de Conty et du duc de Lnnguevilie, prisonniers dans le Havre-de- ■firace, afin d'estre délivrés, le parlement résolut de s'assembler pour ce sujet, et, en ce commencement, M. le duc d'Orléans ne désiroit point leur délivrance, et estant prié d'y assister, il le refusa. Mais, en délibérant, les ennemis du cardinal Matarin proposèrent que ce n'estoit rien faire pour le repos de la France de délivrer ces princes, sy, au mesme temps, l'on ne chassoit ledit cardinal auteur de tous nos malheurs et désordres, de manière que les amis du prince et ennemis du cardinal , s'estant Joints ensemble, emportèrent ceux qui ne désiraient ny la liberté des princes, ny l'esloigncuient dudit cardinal. Ce fut lors que le duc d'Orléans tesmoigna désirer la délivrance des princes de peur de les avoir pour ennemis , s'ils estoient délivres contre sa volonté. Le cardinal sçaebant le discours que l'on faisoit contre luy

‘ .WémoirM d'André iTOrmnwn. é 3ia 'La date n'csl pas la même que celle recto et verso. 11 a intitulé ce morceau : que donne Orner Talon dans ses .Mémoires,

Eftat dt la France le 34 aoiul iô5i. à l'année i tî5o.

D’ANDRÉ D'ORMESSON. 6/i7

dans le parlement et l'animosité du peuple, crainte de quelque violence, i65o-i65i. SC relira un soir de Paris et alla à Saiiil-Germain en-Laye ', espérant que la reyne gagncroil l’esprit du dur d'OiHéaiis pour le faire revenir h Paris, ou que Leurs Majestés sortiroient de Paris pour l'aller trouver; mais il fut trompe dans son espérance; car les Parisiens, pour cmpesclicr Leurs Majestés de sortir, gardèrent les portes de la ville et faisoienl des rondes et des patrouilles aux environs du Palais-Royal. Le parlement le voyant sorti pria la reyne de l'e-sloigner |)Our tousjoora; ce qu’elle leur promit, et ensuite le parlement le bannit du royaume et déclara tous cardinaux françois et estrangers incapables d’estre ministres et des conseils de nos roys.

Or le parlement ayant fait des remoostrances très hardies à Leurs Majestés pour la délivrance des princes. Leurs Majestés furent contraintes d’y apporter leur consentement et de proposer toutes choses et les conditions sous lesquelles ils sortiroient; et furent dé|iutés MM. le inarescbal de Grammont, de La Vrillière, secrétaire d’Estat, Viole et Arnauld-Corbcvillc pour leur proposer et faire signer ces conditions, avant que les faire sortir. Mais le cardinal Miiiarin, perdant fespérance de revenir à Paris ny d’esire suivi de la cour, s'en alla droit au llavre-de-Grace, délivra lesdits princes sans aucune condition avant que les députés du roy fussent arrivés au Havrc-de-Grace, et disna avec eux le jour qu’il les délivra’'. Les princes rencontrèrent les députés à huit lieues du Havrc-dc Grâce; ils arrivèrent 4 Paris avec la resjouissancc des peuples, et des acclamations et aIRuence non-pareilles. Le duc de Beaufort et M. le coadjuteur se mirent dans leur carrosse , lesquels avoient esté avant leur prison leurs ennemis déclarés, et furent lesdits princes fort bien reçus de Leurs Majestés et de M. le duc d'Orléans, qui alla au-devant d’eux et les mit dans son carrosse. Or M. le Prince ne manqua pas d'aller au parlement le remercier des bons ofQces qu’il en avoit reçus, luy offrant tout service.

Ensuite il fut parlé du mariage de M. le prince de Conty avec M"* de Ghevreuse, suivant la promesse qu'en avoit faite M. le Prince estant prisonnier, et ce pour faciliter sa délivrance. Il envoya à Rome pour les bénéfices de son frère, et le prince de Conty ne bougeoit d’auprès de sa maistresse à la courtiser. Mais à la fin M. le Prince déclara qu’il ne pouvoit

' Maurin sortit de Paris dans la nuit ’ Ce fut le i3 février i65i que Maradu 6 au 7 février i65i. riii mit les princes en liberté.

6/i8 KXTHAITS DES MÉ.MOIUES

niSo ifiâi. oonscniir à ce mariage , son frère nVstanl pas, veu son indisposition, propre À l’exécuter. Ce refus offensa fort la duchesse de Chevreuse et scs amis*. Or cctlc dame n’estoil pas d’humeur endurante et elle avoit de son parti M. Je duc d'Orléans, la reyne, M. le coadjuteur et quantité d'autres sei gneurs, ennemis de M. ie Prince, lequel, so déifiant que l'on iroulust pour une seconde fois s'asseurer de sa pei'sonne, ou faisant semblant d’en avoir peur, se relira de nuit à sa maison de Saint*Maur^ où il fut visité de tousses bons amis et scrvilcnrs. et cscrivit doux lettres au parlement sur le sujet de sa retraite, cl puis il demanda resloignenienl de MM. Servicn, \j: Tellier et de I.yonnc et de M*"* de Navailles*, créatures du cardinal Mazarin, et qui entretenoient la correspondance du dit cardinal avec la reyne déclarant qu'il ne pouvoit demeurer en seurcté à la cour, tant que ces trois ministres y demeureroient. Le parlement délibéra sur ces lettres, et ecs trois ministres SC retirèrent par le commandement de la reyne, avant quelle en fusl priée par le parlement®.

Par après, M, le Prince revint demeurer à Paris et fut quelques jours sans aller saluer Leurs Majestés. Le parlement Juy avant fait entendre qu'il estüit de sou devoir de le faire, M. le duc d'Orléans le mena au Palais-Royal , où il salua Leurs Majestés et en fut as.<es bien reçu. Depuis n'y allant plus et ne bougeant de Paris, il mareboît fort accompagne par la ville. La reyne, ne le pouvant plus endurer, fit composer un discours. lequel elle fil lire au\ cours souveraines et h flIostel-de-Ville en présence de Leurs Majestés, lequel discours, après avoir fait fénumération des bienfaits que M. le Prince avoit

des sceaux Clialeauneuf, comme on le Terra dans rAppendicc.

* Coode so retira dans son château de Soiiit-Maur dans la nuit du 5 au 6 juillet i65i.

* Suzanne de Neuillan venait d'épou.<>ei Philippe' de Montault. vicomte de Navailles.

* M. Bavenel a édité cette correspondante. qui fait partie des publications de U Société d'Histoire de France.

* Les trois ministres furent éloignés le 19 juillet.

* André d'Oniiesson a ajouté en marge :

t Le mariage projwsé du prince de Conty avec M"* de Chevreuse fut cause de U délivrance des princes. M** de Chevreuse .

ayant gagne et disposé tous ses amis pour y travailler, fit restahlir M. de Chaateauneuf, gagna ledit seigneur et le duc d’Orléans. La rupture de co mariage a banni M. le Prince du royaume et fa rendu misérable. Son ambition de devenir plus grand l’a perdu. » La rupture du mariage eut lieu au coiiinienccmcut d’avril i65i « au inometit où la reine renvoyait ie ganir

D'ANDRE D-ORMESSON

reçus de Leurs Majestés, disoit qu’il avoit fait tout le contraire de ce qu'on i65o-i6Si, devoit attendre de iuy, fortifiant les places qu'il tenoit dans le royaume, ayant des garnisons espagnoles dans Stenay, traitant avec le roy d’Espagne il Madrid et avec l'archiduc Léopold dans Rnuellcs, escrivant aux parle mens pour dcsorier le gouvernement, marchant dans Paris avec des troupes sans rendre scs devoirs au roy, ayant des troupes qui ne se sont pas voulu joindre à l'armée du roy commandée par le marcschal d'Aumont, et autres faits , Leurs Majestés déclarant ouvertement qu'elles ne le soulTriroient point.

Ce discours fut imprimé, auquel M. le Prince respondit par un autre discours, qui fut aussy imprimé, qui respondoit 6 toutes les objections et eut tant de pouvoir sur l’esprit de M. le duc d'Orléans qu’il envoya par le mareschal d'Estampes sa déclaration, par laquelle il nvouoit comme bien fait et fait par son ordre tout ce que M. le Prince avoit dit et fait, dont tout le monde fut estonné et la reyne fort alRigée, le premier discours avant esté communiqué k M. le duc d'Orléans et esté mesine corrige de sa main et lu en sa présence aux cours souveraines.

Le parlement, ayant amplement délibéré sur le discours de Leurs Majestés et la response du dit prince, aivesta que le tout seroit porté à Leurs Majestés pour en ordonner, et que M. le duc d’Orléans seroit supplie de s'interposer pour pacifier les esprits et les réconcilier. M. le Prince, estant dans la delbancc ou feignant d’y eslre,marcboit dans Paris fort accompagné, mesme quand il alloit au parlement; il n'alloit pas voir le roy et il passa au Cours de la reyne sans mettre pied à terre pour saluer le roy, qui passoit sur le pavé*; ce qui estoit le braver en sa présence. Il semble qu’il veuille aller de pair avec Leurs Majestés et leur disputer le haut du pavé. Le roy approche de sa majorité et fait desjé paroistre son courage. Il faudra, ou que M. le Prince fasse sa paix, ou qu'il se retire de Paris pour faire une guerre civile, estant puissant de biens, d’armes et de places fortes, ou qu’il se retire pacifique dans l’une de ses maisons, ou qu’il prenne pour sa plus gi'ande scureté le parti du roy d'Espagne et qu'il combatte sous ses enseignes et sous ses capitaines , comme un autre Charles de Bourbon. Il est inceitain lequel de ces chemins il prendra. Il a beaucoup de qualités capables de le le faire craindre; il est prince du sang; il a beaucoup de gouvernemens et

* Celle renconlrc eul lieu le 3i juiUel i65i .

EXTRAITS DES MÉMOIRES

i65a-i6’ii. de places fortes; il est très vaillant et entendu auinestier de la guerre, liardy et tris hasardeux. Il a gagné quatre batailles; il a pris quantité de places fortes; il a un grand esprit. Il a un fds aagé de huit ans dans Monlrond , des alliances, des serviteurs et des amis; mais il est plus expédient à un grand seigneur de se faire aimer de son roy que de s’en faire craindre. M. d'.Argenton ', qui avoit beaucoup d’expérience, dit qu'il n’avoit jamais veu bonne issue k un homme qui s'est fait eraindre de son prince et qu'il ne luy en soyt arrivé du malheur du consentement de son maistre , et en allègue forec exemples.

Escrit k Oriuesson le vendredÿ jour de Saint-Louis, î5 aoust i65i ’.

Srpirmb, i65i<

MAJOniTR ÙV ROI l.omS XIV* (SEPTRMBFIR l65l).

Le joiidy 7 septembre i65i , je me trouvai, à sept heures du matin, riiez M. le chancelier Srgiiier, avec les conseillers d'Estat et les maistres des rcquestrs qui en avoient esté advertis, sçavoir est M\f. d'Omiesson, de I>a Polrrie, d'Alligre, Morangis, do Choisy, de Verlamonl, conseillers d’Estat; MM. d'Oi^cval, Tiorsault, Chomel,.La Berclière, Le Lièvre, Le Jay, maistres des requestes. M. le chancelier estant descendu avec une robe de velours incarnat, doublée de satin de mesme couleur, je me mis dans son carrosse avec quelques conseillers d'Estit. Nous allasmes passer par devant le Palais-Royal et prismes le mesmo chemin, pour aller au Palais, (]ue devoit prendre le roy, où nous visines les fenestres, les eschafl'auds et les rues si pleines de peuple que c*estoit chose merveilleuse è voir. Pendant le chemin, M. le chancelier me tenant la main, estant au fond près de luy, me récita mot à mot toute sa harangue, que je trouvai bien faite et bien méditée.

Estant arrivés à la Sainte-Chapelle et passant dans la galerie, estant dans

' Plûlippe de Comminca, historien de Loui» XI.

• Note d'André d‘Ormcs*on • * Après avoir relu ce dûcour», U ne »e faut point estonner si le roy, la reyne, le cardinal Ma/Jirin, MM. Servie» , Le Tellier et de Lyoïmc n'ont point envie de faire revenir à la conr ledit duc d’Orléans , qui esl mnin-

tenant à Blois, ny M. le Prince, qui esl encore en Flandre avec les Espagnols; car ils ont bien bravé et mesprisé Leurs Majestés en diverses occasions; yuoruA apad pnrpotenia longa nwnoria est. J'ay escrtl CCS dernières lignes i Onuesson, le vendrcily 9 juin i656. ■

* Méffwires «T André d’OrmesiOHt P 3i4.

D'ANDRÉ D'ORMESSON. 051

la grand salle, sous le grand cerf‘, MM. le prévost Séguicr* et .Mcsnardeau le Sfpooih. iSSi. vinrent recevoir. Nous trouvasmes toutes les chambres assemblées; les huit présidons y estoient, sçavoir MM. Molé, premier président; Le Bailleul, de Nesmond, de Bellièvrc, de Maisons, de Novion, d'Irval et LeCoigneux. A leur main droite, rarchcvcsquc de Paris, les évesques de Senlis et de Tarbes,

M.M. de Cbamplastrcux, de Machault, d'Herbelay, V'illarceaux et Lall'emas.

Le roy arriva sur les onie heures, le tambour des Suisses battant, avec les fifres et tes trompettes, avec une grande magnificence et majesté royale.

Quatre présidens l'allèrent recevoir à la Sainlc-Cbapcllc, MM. de Bailleul. de Nesmond, de Bellièvre, de Maisons, présidens de la cour. Huit conseillers de la cour allèrent avec eux. Les conseillers laïques furent .MM. Chevalier, de Broiisscl, Mesnardcau, Doujat; les conseillers d'église, MM. Viole,

Coquelay, Le Prévost et de Longueil. Le roy monta à sa place, ayant à sa main droite la reyne régente, sa mère, le duc d'Anjou, le duc d'Orléans, le prince de Conty, les ducs de Mercœur, d'Lzès, de Beaufort, de Luynes, de La Valette, de Brissac et de l.a Rochefoucauld, les mareschaux d'Kstrée, de La Mothe, de L'Hospital, Du Plessis, de Villeroy, d'Estampes et d'Hocquincourt, et La Meilleraye, grand maisire de l'artillerie. Au costé gauche, les paiis ecclésiastiques, farebevesque et duc de Rheims, les évesques de Beauvais, de Chaaluns, de Noyon; i la lanterne droite, la reyne d'Angleterre avec Mademoiselle et autres grandes dames; à la lanterne gauche, le nonce du pape et les ambassadeurs des princes estrangers; les capitaines des gardes auprès du roy, .MM. de Tresmes, de Charost, de Villcquier et marquis de Gesvrcs; aux pieds du roy, le duc de Joyeuse, grand chambellan; aux pieds de la reyne, le comte d'Harcourt, grand cscuycr. M. Séguicr de Saint-Brisson , prévost de Paris, sur le degré, en sa place ordinaire. Sur deux bancs du costé des cnquesics, les conseillers d'Estat et les maistres des requestes cy-devant nommés. Sur un banc du costé de la grande salle, trois secrétaires d'Estat, MM. le comte de Brienne, La Vrillière et de Guénégaud. Dans le parquet, Torce grands seigneurs, fort parés, venus avec le roy, fort pressés et dans une grande confusion, h la mode de France.

Chacun ayant pris sa place, le roy parla le premier et dit i|u'cstant par-

' Voy. sur le gmnd t-tjf du Palais les * Seguier de Saînl-BrisHm, prévôt de Additions et comptions en tête du tome I Pari.v. du Joanwl d'Olivier d'Ormesson.

KXTRAITS DES MÉMOIRES

S«pt«inl.. lOS». venu, («r la graco de Dieu, à sa majorité, il cnlendoit gouverner son royaume par bonnes lois et ordonnances cl désiroil d'estre obéi en roy majeur, comme M. le cliancelier le leur feroil entendre. M. le chancelier, estant allé prendre le commandement du roy, s'assit en sa place ordinaire et fit une harangue très élo<{ttcnte et très élaborée, qu’il prononça fort distinctement. Il parla des moyens qui faisoient subsister le royaume, des actions mémorables du feu roy, qui avoil abattu la faction huguenote, protégé scs alite, estendu les limites de son royaume et pris quantité de villes siu' ses ennemis; que Dieu f ayant retiré au ciel et laissé son fils mineur, la reyne sa mère avoit esté faite régente; que Dieu avoit besni les cinq premières années de sa régence de qrianlité de victoires; que les malheurs et divisions arrivés dans le royaume avoient empesché et aircsté le cours de ses conquesles et une paix avantageuse. Par après, il se mil sur les louanges du roy, de la reyne, du duc d'Anjou et du duc d'Orléans; que l’absence de M. le Prince luy fermoit la bouche; mais il espéroit qu’ayant rendu ses respects et soumissions au roy. Sa Majesté, par sa bienveillance, reconnnistroit les grands services rendus & la France; que le roy, par .sa cléincncc, ell'aceroit de son esprit tout ce qui avoit esté commis contre son autorité, et il finit son discours par l’espénince d’un règne très heureux et que le roy restabliroit le royaume dans son ancienne, splendeur.

M. le premier président Molé parla ensuite , se mil sur les louanges du roy et de la reyne, et des bénédictions remarquables de Dieu d’avoir donné au feu roy Louis des enfans, qu'il n’espéroit point, et autres bous discours avec sa grâce cl sa fermeté ordinaires. La reyne parla ensuite assez bas et dit qu’elle remettoit entre les mains du roy, son fils, le gouvernement du royaume, dont elle avoit eu la régence pendant sa minorité, estant maintenant majeur cl capable de le gouverner. Le roy luy respondit qu’il la rcmci cioit du soin et de la peine qu’elle avoit pris pour le gouvernement de sa personne et de son royaume, cl ajouta qu’elle commanderoit plus que jamais, l’cslablissant chef de son conseil; et ensuite la reyne s’alla humilier et faire la révérence au roy, son fils, qui l’embrassa et la baisa. Le duc d’Anjou en fit autant; le duc d'Orléans, de mesme; le prince de Conly, de mesme; les ducs et pairs d'église, les autres ducs et marcschaiix de France s'inclinèrent tous, demeurant dans leurs places pour marque de leur soumission et fidélité.

D’ANDUÉ D'OKMESSON.

Après, le grcITÎcr de la cour lut trois déclarations tout de suite, signées Sepiemb. i LOUIS, et, plus bas, DsCtédéGACD, en signe de majorité, la première contre les blasphèmes, la seconde contre les duels, la troisième sur l'innocence du prince de Condé', après avoir csclairci Sa Majesté sur tous les points qui luy avoient esté imputés par nn escrit qui avoit esté lu, en présence de I,eurs Majestés, devant les cours souveraines et prévost des marchands de Paris, lequel demeureroit supprimé avec les termes et clauses ordinaires en telles déclarations.

M. Talon, ancien avocat général, assisté de M. Fouquet, procureur général, et de M. du Bignon, son collègue, fit un beau et bon discours, et donna au roy les préceptes qu’il falloit Observer pour bien et beureusement régner, et dit d'abord que le roy n'avoit point bc.soin de déclaration pour sa majorité, estant fait majeur par la loy du royaume; que Dieu avoit establi les roys pour les peuples et non les peuples pour les roys; que les courtisans ne prcsclient aus oreilles des roys que leur puissance absolue, pour profiler et s'enrichir aux despens de leurs pauvres sujets ; laquelle puissance doit estre retenue et limitée dans les bornes de la raison; qu’il faut qu’il ayt pitié des pauvres comme leur père cl soyt le roy des grands pour les retenir dans leur devoir, lesquels d’ordinaire n'ont le service du ixty que sur leurs lèvres et non dans Jours cœurs, et autres discours sérieux, qui furent escoutés avec un grand silence cl attention, et il conclut que, sur le repli des lettres, il fust mis qu’elles avoient esté lues, publiées et rt^istrées, ouy cl ce requérant son procureur général.

Cela fait, M. le chancelier alla, se mettant i genoux, prendre la volonté du roy, puis l'avis de la reyne et des princes du sang ensemble. Il descendit aux présidons de la cour, remonta aux pairs ecclésiastiques, puis aux ducs et pairs et mareschaux de France, puis aux conseillers d'Estat, maistres des requesles et conseillers de la cour. S’estant ensuite remis en sa place, il prononça : o Le roy, séant en son lit de justice, a ordonné et ordonne que,

* Note d'André d’Ormesson :• Le prince de Condé fut déclaré innocent pour le contenter et le ramener à son devoir: mais il n’en csloit pas plus innocent pour cela. Le discours de ses actions et déporlemens , que le roy avoit fait lire au parlement et

au prévost des marchands, estait très séritable en tous ses points, coiimte il pa* roissoit lors et parut encore plus depuis par ses actions et par l’intelligence qu’il a eue avec le roy d’Espagne cl les ennemis du roy, comme le duc de Lorraine, s

EXTRAITS DES MÉMOIRES

ÿ<picnil>. i6!>i. sur le repli des lelires, sera mis qu’elles oui esté lues, publiées et registrées, ouy et ce requérant le procureur général du roy. »

Le roy, la cérémonie faite, se leva et se mit dans le carrosse de la reyno pour s’en retourner au Palais-Royal, par dessus le Pont-Neuf, avec la mesme suite, sinon que le roy estuit venu à cheval avec tous les princes et grands seigneurs de son royaume, parés superbement et très richement, par dessus le pont de Nosire-Damc et le Marché-Neuf, et le peuple le hesnissant avec des acclamations de lïi'C le roy /si universelles, quelles tiroient des lamies des yeux desassistans, le roy, de sa part, saluant les uns et les autres, tenant presque tousjours sou chapeau è la main; ce qui gagnoit les afl'ecüons des peuples. Chacun estima les harangues qui avoient esté faites : celle de M. le chancelier sembloit plus estudiée et élaborée que les deux autres, et ils firent tous fort bien. J'oubliois que les canons tirèrent, pendant que le roy estoit au Palais, en signe d’allégresse et de resjouissancc. Le soir, les lanternes furent mises sur toutes les fenestres, feux de joye par toutes les rues, et tous les habitaus tesmoignèrent une extresme joye de cette majorité.

Nous allasmes reconduire M. le chancelier en son logis, dans son carrosse. 11 estoit content de son action, chacun luy en donnant des louanges qu’il mériloit bien, ayant très bien réussi et contenté toute l'assistance. Mais cette belle harangue n’empescha que le lendemain on ne luy envoya requérir les sceaux par .M. de Guénégaud, pour les donner è .M. Molé, premier président. Le roy osta la surintendance au président de Maisons, pour la redonner au marquis de La Vieuvillc, après vingt-sept ans de destitution. Le roy Cl aussy M. de Chasteauneuf chef de scs conseils et premier ministre, sans en demander l'avis du duc d’Orléans, ny du prince de Condé, qui en tesmoignèrent du mescontentement. M. le chancelier s’en alla dès le lendemain demeurer à Autcuil, et deux jours après revint dans sa maison de Paris, oii il ne voyoil personne, de peur de donner jalousie de luy et d’estre envoyé plus loin.

Nostre roy acheva scs treize ans le mardy 5 septembre 1 65 1 . On attendit au jeudy y, afin qu’il eust accompli les treize ans et un jour.

Fait et escrit è Omie.sson, le jeudy a8 septembre i65i.

Ü'ANORÉ IVORMRSSON.

ESTAT BE LA PBAKCP. EK OCTOBBE |65| Ocit br- 1631.

M. le Prince ne s'estoil pas trouvé à la nnajorité du roy cl s'cstoit retiré à Chantilly et de là à Montrond , disant (pie Ion avoit eu dessein de l'arrester, faisant le malcontcnt de la promotion de MM. de Chasteauneuf,

Mole, premier president, et La Vieuville, sans luy en avoir communiqué . ny au duc d Orléans. Leurs Majestés, par le conseil de leurs premiers ministres, furent A Fontainebleau, et ayant eu des avis certains que ledit sieur avoit traité avec les Espagnols et visoil A faire soulever tout le royaume, sur le prétexte que le cardinal Mazarin gouvernoit encore la cour et que rien ne s’y faisoit que par son ordre, et que la reyiie avoit intention de le faire revenir et rcslablir dans son ancienne autorité. Leurs Majestés allèrent droit A Rourges, où les habitans les reçurent avec allégresse, nonobstant tous les efforts du prince de Conty, et le roy, pour gratifier et rcscomponser la fidélité des babitans, fit abattre la grosse tour de Rourges, qui les tenoit en crainte et perpétuelle sujétion.

Le prince de Conty. la duchesse fie Longueville. M. de Neiiiours. se retirèrent A Montrond et, depuis, se voyant comme investis, iis en sortirent pour se sauver dans Bordeaiu. M. le Prince esloit en Giiienne, dont le gouvernement luy avoit esté donné en la place de celuy de Rourgogne. Il avoit aussy parcouru le Poitou pour attirer les villes et les habitans A son parti, mais il n’y avoit pas encore beaucoup profité. Au contraire, toutes les villes voisines et la noblesse se vinrent offrir au roy et protester de leur fidélité. M. le Prince avoit avec luy et son parti le comte du Doignon, goiivenieur de Rrouage, le duc de I-a Rochefoucauld, le colonel Marsin, qui abandonna laschemcnt la Catalogne, dont le roy l’avoit fait vice-roy. par une félonie insigne et digne d’une grande punition. M. de Longueville estoit dans son gouvernement de Normandie et demeuroit paisible ; esloit malcontent de sa femme et de M. le Prince. Le roy estoit encore dans Rourges, attendant l’issue du siège de Montrond. Il avoit choisi le comte de Harcourt, Henry de Lorraine, pour général de son armée contre M. le Prince; ils se feront bonne guerre, se baissant mortellement, outre la cause géné raie cl la diversité de parti du roy et de M. le Prince.

‘ Afèmoirtj itAnJnf ifOrmesson, f* 5|5 et suiv.

EXTKAITS DES MÉMOIKES

Ociftbrr i6ii. CcUe entrée du roy dans Bourges a este le coup de parti, et sans lequel lerovaurac eniroit dans une grande confusion, et le roy eust fait paroistre sa foiblessc. iM. le duc d'Orléans ne bougeoit de Paris, favorisoit les desseins de M. le Prince et eusl bien désiré de chasser du gouvemcinent cl la rcync et les ministres qui y sont & présent, et ayant reçu une dépesche du roy pour conférer avec M. le Prince, cette dépesche empeseba de présenter une déclaration contre M. le Prince et ceux qui le suivent. Il a envoyé un genlilbotnnie au dit sieur prince pour convenir du lieu de la conférence et des peisonnes qui y seront appelées, dont il attend la response, et ce pendant les cbanibres du parlement ne s'asseinbleut point.

J'oubliois de parler du cardinal Maiariii , qui csluit réduit misérable dans Cologne, haï et détesté généralement de tous les François, qui servoit neanlnioins de prétexte é M. le Prince, comme sy la reyne eust eu intention de le faire revenir en France cl le reslablir en sa première autorité; ce qui estoit sans apparence , veu les choses |>assccs et estât présent des affaires. Je crois néantmoins, comme l'espérance est trompeuse, qu'il s'y attend et demeure à Cologne attendant l'occasion de son retour. La cour est sy friande, que qui en a tasté en a tousjours envie, quelque |>éril qu'il y ayt, et a tousjours meilleure opinion de l'avenir que du passé, tesmoin ceux qui sont maintenant en charge, qui ont esté bien ayses de rentrer.

Or, avant de parler de ceux qui gouvernent maintenant, je veux parler de ceux qui ont cy- devant gouverné et qui ont esté disgraciés cl renvoyés en leurs maisons. M. le chancelier Séguier fut disgracié en septembre 1 65 1 . M. de Chavgny avoit esté disgracié, deux mois auparavant, par la reyne, qui n’ estoit pas contente de luy; il estoit ministre d'Estat et affectionné, comme malcontent , au parti des princes. M. Servien , aussy ministre d'Estat, M. Le Tellier, secrétoire d'Estat, et M. de Lyonne, secrétaire de la reyne, furent disgraciés au mois d'aonst i6Si, à l'instance de M. le Prince, qui les prétendoit créatures et serviteurs du cardinal Mazarin.

Le premier des ministres et ccluy qui conduit maintenant la barque est M. de Chasteauneuf, cy-dcvanl garde des sceaux, homme courageux cl qui a ressenti des fruits bien amers de la cour, ayant esté emprisonné dix ans dans le chasteau d'.Xngoulesme , depuis i633 jusqu'en i643, et tousjours excepté, avec M"” de Chevreuse, de la grâce que le feu roy faisoit a tous ses sujets rebelles de revenir en leurs maisons.

DigiteûJb',"

D’ANDRE D’ORMESSON

M. Molé, premier président et encore meintenant garde des sceaux, encourut i'indignation du roy [Louis XIII] en l’année i6a3, n’ayant pas voulu traiter avec le chancelier de Sillery et le marquis de La Vieuville, en l’absence du roy*; et, en l’année i63i, il fut interdit de sa charge avec un ajournement personnel, dont l’arresl fut signé par M. de Chasteauneuf. lors garde des sceaux, et M. de Lalfemas, maistre des rcquesles, pour avoir pris des conclusions sur le procès du niarcschal de Marillac que l’on faisoit par des commissaires et que le parlement vouloit cmpescher contre l’intention du roy.

M. le marquis de I«a Vieuville, estant surintendant des finances dés l’année i6ï3 et en l’année i6a4. fut emprisonne 4 Saint Germain -en- Laye, au mois de juillet i6a6 et conduit au chasteau d'Amboise. dont il SC sauva descendant avec une corde, et, s’estant depuis retiré en Flandre et en Angleterre, le roy le, fit disgracier de l’ordre du Saint-Esprit, et il fut recherché dans son administration des finances par la chambre de justice. 11 se trouva qu'il estoit innocent et avoit vcscu les mains nettes et n’avoit esté esté de cette charge que par l’envie du cardinal de Richelieu, qui ne vouloit point avoir de compagnon dans son autorité absolue.

Or tous ces trois sont maintenant restahlis dans la plus haute autorité et sont estimés tous trois très dignes des charges qu’ils exercent, et, quand je médite sur ce que j’ay veu cy-devant et ce que je vois maintenant, j’admire les tours et retours de la fortune, c’est-à-dire les effets de la Providence divine, dont nous ne pouvons concevoir et prévoir les suites, tant elles sont extraordinaires et inespérées ! Ce qui me fait voir que tant qu’un homme est en vie, il est en un mouvement qui de haut le renverse en bas et qui de bas le releve en haut II n'y a fin de changement en l'homme que par la mort qui termine le cours de ses bonnes et mauvaises rencontres.

Fait et cscrit le dimanche aa octobre i65i.

' On ne trouve rien sur ce sujet dans les .I/émoirer de Matthieu Molé. 11 n’y est pas question davantap;e, si ce n’est dans une note de l'éditeur, de la tlisgréce du procureur général Matthieu Molé en i03i.

et cependant l’arrêt dont parle Andréd'Ormesson est cité dans les .Mémoires d'Omer Talon f n la ilate du la septembre i63i. 11 est donc impossible de douter de ces faits.

Oclobrr i6Sl.

EXTRAITS DES MÉMOIRES

Noirmli. iCSi. ESTAT DE LA FEASCE AC MOIS DE SOVEUBRE |65|

Ee roy est maintenant dans Poitiers faisant venir  luy une grande partie des troupes qu’il avoit en Flandre cl encore d'autres endroits. Il sera plus fort que M. le Prince, lequel aura mal mesuré ses conseils, croyant que Leurs Majestés ne sortiroient point de Paris, et qu'au seul nom du cardinal Maiarin toute la France se déclareroit pour luy en haync dudit eardinal; qu'il auroit un grand secours du costé des Espagnols et que Paris se brouilleroit en sa faveur. Or tout le contraire est arrive. Le roy est  Poitiers; le nom du cardinal Mazarin a esté jugé n'avoir esté pris que pour prétexte; Paris demeure paisible; le secours des Espagnols est fort chétif et d'ailleurs les lispagnols sont fort mal voulus des Bordclois; tous les peuples se déclarent pour le roy, et les commencemens de la guerre sont très infortunés pour M. le Prince, et, ce qui est admirable, ce qui monstre l'inconstance des esprits françois, le duc de Longueville est demeuré paisible dans son gouvernement de Normandie; le duc de Bouillon et le mareschal de Turenne , qui avuient tenu le parti de M. le Prince dans Bordeaux et dans l'armée des Espagnols, sont demeurés fidèles dans le service du roy. Sa Majesté leur ayant donné toute satisfaction pour la rcscompcnsc de Sedan’ et leurs antres prétentions. M. le duc d'Orléans est demeuré dans Paris, sans tenir aucun conseil, ne pouvant et ne voulant se trouver avec M. le premier président, ny avec le marquis de La Vieuville et ceux qui y avoient esté destinés par le roy. M. de Sauvcbœuf, ancien serviteur de M. le Prince , s'est déclaré contre luy en Guienne; le comte de Grandpré, en Champagne.

M. le Prince est maintenant dans Bordeaux, bien empesché i trouver de l'argent pour ses troupes, et en demandant aux habilans de la ville; ce n'esi pas le moyen de s'y faire aimer, non plus qu'en amenant des Espagnols, fort mai voulus dans la dite ville. I.a pluspart des princes se perdent par leur ambition, et, se croyant plus puissans et plus aimés qu'ils ne sont, ils attirent sur eux la niyne qu'ils préparent pour autruy, et se font haïr par les

' d'Anfin tTOrmesson,

verso.

' C'csl-à-dire, des compensations potii Sedan, qu'on leur avait enlevé.

D’ANDRÉ D'OUMESSON.

peuples, qui sontfoulds à leur sujet par les gens de guerre, et d'ordinaire Nov«mli. i65i. Dieu ne favorise pas leur armée contre leur roy. Il faut espérer que M. le Prince sera réduit à se remettre dans l'obéissance, et qu’ayant reconnu par expérience l’impossibilité de son. dessein, il n'aura, à l’avenir, autre dessein que de servir le roy et d’employer les grands talens qtie Dieu luy a donnés au bien et é la grandeur de Sa Majesté et de son royaume.

Fait ce i6 novembre i65i, à Paris*.

ESTAT DE LA rRANCB EN FEBVRIBK I 65a^. i65ï.

Le roy envoya sa déclaration contre M. le Prince et ceux qui l’avoient suivi (novembre iC5i]; elle fut vérifiée (6 décembte) au parlement, où M. le duc d'Orléans ne se voulut trouver, favorisant ouvertement les armes de M. le Prince. Il arriva qu’au mois de janvier dernier ( i65a), le cardinal Mazarin entra en France avec quatre mille hommes*, commandés par le mareschal d'Hocquincourt, qui fit prisonnier M. Bitaut, conseiller de la cour, qui estoit allé pour luy empescher l’entrée. M. de Genié se sauva.

A cette entrée du cardinal , M. le duc d’Orléans se déclara ouvertement pour M. le Prince, ne pouvant souffrir le cardinal près de Leurs Majestés. M. le duc de Bcaufort alla commander l’armée du dit duc d'Orléans. M. le duc de Nemours vint dans Paris et s’en alla en Flandre pour amener des troupes

' André d'Ormesson a ajouté deux notes : la première est du même temps que le chapitre tout entier-, la seconde est postérieure. Voici la première note : • M. le Prince a beaucoup de grandes qualités cap.ables de luy donner une grande ambi* tion ; grande naissance, grands gouvernemens, quantité de places fortes, quantité de victoires qu'il a gagnées par sa valeur et son courage, grande jeunesse, un esprit prompt et vif, vigilant , diligent et hasardeux et, ju.sques à présent, heureux dans toutes ses entreprises de guerre , prises de villes et autres exploits très signalés et glorieux. Il est malabé de s'arrester en un si

beau chemin; plus ultra. • La seconde note est do 1663 : 1 En ce mois de juillet 1663 , M. le Prince ne bouge d'auprès la personne du roy dans Saint-Gcrmain-en-Layc et va perpétuellement a la chasse avec Sa Majesté, se rend son sujet et est fort porté à toutes les volontés cl plaisirs de Sa Majesté. Il est devenu fort maigre et atténué des grands travaux et des inquiétudes d'esprit qu'il a soufferts cy-devanl. 1

’ Mémoires d'André d’Ormetson,^ 3m.

* Mazarin rentra en Franco dès la ûn de décembre i65i. Il était à Sedan le 36 décembre, passa la Meuse le 3o du même mois et fut reçu dans Rclhcl.

EXTRAITS DES MÉMOIRES

F^rrier i6Si. pour le service des princes, et il estoit è Bruxelles. Le duc de Rohan, gouverneur d'Anjou, se déclara pour les princes et fit révolter la ville d’.Angers, estant niaistre du chastcau.

Le roy reçut i Poitiers le cardinal Mararin avec beaucoup de tesmoignages de bonne volonté, laissa Poitiers et vint à Loiidun. Les serviteurs du dit cardinal retournèrent tous à la cour, .MM. Le Tcllier, Servien, de Lyonne et autres; mais, au inesme temps, M. de Chasteauneuf, chef du conseil, demanda à Leurs Majestés congé de se retirer en sa maison, ayant tousjours esté contraire au retour du dit cardinal et ayant protesté se retirer sy tost qu'il scroit arrivé. Ce qu'il fit généreusement, et il se retira à Tours, n'ayant pas la liberté de venir demeurer à Montrouge.

Maintenant le roy fait assiéger la ville d'Angers par le mareschal d'Hocquincourt. Le conseil des finances est à Tours; la cour, à Saumur, avec M. le garde des sceaux. Le parlement de Paris et le peuple demeurèrent paisibles dans le service du roy; M. le duc d'Orléans, avec quelques jeunes conseillers, voudroit porter la ville de Paris à la révolte, protestant qu'il n'entrera jamais dans le conseil d'en haut avec le dit cardinal et qu'il sortira plusiost du royaume. M. le Prince dit de mesme; il est maintenant en Périgord. Le comte d'IIarcourt, avec son armée, est aux environs de Saumur. La ville de Bordeaux, tou.sjours dans la rébellion; le chastcau de Moniroud, tousjours assiégé. Bellcgarde* tient tousjours pour M. le Prince dans la Bouigognc. Le chastcau de Dijon a esté rendu au duc d'Eispernon . gouverneur de la province. Enfin la guerre civile est fort allumée dans la France. Lc.s peuples njisérables nourrissent toutes ces armées et n'ont point d'argent. Les finances du roy sont prises par tous ceux qui y peuvent niettre la main. Les Espagnols, arrivés au sommet de leurs désirs, de voir les François aux mains les uns contre les autres et estre appelés dans la France par les princes du sang. L'on ne sçauroit deviner quelle issue aura cette guerre, ny pat quel moyen elle s'apaisera. La reyne, ne voulant pas abandonner le cardinal Mazarin, qu'elle a fait revenir contre le gré et la volonté de tous les princes du sang, de tous les parlcmens, de tous les peuples, ne se résoudra jamais d'entrer à Paris sans luy, et ledit cardinal n'y voudra jamais rentrer, estant haï comme il est, sa teste mise à prix i cinquante mille

‘ Bellea*rde, ou Scurre, petite ville du déptrlemeiil de U Càte-d'Or.

Di

D ANDRft D’ORMESSON.

cscus. Quant au roy, aagc seulement de quatorze ans et cinq mois, Ü y téirier i65i. voudra revenir, y estant non seulement aimé, mais adoré, comme je reconnus par les cris d'allégresse des peuples, lors<|u'il alla é cheval au parlement pour sa majorité, accompagné de toute sa noblesse. Il faut cpie Dieu fasse encore quelque miracle à son ordinaire pour délivrer la France des maux et calamités qui la menacent.

ESTAT DE MA CONDITION EN UANS iGSa '. Mlrs i6Sl.

Le mardy 6 mars i65a, relisant dans mes mémoires les dernières journées du mois de febvrier 1 633, il me sembloit, voyant les cbangemens arrivés 3 tous ceux de ma volée, que j'avois les mesmes sentiinens qu'avoit eus autresfois Pline le Jeune’, lorsqu'il dit qu'ayant plaidé une cause devant les cent hommes’, il luy revint en mémoire qu'il y avoit autresfois plaidé estant jeune et qu'il fit réflexion qu'il estoit demeuré seul de sa volée et le dernier de ceux qui avoient lors plaidé, une partie de ses compagnons estant décédée, une autre envoyée en exil, d'autres dans les armées, d'autres réduits dans le silence par les delTauts de la vieillesse, d’autres eslevés par le prince au conseil d'en haull; d'autres, qui s'estoient retirés de bon gré du tracas des affaires publiques, jouissoient d'un grand repos et d'une heureuse tranquillité. Aiiisy je remarquois que M. Bouthillier, qui estoit surintendant avec M. de Bullion, à la disgrâce de M. de Chasleauneuf, garde des sceaux, qui fut envoyé prisonnier à Angoulesme, le aS février i633, et qui s’attendoit à le remplacer, estoit maintenant malade é extrémité dans cette ville, sans espérance d'en relever. M. Talon, qui croyoil y avoir hoime part, est décédé. l,es anciens conseillers d'Estat en furent frustrés, comme les presidens de la cour, sçavoir MM. Le Jay, de Rcllièvrc, de Mesmes, n'y purent arriver. L y eut quelques bruits sourds pour mon regard, qui n'en avois ny aucune espérance, ny aucun désir, encore moins d'apparence , n’ayant point d'intelligence particulière avec le cardinal de Richelieu, qui avoit toute fautorité et choisit pour succéder à cette charge le président Séguier, aagé de quarante-quatre ans, très capable de cette éminente charge et qui avoit

' M^nwins ttAttdr^ ctOnMiion, f* 3a2 • Devant le tribunal des cealiuin’trs, qui

recto. était cliargé de juger les affaires que le

’ Épitre «IV du IV" livre. prêteur renvoyait à son ei-uiien

EXTRAITS DES MÉMOIRES

Mm i6Si. deux filles très riches, par le moyen desquelles il [le cardinal] pouvoit enrichir quelqu'un de ses parens, comme il fit, quelque temps après, mariant le marquis de Coastin avec la fille aisnée dudit sieur garde des sceaux, pour s’asseurcr de son affection par cette alliance.

Pour le regard dudit sieur de Chasleauneuf, après avoir esté restabli en sa charge et encore depuis faict et constitué chef du conseil du roy, en l'absence du cardinal Maxarin, il s'est retiré luy-mesme de la cour au retour dudit cardinal, et demeure maintenant i Tours, dans le cloistre Saint- Galien, comme un homme parlictdier.

Le chancelier, de son costé, est maintenant sans sceaux et sans employ, demeurant en son hostel è Paris, bien aimé de M. le duc d'Orléans, les sceaux luy ayant esté ostes le 8 septembre dernier, pour les donner à M. Molé, premier président, qui est maintenant exerçant cette charge près du roy, dans la ville de Saumur.

Le marquis de La \'ieuville, ayant esté restabli dans la surintendance des finances aussy le 8 septembre dernier, est à Tours exerçant cette charge avec les intendans.

Pour mon regard, J'ay grand sujet de remercier le bon Dieu de tant de grâces qu'il m’a faites, de m’avoir préservé de cette éminente charge de laquelle je ne me sentois pas capable, estant trop tendre aux offenses. Je me delliois de mes forces et de pouvoir résister aux tentations de la cour par les menaces et les présens. Ma conscience ne m'cusl pas permis de vivre content dans la cour, et la cour ne m’eus! pas permis de conserver ma conscience entière :

Exeal aula

Qui voit esse pius

Heu ! fuge litlus avarum'.

Je me trouve le troisième du conseil maintenant, conseiller d'Estat d'honneur au parlement, ayant atteint au plus haut de toutes mes prétentions, et y estant arrivé par degrés, je jouis de ma dignité avec repos, et, ayant employé mes premières et secondes années dans les affaires du conseil, je dois avec raison employer le reste de mon aage pour moy, c'est-àdire pour mon salut et faire une heureuse fin et une heureuse closturc à ma

' Heat fu^ cradela trrm, fag:c Ültus «varnm.

(rfW. ni. AA.)

D’ANDRÉ D’ORMESSON

vie, estant aagé de soixante et quinze ans, retirer mes affections du monde Man> i65i. et de la terre , et songer au lieu où il faut aborder avec la grâce de Dieu.

Fait à Paris, cc 6 mars i65a , relu le samedy 29 juillet 1662, aagé de quatre-vingt-cinq ans passés.

ESTAT DE LA FRANCE AU 4 JUIN |6$2 Jaill 16S3.

Le roy estoit à Melun avec la reyne, le duc d’Anjou son frère, le cardinal Mazarin, et n’osoit entrer dans Paris à cause de la liayne gcnémle que l’on portoit au cardinal. Il avoit pour son conseil le prince Thomas, le duc de Bouillon, le garde des sceaux Mole, le marquis de La Vieuville, les marescliaux de Villeroy et du Plessis, MM. Servien et Le Tellicr. L’armée du roy, commandée par le marcsclialdeTurenne, assiégeoit Estampes, dans lequel estoient enfermées les troupes des princes. M. le duc d’Orléans et M. le Prince estoient à Paris avec MM. de Nemours et de Beaufort, le duc de Rohan et autres seigneurs de leur suite. Le duc de Lorraine y estoit arrivé depuis trois jours, reçu avec allégresse par les habitans, comme venant se joindre aux princes pour chasser le cardinal Mazarin. Il avoit laissé son armée aux environs de Dammartin et de Lagny. Il estoit logé dans le palais d’Orléans avec son beau-frère et sa sœur. On ne sçavoit point son dessein et de quel costé il tourneroit ou du roy ou des princes; il tournoit tout en raillerie*. Messieurs de Nesmond et de Maisons, présidens du parlement, estoient â Melun pour faire leurs rcmonstrances au roy sur l’esloignement du cardinal Mazarin. On gardoit tousjours les portes de la ville de Paris.

1..C duc de Lorraine alloit au cours avec M*’* de Chevreusc et l’on y voyoit autant de carrosses qu’en pleine paix, encore que les années du roy, des princes et du duc de Lorraine eussent pillé et ravagé tous les lieux par où elles avoienl passé, n’estant point du tout payées. L’on disait que le prince de Coudé et le duc de Ijorraine ne s’aimoient point. Il y avoit jalousie et contention pour la préséance. Le parti du duc d’Orléans estoit composé du duc de Lorraine, son beau-frère, de la maison de Guyse, de M“' de Che-

’ Mémoiivs d'André d'Ormesson, t° ’ Comparez les Mémoires de Mademoi-

selle, à l'année iG.âa.

verso.

D’ANDUIC U’ÜUMESSÜN.

encore Dunkerque. Le parlement donnoit des arrests contre le cardinal Juin i65>. Maiarin, lequel empeselioit le roy de rentrer dans Paris.

Dans ce désordre, auquel il estoit difTicile de remédier, le prévost des marcliands demanda à Messieui's de Nostre-Danie , et ensuite aux religieux cl ahbé de Sainte-Geneviève, la descente de sa cliâssc, pour obtenir, par son intercession , la fin des ruvncs et niisèrcs de la guerre civile , puis se présenta au parlement, qui donna le jour de la cérémonie au i3 juin, feste de saint Barnabe. V'oicy l'ordre qui y fut tenu :

Les religieux de Sainte-Geneviève, ayant jensné trois jours et fait les prières ordonnées, descendirent la rliâsse ledit jour du mardy i3 juin, à une heure après minuit. I,e lieutenant civil d'Aubray, le lieutenant criminel, le lieutenant particulier et le procureur du roy la prirent en leur garde. Les quatre mendians marclioient les premiers, s^avoir : les Cordeliers, les jacobins, les augustins et les cannes, et puis les sept paroisses filles de Nostre-Dame*, avec leurs bannières. Puis furent portées les châsses de saint Paient, saint Magloirc, saint Médéric, saint Landry, sainte .Avoye, sainte Opportune et autres reliquaires; puis la châsse de saint Marcel , évesqiic de Paris, qui fut portée par les orfèvres. Celle de sainte Geneviève fut portée par des bourgeois de Paris, auxquels cet honneur appartient.

.A l'entour et â la suite d'icelle estoient les officiers du Cbastelet, qui l'avoient eu garde. Le clergé de Nostre-Dame marebuil â gauche; l'abbé de Sainte -Geneviève avoit la droite et marchoit les pieds nus, comme tous les religieux de Sainte-Geneviève. Ceux qui portoient la châsse de sainte Geneviève estoient aussy pieds nus. M. i’archevesque de Paris estoit assis dans une chaire à cause de son indisposition , avoit â costé de luy ledit sieur abbé, et donnoient tous deux des bénédictions au peuple. Le parlement suivoit après, oit estoient les présidens Le Bailleul, de Nesmond, de Maisons. d'Irval et Le Coigneux. Le marescbal de L’Hospital, gouverneur de Paris, marchoit entre les deux premiers présidens. MM. de Vertamon, Villarccaux-Mangot, Laffemas et Montmort, maistres des requestes, et puis les conseillers de la cour en grand nombre; les gens du roy, MM. Talon,

Fouquet et Du Bignon; après eux, la chambre des comptes, â costé du par-

‘ (æs paroisses étalent Saint- Mcrry, le Saint -Sépulcre, Saint-Benoît cl Saint- Étienne-des-Gres (a grwti^at}, dites Jîi/ej

dt Notre-Dame; Saint-Marcel, Saint-Honoré et Sainte-Opportune, appelées Jitlee de r arvhevêchd.

66fl FXTHMTS DF, S MEMOIRES

Juin i8S>. lemcnt, de sorte que deux présidens des comptes estoient in costé de deux présidons de la cour, et ensuite tous de mesme. Par après uiarclioit la cour des aydes au costé droit. MM. Amciot et Dorieux, présidens; le prévost des marcliands, M. Le P'eron, conseiller de la cour, avec sa robe my parlie, avec les csclievins et conseil de ville, au costé gauche.

L’on dit que M. le duc d'Orléans et M. le Prince estoient ensemble vers le petit Cbastelet'. L'on ne vil jamais tant de peuple : les fenestres remplies de gens d'honneur, et celte procession fut faite en grande dévotion cl gi-and respect. La châsse de Monsieur saint .Marcel estait très belle et très riche; celle de sainte Geneviève Testait encore plus, y ayant de grosses perles, rubis et esmeraudes en grande quantité , qui avoient esté donnés par la feue rcyne Marie de Médicis.

Fait et escrit à Paris. Tapresdi.snée dudit jour saint Bamabé ( 1 3 juin I 65a.)

Juilln 16S3. 8STST UE U FBAKCE I.E VE.NDRED» 36 JCIU.ET l65î*.

Le roy, la rcyne, le duc d'Anjou et la cour estoient à Pontoise avec le cardinal Mazarin, qui ne vouluit pas quitter la cour et n’osoit pas entrer dans Paris â cause de la bayne publique et parce que sa teste avoil esté mise â |>rix à cinquante mille esctis.

M. le duc d'Orléans, le prince de Condé, le duc de Beauforl, le duc de Nemours et leurs suirans estaient dans Paris, leur armée, réduite k deux mille hommes, dans les faubourgs et aux environs de Paris*. Le parlement avoit prié M. le duc d'Orléans de reprendre la qualité de lieutenant général , M. le Prince le commandement des armées sous son autorité, pour chasser le cardinal Mazarin hors le royaume.

L’armée des Espagnols avoit pris Chauny on Picardie et esloit aux environs de Soissons; elle estait commandée par le comte de Fucnsaldagne, l’archiduc Léopold estant demeuré dans Bnwclles. L’armée du roy, commandée par le mareschal de Turenne, estoit aux environs de Compiègne.

Le comte d'Iiarcourt estait en Guienne pour remettre la province et la

' Cf. M"' de .Muuevillc (année i65a). ’ L'armée des princes avait été vaincue

* Mémoires d'André d'Ormesson, P-3a8 par les troupes royales au combat de la

recto porte Saint. Antoine (a juillet i65a).

Digiti^xi by Clooglc

D'ANÜRÉ Ü'OUMESSON.

ville de Bordeaux en l’obéissance du roj. Le prince de Cunlj et M“ de Juillet i65> Loii^cvillc estoient dans Bordeaux; mais rOrmée, composée du peuple, y avoit pris le dessus du parlement et du prince.

Iæ conseil estroit ilu roy estoit composé de la reyne, du cardinal Mararin, du duc de Bouillon, de M. Molé, premier président et garde des sceaux, du marquis de Ea Vieuvillc, surintendant des finances, et de M. de .Senneterre.

Auprès des princes, dans Paris, estoient le chancelier, le président de Maisons, M. de Cbavigny et autres aU'ectionués à leur service, dont ils vouloicnt composer un conseil.

Les présidens de Bailleiil, d'Irval, de Novion, Le Coigneiu et M. Fouquet, procureur général, estoient sortis de Paris de peur d'estre assassinés.

Le président de Nesmoiid tenoil le parlement. Le marcsc.hal de fUospital, gouverneur de Paris, estant sorti, M. le duc de Beaufort faisoit la fonction de gouverneur. M. de Brousscl, conseiller de la cour, fut fait prévost des marchands, en la place de .M. Le Feron, conseiller des requestes du Palais, sorti aussy de Paris, de crainte d’estre assassiné.

Les princes avoient establi leur autorité dans Paris par ta violence, ayant fait tirer sur les présidens de la cour, à la sortie du Palais, le aS juin dernier; ce qui les fit sortir de Paris; et puis les princes ayant voulu faire assassiner quelques olFiriers et bourgeois assemblés dans l’hostel-de- ville de Paris, le à juillet*, personne n’a osé s'opposer i leurs volontés. Ils commandent dans Paris comme il leur plaist, ayant pour prétexte la bayne que l’on y porte el par toute la France au cardinal Mazarin, lequel Leurs M;ijestés veulent retenir, croyant le devoir faire pour leur seureté et autorité.

Les princes, au contraire, veulent qu’il sorte du royaume. Ainsy nous voilà dans la guerre civile, qui ne peut estre apaisée que par la bonté de Dieu et par quelque miracle que tous les bons François attendent de sa miséri-

trouvera des détails sur le massacre de l'Holel-de-Ville dans les Mémoires de Conrart et de Madetnoisciie de Munlpensier,el dans les flttjûtrel tU tlldtel de-Vittede Paris ptndaai la Fronde. André d'Ormesson revient plus loin sur ces événements. {Voy.

' Dans un aulre passage de ses Mémoires, P âxd recto, André d’Ormesson parie avec une juste indignation de ce massacre de rilàtcl-de. Ville, s on les princes eurent ta volonté de tuer et bruster trois cents bourgeois enfermés dedans , pour ce qu'ils ne vouloicnt pas signer l’édit d’imion avec eus contre le roy. s On

Joillei if.jj. corde ordinaire, par laquelle il a tousjours sauviS la France des mauvaises intentions de ceux qui la vouloient perdre et ruiner.

Fait ce sanicdy ay juillet iG5l, à Paris.

October i6,i3.

ESTAT DE LA fHASCE LE a4 OCTOBBE l65a

Le roy, la rcyne, le duc d'Anjou et tout le reste de la cour estoient rentras dans Paris, le a i octobre, avec les acclamations et cris de Fn»’ le ny de tout le peuple, qui respiroit le retour de Sa Majesté d'une très grande alTeclion, conmie le seul moyen de pouvoir vivre et subsister après tant de calamités. M. le duc d'Orléans sortit de Paris pour se rendre à Limours dès le lendemam de grand matin, le roy l'ayant menacé de l'aller trouver avec son régiment des gardes. M. le Prince estoit parti de Paris dix ou douze jours auparavant avec son armée et celle du duc de Lorraine, voyant les inclinations des Parisiens tourner du coslé du roy. Le marcscbal de Tureimc coniinandoit t'armée du roy, qui estoit encore vers Seuils et Chantilly; celle de M. le Prince, vers Soissons.

Le roy, le lendemain de son entrée, tint son parlement dans la galerie des peintures du Louvre, où il fit vérifier, en sa présence, l'amnistie générale, la réunion des deux parlcinens de Paris et de Pontoise*; le bannissement de dix ou duuze officiers du parlement de Paru, deffenses audit parlement de s'assembler et de se mcsicr des aOTaircs d'Estat et des finances sans la permission du roy, deffenses de se mettre au service des princes et de prendre pension d'eux, injonction aux grands de venir rcndie leurs devoirs au roy dans trois jours. Quelques dames furent bannies*.

La Dastille fut remise dès le lendemain entre les mains du roy, par le sieur de La Louvière, fils de M. de Brousscl, conseiller de la grand'cliambre. La chambre des comptes, la cour des aydes, les requestes de l'hostel, transférées à Pontoise par lettres patentes, furent restablics dans Paris; le grand conseil, qui estoit i Mantes, fut aussy restabli dans Paris.

Les affaires des Elspagnols avoient prospéré en Flandre et en Italie pen-

' Afémûiret d'André d'Ormeuon, r 33 y recto.

' Le parlement avait été tranféré à Pontoise. (Voyez rintroduction en tête d u

tome II du Journal d'Olivier d'Ormerton,) ’ Voy. dans les .Wémoirez de Madenwitelle ^ à raniiéc i6èa, tes noms de pinsieurs des dames qui furent exilées.

D’ANDRÉ D’ORMESSON

dant nos divisions. Les gardes des portes furent levées dès le lendemain (jue üciubrc ifiâi le mareschal de l'Hospital et M. Le t'eron, prèvost des niarcliands, furent revenus à Paris avec les colonels.

Paris connneneoit à respirer. Les environs à dix lieues avoient esté pillés, saccagés et ruinés entièrement par les armées, qui n'en avoient bougé pendant huit mois. Les voleurs et les coureurs pilloient encore et euipeschoient de labourer les terres, crainte de perdre les chevaux.

Ce retour du roy est miraculeux et un ouvrage de nostre bon Dieu , qui ne pouvoit estre attendu ny espéré, selon les discours de la prudence humaine; car ceux qui gouvernoient l'esprit de Leurs Majestés, despendant enbèrement des bonnes grâces du cardinal Mazarin, retiré è Sedan ou à Bouillon, ne désiroient pas que Leurs Majestés entrassent dans Paris, le cardinal n'osant y entrer et voulant tousjours gouverner la cour. Le duc d'Orléans et le prince de Condé, le duc de Bcaiifort et autres grands de leur parti faisoient tous leurs ell'orts avec le parlement <le Paris pour y es tablir leur puissance et en bannir le roy. Néantmoins, Dieu ayant inspiré % dans l'esprit de tous les peuples de Paris un désir du retour du roy, les

peuples l'ont emporté contre les intentions des ministres d'Estat estant près de Leurs Majestés, contre l’iutention des. princes et de tous leurs adhérens.

Ce qui nous fait reconnoistre la bonté de Dieu, qui s'est laissé lleschir aux , ^ prières de M'"* sainte Geneviève, dont la châsse avoit esté descendue au

mois de juin, et de quantité de bonnes âmes qui sont dans Paris, qui ont obtenu cette grâce que l’on n'avoit deu ny attendre, ny es|iérer des honimcs qui n’ont que leurs intérests en recommandation et n’ont aucun soucy ny désir du bien du roy ny de son royaume.

Fait i Palis, ccjeudy mahn là octobre i65i.

MALHKUHS DBS GUCKaES CIVILES

Relisant mes observations sur l'histoire du sieur de Castclnau-Mauvissicre^ où j’avois remarqué la différence des guerres estrangères et des guerres civiles, je trouvois que j’avois eu tout loisir de délester les guerres civiles, en

* .\Umoint d'AnJr^ J'Ornujjon, P lAo, nau, sieur de Mauvisaicre, qui s'éteudenl

* Les Mémoires de Michel do Castel- de iSà" » 1670.

EXTR.MTS DES MÉMOIRES

Octobre ir>5i. avant ressenti les misères pendant les années 16/49, suivantes, où

nous avons veu Paris se révoiter contre te roy ; ies estrangers, Allemands et Lorrains, ravager les environs de Paris et estre les bien-venus dans Paris; le duc d’Orléans et le prince de Coudé, les ayant fait entrer en France pour faire la guerre à leur roy, gourmander le parlement, et vouloir bl’uslcr l'hostcl-de-ville et trois cens habitaiis qui y estoient assemblés; le duc de Lorraine estre bien reçu dans Paris, son année aux environs pour les princes. [Nous avons veu] donner une bataille dans le faubourg Saint-Antoine, tirer le canon de Paris sur les troupes du roy ; bref, nous avons reconnu, par expérience, cette calamité publique qui a ruiné tous les villages à dix lieues ù la ronde de Paris, qui a fait mourir de misère les deux tiers des paysans et laissé les terres incultes. Ces malheurs n'ont cessé que par le retour et l'entrée du roy dans Paris, au mois d’octobre i65a.

.\t»i i(i53. ARREST Dl CO.VSEIL D'EN HACT' (-2 MAI I 653).

Le roy voulant estre pleinement informé des droits de M. le chancelier et de M. le garde des sceaux®, sur ies dilîérends qui sont entre eux pour raison de la fonction de leurs charges, l'intention de Sa Majesté est qu'ils mettent ès mains des sieurs comte de Bricnne, conseiller secrétaire d'Estat et des coinmandemens de Sa Majesté, d'Ormesson et de La Marguerie, conseillers ordinaires au conseil d'Estat, chacun un mémoire raisonné de leurs prétentions, avec les pièces dont ils se voudront servir, pour la justification d'icelles, pour, au rapport desdils sieurs commissaires, estre pourveu, par Sa Majesté, sur ces différends, ainsy qu’elle estimera raisonnable, et ce pendant, jusques à ce qu’ils aient esté réglés, Sa Majesté désii'e que M. le chancelier commette et subroge des rapporteurs aux procès et instances, et reçoive le sennent des conseillers d'Estat, et que M. le garde des sceaux continue de recevoir les foy et hommage et à jouir du droit annuel des avocats dudit conseil, sans que lesdites jouissances, ny celles que M. le garde des sceaux a eues, depuis que M. le chancelier a esté rappelé par Sa Majesté près sa personne, puissent faire aucun préjudice aux droits des charges de mesdits sieurs le chancelier et garde des sceaux.

‘ Mémoires d'André d'Ormesson, f* 3.35 ‘ Le cliancelier était toujours Pierre

recto. Sépiicr. et le garde des sceaux Mottli.MoIé.

Ü'ANDRK D ORMESSON. 671

Fait au conjeil d'Eslat du roy, tonu à Fontainebleau, Sa Majesté y estant. Mai if,a3. le a mai i653. Signé LOUIS; plus bas. dk GvÉüécACD.

Depuis net arrest, M. le cbancelier a commis et reçu le serment des conseillers d'Eslat; CO qu'il ne l'aisoit pas auparavant. M. le garde des sceaiu y a obéi et aucun des deux n'n demandé le jugement définitif, de peur d'eiiipirer sa condition, lesmoignant estre malcontent de la provision. Ce que je préjugeai d'abord, et que nous n'aurions pas fbonneur de faire rapport de leurs din'érends devant Sa Majesté. J'ay néantmoins esté curieux de faire une copie de cet arrest d'en haut , pour ce que ce m'a esté un grand bonneur d'avoir esté choisi par sadite Majesté pour avoir esté un des juges et rapporteurs d'un difl'érend de sy grande importance entre les deux premières personnes du conseil de Sa Majesté. M. le comte de Rrieime y est nommé devant inoy contre son intention, ayant déclaré qu'il m'avoit tousjours cédé la préséance et devoil me la céder, et il n'y a esté mis que par l’adresse des autres secrétaires d’Estat, qui prétendent précéder tous les conseillers d'Estal. Ce que les conseillers d'Estat ne voudront jamais soulfrir.

J’ay transcrit ce que dessus le jour de la Madeleine, a juillet i6ô3.

J'oubliois qu'en cette saison le cardinal Maxarin avoit toute l'autorité et plus glande que jamais. M. le chancelier fut commis pour interroger M. de Croissy-Fouquet * et reprit son intelligence et familiarité avec ledit sieur cardinal , et. en ayant esté asseuré, il entreprit sa dispute pour les commiltitur du conseil*, lorsque M. le garde des sceaux eut résigné sa charge de pre roier président à M. de Bellièvre, et, comme ledit chancelier est sage et sçait endurer, jamais il n’osa attaquer l’escannouebc pendant que .\l. le garde des sceaux estoit premier président. Le cardinal eust eu crainte qu'il ne s’en fust ressenti dans sa place de premier président, très import, inte. Maintenant qu'il en est dés;irmé, on a moins de crainte de l’offenser. Il a deii ressentir cette touche franche et rceonnoistre que son autorité en est diminuée et celle de M. le chancelier augmentée, le garde des sceaux n'osant plus quasy parler, M. le chancelier prenant la parole sur toutes les alTaire.s qui se présentent et les ré.solvanl , ayant l'esprit fort prompt, la parole fort aysée et e.stant très entendu en toutes sortes de matières, ayant dcsjà exercé

* Conseiller au parlement de Paris, ac- * C'est àdire pour tes coniraissioiu dori-

cusé d'avoir tramé un complot contre le nées aux conseillers d'État. cartiinal Maiarin.

EXTRAITS DES MEMUIRES

Mai i653. celte charge pondant vingt ans. Je les estime tons deux malheureux et malcontcns dans ^■excrci^e de leurs charges, l’un ayant un compagnon, l’antre un supérieur, ayant tous deux accousiuiné d'estrc tout seuls et de n’estre point contrôles en leurs actions.

Jiiillel 1653. ESTAT DE LA TRASCE LE «lARDV 8 Jl'ILLET |C53'.

En ce temps, le roy, la rcync, le duc d'Anjou, toute la cour, tout le conseil csloient dans Paris, la ville fort paisible et obéissante à Sa Majesté, laquelle, pour faire connoistre au peuple de ladite ville combien il esloil plus heureux sous le commandement de son prince légitime qu'il n'estoit sous la violente domination des princes rebelles et révoltés, voulut qu'il fust fait un feu de joye, le 4 de ce mois de juillet, devant rhosicl-de-ville, auquel elle assista avec toute la cour, pour l'opposer au 4 du mesnie mois de l'année précédente, que les princes, poussés d’un pernicieux dessein, firent mettre le feu dans l'hostel-de-ville et firent massacrer quantité de gens d'honneur pour ce qu'ils ne vouloient pas se joindre avec eux contre le service et l'obéissance qu'Us dévoient au roy. A ce dernier feu ce n'estoit qu’allégrcsse, cris de Vire U rcy, lequel, par une grande bienveillance qu'il tesmoignoit 4 tous ces peuples assemblés, leur jeta de sa main quantité de rnonnoye d'or et d'argent; ce qui allumoit encore l’alFection des peuples à Sa Majesté, au lieu que les princes brusioient l'hostel-de-ville et respandoient le sang innocent des meilleurs citoyens.

Leduc d’Orléans estoit, demeurant dans la ville de Blois avec sa femme et ses quatre filles’, fort mesprisé de tous les François. On luy payoit ses pensions. Il estoit fort seul et solitaire, n'osoit demander son retour 4 la cour, et la cour ne le désiroit point aussy, croyant mieux conduire le royaume en son absence qu’en sa présence, et il cust esté honteux 4 luy de céder au cardinal Mazarin, lequel il avoit tousjours détesté.

M. le Prince estoit en Flandre avec l’archiduc Léopold et le duc de Lor-

' Mémoires J' André il'Ormeuon, P 333 verso.

* Gaston d’Orléans n'avait ordinairement près de lui que ses trois tilles du second lit. M''" d'Orléans, de Valois et

d’Alençon. Quant à M‘^' de Montpensicr.

elle habitait presque toujours Saint Fargeau; cependant elle vint plusieurs fois à Blois. (Voy. les Mémoires de .Af'* de Mont pantter, à l’année t653 et années suis.)

D ANDRE D’ORMESSON

raine, se préparant k faire la gncrre avec eux contre la France, prenant Juillei i653. pensions et appointcmens du roy d'Espagne, ne tirant plus rien de son revenu de France, lequel estoit administré par les sieurs de Laffemas et d'Orgeval.

L'armée du roy, que l’on opjrosoit k celle des Espagnols, estoit commandée par les inarcschaux de Turenne et de La Ferté, et estoit sur les frontières de Champagne, aux environs de Rcthel et de Sainte-Meneliould.

La ville de Bordeaux estoit encore dans la rébellion, recevant son secours et sa subsislancc des Espagnols. Dans ladite ville estoient le prince de Conty,

M"" la Princesse, la duchesse de Longueville, assistés du colonel Marsin, du colonel Raltliaxar, du comte de Maure et de quelques autres François. Le duc de Vendosme estoit aux environs avec son armée navale; le duc de lai Valette y estoit nussy, avec «me armée, pour réduire cette ville dans l'obéissance du roy. Il s’estoil eslcvé k Bordeaux une faction appelée l'Ormée, qui avoit pris le dessus du prince et du parlement. Le parlement avoit perdu toute son autorité et estoit justement rescompensé de sa révolte contre le roy, en faveur de princes qui l’ont ruiné. Un parlement n’a nulle force quand il SC sépare de l’obéissance du roy et qu'il n’est plus fortifié de son autorité et de cet esprit royal et vital qui l’anime.

L’on tenoit que les Catalans estoient plus animés contre les Elspagnols qu'ils n’avoient c.sté. et leur coupoient la gorge, lorsqu'ils les Irouvoient é fescart. Les Espagnols avoient levé le siège de. Roic. Le roy y envoyoit le marcschal d'Hocquiiicouit, avec une année, pour assister et fortifier les habitaiis.

Le conseil du roy travailloit à l’ordinaire sous M. le chancelier et M. le garde des sceaux. M.\L Servien et Fouquel, procureur général, estoient surintendans des finances. M. d'IIervart, intendant, avoit leur confidence et l’espargne. Il y avoit huit intendans, Mauroy, Tillier, Bordier, Foulé, de Bordeaux, Gargan, d'IIervart et Marin.

L’on ne parloit é Paris que de resjouissances. L’on rcmcubloit toutes les maisons des environs de Paris. On réparoit les niyncs de la guenc civile; mais l'on ne trouvoit personne aux champs pour travailler. Les deux tiers des gens de village des environs de Paris estoient moiis de maladie, de nécessité et de misère.

Les dames de haute condition se promenoient aux environs, se faisoient 11. 85

Juillet i653. traiter magnifiquement, estoient superbement part'es, moiulaines et ne se souciolent plus des misères passées.

Il n'y avoit point d'ai'gent à fespargne et il estoit malaisé d'y en mettre, les fermes du roy estant chaînées de rentes et de despenses, le peupb^ dans la nécessité, le parlement contmirc aux édits et créations de nouveaux oiriecs.

M. le cardinal Mazarin estoit plus puissant que jamais et avait tout pou* voir auprès de Leurs Majestés. Tous les principaux ministres esloient mis de sa main et estoient dans sa confidence. Il disposoil de tout.

Il y avoit neuf ou dix conseillers de la cour disgi'aciés et bannis de Paris. Le parlement insistoit lousjours pour les faire revenir et rentrer dans l'exercice de leurs charges. MM. Fouquel de Croissy, Courlin, niaistre des requestes, Ilaixlier, sieur de Vigneuil, estoient tousjours prisonniers dans le bois de Vincennes. Ils avoient esté interrogés et les tesmoins à eux confrontés par M. le chancelier, M. de Bcllièvre, premier président, et MM. Dotijat et Sevin. Mais on ne les jugeoit point encore au parlement. On n’en sçavoit pas la cause.

Pour contenter les grands, le roy avoit érigé force duchés nouvelles et fait quantité de nouveaux mareschaux do France pour satisfaire leur ambition et les retenir dans leur devoir.

Le conseil d'en haut estoit rempli de beaucoup de grands seigneurs, sçavoir le chancelier, le garde des sceaux, les deux surintendans, le cardinal Mauiriii, le duc de Guyse, le duc de Longueville, prince Thomas, duc d'Klbeuf, les secrétaires d’Kstat (comte de Bricnne. !>a VrilUère, Le Tellier et de Guénégaud], les mareschaux Du Plessis, de L'Hospital , do Villeroy, de Grammont, de Sennelerrc, d'Estrées, de Turenne, M. le duc d'Orléans, M. le Piince, M. le prince de Conty, le duc de Vendosmo et la rcync, qui doit estre nommée la première L

' Note d'AndK* ifOrmeRson, r 334 verso : ■ En ce ctrnscU «fen haut , tous »e teuoient debout pour csviler les disputes pour le rang et U séance, n'j ayant que les princes du sang donl le rang soit sans dispute, tous les autres princes leur cédant, niais se disputant le rang les uns

aux autres à cause de leurs diverses pré* tentions, lesquels différend» ne seront jamais juges, les roys ne voulant point les offenser sur ce point d'honneur, dont ils sont fort sensibles, cl d'ailleurs il est de fintérest du roy de ne le point décider, pour M que, ne se pouvant accorder, ils

IVAN DRE D ORMESSON

Le blé et le vin e.stoient à bon marché. Il y avait abondance de toutes JuîHet i6à3. sortes de marchandises sur les )K>rts, et l'année proiuettoit encore quantité de blés et quantité de vins. Ainsy le bon Dieu, après avoir nflligé Patis et les environs, luy redonne maintenant la paix et le calme; il iuy redonne abondance après misère et nécessité. Ce sont des cfTets de la boulé de Dieu, des prières de M“* sainte Geneviève et de nouveaux miracles que Dieu a opérés de nos jours, pour nous monsirer que les vents et les tempestes iuy obéissent. Car les pnidens cl avisés ne se pouvoient promellre et n’eussent osé espérer l'année passée, au mois de juillet, la prospérité, le calme et l'abondance dont jouit Paris maintenant.

Fait et escrit le mardy 8 juillet i653.

ESTAT DE LA rRASCR LE l6 OCTOBRE l653*. Ociobr-» i655.

Le roy, la reyne et M. le duc d'Anjou estoient dans la ville de Soissons.

Le cardinal Mazarin estoit auprès du roy en plus grande autorité cpic jamais;

M. le duc d’OrlcaiLs réduit dans RIois et Orléans, terres de son apanage, avec madame sa femme et ses filles, sans oser venir à la cour ny à Paris.

M. le prince de Coudé estoit dans la ville de Rocroy, qu'il avoil prise*, avec

demeurent, ou foible», ou dans l'obéis- lation y est demeurée tout entière. Les Mnce de Sa Majesté. Ln jour, le feu roy maisons des princes qui sont maintenant

Louis Xlll dit tout haut, il y a environ en France consistent en la maison de Sa-

vingt ans, qu'il les vouloil régler par voye. la maison d'Oriéatis de Lungue-

raiiliquitè de leur aago. et que les ]dus ville, la maison d’Orléans fort peuplée,

aagés marcheroient les premiers (ce que la maison de Vendosme, la maison du duc

j'ay ouy moy mesnie, eslanl lors auprès d'Angoulcsme tout seul, le marquis de

deSaMajesté]; et, cefoisant, quelccomte Veriteuil tout seul. U n*y a plus de prince»

deSaint-Paul marrheruit le premier, M. de dcGunzague-Nevcrn on France, ce» princes

Nemours le second, M. de Guysc le troi- esLvnl devenus ducs de Mantnue. Fait ce

sième; ainsy tous les autres princes, selon samedy ta juillet i653. >

leurs sages. M. le duc de Longueville n'y ' .Wt'/woimtT/lni/nrfd’Ormriiflrt, P 336.

voulut pa» obéir, estant Ion le plus jeune • On composa sur le siège do Bocroy,

de tous les princes, et eust marché tout par Condé, les vers suivants que je trouve

le dernier. Mais il auroit maintenant re- dans les Mémoirf4 d'André d'Ormttton,

pris tout son avantage, estant le plus aagé P 335 verso : de ceux qui yi.enl «ujourd'huy, Aiii»y ce

règloroent n'a point eu lieu, et la conte*- FbI adEsiie Vimét cbmiwc.

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