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EXTRAITS DES MEMOIRES
Octobre i653. madame sa femme et M. !e duc d'Anguien, son fils. M. le duc de Longueville ne bougeoil de Rouen et de la Normandie. M . le prince de Conty, ayant fait sa paix avec le roy, avoit obtenu la mainlevée de tous scs biens et de ses gouvernemens cl demeuroit dans Peicnas. M“ la duchesse de Longueville deraeuroit en Poitou. .Mademoiselle habitoit Saint-Fargeau et alloit quelquefois à Blois. M. le comte d’Ilarcourt demeuroit dans Brisacli et dans l’Alsace, dont il est gouverneur. M. le duc de Vendosme et M. le duc de la) Valette estoient dans la ville de Bordeaux, qui s'estoit réduite en l’obéissance du roy. Les Espagnols estoient tou.sjours dans les rivières ; l’on esloit eu résolution de les aller combattre avec l'armée du roy. Le marcsclial d'ilocquincourl esloit en Catalogne, avec M. Du Plcssis-Bclliérc, commandant l’armée. Le maresclial deGrancey estoit en Italie, où il commandoit l’armée du roy.
Le conseil du roy demeuroit dans Paris M. le chancelier y présidoit; il avoit obtenu les commillilar, qu'il n'avoit point auparavant. M. Molé, garde des sceaux, n'avoit plus son ancienne autorité et fermeté; il estoit souple et obéissant à Monseigneur le chancelier.
Le président de Maisons estoit relégué dans l'abbaye de Conches; M. de Longueil, son frère, en Bourgogne. M. le duc d'Espenton jouissoit paisiblement de son gouvernement de Bourgogne. M. le Prince, avec l’archiduc Léopold et le duc de Lorraine, estoient venus, avec leurs ai mées, fourrager et saccager la Picardie, et s'estoient avancés jusques à Roye. M. le marcschal de Turenne, avec l’armée du roy, qui estoit plus foiblo, les avoit tousjours costoyés pour les cmpeschcr de faii-c des sièges. Le chevalier de (îuyse, qui commandoit les troupes du duc de Lorraine, estoit décédé de maladie et avoit empesclié, avant sa mort, que la ville de Guysc ne fust as.siégée |iar M. le Prince. Sur la fin de la campagne, le mareschal de Turenne prit lu ville de Rethel et ensuite la ville de Mouron (î6 septembre). M. le Prince prit presque en mesme temps la ville de Rocroy (3o septembre), dans laquelle il est malade d'une fièvre double quarte. Le duc de Lorraine a retiré ses tioupes d’un autre costc. L'archiduc Léopold s’en est allé prendre son
£t maùilenant contre rav Tp |t«raU, atec ûiüuwe,
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tou courage avoil «onm».
Tu «cm eflacer U vkleûe; Haw j« pUiiu ton avroglnnciil.
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D'ANDRE D’ORMESSON
quartier d'Iiyvcr en Flandres. M. le mareschal de Tiirenne est aux environs Ociobrr i65.s. de Saintc-Menchould. On est fort incertain des desseins du roy.
L'on avoil, au commencement de ce mois, establi une chambre de justice dans l’Arsenal , composde du chancelier, du garde des sceaux, de MM. de La Poterie, d'Aligre, de Leseau, de Moraiigis, de La Tcrrière et Ricouart, conseillers d'Estat, et de MM. de Lalfcrnas, Cliomel, Le Liivre, Du Gué.
Paget, Garibal, La Margueric et Méliand, maislres des requestes. M. Tonnelier de Breteuil estoit procureur général de cette chambre'.
M. de Mercosur estoit paisible dans son gouvernement de Provence , le duc d'Angoulesme ayant esté rescompensé en argent. M. le duc de Gtiyse estoit tousjours dans Paris et k la cour. Le duc de Joyeuse, grand chambellan, toosjours auprès du roy. I.,a chambre des vacations du parlement travailloit é l'ordinaire. M. de Rellièvrc, premier président, estoit fort respecté dans le parlement; il avoit l’esprit doux et avoit emporté cotte première présidence sur M. de Novion, qui y avoit aspiré. Tous les autres présidens, M.M. de Nesmond, de Mesmes, Le Coigneux, Le Baillcul, Champlastreux, ne disoient mot. L’on avoit banni de Paris neuf ou dix conseillers de la cour, les plus mutins. Les princes estant foibles et absens, les frondeurs n'avoient plus de courage, et puis le peuple de Paris estoit desgoustc des princes et ne vouloit plus manger de la guerre. Toubliois de parler de M. le duc de Beaufort, qui estoit réduit à Chenonceaux et alloit quelquefois voir M. le duc d’Orléans, mais n'osoit plus revenir i Paris.
Le secrétaire d’Estat, confident, et qui avoit tout le secret, estoit M. Le Tellier.
L’on disoil que M. le Prince envoyoit des gens desguisés aux environs de Paris pour prendre des personnes de conséquence et les mener prisonniers à Rocroy pour luy servir de représailles’.
La paix de la France avec l'empereur et l'Allemagne duroil encore, et le roy avoit obtenu Brisach et l’Alsace, MeU, Toul et Verdun en propriété et en toute souveraineté, ne les tenant auparavant qu'en sa protection armée.
' Voyest, dans l’Introduction du tome U du Joimml d'Olivier d'Ormaun, quelles furent les principales condamnations prononcées par cette chambre.
* 11 y rut. en effet, des personne^ enlevées, et, entre autres, un des plus riches financiers de l’époque , nommé (ii. rardin
EXTRAITS DES MÉMOIRES
ktobr» i6U L'Angletene esloit tousjours gouvernée en république par Olivier Cromwell, protoclcur; la rcync «l'Angleterre, tousjour» & Paris averses trois garçons, le roy d'Angleterre, le due d'^ ork et le due de Glocestre, et une fille quelle amena en Erance avec elle. lo> duchesse de Lorraine, tousjours à Paris, n’osant se fier au due de Lorraine son mari, attaché d'alTection à la comtesse de Caiileeroix', dont il a un fils et une fille.
IjC roy d'Espagne a deux filles, faisiiée, aagée de quinze ans, qu'il a eue de la fille de France; la seconde, aagée de deux ans, iju'il a eue de sa cousine, fille de l'empereur et de sa sœur Catherine d’Autriche’, et sa femme est grosse.
Le roy a maintenant quinze ans passés. L’on ne parle point encore de le marier. Il est fort question de son sacre dans la ville de Rheims; mais fon attend un temps plus paisible. M. le dur d'Anjou a treize ans passés; mais il demeure tousjours fort petit pour son aage.
L'on ne parloit point de paix générale avec les hispagnols, ny de particulière avec M. le Prince, lc<piel est bien desrhu de scs espérances et réduit en mauvais estât, ayant perdu son gouvernement de Cuienne, la ville de Bordeaux et les autres villes de Guienne qui tenoient son parti ; ayant perdu Monirond, place très forte dans le Berry, Bcllegarde, place très forte dans la Bourgogne, la grosse tour de Bourges; ayant perdu le prince de Conty et M“ de Longueville, sa sœur, qui ont quitté son parti, de manière «pie les Espagnols ne feront pas grand cas de luy, et, du costc du roy, il n’obtiendra que tout ce qu'on luy a accordé autresfois et aura de la peine è sc lier à M. le cardinal et è la reync et au roy, qu’il a offensiis, et craindra tousjours quelque vengeance. Sa condition est très périlleuse cl misérable, soyt qu'il persiste dans sa rébellion avec les Espagnols, soyt qu'il revienne désarmé se remettre en la miséricorde du roy. Dieu disposera de toutes choses |>our le mieux et pour le bien de la France.
Fait à Paris, cejeudy i6 octobre i653.
* Béalrix «le Cusancc , veuve du prince de Cantccroix; elle eut du duc de Lorraine deuxenfanls, Charles-Henri, comte de Vaude-moot, et Anne, princesse de Lisiebonne, sur lesquels on trouvera des détails dans les Mémwrti de Sainl-StmoA.
* Philippe IV avait épousé en secondes noces Marie-Anne d'Autriche, fille de l'empereur Fervlinaod 111 et de M««rie- Anne d'Antriche, sa propre sœur. C'est à tort qii'André d'Orin««sson fappelle Cathen’ae d'A utricke.
Digilize
D’ANDRÉ D'OKMESSÜN.
siANCK DC Ror EN SON UCT DE JBSTICB, DANS LE rABLEMENT DE EARIS, LE LIINDÏ J«n»irr i654-
MATIN lÿ JANVIER l65i, POUR LE PROCÈS CRIMINEL DC PRINCE DE CONDÉ ET
UE SES complices'.
Celte journée je me trouvni chcE M. le chancelier, sur les huit heures, en ayant esté averti par M. Sainctot, maistre des cérémonies; M. le ch.nicclier me fit mettre au fond, à costé de luy. pour donner place aux autres dans son carrosse. EsUnt auprès de luy, il me dit ipie le duc d’Anjou ne s'y Irouveroit point, n’estant p.is en aa^e de juger, et que le roy n’en estoit capable que par la luy du royaume, qui le desclaroit majeur À treize ans; que les capitaines des gardes ne seroient point auprès du roy, u’ayant point de voix, ny de séance au parlement; que le prévost de Paris n’y seroit point non plus et que le duc de Joyeuse n’y entreroit que comme duc de Joyeuse et ne seroit point aux pieds du roy comme grand chambellan; que les gens du roy demeureroient présens pendant le procès, encore qu'ils eussent accoiislumé de sc retirer, après avoir donné leurs conclusions par escrit; que les princes parons [de l'nccuséj descendroient de leurs places pour desclarcr qu'ils estoieni pareils et demanderoient d’esire excusés d’y assister, et que le roy prononccroil qu'il trouvoil bon qu'ils y demeurassent, et beaucoup d’autres discours qu'il me fit en allant au Palais.
Estant arrivés à la Sainte -CbapeUe et de là allant prendre nos places.
MM. Chevalier et Cbampron vinrent au devant de M. le chancelier au dessous du Grand Cerf. Arrivé, M. le chancelier sc mit au dessus du premier président et n’en bougea pendant la séance. Le roy, ayant pris sa place, esloit accompagné, du costé des pairs laïques, à main droite, des ducs de Guyse, de Joyeuse, son frère, d'Espernon, d’Elheuf, de Sully, de Candalc, de quatre mareschaux de France conseillers de la cour, qui prirent séance entre eux, non du jour qu’ils estoient marescliaux de France, mais du jour qu’ib avoient esté reçus conseillers de la cour au parlement, comme M. le chancelier le leur avoit prononcé sur la dilTiculté qu’ils luy en firent. Ainsy M. le mareschal de La Mothe-Houdancour, le mareschal de Grammont, le mareschal de L’Hospital et le mareschal de Villeroy prirent leurs places
' Mémoires d'André d'Ormuion, f* 33y.
EXTRAITS DES MÉMOIRES
J<n¥irr i6Sl. api'is les dues et pairs. Du costé des ecclésiastiques, i main gauche, estoient assis M. d'Atimalc', archevesque de Reims, duc et pair de France; l'évcsqua de Beauvais (Chouart-Biuanval), cumte et pair; l'évesipie de Chaalons (Viallart), comte et pair; i’evesque de Noyon (Baradas), comte et pair.
Aux sièges bas, au dessous des ducs, le comte de Brienne (Loménic), Bullion, sieur de Bonncllcs, Le Fèvre d'Ormesson, d'Aligre et Morangis- Barillon, conseillers d'F.stat, reçus au parlement. Tous les présidons do la cour y estoient, excepté le président de .Maisons (Longueil), relégué à Conches, en Normandie, pour avoir suivi le parti des princes avec son frère, conseiller de la cour, relégué è Auxerre. Les présidons estoient MM. de Bellicvre, premier président, de Nesmond, de Novion (Potier), de Mesmes (d'Irval), Le Coigneux, Le Bailleul et Molé (Champlastreu.x], Les maistres des requestes estoient MM. Mangot, LaOemas, Le Lièvre et d'Orgeval (Lhuillicr).
La compagnie assise, M. Bignon, avocat général, .assisté de M. Fouquet, procureur général, et de M. Talon, aussy avocat général, proposa au roy le sujet de cette assemblée et parla contre la désobéissance de M. le Prince. Il sembloit, è son discours, qu'il excitoit le roy à luy pardonner et à oublier toutes ses actions passées, et, à la fin, il donna h M. le rapporteur Doujat ses conclusions par csrrit, et M. le chancelier leur dit qu'ils demeurassent dans leurs places, dont la compagnie murmura, n'estant point de l'ordre qui s'observe en telles occasions (M. le chancelier, en retournant, comme j'estois encore près de luy, me dit qu'il ne le feroit plus). M. le chancelier demanda l'avis à M. Chevalier, l'un des rapporteurs, puis à .M. Doujat, qui dit qu'il y avoit trois preuves contre M. le Prince : la première, la notoriété de fait; la seconde, les lettres missives et commissions signées Locis de Bodeeon, et puis les tesmoin.s qui avoient déposé contre luy des actes d'hostilité qu'il avoit exercés en la prise de la ville de Sainte-Menchould et autres rencontres. J'oubliois qu'avant d'opiner on avoit lu les dé|)OsilioDS de cinq ou six tesmoins cl les quatre ou cinq lettres dudit sieur Prince et ses commissions. Après que M. Doujat eut parlé, toute la eompagnic n'opina que du bonnet et fut d'avis des conclusions, qui estoient que ledit prince scroit ajourne de comparoir en personne, se remettre dans la Conciergerie et se
' Henri de Savoie, duc de Nemours et d'Aumale.
D’ANDRÉ D’ORMESSON
représenter devant le roy dans un mois; (|u'il scroit ajourné dans la ville Jinyirr iS5t. de Pérorinc à cri public, au son de la trompette, et ce pendant que ses biens seroient saisis et annotés, etc. Décret de prise de corps contre le pré- ■sident Viole et contre Lenct, Mnrsin, Persan et encore six ou sept autres seigneurs et capitaines; leurs biens saisis et annotés, etc.
Voicy les qualités que picnoit M. le Prince dans ses commissions :.Imiù de Bourbon, prince de Condè, premier prince du snng, pair et grand maislre de France, duc d’Angaiea, Montmorenc), Chnsteaurouj: et Albrct, goavernear, pour Sa Majesté, des provinces de Gaienne et de Berry, généralissime des armées du roy. Je veux remarquer que, par une de ses lettres, il sc plaint du roy d'Espagne et de l'archiduc Eénpold, du comte de Fncnsaldagnc et des E.spagnols; qu'ils ne luy fournissent pas l'argent qu'ils luy ont promis; qu'ils ne donnent point de quartier d'byver à ses troupes dans leur paya et que, s’ils ne le contentent, il prendra parly. Cette lettre tesmoigne qu'il ac trouve fort empcsché do sa personne et qu'il a bien de la peine à donner ordre au.\ cbo.ses qui luy sont nécessaires pour la continuation de la guerre et sa subsistance. I>e voilà aux mesmes termes du duc Cli.sries de Bourbon, connestablc de France, que l’empereur attira à son service par les grandes promesses qu'il luy fit, par M. de Reaurain, son grand chambellan, de cent raille escus par mois, d’ériger le Bourbonnois, le Dauphiné et la Provence en royaume pour ledit connestablc. luy donner en mariage la rcync Éléonore d'Autriche, sa sœur, veuve du roy de Portugal; mais nul effet de toutes ces promesses; cette revue fut donnée au roy François eu mariage; nul argent par mois; nulle érection de royaume, de manière qu'estant envoyé à Milan, de Madrid, où il avoit esté, ne seachant de quel bois faire flèche, ny de quoy contenter sou armée, il sc résolut d’aller prendre la ville de Rome par force et la piller pour en enrichir son armée, qui estoit au désespoir et menaçoit de le tuer, faute d'argent. Il fut tué à l'assaut qui fut donné à Rome, au grand contentement du pape, qu'il avoit ruiné; au grand contentement de l'empereur, auquel il estoit à charge et auquel il donna une quittance générale en mourant, après avoir perdu, à son occasion, tous les biens qu'il avoit en France; au grand contentement du roy François, qu'il avoit fait prisonnier à la bataille de Pavie et duquel il avoit ruiné la fortune par sa félonie et rébellion.
Fait à Paris, ce lundy iq janvier i65à-