PIN DES EXTR.UTS DES MEMOIRES D'ANDRÉ D’ORME5SON
APPENDICE
Le morceau annoncé (t. 1, p. i6, du Journal d'Oltrier d'Ormesson) comme devant être publié i l'appendice est un extrait du Journal d'Arnauld d’Andilly, conservé à la bibliothèque de l'Arsenal. Il était inédit A l'époque où l'on ini|irimait cette partie du Journal d’Olivier d'Ormesion, et c'était ce qui m'avait déterminé A le donner en appendice; mai.s comme, depuis celte époque, le Journal d'Arnauld d'Andilly a été publié par M. Halphen (1837, Paris. Techener), je n'ai pas cru devoir réimprimer le passage indiqué; je l'ai remplacé par un document inédit, qui rectifie une asseilion de l'introduction au tome I du Journal d'Olivier d'Ormetson.
J'ai dit dans l'introductiou (p. i.iixit) que la campagne d'Orbilello avait été entreprise surtout dans le but de faire Michel Maiarin cardinal, et j'ai cité A l'appui de mou opinion les lettres de l'ambassadeur Nicolas Uretel de Grémonville. Je ne connaissais pas alors les pièces ipii prouvent que Mazarin avait une pensée plus sérieuse et songeait à enlever le royaume de Naples aux Elspagnols pour le donner à un prince de la maison de Savoie. Ces documents historiques ont une valeur incontestable; ils montrent avec quelle vigueur Mazarin attaquait partout la puissance espagnole, en Italie aussi bien que dans les Pays Bas, en Portugal cl en Catalogne.
APPENDICE
«PlUWET* COXTENANT LES PRINCIPAtX ARTK:LE.S QUE LE ROY. 1-AR L’AVIS DE LA REYSE REGENTE SA MÈRE. DÉSIRE QCI SOIEST INSÉRÉS DANS LE TRAITÉ QCI •SERA PAIT PAR LE SIECR D'ARGENSON , CONSEILLER ORDINAIRE AC CONSEIL rrCSTAT DU ROT, SCRINTENDAKT DE LA JDSTICE, POLICE ET PI.NANCES EN SON ARMÉE DE TERRE ET EN SES ARMÉES NAVALES, AD NOM DE SA MAIESTÉ, AVEC M. LE PRINCE THOMAS DE 3AVOVE, COMMANDANT EN CIIEP DE LA DITE ARMÉE, EN CAS QOE L’ON ESÉCCTE LE DESSEIN QUE H. LE PRINCE THOMAS A PROPOSÉ SCR LE nOVADME DE NAPLES, CT QU'IL T ATT LIEU D'EN ESPÉRER GNE ISSUE, POUR SERVIR DE POUVOIR ET IPINSTRICTION AUDIT SIEUR IPAROBNSON SUR CE SUUET :
« Ledit d'Al^;en5on promettra à M. le prince Thomas que, si Dieu permet qu’il soit proclamé et reconnu roy de Naples, comme M. le prince Thomas l'espère. Sa Majesté continuera de l'assister pour le mettre et le maintenir en la paisible possession du royaume de Napicsj
«QiieS.1 Majesté l'assistera, avec les forces qu'il conviendra, envers tous et contRc tous, s'il vient à estre attaqué ou troublé en ladite possession, selon le besoin et les occasions qui s'en présenteront;
«Que, potir luy donner un juste titre d'entrer en cette possession, Sa Majesté cédera, pour clic et scs successeurs roys, i M. le prince Thomas et ses descendans, les droits de cette couronne sur le royaume de Naples, et en fera une plus ample renonciation en faveur de M.le prince Thomas et de ses descendans, aux conditions déclarées cy-après;
«(Jiie, moyennant ce, M. le prince Thomas s'obligera de reconnoistre le ,Saint.âiëge apostolique, comme ont fait les roys de Naples, et l’on estime qu'il sera mesme avantageux d'y .ajouter quelques marques de plus grand respect envers l'Eglise, afin que les papes, trouvant en ce changement un traitement plus avantageux que celuy ipi'ils reçoivent des Espagnols, ilg n'ayent pas sujet de se rendre favorables à leurs desseins, y ayant toute
* Ms. Bibl. imp. du Louvre, F. 3î5. laymesme, sans participation de qui que L XV, fol. 40, sqq. L'original chifTré cal ce sait, sinon dan.s le temps porté par signé du roi el conlre-signé Le Tellibr. iceiuy. ■LedécliilTrcmenl se trouve fol. 53, On lit en marge la note suivante : s Ce sqq. du même manuscrit, papier sera descliilTré par M. d'Argenson
APPKNDICE. 711
sorte d'apparence qu'ils n’omettront rien pour engager Sa Sainteté contre ccluy qui les aura chassés du royaume de Naples;
« Qu’il quittera au i oy la rade et la place de (Jaëte en la mer de Toscane, et un autre port et place en la mer Adriatique, ou en queli|uc autre endroit, ainsy qu'il en sera convenu avec luy, afin de faire connoistre à tout le monde que la reyne régente ne s’est pas hastée à faire céder les droits du roy son fils, sans en tirer aucune rcscompense ny utilité . et. en outre, pour avoir moyen d'assister M. le prince Thomas, sans en estre empesche. quand mesme il y auroit un parti considérable formé contre luy dans le royaume de Naples;
« Que la garnison de ces deux postes sera entretenue par le royaume en la manière qui sera accordée;
«Que M. le prince Thomas fera ligue olfensive et dell'cnsive avec ,Sa Majesté et promettra, de sa part, de l’assister envers tous et contre tous, soit contre les ennemis de l'Estat au dehors, soit contre les factieux au dedans, s'il arrivoit quelque souslévciiicnt dans le royaume, et que. en ras de guerre contre qui que ce soit ou de trouble dans le royaume. M. le prince Thomas, estant roy de Naples, assistera Sa Majesté d'un numiire de vaisseaux, de galères et de trou|>cs qu'il entretiendra à ses despens. tant que la guerre estrangère ou intestine durera ;
«Que l'on conviendra de ce nombre de vaisseaux et de galères, cl il s'ohtigere de les fournir et entretenir et de les unir aux armes de Sa Majesté, soit pour la delfense de ses Estais, soit pour quelque eulrepnse qu elle veuille faire;
«Que M. le prinee Thomas, estant establi en la possession du royaume de Naples, U laissera à la disposition de Sa Majesté une des principautés, duchés, ou autre F.slat notable, de ceux qui .sont tenus présenleineiit par les Espagnols ou par leurs vassaux et sujets, qui suivront leur parti et sur lesquels il y aura justice de les confisquer, duquel marché Sa Majesté disposera en favcim de telle personne que bon luy semblera, à condition de rccoiHioistre le roy de Naples en la mesme manière qu'il se fait à présent;
«Que non-seulement on conservera à M. le duc de Parme tout ce qui luy appartient dans le royaume de Naples, mais se conduisant, comme l'on I espère de la profession qu il fait d'estre partial de cette couronne. Sa Majesté lui promet tous les avantage.* possibles ;
APPENDICE
«Que l'on en usera de la niesiiic sorte envert M. le duc de Modène et l'on trouvera moyen , avec le temps, de le faire paver de ce qui iuy est deu dans ledit royaume de Naples par le roy d'Es|Kigne, tant pour le douaire de sa grand mire que pour les |>ensions eschues, ou bien l'on Iuy donnera quelque Estât pour son desdommagenieiiti
it Que l'on laissera aussy jouyr le roy de Pologne des revenus qu’il a dans le royaume de Naples, et semblablement le prince de Monaco, afin de dcschaigcr Sa .Majesté de ce qu’elle est obligée de Iuy donner de son domaine dans le royaume i
U Que M. le prince Thomas remettra à la disposition de Sa Majesté la part qu’il a eue. pour Iuy et les siens, de feu M"' la comtesse de Soissons, à la charge de rescompenser M“* la princesse sa femme en autres choses ;
«Que ledit prince Thomas ou ses deseendans, venant i succéder au duché de Savoye et à la principauté de Piémont, après leur establisscment en la |iossession du royaume de Naples, il quittera à Sa Majesté, pour elle et ses successeurs, le duché de Savoye et tout oc qui est dcç4 les monts proche de la France, en reseompensc tant de l’assistance que Sa Majesté hiv aura donnée pour la conqueste du royaume de Naples que pour la cession qu’elle iuy aura faite des droits qu'elle y prétend ;
• Et pour la conservation du Piémont et de tout ce qui Iuy appartiendra en ce cas lé dans la Eombardie, Sa Majesté promettra de [l’assister] en la manière dont il sera convenu, en sorte qu’il les possède paisiblement et seurement;
«C'est ce que l'on a estimé par deçà devoir estre compris dans ledit traité, remettant audit sieur d'.\rgenson d'y ajouter ce qu’il verra estre né- «e.ssairc, estant sur les lieux, pour le plus grand avantage du service de Sa Majesté. El comme M. le prince Thomas est parti d'icy dans une disposition entière de faire tout ce qu’on désireroit de Iuy pour rcconnoisire un tel bien comme il sc promettoit, que les choses cy-dessus spécifiées sont dans les termes de la générosité de Sa Majesté, laquelle, pour l’intérest de sa couronne , ne doibt pas céder un droit si clair et de si grande conséquence que celuy ipi'elle a audit royaume de Naples, et employer les forces de son Estai pour le recouvrer, sans en recevoir quelque bénélioc, l’on croit qu’il ne se rencontrera aucune diflicullé, de la part dudit prince Tliomas. aux choses cy-dessus ny à celles que ledit sieur d'Argensoii
APPENDICE
pourra y ajouter pour plus grande seurclé. Mais si cela arrivoit. ledit sieur d’Argen.son pourroit s’en remettre à ce qui seroit arresté par Sa Majesté, en envoyant sa ratification de ce qui auroit esté convenu;
«Et d'autant que la prudence ne permet pas de traiter de clioscs incertaines et qui sont encore fort esloignécs, Sa Majesté ne désire pas que ledit sieur d'Argensoii se laisse entendre à M. le prince Thomas, ny à qui rpiece soit, d'aucune des clio.scs cy-dessos, si ce n’est lorsqu'il y aura sujet de croire que la conqueste du royaume de Naples succédera (réussira) et que l'on y aura mis le pied; de quoy Sa Majesté se confie audit sieur d'Argenson et se remet aux choses qui luy sont mandées par le mémoire cy-joinl.
«Faitii Paris, le 6 may i6à6. Signé IjOÜIS, et plus bas, LF.TEi.ueK.>
lin autre mémoire, qui doit être l’œuvre de Maiarin lui-même ou de quelque personnage connaissant bien l'Italie, et en particulier Naples et la Sicile, indique les motifs qui faisaient espérer le succès de la révolution tentée è Naples. Cette pièce est le complément naturel de la précédente * : « Dans le royaume de Naples, il n'y a pas un Napolitain qui ayt le gouvernement d'aucune place. Toutes sont entre les mains des Espagnols, néantmoins très mal fortifiées et très-mal gardées pour n'en avoir qiiasy aucune qui ayt la dixième partie de la garnison qu'il luy faut, sans munitions de bouche et de gueiTC, et principalement toutes les places de la mer Adriatique, horsmis Pcscara, n'avoient que peu de canons et quelquefois point du tout. Tout cela, néantmoius, peut estre changé depuis l'armement du Grand Seigneur. Il n'y a nul doute que tous les Napolitains en général, soit grands, soit petits, ou au moins peu exceptés, voudroient secouer le joug et se dé|)cstrer de la domination espagnole; mais ils sont aussy peu amis, pour ne dire ennemis, de la françoisc pour plusieurs raisons, les unes trèsfortes. les autres très-naturelles. Ils croient que les François dominateurs sont, sans comparaison, plus hardis et plus entreprenans i exécuter, sans aucune considération ny respect et violemment, tout ce que leur caprice, leur passion et leur inclination leur dictent. En quoy les Espagnols sont plus retenus, ne laissant pas peut-estre de faire le mesme, mais avec plus
‘ Ms. de la Bibl. imp. du Louvre, F. 3a5, F 67; instruction cliiEréc. Le déebiSrement se trouve aux 69 6o.