II
APPENDICE
noistrc les lieux du campement et de la circonvallation pour le siège, qui se trouva plus dilFicile que l'on ne l’avoit creii à cause dos éminences voisines et <lu lac au travers duquel les ennemis firent entrer dans Orbitello des barques cliurgèos d'infanterie, qui estoit descendue du fort Philippe et de celiiv de Porto-IIercolc, qui en sont fort voisins.
O I.Æ samedy i a , M. le prince Thomas et .M. le duc de Breaé prirent leurs quartiers devant Orbitello, S. A. à la cassine tirant vers la colline, et ledit sieur duc à une autre cassine plus proche de la ville, et sur le soir il fut résolu de prendre un poste que les ennemis tonoient hors de la ville; mais il fut impossible d'y parvenir, d'autant que la nuit fut extresinement fasclicusc à cause des grandes pluyes et du tonnerre, qui incommodèrent extiesmemeiit nos soldats. Ce mesme jour, M. d'Argenson alla visiter la place de Telamonc pour voir si elle pouvoit estre fortifiée, et en fit son rapport à S. A. et à M. le duc de Brezé, qui résolurent d'aller eux-mesmes voir la place et sa situation quelques jours après, avec l'ingénieur, pour conclure cc qui seroit à propos d'y faire pour la rendre meilleure.
U Le 1 3 et le là furent employés à desbarquer le canon avec les cfl’ets, 1<‘S munitions et autres choses nécessaires pour l'artillerie; et le mesme Jour i4, M. d'Argenson alla concerter avec M. le commandeur de Vincheguerre, par ordre de M. le duc de Brezé, pour faire traisner et conduire le canon au camp par les forçats des vingt galères commandées par ledit sieur de Vincheguerre , avec le(|uel et les autres capitaines des mesmes galères il fut résolu que l'on prendroit un homme de chaque galère, tant des Turcs que mariniers pour cet efl'et, du commandement et conduite desquels M. le chevalier de Vins, capitaine de l'une des galères, se chargea volontairement.
« Le i5, ledit sieur d'Ai'genson se rendit au camp auprès do S. A. eide M. le duc de Brezé pour y demeurer entièrement. Sur le soir, M. le marquis d'iluxclles, le plus ancien mareschal du camp de l'armée, alla prendre I éminence de la chapelle, où les ennemis tenoient un corp$-de-gardc avancé, d’où il les chassa et s'y logea avec scurelé, et commença l'ouverture delà tranchée parles régimensde Normandie et de Navaillcs, et fut suivi è cette occasion par le jeune baron d'HuxcIlcs, son cousin germain, et par Pierre de Voyer, sieur de Cha.stres, bailly de Touraine, troisième fils dudit sieur d'Argenson, qui rcceut une mousquetade au bras si favorable, que.
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comme clic vcnoil d’uii peu loin, la halle fut amortie par sa casaque et sou pourpoint sans autre blessure qu'une contusion.
Il Le I <i au matin, M. l’abbé Bentivogiio arriva au camp et rendit compte A M. le duc de llreié de la négociation par luy faite avec M, le grand duc de b'Iorence, avec lequel il avoit arresié le traité de neutralité absolue entre les deux couronnes, fort avantageux pour la l'Vance en cette occurrence, afin d’e.mpesrhcr le secours et l'assistance qu'il pourroit donner aux Espagnols contre noua en l'attaque de cette place d'Orbitello et des antres qu’ils tiennent en Toscane, et le mesme jour, sur le soir, la tranchée d'approche fut ouverte contre cette ville d'Orbitello.
« Le 17, M. le duc de Breié fit augmenter le nombre des chaloupes, que l'on avoit commencé de jeter sur l'cstang, dès le 1 4, par les soins du chevalier Paul, l'un des capitaines de vaisseaux, qui y fit la première garde durant cette fascheuse nuit, remarquable à cause du grand tonnerre et de la pluye extraordinaire , qui incommoda fort toute l'armée de terre et durant laquelle, ledit sieur d’Argenson et le chevalier (îamicr se perdirent dans le bois, entre le camp et la tour des Salines.
• Le mesme jour, sur l'apresdisnée , M. le dur de lirosé alla visiter la tranchée et donna les ordres nécessaires pour la continuation du travail commencé et conduit par les soins du chevalier de Clerville, ayde de camp et ingénieur du roy, assisté du sieur de La Neufvillc, autre ingénieur de Na Majesté et homme de service, suivant la résolution prise avec M. le prince Thomas , générai de l'armée de terre.
«Le mesme jour, sur le soir, (|uatre pièces de canon furent amenées de la tour des Salines au camp par les Turcs et par les mariniers des g.alères conduits et commandés par le sieur chevalier de Vins, l'un des capitaines d'iccites, qui s'offrit volontairement pour faire cette conduite, pour laquelle il fut payé aSo livres de chaque pièce de canon.
0 La nuit suivante du mesme jour, les assiégés, après avoir tiré force coups de canon sur nos chaloupes de l'estaug, pendant tout le jour, presque sans elfel, crurent mieux réussir par une sortie qu'ils firent la nuit sur les travailleurs de la tranchée, que faisoit continuer M, de Saint-Aulnais, mesire de camp, par le régiment de Navailles et de Chouppes; mais ils furent vertement repoussés jusque sur la contre-escarpe du fosse de la place par ie sieur de .Soustello, lieutenant-colonel du régiment de Navailles, et par le
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nii>ur <Ik Navaiilc§, le jeune, mestre do camp d'un régiment qui est en F*i('iiiont, qui avoit suivi M. le prince Thomas comme volontaire en octie occasion, et par le sieur de Nort, ajde de camp et capitaine au régiment de Normandie, qui furent tous deux blessés, cliacun d'une inuiisquetade : le premier, fort dangereusement au travers du genouil; et l'autre, au bras droit. IjC sieur de Lisle, ayde de camp, se trouva aussy i celle' occasion, où il rassura cl rallia les travailleurs, qui avoient pris respouvantc.
«Le i8, la mesme chiounne et les mariniers des galères amenèrent au camp quatre autres pièces de canon, et le lendemain encore trois autres pièces conduites par les soins du mesme chevalier de Vins. Le chevalier Garnier, un des capitaines des vaisseaux, fut commandé, par M. le duc de Hrezé, pour avoir le soin particuUer des chaloupes de l'cstang au nombre de vingt-deiut, et chaque capitaine des navires eut ordre d'y faire la garde jour et nuit , à son tour.
itl.a nuit suivante, le travail des tranchées fut continué par M. de Refuges, autre mareschal du camp, qui releva ledit sieur des Aulnais et (pii lit grandement avancer le travail , sans y avoir esté beaucoup interrompu par les emiemis, cpii se souvenoient qu'ils avoient esté repoussés si vivement à leur sortie de la nuit précédente.
a l,e 19, le chevalier Garnier, qui avoit fait la garde la nuit précédente sur l'cstang et reconnu les postes de la terre du costé du fort Philippe et de Porlo-Hercole, d'où les ennemis pouvaient envoyer du secours dansOrhitello, en les embarquant sur restang, proposa de faire quclipie fort sur le hord de l'estang et de le faire garder par un bon nombre d'hommes, tant pour la retraite de nos chaloupes que |)OUr empcscher l'embarquement et le passage des ennemis <jui voudroicnl se jeter dans la place assiégée.
«Celle proposition obligea M. le prince Thomas d'aller luy mesme recfliiiioistre le fort Philipiie cl ceiuy de Porto-llereole, et les passages par lesquels les emiemis potivoienl venir et s'embarquer plus facilement sur l'estang pour venir au secours d'Orbitello; à quoy il fut assiste par ledit sieur de Saint-.\ulnais, par le chevalier Garnier et autres; et, apri's avoir bien considéré tous les lieux, S. A. résolut de faire un fort au bas de la colline, sur l'estang, proche de la cassinc blanche, où il y a une chapelle, et donna au elievaher Garnier le .soin de ce travail et le cunimandement des li oiipes
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déclinées |K)UT la garde de ce fort, qui furent de cent tioinnies, tirés des vaisseaux, commandés parle sieur de Leschasserie , capitaine de l'un des vaisseaux, et pareil iiumbrc de cent liuimiies, tirés des soldats des galères, commandes par un oflicier des galères, auxquelles troupes on .ajouta le régiment de Cliouppes et l'infanterie de S. A. qui pouvoient faire en tout cinq cens huinriies, qui furent joints aux deux cens homntes de la marine. Kt sur le soir du mesmi' jour, M. le comte Doignon, mareselial de camp, ayant relevé ledit sieur de Refuges, Gt continuer fort diligemment le travail de la tranchée, pendant toute la nuit, par les règimens d'HuxelIcs et de Palnau, si bien que la place, pour mettre le canon en batterie, fut disposée pour y faire travailler les officiers de l'artillerie, et comme les ennemis s’apcrccvoicnt de cette diligence. Us firent grand feu toute la nuit, tant de leiHS mousquetades que de leurs canons chargés de cartouches, blessèrent plus de quarante de nos soldats et en tuèrent cinq ou six.
• 1.C ao, le sieur de Saint-IIilaire, commandant l'arGllerie de ce siège, travailla tout le jour et la nuit suivante |iour achever ses batteries, sur lesquelles U lit conduire le canon à force d'hommes, et M. le duc de Brexé, ayant eu advis que les galères de Naples et celles de Sicile s'estoicut jointes  flayette (Gaëtc) pour apporter des hommes dans les forts de Porlo-llercole et du mont Philippe , pour le secours d'OrbitclIo , et mesme que les ennemis avoient chargé d'infanterie un grand nombre de felouques napolitaines |>our les conduire de Gayette é Porto-Ilercolc, et pour jeter les mesmes felouques sur i'estang, en plus grand nombre que celuy de nos chaloupes, pour laisser leur infanterie destinée au secours d'Orbitello, il commanda ÜM. de Viiichi'guerre d'aller chercher les ennemis vers Civité-Vecchia et mesinc jusqui's è Gayette, avec ordre de les combattre en tous les lieux, à la mer, ou à l’ancre, on cas qu'il jugeast do' le pouvoir faire avec avantage.
U Le ai, nostre ardllcrie commença i tirer contre la ville au iionibre de huit pièces, et, sur le soir et la nuit suivante, le travail des tranchées fut continué vers la place, d'où quelques soldats des noslrcs furent blessé.s ou tués, mais en petit nombre.
« Le sieur marquis de Grimaldi , frère du cardinal , estoit arrivé au cam|>, deux ou trois jours auparavant, avec six vingts chevaux qu’il amena de Rome, où ils avoient esté levés, et les eavaüers annés, par les soins de M. le eardinal Grimaldi, pour servir en cette occasion.
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Il Le ai »e passii en continuant les tranchées du siège et la cunstruclion du fort, dont le chevalier Garnier avuit le soin et le commandement au delà de l'cslang. M. le prince Mathias, frère du grand-duc, envoya de Isiennc, où il estoil, plusieurs rafraischisseincns i M. le prince l'homas et à M. le duc de Dreie, auxquels il fit faire plusieurs coniplimcns et démonstrations d'all'ection singulière, auxquels ils respondirent de inesine et envovèreiil aussy vers ce prince luy faire des complimens i Sienne. M. le prince Thomas dcpescha aussy è Rome l'un de ses gentilshommes vers MM. les cardinaux d'Estc et Grimaldi , qui favoient envoyé visiter, et envoya le comte de La Trinité vers M. le duc de .VIodène pour luy donner part de tout ce qui s'estoit passé depuis l'arrivée de l’année navale du roy et nostre descente è terre, avec quelques autres instructions particulières qui ne se peuvent encore escrire, pour faire comioistre au duc de Modène festime que le roy fait de sa personne et de l'alVection que M. le cartlinal il'Este, son frère, icsmoigne pour la couronne de France.
a Le i3 fut aussy employé à la continuation du siège et à battre les deffenses de la place avec fartillerie, t|ui fit beaucoup d'effet, et M. de Refuges, mareschal de camp, ayant fort avancé son travail, fut relevé au soir par M. le comte Doignon , qui fit un fort beau logement sur la contre-escarpe du fossé de la place, d’où les ennemis sortirent pour s'y opposer; mais ils furent repoussés si vigoureusement jusques è vue des demi-lunes, que fun de leurs officiers fut tué d'un coup de pistolet par La Rente, l'un des gardes de M. le duc de Breté, desquels gardes il y en cul sept ou huit de blessés ou de morts sur la place. Ledit sieur comte Doignon fil luy-mesme fort courageusement tout ce qui se pouvoit en cette occasion , où il exposa Ibrt sa personne, et fut très-bien assisté des sieurs de Lislc, ayde de camp, du chevalier d'Anstrain (ou d'Austrain), aussy ayde de camp, qui fut blessé d'une mousquetade à la cuisse gauche , de Ltinas (ou Limas), de Villeneufve et de La Brosse, capitaine, lieutenant et enseigne dos gardes du M. le duc de Breié , dont le dernier combattit un officier des ennemis, qui sc présenta avec l'espéc et la rondache, et le contraignit de se retirer honteusement bien que ledit l«i Brosse, enseigne, n'eust que son espée. Fontenelle, escuyer dudit sieur duc, et plusieurs autres de la maison dudit sieur duc, assistèrent à cette action, où le sieur de Sigogne, ayde de camp, qui csloit auprès dudit sieur comte Doignon, servit vaillauunent avec beaucoup d'ap-
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pliration et de travail pour la conservation de ce logement que les ennemis s'efTorcèrent d'erapeschcr toute la nuit par un très-grand feu . tant de leurs canons que de leurs niousquetades. cpii tirait de dessus les bastions et des courtines; mais tout cela nVnipesclia point que ce logement ne fust achevé et qvie la ligne de communication, depuis la teste de la tranchée jusques i ce logement, ne fust faite et bien avancée par ledit sieur comte Doignon durant le reste de la nuit et le jour suivant, qui fut le aâ dudit mois.
a Ce jour [aâ may] se passa i continuer de tirer nostre canon uontre les delTenses de la place, et h démonter leurs pièces et è faire jeter aussy ipielqucs bombes dans la ville, où elles firent beaucoup d’effet. Le chevalier Garnier commença aussy le mesme jour à tirer contre la ville, au travers du lac. les quatre pièces de canon qu'il avoit fait mettre en batterie dans son fort, qui s'alloit avançant, et achevant tons les jours de se mettre en delfense, et sur le soir de la nuit suivante, on continua la tranchée sur la contre -escaqie pour s'approcher de la demi-lune, et [lour asseurer le logement fait le jour précédent avec quelque opposition tousjours de la part des ennemis, qui tirèrent fort de leurs bastions et courtines tout ce jour, qui fut au.ssy enqiloyé è la confection des fascines , blindes , chandeliers et autres choses nécessaires pour la continuation de ce siège. Et sur le soir, M. le duc de Brezé, accompagné des sieurs marquis d'Huxelles, comte Doignon. abbé Reiitivoglio et d'.Xrgenson, alla par-dessus le lac visiter le fort dudit sieur Garnier, auquel il donna les ordres nécessaires pour la continuation et pour la delfense d'iceluy.
Il Le ï5 au matin, on aperçut, fort pioche de Porto-Hercole , cinq galères et deus brigantins è la voile, qui estoient des ennemis, lesquels estoient si vivement poursuivis de nos galères que les cinq des ennemis n'osèrent se jeter dans le port et reprirent la mer, où elles se sauvèrent par la force de leur chiourme , y ayant apparence qu'elles estoient armées au double de nos forçats, et quelles avoient esté ainsy années pour escorter trente-cinq felouques napolitaines, chargées d’officiers réformés et d'infanterie, qui furent attaquées par le chevalier du Vilage, l'un des capitaines de nos galères, sous la forteresse de Palme avec une telle vigueur, que tous ces officiers réformés et fantassins espagnols furent contraints de se jeter à la mer et de se sauver dans les bois, abandonnant leurs trente-cinq felouques, dont nos galères en amenèrent vingt-sept et coulèrent le reste à fond , si bien que ce
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premier secours de Naples, destiné pour troubler nostre siège d’Orbitello, fut dissipé par ce moyen. Et sur le soir du mesme jour, qui fut employé à la continuation du siège, le marquis Tobie Palaviccino, sergent de bataille, que M. le prince Tliomas avoit envoyé au-devant de M. le cardinal Grimaidi, vint donner avis à S. A. que Son Eminoiice devoit courber à MonUlte. *
«Le 27, M. le rardinal Grimaldi arriva au camp
U Le 3o au soir, M. le comte Doignon, entrant en garde, gagna la domibme et y fit un logement.
« Le 5 juin, au soir, les ennemis mirent le feu au pont de fasciner que l’on avoit fait pour traverser le fossé et attacher le mineur, et bnisItTcnt les fascines jiisqucs à demi pied dans l’eau, quelque résistance qu'ayent peu
adrc.^r audit sieur cardinal Grimaldi des dépesrhes par lesquelles elle le coovte de se rendre en l'armée el d'assister aux conseils qui Y seront tenus, pour donner ses avis sur toutes aiïaircs et occurrences, et que Sci Majesté monde à M. le prince Tliomas et h M. le duc de Brozé de considérer sa |)crsoanc et scs avis comme la confiance que Sa Majesté a toute entière en luy, sa dignité et sa capacité le requièrent. afin que iodil sieur d'Argenson fasse en cela ce qu'il devra de son coslé.
• Et silon SC résolvoitd'aiterau royaume de Naples et que la présence dudit sieur cardinal fust jugée utile, rintenlion de Sa Majesté est que l'on l'engage, s’il se peut, à faire ce voyage, et qu'en quelque lieu qu'il se trouve l'on luy rende tousjours la dcnercnce qui luy est duc*
«Fait à Paris le xvjuin i6éfi.