‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 62 sur 83 · LOUIS · texte numérisé non relu

LOUIS

«Le Tellie». •

* Lori^nü de oc4tc lettre, eo pertic cluffrie. «c Iraavo à U DiUMXbèqae inp^rialc d» Lo««re. nasDUKrit F. 3fS.LXV. (*Ai.

' Le rardinal Grimaldi possédait au plus haut dt^ré la confiance de la Franco, el c'est avec lui que, d'après la lettre suivante adressée au martjuis d’Aigcnson, ce deniior devait s'entendre pour les afloircs de Naples : < Le roy, par l'avis de la rcync trente , sa mère, ne désire pas qu'en traitant avec ceux du rovaume do Naples l'on s'arresto précisément a ce qui est contenu dan.s le projet du fi moi dernier et au mémoire de mestuc date qui l'accoiupagnoit (voy. p. 7 1 o el 7 1 3) ; mais bien que. sur les propositions qui seront faites {wr ceux du pays, l'on prenne les expédions qui seront le plus à leur sati.sl'action, cl qui feront l’effet que l'on désire, qui est d’endommager le plus que l'on pourra les ennemis et les chasser du pays, si l'on le peut, concertant le tout avec M. le cardiiml Grimaldi; ce que Sa Majesté 4 voulu faire scavoirau sieur d'Argenson, afin qu'il ayl à t'y «informer.

«11 sçaura aussy que Sa Majesté fait

APPENDICE. 737

faire nos gens sous io conimandcmcnt de M. de Saint- Aulnais, qui estoil d« garde ce jour-U.

«Le 6, environ sur les trois heures après-midy, M. le duc de Brezé partit du camp et s'embarqua sur une chaloupe pour aller k la rade de San-Stephano , où estoient tous nos vaisseaux et galères, s'eslaiil embarqti^ le mesnie jour sur son Admirai.

« L’embarquement se fit après que M. le duc eut receu quelques avis, de Rome ou d'ailleurs, que l'armèc navale des ennemis estoit à la voile pour venir secourir Orbilello.

Il Le 7, il ne fit point de vent.

«Le 8, M. le duc de Brezé fit mettre é la voile, de grand matin, mais le vent s’estant tourné contraire, il retourna mouiller proclie de San-Slephano.

«Le q, il alla mouiller pris de Porto-Hercole.

« Le 10, l'escadre de M. de Moncade arriva h la rade de San-8tephano.

0 Ce mesme jour, les ennemis bruslèrcnt le second pont de fascines.

« Le 1 1 , ledit sieur de Moncade mit à la voile pour aller rejoindre l'armée navale à la rade de Porto-IIercolc.

U Le me.sme jour, le sieur de Boisgency fut tué d'un coup de canon en allant faire boucher un passage où les soldats alloient trop à de.scouverl dans la tranchée.

«Le n, nostre armée navale demeura derrière le cap de Porto- Hercole.

«Le i3, M. le duc de Brezé vint ù terre pour conférer avec M. le prince [Thomas] sur l'avis qu'il avoit eu que l'armée des ennemis s'approchoit.

«Le lù au matin, M. le duc de Brezé mit à la voile pour aller trouver l'année navale des ennemis A la sortie du golfe de San-Stephano. et la combattit entre l'isle d'Elbe et Piomhino.

«Le mesme jour, au soir, M. le marquis d’Huxelles fut, avec deux réginiens d'infanterie, au quartier de M. Garnier, croyant qu’il deusl estre attaqué des ennemis qui sont dans Porto-Hercole et le fort Philippe; mais il ne se trouva personne que quelques soldats en petit nombre, qu'il fit amener prisonniers.

«Depuis ce temps, nous n'avons rien appris de nostre armée navale que

APPENDICE

la mort de M. le duc de Brezë et la perte d'une de nos galërea, de sorte qu'il ne se peut rien escrire de ce qui sest passé à la mer jiisques h ce qu elle soit de retour.

«Le i3, vingt-quatre galères des ennemis mouillèrent à Porto-Hercole, où elles mirent à terre quelque infanterie espagnole cl napolitaine.

M Le 20, au matin, cette infanterie voulut faire (pjclqiie tentative au quartier de M. Garnier, mais elle fut repoussée par nos gens. Celiiy qui comiiiandoit celte infanterie fut lue d’un coup de nostre canon.

«Le 2 1, M. le chevalier Garnier arriva au camp, de grand matin, pour dire des nouvelles do l’armce navale.

« Le inesme jour, sur les neuf A dix heures, l'escadre de nos vaisseaux, de M. le commandeur des Gouttes, xinl mouiller devant San-Slephano, et A inidy il arriva au camp.

« 1.H} 22 , l'on deffit le secours desbarqué à Porto-Hercole *.

* On trouve aux p«ges 25 et 26 du même nienuscnt, sous !« date du 2 1 juin 1666. des détails sur cette défaite des Espagnols . «Les ennemis, qui s'estoient dcsjà retires une fois dans leurs forts à la vue do nos gens qui alloient les couper, il y a deux ou trois jour», sortirent encore U nuit dernière et se campèrent, au nombre de se|)l ou huit cents hommes , composés de grand nombre d’ofliciers cornmandnns et de réformés, sur la colline la plus proclie du fort Philippe, d'où ils avoient fait sortir trois petits canons avec dessein de t’y fortifier de quelque retianrhement qu'il* avoient desjà commencé, et de venir ensuite attaquer la cassine qui est sur ie Ixird du lac, d'où vous s^vez qu'ils avoient desjâ esté repoussés une autre fois.

( M, deTilly, qui estoit de garde au fort Garnier, en a donné avis de très grand matin à $. A. et que les ennemis avoient coupé nostre communication par U langue de terre et empcsché le retour gens

commandés du régiment de Provence, envoyée le jour précédent pour fortiûcr la gante du mesme fort, et qui ovoient esté relevés par ceux d'un autre corps d’infanterio, qui estoient entrés dans oefortavanl que les ennemis se fussent saisis du passage.

• 5. A . fit aussylost marcher une partie de son armée , dont M. de Sainl'Auliiais . qui estoit de jour, eut le commandement ; et iiiconliiieiit que ces troupes furent un peu avancées par la langue de terre, entre la mer et le lac, S. A. s’y lendit, accompagnée de M. ie marquis d'ilxelles , et envoya commander au sieur de Tilly d'occuper les ennemis parquclques légères escariDOurches.

pendant que le régiment do Normandie et les autres troupes, tant d’infanterirque de cavalerie, approeberoient pour les cou|>er entre la coltine où ils estoient et le fort Philippe; ce qui a si beureusenieni réussi, que, de sept à huit cents hommes qu'estoiont les ennemis, il en a esté bien tué deux cents sur la place et pris trois cenls

APPENDICE

« I>e a3, les galères des ennemis arrivèrent au nombre de vingt au port d'Hercole et y demeurèrent, attendant leur armée navale, qui vint moniller à la rade dudit Porto-llercole le i5.

«Ce mesme jour a5, l’on fit, au matin, la seconde tentative pour passer le fossé et la cunette d'Orbitello, mais sans effet.

« Le a 6 se passa sans rien entreprendre de part ny d'autre.

0 Le 37, les ennemis envoyèrent partie de leurs vaisseaux et galères pour battre les forts de San-Stephano clTelamone, où estoient nos barques, dont ils brusièrent une partie à Telamone, et le soir ils retirèrent leurs vaisseaux et leurs galères pour les rejoindre au corps de leur armée navale, ({ui estoit devant Porto-llercole.

«Le 28 au matin, ils détachèrent encore une partie de leurs vaisseaux et de leurs galères pour battre le fort de San-âtephanu , où ils brusièrent encore queltpics unes de nos barques. »

Là s'arrête le journal; on peut le compléter jusqu’à la levée du siège à l’aide des correspondances que renferment les papiers de la famille d’Argenson. Une lettre de René le Voyer d’Arçenson, adressée au cardinal Mazarin, en date du 8 juillet i6/i(>, montre l’armée du prince Thomas décimée par la maladie : «Il n’y a que peu de jours que je suis parti du camp, par Tordre de M. le prince Thomas, qui a jugé à propos que je sois venu en cette ville (Sienne), sous prétexte de conduire mon fils, qui n’a pu se remettre de sa maladie dans le mauvais air de Telamone; mais le véritable sujet de mon voyage est pour obtenir de M. le prince Matliias* un lieu, le plus proche de la mer qu’il sc pourra, dans les Estats de M. le gnuid-dm-

pruonniers, entre lesquels vous verrez qu'il y a grand nombre d'oITiciers. Le reste .s'estoit sauvé à toutes jambes, après avoir jeté leurs armes dans un fossé, qui favorisa leur retraite. Ccluy qui commandoit tous CCS gens-là a esté tué sur la place. M. de Créquy a fait merveilles en celte occasion avec sa cavalerie, et MM. d'üxclles, de Saint Auliiais , de Tilly, de Frontenac et autres y ont fait aussy très généreusement avec S. A. Je crois que ce bon rencontre, qui se peut appeler une petite ba-

taille, puisque les ennemis y ont perdu du canon et que le champ du combat nous est demeuré entièrement, pourroit bien rabattre un peu l'orgueil des Espagnols, s'ils estoient capables de s’en corriger. Un des prisonniers nous a dit que Don Carlos de La Gatte avoit mandé au gouverneur de Porto- Hercole que, s'il n'csloit secouru dans samedy, qui est demain, il scroii obligé de rendre la place. >

' Frère du grand-duc de Toscane.

7àO

pmir metiro nos blessés et nos maindos, qui ont tellement rempli Tclamonc . où il n’y 8 presque point d'eau , qu'il est à craindre que tout cela n'y périsse , et l'armée mesme, si elle estoit contrainte de s'y retirer, et pour le remercier des vivres que les peuples des terres de M. le grand-duc nous ont apportés depuis que l'année est en ces quartiers icy, et [tour le prier d’en continuer les ordres.

Il Ce dernier point m'a dcsjà esté accordé par ce prince avec tous les termes de félicité qui se peuvent dire, et, pour le premier, il m'a dit que, comme il s'agist de faire entrer des gens malades et blessés dans les terres du grand-duc, son frère, il désire en avoir son ordre et a dépesebé un courrier tout présentement à Florence, qui sera de retour icy demain matin.

• J’ay laissé M. le prince Tliomas en une forte et bonne résolution de faire tout ce qui sera en son pouvoir pour le bien du service du roy et pour la gloire de scs armes, dans l'cstrémité où il se trouve. Je crois que vous aurcs eu de Rome les avis de la marche de la cavalerie de Naples par les Elstats du pape, qui laisse passer librement les Espagnols en déclarant hautement qu'il a desnié le passage. Tous les avis sont de deux mille che vaux, par terre, et de ciiu] mille hommes de pied embarqués, dont on avoit veu arriver seize barques à Porto-Ilercole , avant que je partisse du camp. Ils desbarqueront vraysemblablement en quelque lieu seyr, où la cavalerie les pourra joindre, comme vers Monlallc, ou ailleurs plus près de nostre camp, afin de marcher tous ensemble vers nous, cl en mesme temps ils pourroienl encore faire desharquer quelques gens de leurs vaisseaux pour tenter de les faire entrer dans Orbitcllo par le costé de festang, s'ils y trouvent jour, et que nostre armée nav.ile soit encore esloignec. Tout cela est ainsy (iréveu par M. le prince Thomas, qui a deu faire conduire k Telamone tout ce qu'il a pu do malades et de blessés, et fait retirer vers la tour des Salines partie des munitions de guerre et autres choses pesantes de son camp. »

Les mahadics qui minaient l’armée, les attaques des troupes ennemies et l’arrivée tardive du secours que l'on attendait de France contraignirent enfin le prince Thomas à lever le siège. Il l’annonçait k M. d’Argenson dans une lettre datée du iSjuilIct i646' : «Ce matin, pendant que nous atten-

* Même manuscrit, f 37a ver» et recto.

va

(lions le monde que i’armdc navale nous dcsbarquoit, les ennemis se sont avancds et se sont saisis des éminences. Je me mettois ce pendant en estât de les recevoir et combattre, et les corps de garde avancés les entretenoient, escannouebant pour donner temps aux troupes desbarquées, qui, en tout, pouvoicfit bien monter à trois mille hommes, de nous Joindre; mais, à mesme temps, ils ont fait une sortie de la place bien vigoureuse et, avec beaucoup de facilité, ils ont gagné et bnislc la tranchée; et, voyant que je n'avois pas de gens pour soustenir ces deux attaques et que les troupes desbarquées n’arrivoient pas encore , je me résolus de me retirer et suis venu à la tour des Salines. Demain je marcherai vers Telamonc, et je désircrois bien que vostre santé vouspust permettre de vous y approcher pour aviser ensemble des résolutions plus accommodées au sendee de Sa Majesté. Je, vous prie de dépcscher à Livourne ' pour les provisions (ju’on a dcsjà demandées, estant nécessaire de garnir le port de Tclamoiie. Pour les boulets, on les pourroit laisser. Il est aussy important de travailler à la fortification et de pourvoir à la subsistance des troupes, <{ui ont dcsjà tant travaillé, leur donnant quelque aident. Vous ne sçauricz nous fournir moindre somme de 100,000 fran(ïs, et vous pouvez à mesme temps les envoyer prendre à Florence , puisque demain je feray partir le trésorier pour les recevoir. » Le prince Thomas ne persista pas dans son projet de fortifier Teiamone, et la retraite se fit avec une telle précipitation, que l'on abandonna l'artillerie et une partie des bagages

KÔLE DE CIIAVIGNY PENDANT LA FEONOE. EXAMEN D'UN PASSAGE DES MésiOlHES

DE SAINT-SIMON BELATIF à CB PBBSONNA08. (VoY. T. I DU JOURNAL D'OLIVIER n’ORUESsoN, P. SyS.)

Léon Le Bouthiliier, comte de Cbavigny, est un des personnages dont il est le plus souvent question dans la première partie du Journal d’Olivier d'Ormesson.

' Le texte porte Liÿoume. Celte forme ’ \oy. Mémoires dumarquis de Monglat, est .idoptée dans plusieurs lettres au lieu à l'année i646. de Lkoume.

742 APPENDICE

Secrétaire d'État tous Richelieu, qui avait pour lui une alTectiun toute paternelle, il fut désigné par le testament de Louis Xlll pour être un des membres inamovibles du conseil de régence, puis disgracié' par Maiarin, qui le regardait comme sou plus dangereux ennemi. Cliavigny rentra cependant dans le conseil et y siégea jusqu'en i648 comme ministre d’État’. Ce personnage, qui n’avait alors que trente ans, n'était pas d'humeur à se contenter d'une position secondaire après avoir eu, sous le ministère de Richelieu , le maniement des affaires les plus importantes et les plus délicates ; ambitieux avec les apparences de la modération et d'un désintéressement philosophique, incapable d’arriver au premier rang, et trop orgueilleux pour se contenter du second , il perdit en misérables intrigues d’heureuses et brillantes qualités. Cependant, averti par une première disgrâce, il s’effaça prudemment pendant plusieurs années, et laissa les imporlanU se |>erdrc par de chimériques projets et de folles entreprises. Ne pouvant compter ni sur la reine, ni sur Maiarin, il tenta (comme on l'a vu dans l'appendice II, p. 718 et suiv.) de s’emparer de la confiance du duc d'Orléans; mais Mazarin, sans laisser paraître son influence, lui op|>o$a l’abbé de La Rivière et l’éloigna de la maison de Monsieur. Repoussé de ce côté, Chavigny attendit une occasion favorable pour démasquer son ambition. II crut le moment arrivé en i(î48 ; le parlement était menaçant, la bourgeoisie murmurait contre les impôts , le clergé était agité par le coadjuteur, et les grands aspiraient à une révolution dans l’espérance de ressaisir le pouvoir, que leur avait enlevé Richelieu. En présence de ces dangers, Chavigny, alfectant un zèle ardent pour l'autorité royale, poussa aux mesures extrêmes. Ce fût lui surtout qui conseilla l'arrestation de Broussel et de quelques autres membres du parlement’. Ce coup d'État provoqua, comtne on l’a vu dans le Joarnal d'Otivier d'Ormesson, une émeute, et la cour, passant de la colère à la peur, recula devant le |>arlcinent et rendit les prisonniers. Quant à Cbangny, dont la poUtique perfide n’avait pas échappé k Mazarin, il fut arrêté dans le château de Vincennes*, dont il

* Voy. le Journal d'Olivier ttOrrMston , t. t, p, gq et suiv.

’ Ibid. p. io5.

* Mazarin l'en accu.se formellement <Ums ses Carnets, t X. p. la. — Voy. aussi le

Journal d'Olmer rf'Omiezjoa, t l, p. 5j5.

* Voy. sur la conduite de Cliavigny en auût et septembre i6é8, la note à ta page 584 du tome I du Journal ttOlirter ftOrmesson.

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était gouverneur (septembre 16/I8), puis transféré au Havre, et enfin exilé dans une de ses terres loin de Paris.

Ce fut là qu’un autre ambitieux , également mécontent de la cour et impatient de son exil en Guyenne, vint l'arracher à la modération philosophique, dont Chavigny s’eObrçail de masquer ses regrets. Le duc de Saint- Simon, ancien favori de Louis XIII et son premier écuyer, avait été relégué, dès 1687, dans son gouvernement de Blayc; il avait vainement tenté de reprendre quelque influence après la mort de Richelieu, et s'était vu contraint de vivre loin de la cour, sans se résigner jamais à la disgrâce qui l'avait frappé. Il attendait du temps et des circonstances une occasion <le se venger de Mazarin, et de reparaître avec éclat sur le théâtre de ses anciens succès. .Attaché à la maison de Condé et sûr de l’appui de son chef, il se décida â quitter Blayc et à se rendre à la cour lorsque la paix de Rue! (mars 1669) eut donné une nouvelle importance an prince vainqueur de la Fronde. Il espérait devenir son conseiller intime et s’en servir pour renverser Mazarin. Chavigny lui devait être un utile auxiliaire pour arriver â ses fins. Avant de. partir, le duc de Saint-Simon lui écrivit une lettre (3 1 mais] dans laquelle se trouve le passage suivant: «Je n’ajouterai aucune chose aux bien fidèles asseuranccs que je vous donnai, estant chez vous, de tous mes services. Je vous les répète de tout mon cceiir, vous suppliant d’avoir pour agréable que j’en dise autant à madame vostre femme avec tous les respects que je luy ai voués »

Suivant l’usage du temps, Saint-Simon fit lentement le voyage de Blaye à Paris. N’ayant pu visiter Chavigny, comme il en avait d’abord formé le projet, il ne cessait de lui réitérer les assurances de son dévouement. « Vous honorant nu point que je le fais, lui écrivait-il le a a juin, je ne veux perdre aucune sorte d’occasion de vous rendre mes services, et croyez, s'il vous plaist, ([u’il y a en moy, pour vous, une passion bien fidèle, estant fort attaché à tous vos intéresLs. » Il parle à Chavigny, dans la suite de cette lettre, de son influence auprès du prince de Condé, et promet d’en user on sa faveur. «J’ay tout accès auprès de M. le Prince, lui écrit-il, et je sui.s en possession de luy parler fort librement de tout. Le temps où nous

' Celte IcUrc est autographe, comme toutes les lettres de Saint-Simon que je citerai dans cet article. Elles sont con-

servées aux archives des affaires étrangères, dans les papiers du cardinal Malarin.

SP

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.tommc.s me fera prendre encore i)lus <lc lilrerté, et, s'il y a quelque chose à luy dire qui vous regarde ou autrement, préfereî-moy à tout autre. Je vous promets grand secret; je bruslc les billets , si vous ii'aimez mieiu que je les renvoie. Si vous avez agréable de m’envoyer un chiffre ]>our parler du monde sans nommer, cela me sembleroit bien. En un mot, je fous conjure d’ordonner franchement sur le fondement que, si j'avois l’honneur d’eslre vostre propre frère, je ne pourrais pas estre à tous plus passionnément que j'y suis, a

Arrivé h la cour, qui résidait alors à Compiégne (août 1649). le duc de .Saint-Simon y trouva une ample matière pour exercer l'activité de son esprit :1e prince deCondé.qui venait de réduire Paris à la {laix, se plaignait de l'ingratitude de la reine et du cardinal. De son côté Mazarin, las de la hauteur et des prétentions du prince , se rapprochait de la maison de Vendôme, cherchait à gagner le duc de Beaul’ort, un des membres les plus influents de cette famille, comblait de faveurs les duchesses de Montbazon et de Chevreuse, et négociait le mariage d’une de ses nièces, Laura Mancini, avec le duc de Mercœur, frère aîné de Beaufort. Saint-Simon ne tarda pas à être au courant de ces intrigues, et il en rendait compte à Chavigny dans une lettre du i4 août 1649 ;

» J'ay différé à vous escrirc de ce monde ici, à cause que les choses m’y paroissent assez incertaines et obscures pour embarrasser un gazetier qui veut estre fidèle et asseuré. La résolution est prise, il y a desjè quelques jours, de ramener le roy h Paris '. Ce n'a pas esté sans peine que l'on y a fait consentir les plus intéressés. M. le Prince ayant employé toute sa force pour le persuader. Cest mercredy ou jeudy, sans faute, le jour du départ par le chemin de Scniis. L'on travaille encore pour faire venir M. de Beaufort; M'“ de Montbazon et de Chevreuse y font les dernieis efforts. Je tiens qu'ils ne seront pas inutiles et qu'il se laissera vaincre à la fin par les dames. La piemièrc a obtenu l'abbaye de Vendosme pour son lils, du prix de six mille escus de rente. L’autre a esté très-bien reccue et caressée de toute la cour, jusqu’au point que l'on croit dessein d'alliance de sa fille avec le sieur Mancini; mais l'âge est fort disproportionné, et la fille y tesnioigne grande aversion. M“ la Princesse’ est arrivée depuis deux jours, fort caressée en

' La cour rentra, en elîct, à Paris le ' Ctairc-Ctéiiicncc de Maillé- Brezé. 18 aoùl 1649* l'euime du prince de Coudé.

APPENDICE. 745

toutes manières. Le rojf et la reync furent au-devant d'elle. La famille de Coude se réunit fort et par le mouvement du dief. »

Ce fut sur cette famille cl sur son chef que SainUSimon fondu tontes ses espérances pour la ruine de Ma/.anti et ravénemeiit de Chavi;|*iiy un pouvoir. 11 y travailla avec une ardeur qui ne se démentit pas jus<pia la ratas tropiie. En moins d'ttn mois il avait fait do grands progrès, si l'on en croit la lettre suivante . qu'il adressait h Cliavigny à la date du G septembre ‘ ; ¥ Vous estes è souliait dans la famille de M. le Pnnee, et si ses désii's estoient suivis, vous seriez oà tous méritez» dans la place oii je vous souhaite tousjoars. Cela peut importuner un philosophe^; mais je n'ai pu inVii retenir. La plus grande nouvelle est le mariage de M. de Memour. <x>nrlu et arresté avec la nièce aisnée de M. le cardinal. Ce nest pas une bagatelhr. ot vous l'avez tolisjours jugé chose importante; aussy est-elle ressentie par M. le Prince; il en est très-piqué, ayant fait entendre, il y a quelque lemp.H, nettement son aversion à cette aO'aire. Le c;irdiual [Mazurin] est descomert pour io moindre des hommes avec ses mauvaises qualités manifestes h un chacun, et il est mesprisé au dernier degré. Les plus sages sont [)crsuadé.s de sa perte par diverses raisons. Cela va au moins ou au plus de temps l.es tireurs d'horoscopes sont fort de cet avis •»

Chavigny, provoqué par les instances du duc de Saint Simon, sortit enfin de cette indifférence oii il afTcclail de s’enfermer. 11 écrivit un manifeste, où il résume avec assez d'habileté et de vigueur les principales accusations contre la politique intérieure et extérieure du cardinal. Destiné h être communiqué à des hommes graves, ce document n'a nullement le ton grossier des pamphlets connus sous le nom de mazannudes : c'est une véritable accusation politique. Comme il fallait gagner une partie des personnes sincèrement

^ Dans cette lettre, tous les ooois sont indiqués par des chifiTres; mais comme te chiffre est traduit, je me suis borné a donner U traduction.

* J‘ai déjà parlé de la modération phi* loaophique qu'affectait Chavigny; on en trouvera de nouvelles preuves dans le manifeste cité plus loin.

' Si 1*00 SG rappelle que toutes ces lettres furent saisies à la mort de CUavî>

gny. en i65a. et livrées à Mnzarin, on jugera de réversion qii'en conçut le caitli. nal contre te duc de Saint-ÎMmon. C'est probablement ce qui etpilque les accusations de perfidie que son tii.« a dirigées contre Chavigny. accusations que nous ciamincrons plus loin. Il lui Impiitail A trahison d'avoir livré, ou du moins laissé subsister, des pièces qui pouvaient coiupromettre son père.

746 APPENDICE

religieuses, qui, sans rien entendre au gouvernement des États, n'avaient cessé de comitaltre Richelieu et Maiarin, Cliavigny enveloppe son attaque de fonmiles dévotes. Il montre partout la main de la Providence châtiant la France, et représente Maiarin comme un fléau de Dieu. On ne doit pas d'ailleurs oublier que cet ambitieux affectait alors une grande dévotion et était lié avec le parti janséniste. Quoique ce manifeste soit étendu et qu’on puisse y relever des erreurs nombreuses, il m'a paru asseï important pour être publié. C’est, en efl’et, la plus sérieuse attaque qu'un contem|>orain ait dirigée contre Maiarin. La politique extérieure, que l'élève de Richelieu connaissait  fond, y est surtout traitée avec beaucoup de soin.

s Les maux qui sont è présent dans la France et la ruyne espouvantable dans laquelle ils la vont plonger, selon toutes les apparences, ne me permettent pas de me taire, et je me sens obligé de rompre le silence que j'avois résolu de garder toute ma vie, parce qu’il me semble qu’il seroit criminel, et que je trahirois ma patrie, si je ne l’avertissois du misérable estât auquel elle est, et si je ne luy descouvrois tout ce que je connois de la grandeur de son mal.

• Après que la reyiie eut violé le serment solennel qu’elle avoit fait sur les saints Évangiles, en présence du parlement, des princes du sang et de tous les grands du royaume, d’observer exactement la volonté du deffunt roy, son mary, portée par sa déclaration, et que le parlement mesme eut autorisé ime si manifeste infidélité , que finterprétation de quelques hypocrites ne peut jamais excuser devant Dieu, ny devant les hommes qui ont tant soit peu d'honneur et d’intelligence, il [Dieu] ne fit pas esclaterla colère qu'un esclat si estrange luy devoit avoir fait naLstre. Il réserva la punition qu'il en devoit faire dans le temps, et elle n'interrompit point le cours de sa miséricorde, dont la France ressentoit les effets depuis longues années. H se servit de M. le Prince, encore jeune et sans expérience, pour nou.s faire gagner la bataille de Rocroy, dont on le doit nommer véritablement le Dieu, parce que, s'il n’eust aveuglé les Elspagnols, ils ne la pouvoient pas vraisemblableinent perdre ; il nous fit prendre Tliionville presque en mesme temps, et, jusques en i648, il nous a donné quantité d'autres avantages, sous la conduite de M. le Prince et de M. le duc d’Orléans, dont la cause apparemment doit estre référée à la piété du roy Louis XIII, à qui

DigrFiZeo^

APPENDICE. 747

Dieu continuoit ses rescotnpenses , ou à quelque autre qu'il ne nous est pa.s permis de pénétrer.

B Mais, dans le cours des pro-spérités dont il paraissoit nous esire si libéral pendant les quatre premières années de la régence, il n'a pas laissé de préparer les voycs pour exercer sa justice, et, comme elles cstoicnt pciit-estrc le prix de la vertu du delTunt roy, elles ont esté le sujet de l'abisme dans lequel est tombée la reyne et dont il sera très-diflicile qu'elle se puisse relever, ai Dieu ne l'en tire par sa pure miséricorde, comme il l'y a plongée par un effet visible de sa justice. Je n'ay nulle envie ny nulle bayne contre ceux qui sont appelés au gouvernement de l'Estat. Je les honore, comme j'y suis obligé; mais ils ne doivent pas trouver estrange si je parle d'eux avec liberté, et si je préfère l'utilité publique au respect que je leur voudrois rendre en mon particulier.

«Le cardinal .Maxarin ayant, dès les premiers jours de la régence , gagné la principale conGance de la reyne par sa conduite artificieuse et par l'entremise de Montaigu, Anglois. h qui le maniement des affaires du duc de BucLingham avoit conservé beaucoup de crédit auprès de cette princesse, il eust esté difficile que les dcllàuts qui sont dans son cor|» et dans son esprit n'eussent bientost produit dans celuy de la reyne une aversion contre luy, si les heureux succès qui arrivoient de temps en temp.s ne Iny eussent persuadé que son ministère estoit très-avantageux à l'Estat, et ne luy eussent fait supporter une partie de ses imperfections et prendre les autres pour des bonnes qualités. C'est par cette voye que cet homme s'est maintenu, et Dieu a permis que la reyne l'ayt conservé pour estre destruite par son propre ouvrage, et pour reconnobtre enfm que les quatre premières années de la régence, si heureuses et si fforissantes, n'ont pas esté tant le prix de sa dévotion apparente, que des moyens dont Dieu se vouloit servir pour la chasticr.

a II estoit difficile que le cardinal Maiarin occupast un poste aussy considérable que celuy du gouvernement de l'Estat sans estre parfaitement connu au dedans et au dehors, et si les plus grands hommes ne peuvent cacher, dans cette élévation, leurs moindres deffauts, les siens dévoient parobtre sans doute, puisque son aveuglement ne luy a jamais permis de se mettre en peine de les couvrir. Ce n'est donc pas une chose extraordinaii'e que chacun l'ayt connu pour un esprit inconstant et variable , timide,

APPENDICE

amhilicux. ciuieux. plein de soupçon» et de défiances, sans ordre cl sans règle jusque dans sa maison , voulant faire le mestier de tout le monde, ne s'appliquant dans lésion qu'aux choses qu'il ne devroit pas faire, sans secret, sans auriine fermeté nv fidélité pour ses amis, sans foy et sans parole, avare, pipeur dans le jeu, frijion jusque dans les moindres choses et trèsdr^agi'éahle dans la conversation; mais il ne serait pas croyable qu'avec toute> ces mauvaises qualités il se fust maintenu auprès de la reync et eust si longtemps gardé le timon de» affaires, si ce n'estoit par un secret jugement de Dieu.

« N'est-ce pas une chose estrange que la reync n’en ayl pas esté détrompée d'ahord , lorsqu’au commencement de la régence il fit donner, sans nécessité, le gouveniemenl de Languedoe et de la citadelle de .Montpellier à M. le duc d’Orléans, et ceux de Champagne et de Stenay è M. le IVince. Il y eut asser. de personnes bien intentionnées ' qui le luy déconseillèrent et qui luy ouvrirent des moyens pour éluder les prétentions de ces deux princes, sans qu'ils eussent sujet de se phaindre; mais il leur respondit que ,M. l'évesque de Beauvais’ s’estoit engagé de parole envers eux, comme si, le chassant hunteiisemeni de la cour, ainsy qu'il lit, il luy eust deti porter ce respect de tenir les choses qu'il avoit promises ; mais son ignorance luy fit faire ce faux pas, et il crut qu’il avoit besoin de gagner ces deux prince» pour se maintenir, et que la reync seule n'estoit pus assez forte.

« Il a tenu une conduite, avec l'abbé de I,a Rivière, si peu raisonnable, que luy .seul au monde estoit assez foible pour ne sçavoir pas comment il falloit traiter un homme qui avoit la naissance et l'amc esgalemeni basses. Premièrement , il ne luy devoit jamais faire flionneur de souffrir d’entremetteurs entre eux, et les derniers qu'il devoit choisir estoicntle mareschai d'Estrées et Senncteire, qui sont par la voix publique déclarés gens intéressés , sans foy et sans honneur. C'est par la persuasion de ces bons négociateurs qu’il l'a comblé d’argent et de biens d'église, et qu'il fa fait chan-

' Il est évident qu'il s'agit ici de Cliavignv, qui faisait partie à cette époque du comeil d'en haut, où siégeaient quelques princes et les ministres. (Voy. plus haut daùs l'Appendice II, p. 7 1 5 et suivante» , les motifs qui déterminèrent Maiariri i don-

ner ce gouvernement au duc d’Orléans.)

* Augustin Potier, qui avoit eu un grand crédit peodaul une partie de fan. née 1 . et qui le perdit bientôt par son

incapacité. (Voy. le tome I du Journal d'O- Uvter fl'Ornesson , p. 1 oâ )

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ceiicr de l'Ordre, profanant une dignité qui n’avoit esté possédée que par des personnes de condition, et ce sont eux qui, par un artifice ordinaire aux gens de cour, en blasraant son andiitioii desrcgléc . se sont servis des occasions pour luy faire obtenir la reiionriation au cardinalat. Après la promotion de La Rivière à la cbarge de chancelier de l'Ordre , il n’y avoit que cette dignité qui fus! au-dessus de luy. Le cardinal , par sa maxime ordinaire de promettre toutes choses pour gagner temps ‘, la luy faLsoit espérer, sans dessein toutefois de la luy procurer; mais il arriva que le roy eut la petite vérole ’, et que sa maladie fut jugée très-périlleuse. 1^ peur saisit le cardinal; il crut que, le roy venant i mourir, il avoit besoin de M. le duc d'Orléans pour sc maintenir dans son ministère. 11 Hatte hontcu.sement La Rivière, qui ne manque pas de luy promettre toutes choses pour son maistre, et se seitsi bien de cette conjoncture qu'il tire de luy la nomination au cardinalat. Qui est l'enfiiiit qui n’eust connu que La Rivière ne hasardoit aucune chose en s'engageant à luy, parce que , si le roy re.schap- |K>it, il obligeoit le cardinal à bon marehé; s'il venoit i mourir, il pouvoit donner telle interprétation (pi’ii eust voulu è ses parolesi*

«Si le cardinal eust esté habile, il pouvoit se servir fort utilement de La Rivière; il devoit connoistre sa timidité naturelle; que c'estoil un homme h tenir bas, et que, ne le laissant pas eslevcr, il feroit. pour se conserver dans la posture où il estoit auprès de son maistre tout ce qu’il fait pour obtenir les plus grands honneurs.

« L’élection du pape ne fait pas plus d'honneur à son ministère, quoy qu'il y eust apparence qu’il devoit estre parfaitement instruit dans les affaires de Rome. Il sçavoit que le cardinal Pamphile estoit ennemi de la France et partial de l'Rspagnc ; que son exclusion avoit esté résolue dès le temps du dell'unt roy. Il sçavoit de plus la hayne particulière qu’il avoit contre luy, paire qu’il le croyoit l'un des principaux auteurs de l'assassinat d’un de scs neveux. Néantmoins il le laissa faire pape’, |>our n’avoir pas su donner les ordres qu'il falloit pour l'exclure, et pour avoir employé dans l’amba.s$ade de Rome le marquis de ivaint-Cliamond, contre l'avis de ses principaux

' On confiait ta maxime de Maiarin .èe Icmpt et moy.

* Octobre i6é9> (Voy. leJoarnal d'Otrwn- (f'OmfMOM, l. I, p. 357, note 1.)

* ParapliiJiu prit le nom d'innocent X, (Voy. sur ces évènements le Joumat etO- Ueîer d’Ormessoa, l l, p. aiG, saa, aay, aaS.)

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amys. Si je voulois dire partioulièrenieiil toutes les fautes qu’il fit en celte occasion, cela ra’eni|)orlcroit au delà des lionies que Je me suis prescrites, mon dessein n'estant pas de censurer par le menu la conduite du cardinal, mais de reman|ucr en général les principaux manquemens dans lesquels il est tombé. Je ne puis pourtant m'empescher de dire que, lorsque la nouvelle de la création du pape arriva à Fontainebleau, il parut si défait et si interdit, que les moins ciairvoyans jugeoient aysément que sa conscience luy reprochoit le déservicc qu’il avoit rendu au roy, et son crime envers Sa Sainteté. Les démonstrations qu’il fit d'abord pour ne ta p;«s recoimoistre , et les soumissions qu’il luy fit faire ensuite pour faire son frère cardinal , sont esgalemcnt foibles et ridicules'.

U Y a-t-il jamais eu rien au monde de si mal concerté et de si mal entrepris que le siège d'Orbitello’? Peut-on luy faire assea de reproches des sommes immenses qui ont esté consommées, et des personnes considérables qui ont péri dans ce malheureux dessein?

« L’appréhension qu’il tesnioigna avoir de l’arrivée du cardinal de Valencey en France est une marque de la dernière foiblesse, et la conduite qu’il tint avec luy fait voirjusquesà quel point il manque de jugement. Il luy fit din’ tpic la reyne dcsappiuevoit son voyage; qu’elle vouloit qu’il s’en rctournast à Rome. Il employa diverses personnes pour luy persuader d’obéir aux ordres de Sa Majesté. Mais le cardinal de Valencey estant demeuré ferme, le cardinal luy donna un rendez-vous à Villeroy, où il conféra avec luy, et luy lit toutes les belles promesses dont il a accoustumé d’esblouir tous ceux qu'il appréhende. Y a-t il rien de plus ridicule, après qu’un homme a refuse d'obéir aux commandemens du roy, de le voir visité par un premier ministre? Et n'est-ce pas infamement profaner l’autorité de son maisirc?

U Je ne veux pas icy examiner s’il a voulu faire la paix ou non’; la dis cussion en seroit trop longue. Je dirai seulement que, s’il n’a jamais eu dessein de la faire, il a esté très-malhabile de ne pas connoistre qu’elle seule

' On peut consulter, pour ces événe- Français en i6^6. (Voyez plus haut, ments, les Mémoires de Fontenay-Maretûl , page yao.)

qui était aiubassadcur à Home à l’époque ' il s’agit de la paix que l'on négociait où le frère de .Mazarin fut nommé car- à Munster et à Osnabrück, avec les deux

dinal. branches de la maison d'Autriche (espa-

' Ville de Toscane, assiégée par les gnole et allemande).

. Di

' Dtiis

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pouvoit affermir son cstablissement dans l'ElsIal, el le rendre nécessaire et considérable i tous ceux à qui il estoit obligé de faire la cour pendant la guerre. S'il avoit résolu de la faire, faut-il pas avouer que c'est le plus présomptueux et le plus incapable de tous les hommes par les voyes dont il s'est servi?

« Le sieur d'Avaux avoit esté destine , dès le temps du delTunt roy, pour cette négociation, el il avoit si bien réussi dans toutes les précédentes dont il avoit esté chargé, qu'il n'osa pas luy oster celle-cy d'entre les mains. Mais craignant qu'il n'augmentast la gloire qu'il avoit desjé acquise dans scs employa parcelle que luy donneroit la conclusion d'un traité si important, et sa jalousie et sa foiblesse luy persuadant que cela iroit à la diminution de celle qu'il y vouloit prendre, il fit incontinent nommer le sieur Servien pour luy estre adjoint en cette ambassade. Ce n'est pas qu'il ne le connust pour un esprit assez incompatible et naturellement infidèle; qu'il ne sçust qu'estant procureur général dans le parlement de Dauphiné, ses débauches avoicnt contraint le duc de Lesdiguières de luy donner des coups de baslon, et que luy-mcsnic n'eust contribué i le faire chasser de la cour au temps du deffunt roy; mais il luy falloit un semblable sujet pour esire un exécuteur aveugle de ses ordres, et il avoit besoin d'un oncle du sieur Lyonne* pour mettre en usage toute la mauvaise politique que son petit sens luy saggéroit.

«Ce sieur Servien n’avoit garde de manquer à se brouiller d’abord avec le sieur d’Avaux. Il sçavoit trop bien que c’estoit le premier pas qu’il devoit faire pour plaire au cardinal, el que c'estoit le véritable moyen pour estre son confident dans celte négociation; et cette division a fait assez d'csclat pour n'estre ignorée de personne, et les suites en ont esté assez funestes pour estre è jamais conservées dans la mémoire des François, qui ne sont que trop csclaircis quelle a esté le principal obstacle à la conclusion de la paix générale qui estoit en nos mains’.

«Le cardinal favorisoit secrètement le sieur Servien, quoyqu’il affectasl souvent de paroistre juge équitable entre luy et le sieur d'.Avaiix. D faisoit

‘ Il n'est pas nécessaire de relever la fausseté de ces assertions. De Lyonne est assez connu pour un des plus habiles ministres qu'ait eus la France.

* Voy. Vfiiitoire de ta paix de Weilphaliet par le père Bougeant. On y trouve de curieux détails sur la lutte de d'Avaux et de Servien.

APPENÜICE.

tenir des conseils en sa présence pour juger leurs diirérends, et le sieur Lyoniie, qui recevoit toutes les déjicsches de Munster, ajustoit si bien toutes les escritures, que le sieur d'Avaiix ) avoit loiisjours du désavantage, l.e but du cardinal estoit de le Faire revenir, parce qu'il ne vouloit pas qu'il eiist part au traité de la paix. Mais son irrésolution naturelle, le respect qu'il portoit au président de Mesmes ', et le peu d'apparence qu'il y avait de donner un si rude ut si inraine cliastimeni i un lioninie. i qui on ne pouvoit rejiroclier d'autre faute que de n'estre pas d'accord avec le .sieur .Servien, qui vouloit en toutes manières estre brouillé avec liiy, luy faisoit tousjours dilTércr l'exécution de ce dessein.

« Cependant pcreoime ne peut ignorer que, pendant le séjour que le sieur d'Avaux a fait à Munster, le cardinal n'ayt pu faire la pai.\ esgalenicnt glorieuse et avantageuse à cet Estât; qu'il ne se soit vanté plusieurs fois publiquement qu'il en estoit le luaistre; qu'il ne l'ayt promise tanlost dans un mois, tantost dans six semaines, et qu'il n'ayt dit qu'il vouloit (juc la rcyne luy fist couper le col, s'il ne la luy faisoit avoir quand elle voudrait. Ce discours seul est capable de le faire passer pour le plus vain et le moins judicieux de tous les hommes; car il ne luy pouvoit produire aucun avantage en faisant la paix, et. ne la faisant pas, il le mettoit infailliblement dans le descri où nous l'avons vu depuis, et le chargeoit d'un crime dont il ne peut esviter la punition que pour un temps, et qui luy est sans doute réservée quand il cessera d' estre l'instrutntnit de la justice de Dieu contre ceux qu'il veut cliastier.

« On ne peut excuser la faute qui a esté faite d’avoir rcceu Messieurs de.s Estats ’ poiu médiateurs de nostre traité entre nous et les Espagnols. On avoit, par le passé, tousjours crié contre les conférences qu'ils avoient avec eux en Flandre, parce qti'on sçavoit que la province de Hollande, qui a la principale autorité entre eux, n'avoit que trop de raisons de souhaiter la cessation de la guerre , et qu'elle est gouvernée par des sujets dont la plus grande partie a plus d'inclination pour l'Espagne que pour la France, et il estoit aysé é juger que rien ne pouvoit tant esloigner les mauvais effets qui ont suivi cette médiation que d'empeschcr que les députés des Estats n'eus-

' Claude de Me-sincs. ceinte d'Avaux.

était frère du président Henri de Mesmes. doiil il a été souvent question dans

le tome 1 du Journal rf'O/irier d’Ormeuon.

* On désignait sous ce nom les étals généraux des Provinces.(Jnies

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sent aucune communic.ilion avec ceux de l'Ks|iagne, et de la leur faire passer pour une rupture manifeste de nos traités, .\ussy le cardinal fa-l-il tousjour.s blasmée, quoyqu’il n'y ayt rien de plus certain qu’il en est l'auteur; et il l'a rejetée sur les plénipotentiaires, qui ont dit à plusieurs personnes qu’ils SC |K>uïoicnt fort bien justilier par les ordres précis qu'ils av'oient receus de luy. Ce qui n'est pas inalaysé à croire é qui counoist la présomption et la |>orlée de l’esprit du cardinal, qui s’iinaginoit par ce moyen |>Ournir tromper les E,spagnols et Messieurs des Estais, et que ce luy estoit un grand avantage d’avoir des alliés pour médiateurs; mais en cette occasion . comme en toute autre, il a plus faitde fondement sur une misérable routine de tricherie, qu’il s’est acquise dans les employs qu’il a eus en Italie, qu’il ne s’est arresté à bien examiner les résolutions quil devoit prendre et les succès qu’elles pouvoient avoir.

«On ne peut non plus soutenir la déclaration qu’il fit faire, de la part du roy, contre les sieurs Paw et Knyft, qui estoient les plus considérables des députés de Messieurs des Eslats. Il ne falloit jamais engager le nom de Sa Majesté contre des [wrlieuliers qu’on n’estoit pas assuré de destruire, et la prudence vouloit que nous ne fissions pas csclater un raescontentement que nous nous estions attiré par nostre pure faute. Cependant ce fol le succès de cette belle négociation que le sieur Sttrvicn fil i Iji Haye, dans laquelle il se rendit mesprisahle et ridicule, et fit perdre é la |•'rance tout le crédit qu'elle avoit auprès de Messieurs des Estais, et on ne le sçauroit jamais excuser de la pitoyable conduite qu’il a tenue, si l’on ne demeure d’accord qu’il n’a travaillé que sur les mémoires du cardinal, et qu'il a ponctuellement exécuté ses ordres. Car, après avoir accusé les sieurs Paw et Knyft dans l'assemblée des Estais, et demandé qu’ils ne fussent plus employés dans la négociation de la paix, elle leur demeura, malgré ses instances et ses beaux raisonnemens, entre les mains, et le succès en a este tel que tout le monde sçait'. Ce n' estoit pas assez d’avoir fait la faute de recevoir .Messieurs des Estais pour nos médiateurs; il falloit, pour accomplir ce chef-d’œuvre, outrager les principaux d’entre eux et les déclarer nos ennemis.

• Si on rapportoit par le menu toutes les bassesses que le sieur Servien a faites à La Haye pour la conclusion du traité de garantie, et l'infamie qu'il

' La HolUnde se sépara de U France et conclut un traité particulier avec l’Espagne.

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a fait soulTiir h la France dans le séjour qu'il y a fail, il n’en liiudruit pas davantage pour déclarer le ministre cl son émissaire pour les plus laschrs et les plus impertinentes gens de la terre. Cependant le cardinal voulut qu'il dérobas! celle négociation au sieur d' Avaux, et, par une inesprise ordinaire qu’il n’i'vite jamais dans les affaires les plus importantes, il s'imagina qu’elle estoit trés-coQsidcralile et que le succès n'en pouvoit estre qu’avantageux. Toulcsfois il estoit aysc 4 juger que ceux qui violèrent un traité fait avec Louis XIII et du temps du cardinal de Richelieu ne semient pas plus religieux dans l’observation de celuy qui se concluoit pendant cette régence sous le ministère d’un csiranger, et par l’entremise du sieur Servien. N’eustil pas este plus séant 4 la grandeur du roy de iic pas rechercher des gens qui luy avoient manqué, cl de ne les j>as aller trouver jusque cher eux pour leur faire croire que nous ne pouvions avoir de seureté dans nos affaires que par leur assistance? Je seais bien que les Espagnols n’ont pas esté si scrupuleux, et qu’ils ont rendu des defféreners 4 Messieurs des Estais qu’on n'eusl pas pu s’imaginer et entièrement esloignées de leur manière d’agir; mais ils en ont remporté favanlage qu’ils s’en csloient promis; et, en les traitant avec plus d'honneur et de respect qu’ils n’avoient areoustumé, ils les ont séparés d'avec nous et leur ont fait commettre un manquement qui donne une grande atteinte 4 leur réputation, au lieu que les bassesses du sieur Servien ont eu une autre lin que celle que le cardinal s’estoit proposée, et que, pour tout avantage solide, elles ne nous ont procuré que le mespris de Messieurs des Estais et une honte 4 la face de toute l’Europe , qui ne s'effacera jamais que lorsque nos affaires seront gouvernées par de meilleures testes.

n Pendant que toutes ces choses se passoient, nous avons tousjours esté en puissance d'establir la |)aix générale très-avantageusement pour nous; mais, ou le cardinal ne la vouloit point, ou, s’il la désiroil, il s’imaginoit en estre tellement le maistre qu’elle ne luy pourroit jamais eschapper toutes les fois qu’il la voudroit faire. Sur ce fondement, il en esloigna la conclusion pour donner moyen au comte d'Harcourt de prendre Lérida, et, le siège ayant esté levé, il embarqua M. le Prince en Catalogue, pour attaquer de nouveau cette place. Ce fut lors que, dans les conversations secrètes qu'il eut avec la reyne, il l’obligea de donner les derniers éloges 4 son adresse, en luy faisant connoistre qu’il avoit fail tomber M. le Prince

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dans le pit^gc; que, s’il prenoit Ldrida, le roy on tireroit beaucoup d’avantage, celte place, qui donne l’entrée libre dans l’Aragon, luy devant infailliblemoni demeurer entre les mains, comme tout le reste des autres que l’article des conquestes luy donnoit; s’il la manquoit, il y perdroit ou sa réputation ou, plus apparemment, la vie, qu'une telle disgrâce luy feroit inespriscr par désespoir; ce qui ne scroit pas moins utile à l'Estat, nonsciileinent que la possession de Lérida, mais que la paix présente inesine, quelque avantageuse qu’elle pust estre, parce que, les Esi>agnols perdant |)ar la mort tic ce prince toutes leurs espérances de voir des brouilicries dans l’Estat, ils ne (Kuirroient s'enipeseber de nous l’olTrir ensuite en telles conditions que nous voudrions

sEnriii, après avoir touiinenté le sieur d'Avaux en diverses rencontres, et l’avoir accusé rausseinent d'avoir empesebé la conclusion de la paix, il luy fut donné commandement de quitter Munster et de revenir en France. k son arrivée, il luy fait delfendrc de voir la reyne et luy envoie l’ordre de se retirer à la campagne; il le déclare pour son ennemi mortel, il dit à tout le monde qu’il avoit beaucoup moins de sujet de se plaindre de M. de Beaufort , qui n'avoit voulu attenter qu’è sa vie , t|ue de luy , qui luy avoit voulu niiticr l'honneur, et il le descrie partout autant qu’il peut pour un ministre corromjtu. qui avoit pris de l’apgent de la reyne de Suède sans le sçti et le consentement du delTunt roy, pour un homme vain et peu solide, et de qui les dépesclies estoient tousjours pleines de fausses relations pour fiiire admirer sa conduite jusque dans les moindres choses. Tout le monde eust jugé qu’il n'y pouvoit jamais avoir de réconciliation entre eux. Néautmoins, incontinent après cette déclaration, les barricades arrivèrent, où, croyant avoir besoin du président de Mesmes et qu’il scroit malaysé qu’il le pust obliger à servir selon son intention pendant que son frère recevroit un aussy injuste traitement que celuy qu’il luy faisoit souifrir, passant d’une extrémité à l'autre sans milieu, il luy dit qu'il désiroit passionnément l’amitié de M. d'Avaux, et qu’il faudroit qu’il fust bien dilTicilc, s’il ne la luy accordoit, farce (ja'il le roaloU rechercher comme ane maistresse. Ce sont les mesmes termes dont il usa, que le président de Mesmes rapporta è ses

' Il est inutile de relever la partialité de l’auleur; il sullit do rappeler qu’il voulait à tout prix irriter contre Maurin le

prince de G>ndè, cjui avait été ai sensilile à la défaite de Lérida. (Voy. le Jonrnal d'O/iriar d'OmoKMi, t. l,p. 388.)

APPENDICK.

75fi

amys avi^c beaucoup mespris et d'indignation , et qui ne pouvoienl sortir de h bouche que d'tin premier ministre qui avoit passé sa Jeunesse dans ItoiuR, et se souveiioit encore de son premier meslicr.

« Le duc de Longtieville, voyant avec combien peu de sincérité on marchoit dans le traité de la paix, qu'il n'y avoit plus d'apparence quelle se dust fain', et, se repentant peut-osire d'avoir lascliemeiit adhéré aux sentimens du cardinal Mazarin en diverses oi^casions par la considération de ses intérests particuliers, qui ont lousjours esté les pit*mier$ maistres de sa conduite, obtint la pennissioii de revenir en France.

« Le sieur Servien estant ainsy demeuré seul à .Munster, ayant fait esloi- 5 "lier de tous les employa d Allemagne des personnes très-inlelligcnies. ik qui

ils avaient esté conliés du temps du dcduiit roy, et ayant mis dans reliiy de / Munster un nommé 1.»^ Court', son confident, diffamé par son ivrognerie

et s«is débauches, et très-ignorant dans tes affaires du monde, il detncui'a le maistre de toute la négociation; mais aussytost Penaranda, estimant

* Henri GmuUrt. »icur de La Court, était, au rontraîre, un homme habiJe et C'Iinié. Il ne niéritAÎt, pas plus que de Lvonne, les attaques pAuionnées que Cha* vignv a dii igees contre lui. (iumme Henri Groulart est peu connu, et que les biograpbii'ü ne citent nièiese pa» M>n nom. j'ajouterai ici quelque» dêtajlii sur ce personnage. Il était fil» de Qaude GrouUrt, premier présHieiil du [larlemenl de Normandie. ^levé sous iea yeux de cet austère magistrat, il »c distingua |mr aes talent» et fut envoyé {Uir Maxarin. en iG4fi. pour négocier i Osnabrùrk avec les Suédois et une (tarlie des princes allemands, pendant que le* plénipotentiaires français, d'AvaUx et «Servien, résidaient à Munster. Apres le départ de d’Avaux, ce fut sur Hetiri Groulart que porta le poids des négociations. et il le soutint avec vigueur et babüctc. Des lettres inédites, écrites par lin des secrétaires de rambassade, ne bis-

sent aucun cloute sur ce point, li écnvail le 9 Juin i6A8 : «(^sont là les fruits des soins de M. de La Court (Henri Groulart), qui a gagné tant de créance auprès d’eux (les députés allemands), qu'ils le veulent retenir, le considérant nécessaire absolument pour la conclusion de 1a paix, i—- Et ailleurs (lettre du i S juin) : « Il est etlresmement caressé , tant de 1a part de la cour que de U part de tous ceux qui traitent avec luy, qui lesinoignent que »a pre»enre. a beaucoup servi dans les affaire». • Enfin, dans une lettre du lO août, écrite peu de temps avant la signature du traité de U estphalic : ■L'on peut dire roaintenaiil avec raison que M. de La Court a tout le faix de la négociation, a J’ai publié une partie do b correspondance de Henri Groulart avec Nicobs Brete) de Grémcmvülo, ambassadeur de France B Venise, pendant les années 16A7 et iCàë. (/Imtr des toaelé» nireafrs, octobre et novembre id6o.]

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qu'ii n'j avoil nulle propoilioii entre eux. se relira et mil en teste* à uii procurcurgénéral du parlement de Grenoble le procureur général de coluy de Dole, qui, sans se faire nommer .M. le comte Brun, estoit de meilleure naissance et plus intelligent que luy. Il est vray qu’il [.Servien] se vante d’y avoir achcvi! le traité avec l’empire; mais premièrement, il faut qu’il avoue qu’il a suivi les Suédois, que nous ne pouvions plus enipesclicr de faire le leur, et que leur considération a esté le plus puissant motif qui nous a fait accorder ce que nous avons obtenu, outre que les suites feront voir s'il est avantageux d’avoir laisse establir la paix dans l’empire et ejtre demeuré en guerre avec l’Espagne, qui sera tousjours assistée indirectement, quelque pnVaulion qui ayt esté prise au contraire, de toute la puissance de l'empei'eur contre nous, qui serons contraints de soustenir seuls leurs efl'orts sans aucun secours de nos alliés, la politique du cardinal Mazarin nous ayant fait perdre les Hollandois et laissé imprudemment conclure le traité des Suédois, qui, sans manquer à ce qu'ils nous doivent, nous laisseront démesler nus affaires avec les Espagnols, pour jouir |>aisiblement de ce qu’ils ont conquis dans l'Allemagne.

» La fortune nous avoit présenté la plus belle occasion du inonde pour cbasscr les Rs[>agnols du royaume de Naples; jamais il n’y cul une si furieuse ny si générale émotion que celle qui s'y estoit élevée, et les Espagnols v esloieiil dans une extresme foiblesse, tous les peuples de ce royaume demandant du secours au roy pour achever de se deslivrer de leur tyrannie, et pour se soumettre ensuite sous son obéissance, l-c luanpiis de l'’ontciiay ' avoit très adroitement conduit les choses en ce rencontre pour le service de Sa -Majesté, et il semhloit qu’il fusl raisonnable de luy en laisser la direction. Cependant, parce qu’il s’estoit brouillé avec l’abbé de Saint-Nicolas’, qui avoit esté envoyé A Rome pour y faire les allàires de la France après que le sieur de Saiiit-Chamond en fut retiré , le sieur Lyoniie, qui l’avoit proposé, voulut quelle luy passas! par les mains à fexclusion de l'ambassadeur. Le marquis do Fontenay ne crut pas pouvoir soulTrir un traiteinent si injuste.

* Cesl-A-dire, pour tenir tête.

’ Funlenaj-Marcuil, ambassadeur de France A Itonie. Il a laissé des Mémoires 4|ui font partielle toutes les collections de Mémoires relatifs b l’histoire de France.

’ Henri .Arnauld, abbé de Saint-Nicolas, et, plus lard, évéque d’Angers. (Voy. les .Mémoires de son neveu l’abbé Arnauld, qui l’accompagna dans son voyage A Kome.)

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<•1 (lovoir pcrdrr une si belle occasion et si avantageuse h l'Estat, par la jalousie et l'extravagance d'un petit comtiiis; il sçavoit que les Napolitains ne pieiiilioient pas tant de creance i un simple envoyé qu'à un ambassadeur, et que la leste de l'abbé de Saint-Nicolas n'estoit pas assez forte pour un einploy de telle conséquence. Il fait des reraonstranecs sur les depi-scbcs que Lyonne luj faisoit et reçoit des responses pleines d'outrages, tpii luy donnoient des ordres précis de faire aller cet abbé à Naples. Dans a'i contestations, l'armée navale du roy s'avance vers Cività-Vecchia. Personne ne .SC trouve en estât de luy prescrire la conduite qu'elle devoit tenir, et ainsy son voyage à Naples fut non-seulenicnt inutile, mais ii'y fit que donner des marques ou de la foibicsse du roy ou de la mauvaise volonté de la reync.

» Le cardinal Mazarin, au lieu de songer à ré|Hirer la faute qui avoit esté laite . et de s'appliquer sérieusement à restablir dans Naples le crédit que le roy y avoit perdu par les fausses mesures qu'il avoit prises ou par ignorance ou par dessein, en portant dans ce royaume le plus grand nombre de forces qu'il |K)urroit, s'amuse à faire un traité avec le duc de Modéne et forme celte illustre entreprise de Crémone sur les mémoires du cardinal Grimaldi , dans nn temps où la Franco, estant épuisée par les profusions et le mauvais gouvernement de la régence, n’estoit pas assez pni.«is,inte pour fournir à celle de Naples toute seule, et ainsy il les mainjua toutes deux, nous fit perdre la ri'putation en Italie et donna moyen aux Espagnols de rajuster leurs affaires dans Naples; ce qu'ils eussent eu de la peine à faire, si le cardinal .Mazarin n'y eust contribué par sa fausse politique. »

•Au moment où fut écrit ce manifeste, on devait croire Mazarin perdu. Condé et Bcaufort se rapprochaient, le coadjuteur et la vieille Fronde s'unissaient au vainqueur de Rocroy pour renverser cet Italien , dont on dévoilait bautoincnt les turpitudes, et dont un homme d'Etat comme Cbavigny signalait les fautes. Livré à la raillerie du peuple par les mazarinades, chaque jour plus violentes, au mépris des hommes sérieux par un ancien ministre, à la haine de tous par le cri public, Mazarin pouvait-il échapper à laj'uine? C'est ici qu'il faut admirer la prodigieuse habileté de ce joueur intrépide , qui ne désespéra jamais des parties les plus compromises. Son premier soin fut de rompre l'union de Condé et des frondeurs. Pour cela.

Digitiiod by Co;^e

APPENDICE

il subit toutes les bumiliations que Coudé lui voulut infliger. Il signa une déclaration par laquelle il s’engageait à prendre l'avis de ce prince dans toutes les afl'aiics iinporlanlea'. Il écrivit sur ses carnets* les pcn.sées suivantes. qui devaient probablement être développées dans une convcrsaition avec Condé ou avec un de ses amis ; a Je tiens pour mes meilleurs ainys ceux qui le sont de M. le Prince. Je me séparerai des miens s'ils luy desplaisent, cl je ne songe qu'é le servir en tout et partout avec une résignation sans exemple, le tout |K)ur l'asscurcr qu’il n’a serviteur plus cordial, ferme etseur que inoy, et afin qu’ayant tout à souhait il agisse pour relever l’autorité du roy. Ce qui est fort faisable, s’il s’y veut employer et y travailler de la bonne sorte conjointement avec moy. »

Tout ce que le prince de Condé avait réclamé lui fut accordé immédiatement : M. de Longueville cul le Ponl-dc-l’.Vrcbo, et le prince de Conti la prome.ssc d’un chapeau de cardinal. Mazarin annonça la résolution d’enfermer ses nièces dans un couvent*, afin que le prince de Condé n’eût plus i se plaindre des projets de mariage de Laura Mancini avec le duc de -Mercceur. Enfin le cardinal, après toutes ces concessions, alla souper avec le prince de Condé au palais du duc d’Orléans, et là il eut à supporter les railleries insultantes des petits-maîtres, qui formaient le cortège ordinaire du prince '. .\ussi les courtisans, qui avaient compté sur Condé pour renverser Mazarin, ne |>rcnaient-ils pas cette réconciliation au sérieux. Saint-Simon écrivait le lendemain (17 septembre ibég) à Chavigny :

a L’accommodement s’est fait hier et déclaré aujourd’huy par l’entremise de M. le duc d’Orléans; le Pont-de l’Arche est accordé. M. le Prince en a remercié ce matin la reyne , et luy a fait de nouvelles protestations de service et d'obéissance , asseurant Sa Majesté qu’il n’auroit pas e.sté moins ferme et moins Gdèle dans son devoir, quand bien mesme il n’auroit pas rcccu retic grâce de sa bonté. Monsieur ensuite a commandé à M. le Prince de luy donner à souper, et il a fait entendre qu’il y mèneroit M. le cardinal, et, à l’heure que je liens la plume, ils sont à table avec peu d’allégresse. CesI une réconciliation en apparence, dont beaucoup de gens sont présentement

’ Cette déclaration a été publiée dans * Carnet \lll, p. 7G.

les Mémoires de Pierre tenet (édit. Mi- * Voir les Mémoires de Pierre Lenet,

chaud et l'oujoulal, p. aoà et ao5}. p. 198, édit, citée pins haut.

‘ Carnet XIII, p. 77. -

APPENDICE

7 no

on poino; mais je vous puis asseurer qu’elle n’est point cordiale du costé du faubourg*. Mazariii* est entamé, et sa ruine est résolue d’une façon qu'il faudra des miracles pour sa conservation. Ce sera doucement, sans employer aucun moyen violent. Faites vostre compte hi dessus; vous estes fort sur le tapis, et très fort dans le cœur de toute la maison de M. le Prince; je n’oublierai aucune chose pour vous rendre toutes .sortes de services. Vous devez escrire à M. le Prince, sur cette occasion, une lettre pleine d’alfection et d’espérance que ses soins et sa conduite remettront i’Estat dans le honlienr. J’olfre de rendre vostre lettre. .Si vous voulez dire davantage d.ins la mienne, je la puis faire voir. .Ma passion pour vostre service est sans réserve; ordonnez franchement. l,c raccommodement fera quelques dupes. »

La dupe, dans cette afi'aire, ce fut .Saint-Simon, tout habile qu’il se piquait d’être. Mazarin . en s’humiliant devant Condé et en achetant si cher son pardon, n’avait qu’un but : semer des défiances entre les deux Frondes, prouver au.x Vendôme, au coadjuteur, à M” deChevreuse, qu’ils ne pouvaient compter sur Condé; isoler peu ô peu le prince, et frapper ensuite cet ennemi désarmé. Il marcha à son but par les voies souterraines qu'il préférait, mais il y marcha sûrement et résohiment ; le grand Condé lui fournissait d’ailleurs des armes par ses imprudences. Il ne faut pas oublier qu’û cette époque le prince, âgé de vingt-neuf ans. était dans tonte l’ivresse <le la fortune. Vainqueur â Rocroy, â Fribourg, â Nordlingen, Cens, il venait encore de triompher des frondeurs et de ramener le roi dans Paris. Bien loin de faire oublier sa gloire, il alTectaif pour ses adversaires le plus orgueilleux mépris. Les pclils maUrcs , les Bonteville, les La Moussaye, les .larzé imitaient son insolence, et traitaient avec dédain les hommes dérobé et de plume qui avaient soutenu la première Fronde. Les |)arlcmcntaircs s’en irritèrent. La vieille haine des maisons de Vendôme et de Condé sc réveilla. M"" de Longueville, réconciliée avec son frère, avait toujours pour ennemie M" de Chevreusc, comme au temps de la cabale des Importants.

Mazarin sut habilement profiter de ces divisions et des fautes du prince

’ C'est-à-dire, du prince (le Condé, qui * Uans cette partie de la lettre, les noms avait .ion hôtel au faubourg Saint -Ger- sont indiqués par des chiltres.

main.

APPENDICE

de Condé. Il se rapprocha peu & peu de la maison de Vendôme, comme l'attestent ses carnets. On y lit, à la date du 4 octobre 1 64g ' : « M. de Vendosme, après m'avoir parlé de scs affaires ce matin, m’a dit que jamais les choses n'avoient esté en meilleure disposition pour retirer M. de Beaufort et le donner à la rcyne entièrement; que le président de Belliévre et le • coadjuteur y estoient tout à fait résolus en hayne de M'~ de Montbazon , qui vouloit mettre tout en confusion pour scs interests particuliers. » A partir de ce moment, les liaisons de Mazarin et de la vieille Fronde devinrent chaque jour plus étroites. L’abbé Ondedei, un des intimes confidents du ministre, eut des entrevues avec le marquis de La Boulaye. M“* de Chcvreuse et Beaufort lui-même promirent leur concours au cardinal. Ih'aufort montrait autant de zèle (tour son nouvel allié qu'il en avait déployé antérieurement pour la Fronde. «La moindre chose qu'il promet dans cette liaison d'amitié, écrivait Mazarin*, c'est de calmer le royaume et de mettre aux pieds de la reyne les parlemens et les peuples, et de faire avoir autant d’amour pour inoy qu'on a de hayne. a

Cependant, au milieu des succès de -sa |>olilique tortueuse, Mazarin redoutait toujours Chavigny. II suivait avec inquiétude les menées de ce rival dangereux , qui s'était rendu en Brie et de 14 avait de fréquentes entrevues avec les frondeurs , tels que Fontraillcs et le président Viole. • On m'asscure , écrit Mazarin sur ses carnets*, que M. de Chavigny a esté deux heures 4 Paris et qu'il a veu M. le Prince. » Et un peu plus loin : • Chavigny reçoit le monde avec grande parade et a veu M. le Prince*.» Mazarin craignait que cc conseiller, plus habile que les petiU-maiUes, n'arretât Condé sur la pente fatale où il se laissait entraîner, ne renouât les relations des deux Frondes, et, comme écrivait le ministre *, « ne fist mille choses préjudiciables au service du roy et au mien. » Malheureusement pour le prince de Condé, il cédait 4 des conseils moins prudents et séparait de plus en plus sa cause de celle des frondeurs. Saint-Simon, écho du parti des petitsmallres, affectait aussi de dédaigner la vieille Fronde. U écrivaitè Chavigny, le a y novembre: «On vous conseille de fréquenter le moins que vous le pourrez le pape des frondeurs * et les autres de cette nature. ■

' Ciirnet XIII, p. 4i.

’ liid. p. 16-17.

* Itiid. p. 18.

• Caroel XIU, p. 43.

' H s'sgit probablement de Paul de

APPENDICE

En même temps que Condc rompnit avec Beaufort et avec le coadjuteur. il pou-ssait aux dernières extrémités Arme d'Aulriclie et son rainUtre par de nouvelles insolentats. il SC rendit coupable de l’insulte la plus grave à l’égard d’une reine : il prétendit lui imposer un amant, et choisit |<otir ce rôle Jarai, un des pelit$-mailres. Cet outrage porta le désesimir dans l’ànie d’Anne d'Autriche*, et Mazarin se hâta de prendre les dernières mesures avec les cliefe de la Fronde; il gagna Retz par la promesse du chapeau de cardinal , V'endôme et Beaufort par celle do l’amirauté, M"" de Chevreuse lui répondit du failrle Gaston d Orléans.

Si l'on en croit les carnets de Mazarin’, il était temps que ce ministre en finit avec le prince de Condé. Les gcntilsliomincs dévoilés é la maison de Coudé se réunissaient en foule i Paris, et tout annonçait une révolte formidable. Mazarin la prévint : le i8 janvier i65o, le prince de Condé, son frère le prince de Conti, et sou beau-frère le duc de Longueville furent arretés au Louvre et transférés immédiatement è Vinceiines*. Ce coup d'Etat dispersa le parti des princes : les plus dévoués, et, entre autres, les ducs de Bouillon et de La Rocbefoucault, coururent aux armes; Cbavignv, gardant toujours son rôle de pliilosophe, se retira dans ses terres et attendit que la délivrance des princes ( 1 65 1 ) lui fournil une occasion de renouer ses intrigues. Quant au duc de Saint-Simon, il avait reconnu de quel côté était la force; il se hâta de regagner Blayc et écrivit à .Mazarin pour lui offrir son épée. Le ministre ne fut pas dupe de ces démonstrations tardives, et l’on voit assez, par la lettre qu'il répondit (i6 février) au duc de Saint .Simon, que la fuite précipitée du gouverneur de Blaye faisait peser sur lui de justes soupçons, a Vous pouviez changer la forme de ce do|)art, lui écrivait-il, et parUculièremcnt dans la conjoncture présente, où il a donne matière au peuple de faire diverses spéculations et de craindre de mauvaises suites de la sortie du la cour d'une personne de vostre qualité, sans avoir pris congé de Leurs Majestés. » Cc|>endant le caidinal déclarait qu'il avait transmis à la reine les assurances de fidélité et de dévouement que lui donnait le duc de Saiut-.Simon, et qu’elle les avait reçues avec une entière confiance.

Gomli , qui devint bientôt cardinal de Rel», * Carnet XIV, p. i .

' Voj. le Journal d’Olivier dOrmenon, * Voy. le Joamnl dOlnier dOrmmon, 1. 1, p. 780, note 3. I. I, p. 8o3 cl suiv.

— DigilTzeST:

APPENDICE. 7fi3

J'ai insisté sur cel épisode de la vie politique de Cliavigny, parce qu'on n'en trouve aucune trace dans les Mi'moires contcnqwrains. Ils donnent, au contraire, des détails ëtendu.s sur le rdle que joue ce personnage <lans la suite de la Fronde'. Après avoir passé une aimée environ dans ses terres, en Touraine, il fut rappelé par la reine en i65i, lorsque Masarin se fut éloigné de la France et que les princes, délivrés de prison, furent rentrés triomphants k Paris. Cliavigny fit partie du ministère organisé en avril 1 65 1 ’ ; il y fut considéré comme f homme du prince de Condé, et le défenseur de scs intérêts dans le conseil. Retz, qui aurait voulu y faire dominer l'influence du duc d'Orléans, dont il disposait, attaqua Cliavigny avec violence dans un pamphlet intitulé : Les Contre-Temps du sieur de Chai ijny, premier minisire de M. le /’n'nce’. « Il falloil. disait Retz, queChavignv quittast la solitude pour aller porter le flambeau de la division dans la maison royale, pour scrvnr d'un nouveau prétexte et d'une nouvelle cause à la division de la reyne et de S. A. R. et pour conférer tous les jours, sur ce sujet, avec toutes les créatures du cardinal Mazarin. Quel contre-temps a un homme establi de se venir jeter dans la tempeste, sur une mer pleine de périls et d'écueils, agitée encore par les vents et par les orages, et dont les mouvemens incertains ne pouvoient qu’estre évités par un esprit tant soit peu judicieux; d'avoir prétendu de se vouloir rendre maistre, dans un temps’oii il n‘y avoit personne au monde qui pust pénétrer où elle devoit tomber; d'avoir espéré la confiance au moment tpie l'on ne pouvoit judicieusement fixer aucun dessein pour les choses mesme les plus faciles; d'avoir creu que le cardinal Mazarin la liiy roofioit de bonne foy, dans un Estât où scs amys les plus asseurés luy estoient suspects-, de s'estre imaginé de pouvoir perdre Monsieur et tous ses serviteurs par la liaison de la reyne et de M. le Prince, qu'un homme sage eust bien connu ne pouvoir cstie de durée, de la manière qu’elle s'estoil faite. Il ne faut que jeter les yeux .sur eette conduite pour la considérer avec pitié, a

' Voy. principalement les Mémoires du cardinal de Betz, de Monlglat, de P. Lenet, deConrart, etc.

* Voy. sur ce ministère Ica Mémoires que je viens de citer et l'appcndicc VI au Journal ttOlitier d'Ormeston.

’ Ce pamphlet a été réimprimé à la tin du tome 111 des Mémoires du cardinal de BelZt dans l'éililion que M. Aimé Cliampollion-Figeac a publiée chez le libraire (iliarpenlier (Paris. 1869 ).

APPENDICE

Le nouveau ministère de Cliavigny ne dura que quelques mois. Lonsque le prince de Condé sortit de Paris (septembre i65i) |K>ur aller en Cuienne allumer la guerre civile , Chavigny se retira dans ses terres; mais il n'y resta pas lungtcin)H en repos. Dès le mois de janvier 1 65i , il fit faire dos ouvertures à .Mararin par l'intermédiaire de l'abbé Fouquet. Il promettait de réconcilier la cour avec le duc d'Orléans, sur lequel il se flattait d'exercer une grande influence. Le cardinal , qui connabsait Cbatigny, ne lui témoigna qu’une médiocre confiance : «Je vous ay desjà mandé, répondait-il 4 l'abbé Fouquet le 3 1 janvier 1 6.Sa , que je n'avois d'animosité contre personne. Si M. de Chavigny fait connoistre évidemment qu'il veutse mettre dans le bon chemin, et que, pour cet effet, il poilc .S. A. R. à prendre les résolutions quelle doit pour le service du roy et pour le bien de l'Estat, il se peut asseurer que je m'employci'ai auprès de Leurs Majestés, et qu'il n’aura pas sujet de sc plaindre de moy ; mais il faut des effets et non pas des paroles. «

Chavigny s'en tint aux |>aroles, et le cardinal, tout en négociant avec lui', démêlait parfaitement le but de cet ambitieux. Il écrivait, le 6 avril 1 65a : O II me semble que M. de Chavigny est le grand conseiller de S. A. R. (Gaston d'Orléans), 6 qui asseurément il fait croire (pi'il .sera en mauvais estât, s'il ne se déclare et ne fait des démonstrations esclatantes et positives pour M. le Prince, parce que autrement ledit Prince, estant maistre de l'année et voyant de ne pouvoir pas sc prévaloir de l'assistance et de l'amitié de S. A. R. s’accommoderoit avantageusement avec la cour. Il ne faut pas douter que cette appréhension ne soit capable de porter S. A. R. à tout ce qu’on luy conseillera à l'avanUage de M. le Prince, nonobstant la jalousie et mesme l’aversion qu’il a contre luy. « Et plus loin : u M. de Chavigny, avec ses adbérens, gagne |>ays furieusement, et, avec l'assistance de M. le Prince, viendra à bout de tout; ce qui ne peut estre que très-préjudiciable i Leurs Majestés, i M. le cardinal de Retz et è moy. Car je ne m’arreste nullement i tous les bruits que l'on fait courir, avec tant d'artifice , qu'il (le cardinal de Retz) est d'accord avec M. de Chavigny et qu'il s'est acconunodé, par son moyen, avec M. le Prince, s^achant fort bien qu'il est incapable, par mille raisons, d'une chose de cette nature.»

On voit que Mazarin avait, relativement i cette liaison, plus d'inquié-

' Voy. it/émorm Ja can/tnal dt flelz, édit, citée, t IV, p. i8, IQ, ao et suiv.

APPENDICE

tucle qu'il ne voul.'iit en laisser paraître. Il craignait surtout une coalition des princes, et s’etTorçait de les tenir divWs en romcniaiit les jalousies et en excitant l'un contre l'autre les hommes qui les dominaient, tels que ReU etCliavigny. Cette politique ne réussit qu’incomplélcmcnt , et Mazarin fut conU^iiit de sortir de France pour la seconde fois, Il n'en continua pas moins scs négociations avec Cliavigny par l'intermédiaire de Fabcrt, gouverneur de Sedan. Il écrivait, le 6 septembre i65», au procureur général Nicolas Fouquet: «Je vous dirai dans la dernière confidence <pie M. de Chavigny m'a fait sçavoir, par le moyen de M. Fabcrt, que l’on estoit fort porté i Paris è l'accommodement', et que M. Coulas* se devoit aboucher avec M. vostre frère (l'abité Fouquet). » Mais toutes les espérances qu'avait fait naitre cette négociation furent trompées, et, le a4 septembre, Mazarin écrivait i l'abbé Fouquet : «Vous verrez que M. le Prince n’a veine qui tende à l'accommodement, entrant en de nouveaux engagemens et se liant tous les jours de plus en plus avec les Espagnols, s

Chavigny n’était pas moins las que Mazarin de voir sans cesse différé ou même abandonné un projet de traité qui lui avait suggéré d’ambitieuses espérances. La puissance du prince de Coudé, sur laquelle il comptait pour la réalisation de ses idées de grandeur, s’évanouissait. Il se montra disposé â abandonner le prince et à séparer sa cause de celle du duc d'Orléan.s. «.M. de Chavigny m’a asseuré, écrivait l’abbé Fouquet à Mazarin’, que, quand M. le Prince ne s’accommoderoit point. Monsieur s’accommoderoit, » Celte lettre fut interceptée et livré^e au prince de Condé. On sc figure aisé ment la colère qu’il en ressentit contre Chavigny. Il le traita si durement, que Chavigny tomba malade et mourut qtielques jours après (i i octobre i65a)*.

Ainsi se termina, à l'àge de quarante-quatre ans, une vie empoisonnée par les tourments d’une ambition inassouvie. Comblé de biens, alfcctant une indifférence philosophique pour les honneurs, et même le rigorisme

' C'csl-À-dire. à un accommodement entre la cour et le parti des princes, qui dominait à Paris.

' La Molhoéjoulas , secrétaire des commandements du duc d'Orléans. Il a laissé des Mémoires encore inédits.

* Voy. cette lettre dans les Mimoint de AC* de Montpensier {édit. Charpentier, t II. p. 175).

' Voy. sur la mort de Chavigny des détails très-étendus dans les Mémotrtt de

Conrarl

APPENDICK.

) religieux, Cha\-igny ne sut ni se résigner au repos, ni saisir le fantôme qu'il

poursuivait avec une ardeur passionnée. Il espéra d’abord am’ver au pouvoir par le testament de Louis XIII; mais il se vit annulé dans le conseil par Mazarin. Il tenta ensuite de s’emparer de l’esprit du duc d’Orléans, et il fut supplanté parl’ahbé de lia Rivière. 11 voulut profiter des discordes de la cour et du parlement pour devenir leur arbitre, et s’élever au rang de premier ministre; il en fut puni par la prison et l’exil. La cabale qu’il forma, en i64g, avec le duc de Saint-Simon et le prince de Coudé, n’a- ■\ boutit qu’à l’arrestation des princes. Lorsque le cardinal eut quitté la France,

vaincu par la coalition des deux Frondes, Chavigny revint à Paris et entra au minislèi'C; mais ce fut pour quelques mois seulement; il ne fit iju’y semer la discorde et y recueillir l’exil. Enfin sa dernière négoi iation fut une de ces menées souterraines où il chercha à tromper tout le monde : .Mazarin , en lui promettant l’appui du duc d’Orléans et du prince de Condé; les deux princes, en s’en servant pour monter au pouvoir. Mais sa fourberie fut démasquée; accablé de reproches par Condé, il mourut de dé.sespoir. La ( vie de Chavigny est un des exemples les plus frappants de l’ambition s’agi-

tant dans le vide et se rongeant elle-même.

Saint-Simon, le grand peintre du xvii* siècle, a saisi avec sa vigueur ordinaire les principaux traits de celte physionomie, mais en mêlant le vrai et le faux : « Il est difficile , dit-il ', d’avoir un peu lu des histoires et de.s mémoires de Louis XIII et de la minorité du roy son fils, sans y avoir veu M. de Chavigny faire d’estranges personnages auprès du roy, du cardinal de Richelieu, des deux reynes, de Gaston, à qui, bien que secrétaire ' d’Estat, il ne fut donné pour chancelier, malgré ce prince, que pour estre

son espion domestique. Il ne se conduisit pas j)lus honnestement, après la mort du roy, avec les principaux personnages, avec la rcyne, avec le cardinal .Mazarin, avec M. le Prince, père et fils, avec la Fronde, avec le pur- ‘ lement, et ne fut fidèle à pas un des partis qu’autant que son intéresl l’y

engagea. Sa catastrophe iie le corrigea point. Ramassé par M. le Prince, il le trompa enfin, et il fut descouvert au moment qu’il s’y attendoit le moins. M. le Prince, outré de la perfidie d’un homme qu’il avoit tiré d’une situation perdue, esclata et l’envoya chercher. Chavigny, averti de la colère de

' Mémohvs, édit, il.'iclietic, in-8*, l. I, p. 64-6Ô.

APPENDICE

M. le Prince, dont il comiorisoit l'inipétuosité , lit le malade et a'enrernia cliPi luy; mais M. le Prince, outré contre luy, ne lasta point de eetle nouvelle du|)crie et partit de l'hostcl de Coudé, suivi de l'élite de celle Horissante jeunesse de la cour qui s'estoit atlaclice à luj, et dont il estoit peu dont les pères, ou eux-mesmes, n'eus.sent esprouvé ce que Chavigny sravoit faire, et qui ne s'esloient pas espargnés à cscliauffer M. le Prince. Il arriva, ainsy escorté, chei Chavigny, à qui il dit ce qui l’amcnoil. et qui, se voyant mis au clair, n'eut recours qu’au pardon. Mais M. le Prince, qui n'esloit pas venu chei luy pour le luy accorder, luy reprocha ses trahisons sans mesiiagement et l'insulta par les termes et les injures les plus outrageans; les menaces les plus mcsprisanles cl les plus fascheuses comblèrent ce torrent de colère, et Chavigny de rage et du plus violent désespoir. M. le Prince sortit après s'estre soulagé de la sorte en si bonne compagnie. Chavigny, perdu de tous costés, se vit ruiné, perdu sans ressource et hors d'estat de pouvoir se venger. I,a fièvre le prit le jour mesme et l’emporta trois jours après. »

11 y a, dans ce morceau, des erreurs qui demandent rectification. La mise en scène dramatique, la visite du prince de Condé è Chavigny, le cortège qui l'entoure cl l'excite, tout cela a été inventé par Saint-Simon, ou par son père, qui parait ici avoir été sa principale autorité. Les mémoires cunlemporaiiis , dont quelques-uns sont fort détaillés et écrits par des auteurs véridiques, attestent que la scène cul lieu chez Condé, et qu'en sortant de l'hùtel du prince Chavigny se mit au lit pour ne plus se relever. C'est ce que dit l'exact Moniglat ; «Il entra dans la chambre du prince, (|ui estoit rhagrin de sa maladie et du mauvais chemin que prenoient scs affaires, et, ayant un peu parlé à luy, le prince s'emporta tellement qu'il luy dit des paroles pleines de reproches, et si offensantes qu'il en fut tout saisi, de sorte que la fièvre le prit, et, s'estant allé mettre au lit en sortant de là, il n'en releva plus; car il mourut le i i octobre (i65a)'. »

Coiirart entre dans les détails les plus minutieux sur les derniers moments de Chavigny : « Un jour, comme il (le prince de Condé) estoit malade, les uns disent qu'il malmena Chavigny, et les autres , qu'il luy respondit, i ce qu'il alléguoit pour sa justification , en termes et d'une mine qui tenoient

* \Umotm lie Moniglat, édit. Micliaud et Poujoulal, p. 377.

7fi8

APPENDICE

He rindiiïcrcnce, du la raillerie et du dédain tout enjetnble. Ce qui fit que Chavigny neuf plus de part en ses bonnes grâces ny aux affaires; de quoy il se saisit tellement qu*c$taril revenu rbet luy fort enflammé et fort oppressé, il se mit au lit i» Et plus loin : o Le cardinal de ReU y alla; mais il ne le put reconnoistre, et encore moins luy parler*. M. le Prince y fut au.ssy ; mais ce fut la mesme chose. Comme il csloit dan.s la chambre, il dit ; Ce fat chez moy que le mal lay prit. La duchesse d* Aiguillon, qui estoit présente, respondit d\m ton et avec un geste qui faisoient asseï entendre sa |>ens(je : Il est vray, Monsieur^ ce fat chez vous qail prit le mal; ce fut chez vous t en effet, n

Ces textes ne laissciil aucun doute sur lerrour de Saint-Simon. Il en a commis une autre beaucoup plus grave en parlant des relations de Chavigny et de son père. Il accuse le ministre d'avoir enlevé à Claude de Saint Simon , par une fraude indigne, la charge de grand écuyer, que lui avait donnée Louis Xlll pour la faire passer au comte d'Harcourt : • A cette nouvelle on peut juger do l'indignation de mon père; la reyne luy estoit trop respectable, et Chavigny trop vil; il envoya appeler le comte d’Harcourt, n Cétait en i6û3, à la mort de Louis XIII, qu'avait lieu cette scène, et l'on devrait croire qu'à partir de cette époque le duc de Saint-Simon rompit toute espèce de relations avec un homme qu’il estimait trop vil pour le provoquer en duel; mais, loin de là, nous le voyons traiter Chavigny de frère dans dc.s lettres autographes*, écrites en 16^9, et déclarer qu'il est à lui avec passion (Je ne poarrois estre à rous plas passionnément que jy sois]. Comment expliquer ces contradictions? D'abord il faut reconoaitre que Saint-Simon, l'auteur des Mémoires, n'a pas connu Chavigny, et qu'écrivant plus de soixante ans après sa mort il n'a raconté ces faits que d'après les conversations de son père, Claude de Saint-Simon. Ce dernier, qui sc vantait d'avoir rendu de grands services à la reine Anne d'Autriche en ne livrant pas la ville de Blaye aux frondeurs*, fut cependant tenu jusqu'à sa

' Mémoires de Conrart, édit. Michaud et Poujoulat, p. 6oa.

* Ce détail est eonfinné par les 3/^motrci du cardinal de fletz, qui dit: «Je le trouvai sans connoissance. »

’ Mémoires de Saint 'Simon, ibid. p. 69.

* Voy. plus haut, p. 7àà, le passage souligne. Ces lettres »onl conservée» dans les papiers de Maurin, aux archives des affaires étrangères.

* Mémoires de Saint-Simon, édit. Hachette, in-6*. t I, p. 7à*7&.

Digitize

APPENDICE

mort dans une sorte de disgrâce. Mazarin, qui avait entre les mains les pa piers de Cliavigny, y trouva les lettres autographes dans lesquelles Saint- .Siinon parlait de lui comme d'un hoinmc méprisé et méprisable ' ; il y vit la preuve d'un complot tramé pour lui enlever le pouvoir et le donner â son ennemi le plu.s dangereux. De là son aversion contre Saint-Simon, et l'éloignement dans lequel il tint ce courtisan émérite. Il est probable que, trompé dans scs espérances et imputant â Cliavigny d’avoir trahi scs secrets, Saint-,Simon en coni^ut une haine violente contre son ancien c.onfident et qu'il ht partager â son fib ses haines comme scs amibés. Ainsi s'expliquerait cette attaque violente et inattendue contre l’ancien favori de Richelieu par le lils de l'ancien favori de Louis XIII. J’ai cru devoir m'arrêter sur ce point, parce que les .Mémoires de Saint-Simon sont trés-réjiandus et jouissent auprès de beaucoup de personnes d'une autorité incontestée. Cet exemple sulTit pour prouver qu’on doit soumettre les assertions de cet écrivain â un examen critique avant d’y ajouter foi.

CHANUCHE.VT OC MISISTKES (/l-IO SVML |65|)'.

« Le mardy U avril 1 65 1 , le garyon du conseil vint avertir qu’il n'y en avoit point, et que la reyne avoit osté les sceaux â M. de Cbasteauneuf. Je fus voir ,M. le curé de Saint-Nicolas sur l’élection faite de M. de Ueaufort |K)ur marguiJIicr, par la brigue de MM. de Montmort, Rrifonnet et La Marguerie, qiioyque l'assemblée eust esté remise à un autre jour, et que M. d'.Aligre, marguillier, ne s'y fust point trouvé, ny les plus honnestes gens de la paroisse’. De lâ chezM.de Cbasteauneuf, où je trouvai la porte fermée.

' Voy. pliu haut, p. yAS» ta lettre du 6 a^lembre 1 649.

* Ce fragment Uo!é du Joarml ètOtivter «rOrmemiA >>e rattache au changement de ininittres dont ii a été que»lion dan» les Mémoires d'André d'üruu'sson (p. 656).

* Li réceptiuu du duc de Beaufort, corome marguillier, qui nous parait un

événement bien imigaiûant, fit alors quelque bruit. J'en trouve une nouvelle preuve dans le journal ms. Bibl. imp. supp), fr. ia38 hu b. r* a6a : «M. le duc de Beaufort * Kioit tombé malade d’une ftèvre si «Ungcrcuse, qu'elle avoit obligé M. de Vendosme de le faire porter cliea luy et l’osier de la rue Quincampoix. où il se

APPENDICE

et de là au Palais, où M. Balthazard et moy pariasmes du procès cnminel d'un nomme du Chastelet, pour fausseté de lettres de noblesse, et décrétasmes prise de corps contre Tonry.

U Là je sçus comme M. le premier président avoit dit. à sa place, la relation des remonstrances faites à la reyne sur le sujet de la déclaration contre les cardinaux pour les exclure du conseil du roy, mesme leur interdire le séjour en France, comme la reyne le leur avoit promis, et quVnsnite, sur les dix heures du soir, la reyne l'avoit envoyé quérir et iiiy avoit mis les sceaux entre les mains, quelle avoit envoyé quérir è M. de Chasteaunciif. et qu’il ne les avoit pris qu’à condition de ne point quitter sa place et que, pour rien du monde, ü n'abandonneroit la compagnie, et que M. tr chancelier rcvcnoil. Les maistres des requestes députèrent ensuite pour faire leur compliment à M. de Cbasleauiieuf, à M. le chancelier, sytost qu*ü seroit du retour, cl à M. le premier président, nouveau garde des sceaux.

U Au sortir du Palais, je fus avec M. de Lamoignon chez M. le chance> lier, où nous vismes M** de I>a\^l et de Sully ^ qui nous dirent comme M. de Sully estoit parti à minuit pour aller quérir M. le chancelier et qu’il arriveroit ce soir. Je fus après chez M. le garde des sceaux, et j’entrai chez M. Mignon. Là, je vis Brugères, Rives et les autres domestiques en pleurs prests à partir. Brugères me dit , comme hyer M. le premier président ayant fait les remonstrances pour obtenir la déclaration contre les cardinaux*, la reyne avoit respondu qu’elle avoit tousjours dit quelle seroit de l'avis de M. le duc d'Orléans et de M. le Prince, et, s'estant tournée vei^ eux pour leur demander leur avis, ils luy auroient dit n'en avoir point d'auUe que le sien. Après quoy, elle dit qu’elle accordoit donc la déclaration ; que , Messieurs du parlement s’estant retirés, M. le garde des sceaux avoit per> sislé au refus de lu sceller, et s’estoicnl ainsy séparés; qu’à sept heures du soir la reyne avoit encore renvoyé quérir M. le garde des sceaux pour le presser de sceller cette déclaration; ce qu’il auroit encore refusé, et que,

pUisoit si fort . qu‘il s'estoil fait csUrc mtr* guiilier de Saint -Nicolas, sa paroisse, dans laquelle il estoit fort aimé du menu peuple, pour le voir aussy assidu aux moindres fonctions de cette chaige qu'un

simple bourgeois, tant il atTecioit la po« polarité! •

* Filles du ebanedier Séguier.

’ Cette déclaration leur interdisait de prendre part aux affaires publiques.

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sur les di\ heures du soir, M. tic 1.» Vrillière luy estoit venu redemander les sceaux. Incontinent après, je le vis descendre et le saluai. Il monta dans .sa chaire ordinaire et partit pour Montrouge, suivi de quatre hommes de cheval et de son carrosse.

a L'apresdisncc , je fus avec mon père saluer M. le premier président, qui nous dit qu'il gardoroit sa charge arec les sceaux, et que, si ces deux fonctions estoient incompatibles, il auroil bieulost pris sa résolution, et que dans ce temps il croyoit pouvoir servir plus utilement le roy dans sa place que dans les sceaux; que M. le chancelier tiendroit les conseils, et luy tiendroit le sceau. Il nous raconta que la rcyne l’avoit mandé sur les sept heures, et luy avoit dit que M. le garde des sceaux estoit demeuré d'accord de sceller la déclaration, et quelle l’avoit renvoyé quérir sur les dix heures et luy avoit mis entre les mains les sceaux, qui estoient dans son oratoire, et qu’il luy avoit dit qu'il ne les acceptoit qu’é condition de conserver sa place.

O Le soir, l’on nous apprit que M. le duc d’Orléans, estant entré le lundy apresdisner au conseil chez la rcyne et y ayant veu M. de Chavigny, que la reyne avoit mandé sans luy en parler, s'en estoit plaint, et que la rcyne luy avoit dit qu’il en avoit fait bien d’autres sans elle, et que M. le duc d'Orléans s'estoit retiré fort en colère et M. le Prince avec luy. et que le soir, avant scu que les sceaux estoient ostés é M. de Chastcauneuf et donnés é M. le premier président, il estoit dans une furie extresine; «pie M. le coadjuteur luy avoit proposé beaucoup de conseils violons ; de faire séilition , enlever le premier président; que M. le Prince avoit tesmoigné n’avoir eu aucune connoissance de ces conseils, avoit oITert tous ses aïoys et ses places à .M. le duc d'Orléans et paroissoit fort en colère, quoyqu’il soit aysé de juger que tout est de sa conduite par le choix de tous les siens qui sont élevés en puissance, et qu’il ne se joint au due d'Orléans <|ue pom- rompre tous ses conseils et l’empescher de faire du bruit.

« Le mercredy 5 avril, je fus chez M. d'Aligre concerter les arrests contre les payeurs des rentes des aydes. De là chez M. le surintendant, qui alloil au conseil chez M. de Villcroy. J'allai ensuite saluer M. le chancelier, où la terre abordoit. Il paroissoit bien gay, et la salle n’estoit pas tendue de sa tapisserie fleurs de lys, soit de dessein, ou qu'il l’eust osléc de Paris. Je sçus que M. le premier président festoit venu voir avec tous ses eufans; que

772 APPENDICE

M. le chancelier l'avoil nH’onduit à son carrowc, et luy ayoit donné la droite.

« L’apre^dUtUM!, k Montrouge , avec mon père , visiter M. de Chasteauneut « que iiotis trouvasmes gaillard, parlant avec peu de sentiment de sa cheute. Il nous dit que les charges de garde des sceaux et de premier président estoient incompatibles pour le bien de la justice , et que, dans moins do huit Jours, M. le premier président aiiroit perdu crédit dans le parlement; que le chancelier et un garde des sceaux ne pouvoient s'accorder; que M. de Silicry, qui estoit très^mudéré, avoit eu de grands dilTérends avec M. Du Vair*, qui estoit grand personnage; qu'ils parlageroienl les maistres des requestes en toutes les alTaires; que la justice ne sVii feroit pas si bien, huy ayant dit que tes conseils des parties se tiendroienl au Ix>iivre, il me dit que M. Du V airalloit au conseil chez M. le chancelier, et nVn avoit jamais fait difficulté. Il y arriva en mesme temps .M. Ballhazard et M"" de Cavoye, et quantité d'autres. Nous nous retirasmes. Brugères me dit que c estoient ses ennemis qui disoient qu’il avoit consenti de sceller la dcctaralion, parce que certainement il l'avoit tousjouis refusé, et que, quand il l’auroit accordé, on n'auroit pas laissé de luy oster les sceaux.

dLe soir, le père Irénéc nous dit, comme le dimanche de la Passion il y avoit eu dans son couvent une conférence entre M. le président de Novion, M. Servien et M. de Longueil, le conseiller, où l’on avoit ré-solu le retour de M. le chancelier; que M. de Boiiville^, malstre des requestes, luy en avoit dit quelque chose.

« Tous les gens de bien et qui aiment la justice regrettent J’esloignemeni de M. le garde des sceaux Chasteauneuf, estant très-bien intentionné pour la justice, sans acception de personne, fort désintéressé, aimant les gens d'honneur, ennemi des fripon», grande attention aux affaire» et grande mémoire de celles qui avoient |>assc devant luy, grande connoissancc du dedan.s

1616, Du Vair le» remit au roy le ru»vembre suivant. Il» lui furent rendu» le 7b avril 1617, et il les garda Jusqu'à *a mort, arrivée le 3 soûl i6ai.

* Jacques Jubert, seigneur de Gouville et de Di»y, maître des roquâtes depuis le i6 janvier 1647

' Voy. plus haut, sur les iltaiiceliers et gardesdes sceaux, un ctlrail des Mémoires d’André d’Ormes.son . p. 697. On y voit quefiuUUiime Du Vair, évéque de Lisieux, fut deux fois garde des sceaux, pendant que Nicolas Drulart de Sîllery était cliancelier. Créé garde d» sceaux en mars

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du royaume et du pouvoir d(^ foules les dilfërentes cuiupugnies, sarrcsUnl plus au lond des a(1*aires qu'à la forme, pariaut peu, ti’ayaiif pas grâce tiy làcilité pour les longs discours, forl autorisé dans sa charge, en sorte que personne ne l'osoit contredire, fort aysé en son particulier et à ceux auxquels il avoit pri.s créance.

•I 1,0 jcudy 6 avril , à la Mercy, M. de Novion nu; dit que M. le coadjuteur avoit demandé son congé à M. le duc d'Orléans sous prétexte de faire sa charge pendant ces saints jours, et on luy vint dire qu'il s'estoit retini tout k fait. L'aprosdisnée, chez M. Gargani, pour raffaire des payeurs des rentes sur les aydes; é Ténèbres au Calvaire^ oii M. Housset me dit que la cause pour laquelle M. de Chasteauneuf navoit pas voulu terminer son .ilTairc venoit de M*' de Bretonvilliei-s, qui estoit intéressée avec luy dans ses prests, et dont M. de Chasteaumuif votiloil qu'il l'en .sortist.

« Ia’ vendredy, à la passion de M. Brousse, à Saint-Nicolas, et au service, l/aprosdisnce, aux Ténèbi'csaux Minimes, où M. de Tiluaii et M. de Nogent dirent que M. de Chasteauneuf avoit promis de sceller la déclaration, mais que ce n’esloit pas la cause do sa disgrâce, et qu'il y avoit plus de huit jours que ce des.sein paroissoil. M. de Tiluau me dit qu’il IVn avoit averti et que ses pareils luy avoient aussy dit la mesme chose, mais <|u'il estoit demeuré aveugle.

« Le vendredy 8 avril , à Saint-Nicolas, faire nos Pasques, où M. de Beaufort lit sa première fonction de marguiilier. L'apresdîsnée, chez M. de La Perte, qui estoit mort le matin à six heures, le septième jour de sa maladie. M“* sa féitiine demeure avec onze enfans , et elle grosse. C'est une perle pour noslre quartier^. I,e soir, au salut à la Mercy- Au sortir, M. de Villarceaux et moy nous trouvions, parlant des alTaircs, que .M. le Primée estoit cause de tout ce changement pour estahlir ses amis dans les principales charges : M. le chancelier, le premier président, Chavigny, et ainsy se rendre

' Il y avait à Paris deux couvents de»

fdles du Calvaire. Tiin rue de Vaiigirard, l’autre sur remplacement duquel on a ouvert la rue Neuve ■ de- Bretagne et la rue Neuve-4le-Ménümontant. Je pr6surov qu'il est question du dernier.

' Il s'agit ici du quartier des ntaitres

des rerjuéte» de janvier, dontScipion Marc de La Ferté fnisait partie aussi bien qu'O lirier d’ürtnesson. On a vu souvent, dam le texte du Journal é'Olitier (T()rmu$on, que les maîtres des rec^uèles senaient par quartier.

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le niaistre de la cour; qu'il ne le pouvoil faire qu’en estant M. de Chastcauneuf, qui estoit bien intentionné pour l'Estat et ferme pour contredire ses desseins, cl ostant le coadjuteur pour mettre de sa main un autre auprès de M. le duc d'Orléans, ou faire revenir l'abbé de La Rivière, ou en estre asseuré; qu’il avoit trouvé grande disposition è la rcyne contre M. de Cliasteauneuf, auquel elleimputoit l'csloigneinent du cardinal; que, M. le Prince estant fort habile, il s'establiroit tellement de tous costés qu’il seroit absolument le maistre de la cour; que la reyiic le rcconnoistroit bientost, mais elle seroit impuissante (lour y résister, et que le roy, devenu majeur et sentant son coeur, se trouveroit bien empesehé pour diminuer cette puissance; ce qui nous causcroit sans doute une guerre civile; que la reync devroit s'estre fait un conseil de gens fermes, indépenüans des princes, pour résister è leur ambition, et que M. de Chasteauneuf, les marcschaux de L'IIospital et de V'illeroy y estoient trè.s-proprcs. Le soir, je sçus qu'il n'y avoit point eu de rémissions le vendredy saint, parce que M. le chancelier y vouloit présider; ce que M. le garde des sceau* ne voulut point.

• Le dimancc g asTÜ, jour de Pasqnes, i Saint-Nicolas en robe rouge, où M. de Reaufort jtrésenta si* pains bénis avec toute la fanfare possible. 1,'aprcsdisnce, au sermon de M. Brousse. J'appris de M. Sevin que M. le Prince avoit rcscompensé tous ses serviteurs; qu'il avoit donné le gouvernement de la tour de Bourges, de Montrond et la lieutenance de Berry à M. de Per.san; le gouvernement du chasteau de Dijon et de Saint-Jean de Laosne ', à .M. Arnauld’; celny de Seurc, à M. de Boutteville; ccluy de .Stenay, è Marsin; celuy de Clermont et JaineU, au baron de Meille. Par là, l'on voit qu’il est plus puissant aprts sa prison qu'aup.aravant, et qu'il n’y a présentement que la modération de son esprit qui le puisse retenir.

« Le soir, l’on nous dit le démesié de M. le chancelier avec M. le garde des sceau* sur la fonction de leurs chaînes, et que M. le garde des sceaux avoit envoyé dire à M. le chancelier par M. de Champlastrcux qu’il ne pretendoit rien quitter de toutes les fonctions dont ses prédécesseurs avoient joui avec les chanceliers.

«Le lundy lo avril, je fus é .\mboille.

^ Petite ville du département de ta Cèled’Or.

’ Isaac Ariiauld de Corbevilie.comman-

d.ant des carabins. ( Vny. sur ce personnage les Hiitoriettes de Tallemant des Itéau* et les Afemomss de Henri Arnauld.]

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U Le mercredy la avril, je revins dWmboille; j’appris que M. le duc d’Orléans ne s’apaisoit point et que l’on proposoit de retirer les sceaux à M. le premier president, lequel avoit tenu le sceau le matin, où s’estoient trouvés quantité de maisü es dos requestes, et que l’on croyoit que ce seroit son dernier.

«Le jeudy i3 avril , j’appris , l'apresdisiiée, que M. le premier président avoit reporté les sceaux, le matin, â la reyne et l’avoit remerciée de trois proposition.s qui luy avoient esté faites : l'une, de le faire cardinal; l'autre, de luy donner cent mille e.scus; et la troisième, de faire un cinquième oflice de secrétaire d'Estat pourM.de Champlastreux , et qu’il avoit tesmoigné grande vigueur d’esprit. Je sçusque, moyennant ce, l'accommodement estoit fait et que les princes dévoient aller, faprcsdisnée , au Palais- I\oy al, où ils délibéreroient è qui l'on donneroit les sceaux. Le bruit estoit que c’estoit pour M. le cbancelier, et <ju'il luy en coiistoit cent mille escus; d’autres disoient que l’on pressoit M. de Cbasteauncuf de les reprendre, mais qu’il les avoit refusés et que, s’il vouloit, ce seroit pour luy.

«Le vendredy lé avril, je fus à Saint-Gcrvais au service de M. de La Fcrté, où j'appris que les princes avoient esté au Palais-Royal et que la réconciliation estoit faite; que M. le cbancelier estoit asseuré des sceaux, mais qu'il devoit auparavant rendre scs complimcns aux princes, et qu’il y alloit ce matin, et que, l’apresdisnce , il devoit aller voir la reyne, qui luy redoniicroit les sceaux.

« Le samedy 1 5 ami , M. Joly m’apporta un arrest des aydes à recorriger; faprcsdisnée, M. Gargam me vint voir pour cette affaire. Les rentiers de Cbastelain me vinrent parler; MM. des Yveteaux et Guillon y estoient: ils s'en retournèrent fort contens. Je sçus qu’il y avoit eu le matin petite direction chez M. le cbancelier, où Messieurs du conseil n’avoient point esté appelés; qu'il avoit les sceaux de la veille.

«Chacun considéroit ce changement avec estonncmejit, et l'on plaignoit M. le premier président, auquel la reyne avoit fait une injure très sensible de luy avoir donné les sceaux pour les luy oster trois jours après. L’on ne pouvoit comprendre pourquoy M. le Prince l'avoit abandonné. Les uns disoiciit qu’il n’auroit pas deu tenir le sceau ny en faire la fonction, se voyant si peu asseuré; les autres, qu’il l’avoit fait pour conserver le rang au dessus des maresebaux de France, et avoir sa place dans le conseil d’en haut

API’KNDICK.

» Le dimanclie 1 6 avril, je fus porter les arrosis des aj'des è M. le surinlendant ' et saluai auparavant M. le chancelier. Je vis (pi’il dit à Catclan ({u'il ne signeroit pas les arrests, si M. le surintendant les signoit avant luv. Cela estant rapporté au surintendant, qui s'en alloit à .Maisons et avoit .signé les arrests résolus é la petite direction, il s'en indigna fort, dit qu'il les luy feroit bien signer et que les arrests de finance despendoiont de luy et de su signature, et envoya M. (îargam luy faire signer tous les arrests des aydes.

« Il couroit un bruit d'un grand changcnieni dans tous les gouvernernens ; que M. le Prince auroit la Guienne; M. le prince de Conty, la Provence; M. d'Angoulcsoie , la Bourgogne; M. d'Espernun, la Champagne; chacun imirmuroit de ce bruit comme de très grande conséquence, »

AVIS n'OI.IÏlEB LEFÉVBE ITOBMES.SOX BABS LE BBOClîS DE POfQLET’.

(voï. jotBNAi. D'OLiviBB troBUESsos, T. II, P. ayo.)

«Messieurs les rapporteurs du procès ayant pris place au bureau. Monseigneur le chancelier a dit à M. Lclèvre, premier rapporteur, d'expascr son avis. A quoy satisfaisant, M. d'Orniesson a dit qii'après avoir fait la récapitulation de tous les chefs du procès intenté par le procureur général du roy contre Nicolas Fouquet, cl avoir expliqué quels sont les moyens de part et d'antre, il restoit à décider quelles esloieni les preuves, quels esloieiit les crimes et, en dernier lieu, quelles e.stoicnt les peines eslablies par ic,s loys du royaume; que ces trois propositions l'eslonnoienl, et qu'il avouoit qu'il se troiivoil en peine d'avoir h juger le premier du bien , de l'honneur cl de la vie d'un oITicicr et d'un homme qui avoit tenu un rang considérable dans le royaume; que ces trois considérations luy donnoient des pensées fort dilTérenles, et luy faisoient désirer de n’avoir pas A [Mirler le premier |H)ur marcher avec plus d'asscurance , par Ica ouvertures qui luy seroient faites.

* iac surintendant des finances était alors Hené de Longueil, marquis de Mai* sons, président au parlement II ne fut surintendant que pendant un an. C'est

iui qui a fait bélir le chileau de Maison.>; il mourut en 1677.

’ Estraîl du Jouraal df t'oucault V X .

p. i5is sqq.

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à suivre des lumières que peut-estre il n’a pas. Mais, puisque l'honneur qu’il avoil receu de se trouver le rapporteur du procès l’obligeoit d’en <lire le premier son avis, il tasclieroit do le proposer sur toutes les réflexions et connoissancos qu'il avoit pu prendre du procès, mais avec tant dedestacliement et si csloignc d'aucune préoccupation, qu’il seroit tousjours prest à revenir à un meilleur sens, lorsi{u'on luy auroit donné d’autres lumières;

«Que le procès estoit composé de quatre-vingt-seize chefs d’acousation , ([u’il croit devoir estre réduits aux pensions, aux prests que l'on disoit supposés, aux acquisitions des droits du roy, sucres et cires, alienation des parisis des péages, ofTice de commissaire des tailles de Melun, octroys, marc d'or, emprunt des comptables, aux six millions et au crime d’Estat*;

«Que, pour reprendre par ordre ces chefs, il ne s’arresteroit point aux pensions dont M. Kouquet n'estoit point accusé d’avoir profité, comme de celles de Bruant, Pellisson et de la dame du PIcssis-Bellièrc; mais qu'il sulfiroit d'c.xaminer celles des six vingt mille lÛTcs, des gabelles, des cent quarante mille livres sur les aydes, et des cinquante mille livres sur le convoy de Bordeaux;

U Que le fait de la pension des gabelles se rëduisoit à trois questions : la première, de sçavoir si c’ estoit une pension véritable ou une remise de part; la deuxième, si l’acte en a esté trouvé dans les papiers du sieur Fouquet, et la troisième au profit de qui elle avoit tourné; que la première proposition estoit ayséc à décider; que c’estoit ime pension bien establie; que cette remise de part n’estoit qu’un prétexte, dont l'on s’estoit servi pour couvrir toutes les pensions que l'on avoit prises; m.'iis que réellement et de fait c’estoit une pension véritable, stipulée et convenue; qu’autrement Contarini ou tout autre n'auroit point fait de difficulté de paroistre et de signer l'acte;, mais qu’ayant esté receu pour une personne inconnue, ce secret et cette affectation faisoienl visiblement connoistre que cette remise de |>art n'estoit qu'un déguisement pour couvrir cette pension, qui passoit dans son esprit pour constante et bien establie; qu'il estoit encore constant que l’acte avoit esté trouvé panni les papiers de l’accusé, que cela se voyoit par le petit mémoire trouvé dans la cassette peinte de l’inventaire de Fontainebleau, dans lequel il en estoit fait mention; que cela ne suffiroit pas, parce que

Voy. l'opinion de Pussort dans l'Introduction an tomo U, p. lxxxvi cl suir.

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