LVIII
INTRODUCTION
quct ciut voulu porter >on ambition si haut que de donner quatre cent mille livres d'argent comptant de la rliaige de rliancelier et de garde des sceaux des ordres du roy, dont M. Servien estoit pourvu. Il n’cii fit pourtant aucun scrupule, et en preste le serment entre les mains de Sa Majesté le 1 1 de ce mois de décembre (i656), se souciant fort peu de taules les conséquences que ses ennemis en )M>urroïent tirer. »
Bien loin de se faire pardonner sa puissance par l'afTahililc et la douceur, l'abbé Fouquet H-mbla vouloir braver l'npinioti publique en «frichanl l'insolence d'un parvenu. Il se rendit ridicule par ses amours, et odieux jtar ses violences. M“* de Cbétilion, c|iii s'était trouvée mélée dans le |»oct-s de Ricous et de Bertaut ', était célèbre par sa beauté, et les ennemis de l’abbe Fouquet ne manquèrent pas de répandre qu'il n'était pas insensible i ses charmes. U parait certain, par les mémoires du temps, qu'il fut le jouet de cette femme artificieuse et avide, qtii prit son aigeul et se moqua de lui’, Fn même temps que cette passion rendait l'abbe Fouquet ridicule, il compromettait le pouvoir par ses violences. Un homme qui fut attaché »u surintendant et qui partagea sa disgrâce, (iourville, dit que l'abbé Fouquet i> entretenoit à scs despens cinquante ou soixante personnes, la pluspart gens de sac et de corde, qui lui servoient d'espions et qui le faisoieni craindre’.» Souvent même il se servait de ces eoupe-jarrets pour lutter contre de» personnages de la plus haute noblesse. Il ne craignait pas d'armer eontre le prince de Marsillac, fils du duc de lot Rocbefoucaold, un Biscarra , d'origine oliscure et de noblesse douteuse ’, qii'U avait place datis les gardes du cardinal Mararin.
Une anecdote asset plaisante, dont nous devons le récit h (jourville, donne une idée du despoliiune avec lequel l'abbé Fouquet disposait de 1a Bastille. GourvilJc y avait été enfermé par ordre du rardinal, et U ne tarda pas è reconnaître qu'il ne pouvait en sortir que par la protection toulc-puissante de l'abbé Fouquet. « A ce propos, dit-il ’, je me souviens d'un procureur, homme d’esprit et grand railleur, qu'il (fabbé) y avoit fait mettre.
' Voy. plu» haut , p. XL et XLl. Cl. le» â/é. nanrr» de MmUmoatlU {édit- Cbsrpentier, t. Il, p. et L III, p. 3x5 aay.)
* Mémoirtt Je JJaJêmmutlé, L 111,
• Mémairn de Gimmlh (édit. Michetol el Punjuulat}, p. 5x4.
‘ Uimeira Je MmUmoUtlh, édit, citée, Llll,p. 3«5cl366.
* .tféawieri Je Goartsib. p. bib.
XLn
Coiunne nom nous promenions im jour ensemble, il entra un homme dans U cOur qui, y trouvant un lévrier, en Rit surpris el demanda jiottrquoy il estoit lii. Le procurciu* respondit avec un air goguenard : « Monsieur, c'esl tt qu ü a mordu le chien de M. fabbe Fonqiiel. o Couiville parvint h gagner le redoutable abbé. «Cela réusrit si bien, ajoute-t-il, que, M. le cartiinal devant partir deux ou trois jours après pour aller h la Fère, M. fabbé Fou quel lui porta la liste de tous les prisonniers de la Bastille, comme il faisoit de temps en temps; il ordonna la sortie de trois, dont je fus un. ■ L’abbé Fouqnet s'était lié avec de jeurws courtisans, et, pour leur complaire, il mettait à leur disposjtion son crédit, son audace et seis coupejan'eLs. Il fallut même, en plusieurs occarions, que M.izarin le forçât de reculer pour ne pas compromettre ouvertement la puissance royale. L'abbé Fouquet n’hésitait pas. pour soutenir ses diguesaniis.â violenter les familles les plus honorables. Il suflTir.» d*en citer un exemple : François-René du Bec, marquis de Vardes, qui rivalisait alors en gnlce, en éclat, en séductions et en vices de toute espèce avec le duc de Caudale, était un de ces seigneurs pour lesquels l'ahbé Fouquet afTicImit une amitié dangereuse. \'a>des aspirait & la main de Catherine de Nicolai, fille du premier président de la chambre des comptes. Cette famille d'ancienne magistrature, alliée aux Mulé et à tout ce qu’il y avait de plus considérable dans la robe , résistait aux (irétentions du courtisan. Comme elle redoutait son audace , elle plaça Catherine de Nicolai sous la protection «lu président de Champiitrrux, fils du premier président, Matthieu Molé. A celte nouvelle. Vardes invoqua l'appui de fabbé Fouquet, qui. do concert avec le duc de Caudale, capitaine des gardes, n'iiésîta pas à faire entourer de troupes fliàtel du pré aident de ChaniplâUreui. « Des gardes, dit Mademoiselle *, partirent de leur quartier tambour battant, et vinrent prendre leurs postes aux environs du logb de M. de Champlitreux et mirent des sentinelles aux portes. Comme il logeoit à la place Royale, cela ht un bruit enragé. Le parlement pensa s’assembler pour se plaindre que Ton traitast ainsi un de set confrères; mais comme ûn avertit promptement le cardinal Mazarin, il envoya lever les gardes et gronda Tobbe Fouquet. Tout le monde cria contre ce procédé dudit sieur abbé de cotnnicUro ainsi te cardinal Maiarin, et on le trouva bon de soufirir de tels empoiierucns de cet abbé, n
' Mémoires de MaUmoueUe (édU Charpentier, «uioce i656) . t U. p. 4^3.
INTRODUCTION
Nou$ avon.<i vu pluv haut lej motifs qui rrndircnt le cardinal indulgent jusqu'à Texcès pour les deux Fouquet; il ne cessa de leur donner des preuves de sa bienveillance. Servien étant mort au commencement de 1 659, Nicolas Fouquet fut nommé seul surintendant, le ai Janvier de la même année , par une ordonnance dont les considérants méritent d'être cités ' ; U Le poids et la dilliculté de l'adininislralion des linanres .lugmentant tous les jours par les despenses extraordinaires auxquelles la continuation de la guerre nous oblige , et estant arrivé le décès du sieur Sen ien , auquel con* jointement avec vous nous en avions comniù la surinleiidance, iioilh aurions lieu de penser au choix d'un sujet capable de remplir la place qu'il nrru|Kut, si la confiance que nous avons en voslrc fidélité, tÿnweéc pendant six annéei en cetlf fonction, la preuve * et le xèle que vous v avet fait cuniioistrc, l'assiduité et la vigilanr.e que vous v avei apportées , avec l'expérience que vous avex acquise et fepreuve que nous avons faite de vontre conduite en cet emploi et en plusieurs autres orcamions pour nostre service, ne nous doiinoient toutes assurances que, non-seulement il n'est pas nécessaire de partager les soins de celte clsargc et de vous en soulager par la jonction d'un collègue, mais aussi qu'il importe au bien de nostre dit Estât et de nostre service pour la Facilité des alTaires et la promptitude des expéditions que l'administration de nos finances ne soit pas divisée , et que vous estant entièrement commise et h vous seul , nous soyons mieux servi et le public avec nous; X CHS esesKS, etc. s
N'ayant plus à compter avec un collègue , dont la sévérité et ta haute réputation le retenaient , Fouquet s'abandonna de plus en plus é ses goûts de dépense et k ses (lassions elTrénées. De là une administration dont les désordres provoquèrent des plaintes très-vives, qui parvinrent jusqu'à Mazarin. Un des financiers, dans lequel il avait le plus de confiance, le controleur général Hervart, écrivait au cardinal le si juillet iC.ig’: «Je me .suis donné l’honneur. Monseigneur, d’escrirc k Vostre Éminence le 11 du mois [tassé, que j'estimois nécessaire de dilTérer U publication et adjudication des fennes Jusques à son retour. Je suis dans les mesmes sentimens, et je
' L'ordmiiwace qui numnir NicoUs ’ Pitibablement , pniuec ér capacité. On Ffluquet seul suniitendaiit des finances se dît eiKore^rn- us prcacer. trauTc dans le dounbil de FonetiuU, d^ * Arrh. des aETaiceietrangécei, Fiance, dlé, I. VIII. I. CLXVIl, pièce 17a.
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INTRODUCTION. u
croîs, Münscign»-«r. cTcslre oblige d'avertir Vo^tre Éminence qu'ausAÎtosI qiiVlic a esté partie, M. le surintendant est rentré dans son naturel et a repris la conduite qu'il tenoit lorsqu'elle estoit i Lyon. Il m'osie autant qu'il peut la oonnoiftsanec des adaires et conrotid le passé avec le présent, afin que je ne puisse distinguer ce qui est légitimement dcni d*avc« ce qui ne Test pas. et que personne ne puisse voir clair dans les finances que lui et ses créatures. Neutre Kminence jugera par là, s’il lui plaîst, s'il est à propos qu'elle en escrive, ainsi quelle avoit résolu de faire avant son départ. Je la supplie seulement de me faire la grâce de m'ordonner comme elle veut que j’agisse. «
(iolJiert so Joignit à Hervarl pour demander ta réforme de l'administration financière. Dans une lettre qu'il adressa à Mas<iriri ^ U réclamait rétablissement d'une chambre de justice tout à but semblable à celle qui bit instituée après rarmtation de Fouqiiet. f^n position devenait critique (lOur le surintendant. Il envoya un deses confidenU, Gours'ille, auprès du cardinal , qui était alors i .Saint-Jean-de-Liu*. Peu de temps après, le roi et la cour se rendirent de Bordeaux à Toulouse, où vint également Mazarin. H défendit positivement à Fourjuet de faire aucun traité avec les partÛ4in.s sans lui en mander les conditions. A cette nouveilo, Fouquet se crut perdu, n savait qu'il avait pour ennemi Villacerf, a dont Son Éminence »c servoit pour tout ce qui regardoit les finances ^ • Ce fut encore GourvÜle, si nous en croyons scs Mémoires, qui ramena Mazarin à des idées plus favorables à Fouquet Il est probable que le suriiitendaut fit agir d'autres influences. Gounilie lui-mème avoue que Fouquet était soutenu par Bitincas. chevalier d'honneur de la reine, auquel U donnait de faigent^. Nous voyems encore par une lettre de Bartet, datée de Toulouse, a6 décembre iSSg*. que, si Fouquet avait de nombreux adversaires à la cour, il y comptait aussi des partisans zélés et acti&.
Gette crise ne corrigea pa.s Fouquet. SU garda encore quelque mesure
' Cette teUre • èlé publiée dans le re< cueiJ des Dorumuiu la^U rtfaUft à fftil* fotrv ^ Fremce {MeUuges. L 11. p. 5oi et Miiv.). .
' Memotm de (édit, ülicbaud
etPottjouUi], p. 5a5.
’ h/4mùîre$ d* Goiurilh (édil. Mirbaud el PoujauUt), p. &s6.
* /»id. p. 5x7.
* Dit^. de l'Anenal, nies 0>iirsrt, infal. LXI.fiSg.
Ml
INTRODUCTION
pendant In vio de Mazarin^il aspira, aussitôt après sa mort (9 mars 1Ü61], ^ la place de premier ministre. Il croyait que le roi était trop jeune jKUir s'occuper sericusenient des alfaires . et que le point important était de s'em* parer de la reine mère, Anne d’Autriche. On trouva dans ses papiers, saisis après son arrestation, l'original des prO|>ositions dulliance qu'il osa lui adresser ^ Elles caractérisent l'esprit souple , insinuant et ambitieux du sur intendant: «On ne veut jmint que la bonté qu’elle a lui soit à chaire; on aime mieux prendre, tout sur soi que de la couunettrc. 5i ou a quelque» sentiinens on quelque conduite qu'elle n'approuve pas, on lui demande en gr.ace de le dire. Un mot r<^lem tout sur le pied qu'il lui plaira. On conjure d'areorder sa confiance et de faire connoislrc toutes les choses quelle aflertionnera, de quelque nature qu'elles soient, et celles qu'elle voudra faire réussir sans y paroistre , et on demande cela avec la plus grande instance du monde, n'ayant point de piu.s foile passion que de rendre quelque service agréable , et le xèle n'ompcschera pas que Ion ail la discrétion nécessaire. Tout le monde appréhende la domination nouvelle de M. le Prince’ cl que Son Eminence ne puis.se résister ^ ses nalteries^ et que l'on ait le desplaisir de le voir, sous divers prétextes, triompher de ceux qui ont serxi longtemps contre lui. Secret et dissimulation, sans exception, ô tout le inonde. M. Le
* Bibl. iinp. ms. Bcitute La reine n'est pss nommée; mai» il est trèa*vrJii»emblal>le qur ccUc lettre lui était deslinéo, puis* qu'elle est jointe, dans les p>apier» de Fou* 4|uet, O U la pièce suivante, écrite per une des personne» chargi^ do surveiller et <le gagner la reine mère. Hile s'adresse à Fouquet : • J attendois tousjours d'avoir riionneur de vous entretenir pour vous dire bien de» choses. Je ne s^ais si vous sçavex le pouvoir que U mère de la Mi* séricordc a sur U reine et nutriguc secrète qui »y fait. M Le l'cUior et M. de L'Eslrmle la voient tous les jour». On m'en a dit bien des choses avec le secret. Si cela vous cal utile, faites ie moy sçavoir; vous s^vex que je suis tout à vous et
qu’il n'y a rien que je ne fasse pour vous le tesiuoigner. •
* Louis de Bourbon, prince de Condc.
’ Condé avait quitté la Belgique |Xiur rentrer on Franco, le ïg décembre i65g; Maiarin mourut le ^ inar» tC6l. Ccst entre ces deux dates, probablement vers le commenceuivnt do i66o, que U lettre do Fouquol A dû être écrite. Quant aux flatteries de Condé envers Maraxin, elle» élatenl lèellcs. Le prince écrivait au cardinal (34 déoemlire), même avant d’avoir quitté Bruxelles : « Pour vous. moDsiour. quand je VOU.S aurai rnlrctrnu une heure, vous serea bien persuadé que je veux cstie vostre serviteur, et je pense que vous voudrez bien aussy m'aimer •
INTRODUCTION. un
TcHicr vit fort bonnestcmcnt en apparence, mais peut avoir jalousie et cmiidre que sa faveur n’aille d*un autre coslé. elle trouve bon qu'on lui rende compte de ce qu’on apprend, ou, s’il y a quelque cho«* dont elle délire sçavoir ta vérité, en s’oiivi*ant un peu, on taschcra de la satisfaire, m En même temps que Pouquet cberebait à gagner la reine mère , il prenait ses précautions contre elle. Il l'cfitourait d'espions et achetait jusqu'ü son confesseur pour pénétrer ses secrets. Nous en avons la preuve dans les lettres d'un anonyme qui servait d'intermédiaire entre Kouquei et le cordeiier ronfesseur de la reine. Il suffira de dter quelques passages de ces lettres adressées à Pouquet, qui y est désigné sous le nom de Monseignear : q Le cordeb'er dit hier à la personne dont j'ai parle à .Monseigneur, que la reyne mère lui avoit conté un meseontenlcment quelle avoit eu du roy sur ce que, l’autre jour, entrant fort brusquement dans sa chambre , U luy ht reproche de ce quelle avoit prié M. de Rrienne* de quelque affaire, et qu’il luv dit en propres iennes et fort en colère, Madame, ne faites filas de pareilles choser tans tntn porter*; qu’à cela la reyne no respondit rien et ne fit que rm^ir Il a encore dit que Monsieur* se plaignoil et qu'il avoit dît depuis peu à quelqu’un que le roy ie traitoil comme un chien. Au reste, il assure que la reyne mère croit que M, le Prince pense fort à se mettre dans les aflaiii^s; qu’elle dit avoir remanjuc une patience extresnie en luy pour faire sa cour; que le roy l'estime fort, et que, sur toutes les choses qu'il fait, il demande aux gens si M. ie Prince les approuve. Il est mrsme constant qu'il taschc à cahaler^. Il a esté voir ce bonhoiiune de cordeiier, et la reyne mère, quoiqu’elle ait une furieuse défiance de luy, faimeroit encore nueux que rien , car il la recherche. Je taschcrai d’cscrire quelque chose à Monseigneur, du père Annat *; uiais comme c'est un IkOmmc fort réservé, je n’ose rien pronifUrt!. >*
' Hcort -Auguste de Lomènie, comte de Brienoe, était »«cnèUure d’Éut. dhargé principsJeiDCiU de» àUaire» étrangères 11 a Isissé des mémaire».
* Cette lettre ne porte pas de dsle pré* eue; mai» die doit être de 1661, cl écrite peu de lcui|»s après U cnort de Mazarin (9 mars}. A ccttc époque, Louis XIV oop>-
œença à régner par lui 'même et ne permit plus è sa mrre ni à se» nunislres de donner des ordres en matière poli' tique.
* Philippe d'Ortéacu, frère du roi Louis XIV.
* CaftalfT signiGe ici se Giirc un paru.
* Jésuite, confesseur de Louis XIV.
INTltODUCTION.
Peu de tcni|» après, le même espion écrivait à Fouquet : «Je n'ai point ose m'empresser ce matin à vous suivre pour vous apprendre. Monseigneur, ce que le lioti religieux que voussavoi me dit hier. J'ai appris, entre autres choses , qu'il croyoit qu'il poiirroit hien n’j avoir plus de conseil de conscience, et qu'il y avoit deux jours que quelqu'un donna avis et envie au roy de voir une lettre t|ue ces Messieurs du conseil de conscience oscrivoient i Home par son ordre. Le paquet estant entre les mains du courrier fut reporté au roy, et, dans cette lettre qu'il n'avoit point vue, ces Messieurs escrivoienl qu'ib tenoient le roy dans rohcissancc exacte qu'il devoit au Saint-Si^e, et s'atlrihuoirnt comme la gloire de le gouverner. Cela le choqua extresmement, cl jaloux, comme il l'est, de son autorité, il parut si irrité qu'il protesta qu'il ne les rassemhleroit plus, n On lit encore dans la même lettre : «Comme j'ai appris depuis peu que le père I.crlerc, que je pensois qui devoit eslre confesseur du roy après le père Annat, le sera de Monsieur. je puis vous assurer que, si cela est de quelque riiose, j'aurai des habitudes et des liaisons aussi étroites avec lui que j'en ai auprès du faon père. ■■
Fouquet recevait quelquefois de ces espions des avis utiles. Ainsi, on lit dans une des lettres qui lui sont adressées : <i i,a reyne mère dit, dimanche dernier, sur vous, que M. le cardinal avoit dit au roy que, si l'on pouvoit vous osier les hastimens et les femmes de la teste, vous .seriez capable des grandes chosc.s; mais (|uc surtout il falloit prendre garde à vostre ambition, et c'est par lé qu'on prétend vous nuire.»
Le jugement porté sur Fouquet par le cardinal Mazarin est d'une vérité frappante. Trois causes, en cITct. perdirent le surintendant : l'ambition, les plaisirs et une prodigalité insensée pour les édifices somptucu.x. Jusqii'è quel |>oint Fouquet porta-t-il ses vues ambitieuses i* Voulut-il, comme on l'a prétendu, se faire de Bcllc-llc une forteresse où il aurait pu, on cas de disgrâce, braver l'autorité du roi? On ne peut nier l'authenticité du plan qu'il avait formé pour se mettre à l'abri de la vengeance du roi '. P'ouquet l'avait déjà communiqué à (iourvillo du vivant de .Mazarin. et, sur les représentations de son confident, il lui avait promis de le détruire’. D'ailleuis on a la preuve que plusieurs des personnages cités dans ce projet s'étaient
Lr plan de Fouquet « trouve dam le* regntres de Koiicaull. que j'ai d^» inenlîonnev .M. Pierre Clémtm l'« reproduit en
grande |iarlie dam. son flistoire tU Ccihrrt.
* .t/éntoirn tU GourviHt fédit. Miclinud et Pnujoulat), p. 63i.
INTRODUCTION
engagé) i le servir em*erf H contrt Le coininandant de Ncucbése, qui
avait été nommé vice-amiral et intendant général de la manne, semblait aussi enchaîné par des serments solennels k la fortune de Fouquel^. On voit, en effet, par les lettres adressées au commandeur de Neuchèse après lar> restation de Fouquet*, que ses amis le considéraient comme gravenient compromis. L’un d'eiu lui écrivait, le i3 octobre 1661 î uOn vous a servi de bonne manière, <f en vérité «im en aiiei grand besoin... On vous pourroit bien mander de venir dire ici vostre projet; mais ny songei pas, si on ne vous foixlonnc. » Neuchèse se tint même caché pendant quelque temps, cmnme le prouve une lettre que lui adressait le duc de Beaufort, amiral de France, à la 6n d’octobre i66i : «Monsieur, vous vous tenes fort caché sur tous les bruits qui ont couru k la cour, et les démarches de vostre se^ crétaire sont cause que ces bruits se coiinrrtumt. Pour moy, comme vostre amy, lorsqu'on parle, je responds des espaules et je ne sais que dire, puisque vous vocks eetes caché de moy comme des autres. Vous estes bon et sage; mais la Toussaint vous trouve encore non embarqué. Croyea que cela vous fait grand tort et plus que je ne vous le saurois dire. Remédies«v promptement. »
Ce qui résulte de ces lettres, cest que Fouquet avait réellement voulu s'assurer des créatures qui ne dépendissent que de lui et le jntitégeasscnt en cas de dugricc. 11 aspirait au rang de premier ministre, et voulait, comme Richelieu et Maxarin, s’assurer un asile. Le premier avait eu le Havre, le second Brouage. Fouquet se considémit comme le maître de Belle-Ile, et comptait sur la Hotte de Neuchèse pour fy protéger. Ces idées ambitieuses étaient entretenues et esaltées par les cotirtisans, qui ne man* quent jamais k la faveur. Si quelques correspondants de Fouquet lui don> naient de sages conseils et Tavertissaient du danger, d'autres le bernaient de funestes illusions. On lui écrivait de Bordeaux, le a 9 août i€6i, peu de
' Voy. ri/ùloov de CoAerf. par M. PiciTT déOMQt.
* «JaenaU perronne n'a donne <le parol« plus funnetles qu« luy d'eslre dans roe« in léréU . $mm réserve H sans dàtinction , «Ri«rrt et cesUrt raai. t ( Pmijet trouve i Saint* Uandè.)
* Les origiiuux □utograpix'-s Ho cet lettres sont entre tes cuains de M. Amiajsd de Neuebèae. Des i^kpiea en ont été prise* et comiDuniquées par M. DcauclM!l-FU> teau , correspotxlant do minUtèra <le l'ina* truebon publique pour le* travau.* Iiîstoriquea.
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