‹ Journal d'Olivier Lefèvre d'OrmessonChapitre 9 sur 83 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

oPwi de temps après, le roy doima ordre aux sieurs de Tatou et de Carrai, préposés üi la garde de M. Pouquel, de le mener & Paris dans un carrasse de louage, qui leur fut envoyé â cet elTet; le sieur de Talois luy lit entendre ce nouvel ordre , dont il parut surpris. Il tesmoigna le lendemain qu'on luy avoit fait plaisir de le préparer h ce voyage, et que ce change, ment luy faisait de la peine. Il demanda mesme, i diverses reprises, au sieur de Talois i quoy ce voyage, qui le rapproelioil du roy, devoit aboutir, et si r'estoil pour quelque chose de mieux ou de pis. Sur quoy le sieur de Talois lui dit quelques bonnea paroles pour te remettre.

» I,e jour de Noël , le sieur de Talois le fit monter dans un carrosse , où entrèrent le sieur Pecqiiet, La Vallée, le sieur Talois. le sieur Batine, maresrhol de la compagnie des mousquetaires, et les sieurs Bonin et Blondeau , qui avoient amené le carrosse é Amboise, d'où le prisonnier fut conduit en la ville de Blois par vingt-six mousquebiires. Il coucha à rhostellerie de la Galère. Le second jour, il courba é -Sainl-Laiirent-des Eaues , aux Trois-Rob ; le troisième, èOHéans, au faubourg de Paris, lia -Salamandre; le qiLsIrième, à Toury, au Grand-Cerf; le cinquième, à Klampes; le sixième, è Corbeil, aux Carneaux, d'où il fut conduit au chasteau de Vincennes, le dernier décembre. Il dit, en passant prés de sa maison de Siiint-VIandc, qu'il y aurait plas de plaisir 4 prendre 4 gauche qii'4 droite; mais que, puisqu'il avoit esté ai malheureux que de desplaire au roy, il falloit prendre patience.

» Il fut Bccucilh avec beaucoup d'injures dans tous les lieux où U passa et quelques soins que les gardes pussent prendre potir esearter la populace, il fut im|iOMible tfempeseber qu'il nentendisi les imprécations que l’on faisoit partout centre luy. Ce qu'il supporta avec beaucoup de courage et de résolution.

«On le mil dans la première chambre du donjon du chasteau, qu'on meubla , avec tous les cabinets qui l'accompagnent , de meubles qu'on avoit tires de sa maison de Saint-Mandé. I/on enferma arec luy les sieurs Pccqucl et La Vallée. Le sieur Talois. avec vingt-quatre mousquetaires, fut chargé de garder le dedans; et le sieur de Marsac, lieutenant au gouvernement

ci>iTespaaMlaBce« ; les édileun des leures de Voilure Mfil «ujourdliui embarnosès pour délermitier U cbrutudogic <l« la cor-

respondaiire , qui aétS dassëe avec incurie.

' Voy. U conlinnalion de ce fait dam le/aarnaid'Obtêrrd'Orxqrafoa,l. U.p. 99.

INTRODLCriON.

d«‘ Vinccnnns et capitaine - liitutcnent de la compapiie ilei petits mousquetaires, fut chargé de la garde des dehors. Mais, ne s'estant pu arromnioder sur rexecution de leurs ordres, le roy prit résolution de remettre la garde du prisonnier au sieur d'Arlagnan , et luy en donna les ordres le 3 janvier i66a.

Il Le lendemain, le sieur d'.ArtagDan s'rstant rendu au donjon du chasteau de Vinreiines sur les quatre heures du malin avec cinquante mousquetaires de sa compagnie, deux maresrhaux des logis et le sieur Berlaud, le sieur de Marsar luy remit la place entre les mains^ M. Talois remit aiissy la personne de M. Pouquet, son iiiéderin et son valet decltanibrc. IXepuis ce temps jiisques an jugement du procès de M. Pouquet, le sieur d'.Xrtagnan a continué celte garde avec tant d'exactitude que liiy seul enlroit dans la eh.imbre de M. p'ouquet; il Iny purloit toutes tes choses nécessaires, sans souflVir qu'aucun autre que luy eiisl communiralion avec .M. Poiiquet, son médecin et son valet de chambre. El cela (il que M. Pouquet. qui avoit tesinuigné beaucoup d'inquiétude et de curiosité pendant les premiers jours de sa détention, sc voyant si bien renfenné et si soigneusement gardé, perdit l'espérance de recevoir des nouvelles de ce qui se passoil au dehors, et, ne |)Cnsant plus qu'i soi-mesme, on ne rentciidit plus parler que du mespris des vanités du monde et du bon usage (|u'il ferait de sou aflliclion s'il plaisuit au roy de le reléguer en quelque lieu, aux extrémités du royaume. »

.Avant ia translation de Pouquet i Vinccones, la chambre de justice qui devoif le juger, ainsi que les financier compromis dans son procès, s'était réunie à l'Arsenal. Elle tint sa première séance le 3 décembre iC6i. Le journal de Joseph Foucault donne un récit complet de cette séance. Comme il n'en est pas question dans le Joarnal d'Oth'irr d'OtTnesson, je reproduirai ici la narration du grcITier de la chaiiibrc de justice; c'est le complément néreisairc de notre journal.

Il DU SSMEDt TDOISlàuX lOT.B DE tiécEMBEE |66|, EN CS CHAUBEE DITE DU CONSEIL, rnOCIIE LS CIIAHBIIE MS COUFTES.

«Ce jour, sur les huit à neuf heures du matin, le sietu- Pransine de firandmaison , lieutenant criminel de robe courte de la prévosté et vicomté

INTBODliCTION. i.»\i

de Paris, le prévost de l’Iile, leurs lieutcnans, esemps et archers, s'estant rendus k la chambre des comptes, ont disposé leurs ateliers et ofliciers des deux eostés du grand escalier, depuis le bas jusques i la porte de la chambre du conseil . où la chambre devoit prendre sa séance , cl ont posé à la porte d'icelle un des cxciiips du lieutenant criminel de robe courte. M. Talon, premier avocat gt'néral de la chambre, et maislre Joseph Kourault. secrétaire du roy, nommé pour gi eflicr, s'y sont rendus les premiers, et peu après MM. Chouartet Pussort, conscillm an grand conseil. Sur les dix heures cl demie sont venus M. de l,amoignon, premier président; MM. de Ncsmnnd . prt'sidcnl du {Kirlcmciil: Poneet, Boucherat, Besnard de Rexé, maisircs des requestes; Regnard, Catinat.de Brillac et Fayct, conseillers de la grand' chanihie, précédés de dôme huissiers, estant descendus de la maison de M. le premier président par un esralier de bois fait exprès et atbndié, d'un coalé, à la gallcrie qui respond à la .Sainte-Chapelle, et, de r.autre, an pied dit grand escalier de la chambre des comptes.

s Peu de temps après, .M. Phelippeaux de Poiilchartrain, président de la chambre des comptes; MM. de Muussy et le Bossu-lc Jaii, inaistrcs des comptes, aiissy précédés de six huissiers de leur chambre, s'y sont tendus et .MM. BaiLssan et Le Féron, conseillent en la cour des aydes. La rliambie, au surplus, s'est trouvée remplie de plusieurs conseillers de la cour, maistrès de* comptes, et autres personnes du barreau et de qualité, qne la curiosité de voir cette première action y avoil allirés.

• Tous MM. les conuni.ssaires ayant pris leurs places dans l'ordre qui sera dit après , il s'est passé environ une demie heure de temps sans rien faire en attendant Monseigneur le chancelier.

• -M. le premier pré.sident, ayant eu avis par le prévost de l'islcquc Monseigneur le chancelier apprwhoit. a iioininé MM. Poneet, BesnanI de Reié, Catinat et Fayet pour l'aller recevoir; ce qu'ils ont fait jusques au bas de l’escalier de la chambre des comptes.

a Monseigneur le chancelier est monté, précédé des lieutenant criminel de robe courte , prévost de flslc , de plusieurs de leurs ofliciers , des huissiers du conseil et de la chancellerie avec leurs mante, atu è manches, toques de velours k cordons d'or, chaînes d'or an col , deux desquels avoient de* masses, et estoit arcompagné de six anciens de MM. les conseillers d'Fstat, lorsc|u'il est entré dans la chambre.

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