‹ Journal d'un bourgeois de Caen, 1652-1733Chapitre 5 sur 11 · CONTRE · texte numérisé non relu

CONTRE

Marie Benoist, dite sœur Marie de la Bucaille, de la

ville de Cherbourg ; Catherine Bedel et Jeanne De ÏMuney, servante de

ladite Bucaille.

Du 30"* jot/r d'octobre 1699.

Vu PAR LA CHAMBRE, ORDONNÉE par le Roi au temps des vacations, le procès criminel fait par le lieutenant criminel du siège de bailliage à Valognes, à la requête du substitut du procureur général du Roi, contre Catherine Bedel, dite La Rigolette; Marie Benoistj dite sœur Marie de La Bucaille, de la

faire aussi déboucher l'Orne , redresser le cours de celle rivière enlre Caen et les carrières de Ranville et rendre navigable sa partie supérieure jusqu'à Argentan , conséquernment bien plus loin que jusqu'à cinq ou six lieues dans les terres»

ville de Cherbourg; Jeanne De Launey, servante de ladite de la Bucaille. de la paroisse de Brix, élection de Valognes, et frère Le Saulnier^ prêtre, religieux cordelier, fugitif et contumace; lesdites Le Bedel, Benoist, dite de la Bucaille, et De Launey, prisonnières en la conciergerie de la cour, en con» séquence de l'appel interjeté par ladite Benoist, dite de la Bucaille, de sentence rendue audit siège le treizième jour de janvier dernier; par laquelle lesdites Benoist de la Bucaille, Bedel, et ledit Le Saulnier auraient été déclarés dûment atteints et convaincus,

Savoir : ledit Le Saulnier, contre lequel la contumace aurait été déclarée bien instruite et jugée, d'avoir distribué plusieurs pâtes qu'il avait composées, par le moyen desquelles et du mauvais usage qu'il a fait du sacrement de confession, il a prétendu se faire suivre par plusieurs femmes et filles ;

D'avoir abusé de ladite Bedel et de ladite Benoist de la Bucaille, ses pénitentes ;

Ladite Benoist de la Bucaille, d'inceste spirituel avec ledit frère Le Saulnier, cordelier;

D'avoir, par le conseil et avis dudit Le Saulnier, feint d'être possédée pour le persuader au peuple;

D'avoir, sous prétexte de feintes agitations, et faisant les actions d'une démoniaque, proféré plusieurs paroles de mépris contre Dieu et ses saints ;

Fait des impiétés et profanations des reliques des saints, même du très saint sacrement de l'eucharistie;

D'avoir voulu passer pour sainte;

De s'être fait apporter des enfants et des estropiés, qu'elle touchait, dans l'espérance de leur faire recouvrer leur santé;

D'avoir affecté de parler certainement de l'état des âmes du purgatoire, dont elle se disait assurée par le moyen de la révélation ;

D'avoir fait la prophélesse;

Révélé des secrets et pensées cachées, même dit des choses qui se passaient dans des lieux éloignés du lieu où elle était lorsque lesdites choses se passaient ;

D'avoir feint et affecté de paraître avoir fait des actions extraordinaires, et qui ne peuvent être faites que par art magique et opérations du Diable ;

Comme de s'être fait transporter des cachots dudit Valognes, dans lesquels elle était enfermée, eu *ladite ville de Cherbourg et lieux limitrophes éloignés de plus de quatre lieues de la prison et des cachots de Valognes, de sorte qu'elle paraissait en même temps dans des lieux différents éloignés les uns des autres;

D'avoir fait et jeté plusieurs maléfices sur des personnes qui demeuraient malades ou estropiées, que ledit Le Saulnier et elle guérissaient dans Tins-

tant; moyens dont ils se sont servi pour téduire le peuple qu'ils attiraient à eux par des actions qu'ils faisaient passer comme des miracles;

Et enfin d'avoir fait ou feint de faire paraître plusieurs fantômes de prêtres, morts il y a très longtemps, qui venaient dans la chambre de ladite Be~ noist la faire communier; tanlôt des saints ou des saintes sous des figures humaines, tantôt d'hommes entourés de flammes et autres prestiges et illusions.

POUR PUNITION et réparation de quoi, lesdits Le Saulnier et Benoist de la Bucaille auraient été condamnés à faire amende honorable, tête et pieds nus, la corde au col, en chemise, tenant un cierge en main du poids de deux livres, conduits par l'exécuteur devant la principale porte de l'église dudit Valognes, pour à genouxy demander pardon à Dieu, au Roi et à justice;ce fait, en la place ordinaire où se font les exécutions, pour y être pendus et étranglés à une potence qui, pour cet eff'et, y serait plantée, et ensuite leurs cadavres réduits en cendres, lesquelles cendres seraient jetées au vent, et seraient, ledit Le Saulnier, et ladite Benoist, avant que de souffrir la mort, appliqués à la question ordinaire et extraordinaire, les biens de ladite Bucaille .déclarés acquis et confisqués au Roi,ou à qui il appartiendrait, sur iceux pris préalablement cent livres d'amende, applicables vers sa Majesté, et d'autant que ladite

sentence ne pouvait être réellement exécutée en la; personne dudit Le Saulnier, ordonné qu'elle le serait en effigie en la manière accoutumée ;

Ladite Le Bedel en trois ans de bannissement hors du bailliage ;

Et ladite De Launey à être appliquée à la question ordinaire et extraordinaire.

INFORMATION, interrogatoires, diligences faites à Caen contre ledit Le Saulnier pour parvenir à ladite contumace, réclament pour lui valoir de confrontations ; autres confrontations faites personnellement auxdits accusés, conclusions du substitut du procureur général du Roi; interrogatoires prêtés sur la sellette par lesdites Benoist, Bedel et De Launey ; requête présentée à la Cour par ladite Benoist , ordonnée être communiquée au procureur général le 26 juin dernier; ensuite sont les conclusions dudit procureur général du même jour; et au dessous est l'arrêt de la Cour portant soit fait suivant lesdites conclusions du -l^"^ juillet aussi dernier ; autres conclusions dudit procureur du Roi , au dessous desquelles est Tarrêt donné en conséquence ; lesdites Benoist de la Bucaille, Bedel et De Launey, entendues sur la sellette en ladite chambre , en leurs confessions et dénégations, icelles réitérées ; ouï le rapport du sieur Grosville, conseiller commissaire ; tout considéré.

LA CHAMBRE , saos s'arrêtcr à la requête de ladite

Benoist de La Bucaille du 26 juin dernier, a mis et met l'appellation et ce dont est appelé au néant, éraendant a déclaré ladite Benoist dûment atteinte et convaincue des crimes d'impostures, séductions, impiétés, abus et scandale public.

POUR PUNITION et réparation desquels crimes a condamné ladite Benoist de la Bucaille en cent livres d'amende envers le Roi ;

A faire amende honorable, Taudience de la chambre séante , ainsi que devant L'église de Notre- Dame de cette ville, et aura un écriteau au front portant ces mots fausse dévote , et là étant à genoux, pieds nus, en chemise, ayant la corde au col, tenant une torche ardente du poids de deux livres , demander pardon à Dieu , au Roi , et à la justice , des impiétés, impostures et autres crimes par elle commis , mentionnés au procès ;

Ce fait être battue et fustigée nue de verges jusqu'à eifusion de sang aux carrefours ordinaires de cette ville par un jour de marché ;

Et ensuite conduite en la ville de Cherbourg , pour y faire pareille amende honorable devant la principale église dudit lieu, et ensuite être fustigée comme dessus par un jour aux endroits ordinaires;

Après quoi ladite Benoist sera encore conduite en la ville de Valognes pour y faire amende honorable devant la principale église de ladite ville, et fustigée par un jour aux lieux ordinaires ;

Et condamnée en outre d'avoir audit lieu la langue percée avec un fer chaud ;

Icelle bannie à perpétuité du royaume ;

A fait défenses à ladite Benoist d'y rentrer à peine de la vie, ses biens acquis et confisqués au Roi , ou à qui il appartiendra (i).

A CONDAMNÉ ladite De Launey d'assister ladite Benoist à l'amende honorable qu'elle fera à l'audience de la chambre , et après sera mise hors des prisons.

ET A l'égard de ladite Bedel ladite chambre l'a déchargée quant à présent ; ordonné qu'elle Sera mise hors des prisons ;

Et afin que le présent arrêt soit rendu notoire, a

ordonné qu'il sera affiché aux carrefours de cette

ville, et de celles de Cherbourg et de Valognes , à la

diligence des substituts dudit procureur général aux

sièges des lieux à eux enjoints d'en certifier la Cour

dans le mois.

Signé Le Tac.

(i) L'unique crime prouvé de Marie Benoist fut l'wceste spirituel avec son confesseur et les fourberies commises de complicité avec lui. Cinq ans après, à son lit de mort, elle avoua qu'elle n'était ni une sainte ni uri€ sorcière. Elle n'était coupable que d'avoir chcrclié à profiter de la crédulité publique.

U décembre 1699.

François Nyon, de Gaudebec, a été exécuté à morl en celte ville de Gaen pour un crime énorme.

Il était valet domestique du sieur Bouttemont, curé de Tourville (1), proche Gaen. Il l'assomma de sang froid, à huit heures du matin, le mardi dernier jour de juin 1699, avec une petite massue du premier coup de laquelle il tomba par terre dans sa cuisine, après quoi il le traîna dans la laverie et acheva «le le tuer à coups de la même massue.

Après qu'il fut tué, ce scélérat fouilla dans ses poches, prit les clés et lui vola tout ce qu'il pouvait avoir tant en argent, linge, vaisselle d'argent, qu'en ornements d'église, comme aubes et surplis, calice d'argent et sa patène.

Ayant laissé le cadavre dans un coin de la laverie, il resta encore quatre jours seul maître dans la maison, pendant lequel temps il vendit tout ce qu'il pouvait vendre, savoir le blé, agneaux, etc., et transporta tous les meubles ci -dessus chez sa mère en la paroisse de Nouant.

Il a été arrêté prisonnier le premier de ce mois, en la ville de Honfleur, lorsqu'il se sauvait après avoir fait un vol considérable en la paroisse de

(1) Tourville-sur-Odon, canton d'Evrecy.

Sainte-Mère-Eglisp, on Cotontin , élant pour lors journalier chez un cabareiicr où logeait un marchand pour y coucher avec son cheval, auquel il vola la nuit plus de quinze cents livres et nrïême son habit.

Pour re)?arfl^iow desquels crimes il a été condamné à faire amende honorable devant la porte de l'église Saint-Pierre, avoir le poing droit coupé, sentir le feu par trois fois, être rompu vif sur une roue et y expirer, son corps porté ensuite aux fourches patibulaires, le tout après avoir été préalablement appliqué à la question ordinaire et extraordinaire.

Février 1701, au commencemeni.

11 a fait à Caen des vents impétueux, et entre autres désordres une des cheminées des maisons sises devant le puits de la Poissonnerie, appartenantes aux enfants mineurs de feu Thomas Du Mont, vivant cabaretier de l'hôtellerie de la Petite-Notre- Dame, et de Catherine de Saint-Jean, sa veuve, acquises du sieur Bayeux, est tombée, et par sa chute a ruiné un côté entier de la couverture desdites maisons et y a causé beaucoup do dommages.

30 mars 1701.

Mcssire François de NcsmontI, évoque de Bajeux, a donné audit Bayeux un mandement portant la condamnation et défense du livre intitulé : Durand commenté, on l'Accord de la Philosophie avec la Théologie louchant la transsubstantiation de V Eucharistie ^ à Cologne, chez Pierre Marteau, aux Trois- Colom" bes, ilOO.

Il y a eu dix-sept propositions extraites de ce livre, dont la condamnation a été poursuivie requête du sieur Lefort, promoteur, et le sieur Pierre Gally (1), prêlre, curé de Saint-Martin de Caen, principal du collège des Avis en ladite université, a été forcé de

(1) Pierre (iully ou Cailly , né en 1655 à Mesnil-Huberi près Argentan, fit sa philosophie à Caen vers lG75et sa théologie à Paris. Il fui ensuite professeur de philosophie à Caen , et mourut exilé à Moulins le 31 décembre 1709. On a de lui , outre son Durand Commenté , un vol. in-8® , Cologne. Marteau (Rouen; : Primum Philosophiœ perficiendœ rudimenlum anlhropologia sive tractalio deHomine^ Cadomi , 1G83 , in-4". Vniversœ philosophiœ inslilutio^ 4 vol. in-4°, Cadomi , 1695. Discours en forme d'Homélies sur les mystères , sur les miracles et sur les paroles de N.S. Jésus Christ, qui sont dans V Evangile, Caen, 1703, 2 vol. in-8«, et l'édition do Boëee : Ad usum Delphini. Pierre Cally eut de vives disputes avec le P. de Valois , jésuite , sur Tessencc de la matière.

reconnaître cet ouvrage, qui a été imprimé à Caen, chez Poisson, imprimeur, rue de Froiderue.

Ce mandement a -été lu et publié en synode à Bajeux, le 7 avril audit an 1701, et ledit sieur Caily a signé sa rétractation le 21 du même mois, dans les termes suivants :

« Je soussigné Pierre Cally, prélre, curé de Saint- Martin, de Caen, déclare que je me soumets sincèrement au jugement que mondit seigneur l'évêque de Bayeux a porté sur mon livre intitulé : Durand commenté, ou V Accord de la Philosophie avec la Théologie sur la transsubstantiation de t' Eucharistie, et sur les propositions qui en ont été extraites; et que je les rétracte par ces présentes, condamnant ledit livre et propositions purement, simplement, et sans réserve, en la manière que mondit sei;jnpur les a condamnées par son mandement du 30 mars 1701. Fait à Caen, ce 21 avril 1701., Signé P. Cally, avec pnraphe. >>

15 Mai 1701.

Et autres jours suivants la milice de la généralité de Caen s'est assemblée à Caen jusqu'à nouvel ordre.

5 Juin 1701.

On a reçu M. do la Tailla je à la charge de major de la ville et château de Gaen, que possédait M. de Courcy , qui mourut il y a trois semaines , lequel l'avait possédée par la survivance que le Roi lui avait accordée de M. de Courcy, son père. Tous les bourgeois étaient sous les armes, sur la place Royale, qui le reçurent au bruit de la mousqueterie et des tambours. M. de la Groisette le conduisait partout; ledit sieur delà Taillaye avait été reçu par la garnison, quelques jours auparavant, au bruit du canon qui tira trois coups.

Dans l'aulomne 1704.

Du Breuil Conard a vendu au sieur de Floissac, receveur général à Gaen, cin([uanto tonneaux de cidre au prix de trente livres le tonneau.

2 janvier 1702.

Messire Jacques do Matignon , frère puîné de Léonor de Matignon, s'étant consacré à l'église, eut d'abord le prieuré iDyal du Plessis-Grimoult , et en

cette qualité il devint chanoine de Saint-Jean-le- Blanc dans l'église cathédrale de Bajeux.

Le Roi lui ayant donné son agrément, il permuta ce bénéfice en 1671 avec l'évêché de Condom, que possédait messire Jacques-Bénigne Bossuet, mort le 12 avril 1704, évêque de Meaux, si connu dans l'église par ses rares qualités; mais il se démit de son évéchéde Condom en l'année 1693.

Il a fait une belle et riche fondation de dix-huit places dans le sémiîiaire de Gaen, pour dix-huit jeunes élèves du diocèse de Bayeux, dans la vue de procurer à de jeunot ecclésiastiques les moyens de parvenir aux saints ordres, se perfectionner en cet état, s'avancer dans les études, même de prendre des degrés dans l'université de Caen. Ce contrat est passé à Paris, le 2 janvier 1702, par devant B;)illy et son compagnon, notaires au Ghâlelet, et ladite fondation acceptée par Mg"" François de Nesmond , évêque de Bayeux, et messire Sébastien Dufour, chanoine d'Arry, officiai, grand archidiacre et syndic de Bayeux, et ratifiée par messieurs les députés du diocèse.

Lesdits ecclésiastiques ont commencé à jouir de cette pieuse fondation comme du 1" janvier 1702.

15 février 170-2.

La capilatior» imposée sur la bourgeoisie de la

ville dcCacn, pour l'année 4 702, par M. Foucault, intendant, se monte à la sontime de vingt et un mille huit cent une livres.

20 février 1702.

MM. des Hommets Formage et la Vacquerie Hébert ont été reçus par messieurs du bailliage de Caen aux charges de lieutenant de M. le vicomte de Caen et d'assesseur en ladite vicomte, suivant le renvoi de leurs provisions adressées au bailli de Caen par M. le chancelier. Ils ont expliqué une loi qu'on leur avait baillée et ont répondu à quelques arguments qui leur ont été proposés par M. de Canchy, lieutenant général, et quelques uns de messieurs les conseillers ; après quoi ils ont prêté le serment en tel cas requis... Cette cérémonie a fait de la peine à messieurs les officiers de la vicomte, n'étant pas accoutumés à être reçus audit bailliage, mais au parlement de Rouen.

Le sieur Alexandre Le Riche, écuyer, sieur de BretignoUes, directeur général des fermes du Roi, à Caen, obtient du sieur Jean Guilbert, archiprêtre,

curé dfi Nolro-Damo et officiai de Caen, un monitoire, suivant qu'il y est autorisé par sentences rendues en bailliage crinr}inel, à Caen, les 12 et i6 mars de ladite année, contre des personnes qui, en son absence, dés le 20 décembre dernier, ayant été obligé d'aller à Paris pour les affaires de son ennploi, ont profité de la facilité qu'elles trouvèrent dans le jeu auprès de la dame son épouse, sont allées dans sa maison dans un temps même qu'elle était détenue au lit malade, et l'obligèrent de jouer à des jeux prohibés et défendus par les ordonnances de sa Majesté, auxquels jeux elle a perdu et dissipé des sommes des plus considérables.

8 juillet 1702.

La noblesse de la généralité de Caen est partie pour aller à la Hougue pour empêcher la descente que pouvaient faire les Anglais ou Hollandais. La noblesse d'Alençon y est avec d'autres troupes tant milice que troupes réglées (1).

{\) Celte descenle ne fui pas leniée.

20 juillet 1702.

Sont arrivés à Caen deux cents mousquetaires gris et noirs pour aller à la Hougue ou aux environs, pour empêcher la descente que pourraient faire les Anglais et Hollandais.

24 juillet 1702.

Un détachement de trois cents bourgeois de Caen est parti pour aller à la Hougue, pour le même sujet que les mousquetaires et autres troupes.

Depuis trois mois il part tous les quinze jours, des campagnes, des détachements des paroisses de la campagne, commandés par des gentilshommes, lesquels vont se relever les uns et les autres, et ce pour le même sujet ci-dessus.

22 septembre 1702.

Tous les mousquetaires gris et noirs sont passés par Caen, revenant de la Hougue et Valognes, pour s'en retourner à Paris ou ailleurs. Tous les bourgeois, paysans et détachements, ainsi que la noblesse de Caen et d'Alençon, sont de retour aussi de la Hougue et remerciés.

2 janvier 1703.

En l'année 1702, M. le chevalier de Bernières- Louvigny (1), fils de M. de Louvigny, conseiller au parlement de Rouen, a acheté un régiment d'infanterie qu'il a fait à Caen, où était le quartier d'assemblée. Il est composé de douze compagnies et une de grenadiers. Beaucoup de jeunesse de Caen s'y est engagée, et MM. Chasot, le chevalier de Gauvigny, le chevalier de Vimont et autres, ont pris des compagnies dans ledit régiment. Il est parti pour aller à Dunkerqne, le 2 janvier 1703, au grand contentement de la ville, parce qu'il y avait beaucoup de garnements dans ledit régiment.

Aujourd'hui on a chanté, dans l'église Saint- Pierre, un Te Deiim en action de grâces de la prise du fort de Kehl. Toutes les paroisses et couvents y ont assisté à l'ordinaire, ainsi que les deux compagnies du présidial et de la vicomte. M. Foucault,

(i) En 1633, un des membres de la famille de Bernières-Louvigny concourut de tout son pouvoir à rétablissement de rhôpilal des Pauvres renfermés.

intendant, y a assisté à la tête du présidial. M. de la Taillaye, major du château, avait mis trois soldats pour garder sa place au banc du château dans ladite église ; M. l'intendant les en fit chasser, étant la première place et celle du présidial, et ledit sieur de la Taillaye n'y vint point ; il commandait à la place, MM, de Cagny et de la Croisette n'y étant pas pour lors. On tira au château trois volées de canon de toute l'artillerie dans le temps qu'on mis le feu au bûcher dans la place Saint-Pierre, les bourgeois étant sous les armes (1).

Dimanche 16 décembre 1703.

A été fulminé, dans la plupart des paroisses de la ville de Caen, un monitoire de conséquence à l'occasion de soustractions prétendues commises par Jacques Feret, prêtre, religieux de la compagnie de Jésus et procureur du collège de Caen, et par un frère jésuite, son compagnon, dans la succession de

(1) A la suite de cet article, notre journal fait le récit de plusieurs fêtes semblables à celles-ci, qui eurent lieu dans le courant de la même année, à roccasion des victoires de Boufllersen Flandre, de celle de Villars à Hochs letl, et des prises de Brissac et de Landau par Tallard.

dame Marie Le Prévost, veuve de M. de la Luzerne, dont il était le confesseur depuis dix à douze ans.

Cette dame ayant été attaquée le jeudi 9 août, à trois heures du matin, de la maladie dont elle est morte le dimanche 12 août au soir, avait envoyé chercher aussitôt ledit père Feret, qui s'y transporta sur-le-champ, et l'avait saisi d'un gros paquet fort pesant qui doit contenir des effeis considérables qu'il porta au collège. Ladite dame lui a mis en même temps un billet entre les mains contenant les dispositions de ses dernières volontés, écrites de sa main, pour être par lui exécutées ponctuellement.

Les héritiers collatéraux de cette dame ont voulu savoir, après le décès, ce que ledit père Feret avait emporté avec son frère compagnon, et ce qu'il en avait fait. Ledit père Feret ayant été mandé par Mg" Foucault, intendant, MM. de Vassy et de Couppesarte, deux desdits héritiers, s'y étant trouvés, il fit voir à M. l'intendant, et même à ces deux messieurs, ce qu'il pouvait faire voir de ce billet, qui fut reconnu par eux être de la main et écriture de ladite dame de la Luzerne, avec son seing, mais en même temps il leur a déclaré qu'il ne pouvait en faire voir davantage, et qu'il ne dirait jamais rien de ce que ladite dame lui avait mis aux mains et des dispositions qui en avaient été faites, qu'il avait exécutées ponctuellement comme elle l'en avait chargé, et tout cela sous un secret qui lui avait été

donné à confesse et dont il ne devait compte qu'à Dieu seul.

MM. de Vassy et de Couppesarte prétendent que c'était un billet que ledit père Feret avait pu faire faire à ladite dame dans le temps de sa maladie par suggestion et induction. Ce billet porte qu'elle prie celui à qui elle s'adresse d'exécuter fort ponctuellement ses dernières volontés, étant obligé de faire et au delà toutes les choses qu'elle lui recommande pour le salut de son âme; qu'elle s'adresse à lui comme à une personne de confiance et de conscience ; qu'elle ne fait pas cela pour être vue d'autre personne que de lui ; qu'elle le prie de faire les choses comme elle va les dire sans y rien changer, ne voulant pas que les héritiers s'en mêlent , n'étant qu'une source de procès; que, pour l'éviter, elle donne, etc., dont elle le saisit, savoir, etc., et qu'elle le prie que cela soit exécuté ponctuellement sans en dire aucune particularité à personne, n'en cherchant de mérite qu'en Dieu.

Les héritiers ont voulu savoir et avoir révélation de ce qu'elle a voulu qui fût caché et qu'elle a donné sous le secret à son confesseur. Il affirma devant M. l'intendant et ces messieurs qu'il n'y arien dans cette disposition qui le regarde en particulier, ni les jésuites directement ni indirectement, c& qui est tout ce que l'on peut souhaiter, et qui a toujours été jugé en pareille occasion, ou s'il n'y aurait point

quelque donation pour quelque personne prohibéCr ce qui n'est pas non plus et ne pouvait pas même être en cette rencontre.

22 décembre 1703.

Un arrêt du conseil a été rendu qui ordonne une levée de deniers pour le rétablissement du chemin de Paris entre Caen et Lisieux,

Le Roi a créé un troisième grand-maître des eaux et forêts à Alençon. Nous n'en avions que deux, l'un pour la Haute et l'autre pour la Basse-Normandie. Le département d'Alençon a été formé de partie des deux autres.

7 janvier 1704.

L'académie des belles lettres, à Caen, a été rétablie et a commencé sa première ouverture d'assemblée chez M. de Groisilles, avocat du Roi au bailliage et siège présidial de Caen ; ces assemblées avaient été suspendues depuis la mort du sieur Jean lElenaud de Segrais, arrivée le 25 mars 1701, âgé de

soixante-dix-sepl ans, étant né à Caen en 1624 (1). Ledit sienr de Segrais recevait chez lui messieurs les académiciens. Il est mort d'une hydropisie, et depuis il n'y avait plus de lieu fixe pour ladite académie, ce qui a donné lieu à M. de GroisiIles(2)d'ac-

(1) Le poèlfi Segrais naquit à Caen, le 22 août 1625. L'auteur du Journal a été induit en erreur par Huet, qu'il suit toujours.

(2) Segrais et M. de Croisilles avaient épousé les deux sœurs.

Après les lettres patentes de l'académie de Caen , obtenues en 170S , par la médiation de Tintendant Foucault, M. de Croisilles coniinua à oi>vrir sa maison aux académiciens ; mais ayant été un jour contredit par eux, il se fâcha et dit qu'il était bien étonné de cette résistance, tandis qu'il fournissait sa maison et son feu. Les membres de l'académie, choqués d'un tel reproche, se retirèrent et ne se rassemblèrent de nouveau qu'à l'arrivée de M. de Luynes , évêque de Bayeux, qui leur fit arranger une salle dans son palais.

M. de Luynes, élu à son tour directeur, parut durant les premières années de son épiscopat avoir beaucoup d'égards pour ses collègues. Cependant, comme si la destinée de ceux-ci était d'être traités cavalièrement par tous les hommes qu'ils mettaient à leur tète, il leur fit plus tard une grave insolence : un jour il convoqua lui-même une assemblée extraordinaire, se fit attendre longtemps et

corder sa maison à cet effet, où ledit jour 7 janvier l'ouverture de ladite académie a commencé par reloge public de mon dit sieur de Segrais.

• Jeudi 3 avril 1704.

M. d'Anfernet, chevalier d'honneur au présidial de Caen, et le sieur Chouet de Vaumorel, ont pris séance à l'Hôtel-de- Ville comme ayant été pourvus, savoir : le sieur d'Anfernet de la première charge d'échevin gentilhomme de la ville de Caen, et le sieur de Vaumorel comme de celle de premier échevin des bourgeois. Celle de premier échevin des marchands est tenue par le sieur Charles Couture, marchand, qui n'a point encore ses provisions. Lesdites charges leur coûtent, savoir : au sieur d'Anfernet, dix mille livres, et les deux sols pour livre; celle du sieur Vaumorel, aussi dix mille livres et les deux sols pour livre; celle du sieur Couture sept mille livres et les deux sols pour livre, le tout en

envoya dire qu'il ne pouvait venir. Limportanle affaire qui le retenait était une partie d'échecs.

L'académie de Caen l'avait méconlenié en admettant des protestants dans son sein ( Voir à la bibliothèque de Caen le manuscrit de M. de Quens R. M. ).

conséquence d'une déclaration du Roi et arrêt du conseil du mois de janvier dernier ou environ, quf érige lesdites trois charges en litre d'office, ainsi que dans les autres villes du royaume. Les échevinsqui avaient été nommés par élection le jour des cendres dernier, ont quitté ei abandonné leurs places auxdits trois pourvus, et les trois autres échevins sont restés en place avec ceux-ci.

Février 1704.

Edit du roi, qui crée des offices de greffierssecrétaires, gardes des universités.

Le sieur Aumont a acquis celui de l'université de Caen, duquel a élé payée, pour l'année d 706, par le receveur général à Caen, le sieur Floissac, la somme de six cent soixante et dix-sept livres dix sols, dont il a été donné acquit le o aoust 1707.

2 mai 1704.

Aujourd'hui vendredi, madame la marquise de Coigny, femme de M. le marquis de Coigny, fils de Mg"" le comte de Coigny, gouverneur de Caen et lieutenant général des armées du Roi , est arrivée à Caen, accompagnée de madame la comtesse de Coigny. Elle n'y était point encore venue depuis

son mariage, qui fui il y a trois ans. Tous les bourgeois se sont mis sons les armes en haie depuis le faubourg de Vaucelles jusqu'au château, en très bon et bel ordre. On a tiré le canon au château. Tous les corps de la ville sont <allés la saluer et complimenter. Elle est fille de M. du Bordage, homme de qualité de Bretagne et fort riche.

Samedi 14 juin 1704.

A été faite la cérémonie de la translation des reliques de saint Benoist , martyr, saint Dacien et sainte Fortunate, envoyées à madame de Tessé, abbesse de Gaen, par notre saint Père le Pape. Lesdites reliques furent portées hier à l'abbaye aux Hommes, et aujourd'hui les religieux de ladite abbaye les ont rapportées à ladite abbaye aux Dames. La compagnie de Saint-Gilles marchait en tète sous les armes, après quoi marchaient les processions de Saint-Gilles, Saint-Nicolas, Saint-Ouen et lesdits religieux, au milieu desquels étaient portées lesdites reliques par quatre religieux. 11 y avait un grand tapis dont les quatre coins étaient portés par quatre gentilshommes, l'épée au côté, savoir : M. d'Anfernel, Hue, Gouville de Pontoger et Bernières- Verdun; et les autres reliques portées par quatre prêtres, dont les coins portés par quatre officiers de la

juridiction de madame, savoir : MM. Avenel, Le Tremançois, Lelièvre et du Touchet. La cérémonie a duré huit jours. Les paroisses sont allées chacune leur jour chanter la grand' messe.

Dimanche 6 juillet 1704.

On a chanté dans l'église Saint-Pierre le Te Deum en action de grâces de la prise de la ville de Suze par l'armée du Roi. Mg'^ de Nesmond, évêque de Bayeux , en a fait la cérémonie , dont le clergé, université, bailliage et vicomte y ont assisté. M. Foucault, intendant, y était à la tête de son présidial. Après quoi messieurs de ville ont été mettre le feu à un bûcher, dans la place Saint- Pierre, au bruit de toute la mousqueterie de la bourgeoisie, qui était sous les armes autour du bûcher. M. de la Croisette, commandant au château, fit tirer toute l'artillerie du château, au. nombre de vingt-cinq pièces de canon, tant grands que petits (1).

(1) On trouve à l'année 1704, comme à Tannée précédente , le comple-rendu de plusieurs fêles semblables à propos de diverses victoires remportées par les armées et les ftolies françaises.

Ledit jour, 6 juillet 1704, M. Foucauld , intendant à Caen , voulut marquer la joie qu'il avait de la naissance deMgMe duc de Bretagne, premier fils sorti de Mg*^ le duc de Bourgogne et de son épouse madame de Sa voie (i). On donna les ordres par toutes les paroisses et couvents de la ville de sonner toutes les cloches à huit heures du soir, au signal que l'on donna au beffroi de l'Hôlel-de-Ville, et on alluma dans toutes les tours des églises et couvents de ladite ville des illuminations sur les dix heures, et on ordonna que les bourgeois feraient des feux devant leurs portes et des illuminations à leurs fenêtres, ce qui fut exécuté. M. l'intendant fît couler deux pièces de vin pour ceux qui en voulurent prendre. Il donna un repas magnifique et un bal, et sur les onze heures du soir il alla au pavillon de la foire pour voir tirer, pendant environ une heure, un magnifique feu d'artifice, qui était dans la prairie sur un théâtre. Les bourgeois du détachement étaient sous les armes proche le feu d'artifice (a), qui firent trois décharg'es au son

(1) Cette joie, qui fut partagée par louie la France, ne tarda pas à éire suivie de deuil ; le duc de Bretagne mourut, à peine âgé de neuf mois, le 15 avril 1705.

(a) On fui obligé de faucher un coin de foin de U prai-

des tambours, et dans le même temps on fit un combat de plusieurs jeunes gens qui étaient dans douze nacelles conduites par des matelots, lesquels jeunes gens se jetaient une jrêle de petites fusées et en attaquèrent une autre grande qui perdit la victoire. Ce combat était sous les fenêtres dudit pavillon de la foire, dans la rivière. C'était une fort jolie chose à voir : tout était rempli d'illuminations et des lanternes de la ville qui se pendent en hiver dans les rues, et pendant ce temps là on lirait incessamment lecanon au château. Les PP. jésuites se distinguèrent beaucoup dans cette occasion ; tout leur jardin était rempli de feux d'artifice et de lampes par étages (6). Ils avaient en outre quinze pièces de canon qui tiraient continuellement. 11 y arriva un grand malheur : le nommé Montcoc, passementier, demeurant rue des Quais, pa-

rie de l'autre côté du pont aux Vaches, pour y mettre ledit régiment du détachement de celle ville, vis à vis du boulevart, proche la rivière. Il y avait aussi, proche le régiment, des pieux de bois plantés debout avec des feux dessus.

(6) C'était un charme de voir les illuminations tant de l'église que du jardin et dortoir des jésuites, jointes à celles des tours de Tabbayc Saint-Eiienne et de la lour Sainl- Eiienne. On lira dans ladite lour de réglisc paroissiale

roisse Saint-Pierre, dans les maisons de la Charité , dans le temps qu'il mettait le feu à un des canons, un jeune homme qui était ivre mit le feu à un autre canon qui était derrière lui et dont le bout lui donnait dans le ventre, qui ne manqua pas, en tirant, de lui envoyer les entrailles en l'air et le tua sur la place.

Toute la ville était dans la prairie et sur le boulevart, jusqu'à une heure après minuit. Le sieur Renouf (d), doyen du Saint-Sépulcre, a fait la relation abrégée de cette fêle, en soixante-quatre vers qui ont été imprimés.

Samedi 30 août 1704.

Sur les onze heures du soir à venir au dimanche, il s'est élevé à Caen un orage si furieux, à caus& des tonnerres et éclairs , que les plus hardis et intrépides ont eu très grande peur. Le tonnerre

Sainl-Etienne plusieurs fusées volantes, et le feu ayant pris à une douzaine qui élaienl restées, le sieur ïillard, de ladite église, fut tout brûlé par la culotte, et celui qui les tenait a été enUèrement brûlé et a gardé le lit plus de six semaines.

(1) Guillaume Renouf, curé de Sie-Caiherine de Ronfleur.

a tombé sur l'église de l'abbaye royale de Saint- Etienne, où après avoir rompu tous les fils de fer qui font sonner les timbres de l'horloge, et fait le tour de l'église, et laissé des vestiges à la voûte, il a abattu en s'en retournant le haut de la pyramide en pierre, du côlé du nord où sont les grosse^» cloches, delà hauteur de quinze à vingt pieds.

Lundi 1" septembre 1704.

Le jour de la fête Saint-Gilles, après midi, il est arrivé un embrasement au bourg de Thorigny, élection de Saint-Lo, diocèse de Bayeux . si extraordinaire et si furieux, qu'il a élé impossible d'éteindre le feu.

Il y a eu environ cent cinquante maisons brûlées, depuis la maison de la dame Aumont, jusqu'à l'auberge des Trois-Rois et la rue qui traverse pour aller au Bon-Fossé.

La perte des bâtiments seuls, sans compter celle des meubles, est estimée à environ quarante mille francs.

Il y a eu un homme de tué et brûlé dans le feu.

\A oclobre 1704.

Arrêt du conseil qui attribue la somme de huit

eents livres par an, à prendre sur rétal du Roi, aux jésuites de la ville de Caen, pour un professeur de mathématiques et hydrographie en langue française audit collège... Le Père Mahoudeau a professé en 1705 et 1706.

Octobre 1704.

Messire Jean-Antoine de Franquetot, comte de Coigny, lieutenant-général des armées du Roi, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, directeur-général de la cavalerie française, gouverneur des villes et châteaux: de^ Barcelone et de Caen, et bailli dudit Caen, commandant en chef l'armée du Roi sur la Moselle, est mort en deux jours de maladie, d'une esquinancie, en Flandres, au grand regret des pauvres et des riches, et particulièrement de la ville de Caen, qui perd un bon patron. Le Roi en a marqué son ressentiment.

Le dimanche 2 novembre 1704, on a apporté son cœur au château de Caen, dans un carrosse tendu en noir, pour le porter le 4 dudit mois à Coigny, section de Carentan. Tous les bourgeois se sont mis en haie, depuis le haut du pavé de Vaucelles jusqu'au château, sous les armes, et sont allés jusqu'à la vallée de Mondeville. Les tambours, cou-

verts de crêpes, battaient fort tristement. Le cœur était dans un petit coffre de trois pieds, couvert d'un beau drap mortuaire, dans un carrosse attelé de six cbeVaux, couvert de noir jusqu'à terre, et quantité de carrosses à la suite... Après le service, fait audit cbàteau, les bourgeois ont fait une déchargeais étaient campés dans la plac3 et autour de l'église; ensuite on tira cinq coups de canon. Toutes les cloches des paroisses et couvents sonnèrent pendant plus de deux heures, au signal d'un coup de canon qui fut tiré dès qu'on aperçut le carrosse. On lit le service le lendemain 5 audit château, où toute la ville assista. On y prononça son oraison funèbre; les bourgeois étaient encore sous les armes. Ce furent les prêtres de Saint-Pi;Tre qui firent le service, et ils furent jusqu'à la porte Millet recevoir le cœur. M. de la Marche, curé do Poussj, et un autre, étaient dans le carrosse. Ledit sieur de la Marche a été depuis curé de Montigny.

22 janvier 1705.

La ville de Caen a fait faire un service magnifique pour le repos de l'àme de M, le comte de Coigny, dans l'église Saint-Pierre. Mg' de Nesmond, évéque de Bayenx, a chanté la messe avec la rausi-

que du sépulcre qui était fort bonne et lugubre. M. le supérieur de l'Oratoire, après le service, a fait l'oraison funèbre dans la chaire ordinaire des prédicateurs, M. Foucault, intendant, y était, et l'université en corps ainsi que le bailliage et la vicomte. L'autel, depuis le haut jusqu'en bas, était tendu entièrement de noir avec trois rangs de velours, et six rangs de lingette autour de l'église, et deux rangs de velours au chœur, et un rang autour la nef, le tout parsemé d'armoiries du défunt et de celles de la ville. Il y avait au milieu du ehœur, un mausolée qui avait plus de vingt pieds do hauteur, rempli de cierges et d'armoiries du défunt seulement, avec quantité d'inscriptions fort belles (1). Quatre des gardes de M. de Coigny étaient

(1) Ces inscriptions nous oni été conservées par Beziers, ilans la Chronologie des baillis el gouverneurs de Caen, p. 141 Sur deux tables de nîarbre latérales on lisait :

lieu ! vixit

qui

mori non tiniuii,

nec debuii

qui suis non sibi

vivehat ; Orbis delieii«.

autour dudit mausolée, avec chacun un flambeau à la main. Toute la ville y a assisté avec beaucoup de dévotion.

Urbis diviliai,

illi li;ec palri,-^

py reniai oplimo

huic ergo,

pioranti , prccanli.

Asiate ,

ut, qui quieli publicse

vigilavil ,

publicâprecc

requiescal.

Au milieu des dangers où la gloire l'appelle, Envain Bellone a soin de ses précieux jours : La parque envieuse et cruelle, Vient enfin d'en trancher le cours.

Ce coup n'a du causer qu'une douleur extrême A ceux que ce Héros aimoii :

Puisque c'éloit moins pour lui-même, Que 'pour eux qu'il vivoiL Tout le monde a senti ce funeste moment Mais cette Ville infortunée Dont il faisoit l'heureuse destinée A du le ressentir encor pins vivement.

Aussi s'efforce l-fclle aujourd'hui de lui rendre Par .sa prière, cl par ses pleurs

2 mars 1705.

M. Jean-Léonor Le Gardeur, éciiyer, a pris possession de la charge de lieutenant criminel au bailliage de Caen, par la démission volontaire que lui

Ce que le souvenir de toutes ses faveurs Doit si justement en alleudre.

Vous qui chérissez la mémoire D'un homme si fidèle à donner tous ses soins, Pour prévenir tous vos besoins, Obtenez-lui du Ciel une éternelle gloire.

Hic

non jacet

qui

nunquam jacuit.

Qulcjuc stratus morie,

surgit in gloriâ,

sed

pio ei forli

viro,

Régi accepfissimo,

Pairiai preliosissimo,

Omnibus charissimo,

sua gens

iropha um

posuit.

Et hoc, in sinu siw,

on a faito M. Guillaume Le Gardeur, écuyer, son père, qui l'a possédée pendant l'espace de dnquante-cinq ans. M. de Groisilles, président, a pré-

Solamen reposuit.

Ne cherchez point ici parla moriabbatu^ Celui que rien ne peut abbalre :

Et qui commandé de combattre, Ne l'a point fait quMI n'ait vaincu, S'a iVa^îon aussi n'a pas tant prétendu, Ici lui faire un Mausolée, Ôu'élever lui i iche Trophée A son héroïque vertu.

La 'piélé et le courage Ayant également animé son grand cœur, Lui procurèrent l'avantage D'être toujours Vainqueur.

Nous voyons aussi sa mémoire Être chère au plus Grand des Rois ; Et que, s'il eût vécu, son équitable choix L'eût élevé bien-tôt au comble de la gloire Que ce cher souvenir doit causer de douleur !

Qu'il doit faire sentir la perle , ^ Que sa nation en a faite

Au plus haut point de sa faveur !

A /a léle et aux pieds du Mausolée étaient doux cartouches , jjans l'un desquels était peint un Palmier , qui tout

tendu présider à l'installation au préjudice de M. du Moustier de Canchy, lieutenant général, ce qui a formé une contestation à laquelle M. de Croisilles a acquiescé s'étant contenté découcher sur ie registre son opposition , à laquelle M. de Canchy a répondu qu'étant un lundi et jour de hailliage , il avait droit de présider, outre que c'est une exéculioa d'un arrêt de la Cour dont il était naturellement l'exécuteur , et autres raisons de pari el. d'autre.

plciiule lorec eUlc vigueur élail aballu , avec les vers

suivants :

Si durasset!

S'il eût vécu!

Que ce palmier dans sa force abballu ; Eût porte de palmes nouvelles, Toujours plus grandes et plus belles S'il eût vécu!

Dans l'autre cartouche étoit peint un palmier abalu , de la souche duquel s'en élevoit un jeune , avec ces mots :

^ Slirpe resurgit.

Il se relevé en celui qui en sort.

Et son illustre fils est un aulrc lui-même. vSans cela noire dciiil scroil un deuil extrême , El lien ne nous pourroil consoler de sa mon.

16 mai 170.^

Les mousquetaires gris sont passés par Caen pour aller à la Hougue pour s'opposer aux (îescentes , en cas que les Anglais en voulussent tenter Deux jours auparavant il a passé par ici

trois compagnies d'invalides qui vont au même pays pour le même sujet, '

Le 48 septembre 4705 lesdits mousquetaires gris ont passé par Caen pour s'en retourner à Paris ou ailleurs en cas de besoin.

Novembre 1 705.

Ont été rompus vifs, à Caen , en la place du Vieux-Marché, deux insignes voleurs nommés Jean-Baptiste Dumont, d'auprès la ville de Rouen, et Nicolas Ditot, d'Orléans, pour plusieurs vols et assassins. On n'avait jamais vu homme plus déterminé que ledit Dumont, qui eut l'insolence de faire haro sur un marchand qui venait déposer contre lui.

Ledit Dumont étant étendu sur la roue pendant qu'on rompait son camarade , lui criait : Courage, mon camarade !

19 décembre 1705.

Les 18 et 19 décembra 1705 , et quelques jours auparavant, l'abondance des pluies a tellement fait grossir les eaux que la grande et la petite rivière se sont jointes et ont inondé une partie de la ville de Caen, principalement du côté de Saint- Jean.

L'église et les bâtiments des Jacobins ont été totalement inondés, ainsi que la rue de l'Oratoire et celle de la Boucherie dans laquelle on ne pouvait aller qu'à cheval.

Les marchands droguistes ont perdu beaucouf) de marchandises dans leurs boutiques de la foire , tant en savon , poivre et autres espèces de marchandises.

Les chevaux avaient de l'eau à [la sangle dans les rues.

Les eaux couvraient une partie du pont de bois de la foire.

Les prêtres de la congrégation du séminaire (I) ont fait une perte de plus de quatre cents livres en farine, sel et autres denrées.

(1) Le séminaire des Eudisies, acluellemeni rHôlel-clo- Ville.

IJno fcniino rt^vcnant de la paioisso d'Allemagne a clé jotéo par le vent du haut en bas des bulles dans la rivière, dont on n'a eu aucunes nouvelles.

Les vieillards n'avaient jamais vu les eaux si prodigieusement hautes depuis cinquante ans.

50 décembre 1705.

Aujourd'hui trente décembre 1705, il est arrivé sur les six heures du matin un si grand vent ou ouragan qu'on crut toute la ville abîmée. Toutes les maisons furent entièrement découvertes ; il tombait des cheminées; beaucoup de maisons furent abîmées, beaucoïip d'églises furent ébranlées; la grande Abbaje-aux-Iïommes et celle des Dames furent les plus endommagées, et ce qu'il y eut de plus déplorable c'est que toutes les campagnes ont été désolées , les maisons et fermes abattues et ruinées, une prodigieuse quantité d'arbres renversés et surtout beaucoup de beaux pommiers. On a compté , dans la paroisse de Noyers seule , plus de trois mille pommiers ou poiriers abattus et déracinés, et à proportion dans le pays voisin, et ce qui est plus fâcheux c'est que le mal s'étendît dans toute la Province. On assure que co fut encore pis ailleurs qu'à Gaen. Celte violente tempête dura plus de six heures.

Toulos les églises et maisons de la ville de Caen ont souffert un très grand dommage aux vitres ©t couvertures.

Le clocher de l'église des Gordeliers fut renversé.

Dlmix fillettes (1) de la pyramide, du côté du raidi de l'abbaye royale de Saint-Etienne, ont été pareillement renversées.

11 est tombé deux pierres de la voûte de l'église paroissiale de Saint-Elienne, et une des gouttières a été abattue.

On a vu branler le haut de la pyramide en couverture d'ardoises de l'église Saint-Sauveur.

Le vent a jeté à la rivière une femme qui lavait la lessive proche le pont de bois de la foire, dans le bateau , laquelle a été cependant sauvée.

Uoe maison devant l'auberge où pend pour enseigne la Corne, au Bourg-l'Abbé, a été renversée, dont une femme a été blessée à mort et une jeune fille a eu les jambes rompues.

La grande boucherie a été entièrement découverte.

On n'a pu dire la messe matinale au grand au-

(1) En Basse-Normandie on désigne sous le nom de fillettes les clochetons qui accompagnent la flèche d'une église. ■

liîl de la paroisse Saint-Etienne à cause des vitus et des pierres qui tombaient.

On a fait, depuis ce temps-là , le service à l'autel de la Sainte- Vierge , dans la croisée du côté du cimetière (1).

Ont été réunies en une les deux coui'^ supérieures établies à Rouen sous le nom de chambre des comptes et cour des aides , et n'en forment qu'une sous le nom de chambre des comptes et cour des aides... Elle est à présent composée de neuf présidents, soixante-quatre conseillers-maîtres ordinaires, de dix conseillers correcteurs, de trentequatre conseillers auditeurs , de deux avocats-généraux, et d'un procureur-général. Les conseillersmaîtres sont divisés en deux bureaux , l'un appelé le bureau des comptes et l'autre le bureau des aides où ils servent par semestre alternativement. Le tribunal de cette cour est toujours à Rouen , et ses droits s'étendent sur les généralités de Rouen, de Caen et d'Alençon avec les mêmes prérogatives

(1) L'auiel de la Vierge était probablement celui qui occupait le croisillon de gauche du Iranssepl; on y voit encore les traces d'une peinture à fresque, reprcscnlant la Vierge^

et mômes fonctions que les doux cours anciennes lorsqu'elles étaient séparées.

Les bourgeois de la ville de Valognes ont obtenu du roi Louis XIV le privilège de l'abonnement pour la levée de la taille, ce qui pourra contribuer à rétablir la manufacliire do draperie qui a diminué... Il y a aussi une fabrique de gants dont on y fait un bon négoce.

27 mai 1706.

La seconde cloche de l'église Saint-Nicolas a été nommée le 27 mai 170G par le sieur Jacques Lemarchand, conseiller du Roi, garde-scel au présidial de Caen, assisté de demoiselle Marie-Madelaine Macé, femme du sieur Pierre-François Auberée, sieur Du Taillis, premier trésorier de ladite église, et a été nommée Jacques, et bénie par maître Isaac Brodon, prêtre, curé de ladite église , et fondue par Joncbon, de ladite paroisse... Cette cloche a été fondue deux fois, parce que dans la

première fonlc il manqua quelque choj^e à une des anses; elle pouvait cependant étrç pendue en son premier état. L'inscription ayant été changée lors de la deuxième fonte et ladite cloche portant le nom de la marraine au lieu de celui du parrain, cela donna lieu à un procès de la part du sieur Leniarchand qu'il a gagné. L'inscription a été elFacée et a été gravée depuis... Ledit sieur Auberée, EtiennoNoël, et Jacques Lepetit, sieur de Grandmont , trésoriers.

La quatrième cloche servant à l'usage des basses messes a été bénie < t nommée ledit jour par Jean-François Callard de la Ducqueric , professeur en médecine, fils du sieur Jean-Baptiste Callard de la Ducquerie, docteur, professeur en la même faculté (1), assisté de la fille du sieur Legatelier, vivant procureur du roi en l'amirauté d'Oyslreham, et nommée Marie-Ursule.

(J) Callard de la Ducquerie, no en 1620, à Cacn, où i! mourut, en 1718. On a dclui un Lexicon mcdicum cfymologicum, Caen , 1692, in-12, réimprimé in-f% en 1715, dans la même ville, avec de nombreuses augmonJalions, et nn Catalogus planlarum in lacis paludosis, pratcnsibus, marilimiSy arenosis et sykcstribus, propè Cadomum in Norlmannia nascentium, Paris, 1714, in-f''. Ce dernier livre est devenu fori rare.

27 juin 1700.

Le régiment de Harcourt est parti en bon équipage de chevaux: et d'hommes; c'est un nouveau régiment de cavalerie. Ils'en va à Lisle-en~Flandre. Le fils de M. le maréchal de Harcourt , qui est fort jeune, en est colonel.

27 juin 1706.

Aujourd'hui dimanche, 27 juin 170G,ona fait la cérémonie des reliques de Saint-Pie , pape et martyr, envoyées par notre Saint-Père le Pape à la confrérie deSaint-Sébaslien, en l'église Saint-Pierre deCaen. On les avait déposées dans l'église de la Mission, dans une caisse enrichie et bien dorée... Sur les quatre heures après midi, le clergé de Saint- Pierre, en très bel ordre, fut les prendre dans ladite église de la Mission, ayant à leur tète la compagnie du Papeguay, bien leste et ornée, avec quatre tambours , deux hautbois et un trompette, et vinrent en. très-bel ordre par la Belle-Croix. Quatre diacres portaient sur leurs épaules lesdiles reliqiKs. La cérémonie a duré trois jours avec l'oraison des quarante heures, le Saint-Sacrement exposé et la bénédiction du soir. Ces saintes reti-

quos ont été données par nolro Saint-Pèro î\ la (ille du nommé Boullard, boulanger, laquelle est à Rome avec la reine de Pologne qui l'aime beaucoup. C'est une fille d'une grande vertu.

8 Juillet 1706.

Le jeudi 8 juillet 1706, on a rompu vif un particulier du métier de charpentier, nommé Jacques Farolet, fils Henri, de la paroisse de Landes, pour avoir été complice d'un crime d'assassinat des plus noirs, commis le mardi des fêtes de Pâques, en la paroisse de Gheux, aux personnes des demoiselles Marie et Marguerite Saillenfest, filles de la religion prétendue réformée, dont l'une était âgée de soixante-dix-neuf ans, et l'autre de soixantedouze, lesquelles ayant leur porte fermée .à clef, étaient couchées tranquillement dans leur lit.

La nommée Judith Bellejambe, fille d'Olivier, de la paroisse de Noyers, qui était aussi huguenote et avait été servante domestique de ces demoiselles, vient la nuit du 7 au 8 d'avril dernier 1706 les demander, et frapper à leur porte deux heures avant le jour. Elles craignaient ce malheureux Jacques Farolet, qui les avait menacées plusieurs fois

de les tuer, pourquoi elles se tenaient toujours sur leurs gardes dans leur maison.

Ledit Farolet a dit à la question, et en mourant, qu'ils entrèrent trois, savoir : le nomme Bréard, et Lahoulle avec lui, à la complicité de Judith Bellejambe, de la paroisse de Noyers, qui avait frappé à la porte desdites demoiselles, les priant de lui ouvrir leur maison pour coucher, étant surprise de la nuit. Elle est de présent mariée à Gabriel Bourdon, de la paroisse de Croissy, prisonnier. Après être entrés, ils égorgèrent ces deux malheureuses filles à coups de poignard, et volèrent tout ce qu'elles avaient de meubles, les enfermèrent ainsi sous la clef qu'ils emportèrent... Comme elles étaient fort particulières et retirées dans leur petit ménage, on ne s'aperçut de leur mort que le mardi suivant. Les voisins surpris de ne les point voir depuis quelques jours, ayant regardé par la fenêtre, où ils virent beaucoup de sang répandu dans la chambre , ils avertirent leurs parents et la justice; les uns et les autres se transportèrent sur les lieux, et trouvèrent l'aînée égorgée dans son lit, et l'autre toute 1 percée de coups, dans iin cabinet voisin, entièrement puantes et pourries. |

Dans l'instruction du procès, on a trouvé que Anne-Marie Leblanc, femme de Jacques Dieuavant, dit Duparc, avait fait faire ledit assassinat, pour quoi elle a été contumacée et condamnée à être

pondue et étranglée, et jct(^c au feu par effigie, et les cendres jetées au vent. On l'a crue passée à Jersey, d'autres ont pensé le contraire.

Le même jour, 8 juillet, a été arrêtée prisonnière Marie-Anne Dieuavanl, fille de ladite Anne Leblanc, et a été confrontée sur-le-champ avec Farolet.

Elle a été trouvée saisie d'une adresse pour faire venir des lettres à sa mère, ce qui a fait surseoir l'exécution par effigie de la sentence contre ladite Anne Leblanc, sa mère, dans l'espérance de pouvoir la prendre.

Le mercredi 14 juillet 1706, on a pendu à Caen une jeune femme nommée Judith Bellejambe, fille dOlivier Bellejambe de la paroisse de Noyers, laquelle épousa Gabriel Bourdon de la paroisse de Crossy, six jours après l'assassinat commis en la personne des demoiselles Saillenfest, après quoi elle fut jetée au feu et ses cendres jetées au vent. Ce fut elle qui fit ouvrir la porte de ces deux demoiselles pour les faire égorger; elle était huguenote ainsi qu'elles , et les avait servies en qualité de servante. Elle se convertit avec édification auparavant de mourir, sur les remontrances de plusieurs ecclésiastiques et du P. Kergariou, jésuite, qui a coutume d'assister les coupables.

Elle avait été condamnée le mardi 15, el l'exécution fut différée au lendemain 14, parce qu'étant

mariée depuis deux mois , elle se disait grosse, ce qui ne se trouva pas vrai par la visite qui en fut faite. Elle a accusé beaucoup de complices , entre autres Richard Breard , grand valet de ladite Dieuavent.

Le jeudi 15 juillet 1706, Richard Breard , grand valet de ladite femme Dieuavant, a été rompu vif à Gaen, comme complice de l'assassinat des demoiselles Saillenfest. Il a avoué son crime à la question extraordinaire, et en étant tiré il a tout désavoué et persisté à dire et soutenir qu'il n'y était pas.

Après ladite exécution on a brûlé le tableau de ladite Marie Leblanc, femme de Jacques Dieuavant, dit Duparc, qui la représentait en nature parfaitement bien ; elle était fort bien peinte en femme de distinction et de plaisir. Ce portrait avait été trouvé chez elle en faisant perquisition et inventaire de ses meubles... Il avait été exposé tout le jour à une potence au pilori, oii toute la ville alla par curiosité. On ne fit qu'y ajouter une corde au col et aux bras, et peindre au haut du tableau un morceau de potence.

Le 24 juillet 1708, on a jugé tous les coupables de ce même crime , tant les contumaces que les présents.

La fille de Jacques Dieuavant a éfécondam-

née au bannissement pour neuf ans de la province.

Henri Farolet , père de Jacques Farolet , qui fut rompu vif le 8 juillet 1706, a été élargi quant à présent.

Jacques Saillenfest , ditLahouUe père, élargi définitivement.

Le sieur de Loucelles, de proche Thorigny, d'ancienne noblesse, a été condamné par contumace à avoir la tête tranchée.

Le fils dudit Jacques LahouUe condamné, par contumace, à être rompu vif pour avoir été un des plus complices dans ledit assassinat.

La veuve Pajot a été condamnée à être bannie à perpétuité, etc.

Plusieurs autres déchargés.

1" janvier 1706.

Le rôle des taxes de la capitation de la bourgeoisie de Caen a été arrêté par Mg"^ Foucault , conseiller d'état, pour l'année 1706, en exécution de la déclaration du Roi du 12 mars 1701, sur les chefs de famille, les femmes séparées, les veuves,

les enfants mineurs et majeurs qui ont des droits acquis par le décès de leurs pères et mères, les domestiques des bourgeois et habitants.

Ladite bourgeoisie est taxée à la somme de 18,100 livres, et à celle de l,8i0 livres, pour les deux sols pour livre, ce qui fait en total 19,910 livres, pour être payées au sieur Jacques de Floissac, receveur général.

Le rôle des gentilshommes de la ville et paroisses de l'élection de Gaen se monte à la somme de 17,684 livres, en outre les deux sols pour livre.

La recette actuelle du rôle de la bourgeoisie s'est trouvée monter à la somme de 16,670 livres 17 sols 10 deniers; pourquoi ledit sieur Floissac a retenu par ses mains celle de 277 livres 16 sols It deniers pour ses taxations, à raison de 4 deniers pour livre de ladite somme de 16,670 liv. 17 s. 10 d.

Les décharges, modérations et doubles emplois dudit rôle de la bourgeoisie se sont trouvés monter à 668 livres 5 sols.

Les habitants des paroisses du bourg de Thorigny, élection de S<iint-Lo, dont les maisons avaient été brûlées en la plupart, le lundi I" septembre

1704, ont été diminués sur \vuv tarif de la somme de 2,894 livres pour ladite année 1706, pour icelle somme servir au rétablissement de leurs maisons, de laquelle somme M® Bertrand Lanon, receveur des tailles de l'élection de Saint-Lo, a été remboursé, en ayant fait diminution auxdits habitarits en conséquence de l'arrêt du conseil du 31 mars

1705, et ordonnances de Mg*" Foucault, intendant, rendues en conséquence.

Jeudi 15 avril 1706.

Mg" de Nesmond, évèque de Baveux, a tenu son synode à Bayeux et y a fait lire et publier son mandement pour la publication de la constitution de notre saint Père le Pape, Clément XI, du 16 juillet 1705, contre les erreurs du jansénisme, commençant par ces mots : vineam Domini sabaoth...

19 mai 1706.

Mg' de Nesmond, évoque de Bayeux, a assisté à une thèse de théologie soutenue par les religieux bénédictins de l'abbaye Saint-Etienne de Caen. Il y

arriva lorsque ladite Ihèso était sur le point de finir. L'université j avait assisté en corps avec le sieur Hallot, recteur de ladite université. Le seigneur évêque n'y était point attendu, et ledit sieur Hallot ayant conservé sa place d'honneur au milieu de rassemblée, Mg*^ de Nesmond se laissa aller à plusieurs invectives qui troublèrent toute la compagnie. Les bénédictins ne prirent point de part à toutes ces contestations. Le sieur Jacques Le Marchand, conseiller garde-scel au bailliage de Caen, prit le parti desdils religieux en parlant à mondit seigneur Tévêque et blâmant le trouble qu'il était venu apporter.

Le 5 mai 1707, Mg"^ de Nesmond donna un mandement portant condamnation de plusieurs propositions extraites de ladite thèse et autres thèses précédemment soutenues dans ladite abbaye, qu'il avait même honorées de sa présence au nïois de novembre 1096, ainsi que le premier acte qui fut soutenu en l'année 1702 en ladite abbaye, qui était une dissertation sur l'église. Ce mandement fut lu et publié ledit jour 5 niai, au synode, et condamne douze propositions extraites des thèses soutenues aux années 1696, 1697, 1698, 1699, 1701, 1702, 1704 et 1706.

Mai i706.

Où a commencé de construire les établis nécessaires pour réparer le haut de la pyramide de la tour de l'abbaye Saint-Eîienne de Caen, du côté du nord, et le dommage que le tonnerre y avait fait le samedi 50 août 1704, sur les onze heures du soir à venir au dimanche 31 .

L'entière réparation en a été faite le 16 juin de la présente année (1).

Mai 1706.

Jeudi, ...mai 1706, ont été rompus vifs, à Gaen, Desheulles et Jean Croix, dit Fleuret, delà paroisse de la Vacquerie, pour avoir égorgé les sieurs Letellier, Rogerard et Bourat, commis des gabelles.

(1) Dernicremeni, en réparant celle leur, on a trouvé une inscripiion gravée sur une planche de plomb et portant la date de l'accideni ei de la reconstruction.

Mai 1706.

Lesaniedi suivant, ... mai 4 706,a été pareillement rompu vif, à Caen, François Leconle, dit Musette, de la paroisse de Longraye, pour le même fait.

Il a été assisté un supplice par deux, complices.

Le nomuié Thomas Camloug a été effigie.

Août 1706..

Il est parti de Caen un délaihement de cinq cents bourgeois pour la seconde fois pour aller à la Hougue, sur les avis qu'on a eus qu'il se devait faire une descente des ennemis vers les côtes de ce pays. La noblesse y est aussi retournée sous le commandement de Mg'' Gaspard-Joseph de Morel, seigneur de Secquevillc et du Fresne, en la qualité de lieutenant général d'épée et aussi pour la seconde fois, ce qui les a tous bien chagrinés à cause de la Saison du mois d'août et qu'ils ne faisaient tous qu'arriver de leur premier voyage. Tous les détachements des campagnes firent aussi la même manœuvre, ce qui les a mis tous en désolation, étant presque tous nécessaires chez eux.

A été fait un recueil des statuts et règlements îaits, tant aux chapitres généraux qu'autres chapitres ordinaires, louchant la discipline, pour l'église cathédrale de Saint-Pierre de Lisieux, ainsi qu'il fut ordonné au chapitre général de 1680. Ce recueil contient quatre-vingt-quatre articles, imprimé en ladite année 1706, chez Antoine Gavelier, à Gaen, in-4°, contenant quatorze pages.

25 août 1706.

Nicolas-Joseph Foucault, intendant à Gaen, a reçu de la cour les provisions de ladite charge d'intendant, qu'il possédait, pour la transmettre au sieur Nicolas-Joseph Foucault, son fils, marquis de Magny (1). Tous les corps de la ville sont allés le féliciter et complimenter à ce sujet.

(1) La terre de Magny venait d'être érigée, en faveur de Foucault, en litre de marquisat sous la dénomination de Magny ^ conjointement avec les fiefs, terres et seigneuries de Tracy, Arromanches, Manvieux et Dampierre-Marie situé à Rye.

Le fils de Foucault ne répondit pas aux espérances que Ton devait attendre de la faveur qui lui était accor-

8 seplcnibre 1706.

L'image de la sainte Vierge en loiief doré, qui se met sur la table de la confrérie de charité en

dée. Il se fil révoquer en 1709. On le vil faire ensuile, dit Saint-Simon ( année 1706 ), « des personnages dangereux et extravagans en France et en Espagne. » li fut compromis dans la conspiration de Cellamare. A la date de 1718, Saint-Simon lui consacre une page peu flaiteuse à propos d'un souper donne par la duchesse de Bcrry au duc et à la duchesse de Lorraine :

«... Trois on quatre personnes non invitées et non faites pour Têtre, se fourrèrent hardiment 5 la table des hommes'. Saumcry, premier maîlrc-d'hôlel de madame la duchesse de Berry, leur en dit son avis par son ordre an sortir de table. Ils ne répondirent rien et s'écoulèrent, excepté Magny, qui dit tant d'insolences que Saumcry le prit à la cravate pour le conduire à madame la duchesse de Berry, et Teût exécuté, si Magny n'eût trouvé moyen de s'en dépêtrer, et de se sauver hors du Luxembourg dans la ville, où le lendeniTain il continua de débiter force sottises.

» Il était llls unique de Foucault, conseiller d'état, qui s'était élevé parles intendances, et qui, par un commerce de médailles, s'était fait une protection du père de la Chaise. Tous deux s'y connaissaient fort, et en avaient

l'église Nolre-J)ame do Caen, a été donnée par Marin Laiguillon, suivant que mention en a été faite sur le registre de ladite confrérie. Le matrologe est de l'an 1537.

ramassé de belles et curieuses colleclions. Foucault eut ainsi le crédit de faire succéder ce fils à rinlendance de Caen, lorsqu'il la quitta pour une place de conseiller d'état. Les folies que fit Magny dans une place si sérieuse et les friponneries dont il fut convaincu furent si grossières et si fortes, qu'il fut rappelé avec ignominie, et que, n'osant plus se présenter au conseil ni espérer plus aucune fortune de ce côté-là, il se défit de sa charge de inaîire des requêtes, prit une épée, battit long-temps le pavé, et après la mort du roi essaya ^e se raccrocher par une charge d'introducteur des ambassadeurs que le baron de Breieuil lui vendit.

» C'est h ce litre qu'il se fourra à table à cette fêle, et que par ses insolences il se fit mettre deux jours après à la Bastille. Après que madame la duchesse de Berry en eut fait une honnêteté à Madame, parce que Foucault était chef de son conseil, Magny, au sortir de la Bastille, eut ordre de se défaire de sa charge, qui avait besoin d'un homme plus sage auprès des ministres étrangers. La rage qu'il conçut de ce qu'il méritait et qu'il était allé chercher, le jeta parmi les ennemis du gouvernement, qui faisaient alors recrue de tout, et qui trouvèrent ea lui de l'esprit et beaucoup de hardiesse. Il s'embarqua en tout, et passa

Pendant les mois d'aoûl, septembre et octobre, on a raccommodé la pyramide de la tour de Saint- Martin de Langrune, sur la mer, par adjudication passée devant M. l'intendant en faveur des nommés Duval et Gussy, au prix de 1,500 livres. Il en doit coûter près de 1,500 livres. Elle avait été abattue du tonnerre le 7 octobre 1685, à neuf heures du

bientôt en Espagne. Il y fut bien reçu et bien traité, et quoiqu'il n'eût jamais été que de robe, il fut colonel, et tôt après brigadier. Je m'étends sur lui, parce que je l'y trouvai majordome de la reine. Il expédiait fort promptement ce qu'il touchait, trouvait fort mauvais de ne faire pas assez tôt fortune, et rintligence où il se jetait luimême. La mauvaise humeur le rendit fort impertinent, ei le fil honteusement chasser, tellement qu'après la mort du régent, il repassa les Pyrénées dans l'espérance du changement des temps. Mais comme les brouillons n'étaient plus nécessaires à ceux qui les avaient recherchés pendant la vie de ce prince, Magny demeura sur le pavé, chargé de mépris et de dettes pour le maU'.eur d'une fort honnête femme et riche, qu'il avait épousée, lorsqu'il était à Caen, et qu'il avait sucée et abandonnée. Il a depuis traîné une vie obscure et misérable, et il est retourné enfin en Espagne où le même mépris et la même indigence Pont suivi. »

matin. Ladite somme a été payée à raison de 16 s. par acre. Il m'en a coûté 20 liv. 11 sols.

Lorsque le tonnerre renversa la hauteur de vingt pied^ de ladite pyramide ledit jour, 7 octobre 1683, sur les neuf heures du matin, le pavé de ladite église fut entièrement ravagé par le tonnerre. Tout ce désordre fut fait après deux coups de tonnerre.

Décembre 1706.

Les missionnaires eudistes et autres prêtres qu'on fît venir de Paris et autres lieux, au nombre de vingt à vingt-cinq, ont commencé une mission en l'église Saint-Pierre, qui a continué jusqu'au 9 de janvier 1707, et a fait beaucoup de bien dans la ville, tant pour les conversions, restitutions, que réconciliations. Il y avait de très habiles prédicateurs. On a fait des retraites pour les dames, pour les prêtres et pour les messieurs , tant officiers qu'autres, ce qui a beaucoup édifié tout le monde. Mg^ de Nesmond, évêque de Bayeux, en a fait la clôture par une procession générale qui a parti de l'église Saint-Pierre avec le saint sacrement, et est allée sur la place Royale à un autel qui était dressé contre la porte du séminaire, où l'on donna la bé-

nédictioD. Il y avait la plus grande assemblée qu'on puisse s'imaginer.

Vendredi 1" janvier 1706.

A été termée une assemblée au prône de l'église paroissiale de Saint-Etienne-le- Vieil de la ville dé Caen pour, par les habitants et paroissiens, délibérer au dimanche suivant au sujet des désordres et ruines causées à ladite église par la tempête de vent très extraordinaire de la nuit du 29 au 30 décembre dernier 1705, dont il a été fait un détail ci-devant ledit jour (1).

Dimanche 3 janvier 1700.

Suivant la semonce faite vendredi dernier, les paroissiens de l'église Saint-Etienne se sont assemblés pour délibérer sur les désordres arrivés à leur église par l'horrible tempête de vent. ■

On y a député les sieurs Ricouf et Des Genetest,

(1) Voir p. 90 et 91

procureur en la vicomte de Caen, pour par eux l'aire dresser un procès-verbal par quatre architectes, pour après ledit procès-verbal fait être rapporté le dimanche suivant à la paroisse aux fins d'en faire un devis.

Et ont été d'abondant députés les sieurs Des Genetest, procureur, et le sieur Des Genetest de la Cressonnière, pour faire rendre compte aux trésoriers précédents, et ont été autorisés d'agir par justice pour j assujettir ceux qui voudraient y contrevenir, et se sont obligés de rapporter les diligences qu'ils auront faites à ce sujet.

Dimanche 15 août 1706.

Peu de temps après l'office de vêpres, sans qu'il fît aucun vent, il a tombé encore une grosse pierre de l'église Saint-Etienne, qui était joignante celle qui tomba le 30 décembre 1705, lors de la furieuse tempête qui s'éleva, dont on a parlé ci-devant. Cet accident nouveau a donné bien de l'appréhension pour le reste.

Cela a donné lieu à ôter le tabernacle de sur le grand autel et de le placer sur l'autel de la chapelle de la sainte Vierge.

Quelques jours après la Fôte-Oieu, on a commencé de réédifier l'église Saint-Etienne-le- Vieil, suivant l'arrêt du conseil obtenu pour lever l'argent nécessaire à cette dépense sur les possédants biensfonds sur ladite paroisse.

Le nommé Lamare a été l'architecte , et le nommé Nourj^ a été le charpentier.

Cette réédificcition a été achevée dans le mois de décembre 1707, sans que personne ait été blessé, quoique cette entreprise fût tfès périlleuse, et est admirée de tous ceux qui avaient vu le dommage.

24 décembre 1707.

Veille de Noël^ l'ouvrage de la réparation de l'église Saint-Etienne étant achevé depuis environ quinze jours, on a commencé de sonner en vol les cloches de ladite église, qui n'avaient point sonné en vol depuis le 30 décembre i 705, jour de cette horrible tempête qui ravageait tout et qui avait fait tomber une chaîne d'une des claires-voies de ladite église.

Vendredi 9 décembre 1707.

On a commencé de démolir le contre-retable de

rautol principal de l'église Saini-Etienne-le- Vieil, pour en construire un autre.

Lesieur Brodon,sculpteur(l), et lefrère Guillaume, religieux bénédictin de l'abbaye Saint-Etienne (2), ont donné le dessin.

Les mesures en ont été prises le dimanche 11 dudit mois.

On a commencé de fonder le 24 dudit mois de décembre, veille de Noël.

(1) G. Brodon, sculpteur distingué, né à Caen même, éiail auteur de toutes les statues qui, avant 1793, ornaient la chapelle de la Visitation de Caen. On connaît encore de lui un ange gardien qui est dans une des chapelles de l'église de Tabbaye de Saint-Etienne.

M. Brodon, frère de G. Brodon, était architecte. La Visitation de Caen a été construite par lui.

(2) Guillaume de la Tremblayc, religieux convers de Tordre de Saint-Benoît, avait, en 1704, donné les plans du grand bàiimenl neuf de l'abbaye de Saint Etienne de Caen, dont la conslruciion, dirigée par lui, fut terminée en 1726. C'est aussi au frère Guillaume que l'on doit les plans de l'abbaye de Sainte-Trinité et ceux de l'abbaye de Saint-Denis, qu'il fit en partie exécuter.

— au —

Le pnpitro ou jubé de l'ëglise Saint-Etienne a été démoli pour donner plus de jour dans la nef et le chœur, et laisser voir le contre-retable neuf.

8 janvier 1707.

Est né Mg'' le duc de Bretagne, sorti de Mg'^ le duc de Bourgogne et de mademoiselle Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne (1).

On a chanté, en l'église Saint-Pierre, le te Deum en reconnaissance, le 13 février i707, où tous les corps de la ville ont assisté. M. Foucault, intendant, était à la tête du présidial. Après quoi on a mis le feu au bûcher dans la place Saint-Pierre, au bruit de la mousqueterie qui était sous les armes et du canon du château où l'on a fait une décharge de vingt-huit pièces de canon. M. Foucault, intendant, s'en alla ensuite chez lui où il jeta par sa fenêtre deux ou trois cents livres en petite monnaie

(1) Le duc de Bretagne mourut le 8 mars 1712; depuis le 20 février de la même année il avait pris le nom et le rang de dauphin.

et fit couler deux pièces de vin au public. Après le souper il y eut uu bal chez lui où toutes les daraes étaient conviées de se trouver en masque et non autrement. Il y eut une très belle et magnifique assemblée et un média noœ après, et environ sur le minuit on a tiré, du haut de la tour de Saint-Jean, soixante ou quatre-vingts fusées volantes avec des serpenteaux qui réussirent fort bien.

Il n'y eut aucune réjouissance dans le reste de la ville. Ceci s'est passé le 15 février.

Mercredi 1" mars 1707.

On a procédé à l'élection des échevins suivant l'usage dans l'Hôtel-de-Ville, et on en a nommé trois, savoir : un second noble, un troisième notable et un sixième marchand, les trois autres étant titulaires, savoir : MM. d'Anfernet, Vaumorel et Couture. Le premier qui a été nommé est M. Le Bas, de Cambes, vicomte deCaen, ce qui a fait bien de la contestation, parce qu'on n'en avait point encore vu qui fussent de robe, quoique, par la déclaration du Roi qui fut donnée en 1679, il soit dit qu'il y en aura deux nobles, soit de robe ou d'épée. Cependant il passa à la pluralité des voix et fut élu. Le second notable est le sieur Leprovost,

homme de mérite ; le troisième est le sieur Koyer, marchand chapelier, qui a été élu comme assesseur de l'Hôtel-de- Ville, étant xin des privilèges de sa charge de pouvoir être échevin une fois pendant sa vie.

Pâques 1707.

Le saint Père le Pape Clément XI a accordé un jubilé universel pour tâcher d'obtenir de Dieu la paix entre tous les princes chrétiens, entre qui est allumée la guerre à l'excès. Il a été fait à Gaen avec beaucoup d'édification et de dévotion.

1" mai 1707.

Messire Jean - Baptiste d'Anfernet , chevalier d'honneur du présidial de Caen, et premier échevin titulaire de cette ville, y est mort, et son corps a été porté en la paroisse de Montchauvet.

7 mai 1707.

Le sieur Charles-Jacques Gohier, écuyer, seigneur

de Jiimilly, lieutenant civil et criminel au bailliage et siège présidial de Caen , a pris possession de la charge de lieutenant de maire de ladite ville, et a tenu la foire royale pour l'absence de M. du Moustier de Gancby, maire. Cette charge est de nouvelle création et lui coûte 6,500 livres.

Dimanche 5 juin 1707.

On a chanté, en l'église ^aint-Pierre, le te Detim en action de grâces de la victoire remportée par Mg"^ le maréchal duc de Berwick, en Espagne, à Almanza, sur les troupes de l'archiduc composées de Hollandais, Anglais et révoltés d'Espagne, commandées par M. le marquis de Das Minas et milord Galloway. Ils ont perdu plus de vingt-cinq mille hommes, dont il y avait plus de dix mille, prisonniers, plus de huit cents officiers, vingt pièces de canon, quantité d'étendards et drapeaux et presque tout le bagage. Mg" le duc d'Orléans arriva le jour après la victoire, qui fut bien mortifié de ne s'être point trouvé au combat. Nous y avons perdu peu de monde, entre autres trois lieutenants généraux, savoir : MM. de Polastron et de Sillery, et un Espagnol. Le te Deum fut chanté dans l'église Saint-

Pierre par Mg* de Nesmond, évèque de Bayeux, où tous les corps ont assisté. Le présidial y était ainsi que M. Foucault, intendant, MM. les officiers de ville étant à la gauche suivant un nouvel édit du Roi qui l'ordonne ainsi.

Il pensa y arriver bien du bruit parce que, par ledit édit il est porté qu'en sortant les officiers du présidial croiseront avec eux, c'est à dire que le président sortira le premier, après lui sortira le maire et ainsi jusqu'à la fin des deux corps, après quoi, dans la marche, chacun reprend sa file, savoir : le présidial la droite, et la ville la gauche ; et en sortant le présidial crut devoir aller seul, croyant que la cérémonie était finie et qu'on ne devait croiser que dans les cérémonies où on va quelque part. Le différent s'est terminé à quelques paroles et poussements d'épaules. Le corps de l'université n'a point jugé à propos d'assister à cette cérémonie, croyant qu'on lui faisait un passe-droit dans sa place : cela mérite bien un règlement.

Aptèsle te Deum chanté y M. Foucault, intendant, mit le feu au bûcher avec MM. le maire de la ville et son lieutenant, au bruit de la mousqueterie des bourgeois et de tout le canon du château.

Il juin 1707.

Jour de fête saint Barnabe , apôtre, qui était gardée ci-devant sur le diocèse de Bayeux, a commencé d'être retranchée et supprimée, et a été la première du nombre de sept jours de fête qui n'a point été gardée en conséquence du mandement de Mg*^ de Nesmond, évêque de Bayeux, en date du..., qui retranche, savoir :

Saint Barnabe, apôtre, le 11 juin ;

Saint Jacques et saint Christophe, le 25 juillet ;

Saint Exupère, évêque de Bayeux, le 1" août,;

Saint Laurent, martyr, le 10 août;

Saint Barthélémy, apôtre, le 24 août;

Saint Mathieu, apôtre, le 21 septembre ;

Saint Simon et saint Jude, le 28 octobre.

Lundi 18 et mardi 19 juillet 1707.

Il a fait à Caen des chaleurs très excessives qui ont encore augmenté le 20, 21, 22 et 25 dudit mois, dont plusieurs ouvriers dans les prairies qui travaillaient à la récolte des foins sont morts. Plusieurs sont morts aussi dans les chemins, et des chevaux y ont péri.

Il est mort, le lundi 18 et mardi 19, neuf à dix

personnes , sans compter ceux qu'on reconduisit chez eux qui sont morts aussi.

Us tombaient jusqu'à dix et onze à la fois évanouis, et le mardi principaleni'ent.

Les PP. jésuites étaient occupés dans la prairie à confesser et assister ces pauvres gens. Le vicaire de Notre-Dame administrait l'extrême onction.

Cela donna tant de terreur qu'on ordonna, par sentence de police, de ne point faucher, faner, ni charrier de foins depuis neuf heures du malin jusqu'à quatre heures du soir. Il y eut une requête présentée au contraire , ce qui fait que ladite sentence de police ne s'est exécutée que deux jours.

Mars 1707.

Lettres patentes en terme d'édit du Roi, portant règlement pour les facultés de médecine et pour l'exercice d'icelle, enregistrées au parlement do Rouen, le 5 avril 1707.

Le mercredi H mai, audit an, devant le sieur Jacques-Charles Gohier de Jumilly , lieutenant particulier civil et criminel. Lecture et publication dudit édit a été faite ouï et ce requérant le sieur Prepetit de Cahan, procureur du Roi.

Le samedi 18 juin, audit an, les sieurs Jumillj et procureur du Roi se sont transportés aux écoles de médecine de l'université de Gaen , assistés de Nicolas Bidard, commis au greffe dudit siège, pour y faire faire la lecture et enregistrement dudit édit contenant 58 articles.

5 Janvier 1708.

Le mardi 3 janvier 1708, lettreimprimée a été écrite et adressée à Mg"^ de Nesmond, évoque de Bayeux, contenant 299 pages in-12, au sujet de son mandement du 5 mai 1707, portant condamnation de plusieurs propositions extraites des thèses soutenues en l'abbaye Saint-Etienne de Caen.

16 Janvier 1708.

Aujourd'hui jeudi, 16 janvier 1708, M. Jacques Lemière, écuyer, sieur d'Allemagne, fils de M, Lgmière, lieutenant du vicomte , a pris possession de la charge de conseiller, chevalier d'honneur , que possédait feu M. d'Anfernet , premier titulaire,

après toutes les formalités requises observées. Il a prêté serment devant M. de Croisilles, président.

16 Avril 17C8.

Le lundi 16avriM708, lendemain Quasimodo, a été pendu, à Caen, au lieu ordinaire, le nommé Nicolas Bonvoisin, de la paroisse de Lassy.

Il eut la vie sauvée ayant été saigné à propos. Il est revenu à Caen, environ un mois après, pour remercier son chirurgien et se portait très bien.

)1 fut accompagné à la potence par son frère et un autre complice, lesquels furent conduits aux galères.

9 Juillet 1708.

Aujourd'hui lundi 9 juillet 1708, le sieur Piesbois de la Garenne, marchand banquier, a pris possession de la charge de lieutenant de maire en l'Hôtel-de-Ville, à Caen. On s'était opposé à son installation quoiqu'il eûtété reçu au parlement

de Rouen , auquel ses provisions étaient adressées. Il a été obligé d'aller au conseil pour lever ladite opposition. Le sieur Gouville de Pontoger, procureur du Roi de la ville, a été député au conseil pour soutenir l'opposition , attendu qu'il était marchand de dentelles et vendant du fil à l'once. Cependant le conseil a statué en sa faveur et a donné son arrêt qui le maintient en ladite charge, quoiqu'on eût proposé de réunir ladite charge et de le rembourser aux dépens des lanternes qu'on abolissait dans la ville , ainsi que la charge de maire alternatif qu'on devait réunir aussi au corps de la ville aux mêmes dépens. Le sieur de la Garenne avait acheté ladite charge du sieur Gohier de Jumillj, qui en était titulaire au mois de mai 1707, ainsi que de la charge de lieutenant particulier a^ présidial.

15 Juillet 1708.

Le vendredi 13 juillet 1708 a été pendu , ù Caen, Nicolas Godefroj, atteint et convaincu d'avoir volé chevaux, bœufs et saches, etc.

Une femme receleuse, sa complice, a été con-

damnée de l'accompagner à la potence et d'être fouettée et marquée par les carrefours, ce qui a été exécuté le lendemain 14.

Septembre 1708.

Il y a eu un grand incendie au hameau de Calix, paroisse Saint-Gilles de Caen.

Les religieux de l'abbaye de Saint-Jltienne de Caen ont fait faire un tableau où le duc Guillaume est représenté de sa grandeur naturelle, et ont fait écrire au bas dudit tableau, en lettres d'or, l'inscription suivante :

Hanc Willelmi Normanniae Ducis Angliae Conquœstoris et régis Genuinara cffigiem in vetusto pariete depictam grati animi sensu in tam pium largitorem renovarunt hujus Abbatiae religiosi Anno 1708. Saint-Martin Pinxit.

Le régiment du détachement de la ville de Gaen est allé à la Hougue.

6 Janvier 1709.

Au commencement de l'année 1709, c'est à dire le dimanche 6 janvier, jour des Rois, a commencé le grand hiver fameux. Il y a eu une gelée SI furieuse qu'il n'y en a point eu de pareille depuis mémoire d'hom ire : elle a duré presque cinq semaines. La rivière d'Orne a gelé presque partout, ainsi que la Seine. Ce froid a fait mourir quantité de monde ; on en a trouvé de morts dans les campagnes, ainsi qu'à Paris, où on en fait naonter le nombre à plus de trente trJUe. La terre était couverte, en ce temps là, de deux pieds et demi de neige, ce qui a causé la destruction de tout le gibier. On n'en voulait pas , tant il était pauvre et maigre. Il est arrivé, à la fin de cette gelée, des ouragans si furieux que dans la mer il est péri quantité de vaisseaux, et entre autre à Langrune, proche la Délivrande. Il est péri trois bateaux pêcheurs dans lesquels il y avait vingt-deux femmes. Ce spectacle était affreux à voir et digne de compassion.

Cet hiver extraordinaire a causé une grande cherté sur le blé, qui a duré près d'un an.

Les herbes potagères ont été d'une très grande rareté pendant le carême (1).

[.a permission de manger des œufs a été accordée par Mg"^ de Nesmond, évêque deBayeux, pendant le carême.

48 Janvier 1709.

Le vendredi, ISjanvier 4709, iine gelée barbue environnait les arbres, de façon que la plus petite branche était grosse comme le doigt.

2 Mai 4709.

Le jeudi 2 mai 4 709, les prisonniers détenus

(4) La température avait élé si douce jiisqu*au 5 janvier, que toute la végétation était eu pleine sève. Presque tous les procliiils de« la campagne furent délruils ; les vignes, les arbres fruitiers gelèrent sur pied ; les blés d'automne gelèrent également.

aux prisons royales de la ville de Caen s'étanl presque lous ligués, sont entrés dans lappartement du geôlier, ont pris les armes défensives qu'ils y ont trouvées, et, après l'avoir battu et mal- Irailé, sont sortis sur les sept heures du soir au nombre d'environ trente, après avoir cassé les portes et les serrures d'irelles , ont pris le chemin par la porte Saint-Julien. Le fils du geôlier, en a repris un proche la chapelle Notre-Dame-des- Champs, ayant encore ses fers aux pieds, et la ramené par le collet auxdites prisons.

6 Mai 1709.

Le lundi des Rogations, 6 mai 1709, arrêt de la cour du parlement de Rouen pour pourvoir à la subsistance de tous les pauvres dans chaque paroisse du ressort du parlement, a commencé an 20 dudit mois de mai jusqu'au 20 du mois .d'août suivant (i).

(1) Nous croyons devoir omettre divers passages du manuscrit relatifs à la. refonte des monnaies qui eut lieu en 1709 ; lous ces détails se trouvent in extenso dans le second volume des Recherches sur les Finances de France, de Forbonnais,

16 Mai n09.

Le jei^di , i6 mai 4709, à Paris, la précieuse châsse de Sainte-Geneviève a été descendue, selon les cérémonies ordinaires, à cause de la stérilité de la terre, les besoins de l'Eglise et de l'Etat. Elle avait été descendue le 27 mai 4 694 pour demander à Dieu de la pluie qui tomba aussitôt.

Cette année 4 709, depuis le mois de janvier , le froment et autres grains ont été d'une grande cherté. Le froment a valu jusqu'à six livres le boisseau , l'orge quatre livres dix sols , l'avoine cinquante sols, le sarrasin quatre livres. 11 était encore plus cher dans tout le pays, du côté de Rouen, depuis Troarn, ce qui a causé bien de la misère dans tout le pays (4), particulière t. ent pour

(4) Les blés s'étaient élevés à ces prix excessifs, dans les prévisions de la famine et par )a nécessité d'en réserver une grande part pour ensemencer de nouveau les champs dévastés par les gelées.

les pauvres , ce qui a donné lieu à une déclaration du Roi et à plusieurs arrêts des parlements, en conséquence, qui ont forcé tous les particuliers à donner chacun une somme d'argent, à proportion de son bien, dans chaque paroisse, ce qui a obligé de faire des rôles dans chaque paroisse de la ville et des campagnes qui étaient exécutées dans la rigueur. Cela n'a pas empêché qu'il n'y eût des soulèvements de la part des artisans qui %nanquèrent de pain , parce qu'on a mis bas dans presque toutes les manufactures, particulièrement dans la ville de Rouen où on s'est trouvé à la veille d'un grand pillage ; car près de quatre mille pauvres s'étant attroupés , furent chez l'intendant lui demander du pain, et ne l'ayant point trouvé, étant du côté de Paris, voulurent piller sa maison, ce qu'ils ne firent que le lendemain. De là ils allèrent chez son subdélégué , dont ils pillèrent , volèrent et cassèrent les meubles, emportant tout chez eux, partageant les meubles, linge et vin au milieu de la rue. Ils traînèrent ses carrosses dans la rivière par dérision. Ils allèrent ensuite chez le commissaire de police, nommé Lemercier, où ils en firent autant que chez le sieur subdélégué. Ce désordre aurait encore continué si les bourgeois n'avaient pris le parti de l'empêcher. On ferma, pour cet effet, les portes de la ville et les boutiques qui le furent deux jours.

Le Palais cessa aussi et la bourgeoisie se mit sous les armes, et on chargea les mutins, quand on les trouvait par pelotons, sans quartier. Cependant, d'un autre côté, le parlement et les officiers de la ville y apportèrent quelqu<' remède en leur donnant de quoi ; et ayant trouvé du travail pour les employer , les choses paraissent tranquilles présentement. Il est à souhaiter que cela dure. * Il a pensé arriver pareil désordre à Caen , ap mois de mai, le 17, peu de jours après Rouen. La populace , au nombre de plus de deux cents , alla à la maison du nommé Hébert, commissaire de police et huissier de la ville, où il ne resta pas une vitre ni une fenêtre entière. Cette maison est située la première sur la main gauche en sortant par la porte du faubourg Saint-Julien. Le bruit et désordre n'aurait pas cessé sitôt si M. Foucault, intendant , ne fût venu à pied, en personne, assisté de M. le lieutenant-général de police et de plusieurs officiers , tant d'épée que de robe , qui, se transportèrent sur les lieux, et ils n'y auraient pu rien gagner s'ils ne s'étaient servi d'une cinquantaine de mousquetaires du régiment de Brancas de présent en garnison en cette ville, ayant la baïon-' nette au bout du fusil. On n'oublie rien pour trouver des remèdes à ce grand mal. Le peuple ne vint point à bout de son dessein ; les soldats qui survinrent empêchèrent que les portes ne fussent

enfoncées. On a fait former la porte de Saint-Julien pour empêcher le peuple mutiné d'entrer dans le faubourg,

La cause de ce désordre est que le prix du blé augmente de jour en jour, ce qui ayant révolté le peuple qui aperçut ledit Hébert ledit jour, 17 dudit mois de mai, dans la grande rue Saint-Jean, faisant balayer les rues, étant alors vis à vis de l'hôtel de M. Foucault, intendant (1) , où ce peuple mutiné a fait main basse sur lui, a déchiré sa robe de justice par morceaux, et a foulé aux pieds sa perruque dans la boue. Il s'est sauvé heureusement , après quoi on alla attaquer sa maison comme il est expliqué ci-devant.

Il y a eu des sentinelles , à la porte dudit Hébert, pendant plus de quinze jours, et sur les fossés de Saint-Julien, pendant qu'il faisait tirer ses meubles hors la maison.

Ledit Hébert a fait des magasins de blé dans le temps qu'il enchérissait et qu'il aurait dû le vendre. Il était de connivence avec mondit sieur Foucault, intendant.

Le Roi a révoqué ledit sieur Foucault, qui s'est retiré en sa terre de Magny, proche Bayeux.

(i) L'hôlel, rue Sl-Jean, 123, près de la rue Guilbert.

Juillet 1709.

Les bourgeois de la ville de Caen et autres personnes sans exception ont été taxés pour fournir chacun leur contribution pour la subsistance des pauvres, en conséquence de l'arrêt de la cour du parlement de Rouen.

2 Septembre 1709.

Le lundi 2 septembre 1709, le froment a valu, au marché de Caen, quarante-quatre livres le sac, ou cinq livres dix sols le boisseau.

L'orge a valu vingt-huit livres le sac, ou trois livres dix sols le boisseau.

12 Septembre 1709.

Le jeudi 12 septembre 1709, M. Foucault, intendant en la généralité de Caen, fils de M. Foucault, ci-devant intendant à Caen, est parti pour se rendre au conseil (1). Il n'a été regretté de per-

(1) On a vu , par la citation de Saint-Simon, note de la page 105 etsuiv., que Foucault de Magny n'osa pas se présenter au conseil.

sonne, le peuple se plaignant do lui a cause des blés.

Ledit jour 12 septembre, M. Pierre Arnault de la Briffe, chevalier, marquis de Ferrières, est arrivé en cette ville de Caen, en la place dudit sieur Foucault, pour être intendant de cette généralité. Il est fils de M. de la Briffe, ci-devant procureur-général au parlement de Paris.

Sur la fin de l'année 1709 le blé a augmenté considérablement de prix à Caen jet a valu plus de sept livres le boisseau, ce qui fait plus de cinquante-six livres le sac.

L'orge a valu quatre livres quatre sols.

L'avoine a valu plus de quarante sols le boisseau.

14 Janvier 1710.

Aujourd'hui mardi, 14 janvier 1710, il s'est tenu une assemblée générale en la maison de ville, en la manière accoutumée , où se sont trouvés les députés de chaque corps et paroisse. On y a rais en

délibération si on devait recevoir la requête que les Pères Carmes déchaussés de Rouen ont présenlée, par laquelle ils demandent à s'établir dans ladite ville. 11 a été arrêté qu'ils s'établiront au faubourg de Vaucelles, au nombre de deux pères et un frère lai, et qu'ils ne feront aucune quête dans fa ville.

16 Janvier 1710.

Le jeudi 16 janvier 1710, arrêt de la cour du parlement de Rouen servant de règlement pour la cotisation et subsistance des pauvres dans les paroisses du ressort du parlement de Normandie» rendu sur la remontrance faite à la cour, les chambres assemblées , par le procureur général du Roi, que dans tous les temps fâcheux elle a toujours eu une attention particulière au soulagement des pauvres et notamment par les règlements qu'elle a donnés sur ce sujet aux années 1692, 1693 et 1709. Le public attend encore d'elle les mêmes secours pour empêcher les attroupements qui se font dans les campagnes des vagabonds qui, sous prétexte de demander l'aumône, volent et privent les véritables pauvres du secours qu'ils doivent attendre, etc.

Le lundi S'ï janvier 1710, lecture et publication dudit arrêt a été judiciairement faite devant lesieur Thomas Dumoustier , écujer, seigneur et patron de Canchj , conseiller honoraire au parlement de Rouen, lieutenant-général au bailliage et siège présidial de Gaen, ouï et ca requérant le sieur Lepage, écuyer, ancien avocat du Roi.

L'exécution dudit arrêt commencera au premier jour de février et continuera jusqu'au 15 juillet prochain.

Aujourd'hui dimanche Quadragésime , 9 mars 1710, on a chanté dans l'église Saint-Pierre le Te- Beum en action de grâces de la naissance de Mg' le prince d'Anjou , second fils deMg^ le duc de Bourgogne; après quoi on a mis le feu au bûcher placé dans le carrefour Saint-Pierre, au bruit de lamousqueterie du régiment de Brancas de présent en garnison en cette ville. Les bourgeois étant venus pour se placer dans le carrefour, ils trouvèrent la place de la .droite occupée par ledit régiment, ce qui fît une grosse contestation, les bourgeois prétendant avoir la droite* Mg' le major du château ,

commandant dans la ville, ne put engager le régiment à la céder auxdits bourgeois, quoiqu'il le commandât, ce qui obligea ceux du régiment à s'en retourner sur la place Royale, où ils allèrent se camper et faire leurs décharges par trois fois en bon ordre. On tira toute l'artillerie du château. Toutes les paroisses et couvents assistèrent à cette cérémonie, ainsi que le présidial et la vicomte. M. de la Briffe, intendant, était à la tête du présidial avec M. de Croisilles, président, tous deux en robes rouges.

L'an d7i0, la rareté des pommes pour faire du cidre a été si grande en Normandie et si générale , ainsi que des poires, que les pommes ont valu, à Caen, jusqu'à cent vingt livres le septier.

On a été obligé d'y faire de la bière en quantité qui valait cinq et six sols le pot. Le cidre valai douze, seize, vingt et vingt-quatre 'sols le pot. Le poiré a valu six et sept sols le pot.

Création de juridictions consulaires dans les vil-

les de Caen , de Coutances et d'Alençon. Il n'y avait dans notre province que celle de Rouen , qui avait été instituée par le roi Henri II, Tan 1556, et une à Dieppe.

Les 15, 16 et 17 février 1711, il est arrivé à Caen une si grande inondation d'eaux après une quantité de neige qui était tombée, que le quartier de Saint-Jean était entièrement submergé. On allait depuis le quai des Carmes jusqu'à la porte Millet (1) en bateau. L'eau venait du côté de Tbôpital général et coulait dans la grande rue par toutes les allées de ce même côté.

18 Février 1711.

Les eaux de la rivière ont été débordées à Caen si extraordinairement dans les prairies qu'on ne passait qu'avec peine à pied proche la Mission. Le vent était si violent qu'il faisait sauter l'eau dessus le boulevart.

(1) A rexirémité de la rue St-Jean , vers Vaucelles.

Le lendemain, 19, elle était encore plus débordée, car on ne pouvait passer qu'à cheval proche la Mission,

On a été contraint de porter dans une barque de quoi vivre et des provisions aux soldats du régiment de Piedraont, qui est présentement en quartier d'hiver dans les maisons de la foire.

On ne pouvait aller qu'avec une barque ou une cuve dans la rue des Quais, dans celle de la Neuve- Rue, dans celle de l'Engannerie ou des Cordes, dans la rue Guilbert, dans celles des Carmes et des Jacobins. On a été un jour sans passer par le bout de la rue des Pères de l'Oratoire , autrement qu'à cheval et sans pouvoir aller à la messe dans l'église des Jacobins, l'eau étant trop avancée dans la rue.

La rue Saint-Jean , depuis l'église jusqu'à la porte Millet, était pleine d'eau, de sorte qu'on ne pouvait y aller qu'à cheval ; l'eau sortait avec impétuosité par plusieurs allées des maisons qui bordent la rue Saint-Jean, du côté delà grande prairie.

Depuis le pont Frilleux (1) jusqu'à la croix de Vaucelles, on ne pouvait aller qu'achevai; les boatiques y étaient fermées de même que dans la rue Saint-Jean.

L'eau a renversé les murailles des jardins qui sont depuis le Colombier de Montaigu jusqu'à Ten-

(1) Le pont de Vaucelles.

droit de la rivière qu'on appelle les Grandes-Ecoles , ainsi que celles qui sont le long de la Tannerie qui sépare les jardins. La rue d'Orléans était remplie d'eau, et vis à vis des Goulets de Saint-Pierre on marchait sur des planches et on ne passait qu'à cheval au bout de la rue Hamon.

On a porté une barque à ceux qui font valoir la blanchisserie du Carrel , afin qu'ils puissent sortir de leurs maisons, car les chevaux n'y pouvaient aller. 11 a coûté six livres pour le port de ladite barque.

Le 8 mars 1711, on a chanté, dans l'église Saint- Pierre, le Te Deum en action de grâces de la prise de Gironne,en Espagne, rendue le 30 janvier; dernier. Tous les corps de la ville y ont assisté à l'ordinaire, après quoi on a mis le feu à un bûcher dans la place Saint-Pierre, au bruit de la mousqueterie de toute la bourgeoisie et du canon du château.

6 Mai 1711.

Il y a eu contestation entre MM.du présidial et

M. de la Croisette, lieutenant du Roi au château, à Toccasion du Te Deum chanté dans Tëglise Saint- Pierre pour la prise de la ville de Gironne. M. de la Briffe, intendant, étant à la tête du présidial, alla pour se placer dans la première place du chœur Saint-Pierre, où on trouva le sieur de la Croisette, assisté de MM. les major el capitaine des postes du château, avec six soldais ayant le mousquet sur l'épaule. M. l'intendant lui remontra que ce n'était point sa place, et qu'il devait se mettre à la tête de MM. de ville, à laquelle remontrance il ne voulut point déférer, ce qui fut cause qu'on prit le parti de se mettre audessous des chanoines du. Saint-Sépulcre, et MM. les curés de la ville des deux côtés. La cérémonie étant finie, on délibéra sur cela à la chambre du présidial, et on demeura d'accord d'en écrire k M. de la Vrillière, qui ayant eu l'avis dudit sieur de la Briffe, donna un ordre par écrit par lequel il marquait qu'ayant rapporté l'affaire au Roi, sa majesté avait dit qu'il n'approuvait point les innovations, et qu'elle avait trouvé mauvais son procédé (ce sont les propres termes de la lettre), et que lorsque le sieur de la Croisette assisterait aux cérémonies publiques, il eût à se placer à la tête du corps de ville, et dans les places ordinaires, sans se faire accompagner du major ni du capitaine des postes.

ï9JuiiH7H.

Le vendredi 19 juin 1711, le sieur Gaspard* Joseph de Morel, seigneur châtelain et patron de Secqueville-la-Campagne, des Elies, des Fossets, de Than et autres lieux, lieutenant au bailliage et siège présidial de Caen, a donné un mandement par lequel, en exécution des ordres à lui adressés par Mg"" de Luxembourg , gouverneur et lieutenantgénéral pour le Roi, en la province de Normandie, du 8 de ce mois, lues cejourd'hui à l'audience de ce bailliage , il est ordonné à tous les gentilshommes et autres sujets au ban et arrière-ban de se tenir prêts, bien montés , équipés et armés pour marcher au premier ordre où besoin sera , pour le service du Roi, en la province de Normandie, lequel mandement a été imprimé et affiché , signé de Morel et Fumesson.

Septembre 1711.

Au mois de septembre 1711, lorsqu'on faisait les réparations nécessaires aux moulins de Montaigu, dépendant de l'abbaye Saint-Etienne de Caen, il y a eu six hommes noyés, qui passaient la rivière

dans une barque qui partait du côté du Cours de la Reine, pour aller de l'autre côté de la rivière, auxdits moulins.

6 Octobre 1711

Le mardi 6 octobre 1714, sur les huit heures du soir, il y a eu à Gaen un tremblement de terre, par deux secousses, qui se firent dans la distance d'un Ave Maria, La seconde fut plus violente et plus sensible que la première.

17 février 1712.

Le 17 février 1712 , en exécution d'une déclaration du Roi, qui a créé dans Gaen une juridiction consulaire , on a élu cinq consuls à la pluralité des voix des bourgeois , pour la première fois , savoir : MM. Bazire-Prieur , Dejort , Dufresne , Duperré ,

etBlacl>3r, tous marchands Ils ont fait chanter

une messe du St-Esprit solennellement en l'église St-Pierre, où ils sont venus , précédés d'un greflîer

— us —

et quatre huissiers en bon ordre. Ils étaient habillés de noir , en court manteau et toque de velours. Ils ont été ensuite de la messe au Grand-Cheval (1), où est leur juridiction , en prendre possession.

13 avril 1712.

Recueira été imprimé de quelques pièces de vers français!, latins |et grecs , par le père Brumoy , Guillaume-Hyacinthe Bougeant et le père Charles Merlin, de la compagnie de Jésus, pour la réception de monsieur, Guynet , Intendant à Gaen, et de madame rintendante , au Collége-Royal de la compagnie de| Jésus ,^;de la célèbre Université de Gaen, contenant 15 pages (2).

(1) Aujourd'hui la Bourse.

(2) On voit, par les noms de ces jésuites célèbres, alors professeurs à Gaen, "combien leur collège dans cette ville avait d'importance à^cette époque.

François Guynet avait remplacé M. de la Briffe dans l'intendance de la généralité de Gaen à la fin de 1711; celui-ci devint intendant de Bourgogne.

— laa -

CELSE MARTYR (i),

Tragédie latine,

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