POUR LA RÉCEPTION
De Monsieur Guynet, seigneur d'Arthel, intendant en la généralité de Caen.
Le mercredi 13 avril 1712, à 2 heures précises, il y a eu des intermèdes en musique pour la tragédie de Celse.
Quatre écoliers de la rhétorique, seconde, troisième, quatrième et cinquième ont fait chacun un compliment à Monsieur et Madame l'intendante.
Augustin Le Bedel, de St-Lo, présente une ode latine à M. François Guynet, intendant de la généralité de Caen.
(l) Celle noie se trouve ainsi sous forme d'afTiche dans le manuscrit.
16 Mai 1712.
Mg"" de Nesmond , évoque de Bayeux , entrant dans la cinquantième année de son épiscopat, et étant le doyen des prélats de la France, a fait renouveler dans son diocèse des prières et des processions, comme quand il avait fait la cérémonie de son entrée très solennelle en la ville de Bayeux , qui fut le 15 mai 1662.
Samedi 4 juin 1712.
Le coq de cuivre a été replacé sur le clocher de Notre-Dame de Gaen , après que les réparations nécessaires à faire au haut de la pyramide ont été achevées. J'étais alors dans le collège du Bois , et celui qui posa ledit coq a bu une bouteille étant affourché sur le croisillon de la croix de fer , et a
jeté ensuite ladite bouteille et son verre Le
haut de cette pyramide branlait extraordinairement quand on sonnait les cloches, ce qui faisait appréhender le péril aux voisins de l'église.
6 juillet 1712,
Thèses de mathématiques ont été dédiées à M. Guvnet, seigneur d'Arthel , intendant de la généralité de Caen, et ont été démontrées dans le collège royal des jésuites de ladite ville, par Daniel Reneaume, de la ville de St-Lo.
10 août 1712.
La nuit du 19 au 20 août 1712, proche la porte Millet, le feu a pris à la boutique d'un menuisier, nommé P. Martin , qui a sept enfants, dont trois ont été brûlés par le feu ainsi que ses biens meubles.
22 août 1712.
Aujourd'hui 22 août 1712, on a chanté le Te Deum , en l'église St-Pierre , en action de grâces de la victoire remportée sur les alliés, à Denain , proche Douai, par M. le maréchal de Villars. Il y a eu dix mille hommes de tués et plus de deux mille prisonniers, beaucoup de canon; nous y avons
perdu peu de monde. On a aussi forcé le fort de Marchiennes , où étaient tous les magasins , tant des poudres, farines, avoines et la caisse de l'argent de l'armée des ennemis.
Tous les corps et communautés ont assisté à ce Te Deum ; après quoi on a mis le feu au bûcher , dans la place St-Pierre , au bruit de la mousqueterie de la ville et du canon du château, où l'on a tiré trois décharges de vingt-cinq coups chacune.
26 et 27 août 17i2.
Les 26 et 27 août 1712 , ont été amenés dans le château de Caen , quatre cents Hollandais prisonniers de guerre , faits à la porte de Marchiennes , en Flandre , après le gain de la bataille de Denain , dont il est parlé à l'article précédent. On les a logés dans le magasin et autres lieux. Les malades ont été misa la Goublinière. Ils étaient conduits par une vingtaine d'officiers français. Les officiers de ces troupes , qui sont faits aussi prisonniers , sont restés à Orléans ; il n'y avait que des sergents avec
eux Ils se sont trouvés au nombre de six cents
en total. Le régiment Laonais , en garnison à Caen ,
les a gardés tour à tour avec les bourgeois. Il y avait plusieurs postes à garder , dont les soldats gardaient les uns et les bourgeois les autres.
Octobre 1712.
Au commencement d'octobre 1712 , il est arrivé un grand incendie au bourg de Thorignj , élection de St-Lo.
6 octobre 1712.
Il est arrivé à Caen des Hollandais , prisonniers de guerre , qui ont passé pour aller du côté de Valognes.
6 novembre 1712.
Le nommé Lafortune , vitrier, demeurant parroisse St-Etienne de Caen , a été tué d'un coup de coude qu'il a reçu dans l'estomac de la part du nommé Soret , poissonnier , demeurant paroisse St-Pierre, dont il est mort sur-le-champ.
iO novembre ili^.
Ont été enregistrés au greffe de la police , à Gaen, les statuts du corps de métier des maîtres menuisiers de ladite ville , en trente articles , lesquels avaient d'anciens statuts , faits dès l'an mil cinq cent , confirmés par lettres patentes de François P"" , en date du 15 avril 1532 , lesquels n'étaient plus en langage intelligible, à cause des diCférentes sortes d'ouvrages qui y étaient dénommés , dont on ne connaissait plus l'usage. Ladite communauté a fait deux certificats en date des 22 octobre et 7 novembre audit an, qui nomment pour députés, à l'efiet de la poursuite des statuts , les personnes d'Etienne Le Roy , Pierre Drieu , Martin Gardenbas et Denis Bouver. ''
Les lettres patentes de Sa Majesté ont été expédiées audit an, dans ledit mois de novembre (1).
19 novembre 1712.
Un compagnon boulanger , demeurant chez son maître , vis à vis des goulets de St-Pierre , où il travaillait, a été tué d'un coup de poing dans le dos qui lui a cassé la veine cave.
(1) Elles furent enregistrées au parlement de Rouen le 5 janvier 4713, et renouvelées en 1755.
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23 novembre 1712.
Le mercredi, 25 novembre 1712, au matin, a été inhumé dans l'église Saint-Etienne, dans le sanctuaire, proche la porte du chœur qui est en face de la chapelle des Saints-Anges-Gardiens, le corps du sieur Charles Turpin, prêtre, professeur de philosophie au collège du Bois et recteur de l'université de Caen, lors de son décès, arrivé le samedi 19 novembre (1).
Il devait être inhumé le dimanche 20, le lendemain de son décès; après les vêpres tout était disposé à cet effet. Le clergé de Saint-Etienne se transporta avec le sieur Malouin, curé, jusqu'à ia porte du défunt, où il était exposé, pour faire le convoi. Le sieur curé croyait y trouver l'université assemblée pour y assister qui venait de prendre des mesures tout opposées sur la réflexion qu'on dit
(1) Ce passage du journal est d'aulfint plus curieux qu'il est de tradition à Caen que les funérailles d'un recteur, erî fonctions au moment de son décès, devaient être semblables à celles d'un roi, et que, lorsque ce haut dignitaire venait à tomber malade, le corps universitaire se réunissait à lahâle pour élire son successeur, afin d'éviter les énormes frais qu'eût entraîné son décès s'il n'avait pas été remplacé. Oii dit même qu'un recteur, èlani h la chasse, se tuy exprès pour être enterré comme un roi.
que le sieur Crepel, professeur de troisième au col- Uge du Bois fit faire qu'où devait bien rendre de plus grands honneurs funèbres à \T. le recteur. Cette réflexion fut goûtée de toutes les facultés qui s'étaient assemblées pour venir en corps au convoi. Aussitôt noble homme, Jean Le Normand, prêtre officiai de l'abbaye Saint-Etienne, docteur et doyen perpétuel de théologie, faisant en cette qualité les fonctions du sieur recteur, quand il est mort ou absent, donne son mandement dans l'assemblée générale, tenue dans l'école de théologie, ledit jour, 20 novembre, et l'adresse aux seigneurs évêqnes de Bîiyeux, chancelier de l'université, de Lisieux et de Goutances, conservateurs des privilèges apostoliques, et au bailli deCaen, conservateur des privilèges royaux, pour les inviter aux funérailles dudit sieur Turpin, recteur, qui se feront le mercredi 23 novembre, et en cas qu'ils ne puissent pas honorer de leur présence, ils sont suppliés de vouloir bien du moins y envoyer leurs grands vicair^es.
Il est enjoint en outre aux églises collégiales, aux abbés, prieurs, aux curés, aux couvents de religieux tant de la ville que des faubourgs, qui sont aggrégés au corps de l'université, aux officiers jurés tant de la ville que de la campagne, qu'ils aient à se trouver avec lès marques de leurs offices dans l'église des Cordeiiers, au jour marqué, à 8 heures du malin.
II est enjoint de ne point aller en classe dans tous les collèges pendant trois jours, et de faire sonner en deuil pendant le même temps toutes les cloches des églises, qui jouissent du privilège de l'aggrégation.
Pendant cet intervalle de temps nécessaire pour la distribution des mandais, le corps du sieur recteur fut apporté dans la chapelle du collège du Bois, où se tient la classe de philosophie, exposé à la vue du peuple en habits sacerdotaux, et gardé par les religieux mendiants, alternativement et chacun leur temps, savoir : les Gordeliers, Carmes, Jacobins et Croisiers, suivant qu'ils y sont obligés, y ayant des cierges autour du corps qui brûlaient nuit et jour.... On célébrait des messes à l'autel de ladite chapelle.
Ledit jour, mercredi 25 novembre, l'assemblée s'étant faite dans ladite église des Gordeliers, le sieur Aumont, greffier, fit Tappel de tous les officiers, en sortant par la grande porte du choeur, chacun suivant le rang qui leur est assigné, savoir : les quatre couvents mendiants, Gordeliers, Carmes, Jacobins, Croisiers, qui marchaient les premiers, chacun sous leur croix, précédés de 60 pauvres de rhôpital général, portant des torches, avec les armoiries de l'université... Ensuite les trois parois^ ses de Saint-Jean, Saint-Pierre et Saint-Sauveur, aussi sons leurs croix.... Ensuite les députés des
abbayes de Barberj, Troarn, Auney, Fontenay, Sainte-Barbe, le Plessis-Grimoult, du Val-Richer, Royal-Pré, Belle-Etoile, Mondaye, Ardennes, THôtel-Dieu, le Saint-Sépulcre, les prêtres de l'oratoire, les Jésuites
Ils étaient loiis en habit décent. I! n'y avait que les Prénaontrés qui étaient en surplis, bonnet carré etaumusse, ainsi que THôtel-Dieu; les autres étaient avec leurs habits de chœur.
Marchaient ensuite les porte-masses, lesquels étaient couverts de crêpes noires, suivis des cinq facultés de l'université, toi^s en habit de cérémonie, suivis de tous les oiBciers bïy^ss.
Mg"" de Nesmond , évêque de Bayeux , étant malade , ne put y venir et y envoya le vicechancelier, qui marchait au côté droit du sieur Le Normand, doyen de théologie, qui représentait alors le recteur, et avait, à son côté gauche, M. le lieutenant général du bailli de Caen, conservateur des privilèges.
Il y avait en tête du convoi cinq douzaines de torches blanches, avec les armoiries de l'université, portées par soixante pauvres de l'Hôpital-Général. Ils allèrent tous chercher le corps dudit sieur recteur en ladite chapelle. On sortit par la porte du collège qui est dans la grande rue Saint-Sauveur. Les Bénédictins de l'abbaye Saint-Etienne, tous en chape et bel ordre, firent la levée du corps, qui
était porté par quatre religieux Gordeliers sous un poêle de velours noir, parsemé de larmas, dont les quatre bâtons étaient portés par quatre docteurs de théologie, ayant leurs fourrures et chaperons. Il y en avait un, bachelier, qui marchait devant ledit
corps portant en ses bras l'habit rectoral Les
parents suivaient derrière» menés par les docteurs en théologie.... Pendant le convoi, les prêtres de Saint-Pierre chantaient en faux-bourdon le psaume Miserere, et les PP. Bénédictins chantaient des répons et autres prières.... En cet ordre, le convoi vint du collège du Bois, par la rue de Froiderue, et par la grande rue Saint-Etienne, la Belle-Croix, rue des Jésuites (1 ) jusquesà l'église Saint-Etienne, où il fut inhumé, dans le Sancta Sanctorum, du côté de l'épitre. M Malouin, curé de Saint-Elienne et principal du collège du Bois , l'ayant demandé par grâce, autrement il aurait été inhumé en l'Eglise des Gordeliers comme étant l'église de l'université, ce qui aurait fait plaisir auxdits Gordeliers.
Il y avait des soldats sous les armes aux portes des églises des Gordeliers et Saint-Etienne, et le long des rangs pendant la marche, pour y conserver le bon ordre et empêcher le tumulte.
M. Pérou, grand prieur et ancien religieux de l'abbaye Saint-Etienne, a chanté la messe.
(i) La rue de la Préfecture.
28 novembre 1712.
Les eaux ont débordé à Gaen , et ont monté presque aussi hautqu'en Tannée 1711. Cependant elles n'ont point été dans la rue St-Jean.