‹ Journal d'un bourgeois de Caen, 1652-1733Chapitre 7 sur 11 · L AVARE · texte numérisé non relu

L AVARE

Comédie de M. Molière ,

A servi d'intermède à cette tragédie, représentée en 5 actes par douze acteurs, et ladite comédie par onze.

Philippe Guillot, de Caen, qui a fait le personnage de TAvare avec un entier ^t parfait succès, a rendu cette pièce des plus divertissantes (1).

(1) On trouve, dans noire journal, beaucoup d'annonces semblables de pièces jouées dans les collèges ,* nous n'avons mis celle-ci et la précédente que parce qu'elles ont

Marc 1715.

Au commencement de mars 17J3, le prix de la chandelle a été fixé, à Caen, à 12 sols la livre.

Le blé a valu 26 livres le sac... L'orge a valu 17 livres le sac... Le cidre a valu 5 et 6 sols le pot... le poiré 3 sols le poL

Mars 1713.

Au commencement de mars 1715 il y a eu grande mortalité sur les femmes nouvellement accouchées en cette ville de Caen. On dit que, dans plusieurs ville comme Paris, Rouen et Bayeux , les femmes ont le même sort.

Le 3 mars 1713 , arrêt du parlement de Rouen

fait à la récoplion, à Caen , de l'intendant Guynel, et parce que rapprécialion du talent dé Philippe GuiHot, qui a rendu la pièce de Molière des plus divertissantes, nous a paru singulière. Ceç représenlalions dramatiques étaient désapprouvées par beaucoup de professeurs, notamment par le P. André. (Cf. les mss de Quens, bib. de Caen, RM).

a été rendu, qui réforme une sentence rendue par le juge conservateur des privilèges royaux de l'université de Caen , par laquelle il avait été jugé que le sieur Le Chanoine, docteur en théologie, chanoine du Saint-Sépulcre de Caen , principal du collège dos Arts de la naême ville , ayant succédé au sieur Pierre Cailly, était c^Uorisé à s'absenter de l'office canonial et à n'y assister que les fêtes et dimanches, et vacances.

Mars 1713.

Pendant le carême , Mg^ de Nesmond, évêque de Bayeux , a accordé la permission de manger des œufs sur le diocèse.

Mardi et mercredi 31 mai 1713.

La nuit du 30 au 51 mai 1713, le peuple de la ville de Caen est allé fondre avec violence dans la maison du nommé Le Febure , marchand amidonnier, demeurant au Bourg-! 'Abbé, dont l'amidon trouvé chez lui a élé pillé, ainsi que quelques autres meubles. La cherté du blé, qui augmente do

jour en jour, n'est attribuée qu'à la grande con* sommation de blés que font lesdits amidonniers pour faire leur amidon (1).

9 juin 1715.

Le vendredi 9 juin 1715 , les Hollandais prisonniers de guerre , qui étaient arrivés au château de Caen les 26 et 27 août 1712, en sont partis pour s'en retourner en leur pays.

(1) L'abus de la poudre à poudrer était tel à cette époque que les meilleurs esprits s'accordaient à penser qu'il était une des causes de la cherté du blé. Il y a peu d'années encore , en 1837, M. de Magneville, dans un article inséré au l. IV, p. 152 et suiv. des Mémoires de la Société d'agriculture de Caen, après avoir exposé les faits qui, rendent à présent une disette presque impossible, écrivait : « Il faut aus^ prendre en considération la suppression de )) la poudre à poudrer les cheveux. Cet usage , quelque )) étrange qu'il nous paraisse maintenant , était passé » dans toutes les classes de la société et devait absorber » beaujcoup de blé. »

11 juin 1713.

Le dimanche Trinité, 41 juin 1713, jour Saint- Barnabe , la communauté des maîtres coquetiers de la ville de Gaen ont fait célébrer la messe pour la première fois en l'église des Jacobins.

20 juin 1715.

Le mardi 20 juin 1713 ou environ, le blé a valu 4 liv. 10 sols le boisseau ; l'orge, 3 liv. 4 sols, 3 liv. 5 sols , 3 liv. 6 sols et 3 liv, 10 sols le boisseau ; le cidre, 4 sols, 5 sols et 6 sols le pot ; le poiré, 2 sols 6 deniers le pot.

20 juin 1713.

Le mardi 20juinl715 , on a publié la paix générale , conclue à Utrecht , entre la France, l'Angleterre, la Hollande , l'Espagne , la Savoie , le Portugal et le roi de Prusse. MM. de ville à la droite, et MM. les officiers de la bourgeoisie à la gauche , sur deux lignes, sont sortis de l'Hôtel-de- Ville, sur les dix heures, précédés de douze tambours, six hauts-

bois , deux trompettes et uo timbalier , le tout à cheval et bien monté , vinrent au carrefour de St- Pierre, où on lut en abrégé la paix susdite, et ensuite scst allés à cheval par la rue de Geôle , par tous Iss carrefours de la ville et faubourgs. Messieurs de ville et leurs oiBciers jetaient des dragées, à grandes poignées, le long des rues et des fenêtres. On sonnait la grosse horloge pendant ce temps-là (1).

21 juin 1715.

Lemercredi21 juial715, onachanté le Te Deum dans l'église St-Pierre, en action de grâce de la paix

(1) La cloché du beffroi situé sur la pont Saint-Pierre ; elle servait de timbre à l'horloge, et Tiuscription suivante y était gravée :

Puisque la ville me loge , Sur ce pont pour servir d'horloge :

Je feray les heures ouïr.

Pour le commun peuple réjouir.

M'a faite Beaumont fan mil trois cent quatorze.

Cette cloche fut refondue en 1808 et a été placée parmi les cloches de l'église St-Pierre,

qu'il a plu à Dieu et au Roi nous donner. Mg"* de Nesmond , évêque de Ba jeux , a assisté à cette cérémonie avec tout le clergé et communautés de la ville y ainsi que le présidial , vicomte , corps de ville et l'université. M. Gujnet, intendant, était à la tête du présidial, après quoi on alla mettre le feu au bûcher dans la place St-Pierre, au bruit de toute la mousqueterie des bourgeois et du canon

du château qui fit trois décharges Il y a eu

beaucoup de feux dans toutes les rues et d'illuminations aux fenêtres, et des réjouissances partout

M. Guynet, l'intendant, fit couler deux pièces de vin à sa porte, et fit tirer la nuit des fusées volantes de dessus le haut de la tour de l'église de St-Jean... Les armoiries de France, de Normandie et de cette ville, ont été exposées pendant huit jours sous le cadran de l'Hôtel-de-Ville , entourées de lierre et de clinquants.

5 juillet 1713.

Le mercredi 5 juillet 1713, il est arrivé, sur les quais de cette ville de Caen , un vaisseau chargé de blé venant de Hollande. Il en est encore venu d'autres quelques jours après , ce qui a fait diminuer un peu le prix du blé; mais cette diminution

a été bien courte, parce que les amidonniers, achetant le blé nouvellement débarqué, l'ont bientôt fait monter au prix de six livres le boisseau.

14 juillet 1715. -o^

Le vendredi 14 juillet 1713, on a commencé d'élargir la rivière de devant le pont Frileux dô cette ville de Caen , afin de faciliter l'écoulement des eaux de dedans la grande prairie. On a obligé les riverains ensuite d'élargir de l'autre côté de la rivière, à leurs frais. On a travaillé aussi du côté du jardin des religieux de l'Hôtel-Dieu pour élargir ladite rivière.

On avait dit que, pour les dédommager du t6f| fait à leur jardin , on leur avait donné une place située entre le pont Frileux et leur jardin , vis à vis du moulin de l'Hôtel-Dieu , pour les entourer de palissades.

20 juillet 1713.

Le jeudi 20 juillet 1715 , le prix du blé augmentant tous les jours, le peuple de la ville de Caen

est allé fondre à coups de pierre dans la boutique de Guillot , faiseur de poudre à poudrer , demeurant proche la Gour-du-Parc, paroisse Saint-Pierre, lequel faisait de l'amidon en la paroisse de Missy. Les vitres de sa maison ont été cassées à coups de pierre. Sa boutique a été fermée pendant deux jours. Un soldat du régiment de Vexin, en garnison à Caen, a fait sentinelle à sa porte.

21 juillet 1713.

Le lendemain vendred^i 21 juillet, sentence a été rendue contre ledit Guillot , par laquelle il est ordonné quel'amidon trouvé dans son amidonnerie, et autres ustensiles servant audit métier, seront vendus , dont une partie du prix vertira au profit des dénonciateurs de ladite amidonnerie, et l'autre au profit des pauvres.

,fi,;.4^i 24 juillet 1713.

Lié lundi 24 juillet 4713, on a vendu , dans le carrefour Saint-Pierre , pour quarante-huit livres

dudit amidon dont on vient de parler , et les cuves y ont été brûlées sur la place, avec une perruque , un habit , une culotte et un tablier , le tout de toile, servant audit Guillot lorsqu'il travaillait à faire de Tamidon. Les juges ne voulaient pas que les cuves fussent brûlées , mais tout le peuple cria d'une voix : qu'elles soient brûlées ! Ainsi, les juges ne purent être les maîtres, et elles ont été brûlées, suivant ladite sentence rendue par M. de Noyers, lieutenant-général de police, et par M. du Mesnil- Patry , procureur du Roi audit siège.

La cause de leur opposition était que les amidonniers leur donnaient de l'argent pour leur permettre de faire de l'amidon.

,. : ; iiii »iii;:'»v^ y 24 juillet 1713.

Ledit jour 24 juillet 1715 , le peuple de la ville retourna à la maison dudit Guillot y jeter quantité de pierres, et il fut obligé de fermer sa boutique une seconde fois.

Pendant que les cuves dudit Guillot brûlaient au carrefour Saint-Pierre, le peuple alla pour faire quelques violences à la maison du nommé St-Jean, blatier , demeurant dans la cour Parisy , en la paroisse Notre-Dame , devant l'hôtel de la Monnaie,

lequel fournissait des blés aux amidonniers pour faire de Tamidon. Celte démarche n'eut aucun effet, car son garçon alla chercher des soldats du régiment de Vexin , qui empêchèrent par leur présence que ladite maison ne reçût aucune insulte.

29 juillet 1713.

Le Samedi 29 juillet 1715, sentence fut donnée par le juge de police, par laquelle ledit Guillot fut coudamné d'avoir sa boutique fermée pendant trois mois.

29 juillet 1715.

Ce même jour il est arrivé, sur le quai de cette ville, un bâtiment chargé de blé, qui a été vendu quatre livres le boisseau.

2 août 1713.

Le mercredi 2 août 1713, le prix du bléja monté, à Caen, à cinquante-trois livres le sac. L'orge a été vendu quatre livres le boisseau.

uLa cause, eh partie, de cette cherté, ont été les pluies continuelles qui enopêchaient que les blés de la campagne ne pussent mûrir, en sorte qu'on a eu bien de la peine à recueillir. ies seigles de la campagne. .^^îhjj^j ; i: rn; : • )i

Les eaux étant débordées dans la grande prairie avec les flots, ont été cause qu'on ne put tirer qu'une partie du foin dans le mois de juillet et l'autre au moisM'août.

On a fait des prières publiques tous les jours, depuis.'le mois de juillet jusqu'après le mois d'août, pour prier le Seigneur d'arrêter le cours de la pluie.

On n'a commencé d'abattre du froment que le 15 août, et les pluies n'étaient pas encore finies.

25 août 1713.

Le vendredi 25 août 1715, il est arrivé sur le quai de cette ville de Gaen un bâtiment chargé de blé, qui a été vendu 40 sols le boisseau , dont une partie était pourrie. Jacques Lemarchand ayant acheté un boisseau dudit blé, et l'ayant la vé^ dans l'eau, il a diminué de trois seizièmes et demi.

1«' septembre 1715.

Le vendredi 1" septembre 1715, il est arrivé sur

le quai de Gaen uu vaisseau chargé de blé, orge et seigle. Le blé fut fixé à trois livres quinze sols le boisseau. 1 Il est arrivé encore dans la suite d'autres bâtiments chargés de blé, en sorte qu'on a estimé qu'il était venu dans les bâtiments environ quinze milie boisseaux de blé. >• ■■-■ u .Ji r.in

Sur la fin du mois d'août et au commencement de septembre en suivant, ceux qui avaient du foin dans la grande prairie ont eu bien delà peine à le tirer. Il a tombé de l'eau pendant plusieurs jours^ et les flots qui sont survenus ont rempli ladite prairie d'eau, de sorte que les cabots flottaient sur le» eaux. ■ ', : --n'^ '

'"î^î ""'('^' 4 septembre 1715.

Le landi 4 septembre 1715, le nommé Pierre Vincent, faiseur de bas au métier, demeurant sur la place Royale, au coin de la rue des Quatre- Vents, a fait afficher aux carrefours de cette ville

de Caen, au son des tambours, un arrêt portant défenses de faire de ramidon de blé, ainsi qu'à la porte de sa maison , où il avait affiché deux arrêts entourés de lierre et de papier marbré.

Ledit Vincent s'est promené par les rues monté sur un cheval que deux garçons tenaient par la bride. Il avait une palme de laurier à son chapeau.

Le nommé Lecorsu, demeurant paroisse St-Michel de Vaucelles dudit Caen, faisant la fonction de sergent en cette occasion, était aussi monté sur un cheval, ayant une palme de laurier aussi à son chapeau, et faisait la lecture de ladite sentence aux carrefours et places publiques dudit Caen,

Un autre était monté sur un âne, faisant le pleureur et l'amidonnier désolé, ayant des bottes à ses jambes- Ils étaient environ quarante personnesà leur suite, tant faiseurs de bas que de différents métiers, tous à pied, ayant aussi des palmes de laurier à leurs chapeaux.

4 septembre 1713.

Le lundi 4 septembre 1713, une tragédie a été représentée à Saint-Lo, dans la place de la Croix-r Servier, intitulée : Suite de r Histoire du temps , ou la Paix d'Utrecht.

9 septembre 1713.

Le samedi 9 septembre 1715,1 on a déchargé, au quai de cette ville de Caen, un bâtiment chargé de blé, qu'on a porté aux greniers du tripot de Caen. On le vendait au bateau soixante-cinq sols le boisseau.

il septembre 1715.

Le lundi 11 septembre 1715, comme toutes les récoltes étaient retardées, on a commencé à apporter sur la place Royale de Caen, lieu ordinaire , des pommes à faire cidre : on les a vendues à raison de douze livres le septier.

li septembre 1715.

Ledit jour 11 septembre 171 5, on a commencQ d'abaisser la chaussée des moulins de Montaigu pour faciliter l'écoulement des eaux de la grande prairie.

H septembre 1715.

Ce même jour 11 septembre 1715, les religieuses de l'Hôtel-Dieu ont fait abattre une maison du côté

de leur jardin, pour, par ce moyen, élargir la rivière d'Orne, le tout à leurs frais et dépens.

Ledit jour on a conameucé aussi d'élargir ladite rivière, du côté de Vaucelles, vis à vis du jardin desdites religieuses.

18 septembre 1715.

Le lundi 18 septembre 1715, on a commencé de rabaisser la chaussée des moulins de l'Hôtel- Dieu, pour faciliter davantage dans la suite le prompt écoulement des eaux quand elles seront débordées dans la prairie.

18 septembre 1715.

Ce dit jour 18 septembre 1715,1e nommé Luthu> mière, du métier de perruquier, demeurant proche la rue des Teinturiers, à Caen, à commencé de faire travailler dans le fossé de la Porte-au-Berger pour employer ce terrain à faire un jardin.

Daos ce même temps on a fait détruire uoe cave qui était contre le pont St-Pierre de Gaen, dans le cours de la rivière, du côté de la rue St-Jean, qui diminuait aux eaux de la rivière la facilité de s'écouler dans les débordements.

29 septembre 1715.

Le vendredi 29 septembre 1713 , les bourgeois de la ville de Gaen ont commencé de faire la garde au carrefour de St-Pierre de Gaen, dans le corps-degarde qui y est, ce qui a été ainsi ordonné par M. le major, à cause que le peuple de la ville est allé ce jour là pour attaquer la maison du sieur Samson, marchand épicier, demeurant devant l'église Notre-Dame , faisant faire quantité d'amidon, ce qui est la cause que le peuple de la ville voulait la ravager ; mais il n'arriva aucun accident.

M. l'intendant protégeait les amidonniers, et a voulu, pour cet effet, faire venir un régiment de soldats en cette ville, afin de favoriser par là leur fraude. Heureusement M. l'intendant et M. le major étaient divisés de sentiments , car sans cela les amidonniers eussent continués à faire de l'amidon.

17 octobre 1713,

Le mardi 17 octobre 1713, on a fait travaiHer depuis le pont de bois de la foire royale de Caen , jusqu'au pont Saint-Jacques, à nettoyer et élargir la rivière pour l'écoulement plus prompt des eaux.

28 novembre 1713.

Le 28 novembre 1713, arrêt du conseil a été rendu, qui autorise les syndics de la foire de Guibray à emprunter et constituer des sommes pour le bâtiment d'une citerne dans le champ de ladite foire, pour acquérir le fonds sur lequel ladite citerne est bâtie, et pour la fourniture des ustensiles^d'icelle, et pour l'entretenir, dont il se fait un rôle de répartition qui se paye par les marchands occupant les loges de ladite foire.

Le pèreCouvrigny (1), delà compagnie de Jésus, a professé la réthorique [en leur collège de Caen , en l'an 1713.

(1) Le P. Couvrigny acquit depuis celte époque une fâcheuse célébrité : étant allé à Alençon, il conçut, dît-

6 janvier 1714.

On a chanté, dans l'église Saint-Pierre, le Te Deum en action de grâces de la prise de la ville de Fribourg , en Allemagne, laquelle s'est bien défendue. On y a perdu beaucoup de monde de part et d'autre. Tous les corps de la ville y ont assisté, après quoi on a été mettre le feu au bûcher dans la place Saint-Pierre, au bruit de toute la mousqueterie de la bourgeoisie et du canon du château.

on, détendras senlimenls pour une de ses pénitentes qui se nommait Duplessis , et se servit de la voie de la confession pour lâcher de lui inspirer les mêmes sentiments à son égard. La jeune fille feignit de se rendre et de consentir à un rendez-vous, et en fit part à un frère qui lui ressemblait, il fut arrêté entre eux que ce serait lui qui, sous les habits de sa sœur, se trouverait au rendez-vous , ce qui s'exécuta si adroitement que le P. Couvrigny fut obligé de se retirer couvert de honte et de s'évader de la ville à la faveur de la nuit. Celte anecdote fait Je sujet d'une chanson publiée sous ce titre : Chanson d'un in^ connu nouvellement découverte et mise au jour avec des remarques f etc. Turin, alèlophile, 1737. La conduite du P. Couvrigny no fut pas plus édifiante par la suite ( Voir, pour plus de détails, les Mémoires historiques sur la ville d'Âlençon , par 0. Desnos, t. II, p. 525, et le P. André , jésuite^ documents inédits pour servir à Vhistoire du xviii» siècle, par MM. A Charma et G. Manccl, l, I«% p. 408 et suiv. ).

19 janvier 1714.

Il est arrivé à Colombelles, proche Gaen, des bâ* timents chargés de blé pour fournir la généralité d'Alençon ; on les a portés par charrettes et chevaux à Alençon, le 19 janvier 1714.

27 janvier 1714.

Le 27 janvier 1714, M. de Loubert(l) , proche EvreuK, a pris possession de la charge de lieutenant du roi et commandant aux ville et château de Gaen, que possédait M. de La Groisette, dont ledit sieur de Loubert ne recevra les appointements qu'après la mort dudit sieur de La Groisette. Le Roi lui a donné ladite charge par récompense de ses services. On a tiré trois coups de canon dans le temps de la prise de possession.

(1) De Loubert, seigneur d'Ardey et de Cailly-Mailloc. Le Blanc du Roullet, seigneur de Normanville et de la Croisettc, mourut celte même année 1714.

4 février 1714.

Le dimanche 4 février 1714, on a fait l'ouverture, dans l'église des Jacobins de Caen, de la cérémonie de la canonisation du pape, Pie V® du nom, qui a duré huit jours, avec toute la solennité et la dévotion possibles. Il y a eu sermon chaque jour, à quatre heures après midi, par des prédicateurs distingués. Toutes les paroisses et couvents y ont été en procession , chacun en particulier . pendant la semaine. L,'ouverture s'en fit le 3 par Mg"^ l'évêque et par le chapitre du Sainl-Sépulcre, avec le présidial çn corps, et la vicomte. La clôture de cette auguste cérémonie fut faite par les religieux bénédictins, avec toute la pompe et le bel ordre possibles. Le corps de l'université n'y a point été. L'église a été tapissée depuis le haut jusqu'en bas. On ne disait la messe au grand autel qu'avec de la chandelle, les grandes vitres étant bouchées de tapisseries et glaces.

4 mars 1714.

Mg"^ De Nesmocd, évêque de Bajeux, a donné la permission de manger des œufs pendant le temps du carême, dans son diocèse. Le poisson salé a

beaucoup enchéri parce qu'on a été longtemps sans voir de poisson fraisa la Poissonnerie, ce qui provient de ce que, sur la fin du mois de février, il y a eu quantité de matelots noyés par les tempêtes.

Le 19 mars 1744, le révérend père Michel-Ange de Raguse, fils d'un sénateur de Raguse, général des capucins, est arrivé en cette ville de Caen, faisant la visite de tout son ordre. M. Guynet, intendant , a envoyé au devant de lui son carrosse attelé de six chevaux et ses deux gardes à cheval avec un de ses amis dans le carrosse pour, le haranguer en latin , ne parlant pas français. Ils allèrent jusqu'à Esperon au devant de lui, parce qu'il avait débarqué à Luc, en venant du Havre-de-Grâce , dans une frégate de dix-huit pièces de canon qu'on lui avait baillé au Havre , laquelle tira dix coups de canen en arrivant , et de là il vint dire la m€sse à la chapelle de la Délivrande , après quoi il vint à Caen. Il alla au devant de lui avec le carrosse dudit seigneur intendant, quarante et un carrosses de messieurs et dames de la ville, presque tous à vide, et lorsqu'ils eurent rencontré ledit général avec dix capucins de sa suite, il monta, après la harangue

faite, à laquelle il répondit en latin savamment et noblement , dans le carrosse de M. l'intendant seul avec le monsieur qui l'avait harangué, et les autres capucins dans les autres carrosses qui se suivaient tous. Il arriva ainsi à Caen , et lorsqu'il fut arrivé à la Porte-au-Berger, on tira sept coups de canon de la citadelle, et en cet état on alla jusqu'au couvent des Capucins où il y avait deux cents bourgeois sous les armes , avec leurs officiers et tous les tambours de la ville qui les reçurent en saluant. Ils étaient en haie depuis la Visitation jusqu'au couvent des Capucins ; tous les carrosses suivirent jusqu'audit lieu. Lorsqu'il fut arrivé , on chanta dans le Sancta Sanctorum quelques antiennes, après quoi il s'assit dans un fauteuil du côté de l'évangile , contre l'autel , où tous les religieux vinrent lui baiser le cachet qu'il tenait en sa main ; après quoi il se retira dans le couvent , et aussitôt M. l'intendant, accompagné de six carrosses nouveaux remplis de personnes distinguées de la ville, vinrent le complimenter. Toutes les compagnies y allèrent le lendemain par députation , avec les présents de quelques unes. On lui donna le vin de la ville. Il a resté quelques jours à Caen, après quoi il est parti , et lorsqu'il sortit de la ville on tira sept coups de canon du château , comme on avait fait à son arrivée.

Il sortit de la ville sur une petite mule fort pro-

pre, et un cheval qui porte son valet et son petit équipage. Il est accompagné de dix capucins à pied qui ne le quittent point.

Il avait eu audience du Roi le 10 septembre de l'année précédente 1713*

Mars 1714.

Est mort le sieur Gautier, prêtre et doyen des chapelains fondés en l'église Saint-Pierre de Caen, grand musicien.

12avrlll714.

Le mandement de Mg^ François de Nesmond, évêque de Bajeux, a été donné, lu et publié à Bayeux , en son synode général , pour la publication de la constitution de N. S. P. le pape Clément XI, du 8 septembre 1715, contre le livre des Réflexions morales et les cent une propositions qui en ont été extraites.

13 avril 1714.

11 est arrivé au quai de cette ville de Caen un bâtiment chargé de seigle.

Le blé vaut environ 3 livres 15 sols le boisseau. L'orge vaut environ 50 sols le boisseau ; le cidre 4 et 5 sols le pot ; le poiré 2 sols 6 deniers ; la chandelle 10 sols la livre. Elle fut mise, au mois de novembre, à 11 sols la livre, mais cela n'a pas été de longue durée.

21 mai 1714.

Le lundi 21 mai 1714 , première fête de la Pentecôte, on a publié la paix entre la France et l'empereur de la manière qui ensuit. Elle a été conclueà Rastadt (1), en Allemagne, le 6 mars 1714. Tous les tambours de la ville , deux trompettes et un timbalier, marchaient devant , après quoi suivaient les huissiers et sergents de la ville , avec leurs écharpes , à cheval ; ensuite le corps de ville, savoir : M. de Canchy, maire, en robe rouge, à la

I) Celle paix avait été signée le 6 mars.

tête; ensuite tous les échevins les uns après les autres sur une ligne à la droite; le major et officiers de la bourgeoisie sur une même ligne à la gauche, privilège qui leur a été attribué par une déclaration du Roi, pourquoi ils ont payé finance. Sur les ailes il y avait les quatre hoquetons de la ville; tout était en bon ordre. Ils ont commencé à publier ladite paix dans le carrefour Saint-Pierre, après quoi ils allèrent dans le château, où on la publia au bruit du canon de la place; ensuite ils allèrent faire la même chose dans tous les carrefours de la ville dans le même ordre. Sur les cinq heures après midi on chanta , dans l'église Saint-Pierre, le Te Beum, où tous les corps delà ville, le clergé séculier et régulier, se trouvèrent , après quoi on alla mettre le feu au bûcher dans le carrefour, au bruit de toute la mousqueterie de la ville et du canon du château, qui fit trois décharges de^ingt-quatre ou vingt-cinq pièces chacune. Il n'y eut ni feux ni illuminations dans la ville, comme on avait fait à la dernière paix qui fut au mois de juin dernier, et ce à cause de la mort de Mg' le duc de Berry. M. Guynet, intendant, était à la tête du présidial , en robe rouge, suivant sa coutume.

17 juin 1714.

Le dimanche 4 7 juin 1714, on a fait l'ouverture de la canonisation de saint Félix de Gantalice, frère capucin, dans l'église des PP. capucins de Caen. Mg'^ Blouet de Garailly (1) , évêque de Toul, en fit l'ouverture par un savant discours. Il y eut, pendant toute l'octave, exposition du très saint sacrement, et sermon après midi chaque jour jusqu'au lundi au soir 25 que Mg"^ l'évêque de Bayeux en fit la clôture. Les chanoines du Saint-Sépulcre y allèrent precessionnellement le premier lundi y chanter la messe et vêpres, et tous les autres jours chaque paroisse ou couvent y ont été et restaient à chanter vêpres. La musique de Saint-Pierre s'y rendait au soir au salut. 11 y a eu grande affluence de peuple que la dévotion y attirait. L'église était tapissée depuis le haut jusqu'en bas , et on a con-

(1) François Blouel de Camilly, évêque de Toul et abbé de Saiut-Pierre-sur-Dives , né à Saint-Pierre, diocèse de Goutances, en 16o8, mort le 17 octobre 1723. La note donnée p. 11 de la Notice sur la bibliothèque de Caen, 1840, in-S», par Tédileur de ce livre, dans laquelle François Blouet est désigné comme archevêque de Tours, est complètement inexacte.

struit un jubé sur le tambour de la porte de ladite

Ïr u'"''u "" """' ="" "•"" <•« «aint entre le* deux chapelles pour y célébrer la sainte messe

H juilleU714.

so„?'nT??"T '"'"" '"^ «'"« -"e de Caen sont allés le lund. au marché à fil demander aux

œaures dudu métier de l'augmentation pour chaque sorte de besogne.

Illeur a été accordé 5 livres par grand métier de hausse, et «ne livre à ceux d'aune et demie mais avec beaucoup de peine.

Juillet 1714.

En ce temps-là, on a fait travailler à la rivière depuis les degrés du moulin Saint-Pierre jusqu'au pont de la Gro.sse-Horloge. On a creusé la nvièrë sous les arches dudit pont Saint-Pierre et de l'autre côte d icehn pont. Il y avait deux grandes barques qui portaient les vidanges au flot monté du côté de hamt-GilIes.

On passait ladite rivière à pied sec , et do longtemps on n» l'avait vue si basse.

20 juillet 1714.

On a fait abattre un coin des passais (1) du moulin de Saint-Pierre. Gomme le rabais n'était pas assez plat, on a dressé un pont avec des planches afin que les banneaux n'eussent pas tant de peine à monter. On a obligé les paysans du côté de La Folie de venir avec leurs banneaux en les payant. Les valets de harnais étaient montés sur leurs chevaux tandis qu'on chargeait leurs banneaux.

On a continué de travailler le long de la rue des Quais et du côté de Saint-Gilles pour creuser ladite rivière.

5 août 1744

Dimanche 5, sur les neuf heures du soir, un valet de harnais a eu la tête écrasée de la charrette qu'il conduisait, chargée d'avoine. C'était son dernier voyage, lorsque ce malheur lui est arrivé sur

(1) Passet, marche, degré, en patois normand. Nous avons encore à Caen les Passels du Sépulcre et les Passets violets.

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le chemin tendant de la première Notre-Dame, route de la Délivrande , à venir au Vaugueux , à la descente de ladite Notre-Dame, à une perche loin du chemin des Morts du hameau de Couvrechef, dépendant de la paroisse Saint-Gilles.

Le maître de ce malheureux domestique n'a jamais voulu donner un drap pour l'ensevelir. Les dames religieuses de l'Abbaye-aux-Dames voulurent bien donner du linge à cet effet. 11 a été inhumé dans le cimetière Saint-Gilles.

Août 1714.

On a posé une charpente neuve en bois sur l'église de l'Abbaye-aux-Dames de Gaen , pour être couverte en ardoise au lieu et place de la vieille qui ne portait que de la tuile , qu'on dit que les Anglais avaient substituée de même à la couverture de plomb qui y était alors , lors de leurs ravages dans la Normandie.

Dans ce même temps-là on travaillait encore à la dorure des autels qui sont dans l'église de ladite abbaye.

5 octobre 1714.

On a fait , dans le cours de la Reine de cette ville de Caen , la réforme de deux régiments de cavalerie , dont l'un était habillé de blanc et l'autre de bleu.

On a réformé d'abord les soldats de milice qui avaient été incorporés dans ces régiments, ensuite ceux qui étaient mariés , et ensuite ceux qui n'étaient point trouvés du goût de M. de Harcourt (1), maréchal de France, qui faisait ladite réforme.

On a vendu lés chevaux sur-le-champ, sans leur équipage, au plus offrant et dernier enchérisseur.

On a donné, à ceux qui ont été réformés , chacun 18 livres pour les conduire en leur pays.

Toutes les personnes de la ville se sont trouvées en foule pour voir celte réforme, car il faisait un temps aussi beau qu'en été.

Quelques uns desdits soldats avaient leurs manteaux et leurs buffles, soit par don ou adresse d'es-

(1) Voyez p. 94, 27 juin 1706. — Henri d'Harcourt, marquis de Beuvron, né le 2 avril 1654. Ce fut lui qui obtint, en 1700 et 1709, rérection du marquisat deThury en duché-pairie sous le nom d'Harcourt.

prit. On leur a fait défenses de s'attrouper sur les chemins , afin de ne point insulter les voyageurs. Mon dit sieur de Harcourt est colonel de ces deux régiments.

12 décembre ilH.

Il est arrivé, sur le quai de cette ville, deu\ bâtiments chargés de pommes à cidre , dont les pommes de l'un ont été criées à 10 écus , et de l'autre à il écus le septier.

22 décembre 1714.

Le 22 décembre 1714, on a publié la paix générale, signée à Bade (I) en Suisse , entre la France, l'empereur et tous les autres princes électeurs de

(1) A Baden, Celle paix avait été signée le 7 juin précédent.

l'empire. La marche de celte cérémonie s'est faite ainsi :

Tous les tambours de la ville, avec quatre trompettes et un timbalier, marchèrent en tête, et quatre hautbois, après quoi suivaient les six sergents de la ville et l'huissier de la ville, habillés en leur manière accoutumée dans les cérémonies , ensuite les officiers de la ville; venait ensuite M. de Canchy, maire de ville, assisté du lieutenant du maire et des échevins , et du major de la bourgeoisie accompagné des capitaines et lieutenants de la bourgeoisie tous bien montés. On a fait utie décharge de toute Tartillerie du château, après quoi ils sont allés en bel ordre dans tous les carrefours faire la même publication. Quatre hoquetons, avec leurs habits de cérémonie et hallebardes, étaient autour des échevins.

23 décembre 1744.

Le dimanche 23 décembre 4714, on a chanté, dans l'église Saint-Pierre, le Te Deum en reconnaissance de cette paix générale. Tous les corps de la ville y ont assisté. M. Guynet, intendant, était à la tète du présidial. M. de Loubert, lieutenant du

Roi au château au lieu et place de M. de la Groisette, y assista et se fît mettre un prie-dieu et fauteuil sous la lampe, où il se rendit accompagné de sept ou huit officiers, précédé de six mousquetaires, après quoi il alla avec les officiers de ville mettre le feu au bûcher dans la place Saint-Pierre, au bruit de toute la mousqueterie de la ville et du canon du château, où on avait tiré à quatre heures du matin trente coups de canon, et lors du feu autant, et à neuf heures du soir autant, et à une heure après minuit encore une même volée. Il y avait, pendant la nuit, quelques illuminations aux fenêtres des bourgeois , mais peu à cause de la misère et des taxes qui ne cessent point, au grand chagrin de tout le peuple. M. l'intendant donna un repas public aux dames, où il fit voir sa magnificence, après quoi il y eut un bal et parties de jeu. Il fit couler deux pièces de vin à sa porte pour le peuple , etc. Il a fait faire un feu à sa porte , et des illuminations à ses fenêtres. On a fait , le soir, trois décharges du canon du château. Il y avait aux. fenêtres de l'Hôtel-de-Ville des illuminations, et les mêmes armoiries qu'aux paix publiées ci-devant.

25 décembre 1714.

La nuit à venir au 26, jour et fête de St-Etienne, la femme d'un perruquier, ayant entendu sonner les cloches de l'église Saint-Pierre de Caen , a cru qu'on sonnaitainsi pourail#fairecommunierquelque malade. Gomme elle était fort dévote , elle a mis la tête à la fenêtre , et ayant aperçu une grande lumière dans l'église , cela l'engagea d'aller au presbytère afin d'accompagner le Saint Sacrement au lieu où il serait porté. Ayant trouvé la porte de l'église fermée du côté du presbytère, elle a frappé avec violence contre cette porte, ce qui a obligé le vicaire de se lever pour lui demander ce qu'elle voulait.

a Je viens , dit-elle, pour accompagner le saint sacrement : j*ai entendu sonner pour cet effet , et il y a dans l'église une grande clarté. »

Après plusieurs contestations avec elle , le sieur vicaire fut obligé de venir à l'église , où l'on dit qu'on a trouvé six cierges allumés, et un prêtre habillé Hout prêt à dire la messe, et qui la dit en effet, et a remercié celui qui la lui a servie de l'avoir tiré de la peine où il était (1).

(1) (iCtie anecdote est la reproduction de mille anecdotes semblables en Normandie. On croit partout que si un

On a répandu dans le public que c'cit M. Gautier, prêtre, doyen des obi tiers de cette même église , qui est mori au mois de mars dernier.

Le R. P. François Blangrenon , religieux , prêtre de l'ordre des Gordeliers, directeur des frères du tiers ordre au couvent de Gaen , a fait don auxdits confrères d'une croix de bois qui se place sur l'autel de leur chapelle.

Cette croix a été bénie sur le glorieux sépulcre de Notre Seigneur Jésus-Christ et a été posée dans le trou où la vraie croix a été plantée ; elle a touché la pierre où Notre Seigneur fut embaumé, la colonne où il fut considéré du peuple.

Le pape Innocent II a attaché indulgence plénière sur toutes les croix qui ont touché tous les saints lieux de Jérusalem ci-dessus nommés, pour toutes les personnes qui réciteront dévotement cinq fois Pater noster et ave. Maria, et qui les toucheront avec dévotion étant en état de grâce.

prêlre, pendant sa vie, a négligé de dire une messe dont il avait reçu le prix , il faut qu'il revienne la célébrer après sa mort.

19 janvier 17ÎS.

MM. les administrateurs de l'H^pital-Général de Caen ont fait un accommodement avec plusieurs propriétaires qui ont des maisons paroisse Saint- Jean, dans la cour nommée la Groix-d'Or, bordant la grande rue Saint-Jean, afin de faire un chemin convenable à passer les charrettes qui viennent chargées pour les provisions dudit hôpital, ou s'en retournant.

L'achat de ces maisons s'est fait aux frais dudit hôpital. Il n'j avait ci-devant, sur ladite grande rue Saint-Jean, que le passage d'un carrosse, qui était presque fermé par deux puissants garde-heurts (1) que les propriétaires y avaient fait mettre , la maison dudit hôpital ni autres personnes n'ayant aucun droit de passage par là.

Cependant l'ouverture de ce chemin donna lieu à tout le monde de passer par là avec carrosses, charrettes et chevaux.

{\) Patois bas-normand. Borne placée contre un mur, contre un pilier de porte pour empêcher qu'il ne soit heurté, pour le garder des heurts.

15 avril i715.

Od a arrêté et mis aux prisons du Pont-l'Evêque le nommé Pierre La Tour, natif de la paroisse du Ham, voisine de cette ville, accusé d'avoir tué sa femme, en lui mettant une cordeau col, et cela sur la déposition de sept ou huit faux témoins. Il avait eu quelque contestation avec elle , dont elle fut choquée si vivement qu'elle prit son enfant entre ses hras et s'en alla sans rien dire. Elle fut reconnue, une des fêtes de Pâques, par une personne de la connaissance du prisonnier, qui se trouva en la ville d'Alençon , où elle était , qui lui conta l'embarras où se trouvait son mari , ce qui la fit partir sur-le-champ, et elle arriva au Pontl'Evêque le jeudi 15 avril.

19 mai 1715.

On a célébré, en l'église de Tabbaye royale de Sainte-Trinité de Caen , la fête de la translation des reliques de sainte Licinie , vierge et martyre , que M. le maréchal de Tessé avait apportées de Rome depuis peu à madame l'abbesse sa sœur. Il n'y a eu que trois sermons pendant l'octave, le premier et dernier jour et au milieu de la semaine. La plupart

des processions de la ville y sont allées en cérénaonie. Il y a eu un grand concours de peuple et beaucoup de dévotion. La cérénoonie eût été encore plus éclatante sans un différent qui survint entre madame l'abbesse et Mg"^ de Nesraond , évêque de Bayeux , au sujet de la manière dont on devait en user à l'ouverture de cette cérémonie. Monseigneur voulait que les chanoines du Saint-Sépulcre, avec tout le clergé de la ville, la fît , et madame l'abbesse voulait que les religieux de Saint-Etienne prissent les reliques chez eux et les apportassent en cérémonie à l'abbaye Sainte-ïrinité, ce qui fut cause que monseigneur le défeiridit aux religieux. L'ouverture s'en fit par une procession où étaient les prêtres chapelains de ladite abbaye, autour de la cour, le plus solennellement qu'il fut possible. La plupart des paroisses n'y furent point à cause de l'intendant.

Le lambris qu'on voit autour de l'église n'était pas encore entièrement achevé. Celui que madame l'abbesse a fait ôter auparavant était très beau et rempli des portraits de différents saints.

16 juin 1715.

Mg' François de Nesmond , cinquante-huitième évêque de Bayeux, est mort dans son palais, à

Baj'eux , âgé de quatre-vingt-six ans , au grandi regret de tout son diocèse et de tous les pauvres (1). Il arriva en son diocèse le dimanche 14 mai d662, au matin. Il possédait son évêché depuis cinquantetrois ans. Il fut inhumé le samedi 22 dudit mois en la manière ordinaire, dans le chœur de la ca^ thédrale de Bayeux , sous l'aigle. La cérémonie es fut fiiite par Mg'^ l'évéque de Lisieux.

En conséquence de la mort de Mg"^ l'évéque de Baveux , le chapitre, devenu le maître du temporel

(1) Dap.s notre noie, p. 22, nous avons dit que M. de Nesmond , quoique doué d'un sens droit, n'avait pas toujours pu se défendre de certaines idées superstitieuses. Dans les notes du journal de Dangeau , il est considéré conune un homme de mœurs innocentes, mais d'un esprit borné. « Il lui échappait des propos dont il ne se doutait )) pas, et qui rendaient sa compagnie indécente aux fem- )) mes, jusque là que la présidente Lamoignon, sa nièce, » renvoyait toujours sa fille dès qu'il arrivait ; et i! fut » bien surpris quand elle lui en avoua la cause. Ce fut lui » qui dit à un curé qui s'excusait d'être allé à une noce, » par l'exemple de notre Seigneur qui assista à celle de » Cana : a Voyez-vous, monsieur le curé, ce n'est pas ce T) qu'il a fait de mieux. » Cet évêque envoyait chaque an- » née, sous main , 50,000 livres au roi Jacques II, réfugié » en Franco. »

et du spirituel du diocèse pendant la vacance du siège, a envoyé un mandement au clergé séculier et régulier, et compagnies (1) pour la procession du dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement, qui était le 25, et avait indiqué l'assemblée du clergé à Saint-Jean pour venir ensuite processionnellement aux Jacobins, et avait marqué qu'il enverrait un député pour faire ladite cérémonie; sur quoi les chanoines du Saint-Sépulcre prétendirent être en droit et possession de faire ladite cérémonie eu l'absence du seigneur évoque. Ils firent des diligences de justice à cet effet. Il y eut une sommation d'audience pour se trouver en la chambre du présidial le matin de la procession. Les parties furent entendues respectivement présence de toute la compagnie. Après leurs raisons déduites de part et d'autre, on leur proposa une conciliation qui fut suivie, savoir : que les sieurs députés feraient ladite cérémonie, sans attribution de droit, pour cette fois seulement, jusqu'à ce qu'ils fussent réglés au principal, ce qui fut signé de part et d'autre. Ce fut M. de la Lande du Destroit, archidiacre, grand vicaire et chanoine de Bayeux , qui fit ladite céré-

(1) Los corps de niélicrs et les confréries qui accompagnaient les processions.

monie. Il avait pour diacre M. de Sainte-Anne Hubert, prêtre, chanoine du Saint-Sépulcre, et pour sous-diacre M. Regnauld, curé de Saint-Martin. Cet acte est couché tout au long sur le registre de la chapelle du présidial.

i4 juillet 1715.

MM. les grands vicaires du chapitre de Bajeux, le siège vacant, ont ordonné, par leur mandement, de faire dans les églises paroissiales et couvents , tous les jours jusqu'au 25 du présent mois, des prières publiques pour demander à Dieu la cessation de la pluie qui a été si continuelle qu'on ne pouvait tirer le foin des prairies. La récolte du seigle fut aussi retardée.

19 juillet 1715.

Claude Lail, faisant faire de l'amidon à quantité, dans la maison qu'il occupe entre les deux ponts de la porte Millet (1), appartenant au sieur Guilbert,

(1) Cette maison a dû être détruite lorsqu'on a élargi la |rtace actuelle des Casernes,

ingénieur de la ville de Gaen ; le blé augosentant de jour en jour, ayant monté de 11 et 12 livres, où il était, à la somme de 17 livres 4 sols le sac, en peu de temps, cela a donné lieu à quelques uns des habitants d'aller en porter leurs plaintes à M. le major du château de Gaen , et lui faire connaître que cette cherté ne provenait que parce qu'on faisait encore de l'amidon de blé.

Sur quoi M. le major donna ordre à quelques soldats pour aller faire une perquisition chez ledit Lail, avec le nommé La Forge, maître serrurier, et le nommé Le Fevre , maître toilier, demeurant dans la cour du Parc , et plusieurs autres avec eux, qui, s'y étant tous transportés, ont trouvé son amidonnerie composée de sept cuves, dont ils ont fait dresser procès-verbal par le nommé Martin, sergent , demeurant paroisse de Vaucelles. Les soldats du château faisaient toujours sentinelle à la porte de la maison pour empêcher le peuple de faire aucune insulte à ladite maison pendant qu'on dressait le procès-verbal , qui n'était pas encore fini à environ huit heures du soir.

La belle-sœur de Lail étant dans la boutique de son bea u- frère , qui est du métier d'épicier, reçut de la boue au visage pendant que les uns disaient : « Il faut mettre le feu à la maison. » Et les arUres : a II faut l'abattre, la maudite maison» Ils ont envie de nous faire périr. Voilà h\ cberté

revenue par leur diable d'amidon. » Et raille autres jurements et imprécations qui furent faites sur eux et la maison.

Les soldats du château, qui sont des invalides, ont fait garde toute la nuit à la porte de Lail , à. ses propres frais.

Ce même jour vendredi i9 juillet 1715, sur les cinq heures après midi , la populace s'attroupa dans la place de la Foire franche , où l'on fait la vente des cuirs , proche le boulevart , vis à vis d'une maison sise proche le pavillon de ladite foire, occupée par le nommé Le Maître , du métier d'amidonnier, où il faisait son amidonnerie , composée de treize cuves. Chacun commença à jeter des pierres contre la maison. Il y eut trois cents ou quatre cents tuiles cassées , et nullement des vitres, parce qu'il n'y en avait pas, les fenêtres servant à mettre l'amidon à sécher avant de le cuire.

Le peuple ne put exécuter son dessein , car trois ou quatre cavaliers d'une compagnie du régiment de M. d'Harcourt, qui est actuellement en garnison dans la Foire , qui étaient de la réforme qui fut faite Tannée dernière en cette ville de Caen , ayanU mis le sabre en main et ayant fait épouvante aux bourgeois, les empêchèrent d'attaquer davantage la maison de Le Maître. Toutefois , M. le major du château a défendu aux soldats fort étroite-

ment de se mêler pour l'avenir de l'affaire des bourgeois.

Le Maître se servait desdits cavaliers pour escorter le blé moulu qu'on lui apportait pour faire son amidon , suivant le rapport et témoignage du nommé La Rue, savetier, demeurant dans la Foire, proche le pressoir des Jacobins, qui a fait connaître à ces religieux et à tout le monde que les cavaliers avaient conduit dans leur pressoir six sacs de farine pour Le Maître, amidonnier, afin d'en faire de l'amidon, et leur a fait faire réflexion que cela pouvait causer quelque préjudice à leurs personnes , faisant mal parler d'eux et sachant bien que les amidonniers étaient en haine à tout le monde.

Chacun cria contre Pierre Onfroy d'avoir retiré cette farine dans le pressoir des Jacobins; mais comme il tient ce pressoir à ferme, il s'est moqué de tout ce qu'on lui a dit là dessus. Cependant, ses manières d'agir ne furent pas sans récompenses, car il fut mis hors dudit pressoir.

Si les cavaliers du régiment d'Harcourt, qui étaient en garnison dans la Foire , quoique sans ordre, n'eussent pas arrêté et contenu la populace, suivant le rapport de personnes présentes alors qui virent commencer l'action devant la maison de Le Maître, elle aurait été absolument détruite, et il n'en serait resié que les fondements, tout le peu-

pie ayant en horreur les amidonniers , comme destructeurs de la vie humaine, sinon ceux qui étaient db connivence avec eux.

20juilleH715.

Etienne Bordel et Louis Bordel , maîtres boulanger», demeurant tous deux paroisse Saint-Pierre de Caen , qui n'étaient point parents quoique portant le même nom , Etienne étant bourgeois de la paroisse et ayant un frère prêtre obitier en ladite église Saint-Pierre, et Louis Bordel étant né de la campagne, se sont transportés tous deux chez Claude Lail, dont il a été parlé ci-devant, pour faire la visite dans les cuves dudit Lail, ayant été nommés à cet e£Fet par le juge de police ; Lail soutenait qu'il n'y avait point de bon blé dans ses cuves, mais seulement du son et de la recoupe.

23 juillet 1715.

M. de la Tillaye , major du château de Caen, a été informé que, chez un nommé La Rue, savetier,

demeurant proche la porte des Jacobins , dans une maison à eux appartenant (1), il y avait de la farine repostée pour en faire de l'amidon ; il a envoyé, sur cette dénonciation, des invalides de la garnison pour faire perquisition chez La Rue , qui s'en excusa disant que cela était contre vérité. Ainsi les invalides s'étant contentés de cette réponse négative, n'ont point entré dans la maison , et La Rue retourna avec eux au château où il assura avec serment , à M. le major, qu'il n'y avait chez lui aucune farine pour faire de l'amidon.

La femme La Rue a fermé sa boutique pendant que son mari était en chemin pour se rendre au château. Il était environ huit heures du soir, et il y avait déjà bien du peuple asseaiblé devant la boutique.

Après qu'elle fut fermée, ladite femme a fait transporter les poches de farine en question dans la cour des Jacobins , pour la tenir cachée, mais quelques uns de ceux qui étaient assemblés devant la maison ayant regardé à travers la porte des

(1) A l'émeute précédente, ce savetier avait joué le rôle de dénonciateur. Voir p. 199.

Jacobins, qui faisait jour, ils ont aperçu que l'on portait des poches de farine eu apparence du côté du pressoir, ce qui a donne lieu, à ceux qui étaient vis à vis de la boutique , de faire un plus grand bruit et de jeter des pierres.

Le peuple entra par violence dans l'allée de la femme La Croix, du métier de coquetier, et passa dans lâ^^our des Jacobins, où l'on a trouvé la farine cachée dans des bûches qui étaient alors dans la cour des religieux, et on l'a portée aussitôt au château pour la faire voir à M. de la Tillaye, major. Le nommé Jacques Le Marchand en a porté une poche contenant environ quatre boisseaux, afin d'en faire une justice plus exacte.

Dans le même temps que l'on entrait au château avec la farine trouvée dans la cour des Jacobins, La Rue sortait du château venant d'attester à M. le major qu'il n'y avait point de farine chez lui. Quelques uns l'ayant reconnu , il a reçu plusieurs coups de poing et s'est sauvé par la rue du Ham. Il n'a osé paraître le lendemain à travailler dans sa boutique de savetier.

Ledit jour 25 juillet d 715, le père Caron, prieur des Jacobins de cette ville de Caen , accompagné du père Le Vallois, religieux, procureur de la maison, se sont transportés au château pour s'excuser auprès de M. l^e major de ce qu'on les accusait de fa-

voriser les amidonniers, et lui ont promis de chasser Pierre Onfroj de leur pressoir, et La Rue , savetier, de leur maison qu'il occupait , puisqu'ils avaient de la société avec quelques amidonniers. Gela fit beaucoup de peine aux Jacobins qu'on crût qu'ils favorisaient ces malversations.

^ 24 juillet 1715.

Mercredi , lendemain de tout ce carillon , la femme La Rue a déclaré à M. le major que c'était Pierre Onfroj, pressorier du pressoir des Jacobins, qui les avait priés et sollicités de retirer cette farine chez eux , et que pour eux ils n'y avaient point de part : néanmoins on a su qu'ils y étaient intéressés comme les autres.

La femme La Rue a été menée devant M. le major, par une troupe de femmes, à peu près comme une criminelle. Elle reçut plusieurs coups de pierre en chemin; et si lesdites femmes n'eussent pas prié ceux qui. jetaient les pierres de l'épargner et de la laisser, quand elle a été arrivée au marché à lait, elle eût été tuée. Les femmes qui avaient aidé à la mener au château ne voulurent pas la remener chez elle , crainte de recevoir pour elle quelques coups de pierre, car chacun voulait

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faire main basse sur elle , ce qui l'obligea de prendre et demander des invalides du château pour la conduire, ayant tout à craindre de cette populace.

Le ïi^ême jour, par sentence de police rendue par M. de Noyers, lieutenant général, Claude Lail, amidonnier, sur les conclusions du sieur du Mesnil-Patry, procureur du Roi , a été condamné à la confiscation de ses marchandises trouvées chez lui, dont les trois quarts vertiront au profit des pauvres, et Tautre quart à celui des dénonciateurs, défenses à lui faites pour toujours de faire aucun amidon ; ordonné que les cuves, servant à son métier, seront brûlées; condamné en liOO livres d'amende et à tous les frais et dépens faits contre lui; ordonné que ladite sentence sera imprimée et affichée pareillement à ses frais,

M. de Noyers, lieutenant de police, suivit les conclusions du procureur du Roi , à Texception du brûlement des cuves, jugeant plus à propos qu'elles fussent vendues au profit des pauvres et des dénonciateurs; mais c'était plutôt, dit-on, pour éviter à Lail la confusion de voir sortir de sa maison ses cuves pour être brûlées, parce qu'il était lui-même le protecteur des amidonniers.

Tout le peuple, en grand nombre présent à ce jugement, se mit à crier à haute voix , dans la salle d'audience ; a Non, il faut que les cuves soient

brûlées! » ce qui fut répété plusieurs fois : a Qu'on brûle les cuves et lui dessus! »

Ledit sieur de Noyers voyant qu'il ne pouvait être maître des cuves, ordonna enfin qu'elles fussent brûlées. Ainsi , on ne peut pas dire que ce fut lui seul qui jugea Lail , mais tout le public avec lui.

La cause de Lail fut appelée la première ce jour-là. On le cria plusieurs fois à l'audience, mais il se donna bien de garde d'y venir défendre sa cause, car il était trop coupable. Comme il ne se présenta point, ni personne pour lui, M. le procureur du Roi ordonna à Louis et Etienne Bordel, boulangers, de faire lecture de leur rapport de la visite qu'ils avaient ci-devant faite cbez Lail , et des matières qtii s'étaient trouvées dans ses cuves. Ce fut Etienne Bordel, frère du sieur Bordel, prêtre, qui fit lecture du procèsverbal par lequel les experts boulangers déclaraient que , dans une cuve de mille pots environ demi-pleine , ils avaient trouvé de bon blé mélangé avec du son, et quelque peu de blé gâté dans une de sept cents pots. Dans une cuve de quatre cents pots il y avait aussi de bon blé comme dans la première.

Quand cette première cause fut jugée dans la grande salle d'audience, le juge se retira dans la chambre du conseil pour y achever son audience

de ce jour-là; car, sur le refus qu'il avait fait d'ordonner que les cuves de Lail fussent brûlées , quoique cependant il eût enfin ordonné qu'elles le fussent, il ne laissait pas de craindre que la populace ne tournât sa colère contre lui , étant mécontente de sa manière déjuger.

Il n'est pas difficile de penser que la cherté du blé ne procédait que des amidonniers, puisque le lundi suivant du vendredi qu'on leur fit ainsi la guerre, le blé a diminué de prix, et que sa diminution a continué depuis.

Le même jour, est arrivé à Caen, par la porte Millet, son altesse sérénissime le comte de la Lusace, fils de MgM'électeur de Saxe, roi de Pologne, faisant le tour de la France et voyageant par toute l'Europe. Il a resté à Paris sept on huit mois, faisant une grande dépense en cour et partout. Le Roi lui a donné une riche épée de la valeur de cinquante mille écus (1). Il n'a point voulu qu'on lui fît aucune entrée, ni qu'on tirât le canon , ni autres cérémonies. Gela n'a pas empêché qu'on n'eût été

(!) Saint-Simon dit 40,000 écus.

fort curieux, dans la ville de Caen, de le voir. Quatre calèches, chargées de ses équipages, sont arrivées une heure avant lui, attelées de chevaux de harnais qu'on prenait tous les jours où il couchait. Devant sa calèche marchaient trois archers du grand prévôt, ensuite ses gardes, et à côté de sa chaise un garde de M. Guynet, intendant , tous à cheval. Il parait grand de taille. Il était habillé d'un drap gris-blanc , avec un petit galon d'argent vermeille dessus. Il y avait une autre calèche derrière la sienne. On a dit qu'il avait fait de grandes largesses aux tambours qui sont allés le saluer, et aux autres joueurs d'instruments, et qu'il avait fait de grandes aumônes aux pauvres.

Quelques uns ont cru que c'était le prince de Galles qui passait sous ce nom-là près du roi Jacques d'Angleterre, qui se sauva en France avec sa femme et son fils, âgé alors de six mois, et qui passa par cette ville de Caen, fuyant la persécution des Anglais. Il a ioga à l'auberge du Dauphin , sur la place Royale, avec toute sa suite, qui est composée de deux Palalins , quelques seigneurs saxons, un intendant et deux pages el autres, ce qui compose en tout environ trente personnes. Ils sont tous dans des chaises de poste. Le lendemain il alla voir le château de cette ville dans le carrosse de M. l'intendant qui, pour lors, était à Paris, et plusieurs autres carrosses pour sa suite, et de là il est allé

voir madame de Tessé , abbesse de Caen. Il a entré seul dans Tabbaye, où il n'a resté qu'un moment, après quoi il est venu dîner chez M. l'intendant Guynet, quoiqu'il n'y fût pas, ayant mandé cet ordre de Paris. Il est âgé de dix-huit ans, très beau prince et fort puissant de taille (1). Il alla se promener au Cours le soir. Il y avait trente carrosses ou environ à sa suite, remplis de dames et de personnes de distinction. Il est reparti ce matin du côté de la Bretagne.

27 juillet 1715.

Sur les dix heures du matin, Guillaume Marescol, demeurant au faubourg de Yaucelles , crieur ordinaire de la ville, est allé par les rues de Caen,

(1) (( Il parut un grand et gros garçon de dix-huit ans, dit Saint-Simon, année 1714, bien fait, blond, avec de belles couleurs, et faisant fort souvenir de M. le duc de Berry, l'air sage, modeste, attentif à tout, fort poli mais avec mesure et dignité , et qui , sous un incognito qui ne prétendit jamais rien , montrait fort sentir ce qu'il était , et sans embarras. »

criant à haute voix : « A deux heures après midi, on va brûler les cuves de Lait , amidonnier, au carrefour Saint-Pierre. »

Quand on vit sortir de la rue Frementeau quelques uns des camions qui allaient chercher les cuves de Lail , afin de les porter pour être brûlées au carrefour Saint-Pierre, on cria dans les rues : Vive le Roi! Il alla du monde de tous les cantons de la ville et faubourgs pour voir charger tes cuves dans les camions, devant lesquels la trompette et les tambours de la ville marchaient en sonnant depuis la maison de Lail, dont la boutique fut fermée ce jour-là, jusqu'au carrefour Saint- Pierre. Les dénonciateurs, ayant des palmes de laurier à leurs chapeaux, marchaient devant les camions chargés d'une partie des cuves, car elles ne purent être toutes brûlées ce jour-là, le reste étant plein d'amidon.

Le carrefour Saint-Pierre se trouva si rempli de monde qu'on ne pouvait se tourner. Toute la populace prenait plus de plaisir à voir brûler les cuves de Lail que de la publication de la paix.

Dès que les cuves furent déchargées de dessus les camions, il y en avait une qui, s'étant trouvée trop grande, n'avait pu passer et sortir par la porte de l'amidonnerie , qu'il fallut délier auparavant et apporter de même, aussitôt chacun commença à prendre une douve et à frapper sur lesau-

très cuves pour les délier, mais sans pouvoir en venir à bout, car elles étaient liées à deux et trois liens de fer. Il semble que Dieu inspira deux maçons qui, taillant de la pierre, vinrent et se servirent de leurs gros marteaux pour délier les cuves, dont ils eurent encore bien de la peine à venir à bout. On peut dire que tout le public donna bien, en une demi-heure de temps, cent mille coups sur ces cuves, qu'on entendait du moulin de Saint- Pierre. Il était entre trois et quatre heures du soir, quand lesdites cuves entrèrent dans le carrefour pour j être brûlées. Une gouttière de bois, une pelle aussi de bois et quelques autres outils du métier furent également brûlés. Que d'horribles et nombreux serments on fit ce jour-là contre Lail !

29 juillet 1715.

Le reste des cuves de Lail fut porté, avec les mêmes cérémonies, dans le carrefour Saint-Pierre, pour y être brûlé. L'amidon qui était dans ces cuves, qui en avait retardé le brûlement , fut vendu à la porte du coupable, ainsi que d'autres amidons en pain, au plus offrant et dernier enchérisseur.

Il y avait environ cinquante boisseaux de blé gâté qui servait de prétexte à Lail pour employer

de bon blé en amidon , qui ne furent point vendus, le blé étant puant et noir, écartelé et propre peur en faire de l'amidon. Ils furent distribués à ceux qui voulurent le prendre pour le donner à des pourceaux. Il Y a lieu de douter s'ils en mangèrent tant il était puant.

X,es cuves étant arrivées au carrefour de Saint- Pierre, les dénonciateurs firent leurs efforts pour les délier, mais c'est avec bien de la peine qu'ils en firent sauter quelques cercles. Quatre tailleurs de pierre étant venus avec leurs marteaux achevèrent bientôt de délier le reste. On n'entendait de tous côtés que des cris de joie parmi la populace, qui ne se trouva pas ce jour-là en si grand nombre dans le carrefour que la première fois. Lail tint sa boutique bien fermée tout le jour.

On fit la chasse au sieur Thomas, prêtre, de la paroisse Saint-Jean , pour avoir prêté de l'argent à Lail pour acheter du blé pour faire de l'amidon. Chacun criait sur lui l'appelant amidonnier.

Le bruit s'est répandu à Caen que, du côté de ' Rouen, le peuple a mis le feu aux amidonneries d'un amidonnier qui en avait quatre, composées chacune de trente-deux cuve», et qu'il avait été condamné aux galères pour sa vie.

Autre bruit répandu que deux poudriers de

Caen, savoir : le nommé Guillot, demeurant paroisse Saint-Pierre, à qui on avait brûlé les cuves deux ans auparavant, et l'autre nommé Bondouin, demeurant place Royale, ayant une amidonnerie du côté de Falaise , ont été constitués prisonniers dans cette ville avec bien des coups qu'ils ont reçus de la populace pour avoir fait de l'amidon de blé, et parce que leurs cuves avaient été brûlées.

Autre bVuit répandu que, dans la Bretagne, on avait pendu deux amidonniers pour avoir fait de l'amidon de blé.

50 juillet 1715.

Les PP. Jacobins ont fait mettre des billets aux carrefours de cette ville de Caen , pour avertir le public que leur pressoir était à donner à ferme pour le jour Saint-Michel prochain , avant que son bail fût expiré, qu'on dit être encore de six ans. Sans aucune récompense.

Peu de jo(srs après , les PP. Jacobins ont fait placer un écriteau d'avertissement à la boutique du

nommé La Rue, savetier, dont il à été parlé ci-devant , portant que sa maison est à louer pour la Saint-Michel prochain, à cause de la farine trouvée chez lui propre à faire de l'amidon.

5 août 4715.

Environ douze garçons, jeunes gens de la paroisse Saint-Jean de Caen , sont partis pour faire le pèlerinage du Mont-Saint-Michel.

Le même jour, lundi 5 août, sentence a été donnée , par le lieutenant de police à Caen , qui ordonne la confiscation de la farine trouvée chez le nommé La Rue, savetier, dont il a été parlé cidevant , au profit des hôpitaux de cette ville.

7 août 171S.

M.deCoigny (1), gouverneur des ville et château

(1) François de Franquelol, duc de Coigny, maréchal de France, né à CretlevilJe, en Basse-Normandie, le 16 mars 1670, mort le 18 di'cembre 1759.

- nu -

de Caen, ayant eu le malheur d'être mordu par un chien enragé, est arrivé en cette ville de Caen , en poste, pour aller se baigner à la mer (\). On n'a point tiré le canon à son arrivée, parce qu'il n'a pas voulu le permettre.

13 août 1715.

M. de la Tillaye, major du château de Caen , est parti de cette ville pour se rendre à la cour, afin de

(1) Pendant plusieurs siècles les bains de mer ont eu une grande célébrité comme propres h préserver de la rage. Les personnes mordues étaient menées à reculons dans la mer par deux baigneurs qui les tenaient sous les bras, puis les renversaient et les plongeaient trois ou cinq fois dans Teau à chaque vague de la marée montante. Un seul bain sufiîsait.

c( Il y a huit jours que madame de Ludre, Coëtlogen , et la petite de Rouvroi , furent mordues d'une petite chienne qui était à Théobon ; celle pelile chienne est morte enragée; de sorle que Ludre, Coëllogon et Rouvroi sont parties ce malin pour aller à Dieppe et se faire jeter trois fois dans la mer. » (Madame de Sévigné , lettre en date du vendredi 13 mars 1671. )

se justifier auprès du Roi et son conseil de l'accusation contre lui formée parM.Gujnel, intendant de cette généralité, M. de Noyers, lieutenant de police, et les échevins de la ville, d'avoir donné des invalides de la garnison du château pour exciter le peuple à faire du tumulte et do la sédition chez les amidonniers.

Il s'est pleinement justifié. Il est revenu glorieux et a confondu ses ennemis en apportant avec lui des défenses de fairt; de l'amidon.

26 août 1715.

Treize voleurs, qui ont été pris à la foire de Guibray, proche la ville de Falaise, sont arrivés dans les prisons de Caen, amenés dans une charrette.

1" septembre 1715.

Louis XV, Francorum spes magna , commença de régner, à l'âge de cinq ans six mois seize jours , et le lendemain M. le duc d'Orléans a été déclaré régent du royaume, en parlement.

9 septembre 1715.

Vingt jeunes gens environ, tant homnnes que garçons, de la paroisse Saint-Michel de Vaucelles de Gaen , sont partis pour aller en pèlerinage au Mont-Saint-Michel.

A leur retour, ils sont allés au château saluer et rendre honneur à M. le major, qui les a reçus très gracieusement.

Le lendemain , ils sont partis pour le pèlerinage de Notre-Dame de la Délivrande. Ils sont revenus par l'Abbaje-aux-Dames, où on leur a fait faire la collation. Comme il était nuit lorsqu'ils sont partis de l'abbaye pour s'en retourner chacun chez eux, madame l'abbesse leur fit donner quatre flambeaux pour les reconduire.

16 septembre 1715.

Une troupe de jeunes gens, tant hommes que garçons , de la paroisse Saint-Michel de Vaucelles de Caen, sont partis, montés sur des chevaux, pour aller en pèlerinage au Mont-Saint-Michel.

Ils sont allés , à leur retour, au château de Caen pour y saluer M. le major, qui ne voulut point les

écouter et leur fit mauvaise réception , ayant traité ceux qui avaient été de pied avant eux au Mont- Saint-Michel de gueux.

Il y avait deux compagnies de Vaucelles et une de la paroisse Saint-Jean, dont les trois rois du pèlerinageavaientchacun une couronne d'argent (1).

2 oclobre 17!?).

Les pommes à faire cidre ont valu, à Caen , 25 et 24 livres le septier.

Au commencement de septembre elles ne valaient que 48 livres.

(1) Les pèlerins au Mont-Saint-Michel j)arla1ent par troupes etavaienlleurs bannières, leurs trompettes, leurs hérauts d'armes , leurs généraux et leurs capitaines. On nommait roi celui qui apercevait le premier le mont, et il prenait le commandement pendant le reste du voyage. — Au xviii® siècle, le Monl-Sainl-Michel n'était plus guère fréquenté que par les jeunes gens'de basse naissance [HiHoire du Monl-Sainl-Michel^ par Maximilien Raoul , p. 2^2); ce qui explique pourquoi le major du château de Caen traitait de gueux les pèlerins qui étaient venus le visiter le 9 septembre.

Le 15 octobre, elies étaient diminuées de prix et ne valaient que 16 et 17 livres le septier. La chandelle vaut 7 sols 6 deniers la livre.

19 octobre 1715.

La nuit du samedi 19 au dimanche 20 de ce mois , le pressoir Aubrée, situé au bout de la rue Ecuyère , paroisse Saint-Etienne de Caen, au dessus de la venelle du Cimetière, a été entièrement brûlé.

20 octobre 171 S.

Le P. La Motte, jésuite, a prêché dans leur église de Rouen un sermon sur la foi qui a révolté plusieurs personnes, prétendant que ce prédicateur y a attaqué le gouvernement de l'état.

Lo samedi 31 octobre, veille delà fête Toussaint, le parlement a décrété ce prédicateur d'ajournement de comparence personnelle.

Le 8 novembre, on a fait une signification à Mg"^ l'archevêque pour qu'il ait à nommer un commissaire pour assister à l'information. On prétend

que pareil discours avait été prononcé dans les villes de Lyon , Tpurs, Poitiers et Xaintes.

21 octobre 171 S.

L'usage s'observait tous les ans, à Gaen , que ce jour les lanternes publiques établies en cette ville commençaient d'être allumées; cependant elles ne sont point encore pendues dans les rues.

Le 23 novembre audit an les lanternes ont été re[)endues dans les rues contre le gré de MM. les échevins de l'Hôtel-de-Ville.

1" novembre 1715.

Le P. Charles Porée, jésuite et professeur au collège de Louis-le-Grand , à Paris (1 ) , a prononcé,

(1) Voir, sur ce célèbre professeur, la Notice que nous avons donnée dans les Normands illustres, Paris, 1846, in -8°.

dans ce collège, l'oraison funèbre de Louis XIV, roi de France et de Navarre, en latin, imprimée à Paris chez Etienne Papillon, rue Saint-Jacques, aux armes d'Angleterre, sur l'approbation de M. l'abbé ïournely, docteur et professeur de Sorbonne, du 29 novembre. Cette oraison , imprimée in-4^ contenant 46 pages, est divisée en trois parties. Triplici nomine magnum ostendit^ magnum bello^ majorem pace , reb'gione maximum.

7 novembre 1715.

La ville de Caen a fait faire, à ses frais , un service solennel pour le repos de l'àrae du feu roi Louis XIV, décédé le 1" septembre audit an. Cette cérémonie s'est faite suivant l'usage en l'église St- Pierre , lieu ordinaire, dont le chœur et la nef étaient tendus de noir.

Il j avait, au grand portail qui fait face au chœur, et au portail du carrefour, des bandes de velours noir chargées, comme celles qui étaient dedans l'ég\ke , des armoiries de France et de la ville.

Il y avait, dans le sanctuaire et un peu plus en dehors d'icelui , trois bandes de velours noir distantes environ de deux pieds l'une de l'aulre.

Le clergé des paroisses de la ville et faubourgs et des communautés religieuses , s'est trouvé à la cérémonie, excepté les religieux de Tabbaye Saint- Etienne, et le clergé de Saint-Nicolas et de Saint- Ouen , qui en dépendent, et les chanoines réguliers de l'Hôtel-Dieu, qui ne se trouvent à aucune cérémonie publique.

L'université en corps, le présidial et la vicomte, les avocats et procureurs y assistèrent, ainsi que les juges consuls; ces derniers s'y trouvèrent en habit de deuil et non en robe.

Il y avait un mausolée au milieti du chœur, où étaient cinq degrés portant des chandeliers d'argent garnis de cierges très beaux avec des armoiries.

Il y avait, en peinture, les mêmes représentations à la gloire et à l'honneur du Roi que celles qu'on voit en pierre et en sculpture aux pieds de la statue du Roi qui est posée au milieu de la place Royale (1), et encore trois autres degrés portant des chandeliers et des cierges.

(1) Celle slalue, ouvrage du sculpteur Jean Posiel, était en pierre, haute de huit pieds et élevée sur un piédestal de douze. Quatre peiites figures y soutenaient, sur la corniche, les armes et la devise du roi : le soleil au dessus de la terre , avec les mois nec pluribus impar.

Aux pieds de ce superbe mausolée on voyait une couronne royale, la main de justice et le bâton royal posés sur un carreau de velours noir et couverts d'un crêpe <

Les inscriptions suivantes étaient gravées en lettres d'or sur quatre tables de marbre noir.

Sur la face principale, par le poète Segrais, premier échevin de Caen :

A celle auguste Majesté A celte héroïque fierté , Reconnaissez ^ races futures^ LOUIS Roy juste et conquérant :

Vhistoire vous dira par quelles aventures Il mérita le nom de GRAND.

Sur la seconde, par un anonyme :

Magnus Caesarese LODOIX jure imperat urbi : Fortunâ, factis, pectore Csesaradest.

Cœsareœ urbi, c'est à dire la ville de César. Une tradition fort ancienne veut que Caen ait été fondé par Jules César.

Sur la troisième , par le lieutenant-général à Caen , de la Motte :

Civis opus, Patriusque lapis stat regia Magni

Principis efijgies : publica cura fuit.

Sic memorisaxo, LODOIX, tua credimusora,

Duret ut aeternum conditus Urbis amor.

L'oraison funèbre a été prononcée dans le chœur par un prêtre de l'Oratoire. On se servit , pour cet effet, de la chaire à prêcher du couvent des religieuses de la Charité , qui y fut apportée.

La messe a été célébrée par MM. les chanoines du chapitre de Bayeu\, le siège étant vacant, malgré l'opposition des chanoines du Saint-Sépulcre de Caen , ainsi que le dimanche de l'oclave du Saint- Sacrement.

Et enfin , sur la qualrième face , par le conseiller au parlenieni de Roueii du Tôt Ferrare ;

LUDOVIGO

TllIUMPHATlS HOSTIBUS , AUCTO IMPERÏO ,

Pacato Orbe, vectigalibus remissis,

plo, felici, semper augusto.

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