REGIS MAXIMI
DeVOTA MERïTIS, SECURA VICTORIIS
J^TERN^ FinEI MONUMENTUM
UnO CORDE, MULTIPLICI NOMINE ,
CiviTAS Cadomensis PoS. 1685.
Le monument fui renversé et brisé au commencement de la révolution.
Le sculpteur Jean Poste), qui l'avait exécuté, était né à Caen.
6 janvier 1716.
La femme de Pierre Onfroj, demeurant rue des Jacobins , ci-devant faisant valoir leur pressoir, étant morte, son corps a été apporté au cimetière de la paroisse Saint-Jean pour y être inhumé, par la nouvelle rue pratiquée devant l'église de l'Hôpital-Général , aboutissant dans la rue Saint-Jean . par la destruction des maisons de la Croix-d'Or. C'est le premier corps mort qui ait été porté par cette rue depuis son ouverture.
20 janvier 1716.
La nuit à aller au 2i, le feu a pris au faubourg de Vaucelles , à la maison du nommé Briant, maître du métier de toilier, sise Grande-Rue de Yaucelles. L'enfant de sa fille , qu'il avait chez lui, est péri malheureusement dans le feu.
23 janvier 1716.
L'université a fait chanter im service solennel , dans l'église des Cordeliers, pour le rept)s de l'âme
de Lojiis XIV, roi de France. Tous lt?s membres et suppôts de rUniversilé ont été convoqués par un mandement au rect(3ur, qui est M. Hallot , huit jours auparavant.
M. Hnllot, recteur alors et professeur de rhétorique au collège du Bois, a prononcé l'oraison funèbre en latin, dans la chaire des Cordeliers, qui a duré cinq quarts d'heure. On peut dire quo son discours était riche en toutes manières. Après quoi on a chanté la messe soh^nnellement par les religieux bénédictins et par la musique de l'église St-Pierre.
L'église était tendue en noir depuis le haut jusqu'en bas.
Il y avait, dans le milieu du chœur, un superbg mausolée bâti avec grande délicatesse. Il y avait un rang de cierges au haut ; et , en bas , quatre degrés portant des chandeliers d'argent et des cierges avec les armoiries de France.
Au dessus de ce mausolée s'élevait une grande couronne ronde soutenue avec une corde au travers du lambris de la voûte. De cette couronne pendaient quatre grands et longs rideaux noirs, bordés d'hermine, attachés par le bas contre les murs d& ladite église, autour de laquelle, en dedans, il y avait les armoiries de France, de la ville et de l'université.
Le portail de la rue, ainsi que celui de l'église, était tendu de noir.
Les paroisses et communautés agrégées à l'université s'y sont rendues processionnelleraent.
6 février 17161
Les eaux ont débordé en cette ville deCaen, comme en 4711 et 1712 ; elles ont rempli les prairies et les rues de la ville, mais pas d'une si grande hauteur qu'auxdites années; l'eau sortait seulement par quelques allées de la rue Saint-Jean du c6té de la grande prairie.
La cause de ce débordement des eaux a été la grande quantité de neiges qui ont tombé dans ce pays et qui ont fondu promptement.
Cet hiver a été long et fort ennuyeux.
Il y a bien des malades au couvent des Capucins de Gaen. Il en est mort une douzaine environ pendant trois semaines. La plupart des religieux étant malades, cela a été cause qu'ils se sont abstenus, pendant quelque temps, d'aller à l'office de matines la nuit.
19 mars 1716.
Il est arrivé un grand incendie au hameau de Couvrechef , paroisse Saint-Gilles de Caen. Il y a eu , dit-on , une grande perte.
Le même jour 19 on a vu, à Caen, une comète du côté de Gouvrechef , paroisse Saint-Gilles, paraissant en feu de la grosseur d'une gerbe de blé.
28 mars 1716.
On a vu encore une comète du côté de Couvrechef. Les matelots du côté de la côte de Bernières la voyaient plus commodément qu'à Caen, et la peur qu'ils en avaient les empêchait d'aller en mer pour pêcher.
6 avril 1716.
On a commencé d'abattre, sur les quais de Caen, une partie des murs de la ville, à commencer de-
puis la tour au Landais à venir du côté du po Saint-Pierre. Cette tour est la première qu'on trouve en entrant dans la rue des Quais.
En ce même temps-là on a abattu des terrasses soutenues de murs, de l'autre côté de ladite tour, et posées contre le mur de la ville, ce qui a élargi la rue de ce côté-là de moitié sur la longueur de la terrasse, sur laquelle on avait formé un jardin depuis quelques années, et après sa destruction on a pavé sur-le-champ.
A la même époque il y avait à Caen de grandes maladies répandues partout. On était attaqué d'un mal de côté et de tête, et peu de jours après les malades étaient portés au tombeau.
6 mai 1716.
11 est arrivé à Caen , sur le quai de la Basserue-Saint-Gilles, paroisse Saint-Pierre, à Tabreuvoir ordinaire des chevaux, une grande barque qui sert à voiturer du sablon , chargée de sardines qui se vendaient d'abord 4 sol 6 deniers la douzaine, et sur la fin 1 sol.
10 mai 1716.
Il en est encore arrivé à Caen, sur le quai de Vaucelles, vis à vis la Croix-Verte, une si grande quantité, qu'on ne les Vendait qu'un liard la douzaine.
16 mai 1716.
Le peuple de la paroisse de Vaucelles s'étant amassé, est allé par troupes attaquer une amidonnerie dans la rue de Montaigu. Ils ont abîmé les portes de la maison à coups de pierre , pillé l'amidon qui s'y est trouvé sous leurs mains, et quelques autres effets. Ces mutins ont cassé quelques cuves et en ont jeté d'autres à la rivière. Ils ont cassé une armoire pleine d'amidon.
Les soldats du château s'y sont transportés pour calmer le désordre; ils ont dit que jamais ils n'avaient vu un pareil tumulte.
30 mai 1716.
On a inhumé, au cimetière Notre-Dame de Caen, le nommé Le Maître, demeurant dans le champ
de Foire, faisant le métier d'amidonnier, dont il a été parlé ci-devant. Tout le peuple en faisait des cris de joie et vomissait quantité d'injures et de serments contre sa personne et sa mémoire.
Mai 1716.
On a commencé de faire construire un talus en pierre sur le bord de la rivière d'Orne, qui commence au bout du pré des Petits-Renfermés (1).
On se sert , pour cet effet , des pierres provenant de la démolition du mur de la ville, que l'on détruit proche la tour au Landais.
23 juin 1716.
Le Roi a rendu une ordonnance portant qu'à Tavenir les plus grands deuils de la cour ne dure-
(1) Aujourd'hui le petit séminaire*
raient que six mois, et que ceux qui se porteraient dans les familles seraient réduits , savoir : pour les femmes à ia mort de leurs maris, à une année; et ceux à la mort des femmes, pères, mères, beauxpères, bélles-mères, aïeuls et aïeules, et autres personnes de qui on est héritier, ou légataire universel, à six mois; ceux des frères et sœurs, beauxfrères et belles-sœurs , de qui on n'est point héritier, à trois mois.
Il a été établi une chambre df» juslicp(l), parédit du mois de mars 1716, pour examiner toutes les
(1) Les chambres de justice, ou chambres ardentes, étaient des commissions qu'on établissait extraordinairement de temps à autres pour instruire et juger les procès pour raison de péculat, concussions, exactions et malversations au fait des finances.
A l'occasion même de la chambre de justice de 1716, Lemonley, dans son Histoire de la Régence^ a sévèrement mais équiiablement apprécié ces sortes de juridictions exceptionnelles,
c( Je n'imiterai pas, dit-il, ch. III, p. 62, la légèreté avec laquelle les historiens ont parlé des chambres de justice. L'histoire aurait bien peu d'utilité si elle ne s'alla-
plaintes qu'on faisait contre les contrevenants, suivant les déclarations que plusieurs particuliers en
chait à signaler les fautes que les mêmes passions peuvent reproduire. La coutume de reprendre par des proscriptions les rapines qu'une administration vicieuse a tolérées est un art de TAsie qui sied mal à des gouvernements réguliers. Mais la France , condamnée par ses goûts dissipateurs à l'anarchie des finances, ne savait y apporter dès longtemps que ce remède odieux. Après la spoliation des Juifs et des Templiers , les xiv^ , xv« et xvi« siècles voient se renouveler fréquemment d'homicides attaques contre les administrateurs du revenu public ; des surintendants , des ministres , des trésoriers périssent par le gibet , au profit des persécuteurs puissants et aux acclamations d'une populace méchante , prompte à jouir du mal même qu'elle ne fait pas. Leurs créatures sont dépouillées sans formalités , comme sur un champ de bataille. On accomplit ces violences tantôt par dos commissions, quelquefois par les tribunaux , quand on est sûr de leur complaisance ; et enfin par des chambres de justice , espèce de creusets brûlants où des classes d'hommes sont jetées pêle-mêle. Le même désordre des finances , dans le XVII* siècle , entraîne la continuation des mêmes expédients. La dureté naturelle de Sully s'en accommode; Richelieu va plus loin , et il prescrit le retour périodique des chambres de justice tous les dix ans ; menace extravagante, qui ne permettrait désormais le maniement des deniers publics qu'à d'audacieux aventuriers , et qui suffi-
avaient faites. Il s'est trouvé quantité de dépositions contre ceux particulièrement qui avaient
rail h prouver combien le cardinal, si habile à opprimer, était dépourvu de tout esprit administratif. Colberi toucba lui-même une fois à cette arme honteuse au début de son ministère ; mais il n'y revint plus , parce que ce grand homme, ayant enfin créé et maintenu un système de comptabilité , se dispensa de l'injustice par la vigilance. Je sais qu'après lui les moyens forcés qui alimentèrent durant trente années les finances de Louis XIV , firent sortir des derniers rangs du peuple une classe de traitants
durs, avides et sans foi
)) La régence qui avait résolu de se passer des traitants se flatta d'éteindre les dettes de TElatavec leurs
dépouilles , de satisfaire le peuple par leur chute , et surtout de venger la noblesse et la haute magistrature trop humiliées par le faste des personnes. Mais un gouvernement ne sait pas à quoi il s'engage quand il fait le premier pas dans la carrière de l'injustice. La terreur installa au couvent des Grands-Augustins la nouvelle chambre ardente , et disposa dans une salle voisine les instruments de torture destinés à l'interrogatoire des enrichis ; comme si l'on eût voulu , par le choix du lieu et la nature des rapports , armer une recherche fiscale de toute l'horreur de l'inquisition catholique. Il fallut d'abord un code nouveau, et il fut atroce : la peine de mort y était prodiguée sans mesure pour tous les délits des justiciables. Le carcan attendait les témoins négligents , les ga-
— Tèli -
louché les deniers du Roi et tous les mallôliers. Il s'est trouvé de fortes charges contre les nommés
îères punissaienl l'erreur dans la déclaraiion des foriunes. Voici deux dispositions qu'on ne lirail pas sans frémir dans Suélone ou dans Tacite : par l'une la médisance contre les délateurs était punie du dernier supplice ( Déclaration du 17 mars 1716, art. 23), et par l'autre les domestiques étaient autorisés à déposer contre leurs maîtres, sous des noms empruntes (Déclaration du 1" avril 1716). Outre le cinquième des confiscations, les dénonciateurs recevaient des brevets qui les déclaraient protégés du Roi, les affranchissaient des poursuites de leurs créanciers , et les conservaient sous l'égide de l'infamie. Il fallut ensuite mettre l'opinion publique au niveau de pareilles lois. Le peuple jalou.x des riches déleste les traitants ; celte haine naturelle fut encore enflammée par des chansons barbares et des estampes abominables. Le Régent lui-même fil frapper, en l'honneur de la chambre de justice , une médaille où elle était représentée sous les traits d'Hercule qui terrasse Je voleur Cacus, avec celle légende : viclor avarœ fraudis. Des stimulants plus énergiques furent employés. Les jugemenls de confiscation en assignèrent une partie pour être distribuée aux habitants du lieu où résidaient les condamnés : véritable invention de démagogue dont l'usage un peu répété anéantirait tout ordre social.
» La terreur et le désespoir s'emparèrent de ces maisons superbes dont les financiers avaient décoré Paris, et d'où une loi imprévue leur défendit tout à coup de sorlir
Bourvalais, Paparcl, Le Normand et plusieurs «t litres. Paparel a été condamné à faire amende honorable et avoir la lête tranchée , et ses grands biens confisqués. On a sursis à son exécution jusqu'à la majorité du Roy, et jusqu'à ce temps il gardera prison, et ce en considération de M. de La Farre ,
sous peine de la vie (Ordonnance du 7 mars 1716). L'épouvanie fut leile que plusieurs hasardèrent leurs jours par la fuiie , ei d'autres les terminèrent par le suicide. Acheter leur argenlerie fut un crime ; on poursuivit leurs richesses jusque dans les cloîires et les églises. On affecta de les emprisonner avec éclat, avec outrage ; |p peuple aidait les archers, et les mêmes scènes se répélaient dans les provinces
» Je ne puis omettre une circonstance digne de réflexion. Les gardes du commerce , voulant profiler des disposiiions du peuple, ne manquaient pas, lorsqu'ils avaient un débiieur h arrêter, de dire hautement que c'était un justiciable de la chambre de justice. Un arrêt de cette chambre défendit sévèrement à tous huissiers d'user de ce stratagème , comme tendant à avilir les exécuteurs de ses décrets. Il faut remarquer que plusieurs parlements de province ne reconnaissaient pas la chambre de justice et auraient fait pendre sans rémission, à Grenoble, à Toulouse , à Aix et à Dijon , les sbires si glorieux h Paris. »
— ne
capitaine des gardes de Mg"^ le Régenl, qui est gendre de Paparel (i).
45 juin 1716.
L'ouverture s'est faite, à Caen , de la chambre de justice établie à Paris, suivant l'édit du mois de mars 1716, pour faire rendre des comptes à tou& raonopoliers, tant receveurs que payeurs.
16 juin 1716.
On a arrêté , à Caen , le nommé Pierre Du Moulin , trésorier des guerres à Caen. On â instruit
(1) Vu la promptitude avec laquelle on exécutait les jugements de la chambre de justice, il est présumable que Paparel dut la vie au hasard d'avoir été condamné le mercredi 20 mai , veille de l'Ascension ; sans cela son gendre n'eût peut-être pas eu le temps de faire des dé-
son procès et ensuite il a été conduit à Paris par le carrosse, le 21 juillet suivant.
La chambre de justice a nommé pour commissaire, en la ville de Gaen, M. Le Bas, de Baron , vicomte de Gaen , et pour procureur du Roi de la / commission , le sieur Harel , assesseur en ladite vicomte.
On publie actuellement des monitoires dans tou* tes les paroisses, tant des villes que des campagnes, pour avoir révélation des friponneries qui se sont commises dans le maniement des deniers du Roi.
marches. On lit dans les mémoires de Dangeau, à la date du jeudi 21 mai 1716 :
c( M. le duc d'Orléans envoya un ordre à la chambre de justice de surseoir à l'exécution de l'arrêt contre Paparel; sans cela, il aurait été exécuté samedi. Il ne pouvait pas l'être aujourd'hui, à cause de la fête, ni demain, qui est un vendredi, et qu'on n'exécute point à mort le vendredi, par respect pour Notre-Seigneur-Jésus-Christ, qui fut crucifié à pareil jour de la semaine. »
9jui!let 1716.
Le nommé Jacques Le Normand (a) a été condamné à faire amende honorable, la torche au poing, la cordeau col, à l'audience, à la porte de Notre-Dame de Paris, et après conduit aux galères à perpétuité, pour avoir fabriqué un faux arrêt du conseil par copie datée du 15 mai 1705 (1).
On a établi des commissaires et procureurs du Roi dans toutes les vilies du Royaume, qui reçoivent les dépositions des particuliers et ensuite font arrêter les accusés et travaillent à leurs procès que les juges sont obligés de faire, et ensuite, suivant la grièveté des charges , on les fait conduire à Paris à la chambre de justice pour être jugés définitivement.
(a) Ledit Jacques Le Normand était natif du Bourgl'Abbé, à Caen. Il avait encore une sœur vivante qui y demeurait lors de sa disgrâce. On dit qu'il était laquais avant d'entrer dans les emplois.
(1) Cet arrêt est cité dans le Diclionnaire de Brillon, t. Il, p. 80.
21 juillet 1716.
Pierre Du Moulin, prisonnier en la Conciergerie, à Caen , a été mis dans le carrosse de Paris pour y être conduit et y rendre ses comptes devant les commissaires de la chambre de justice. Il y avait un sergent de chaque côté du carrosse, tous deux bien armés, pour veiller à la garde de sa personne.
5 août 1716.
M. Le Bas , vicomte de Caen et nommé commissaire de la chambre de justice à Caen , a fait mettre dans les prisons de cette ville le nommé Saint-Jean, blalitr, et sa femme, demeurant paroisse Notre- Dame de cette ville, dans la Cour Parisy (1).
Il a fait pareillement constituer prisonnier, le
(1) La Cour Parisy a lire son nom d'une famille très connue aux w* et xv!** siècles. Elle est appelée, dans quelques charies, la Court Parisy Baillehache (Huet, Origines j ch. XI).
— 2ao -
même jour, le nommé Mutel, aussi du métier de blatier, demeurant au Bourg-l'Abbé, rue de Bajeux, paroisse Saint-Nicolas.
Le sujet de leur emprisonnement est qu'ils étaient persouniers et associés ensemble en l'année 1710 et 1711 pour faire les provisions d'avoine pour l'armée du Roi en Flandre. Les monitoires qui ont été publiés dans les paroisses pour découvrir, autant qu'il sera possible , les fraudes et les malversations de ceux qui ont été dans les emplois , ont donné lieu de parler contre leur conduite et de déclarer qu'ils avaient alors acheté quantité de paille d'avoine replée du côté de Vire pour mélanger avec de bonne avoine , de sorte que cette paille d'avoine qu'il donna à Pierre Du Moulin, trésorier des guerres à Caen , d'intelligence avec lui, et autres mauvais grains , firent mourir un grand nombre de cbevaux.
Au commencement d'août 1716, on a mis aussi des monitoires dans les paroisses de Caen pour découvrir les fraudes de ceux qui avaient fait l'exercice du contrôle des bans de mariage qui avait été établi.
Ce contrôle avait été supprimé en mars 1707, par les soins de Mg"^ de Nesmond , évêque de Bayeux. Les ecclésiastiques étaient aussi assujettis à ces droits. Ceux qui les percevaient exigeaient des
sommes excessives au préjudice et contre le tarif qui les fixait à beaucoup moins.
A la même époque, toutes les eaux dans les rivières étaient si basses que l'on avait beaucoup de peine à moudre les blés. Il y avait si peu d'herbe à cause de la grande sécheresse dans les prairies et dans les campagnes , que les bêtes avaient bien de la peine à vivre.
La chandelle valait 6 sols 6 deniers la livre ;
Le cidre 5 et 4 sols , et le poiré 2 sols le pot.
Le blé valait ld,~i2 et 13 livres le sac.
En ce temps-là , le commerce et le trafic allaient très mal pour toutes les professions , et l'on n'espérait qu'un temps encore plus fâcheux.
20 août 1716.
M. Gouville , seigneur du Mesnil-Patry, procureur du Roi au bailliage, siège présidial et delà police à Gaen , y demeurant proche la porte Millet, devant l'Hôtel-Dieu, a été assigné devant M. le vicomte commissaire de la chambre de justice, pour y rendre compte de sa conduite.
21 août 1716.
Le sieur Du Quesnay Le Courtois , procureur du Roi en la vicomte de Gaen, demeurant paroisse Saint-Etienne, a été constitué prisonnier par ordonnance de M. Le Bas , commissaire de la chambre de justice.
Tl avait été intéressé, aux années 1710 et 1711, dans les blés que le Roi faisait enlever à Caen et dans les campagnes voisines pour ses armées de Flandre. Le peuple disait que c'était parce qu'il exigeait trop d'argent lors des répertoires qu'il faisait dresser dans les successions où il y avait des enfants mineurs.
24 août 1716.
La gazette qui est arrivée marque, sur l'article de Paris en date du 22 août, que Pierre Du Moulin, trésorier des guerres en cette ville de Gaen, avait été condamné (1), par arrêt de la chambre de
(1) La condamnaiion de Du Moulin est consignée dans le Dictionnaire des arrêts de Brillon, t, II, p. 81.
justice à Paris , rendu le 19 diidit mois , aux galères à perpéluité et à la confiscation de tous ses biens.
3 septembre 1716.
Le nommé Le Courtois, de la paroisse Saint- Gilles de Caen , a été assigné à comparoir devant^ M. le commissaire de la chambre de justice de cette ville.
Il était aussi intéressé aux blés des armées de Flandre.
4 septembre 1716.
La vice-reine du Pérou est arrivée à Caen et est allée loger à Vaucelles, à l'hôtellerie du Parc-le- Roi , et le lendemain elle a pris la route de Paris.
6 septembre 1716.
On a commencé, dans les paroisses de Caen , à faire la lecture d'un monitoire contre les archers
des gabelles, afin de découvrir leurs fraudes et friponneries. Le sieur Marzin, directeur des gabelles en cette ville , est déjà depuis quelque temps à Paris, où il a eu ordre de se rendre.
k 11 septembre 1716.
Arrêt de la chambre de justice a été rendu , à Paris, contre le nommé Léger Seigne, huissier des tailles de l'élection de Nevers , par lequel il est condamné aux galères à perpétuité à cause des fraudes et friponneries commises par lui contre les pauvres taillables de cette élection.
Cet arrêt a été affiché à Gaen , à la porte du sieur Le Bas , commissaire de la chambre.
14 septembre 1716.
On à commencé, à Gaen , à faire des prières publiques pour obtenir du Seigneur de la pluie qui est des plus nécessaires.
Ib septembre 1716.
En la maison du sieur Marzin , directeur des gabelles à Caen, y demeurant, paroisse Saint-Jean, rue des Carmes, on a vendu quelque peu de son petit cidre à un sol le pot , ce qui a donné lieu de di^*e qu'il ne reviendra point de Paris. D'autres disaient que d'autres personnes allaient occuper sa maison, ce qui faisait vendre le cidre pour la leur céder libre à la Saint-Michel.
16 septembre 1716.
Les ordinands du diocèse de Bayeux sont partis de la ville de Caen pour aller recevoir à Séez l'ordination par les mains de i'évêque , sur les dimissoires de MM. les vicaires généraux du chapitre de Bayeux , le siège étant vacant et Mg^'le duc et cardinal de la Tremoille, nommé à cet évêché, n'ayant pas encore pris possession.
Les ordres mineurs furent d'abord conférés, et le lendemain ceux de sous-diacre, diacre et prêtre.
18 septembre 1716.
Les PP. capucins de Caeu ont fait abattre, proche leur couvent , une barricade de la ville qui fermait le travers de la rue, en sorte que, de ce côté là, la place Villers était fermée. Il y avait, du côté des Capucins, une petite porte pour la commodité des gens de pied , et de l'autre côté il n'y avait que le simple passage d'une charrette.
Ils ont aussi fait démolir une autre barricade qui fermait également la place Villers, de l'autre bout, à droite ligne du chemin qui conduit pour aller par derrière la Visitation. Ils ont profilé de tous ces matériaux.
Ils ont aussi fait abattre une autre barricade tout au haut de la rue de Bayeux , proche la campagne, comme on va par les champs Saint-Michel, et proche la rue qui vient par derrière la Visitation.
' • 22 septembre 1716.
C'est aujourd'hui le dernier jour qu'on a fait les prières publiques à Caen pour demander à Dieu de la pluie, très nécessaire pour les biens de la terre.
Bientôt il en tomba en abondance , et même pendant qu'on fit les prières.
— "llxl — '
24 septembre 1716.
Pendant la nuit du 24 au 25 il s'est élevé un grand ouragan qui a bien endommagé les maisons de la ville et tous les arbres. Il semblait , à en voir les feuilles, qu'on avait pris peine à y mettre le feu. Ce vent a duré presque tout le jour du 25.
26 septembre 1716.
Le régiment d'Harcourt, dont une partie était on garnison au champ de Foire à Caen, en est parti pour aller à Sedan , où les fourrages sont plus abondants que dans ce pays-ci où la grande sécheresse est cause qu'il s'y en trouve très peu. Les autres compagnies répandues du côté de Bayeux ont rejoint à Caen , d'où le régiment est parti aujourd'hui.
29 septembre 1716.
Jour de la foire Saint-Michel , à Caen , les bestiaux y ont été vendus à bonne composition à cause de la rareté du fourrage.
8 octobre 1716.
Arrêt a été rendu par la chambre de justice qui condamne Jean Lempereur, de la ville de Montdidier, en ce temps payeur des pionniers des armées du Roi , à servir sa Majesté pendant neuf ans dans ses galères.
Cet arrêt a été affiché à la porte du sieur Le Bas.
31 octobre 1716.
Il est arrivé à Caen le régiment de Laval, infanterie , au nombre de sept compagnies , qui ont été mises en garnison dans la Foire.
2 décembre 1716.
Marie Le Roux, de la paroisse de Benou ville , m'a dit que, le lundi 51 novembre dernier, la mer se souleva tout d'un coup au bas de la paroisse , et que l'eau entra dans les maisons , ce qui obligea ceux qui étaient dedans de les abandonner, et que
fi refa était arrivé pendant la nuit ils y auraient tous péri.
31 décembre 1716.
Un soldat du régiment de Laval, infanterie, en garnison de présent au champ de la Foire de Caen , ayant volé ses camarades, à passé sous les baguettes dans la place Saint-Pierre.
Le 21 janvier 1717 (\)^ le sieur Le Courtois, procureur du Roif et autres consorts arrêtés par ordre de la chambre de justice pour les avoines par eux fournies y ont été élargis des prisons royales de Caen (^),
(1) L'année 1717 manque au manuscrit ; les articles en italique font partie d'une sorte de table qui y est annexée.
(2) Lorsqu'elle relâcha ces prisonniers, la chambre de justice avait déjà perdu toute espèce de puissance. L'excès de ses violences y opporta un étrange remède. Le Régeni,
Le 25 janvier Mil, jour de la conversion de saint Paul, le prédicateur ordinaire de l'Oratoire a été obligé de descendre de la chaire faute de mémoire.
Le \^ mars 1717, le nommé François Aubri , dit Fabien, âgé de vingt-deux ans, natif de la paroisse de Fontenay-sur-le-Vey , ayant été atteint et convaincu d'avoir commis plusieurs profanations et sacrilèges dans l'église d'Englesqucville , proche Isigny , a été condamné, par jugement prévôtal du sieur Torleval , lieutenant, prévôt de la maréchaussée de Caen et Bayeux , à avoir le poing coupé et être brûlé vif , et les cendres jetées au vent, ce qui a été exécuté à Bayeux le même jour.
Le 50 avril 1717, un homme de la paroisse de Vaucelles a été condamné à faire amende honorable et aux galères à perpétuité pour] avoir parlé de la religion avec impiété.
qui avait promis d'être inflexible , finit par céder aux sollicitations des roués, des intrigants et des femmes corrompues qui l'entouraient, et rindnigence fut mise à Pencan. Le ridicule alors tua la juridiction exceptionnelle. Une amnistie générale fut prononcée le 22 mars 1717.
Le 2 juin 1717 a c té pendue une femme picarde^ placé Saint-Sauveur , laquelle a été sauvée.
Le ^S juin 1717, l'université de Caen a fait son acte d'appel, au futur concile , de la constitution Unigenitus.
La nuit du 21 au 22 juillet 1717, le feu a pris à Caen, paroisse Saint -Gilles. On dit qu'il y a eu, pour plusieurs particuliers, six cents boisseaux de blé battu brûlé , et autres meubles. On dit aussi qu'il y a eu deux enfants , des chevaux et des porcs brûlés.
6 janvier 1748.
La mission comQiencëe en l'église Saint-Pieiie le premier dimanche de l'Avent, 28 uoverabrei 71 7, a fini aujourd'hui.
Cependant, après quelques jours de repos, 'les missionnaires ne laissèrent pas de recommencer à prêcher et à tenir les conférences contre les calvinistes, comme ils faisaient pendant la mission.
Ils ont su ménager si bien le nommé La France, tambour de la ville et vendeur d'huîtres à l'écaillé
à la Poissonnerie, qu'il leur mit entre les raain§ des habits de masques qu'il avait coutume de louer dans le temps du carnaval, pour être brûlés à condition de le rembourser de ce que ces habits lui avaient coûté. On a fait , pour cela, une quête dans l'église Saint-Pierre pour le payer.
22 janvier 1718.
Les habits de masques dont il est parlé en l'article précédent ont été brûlés dans le carrefour Saint-Pierre.
En avril iliS fij, le Roi a nommé à l'archevêché de Cambray le cardinal de la Trémoille, qui avait été pourvu à Vévéche de Bayeux ft), auquel sa Majesté a pourvu l'abbé de Lorraine.
(1) Celle note fait partie de la table dont nous avons parlé page 249.
(2) Le cardinal de la Trémouille avait été nommé évê-
15 et 17 juin 1718.
Après midi , ont été soutenues des thèses par les religieux bénédictins de la congrégation de Saint- Maur, en l'église de Saint-Etienne de Caen , ayant pour titre : Thèses histortco'dogmaticœ de divinis atîributis.
Il n'a assisté à cette thèse que les docteurs en théologie qui ont signé le décret d'appel , du 9 janvier dernier, delà constitution.
Le P. Vitry, prêtre , professeur de théologie au collège des jésuites, a fait soutenir une thèse dans des sentiments contraires à ceux des Bénédictins , le lendemain vendredi 18 juin, par Alexandre Aikenhead , acolythe d'Edimbourg, et le dimanche 20, après midi , par Pierre de La Haye , de la paroisse Saint-Pierre, auxquelles il s'est trouvé un très grand concours de monde. Cette thèse contenait six pages, un numéro et dix positions, et avait pour titre : Scientiarum Domino conclusiones theologicœ de scient ia média.
que de Bayeux en février 1716, et avait pris possession par procureur Ift l»' novembre suivant. Il ne vint jamais dans son diocèse.
— nu —
Septembre 1718.
Vers la un de ce mois, le sieur Pierre Jourdan , prêtre du diocèse de Coutances, licencié de Sorbonne, a été nommé à la chaire de philosophie au collège du Bois de l'université de Caen. 11 occupait alors à Paris la place de principal des artistes et grammairien dans le collège d'Harcourt.
6 novembre 1718.
Le chapitre de l'église cathédrale de Bayeux, le siège étant vacant, a donné un mandement qui renouvelle les peines et les censures que feu Mg"" de Nesmond, évêque de Bayeux, avait portées par son mandement du 12 avril 1714, contre ceux qui ne recevaient pas la constitution Unigenitus.
19 novembre 1718.
Il a été tenu une assemblée générale de l'université de Caen , convoquée extraordinaireraent, après
avoir délibéré avec les doyens des facultés, le lundi i4 du même mois, sur l'appel de la conslituûon Unigeniius Dei filins, donnée à Rome le 8 septembre 1713, et des lettres apostoliques qui commencent par ces mots : Pastoralis officU, publiées à Rome le 8 septembre 1718. Par cette assemblée, le sieur Ruffard , recteur de l'université, docteur et professeur en théologie (1), avec les autres docteurs et professeurs, ont appelé de cette constitution.
Mg'^ de Nesmond, évêque deRayeu^, avait donné un mandement, pour Tacceptalion, le 12 avril
Le 9 janvier 1717, M. Regnauld , curé de Saint- Martin , docteur en théologie , étant recteur de l'université, a fait un décret par lequel eîlo a déclaré ses sentiments contraires à ladite constitution.
Le décret d'appel, du 19 novembre 1718, que l'université de Caen interjette de la constitution au premier concile général qui sera célébré librement , suivant les saints canons, a été imprimé in-4**, latin et français, en deux colonnes, conte-
(1) Charles Buffard , depuis chanoine et officiai de Bayeiix. Il prit une part très active aux querelles religieuses de cette époque.
liant quinze pages , chez Pierre-François Doublet , par ordre de l'université, au refus du sieur Antoine Ue Cavelier de le faire.
(Le jeudi 4 juillet 4 726, l'université, dans son assemblée générale, a fait un décret pour la révocation de cet appel et pour faire l'acceptation solennelle de la constitution; le sieur René Louet (1), prêtre, curé de Notre-Dame- de-Hubert-Tolie, professeur d'éloquence au collège du Bois, étant recteur.)
15 décembre 1718.
M. de Mathan, major du régiment Dauphin, cavalerie (2) , a pris possession de la charge de lieu-
(1) René Louel mourut le 22 mars 1745. Son tombeau existe encore clans le chœur de la chapelle de Hubert- Folie , et porte les armoiries de l'université de Caen. On assure que la cure de Hubert-Folie avait un revenu de plus de 6,000 livres.
(2) Bernariin, marquis de Mathan, comte de Bcauney.
tenant du Roi au château de Caen , par la vente à lui faite par M. de Loubert, pour le prix de 55,000 livres : le sieur de Mathan s'était chargé d'obtenir l'agrément du Roi, ce qu'il a fait. On a tiré cinq coups de canon dans le château. La bourgeoisie s'est mise sous les armes, est allée en ordre au château et a passé en revue devant lui.
15 janvier 1719.
Dans la nuit du 15 au 16, il y a eu une grande tempête de vent qui a fait bien du désordre sur les maisons de Caen.
Il y a eu une maison renversée paroisse Saint- Gilles, au hameau de Couvrechef, sous les ruines de laquelle ont péri malheureusement quatre personnes, qui ont été inhumées le lendemain au cimetière de la paroisse Saint-Gilles.
Février 1719.
Pendant les mois de janvier et février 1749, il n'a point gelé du tout, à l'exception de sept ou
huit jours sur la un de décem'jre 4718, et pendant lesquels il est tombé un peu de neige.
Cet hiver a été aussi doux qu'on pouvait le souhaiter.
3 mars 1719.
Les cavaliers du régiment du prince de Gonti , qui était en garnison dans le champ de Foire, sont partis pour aller, dit-on, assiéger la ville de Cardonne , en Espagne , qui est située vers le milieu de la Catalogne.
La guerre semble s'allumer entre M. le duc d'Orléans, régent du royaume de France, et le roi d'Espagne.
23 mars i719.
Sur les huit heures un quart du soir, il a paru' à Caen, un phénomène lumineux paraissant de la grosseur d'une gerbe de blé, longueur de six à sept pieds. Il n'a fait aucun mal à la ville ni aux environs, et a donné cependant de la terreur à plusieurs personnes.
9 avril 1719.
Jour de Pâques, on travaillait à démolir les tours du bas de l'église de Tabbaye royale de Sainte-Trinité de Caen.
21 avril 1719.
Il est parti de la ville de Caen un régiment de milice habillé de coutil. Il n'y a que les sergents qui sont habillés avec du drap blanc pour les distinguer.
12 juin 1719.
Le régiment allemand de Belling, infanterie, est arrivé à Caen et a été mis en garnison au champ de Foire.
26 juin 1719.
Ce même régiment de Belling est parti de cette ville pour aller faire campagne en Espagne, où il y
a guerre entre M. le duc d'Orléans, régent du royaume de France , et le roi d'Espagne.
29 juin 1719.
MM. les vicaires généraux du chapitre de Bayeux, le siège étant vacant, ayant ordonné, par leur mandement, des prières publiques pour obtenir du Seigneur de la pluie, on a commencé à les faire à Caen , et on les a continuées pendant neuf jours.
23 juillet 1719.
On a chanté, dans l'église Saint-Pierre, le Te Deum en reconnaissance de la prise de la ville de Fontarabie, en Espagne, ville de la Biscaye , sur la côte de la mer de Gascogne , par les Français , sous le comrïîandement de M. le maréchal duc de Berwick. Toutes les paroisses, communautés et compagnies du présidial et vicomte y ont assisté, ainsi que l'université et le corps de la ville. Le sieur de Matban , lieutenant du Roi, y a assisté sous la
lampe, dans un fauteuil, sans prie-dieu, accompagné de plusieurs gentilshommes et de six mousquetaires armés à ses côtés; après quoi il est allé mettre le feu , avec MM. de ville, au bûcher qui était placé dans le carrefour Saint-Pierre, au bruit de la mousqueterie de la bourgeoisie qui élait en très bon ordre, et de toute l'artillerie du château. MM. de ville ont fait tirer un feu d'artiCce à minuit, et M. le lieutenant du Roi en fit aussi tirer un au château.
28 juillet 1719.
Sur les neuf heures du soir est arrivée à Caen très haute et très excellente princesse Louise-Hippolite Grimaldi de Monaco, duchesse de Valentinois, qui est née le 10 novembre 1697, épouse de Jacques-François-Léonor de Matignon, comte de Thorigny, le 20 octobre 1715, lequel , par ce mariage, a pris le nom et les armes de Grimaldi , et est devenu duc de Valentiuois et pair de France.
Les bourgeois se sont mis sous les armes pour lui faire entrée.
Lorsque les bourgeois étaient sous les armes et assemblés sur la place Royale, le nommé Dumont ,
du métier de mercier, demeurant proche l'abbaye Saint-Etienne, au Bourg-l'Abbé, en faisant feinte de saluer le nommé Soire, son beau-frère, aussi du métier de mercier, a tiré sur lui son coup de fusil dont il a été tué sur-le-champ.
On a dit qu'ils étaient tous deux en procès.
Août 1719.
La moisson a été faite celte année de bonne heure. Il a fait bien de la sécheresse, de sorte que, le 15 août , il restait très peu de blé dans la campagne.
Dès le 15 août il y avait du raisin mûr.
Les maladies étaient très communes à Caen, surtout les fièvres.
Les dames commençaient, dans ce temps-là , à porter des paniers.
10 septembre 1719.
La grande sécheresse continuant toujours, on a recommencé à Caen des prières publiques pour de*
mander à Dieu de la pluie, en conséquence des ordres de MM. les vicaires généraux du chapitre Notre-Dame de Bayeux, le siège étant vacant.
En ce temps-là, les maladies étaient fort communes à Caen , et étaient mélangées du flux de sang. Il y mourait beaucoup de monde, principalement aux paroisses de Vaucelles, Notre-Dame, Saint-Martin et Saint-Nicolas,
Il en mourait peu aux autres paroisses.
15 septembre 1719.
On a tiré, de la maison de la Goblinière, les femmes qui y étaient détenues prisonnières pour le sel, et elles ont été transférées et mises dans la tour Châlimoine (1) pour y être encore détenues prisonnières.
(1) Celle tour était à Texlrémiié du mur qui séparait le Bourg-PAbbé de la ville du côté des murs de l'Abbaye, à peu près sur remplacement de la prison acluelle. Huel pense
La cause de ce changement a été que le flux de sang augmentant tous les jours, et que ceux qui en étaient attaqués n'ayant pas le moyen d'être assistés chez eux, demandant à aller à l'Hôtel-Dieu , on les a portés à la Goblinière pour y recevoir l'assistance et les secours convenables à leur guérison.
M. Le Baron, chanoine régulier de l'Hôtel-Dieu, a été député pour y aller administrer les sacrements, et il demeure actuellement à la maison de la Goublinière,
Ce lieu n'a été bâti que pour y placer les malades du mal contagieux, et non pour y mettre des prisonniers.
qu'elle avait été bâtie sur la fin du xv^ siècle ou au commencement du xvi% sous le ministère du cardinal d'Amboise ; on voyait même les armes du prélat dans une des clés des voûtes de la tour. a. Les vieux titres, dit Huet, la nomment la Grosse-Tour; le peuple Ta depuis nommée la lour Chaslimoine y comme si elle avait été placée en ce lieu pour châtier les moines de Saint-Etienne en cas de délits. » On l'appelait encore la Tour de Haucourl. Dans le plan de Caen par Bignon , la tour Châtimoine est nommée l'Observatoire royal.
24 septembre 1719.
Les paroissiens de Saint-Nicolas de cette ville sont allés en procession en la paroisse de Venoix pour réclamer l'intercession de saint Gerbold , évêque de Bayeux , réclamé pour les maladies du flux de sang (I) , suivant la permission que le sieur Brodon , curé de cette paroisse, en a obtenue de MM. les vicaires généraux du chapitre de Bajeux, le siège étant vacant , auxquels il est allé faire ses remontrances.
La bénédiction de l'eau , distribution d'icelle et du pain béni , et autres cérémonies ordinaires dans les paroisses, y ont été faites par le curé, quia chanté sa messe de paroisse.
Le Seigneur a exaucé leurs prières , car dans la suite il n'est pas mort tant de monde (2).
(1) Saint Gerbold était encore plus réclamé pour la dyssenterie et les héraorrhoïdes. Au moyen âge , on appelait ces maladies le mal saint Gerbold.
He dea j'ay le mau Sainct-Garbot !
(Farce de Palhelin. ) (Voyez Pluquet, Hist. de Bayeux^ p. 531 et suivantes.)
(2) Cette note est suivie de la relation d'un grand nombre de processions faites par les paroisses delà ville ou des villages qui l'avoisinent.
Sur la fin de l'année 1719, la mortalité a été fort grande sur les jeunes enfants. La petite vérolle a été très commune sur les personnes de toutes sortes d'âges.
A la sortie de la messe de Monseigneur est arrivé un matelotài'évôchéavec unehaute-Iouro(2) qu'il jouait.
(1) La plupart des feuilleis de Tannée 1720 ont été enlevés au manuscrit. Ce fragment est évidemment la fin d'un article consacré à la prise de possession de l'évêché de Bayeux par M. de Lorraine ; il devait porter la date du 20 mars 1720, jour de l'entrée de ce prélat dans sa ville épiscopale.
(2) La haute -loure est une sorte de grosse cornemuse dont on faisait autrefois un usage très fréquent en Normandie et qui est à peine connue aujourd'hui. Elle se compose de trois chahmieaux et d'une peau de moultm qu'on enfle comme un ballon par le moyen d'un porte-vent enté sur celte peau et bouf-hé par une soupape. C'est le biniou des Bas-Bretons. En Bourgogne on la nomme chèvre.
ayant un poisson très magnifique et monstrueux qu'il présenta à Monseigneur. C'était une plie franche qui avait quatre pieds cinq pouces de longueur, deux pieds trois pouces de diamètre, et un demipied d'épaisseur, avec des marques rouges sur le dos, comme ces sortes de poissons en ont d'ordinaire; mais elles étaient plus grandes , et en quelque façon comme des fleurs de lis. Monseigneur lui fit donner 80 livres , ce qui n'était pas suffisant, car les marchands, sur le bord de la mer, l'auraient bien acheté 50 écus , le poisson étant cette année d'une cherté extraordinaire. Les turbots valaient, à la descente des bateaux, 100 livres Tun portant l'autre , et 100 écus à Paris , et tout le reste à proportion.
Le il mai 1720, le sieur Giiynet, intendant, a placé la première pierre des casernes entreprises à Vaucelles pour le Roi fij.
(1) Extrait de la table indiquée à la r^ole de la page 249.
Le samedi 1 ^^ juin \ 720, veille de la fête de saint Laurent , Mg. de Lorraine, évéque de Bayeux^ a fait sa première entrée dans la ville de Caen. Les cloches de la ville ont sonné , et on a tiré le canon du château. La procession alla à Saint-Jean.
A paru et a été distribué dans le public à Caen UD écrit imprimé, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, contenant trente-huit pages in-4*', petit caractère , ayant pour titre : Dénonciation à son excellence Mg. l' évéque de Bayeux de la philosophie de M. Jour dan, prêtre , licencié de Sorbonne , professeur au collège du Bois dam l'univertité de Caen (a).
46 septembre 1720.
Arrêt de la cour du| parlement de Rouen a été rendu sur la remontrance (faite à la chambre or-
(a) Voici une partie des couleurs dont l'auteur de la dénonciation de la philosophie du sieur Jourdan , profes-
donnée par le Roi au temps des vacations , par le procureur général du Roi , pour la suppression d'un
seur au collège du Bois à Caen , a formé son portrait pour le présenter à son altesse Mg"" de Lorraine :
Il l'appelle, dans sa dénonciation, ignorant, sans esprit, du nombre de ceux qui ne feront jamais d'hérésies;
Misérable que la faim a rendu philosophe; qui a mendié des écrits pour satisfaire Tavidité qu'il a pour un emploi fructueux et lucratif, à l'usage de qui, des jansénistes charitables, qui ont eu pitié de son indigence, ont composé des cours de philosophie et de théologie ;
Plagiaire ; père putatif d'une morale pleine^du venin du jansénisme;
Professeur qui n'a eu l'honneur d'être connu de son altesse que sur des rapports trompeurs;
Dont la doctrine est hérétique, impie, et renverse'^toute la foi ; qui surpasse Luther même dans les accès de sa fureur ; qui entretient des intelligences secrètes avec les ennemis de l'église ; qui enseigne un système affreux dont il serait plus facile de concilier les principes avec l'athéisme qu'avec un seul point de la religion catholique ;
Promoteur qui a été tiré de la poussière pour être élevé à cette dignité ; qui , pour crime public d'hérésie , doit être cité à l'officialilé;
Promoteur qui n'a point d'autre foi que celle de Baïus et de Jansénius; qui, de sa pleine puissance, réconcilie les hérétiques avec l'église catholique ;
libelle intitulé : Dénonciation à son allesss Mg. l'év>c^ que de Bayeuœ de la philosophie de M. Jour dan , pro-
Licencié à qui , sans exiger aucune abjuration , on accorderait volontiers le bonnet de doclcur dans l'université de Groningue ;
Docteur quia abandonné la fol de l'église; qui abuse partout des expressions catholiques ; qui les détourne à des sens forcés ; qui, par des interprétations captieuses, cache un sens hérétique sous des termes catholiques ;
Novateur, nouveau baïuniste , écho fidèle de Baïus et de Jansénius, copiste fidèle du P. Quesnel ;
Maître qui abuse de la simplicité et de l'ignorance de la jeunesse confiée à ses soins pour la précipiter dans Tabîme de la nouvelle hérésie et pour lui en faire avaler le poison, et qui lui apprend, par son exemple , à souffrir sans scrupule Tanalhème et Texcommunicaiion ;
Maître plus accoutumé à suivre les sentiments des calvinistes que ceux des catholiques ; qui marche sur les traces des hérétiques et qui imite leur mauvaise foi ;
Rigoriste qui , sous ombre de piété , enseigne Terreur ;
Ange de ténèbres qui tient un langage séducteur et contraire aux décisions de Péglise;
Hypocrite qui sait faire un assemblage monstrueux de relâchement et de rigorisme;
Un de ces loups ravissants qui, depuis près d'un siècle, désolent le troupeau de J.-C. ; qui doit être censé renier sa foi ; qui , dans le style de son école , enseigne précisé-
fesseur du collège du Bois dans l université de Caen , et d'une feuille volante intitulée : Décision d'un cas de conscience.
ment Terreur et hérésie de Luther et de Jansénius ; qui lève, dans funiversilé de Caen, de nouvelles troupes pour foriifîer le parti de Luther, Calvin , Baïus et Jansénius;
Maître séducteur, animé de folie et de fureur, qui a fait un sacrifice de sa conscience, de sa foi et de sa raison au système commode et impie de Baïus et de Jansénius; à qui on a obligation quand il ne vomit point l'impiété même et l'hérésie ;
Philosophe mercenaire, maître indigne assis sur la chaire de pestilence; qui^ non content d'avoir réduit les hommes à Tesclavage d'une dure nécessité; d'avoir ôlé au juste la confiance qui l'attache â un Dieu fidèle ; d'avoir anéanti la gratuité et la surnaluralité des dons de Dieu ; d'avoir multiplié le péché ; d'avoir rompu tout commerce entre Dieu et les infidèles : d'avoir lu Baïus et Jansénius ; d'avoir feuilleté Luther et Calvin ; porté Sa fureur jusqu'à détruire et anéantir le fondement de la religion, qui est Jésus-Christ, afin de saper d'un seul coup la religion tout entière ;
Professeur qui a la voix de Jacob, mais qui a le cœur d'Esaû; qui a inventé un nouveau langage pour cacher l'horreur de son impiété et se mettre à couvert s'il était possible des anathèmcs de l'église ;
Auteur sans bonne foi et sans sincérité , qui craint plus
Vu par la chaîiibre ledit réquisitoire, lesdits deux imprimés ci-dessus envoyés , et ouï le rapport du
les hommes que Dieu même; qui honore du bout des lèvres le souverain être et le défigure dans son cœur en y nourrissant des impiétés ;
Prêtre, ministre de J.-C. qui ose, dans la fureur qui l'anime, s'élever jusqu'au ciel pour arracher à Dieu sa liberté; qui respecte, aime et écoule l'église qu'a fondée Jean Hus, que Luther et Calvin ont augmentée, que Baïus a éclairée, et que Jansénius a poussée h sa perfection, mais qui méprise, calomnie ei déchire l'église de J.-C, qu'il a établie et acquise par son sang; enfin qui doit être regardé comme séparé de cette église.
Le portrait du sieur Buffard est ébauché dans celte même dénonciation , où il est représenté partisan de l'erreur, impérieux, ingrat à l'égard de ceux qui ont couvert sa nudité et secouru son indigence; hérétique. Prêtée qui n'a point d'autre religion que l'intérêt de sa fortune; docteur plein d'emportement et de fureur contre le Souverain Pontife; olTicial qui ne se sert de son autorité que pour soutenir le plus outré jansénisme. L'auteur n'en dit pas davantage et promet d'achever l'ouvrage dans une lettre particulière, et en attendant il renvoie à son factum.
Les sieurs Malouin , Epidorge , Maulny et Cotelle , tous professeurs de l'université , sont caractérisés à leur tour dans ce même ouvrage.
sieur Le Pesant de Boisguilbert , conseiller commissaire : tout considéré ,
La chambre, faisant droit sur le réquisitoire du procureur général du Roi , a ordonné et ordonne que le libelle qui a pour titre : Dénonciation à son altesse Mg. Vevêque de Bayeux de la philosophie de M Jourdan , professeur du collège du Bois dans Vuniversité de Caen, et la feuille volante intitulée : Décision d*un cas de conscience , imprimées sans permission et sans nom d'auteur ni d'imprimeur, seront , comme séditieuses et tendantes à apporter le trouble, lacérées par les mains de l'huissier de service, l'audience de la chambre séante ; ordonné que ceux qui en ont des exemplaires seront tenus de les rapporter au greffe de la cour pour y rester supprimés ; a pareillement ordonné qu'il sera informé, par le sieur conseiller commissaire qui sera à ce député contre l'auteur desdits libelles et contre l'imprimeur, tant par témoins connus que par censures ecclésiastiques, pour le tout fait, rapporté à la cour et communiqué au procureur général du Roi, être ordonné ce qu'il appartiendra; ordonne, en outre, que les arrêts et règlement» sur le fait de l'impression seront exécutés , ensemble les déclarations du Roi sur cette matière , et que le présent arrêt sera envoyé dans tous les sièges du ressort et dans l'université de Gaen pour y être lu , publié et affiché, et partout où besoin sera; en-
— TiU -
joint aux substituts du procurLMir génëpal du Roi et au syndic de l'université de Caen do certifier la cour dans le mois des diligences qu'ils auront faites à cet effet. Fait à Rouen, en la chambre des vacations, le seizième jour de septembre mil sept cent vingt. Par la cour, signé Auzanet.
En exécution du présent arrêt, lesdits deux imprimés y énoncés ont été lacérés par l'huissipr de service, l'audience de la chambre séante, ce dixneuf de septembre rail sept cent vingt.
Le sienr Jourdan , prêtre , professeur au collège du Bois , a fait imprimer à Caen sa réponse à l'écrit de dénonciation de sa doctrine, contenant cent cinq pages in-4'*, et réfute quarante-cinq impostures du dénonciateur. Cet ouvrage est approuvé avec beaucoup d'éloges par le sieur Philippe Boudin, docteur en théologie de la sacrée faculté de Paris, et par le P. René-Hyacinthe Drouin, docteur de la même faculté et professeur royal en théologie dans l'université de Caen , le d8 novembre 1720, et permission d'imprimer du 19 dudit mois par le sieur de Gouville du Mesnil-Patry.
A paru un écrit imprimé, sans nom d'auteur ni d'imprimeur, ayant pour titre : Catéchisme à Vu-
sage des jeunes ecclésiastiques du diocèse de Bayeux, Cet ouvrage contient onze pages in-4°, est par demandes et par réponses, avec des censures marginales, des réponses, etc. (i).
29 novembre 1720.
Ecrit inaprimé à Caen, chez Pierre- François Doublet, 1720, in-4^, contenant trente-quatre pages, ayant pour titre : Lettre à Monsieur"** au sujet des libelles publiés contre V université de Caen.
Cet ouvrage n'a point de nom d'auteur, et est daté de Caen, le 29 novembre 1720, et approuvé
(1) Ce libelle contre runiversilé de Caen élail, ainsi que la Dénonciation de la philosophie de M. Jourdan , l'œuvre du P. de Gennes, régeiil de philosophie au collège des Jésuites de C-aen , frère de roratorien janséniste et convulsionnaire , Julien-Réné-Benjamin de Gennes. Les deux frères défendirent les deux opinions contraires avec la même fougue et la même opiniâtreté. (Voir sur le P. de Gennes, le P. André , jésuite , etc. , par MM. Charma et G. Mancel, l. 1 , p. 472 et suiv. )
avec éloges par le sieur Nicolas-François Fauve! , docteur en théologie et curé de Saint-Sauveur de Caen, le 46 décembre 1720. Permission d'imprimée par le sieur Gosselin de Noyers, du 21 décembre audit an (i).
(1) Les pamphlets signalés dans la Lettre à Monsieur*** étaient publiés par les jésuites du collège du Mont qui , à cette époque, jusque dans leurs cours et même dans les dictées qu'ils faisaient à leurs écoliers, attaquaient les professeurs de l'université de Caen. Les jésuites mirent enfin le comble à leurs outrages en jouant, sur leur théâtre, une farce composée par un régent de rhétorique, dans laquelle ils s'efforçaient de tourner en ridicule l'université. Ils représentèrent ses membres comme des philosophes hypocrites cachant, sous les dehors d'une conduite réglée, leurs débauches secrètes, et leur appliquèrent ce vers de la seconde satire de Juvénal :
Qui Curios simulant et bacchanalia vivunl.
Un des acteurs qui , dans la pièce, remplissait un rôle de valet, parut habillé en docteur en théologie, coiffé d'une mitre d'évêque (l'évêque de Bayeux était chancelier-né de l'université), et annonça que comme d'autres il ferait bientôt des docteurs et en décernerait le bonnet et les insignes : Ego sum doclor celèberrimœ academiœ Cadomensis.
L'université de Caen, poussée à bout, s'assembla le 16 janvier 1721 et déclara les jésuites « pour punition de leur
Le 8 décembre 1720, grande tempête à Caen quia fait bien du désordre.
(îcsobéissance aux ordres et mandements de M. le recteur, injures et insultes par eux faites à Tuniversilé , déchus et privés du droit et privilège d'aggrégation à cette université, séparés et retranchés pour toujours du corps de l'université , eux , leur collège , et écoliers , et tous ceux qui dans la suite y pourront professer et éluditr. Défenses faites à chaque faculté de cette université de recevoir aux degrés ceux qui à l'avenir étudieront dans ledit collège , déclarant lesdiis jésuites généralement privés de tous dj^oits et privilèges qui leur ont été accordés par l'acte d'aggrégation du 25 octobre 1608 ; défenses faites auxdits jésuites de prendre à Tavenir la qualité d'aggrégés à ladite université , d'insérer ladite qualité en quelque manière et terme que ce soit dans leurs actes, thèses ei programmes, ni d'y employer que leur collège soit Celeberrim^ acade-
MliE CaDOMENSIS. » ' --y UiU.
Ce décret fut annulé quelques temps après, mais à la condition que les jésuites feraient amende honorable et enverraient doux députés à l'université assemblée pour entendre leurs excuses. Ce furent les PP. Léger Boussard , procureur, et François Bertin Guesnier , professeur de ihéiorique, qui remplirent celte pénible mission le 12 décembre 1721,
Toutes les pièces de celle singulière contestation ter-
Le mardi 7 janvier 1 721 (\) , les sieurs Le Baron et Jourdain ont fait dispute sur Vorgue des Carmes pour occuper Vorgue de St-Pierre. Le sieur Le Baron a mérité la place , et à son refus le sieur Jourdain l'a occupée.
Le jeudi 20 février 1721 , les Docteurs constitutionnaires (^) de V université de Caen ont été rétablis dans leurs droits par une lettre de cachet.
minenl un volume manuscrit apparienanl à la bibliothèque de Caen el inliiulc : Requcslc de l'université de Paris au Roi en faveur de l'université de Rhcims contre les PP. jesuites de ladite ville en 1724, iii-f". Ce manuscrit avait été donné, en 173S, à la bibliothèque de l'université de Caen par Jacques Maheult de Sainte-Croix, prêtre, proviseur et principal du collège du Bois.
(1) Les années 1721, 1722 cl 1725 manquent au manuscrit; il ne reste qu'une table fort imparfaite des deux premières.
(2) (( C'est le nom que Pon donne à présent h ceux qui se soumettent à la Constitution Unigenitus. » ( Dictionn. de Trévoux , éd. 1745, )
Le dimanche 25 mars 1721 , a été publié un moniioire de la part des régents de l'université pour avoir récélation des auteurs et distributeurs des dénonciations faites de leur doctrine.
Le lundi '^4 mars il'^i ^ Jacques Crevel (\) a été élu recteur de Vuniversité par la destitution du sieur Hallot.
Le vendredi 25 mai 1721 , a été plaidée la cause entre les régents de l'université et le P. de Gennes , jésuite, s' opposant à la publication du monitoire du 25 mars f^J,
Le lundi 9 juin 1721, les régents de l'université et le P. de Gennes, jésuite, ont comparu à l o/jîcialité de Bayeuœ , et défaut sur le P, de Gennes.
(i) Jacques Crevel , professeur de droit, avocat au parlement de Normandie , né à Ifs, près Caen , en 1692, mort le 23 décembre 1764. La bibliollièque de Caen possède son portrait peint par Tournièrcs.
(2) Voir la note page 275.
Le lundi ^7>juin 1721 , le sieur Regnauld a donné un bal à mademoiselle de Than, à St- Sauveur , et le lendemain des dames sont allées en masque à la messe à St-Sauveur , ce qui a causé bien du scandale.
Le ... juillet} il'ii , jugement au parlement d'un procès contre les jésuites de Caen , au profit du sieur Jour dan.
Le vendredi 2^8 novembre 1 721 , Louis- Dominique Cartouche , fameux voleur , a été rompu vif en la ville de Paris .
Le mercredi 28 janvier 1 722 , le sieur Croisières , obitier de St-Julien , a prononcé V oraison funèbre de M. Daniel Huet , ancien évéque d'Avranches^ dans l'église St-Jean^ et le lendemain le P. Bertin Guesnier^ professeur de rhétorique , Va prononcée en latin aux Jésuites,
Le dimanche \l\f écrier 1722, la cloche de l'oratoire est tombée du clocher sur le carrosse de M. de CroiùUes , pendant le sermon.
Janvier 1724.
Le blé valait 24 et 25 livres le sac ; Le cidre valait 6 et 7 sols le pot ; Le poiré valait é sols le pot ; Le beurre valait 12 sols la livre ; La paille valait 5 sols le botteau.
30 janvier 1724.
M. Villette, fils de la dame veuve Villette, maîfresse de la poste de Caen, a été reçu à la charge de major des ville et château de Caen , que possédait M. de la Tillaye par gratification du Roi, à cause de ses longs services , et à qui le Roi a permis de s'en défaire en faveur du sieur Villette , qui l'a achetée un prix très considérable du sieur de la Tillaye. On assure que le marché est fait pour six mille livres d'argent comptant, et une pension viagère assez considérable , ce qui a paru fort odieux à tout le monde, étant ordinaire que le Roi donne ces sortes de places à de vieux officiers qui ont rendu de longs services. Le Roi est le maître ! Le sieur Villette à été reçu sur la place rdjfale ; tous les bourgeois étaient sous les armes ; au briiit
des tambours et de la monsqueterie. Il fut présenté par M. de Mathan , lieutenant du Roi. Il avait été reçu quelques jours auparavant au château, avec les cérémonies ordinaires. Il est âgé de vingt ans environs. Il était lieutenant d'infanterie depuis deux ou trois ans.
2 mai 1724.
Devant François BouUin et François Gouye . notaires royaux à Gaen, contrat de fiefife a été passé et consenti par Jean-Baptiste Gonfrey, écuyer, sieur de Pierreville (1) , gentilhomme de la grande fauconnerie du Roi, demeurant paroisse Saint-Sauveur,
(1} M. de Pierreville avait élé un des principaux acteurs dans la plaisanicrie du Mandarinat de Tabbé de Sainl- Mariin qui fil tant de bruit à Caen, au carnaval de 1686. (Voir tous les écrits publiés sur Tabbé de Saint-Marlin, notamment la Mandarinade , 5 vol. in-12 , La Haye , Paupie, W?58, par Ch. Gabriel Porée , sous le pseudonyme de Censorinus Philalélhès. )
nie de la Chaîne, au profit des sieurs Pierre Guilletot et Isaac Le Guay, dit La Mare (d), entrepreneur de bâtiments, demeurant tous deux paroisse Saint-Etienne, savoir, toutes les maisons appartenant au sieur de Pierreville, assises en ladite paroisse, tout proche le carrefour de la Belle-Croix , qui sont vis à vis la croix et donnent d'un côté et de l'autre sur la rue Ecuyère et des Jésuites, dont jouissent ù présent Guilletot , Louis Du Breuii , pâtissier, Guillaume Lubois, cordonnier, le nommé Le Devin, Adrien Denis, le nommé Pelcerf et Pierre Queudrue, boulanger; le tout sans y comprendre la portion de maisons ci-devant fieffée par le sieur de Pierreville au nommé Homo, corroyeur. Icelle fieffé ainsi faite pour 550 livres de rente foncière perpétuelle et inacquittable , franchement venante aux mains du sieur de Pierreville pendant sa vie,
(1) Quelques actes, dans le genre de celui-ci et comme lui, entièrement relatifs à des affaires pariiculières, nous font penser que cet Isaac Le Guay, dit La Mare , n'était ajitre que l'auteur du Journal lui-même. La possession du manuscrit par M. de Quens ^'expliquerait facilement, puisque à sa mort rimmeuble désigné dans le contrat du 2 mai 1724 lui appartenait.
et cependant amortissable après son décès, au denier vingt, en avertissant un mois auparavant, ladite rente payable de six mois en six mois en la maison du bailleur, à Caen, premier terme commençant à courir du jour Saint-Jean-Baptiste prochain, auquel jour ils entreront en possession, parce qu'en cas de non paiement pendant deux années consécutives , le sieur de Pierreville pourra en rentrer en possession. De laquelle rente Pierre Guilletot en paiera 594 livres 10 sols, et Le Guay le surplus, revenant à 255 livres 10 sols , sans que les preneurs soient garants les uns pour les autres. Condition retenue par le sieur de Pierreville de pouvoir retirer les maisons fieffées dans cinquante jours du jour de l'audience.
Le contrat a été contrôlé et insinué le 4 dudit mois de mai, et les preneurs ont payé pour le contrôle 66 livres 12 sols, et pour le centième denier 132; total, 198 livres 12 sols. La délivrance d'icelui contrat en trois feuilles de parchemin.
Mai 1724.
Pendant le mois de mai , le pain a valu à Caen deux sols la livre.
\m-ji(\itibk Juin 4724.
Pendant ce mois le blé a dinainué considérablement de prix , de sorte que valant au mois de mars 23 et 24 livres, il était réduit à d6 et 17 liv. le sac. Plusieurs personnes avancées en âge assurent n'avoir jamais vu le blé diminuer de prix dans celte saison comme cette année.
La chandelle vaut 10 sols la livre.
Alors on travaillait à construire les deux jubés au bas du chœur de l'abbajç Saint-Etienne.
La chandelle valait 9 sous la livre.
Le blé augmentait de prix.
24aoûll724.
Le blé valait 22 livres le sac.
28 septembre 1724.
A Couvrechef, plusieurs maisons ont été brûlées; deux hommes et une fille j ont été écrasés.
9 octobre 1724.
Les paroissiens de Saint-Michel de Vaucelles de Caen, où le flux de sang se faisait sentir, sont allés eu la paroisse Saint-Gerbold de Venoix , proche Caen, en procession, pour obtenir du soulagement par les mérites de ce saint. On y a chanté une haute messe.
Les paroisses de Saint-Pierre et Saint-Gilles, et plusieurs autres aux environs de Caen , étaient aussi affligées de ce même mal contagieux.
Novembre 1724.
Le sieur d'Aube (1) a fait venir les gardes mar-
(1) François Richer d'Aube, maître des requêtes , in* tendant de la généralilé de Caen dés 1725.
ohands pour les engager à réduire le prix des den vées.
26 janvier 1725.
A raidi quelques minutes , le tonnerre est tombé sur la grande tour de l'aile droite de l'église de l'abbaye Saint-Etienne, sans avoir grondé que très faiblement auparavant. Il a abattu le haut de la pyramide, dont la croix et la plupart des pierres sont tombées dans la cour du portail; a fendu la pyramide depuis le haut jusqu'à la hauteur d'une fillette opposée à l'escalier du côté du midi , ce qui est très sensible par le dedans de la tour, à cause de la trace qui y demeure marquée et qui finit à un trou dallier (1) , par où il a dû passer. Il n'a fait qu'un petit jour au haut de la pyramide , qu'on jugerait par dehors être fort grand. Il a offensé le
(1) Patois normand, synonyme du terme de maçonnerie Boulin y qui désigne les Iroûs faits à un mur pour recevoir les pièces de bois qui perlent les échafaudages. On appelle également trous dalliers et boulins les trous pratiqués dans un colombier afin que les pigeons s'y retirent.
plâtre de la convexité de la voûte de la nef, de la distance de chaque arcade à plusieurs endroits; a brisé une vitre de la lanterne de la tour du milieu, coupé tous les quatre fils de fer et laiton des timbres de l'horloge ; a laissé contre la muraille une grande tacjie 4e fupaée ; a percé le mur de l'église au niveau de la pénultième marche de l'escalier du bâtiniierit en haut ; a offensé, à la seconde volée de l'escalier, en bas, la pierre de la ronde marche qui doit porter la rampe; a cassé sept ou huit carreaux de la croisée , étant au bas de l'escalier, et a éclaté en différents endroits le bois d'icelle en dehors; a coupé les doigts du bras gauche du grand crucifix qui était sur la porte du chœur; a passé dans le clocher du milieu au travers des jointures des pierres sur la voûte , et a soulevé et fait plier le plomb qui se trouve au niveau de la voûte du côte du midi. Il n'a point tombé de pluie depuis ce jour jusqu'au samedi 24 mars suivant au matin. La réparalion de la tour a été commencée le lendemain des fêtes de Pâques 1728.
Le même jour a été plaidée au bailliage une cause pcivir le pain de charité de la p^iroisse de Brette ville. Il a été jugé que tous les domestiques., mémo étrangers, auront leur pain comme les autres paroissiens ;6t les parties renvoyées au surplus
Tt janvier 1755.
Le corps dcî Jac([ut.s de Go^'on , comte do Matignon , lieutenant général de la province de Normandie, et cordon bleu, a passé par Caen, à une heure après midi , dans un coffre de plomb et dans un carrosse de deuil , suivi de quatre laquais qui portaient chacun un flambeau allumé, et six de ses gardes , deux prêtres et de ses officiers à cheval. Il passa sans arrêter et fut porté le soir en l'abbaye de Cordillon , et le lendemain en son château de Thorigny. On tira dix -sept coups de canon du château , sans autre cérémonie. Il n'y eut que lés cloches de Saint-Pierre qui toutes sonnèrent. Il n'a laissé qu'un fils , le prince de Monaco. 11 avait épousé sa nièce. Il est mort riche de plus de cent mille écus de rente , le 14 dudit mois, à Paris.
31 janvier 1725.
Sentences de police a été rendue contre les nommés ïourville et La Croix, maîtres de billard , qui les condanme chacun en 60 livres d'amendé pour avoir ouvert leurs jeux le dimanche précédent , avant cinq heures du soir.
Févriei 1725,
Le prix de la chandelio, qui valait 10 sols, « été porté à li sols.
19 février 1725.
Jour de la foire de carême, le frère André, cordelier, demeurant à Falaise , a commis des excès de boisson qui l'ont fait suivre d'une foule d'écoliers jusque dans le cloître.
25 février 1725.
Dans la nuit allant au 25, le hameau de Rocreu, dépendant de la commune de Fontaine-Eloupefour (1), a été brûlé.
(1) Rocreu fait mainlenanl partie de la commune d'Eterville.
10 mars 1725. ^ »
Sur les cinq heures du soir a été pendu à Caen , vn la place ordinaire, Pierre Ageon , notaire d'Avrancbes , pour grand nombre de faussetés par lui commise^:, el avoir contrôlé lui-même les minutes pour en {^^;irder l'argent à la poche, par jugement •du sieur d'Aube, intendant, suivant la commission qui lui en a été attribuée. Les écoliers de médecine en ont fait la dissection.
Au soir, a été dressé procès-verbal an ii\dii\n) du nommé Lempereur, ayant la qualité de gentilhomme, demeurant derrière les Jacobins, brouetlier de profession , lequel est mort des blessures c|u*il avait reçues dix jours auparavant de la part 4e co m pag n o n s fai se u rs d e ba s .
28 mars 1725.
Au soir, a été constitué prisonnier aux prisons
royales de Caen le sieur Ronillard , élu à Baveux et •fermier de la baronnie de Torteval , lequel a été arrêté à Torteval, ainsi que le nommé Alexis, son garde-bois, par le sieur Régnier, grand prévôt, à la tête de seize apchers , pour un prétendu vol de grand chemin. Le samedi 51, au matin . la compélence a été jugée au grand prévôt, sur la demande Au sieur Rouillard , qui a prêté interrogatoire le mardi 5 avril au soir. Le samedi 7 avril . un des accusateurs, nommé Noël, de la paroisse de Trungy, ^ est morl sur les sept heures du soir, et le lendemain , après midi , on a dressé procès-verbal de son cadavre. Le mardi iO avril est venu un ordre de la cour qui attribue l'affaire au prévôt général de Paris. Le jeudi i9, autre ordre qui la remet au " prévôt de Caen.
25 avril '172:i.
Le sieur Rouillard a été confronté au nommé Noël. Le jeudi 26, le nommé Alexis a été aussi confronté , et le même jour, sur les huit heures du soir, Noël a été constitué prisonnier, et a prêté interrogatoire le vendredi 27 soir et matin , pendant l'espace de dix lieuns, (\l a été mis dans le cachot
û sept honres trois quarts du soir (î). Ln samedi 28 la compétence a ctéjncfée an grand prévôt.
Pendant le mois d'avril régnait à Cacn une maladie fort commune d'un mal de côté, avec une fluxion de poitrine. Ceux qui ne pouvaient résister à ce mal , en trois ou quatre jours étaient réduits au tombeau.
J7 mai 1725.
Antoine Noël , de la paroisse de Trimgy, a été pendu à Caon, par jugement prévôtai , poui sa
(1) Les frères Noël, laboureurs à Trungy, ayant élô surpris dcrobanl, des arbres dans le bois du Quesnay |)ar llouillard cl son garde , nommé Alexis Fcdéric . avaient voulu prévenir les suites du procès-verbal dressé c.ODirc eux en accusant ers hommes d'un vol à main qrméc. ï/afFairc, qui se termina par la mort des deux faux lémoins, eut un retentissement extraordinaire L'avocat Crevel écrivit, à celle occasion, un mémoire fort renjatquable auquel fut donnée une grande publicité, cl dont on trouve encore assez facilemeni des exemplaires.
fausse accusation de vol ci« grand (Siimiin coiilrc !«'s sieurs Roiiillard et Al(;xis, et son cori^s porté à Trungy n'a été enfoui que la nuit du 22 au 25 courant. La sentence a été aiïidiée à Caen le lundi 28 mai.
19 mai 1723.
Après midi , n été faite la revue sur la place Royale des archers de la maréchaus.séiî, par l'inspecteur, diiquel le situnr Surville, de la rue Pémagnie , a reçti un coup de cann<> par h; visnge.
51 mai 1725.
Jour de la Fête-Dieu, le sieur Saint, prêtre de la paroisse Saint-Jean, a prêché à Saint-Sauveur et a eu des défauts de mémoire en plusieurs endroits de son discours, ce qui est arrivé pareillement au sieur Fauve! , curé de Saint-Sauveur , dans ses exhortations du soir, le samedi et le dimanche de l'octave.
Le mèm<' jour, jeudi 51 mai, le ( it^gé des égîiscj^
de la ville de Sainl-Lo et les magistrats se sont absentés de la procession ordinaire, à cause du prieur de l'abbaye , regardé comme excommunié à cause de son appel de la Constitution.
8 juin 1725.
Le blé ayant augmenté de marché, il a valu aujourd'hui, à Caen , 44 et 45 livres le sac ; l'orge , depuis 52 jusqu'à 54 livres le sac.
On a commencé , à Caen , à faire des prières publiques pour obtenir du Seigneur de faire cesser les pluies.
ISjuin 1725.
Il y avait du blé à la balle, à Caen, valant 40 livres le sac.
On travaillait , en ce temps-là , à la construction d'un pont de pierre pour entrer dans le champ de la foire royale de Caen.
17 juin 1725.
Les religieux Carmes de la ville de Caen sont allés à la Délivrande. Il a tombé de l'eau presque lout le jour. Cependant, sur les sept heures du soir, le soleil s'est montré.
18 juin 1725.
Il a tombé encore de la pluie. Le blé a encore augmenté de prix.
19 juin 1725
Il a encore tombé de i'eaii , et on a commencé l'oraison des quarante heures pour obtenir du Seigneur du beau temps. Le saint sacrement a été exposé d'abord à Saint-Pierre et au Saint-Sépulcre pendant treize jours, et ensuite dans les autres églises tour à tour.
20 juin 1725.
Le blé a augmenté de prix.
Le mercredi 20 juin 1725, cause a été plaidée au bailliage, dont l'ouverture avait été faite le lundi précédent, entre le curé de Sainte-Marguerite-de- Ducy, décrété de prise de corps par l'official de Bayeux , pour crime de fornication avec une demoiselle de ladite paroisse, sa pénitente, détenu aux prisons de Bayeux depuis le 18 jusqu'au 28, et qui , pendant ce temps, avait résigné au sieur Le Mascrier, à charge de 500 livres de pension, et une seconde fois à un autre. Le curé a été maintenu dans son bénéfice, attendu que les résignations faites dans la prison n'avaient point été libres et volontaires.
22 juin 1725.
Le blé a encore augmenté à Caen , au marché , en sorte qu'il vaut 50 livres le sac. Le pain a été fixé à A sols la livre.
Il est arrivé, sur le quai de Caen , un bâtiment chargé de blé qui a été vendu le lendemain samedi
25 juin, à raison de 110 sols le boisseau, ou 44 livres le sac.
Par sentence du juge de police à Gaen , le sieur Cailly, juge en l'amirauté de cette ville , a été condamné en 50 livres d'amende et en celle de 10 livres envers le commissaire pour avoir vendu cent boisseaux de blé dans sa maison à raison de 5 livres 8 sols le boisseau , ou 43 livres 4 sols le sac, à quatre particuliers détaillants dans le Tripot, lesquels ont été condamnés personnellement chacun en 20 livres d'amende.
23 juin 1725.
Il est arrivé à Caen une émotion populaire effroyable au sujet du prix du blé , qui se vendait jusqu'à 70 livres le sac. Cette troupe de gueux et bandits soupçonnant le sieur La Garenne d'avoir des blés , voulurent forcer sa maison, où il tenait le change, sur la place Royale; et n'ayant pu venir à bout de leur entreprise, ils s'acharnèrent sur les vitres et croisées de la maison , tant du côté de la Place que du côté de laFoire, n'en ayant pas laissé une entière et ayant brisé beaucoup des ardoises de
ia couvorliire. Tout aurait été abîmé si l'on n'y avait pas fait descendre la garnison du château en armes. v
Toute cette canaille déchaînée alla ensuite chez le sieur Gosselin/ seigneur de Noyers , lieutenant général de police , où ces mutins commirent les mêmes excès et au delà, parce que, ne pouvant abattre la porte à coups de pierre, ils prirent des haches avec lesquelles ils mirent la porte en morceaux, entrèrent dans la cour, se jetèrent sur trois carrosses qui se trouvaient sous les remises , en cassèrent entièrement les glaces , et à force de bras les jetèrent dans la rivière.
Ils entrèrent ensuite dans la maison , y cassèrent plusieurs glaces magniflques en mille morceaux , prirent tous les meubles, bureaux, linges, chaises et fauteuils, qu'ils jetèrent dans la rivière, air»si que toute la vaisselle d elain et d'argent. Ils n'auraient pas laissé une pièce de meuble entière, sans M. Le Gardeur, lieutenant général criminel qui, y étant arrivé, par douces remontrances fit cesser le carnage. Partie d'eux étaient entrés dans la cave. Ils se soûlèrent de vin et de cidre , et en emportèrent à quantité. Les bourgeois y arrivèrent sous les armes et firent évader tous ces méchants.
Le lendemain , jour de police, M. d'Aube, in- («•ndant , alla à la halle à blé pour empêcher le
pillage du blé , avec M. de Mathan, lieutenan* du Roi, la garnison du château et la maréchaussée étant sous les armes, ce qu'ils eurent bien de la peine à empêcher, la populace voulant exterminer le sieur intendant , auquel ils jetèrent des pierres à quantité, de manière qu'il fut obligé de s'enfuir dans la Monnaie par la porte de derrière qui donne dans la cour du Tripot (1) , il s'y tint enfermé jusqu'au soir, parce que la populace le menaçait de l'assommer. Après quoi il s'en alla au château avec le lieutenant du Roi et le sieur de Noyers, n'étant pas en sûreté de leur vie dans la ville. Cela engagea les bourgeois , par ordre de M. de Mathan , de prendre les armes pour se garder de l'insolence de tous ces gueux-là. On a placé des gardes dans tous les quartiers de la ville. On a aussi envoyé cinq compagnies de cavaliers qui étaient à Vire et autres lieux, et un détachement d'infanterie de soixante hommes qui sont logés à la Foire jusqu'à nouvel ordre.
On s'est extrêmement attaché à faire en sorte de fournir du pain à la ville , étant à la veille d'en manquer. On a envoyé des commissaires dans tous
(1} Cour de la lîalln.
les Jieux circonvoisiiis de la ville, trois ou quatre Houes autour, faire faire ouvertiH*e des greniers pour en faire apporter à la halle aux jours de raarché, ce qu'on a bien de la peine à faire , étant beaucoup plus cher dans les marchés voisins.
Tous les boulangers de la ville ont fermé leurs boutiques, ne cuisant point et craignant d'être pillés, n'étant pas maîtres chez eux. On ne cuit point, depuis dix jours, de pain blanc pour personne; si Ton en trouvait chez un boulanger il serait condamné à une amende considérable. Les meuniers ne moulent qu'à la grosse étamine , ce qui produit quarante livres par boisseau , très noir et mauvais. On ne voit point de pain blanc ni second en aucune maison soit riche ou pauvre , ce qui fait un très grand dérangement dans la ville (1).
Ont commencé, dans l'église Saint-Etienne et dans celle des Cordeliers de la ville de Caen , les prières de quarante heures ordonnées ci-devant pour demander à Dieu d'accorder du beau temps.
(1) Plusieurs passages paraissent ici faire double emploi , mais les détails diffèrenr'
Sur les quatre heures du soir, le fermier ou domestique de noble dame Madelaine de Montaillis , veuve du sieur de Tessel , étant dans la halle à blé où il en avait un sac à vendre , s'étant trompé dans le prix de 42 livres qu'il proposa à plusieurs personnes qui le marchandaient ensemble pour en avoir chacune sa portion, lorsque son intention était de le vendre 52 livres , cela a fait une grosse contestation entre le vendeur et les acheteurs, qui ont prétendu l'avoir pour 42 livres le sac et s'en sont emparés.
Quelques pauvres ayant pris de là occasion de se mutiner, le sieur François Richer, chevalier, seigneur d'Aube, intendant de la généralité de Gaen , a cru devoir y donner ordre. C'est pourquoi il s'est transporté à la halle à blé avec M. de Mathan , lieutenant du Roi au château de cette ville , et une troupe d'invalides de la garnison, pour empêcher qu'il ne se fît un plus grand trouble, et il a fixé lui-même le prix du blé à 6 livres 5 sols le boisseau , ce qui fait 50 livres le sac.
Le peuple s'est mutiné d'avantage par la présence du sieur d'Aube , pourquoi il a fait fermer les portes de la halle à blé du côté de la grande rue Saint- Pierre, après y être entré avec le sieur de Mathan et sa garde d'invalides. Après quoi Une partie de la populace a jeté des pierres par les fenêtres du
Tripot étant sur la rue , pendant quo les autrcîi sont allés par la petite venelle à côté du Tripot (1), d'autres par la venelle joignant la maison occupée par le sieur Blàcher, marchand épicier (2), d'autres ont couru en même temps par la rue des Teinturiers pour entrer dans la cour du Tripot, où ces derniers étant allés ils ont trouvé à l'entrée de la venelle du Tripot (3) la garde des invalides qui s'est opposée qu'ils y entrent.
Le sieur Saint-Remj, officier du château, qui commandait ces invalides, voyant que la populace forçait.Ia garde à l'entrée de cette venelle du Tripot, ordonna à quelques uns d'iceux de tirer leurs coups de fusil, ce qui ayant été exécuté sur-lechamp, deux coups, qu'on croit qu'ils avaient dessein de tirer par dessus la tète de la mêlée plutôt pour faire peur que pour chercher à en tuer, ont porté malheureusement dans le bas-ventre et dans la cuisse du sieur Le Sueur, lequel venait de la rue de Geôle parla rue du Tour-de-Terre ; il fut frappé
(1) La venelle à gauche de la Halle.
(2) La maison de bois rue Saint-Pierre , n<' 52, (o) Aciuellemeni la rue de rAncienne-Halle.
proche la fontaine Gémare , et ayant fait dix pas et perdu beaucoup de son sang il est tombé mort dans la rue, d'où il a été porté dans l'écurie du meunier de Gémare. Le sieur Le Sueur était d'une situation aisée et bonne fortune, ayant, dit-on, 1,500 livres de rente. Il a gagné un procès ce matin à l'audience du bailliage.
La mort du sieur Le Sueur a redoublé la colère du peuple qui hait l'intendant. L'invalide aurait été tué à coups de pierre s'il ne se fût pas sauvé. Le sieur d'Aube, intendant, était dans le Tripot fort embarrassé de sa personne. Il reçut plusieurs coups de pierre dont il est tombé évanoui. Une femme lui a sauté à la gorge, et elle l'aurait étranglé si elle n'en avait pas été empêchée. Il a eu le gros doigt de la main gauche défait.
M. de Mathan, pendant ce temps-là, a fait quelques remontrances au peuple, disant que, pour lui, il n'était pas l'objet de leur colère, ne leur ayant point fait de peine, et les a priés de lui sauver la vie.
Le sieur d'Aube étant revenu de son évanouissement s'est sauvé promptement dans l'hôtel de la Monnaie par la grande porte qui donne sortie par la cour du Tripot. Il y est resté jusqu'à dix heures, étant sorti à la faveur de la nuit escorté de quelques invalides et de quelques compagnies de bourgeois qu'on a fait mettre sous les armes pour le
conduire au château dans le logement du gouverneur.
S'il était retourné chez lui, il aurait eu tout à craindre pour sa vie et que la populace n'eût enfoncé lés portes de son hôtel , car si le peuple n'avait eu de l'honnêteté pour M. de Mathan , il aurait été tué dans le Tripot; et même quand il fut entré dans la Monnaie un chacun jetait des pierres dedans, espérant l'attraper. On a posé une forte garde aux portes de la Monnaie , qui ont été gardées par les invalides. On n'y faisait ci-devant aucune garde.
La plupart des marchands de la rue du Tripot (i),. qui craignaient que celte populace ne fît une plus grande révolte et que leurs boutiques et magasins ne fussent pillés, ont fermé leurs boutiques.
26 juin 1725.-
Sur les neuf à dix heures du matin, les mutins et révoltés sont allés sur la place Royale et s'y sont
(1) Rue Saînt-Pierre.
attroupés pour enfoncer la grande porte de la maison occupée sur celle place par le sieur Pîesbois de la Garenne , changeur des monnaies , gros négociant et fermier général de Mg' de Fleury, ancien évêque de Fréjus, abbé de l'abbaye Saint-Etienne de Caen.
Ils se sont adressés à la maison du sieur delà Garenne, parce qu'il avait la renommée défaire faire de l'amidon avec le sieur d'Aube , intendant, et le sieur Goupillières, directeur de la monnaie de Caen. Ce dernier a mis à prix la terre des enfants mineurs du sieur ***, située à Mondeville , et on disait qu'étant tous trois de société ils ûiisaiént faire de l'amidon dans cette terre.
Les vitres de la maison du sieur de la Garenne , sur la place Royale, ont été totalement brisées à coups de pierre , et la couverture en partie , ainsi que celles de sa maison neuve sur le derrière de sa cour qui donne sur la rivière, dont la couverture d'ardoise fine a été même fort endommagée de tous coups de pierres qui étaient jetées par dessus la rivière par les séditieux qui étaient du côté de la Foire.
Une garde d'invalides a sans doute empêché que la grande porte n'ait été enfoncée et brisée; cependant on ne laissait pas de jeter encore des pierres ' dans les vitres par dessus la tête des invalides.
Le peuple mutiné et attroupé est allé ensuite, sur les huit heures du matin, à la porte du juge de police, demeurant paroisse Notre-Dame, sur la rivière. La petite porte qui est dans un des battants de la porte cochère fut cassée à coups de hache.
Le sieur de Noyers et ses domestiques se sauvèrent fort à propos du logis à la faveur d'une échelle, et se retirèrent chez un voisin pour mettre leur vie à couvert.
La populace étant entrée tumultueusement dans la cour a commencé à exercer ses excès et emportements sur une brelingue (1), ensuite sur une chaise de poste , puis sur un carrosse qui , ayant été dégarnis de leurs doublures et ornements du dedans par quelques femmes, ont été portés l'un après l'autre à force de bras sur le bord de la rivière qui passe devant la porte et jetés dedans après que les glaces en ont été brisées. Les portes des appartements ont été cassées et les meubles mis par morceaux et jetés en confusion dans la rivière, ainsi que des bardes, linges, tableaux de divers sujets et différentes pièces de vaisselle d'argent.
Le bonnet de nuit du sieur de Noyers a été porté
(1) Berline; le iliniimilif 6er/mgo< est encore usité.
en cérémonie par quatre personnes et jeté dans la rivière. Sa robe de palais a été déchirée par morceaux et pareillement jetée dans la rivière, ainsi que son portrait, plusieurs chaises, fauteuils et bureaux fort propres.
Quelques uns ont pillé la viande qui était alors dans la marmite pour servir de soupe et de bouilli, tandis que d'autres sont allés dans la cave où ils ont pillé le cidre. Ils ont ensuite trouvé le caveau où étaient repostées les bouteilles de vin , et ne pouvant les déboucher ils en cassaient le col, et ainsi buvaient à même les bouteilles. Ils ont laissé couler dans la cave le cidre dont il n'est rien resté. Plusieurs barriques de différents vins ont souffert ce même pillage.
D'autres ont cassé et totalement brisé de magnifiques glaces qui étaient dans les appartements.
Le jardin , assez propre , a été entièrement ruiné et ravagé.
D'autres ont délibéré de crever le ventre aux chevaux de carrosse qui se sont trouvés dans les^ écuries, ce qu'ils n'ont cependant pas fait par un reste de compassion pour ces animaux.
Pendant ce temps-là M. de Mathan , lieutenant du Roi au château de Caen, a fait battre le tambour par les carrefours pour ordonner aux bourgeois de fermer leurs boutiques et de s'assembler sous les armes afin de calmer ce désordre.
Une faible garde étant venue sur-le-champ fut menacée et insultée par la populace à coups de pierre, ce qui l'obligea de s'en retourner. Une plus nombreuse garde étant venue obligea le peuple de se retirer.
M. Le Gardeur, lieutenant général criminel , y étant arrivé , a fait cesser, par ses douces remontrances, une partie du carnage. Quelques autres magistrats ayant voulu se présenter pour arrêter et calmer par leur présence le désordre, se sont vus exposés à des insultes si violentes qu'ils n'ont pas osé rester sur la place. Ils ont distribué de l'argent qu'ils avaient dans leurs poches.
Les bourgeois qui étaient sous les armes ont fait évader peu à peu tous ces méchants, dont la plupart s'étaient soûlés dans le logis.
Les grandes portes de l'abbaye Saint-Etienne ont été fermées avec précaution. Une troupe de ces révoltés est allée environ à deux heures et demie après midi pour enfoncer une grande porte de l'Abbaye qui donne sur les fossés Saint-Etienne et qui sert d'entrée à tous les matériaux du grand bâtiment qu'ils font construire. Ils se sont adressés à cette porte comme plus écartée et plus facile à gagner pour mettre sans doute au pillage les grains de cette abbaye. Ils n'ont pu réussir dans leur entreprise, cette porte étant gardée en dedans par des maçons occupés au travail de ce bâtiment, qui ont
apporté plusieurs charretées de pierre pour la soutenir, auxquels on jeta cependant plusieurs pierres par dessus le mur pour les insulter, dont je fus témoin oculaire, étant pour lors sur la terrasse du murde la ville qui donne sur les fossés au bout de la place Saint-Sauveur.
Les pauvres de tout sexe et de toutes les paroisses qui avaient eu part à cette révolte ou non étaient répandus dans toutes les rues de la ville qui demandaient l'aumôfie avec la dernière hardiesse à tous ceux qu'ils rencontraient, et sonnaient ou frappaient librement à toutes les portes pour la recevoir, ce qui a duré jusqu'au jour. D'autres déclamaiî^nt contre l'intendant et les autres magistrats, on faisaient état de leur misère actuelle. On se trouvait obligé de donner l'aumône comme par force.
Les curés de la ville et faubourgs se sont assemblés à l'évêché pour délibérer de la manière de distribuer des aumônes plus abondantes aux pauvres de leurs paroisses pour les soulager. Ils ont fait des quêtes dans leurs paroisses autant qu'il a été possible. Les boutiques étaient fermées comme si les ennemis avaient été dans la ville.
Le même jour, le carrosse et les chaises roulantes dont il a été parlé ci-devant ont été retirés de la rivière, sur les quais. On avait jeté des pierres
d'une prodigieuse grosseur le matin pour les abîmer davantage.
On a ramassé tout ce qu'on a pu retrouver dans la rivière, comme chandeliers, poelerie, cuillers,, fourchettes d'argent, vaisselle d'étain et autres meubles que l'eau n'avait point emportés.
On a mis une garde à la porte de M. de Noyers jusqu'à ce que la petite porte qui avait été brisée le matin, et dont il a été parlé ci-devant, soit raccommodée.
On a établi un corps-de-garde sur la place Royale, à la maison du sieur des Prés, roulier, dans un grand magasin qui a servi autrefois de pressoir à piler des pommes. Il y avait une sentinelle posée sur le pont Saint- Jacques, et deux a titres aux deux coins de la place Royale du côté de la maison du sieur de la Garenne, savoir : une proche la maison du sieur Sinard, marchand dentelier,' de la religion prétendue réformée, et l'autre àii coin de la maison du sieur d'Aumesnil (1), proche le séminaire. Ces deux sentinelles empêchaient le monde de passer le long des maisons de ce côté-là.
L iL
(1) La maison place Royale , n° 23.
II; y avait aussi une garde à la maison du sieur d'Aube, intendant.
Six compagnies de bourgeois qui avaient à leur tète le sieur Régnier, grand prévôt, pour les commander, sont allés dans les faubourgs de la ville pour y mettre le calme. Le sieur Régnier rassurait les pauvres qu'il rencontrait sur son chemin, leur promettant qu'on allait pourvoir et remédier à leurs besoins.
On, a averti le public, à son de tambour, dans, les carrefours et lieux publics , que le lendemain mercredi, 27 juin, on ferait distribuer du paiiï à trois heures après midi , à raison de 2 sols 6 deniers la livre, aux pauvres qui auront des billets de leur curé à cet effet, chez les boulangers demeurant dans les faubourgs qui seront dénommés dans les affiches. On dit qu'on paiera, à ces boulangers le surplus de la valeur du pain. On dit encore que les religieux de l'abbaye Saint-Etienne et les dames de l'abbaye Sainte-Trinité doivent fournir chacun pour leur part cent boisseaux de blé pour le soulagement des pauvres de la ville.
On a envoyé dans les campagnçs des cavaliers de la maréchaussée pour obliger les fermiers d'apporter le lendemain, mercredi 27, du blé à la Halle, et les escorter crainte de pillage. . >•-
27 juin 1725.
Il est encore parti au matin des cavaliers de la maréchaussée pour se transporter dans les paroisses de la campagne , comme avaient fait ceux qui y étaient parti la veille, aux fins d'obliger les pajsans d'apporter du blé au marché de Gaen. Ils ont escorte les charrettes crainte de pillage, de façon que la Halle en a été raisonnablement fournie.
Il y avait des contestations sur le prix du blé; les uns voulaient le vendre iOO sols et les autres 6 livres. M. du Mesnil-Patry, procureur du Roi de la police et du bailliage, s'est trouvé dans la cour du Tripot avec sa robe de palais pour faire observer, en cette occasion délicate, le bon ordre. Le peuple, qui était présent en très grand nombre, dit qu'il fallait fixer le prix du blé à raison de 4 livres le boisseau , ce qui fait 52 livres le sac; que c'était assez; ce qui obligea le sieur du Mesnil-Patry d'en fixer le prix à 4 livres le boisseau, plutôt par crainte que par bonne volonté , car le peuple mécontent n'aurait peut-être pas manqué de faire main basse sur lui.
28 juin 4725.
On a affiché dans les carrefours de Caen une or-
— 3ia -
donnance (lu sieiir d'Aube, inlendanl, par laquelU» défenses sont faites aux boulangers de la ville et faubourgs de faire de la lorquelte et autres sortes de pain, excepté le pain ordinaire.
Le gros pain a été fixé à 2 sols la livre aujourd'hui jeudi 28.
Le même jour il a été arrêté au château , par les maire, échevins et principaux habitants de la ville, que défenses seront faites aux meuniers de moudre autrement qu'à la grosse étamine , et ce jusqu'au i5 août prochain.
Quoiqu'on ne fît que du gros pain dans la ville, qui était fixé à 2 sols la livre , cependant il n'était pas libre d'en avoir pour son argent. Il fallait que les riches, aussi bien que les pauvres , se retirassent par devers les curés de leurs paroisses pour obtenir un billet pour en avoir délivrance chez le boulanger, ce qui se limitait eu égard au nombre de personnes dont chaque famille était composée. Cette police extraordinaire et si gênante a duré pendant trois jours , et il fallait obtenir de nouveaux billets des curés le lendemain, chaque billet ne servant que pour la même journée , ce qui causait un trouble et un embarras infini. Les gens de la campagne ne pouvaient acheter de ce pain, car M. Fintendant
avait fait défenses de leur délivrer aucuns billets, (|ui ne s'accordaient qu'à ceux de la ville.
29 juin 1725.
Jour et fête Saint-Pierre , il n'y a point eu de marché à blé tenu ce jour-là , quoiqu'il eût été indiqué.
Gif a ailicbé parles carrefours une ordonnance de M. d'aube , intendant, rendue le jeudi 28, par laquelle il défend de mettre aucune fixation au prix du blé , et de l'acheter autrement que de gré à gré entre le vendeur et l'acheteur. Il avait été fixé , le mercredi 27, à 4 livres le boisseau, comme il a été dit ci-devant.
Le même jour vendredi 29 juin , au matin , par ordre de M. d'Aube, intendant, il est arrivé en cette ville une compagnie de cavaliers qui était en garnison à Condé-sur-Noireau.
Il y avait une garde bourgeoise dans le Tripot quand il y avait du blé dedans , que les cavaliers de in maréchaussée faisaient apporter en cette ville aux laboureurs malgré eux.
4 juillel 1725.
La nuit à aller au 5, le nommé Saint-André, fils du^ieur Saint-André, maître chirurgien à Caen , y demeurant, paroisse Saint-Jean , proche l'Intendance, lequel étant engagé dans les troupes était arrivé le dimanche précédent chez son père à dessein de se dégager, est allé de dessein prémédité, avec deux autres dragons, environ minuit, pour insulter les sentinelles qui faisaient alors la garde, dans le carrefour Saint-Pierre. Le nommé Fornet, fils d'un marchand drapier, demeurant rue Froide-Rue, de la religion prétendue réformée, était alors en faction. Se voyant insulté de leur part, il a lâché son coup de fusil chargé de deux balles dans le bas- ventre de Saint-André , qui a été porté dans la rue des Teinturiers , où il est mort. Son corps à été porté le lendemain chez le sieur Saint-André, son père. Il a été inhumé à Saint-Jean. Les deux autres dragons, ses camarades, ont été conduits prisonniers au château.
Le même jour s'est faite l'oraison des quarante heures aux églises du séminaire et de Saint-Martin de Caen.
5 juillet 1725.
Messieurs les curés de la ville et faubourgs de Caeu ont commencé de faire des quêtes chacun dans leur paroisse. Un chacun s'obligeait volontairement de payer certaine somme par semaine.
Le même jour a été publié un règlement fait le jour précédent, après midi, par les officiers du bailliage de Caen , qui fixe le prix du blé à 0 livres 17 sols 6 deniers le boisseau, ou 55 livres le sac. Le prix du pain bis est ^\é à 3 sols 9 deniers la livre.
6 juillet 1725.
Après midi , qui avait pris 4 livres 15 sols en
argent et la poche à blé de la dame veuve du sieur Turpin , avocat, pour se faire donner du blé au marché , ayant été reconnu sur le pavé par le fils aîné de cette dame, a été poursuivi vivement et s'est réfugié dans le grenier d'un boulangef demeurant au bout de la rue Guilbert , dans lequel il y avait des fagots , et sur la menace qui lui fut faite de faire abattre la porte du grenier pour l'arrêter comme un voleur, il s'est déterminé à se sauver
par la fenêtre , et ayant gagné une gouttière de plomb sur la maison de M. l'intendant , il s'est retiré par dessus la couverture dans un des greniers de l'hôtel.
«jiMlleH725.
La cherté du blé a occasionné du tumulte et de la sédition en la ville de Rouen. Le peuple mutiné a insulté à coups de pierres M. de Luxembourg, gouverneur de la province de Normandie, étant dans son carrosse dont les glaces ont été cassées.
Le même jour, les pluies abondantes et continuelles ont cessé, et le beau temps attendu et souhaité depuis si longtemps pour la récolte et le soulagement de la misère du peuple a enfin commencé à Caen. ïl n'a continué que cinq jours , c'est à dire jusques et compris le vendredi suivant, qui a été des plu^chauds.
Le sarrasin valait alors, à Caen, 0 livres le boisseau, à raison de 48 livres le sac.
10 juillet 1725,
La nuil à venir au il, le nommé Collée, jeune bomme de la paroisse Sainl-Pierre de Caen , venant de faire la patrouille du côté de la porte Millet avec d'autres bourgeois au nombre de douze fusiliers, lequel avait été fait caporal , à la garde montante , a été blessé d'un coup de fusil qui a été tiré sur lui par le nommé La Mare, tailleur d'bâbits, demeurant au bout de la Neuve-Rue , environ minuit.
La Mare était posé en sentinelle à la porte de l'Hôlel-de- Ville, sur le pont Saint-Pierre ; ayant crié plusieurs fois qui va là? sans tirer aucune réponse de Collée, il lâcba sur lui son coup de fusil. Le blessé a été porté sur-le-champ chez le sieur Coltée, prêtre obitierà Saint-Pierre, son frère, chez lequel il est mort douze heures après.
La *Mare a été mis aux arrêts dans le corps-degarde du carrefour pendant la nuit, et le lendemain au matin il a été constitué dans les prisons royales par ordre de M. de Mathan , lieutenant du Roi au château.
Le nommé Bernard , de la paroisse Saint-Jean , qui était aussi un des bourgeois de la jjatrouille , élant tout proche de Coltée , a été blessé du même coup, dont il est mort quelques jours après. Ceux qui étaient avec Collée disaient qu'il avait répondu à La Mare, sentinelle, lorsqu'il demanda qui valà?
Il y avait aussi une garde» bourgeoise à la porte Millet, et une autre garde à la porte de la grande Abbaye, et pendant quelques jours une autre garde à la porte de M. d'Aube , intendant.
15juillei i725-
Il est arrivé quatorze ou quinze mille boisseaux de blé froment par bateau d'Angleterre et autres lieux, ce qui a bien réjoui le peuple, car il n'en était point venu par la rivière depuis l'émotion , parce que le vent avait toujours été contraire.
Les bourgeois s'étaient toujours gardés fort exactement jusques au d 4 juillet; mais comme M. d'Aube , intendant, a fait venir sept compagnies du régiment de Vendôme , qui sont logées à la Foire, on a congédié la bourgeoisie, et les soldats montent la garde aux lieux qui sont nécessaires. Toutes choses sont un peu tranquilles depuis l'arrivée du blé. On a fixé le prix du pain blanc à 3 sols 6 deniers et le bis à 3 sols la livre. Le sac de blé a valu jusqu'à 80 livres. Il est bien modéré de prix, grâces au Seigneur, la récolte s'avançant.
14 juillet 1725.
Les gardes bourgeoises ont fini : ils s'étaient toujours gardés fort exactement.
Les soldats du régiment de Vendôme, infanterie, qu'on a fait venir à Gaen dans tout ce contre-temps, inontent la garde au carrefour Saint-Pierre et à la Foire présentement , où ils sont logés au nombre de sept compagnies.
On a crié du blé venu la veille par bateau, quatorze à quinze mille, à 5 livres 10 sols le boisseau, à raison de M livres le sac. Le vendredi 13 le blé a valu à la Halle 5i livres le sac. Le blé qui est arrivé est venu d'Angleterre et autres lieux, ce qui a bien réjoui le peuple, car il n'en était point encore arrivé à cause du vent toujours contraire.
A quatre heures du soir, le pain à la grosse étamine a été fixé , à son de tambour, à 5 sols 6 deniers la livre, et le bis à 5 sols. Le lundi 16, après midi, le gros pain a été fixé à 3 sols la livre.
On a été environ trois semaines sans exposer de
pain sur les boutiques des boulangers. Beaucoup
de boulangers avaient leurs boutiques fermées, à
l'exception de la porte qui y sert d'entrée. Quel-
ques autres, comme les nommés Fanet et Toslain , du faubourg Saint-Juiien , qui craignaient davantage, avaient leurs boutiques et leurs portes entièrement fermées.
On ne pouvait trouver de pain pour de l'argent. Il se vendait 6 et 7 sols la livre; encore les boulangers le vendaient-ils en cachette. Il fallait les prier, les solliciter, et même, quand ils cuisaient la nuit* les bourgeois qui en voulaient avoir se trouvaient obligés de rester dans le four jusqu'à ce que le pain fût cuit , et il fallait être des amis des boulangers pour rester ainsi chez eux.
Il y avait des personnes qui , par l'excessive cherté et rareté du pain , étaient obligées de rester un jour et même davantage sans manger ; d'autres, qui ne pouvaient en trouver pour de l'argent , étaient exposées à la même peine. On n'avait jamais vu une misère si générale, et l'on ne se souvient pas d'en avoir vu une pareille.
Ceux de la campagne étaient encore les plus malheureux, car le sieOr d'Aube, intendant, avait fait défenses de leur en distribuer. Gela fut cause que plusieurs y souffrirent encore davantage que ceux de la ville. Cependant on obligea les boulangers de tenir boutiques ouvertes et d'exposer du pain dessus.
18 juillel 1725.
Le prix de la chandelle a élé fixé à 7 sols 6 deniers la livre.
20 juillet! 725.
Il a été affiché une ordonnance du sieur d'Aube , intendant, qui ordonne aux communautés et aux laboureurs de faire déclaration de la quantité de blés et farines dont ils sont actuellement saisis, sous peine de 500 livres d'amende. Conformément a une autre ordonnance du 4 du même mois, on laissera un quart de boisseau de blé par chaque semaine à chaque personne.
Autre ordonnance de l'intendant publiée à sept heures du matin, à son de tambour, par laquelle il est défendu aux particuliers de se trouver et attrouper plus de sept personnes ensemble.
Arrêt du conseil d'état du Roi , en date du 10 de ce mois , a été affiché a Caen , par lequel la foire de Guibray, proche Falaise, une des plus considérables foires de Basse-Normandie, qui avait coutume de se tenir le 15 août chaque année, se trouve re-
lardée d'un mois. Ainsi , l'ouverture ne s'en fera que le 15 septembre prochain, pour cette année seulement, sans tirer à confséquence pour l'avenir.
Autre ordonnance qui permet aux boulangers de faire du pain à la seconde étamine, comme à l'ordinaire, sans en fixer le prix.
Néanmoins, on faisait encore de gros pain qu'on vendait 2 sols 9 deniers la livre, et on né le faisait que pour les pauvres gens; cependant toutes sortes de personnes de travail tâchaient d'en avoir. Il fallait, pour y réussir, se pousser et presser les uns les autres.
Par un règlement du samedi 21 il n'y avait qu'un nombre de boulangers qui faisaient de ce pain , et même ceux jqui en cuisaient ne le distribuaient pas eux-mêmes au public^ les gardes du métier de boulanger avec d'autres maîtres en avaient la distribution , qui se faisait à dix heures du matin et sur ies quatre heures du soir.
Les boulangers étaient obligés de cuire pour le^ autres et portaient leur pain chez ceux qui étaient
choisis et marqués pour la distribution du pain, qui ne se faisait point sans qu'il y eût dans leurs boutiques des soldats du régiment de Vendôme pour empêcher, en cas de besoin , le désordre.
Quelques uns de ces boulangers ne distribuaient le pain que par une fenêtre grillée, pour n'être pas exposés au tintamarre de la multitude. Comme ce pain était très mauvais, peu cuit, et de mauvais goût, on l'appelait communément du pain à la d'Aube, du nom de l'intendant, qui faisait les différents règlements dont on vient de parler.
Par un ordre exprès de sa part, par écrit et signé de lui , il est enjoint au sieur Le Fèvre, boulanger deCaen, demeurant rue Saint-Sauveur, de vérifîei chaque jour la quantité de livres de gros pain qui sera cuite et livrée au public par Jean Renouf , hou langer, demeurant place Saint-Sauveur, et de lui en rendre compte aussi chaque jour. Fait à Gaen le 20 juillet d725, et signé dudit Richer d'Aube.
Les boulangers, pour faire du gros pain, mêlaient du vieux son avec la farine , ce qui y donnait un goût insupportable. Le nommé de Basly, boulanger, demeurant au bout de la venelle Saint- Martin , avait fait du pain qui avait un goût et une odeur fétides, parce qu'il s'était servi de vieux son reposté dans une chambre où des soldats avaient été mis à boire pnr le sieur de Basly, (|ui
v« ndait tin cidre en délail par/assiette. On a tuêmc trouvé des morceaux de verre dans son pain , et autres ordures de toute espèce.
Le même jour il a été fait un règlement particulier par lequel il n'y a que certains boulangers choisis qui peuvent vendre du pain , ei les aulr<'ft sont obligés de cuire pour iceux.
23 juillet! 725.
Au matin, on a averti les bourgeois de la ville, à son de tambour, de se tenir prêts pour aller sous les armes, ce qui n'a point eu lieu ni d'effet.
Le même jour, sur les trois heures après midi , une fille de la ville de Rouen ayant été surprise , à Saint-Clair, en la compagnie de quelques soldats qu'elle avait suivis, a passé par sous les verges , dans le champ de Foire , dans la fosse aux Cuirs, et a fait sept tours au milieu de cent hommes.
24 juilleii725.
Une ordonnance de M. d'Aube, intendant, a été affichée dans les carrefours, par laquelle il permet aux boulangers, sous le bon plaisir de sa Majesté, d'aller dans les campagnes acheter du blé dans les greniers, quoique cela soit défendu par un arrêt du conseil du mois d'août 1723.
25 juillet 1725.
Il n'y â point eu de blé vendu au Tripot à Gaen, ayant été réservé pour donner aux boulangers.
Dans la nuit à venir au jeudi 26, on a prétendu qu'on avait fait des enlèvements de blés de dans l'abbaye Saint-Etienne et de dans le vaisseau qui en est chargé sur le quai pour porter ces blés dans les marchés voisins où il est plus cher.
Les magistrats se sont extrêmement attachés à
metlre le bon ordre partout et a empêcher le tumulte. Le négoce était interrompu partout, dans toutes sortes de métiers. Il y avait quantité. d'ouvriers qui ne travaillaient point.
27 juillei 1725.
Les soldats du régiment de Vendôme ont cessé d'être présents à la distribution du pain. On en donnait d'abord aux pauvres dont les noms étaient par écrit sur le registre du curé de la paroisse. On n'en donnait qu'une livre par personne chaque jour : on ne pouvait en obtenir davantage que par adresse d'esprit.
Après cette distribution de pain faite ainsi aux pauvres, par privilèges à tous autres , ce qui restait de pain cuit se vendait à ceux qui pouvaient en avoir les premiers. Le boulanger préférait, en ce cas-là, ceux qui étaient de sa connaissance. Il ne pouvait cependant leur en donner qu'une livre comme aux autres. Il fallait aller tous les jours à la porte du boulanger pour avoir ainsi du pain. Le pain blanc valait alors '7 sols la livre.
Sur les dix heures et demie du soir, le nommé Mirey, maître cordonnier, demeurant en face de la venelle Saint-Martin, au faubourg Bourg-l'Abbé, étant allé en la compagnie du nommé Mainard et d'une femme pour dérober des navets dans un champ proche Saint-Nicolas , y a été tué d'un coup de fusil chargé de deux balles, et les deux autres ont été fort blessés, par un individu qui gardait son champ.
30 et 51 juilIeH725.
Le blé qui se vendait au bateau, sur le quai, valait encore 5 livres iO sols le boisseau , ou 44 livres le sac.
L'orge s'y vendait 3 livres 10 sols ou 28 livres le sac.
Le pain d'orge valait 3 sols 6 deniers la livre.
Le blé était toujours bien rare au Tripot. Il y en venait si peu que tous ceux qui s'y trouvaient pour eU avoir disaient ; « J'en veux ma part! J'en aurai; » je prétends qu'il soit partagé. » De façon qu'on
se trouvait obligé de n'en donner qu'un demi-boisseau , et même un quarteron, à chaque personne , en sorte qu'on n'a jamais dit plus à propos que c'était au plus fort la poche.
1" août 1725.
Le gros pain valait encore 2 sols 9 deniers la livre ; le pain d'orge 3 sols 6 deniers.
9 août 1725.
Sur les 5 heures du matin on a publié , à son de tambour, le prix du pain blanc à 5 sols 6 deniers la livre.
Le second pain à 3 sols.
Il est arrivé sur le quai trois vaisseaux anglais et hollandais chargés de blé.
iRiur, «
12 août 172b.
La disette du blé et les désordres en conséquence ayant causé beaucoup de dérangement dans la ville de Caen, les exercices du papeguay (1) avaient été interrompus jusqu'à ce jour, qu'on a continué de tirer le papeguay du fusil dans les fossés de Saint- Julien.
On ne faisait plus les prières publiques pour le beau temps que les jours de dimanche , lundi , mercredi et vendredi de chaque semaine , les pluies ayant cessé.
(1) Les mots papeguay et papagaull signifiaient perroquet ^ et sont dérivés du laiin vulgaire papagallus, anciennement employé en ce sens. Le jeu du papeguay consistait à attacher au haut d'un mât très élevé un oiseau de bois peint qu'il fallait abattre d'un coup de flèche ou d'un coup de fusil. M. F. Vaullier a consacré, aux exercices du papeguay, un chapitre de son Histoire de la ville de Caen.
13aoûl 1725.
Marescot a crié du blé au bateau de mauvaise qualité à 4 livres 10 sols, ou 54 livres le sac. L'orge à 45 sols, ou d8 livres le sac.
Le sieur d'Aube, intendant, qui s était réfugié au château de Gaen , est revenu en son hôtel , rue Saint-Jean.
14aoùll725.
Au matin, a été vendue une quantité de farine qui était venue par bateau chez le sieur Poignant , marchand épicier à Saint-Sauveur, Grande-Rue , à raison de 3 sols la livre.
Beaucoup de gens qui avaient de l'orge à la campagne, quoiqu'il ne fût point mûr, en allaient cependant couper afin de n'en point acheter, vu la grande cherté. On le vendait d'abord 4 livres ^0 sols le boisseau , ou 36 livres le sac.
On disait en ce temps-là qu'à Paris, Rouen, le Havre-de-Gràce, lePont-l'Evêque, Falaise, Bajeux, Vire , Gondé-sur-Noireau , et môme à Valenciennes
t;n Flandre , ii y avait eu des ré vol les pour la cherlé du blé; et qu'à La Cambe il y avait eu deux bommes tués.
Des nouvelles, venues de la ville de Strasbourg, font mention d'une révolte qui y est arrivée pour la cherté du blé.
25 août 1725.
Les pluies qui avaient eu quelque discontinuation ayant recommencé, on a donné, [)our la première fois, la bénédiction dans toutes les églises de Caen avec le saint ciboire, par ordre de Mg"^ l'évèque de Bayeux, ce qui a été continué de même jusqu'au 2 septembre suivant, i
24 août 1725.
L'orge a valu 2 livres 10 sols le boisseau, ou 20 livres le sac, et quelque peu davantage. La fouace se vendait 1 sol 9 deniers.
La continuation des pluies avait fait repousser les blés et les autres grains par le pied , en sorte
— 33Zi —
que si l'on avait attendu que ces grains nouvellement repoussés eussent été naûrs , l'autre grain premier venu aurait été absolument perdu. On n'avait vu de longtemps une pareille chose.
Il tombait si souvent de l'eau qu'on avait beaucoup de peine à tirer les blés qui élaient mûrs. Les grains ne pouvaient mûrir à cause de la pluie continuelle et de la froideur de la terre. ^
2 septembre 1725.
Ou a cessé de donner la bénédiction avec le saint ciboire dans les églises de Caen , et de faire des prières publiques pour le beau temps.
3 septembre 1725.
On devait fonder la première pile du pont de la Foire du côté de ladite Foire : la grille de bois était placée et les pilotis chassés en terre.
Il a tombé ce jour et les jours suivants des pluies si abondantes à Caen et aux environs que les prai-
ries en ont été submergées ainsi que l'ouvrage du pont-
6 septembre 1725.
On a été trompé dans l'espérance qu'on avait de ia récolte annoncée , car aujourd'hui la récolte n'est pas achevée à cause des pluies continuelles et du mauvais temps qui ne permet pas de travailler à serrer les blés, et on en a engrangé qui était en très mauvais état. On a fait des prières publiques et continuelles dans tout le diocèse pour obtenir du beau temps. Le mauvais temps pluvieux a été la cause que le blé a toujours été cher, valant jusqu'à 80 et même 100 livres le sac, et le pain en proportion.
Le froment nouveau vaut présentement 30 livres et 32 livres le sac. On peut juger par là de la misère où l'on s'est trouvé : on a été à la veille de la plus effroyable disette qui ait jamais paru , sans le nombre de cinquante ou soixante mille boisseaux de froment qui sont venus d'Angleterre et autres lieux. Gela était d'autant plus sérieux et de conséquence que le mal était général et encore davantage à Paris, ce qui a été cause de beaucoup de soulève-
ments dans Rouen, Paris et autres lieux, qui ont été apaisés avec beaucoup de peine.
11 septembre i725.
Le pain blanc a été publié à son de tambour, au matin , à 2 sols 9 deniers la livre.
17 septembre 1725.
La foire de Guibray, qui de tout temps se tient le 15*août, ayant été retardée par arrêt du conseil jusqu'à ce jour, a commencé son ouverture. Elle avait été ainsi retardée parce qu'il ne se serait pas trouvé de quoi nourrir les marchands par la route et pendant la foire dans le pays.
Pendant cette foire il y a eu un marchand de bœufs massacré avec la dernière cruauté.
27 scpiembrc 1725.
On a chanté, dans l'église Saint-Pierre, le Te Deum
en action de grâces du mariage du Roi. Tous les corps de la ville s'y trouvèrent en bel ordre, ainsi que le présidial et la vicomte. M. d'Aube, intendant, était à la tête du présidial , ayant une robe rouge. M. de Mathan, lieutenant du Roi, était dans un fauteuil sous la lampe, accompagné de tous les officiers du régiment de Vendôme et quantité de gentilshommes ; la maréchaussée, avec vingt de ses cavaliers ayant leurs mousquetons en bandoulières. Après quoi on mit le feu au bûcher au bruit de la mousqueterie des bourgeois et du régiment de Vendôme. On a tiré quatre volées de plus de vingt pièces de canon, savoir : une au matin à sept heures, une à douze heures , une lorsqu'on mit le feu au bûcher, et l'autre à neuf heures du soir. Il y avait de belles illuminations à toutes les fenêtres des maisons des bourgeois et habitants , ainsi que des couvents. Sur les huit heures du soir on tira un beau feu d'artifice dans la prairie, dans le petit pré appartenant aux Ferons, en face du pavillon de la Foire, sur un théâtre fort élevé, à trois étages élevés de trente pieds. Au haut de ce théâtre dont les trois étages allaient en diminuant, il y avait un cheval qui portiiit un Polonais, ou hussard ; quand le feu fut mis à l'artifice, il fit sauter le cheval et îo cavalier. Pendant qu'il brûlait on tira, sur un amphithéâtre à côté, un cent ou deux de fusées volantes de toutes façons. Le régiment de Vendôme était auprès
qui faisait l'exercice, et fit quantité de décharges à faire plaisir. M. l'intendant était dans le pavillon de la Foire avec quantité de noblesse et de dames de distinction; après quoi il donna un repas magnifique de plus de quatre-vingts couverts, qui fut suivi d'un grand bal. La compagnie du présidial soupait dans la chambre du conseil, et les fenêtres étaient illuminées avec des flambeaux de cire blanche.
9 oclobre 1725.
Mg' de Lorraine, évêque de Bayeux, étant alors à Paris, en son hôtel faubourg Saint-Honoré, a fait, par devant les notaires apostoliques, une protestation contre une délibération conforme au rapport de MM. les commissaires qui composent le bureau de la doctrine, prise le mardi 2 courant dans l'assemblée du clergé de France qui se tient actuellement à Paris, pour condamner le mandement de cet évêque donné le 25 janvier 1722, comme autorisant, par un jugement juridique , des sentiments solennellement condamnés par l'église , contenant une mauvaise doctrine, mettant l'église en péril. Sur quoi on conclut dans cette assemblée de demander avec instance au Roi la permission de
convoquer le concile de la province de Rouen, où il ne s'agira plus que de le ramener par la voie de la douceur et de la charité, ou de le punir selon la rigueur des canons. Le 10 octobre, celte protestalion est signifiée au sieur de Maugiron , agent du clergé de France , tenant son assemblée aux Augustins. Et le lendemain 11, pareille signification au sieur de Macheco de Premeaux , secrétaire de ladite assemblée.
Le 25 octobre audit an 1725, Mg' de Lorraine a donné à Paris une lettre pastorale adressée aux fidèles de son diocèse, en leur faisant part de la protestation qu'il s'est cru obligé de faire contre la délibération du clergé de France, en son assemblée à Paris du 2 octobre dernier. Ce mandement et autres pièces contiennent quatorze pages in-^**.
11 octobre 1725.
On a crié du blé, venu par bateau sur le quai, à 4 livres 2 sols le boisseau, ou 32 livres 16 sols le sac.
zuo
24 novembre 17:^5.
Réponse imprimée à la lellre pastorale de Mg'^ l'évêque de Bayeux , du 25 octobre. Cette lettre contient dix-neuf pages, sans nom d'auteur ni d'imprimeur.
On travaillait en ce temps-là, au mois de novembre, à paver la rue de la Croix-d'Or, autrement nommée la rue de rHôpita'-Généraî. On a commencé d'abord contre une tour qui est contre le mur de la ville, par dessus lequel on marche pour entrer de pied dans le champ de la Foire royale. Celte tour est devant un jardin qui a servi autrefois à inhumer ceux de la religion prétendue réformée, et qui leur a été ôté quand le prêche de Caen a été abattu. Ce jardin est entre le grand manoir et le jardin du sieur de la Normanderie.
On a continué de paver toute la rue quand on a gagné au bout de terrain qui appartient à l'Hôpital-Général. Il y avait un jardin appartenant au sieur Le Huile, né de la religion prétendue réformée, qui faisait une avance en recoin d'environ sept ou huit pieds , ce qui empêchait que la rue ne fût droite. On a pris ce coin de jardin , toujours en diminuant jusqu'au bout, et par ce moyen la rue s'est trouvée alignée. Quand le mur a été rebâti» on a continué de jiaver jusqu'au puits qui s'y trouve.
Entre ce puits et la maison du nommé La Rivière, vendeur d'oubliés, il n'y avait que le passage d'une charrette. Néanmoins le puits n'était pas directement vis à vis du coin de la maison ; il était avancé vers l'hôpital.
4 décembre 1725.
Sur les dix heures et demie du matin, le sieur de Mathan, lieutenant du Roi, et le sieur de Mons, maire de la ville de Gaen , accompagnés des autres officiers municipaux de cette ville, ont posé la première pierre de l'arche du pont de la Foire, du côté du champ de Foire, qui a été la première pile commencée.
Les plîsies abondantes qui, après les prières publiques finies le 2 septembre pour le beau temps, ont commencé de tomber à Caen le 3 septerpbre et jours suivants, avaient retardé l'ouvrage de ce pont. La grille de bois posée sur les pilotis était déià placée. Les soldais du régiment de Vendôme, infanterie, qui partit de Caen pour s'en aller à Calais le samedi i7 novembre dernier, avaient donné à ce pont le nom de pont aux Anes, à cause que celui qui l'avait entrepris, François Eustache, ne pouvait venir à bout de faire la pile du côté de la Foire, et
cela par sa faute, n'ayant pas d'abord mis assez grand nombre de monde pour y travailler, de façon que les pluies abondantes étant survenues sans discontinuation , le batardeau se trouvait rempli d'eau avec celle qui y venait de source. Ce batardeau a crevé plusieurs fois, étant mal construit , quelquefois par la force du flot, d'autres fois par la crétine (1). Il semblait que cet ouvrage devait demeurer imparfait.
S décembre 1725.
Il est arrivé à Caen , sur le quai, du blé par bateau.
(1) L'expression crétine, et son composé encrétiné ^ vienncFît du moi lalin crelina ou crcliva, qui appartient à la basse latinité, et qui lui-même est dérivé de crelum^ participe du verbe crescerc, cioître. On disait indifféremment, au moyen âge, creslure , crélure^ qUerline, crestine, et le plus ordinairement crétine, pour désignernon pas une inondation , car une inondation envahit avec rapidité, mais une crue, un accroissement t^enu, un dé-
— 3Zi3 —
On dit que, vu la grande quantité de blé qui } a été apportée depuis cette dernière cherté , il peut en être venu plus de soixante mille boisseaux.
Pendant le cours et la durée de la cherté des grains en cette année, la somme de cheval de seigle a été vendue, en la ville de Vire, 75 livres.
Janvier 1727.
A la fin de janvier 1 727 (1 ), le Roi nomma le sieur de Vastan à V intendance de Caen , le sieur d'Aube à l'intendance de Soissons, le sieur Orry à celle de Roussillon, et le sieur Séchelles à celle de Haynault.
bordement de rivière. (Voir l'opuscule publié par nous en 1841 : Sur deux mois du moyen âge encore en usage à Caen. Hardel , in-S», )
(1) A l'exception de ces deux notes dont la première est empruntée à la table , les années 1726 et 1727 ont été enlevées du manuscrit.
8 juillet 1727.
Arrêt de la cour du parlement de Rouen qui condamne la dame Lavoissé, qui avait massacré son fils aîné , à la complicité du fils cadet, lequel a été rompu vif et la mère pendue sans être étranglée (1) , et tous deux jetés au feu.
17 mai i728.
M. Portail, premier président au parlement de Paris, est arrivé à Caen par la porte Millet , chez
(1) Ce genre de supplice était fort rare. Voici en quoi il consistait : le patient étant monté à une échelle posée contre une potence élevée comme pour pendre réellement, on lui passait une sangle sous chaque aisselle , les deux bouts de cette sangle se trouvant attachés au bras de la potence ; deux cordes traversaient deux trous faits aux extrémités d'une planche mise à plat sous les pieds du condamné et ces cordes tenaient égah-raent au bras de la potence. L'exécuteur retirait alors l'échelle. La pendaison sous les aisselles n'eptraînaii presque jamais la mort. Le frère cadet de Cartouche y mourut parce que le bourreau supprima la planche qui soutenait ses pieds.
M. de Yâstan, intendant. On a tiré sept coups de canon à son arrivée. Tous les corps de la ville sont allés le saluer. Il est venu avec son fils pour demander en mariage la fille du sieur de Vastan, sortie d'un premier lit. Tous les bourgeois se sont mis sous les armes à son arrivée.
Le 21 mai , sur les quatre heures du matin , il est parti. On a tiré sept coups de canon comme à son arrivée.
9 juin 1728.
Mort deMg' de Lorraine, évêque de Bayeux (i).
3 septembre 1728.
Est arrivée à Paris la première voiture de vin nouveau ; Tusage est qu'elle ne paie point d'entrée.
(1 ) Il était âgé de soixante-trois ans.
Contestation s'étanl mue entre le sieur. Abi de Sainte-Croix, principal du collège du Bois de l'université deCaen , qui voulait assujettir les professeurs du collège à la célébration de la messe qui se dit chaque jour dans la chapelle de ce collège pour que les écoliers y assistent, les professeurs ont député vers le principal , consentant dire les messes volontairement et sans y être obligés.
30 mars 1729.
Le sieur Besnay, étudiant en philosophie au collège du Bois, demeurant dans ce collège chez le sieur de Than, son professeur, faisant grand carillon et commettant plusieurs violences, a été constitué prisonnier. Il avait insulté le sieur de Than : la maréchaussée alla l'arrêter.
19 mai 1729.
Dame Gabrielle-Françoise de Tessé de Frouley, abbesse de Gaen , est morte dans son abbaye. Elle
— Zlxl -
a ôlé inbuméc le 22 par les religieux do l'abbaye Sainl-Etieone avec toute la magnificence qu'on peut soubaiter et faire en pareille occasion. Toute ta noblesse de la ville y a assîsté. Il y avait des sentinelles aux portes pour empêcher le désordre et la confusion. Elle était fille de M. le maréchal deTessé et nièce de la dernière abbesse. Elle est fort regrettée, et particulièrement delà communauté pour qui elle avait tous les égards imaginables. Elle était âgée de quarante-deux ou quarante-trois ans, d'une santé très délicate et presque toujours malade.
26 mai 1729.
Messire Jacques-Alexandre Eallemant(l), évéque de Séez , a donné un mandement de discipline pour sou diocèse , en date du 26 mai 1729, dans lequel il
(1) Jacques-Charles-Alexandre Lallemant, né le 8 février 1691, nommé, à la fin de décembre 1728, à l'évêché de Séez, dont il prit possession le 25 mars suivant. Les exigences de ses mandements de discipline le mirent fréquemment en querelle avec son clergé. Il mourut le 6 avril
— 3Zj8 —
emploie des expressions de censure terribles ipso facto pour des matières assez légères , même très innocentes , et en quelque façon contre le droit naturel, comme, par exemple :
Excommunier, par le seul fait, une pauvre mère qui , ne pouvant apaiser son enfant au berceau , le prend en son lit entre ses bras un moment pour le réchauffer et lui donner son lait ;
De dire la messe avec un seul cierge allumé;
D'avoir une servante avec une mère tante ou sœur, sous quelque prétexte que ce soit;
De confesser des personnes du sexe dans les églises sans un confessionnal avec treillis;
De recevoir les saintes huiles de tout autre que du doyen;
De chanter vêpres avant deux heures en quelques conjonctures raisonnables ;
De s'être arrêté en un cabaret pendant la messe ou vêpres, même sans y boire ni manger, sous quelque prétexte que ce soit.
Il s'y trouve plusieurs autres défenses auxquelles, à la vérité, il n'y a pas de censures attachées, mais dont il fait des griefs importants, comme, par exemple :
D'avoir plus de six prêtres à la fête du patron de l'église ;
D'inviter ou de recevoir aux repas le seigneur de la paroisse ou tout autre laïque; ^
De dire la messe avec une perruque, quoique la tonsure en soit cléricale et suffisamment ouverte.
24 aoûl 4729.
M. Durand de Grain ville, prêtre, chantre de l'église cathédrale de Bayeux , grand vicaire de Mg^ de Nesmond , évêque de Bajeux , et l'un des grands vicaires du chapitre , le siège étant vacant, est mort à Gaen en sa maison rue Guilbert, et a été inhumé le soir en l'église du séminaire, dans le milieu du chœur. Il avait refusé l'administra tion des sacrements de la part du curé de Saint-Jean. Son corps ne fut point porté en l'église Saint-Jean. Le convoi vint par la rue de l'Oratoire et fit le tour de la place Royale par devant l'auberge du Dauphin. Toutes les paroisses et couvents de la ville y ont assisté en corps , et tous les pauvres des hôpitaux ayant chacun une tourte de douze livres. Cette cérémonie toute lugubre fut fort belle. Il a été fort regretté, étant une personne d'un grand mérite.
Septembre 1729.
On a vu échouer, sur les côtes de Normandie , un poisson des plus extraordinaires.
20 septembre 1729.
Noble dame Marie-Anne de Verus est arrivée à Gaen pour prendre possession de l'abbaye royale de Sainte-Trinité de Caen , que le Roi lui a donnée. On a tiré sept coups do canon à son arrivée. On n'en eût tiré que trois, et l'on en tira sept parce qu'on crut que madame la princesse de Carigfnan , sa sœur, était avec elle; mais elle n'arriva que le lendemain. Elle alla descendre droit à Tabbaye , accompagnée de madame l'abbesse du Bois de Paris , sa sœur, qui a resté quelque temps avec madame sa sœur à Caen, qui était abbesse ci-devant de Sainte-Claire en Dauphiné.
28 septembre 1729. ,
On a chanté, dans l'église Saint-Pierre, un Te Deum en action de grâces de la naissance de Mg' le
dauphin. Toutes les cloches de la ville, taol des paroisses que des couvents et faubours, sonnèrent la veille au soir, au signal d'un coup de canon, pendant Tespace d'une heure. Ce malin on a tiré trente coups de canon du château, après quoi toutes les cloches ont sonné comme le jour précédent. Toutes les boutiques ont été fermées pendant tout le jour. La bourgeoisie s'est mise sous les armes en bel ordre. Les processions de chaque paroisse et des couvents se sont assemblées en l'église Notre- Dame et sont venues en celle de Saint-Pierre. M. l'abbé Campagne, grand vicaire du chapitre, le siège étant vacant, a officié à cette cérémonie. On a chanté le Te Deum en l'église Saint-Pierre , après quoi M. le major qui commandait au château est allé mettre le feu, en la manière ordinaire, au bûcher de la place Saint-Pierre, au bruit de toute la mousqueterie des bourgeois et de tout le canon du château. Il y a eu des illuminations à toutes les fenêtres et beaucoup de feux de joie dans les rues , ce qui ne réussit pas très bien à cause du grand vent.
MM. de ville ont ordonné un repas très sp^ndide, et pour cet effet ont fait parqueter et enfermer le jardin du pavillon de la Foire.
Il y avait une table en forme de fer à cheval qui comprenait tout le jardin ou d'environ deux cents couverts. Il y avait tout ce qu'on pouvait souhaiter
en quantité et en délicatesse de viandes, en gibier et en vin. Ce repas fut suivi d'un dessert magnifique et bien fourni.
Il y avait dix ou douze dames de la suite de madame de Vastan , épouse de M. l'intendant. Toute la compagnie était composée de tous les corps de justice et notables , à qui on avait envoyé des billets d'invitation.
Après le repas il y eut un grand bal où beaucoup de dames se trouvèrent.
On avait dressé un théâtre pour tirer un feu d'artifice dans la prairie , vis à vis le pavillon de la Foire, lequel ne fut point tiré à cause du mauvais temps. Il a été réservé au dimanche suivant 2 octobre, auquel jour M. l'intendant doit faire une grande fête.
2o£lobrel729.
M. de Vastan , intendant, a fait une magnifique fête pour la naissance de Mg"^ le dauphin. Il a fait accomnlodcr la seconde cour donnant sur la rue Guilbert (1), et y a fait faire une salle à tenir le
(1) La cour de l'hôtel de rinlendance.
bal. Tout y était d'un grand goût. Il y avait un parquet sur la cour et une couverture de planches et toile cirée pour garantir de la pluie.
Le dedans était composé de huit grottes enfoncées remplies de verdure d'if et de lierre , toutes taillées avec des ciseaux, et des ais revêtus tout autour, avec huit lustres pendus au milieu et plu» de deux cents bougies tout autour et un très bon orchestre.
Les grandes salles étaient pleines de tables où il y avait prés de deux cents personnes à table , où tout ce qu'on peut souhaiter de viandes exquises s'y trouvait en abondance , avec un dessert des plus magnifiques qu'on ait jaoïais vu , et bien servi.
Le devant de la porte était orné de festons, de portraits de dauphins, el plus de mille lampions tout autour jusque sur le toit, et au devant de la porte , sur deux petits théâtres, il y avait quatre pièces de vin rouge qu'on fit couler pour le public.
Au devant d« la porte il y avait, dans le milieu de la rue , une très longue table , portée sur des pieux pour placer soixante personnes, qu on servit de rôti grossier pour tous les pauvres. On y distribua mille cinquante livres de viande fort bien. Il y avait quatre tonneaux de bon cidre pour eux. Us se relevèrent et les acteurs changèrent d'heure en heure. 11 y avait vingt cavaliers de la maréchaussée autour d'eux pour empêcher le désordre.
La fêle commença le matin par onze coups de canon qu'on lira dans le château , et le soir pendant le repas on en tira encore trente. Il y avait, dans ce repas , entre autres choses , vingt-cinq faisans, trois saumons frais, cinq marcassins , deux veaux de rivière , et tout ce qu'on peut souhaiter de gibier de mer et de terre en abondance , le tout servi avec une propreté admirable.
A octobre 1729.
M. Villette, chevalier de Tordre militaire de Saint-Louis, major des ville et château de Gaen , a donné, à midi, un repas magnifique aux officiers de cavalerie qui sont en garnison à Caen , et à ses amis , pour marquer la part qu'il prend à la naissance de Mg"^ le dauphin. On a tiré vingt coups de canon pendant le dîner.
5 octobre 1729.
MM. les juges-consuls ont fait chanter, dans l'é-
glise Saint-Pierre, le Te Dexim en musique pour marquer leur joie de la naissance de Mg'^ le dauphin. Ils sont partis en corps de leur juridiction!' située dans l'hôtel du Grand-Cheval. Ils étaient environ vingt consuls. Le sieur Crestey, marchand épicier, était à leur tête, comme étant le prieur, avec ses habitsde cérémonie, et tous les autresen habits noirs propres , précédés de leurs officiers en robe. Il y avait à leur tête deux trompettes , huit tambours, deux hautbois en très bel ordre. Ils se rendirent tous dans les stalles du chœur de l'église Saint- Pierre, au bruit de Torgue ; après quoi on chanta le Te Dèum y un molet et autres prières, après quoi ils retournèrent en leur juridiction dans le même ordre. Il y eut ensuite un grand festin, et sur les onze heures du soir on jeta plus de cent fusées volantes dans les casiers du clocher de Saint- Pierre, qui ont fort bien fait. Il y avait du bois préparé pour faire un bûcher et être brûlé dans la place Saint-Pierre. MM. de ville s'y opposèrent, prétendant que cette place n'était que pour le château et la ville, ce qui fut cause qu'il n'y en eut point.
9 octobre i729.
MM. de la compagnie du Papeguay ont fait chati-
ter le Te JDeum dans l'église des RR. PP. Cordeliers en ténooignage de la réjouissance de la naissance de Mg"^ le dauphin, après quoi on alla mettre le feu à un bûcher qui était placé sur la place Royale, au bruit de la inousqueterie et de cinq coups de canon du château et des tambours, hautbois et trompettes. On tira au soir plusieurs fusées volantes.
iO oclobre1729.
Les PP. Jésuites ont fait chanter, dans leur église, le Te Deum pour marquer la part qu'ils prennent à la joie publique de la naissance de Mg" le dauphin. Après souper ils ont fait tirer un feu d'artifice très magnifique avec une illumination autour du rempart de leur jardin et de l'avenue ou terrasse, et dans le dôme de leur église, ce qui faisait un coup d'œil admirable. On tira quantité de fusées volantes et neuf coups de canon du château.
50 octobre 1729.
Messieurs les maire et échevins de la vilh» ont fait tirer leur f3u d'artifice pour la naissance de
Mg' le dauphin. Il avait été différé à cause du mauvais temps. Le théâtre avait été dressé d'abord la première fois dans la prairie devant le pavillon de la Foire. Il a été transporté sur la place Royale.
28 novembre 1729.
!^' Université a fait chanter le Te Devm dans i'église des Jacobins, en action de grâces de la naissance de Mg"^ le dauphin.
Le 27 au soir on a tiré trois coups de canon du château pour annoncer la cérémonie du lendemain et servir de signal pour que les églises dépendantes de l'Université sonnassent toutes leurs cloches dans le même temps, ce qui a duré près d'une heure.
Le lendemain 28, à huit heures du matin, on a tiré encore sept coups de canon , et dans le même temps les églises sonnèrent encore comme la veille. Sur les dix heures l'Université en corps se rendit en l'église des Cordeliers, où tous les suppôts , officiers et communautés dépendantes et agrégées s'étaient rendues suivant le mandement du recteur, après quoi ils sont tous partis en très bel ordre précédés de tambours et trompettes. Ils sont venus par la rue de Froide-Rue, par devant W Tripot,
carrefour Saint-Pierre, par les rues Saint-Jean et de l'Oratoire , pour se rendre à l'église des Jacobins. On a tiré, dans ce même temps, neuf coups de canon. Le sieur Vicaire, prêtre, curé de Vaucelles, docteur en théologie, a fait un discours français dans la chaire de l'église. La messe solennelle fut chantée ensuite par les religieux bénédictins , et la procession revint dans le même ordre en l'église des Cordeliers. Tous les membres , docteurs et professeurs , dînèrent ensemble dans la grande école de droit, et y soupèrent aussi. M. de Vastan, intendant , se trouva aux deux repas.
On peut dire que cet fête fut parfaitement bien exécutée. Toutes les paroisses et couvents de la ville, et abbayes des campagnes agrégées jouissant des privilèges, s'y sont trouvés par leurs députés au nombre de deux. Les religieux de l'ordre de Prémontré joints avec ceux d'Ardaines qui avaient quatre bâtons de chantre d'argent s'y trouvaient au nombre d'environ trente, compris les novices. Tous étaient en surplis. Ils étaient venuss'habilleren l'église Saint- Nicolas, d'où ils s'étaient rendus en procession en l'église des Cordeliers, et y sont retournés de même, en chantant, ayant des chapes très magnifiques. Suivaient les religieux bénédictins, tous revêtus de chapes et ornements des plus riches. Marchaient ensuite tous les officiers de l'Université avec chacun le signal de leur office. Il y avait , entre autres ,
sept 011 huit des plus qualifiés de Ja ville avec les niasses et les instruments de leurs charges. Après eux suivaient tous les docteurs et les professeurs avec leurshabillements convenables; ensuite M. Grevel, recteur, ayant à ses côtés M. Gohier de Jumilly, lieutenant particulier, et M. du Mesnil-Patrj, procureur du Roi , en robe et bonnet , et après eux les officiers en robe qui ont des charges en cette université.
II y eut, le soir, une illumination de plus de huit mille lampions, pots à feu et autres machines pleines de feu, et une quantité d'emblèmes et inscriptions sur la face du bâtiment.
Il y avait dans la frise de la corniche qui règne autour du bâtiment une inscription, avec des lampions allumés , en ces termes :
Nascenii delphino^ religionem stabilitam , Utternrum decvs ampliatum . pacem imperio assertam prœsagùnti, hoi ignés vovet et consecrat Cadomensis Uiiivcrsilas,
On tira encore, sur le soir, huit coups de canon au château , et sur les dix heures on commença à jeter une quantité de fusées volantes , de boîtes et autres machines qui firent un fort bel efiFet (i).
(1) On publia à Garni la Relation des différentes [estes données par les Corps et Communautés de la Ville de Caen,
9 décembre 1729.
Mg' Paul d'Albert de Luynès (1) est arrivé à Caen, incognito, à six heures du soir, en chaise de poste, et est allé coucher à l'Abbaye-aux-Dames, d'où il partit le lendemain au matin et alla ensuite à la Délivrande où il dit la messe. Les paroissiens de Douvres étaient sous les armes. Après y avoir dîné il alla coucher à l'abbaye de Saint-Vigor-le-Grand , à Bayeux , suivant l'usage.
Le dimanche suivant, 41 du mois, il a fait son entrée solennelle à Bayeux, et est allé en l'église paroissiale de Saint-Sauveur, avec tout le chapitre de la cathédrale, clergé séculier et régulier, qui sont venus eu bel ordre au devant de lui jusqu'en l'abbaye de Saint- Vigor ; après quoi il est allé dire la messe solennelle à la cathédrale. Tous les bour-
Capitalle de la basse Normandie, à l'occasion de la Naissance de Mvnseigr. le Dauphin, in-12. Plusieurs pièces de vers furent aussi imprimées à celle occasion.
(1) M. de Luynes, membre de l'Académie française, évêque de Bayeux jusqu'en 1755 qu'il fui transféré à Tarchevêché de Sens, cardinal en 17S6, mort à Paris le 25 janvier 1788, à Tâge de quatre-vingt-cinq ans.
- mi -
geois étaient sous ies armes , ainsi que deux compagnies de cavalerie qui étaient en garnison en cette ville. Toute la cérémonie se fit au bruit du canon et de la mousqueterie, et il prit possession de son évêché suivant l'ancienne coutume.
30 décembre 1729.
Sur les quatre heures du soir, Mg^ Paul d'Albert de Lujnes, évêquede Bayeux, esl arrivé en la ville de Caen par la porte de Bajeux. On a tiré un coup de canon pour avertir, et à ce signal toutes le^ cloches des églises et couvents ont sonné en même temps l'espace d'une heure. Quand il fut arrivé sur le pont de la porte au Berger pour aller coucher droit à l'Abbaye-aux-Dames , on a tiré encore six coups de canon du château. Il était en carrosse à six chevaux, et ses officiers dans un autre carrosse tiré à quatre chevaux , avec l'escorte de la maréchaussée.
Le lendemain samedi, premier jour de Tan 1750, il vint officier au séminaire au matin, et retourna dîner à l'Abbaye-aux-Dames. Après midi il assista au sermon et donna la bénédiction aux Jésuites.
Le lendemain dimanche il reçut les visites et
— oo^ —
compliments par dépulation, tant du présidial que de la vicomte, bureau des finances, élection. L'Hôtel-de- Ville et l'Université y allèrent en corps et le complimentèrent , à quoi il répondit très gracieusement. Toutes les personnes de distinction de la ville sont allées le saluer ; on écrivait leurs noms. Il reste toujours dans l'Abbaye-aux -Dames , parce que son palais n'est pas eticore meublé.
Il a été colonel mestre de camp de son régiment de Luynes avant que d'embrasser l'état ecclésiastique. On espère beaucoup de lui, étanl lout rempli de mérite.
2 février HSO.
L'article de la Gazette de Versailles marqu(; que le Roi a nommé intendant de la généralité de Champagne le sieur de Vastan, intendant de la ville de Gaen , et que le sieur de Vastan sera remplacé par le sieur Le Peletier de Beaupré (1), maître des requêtes (2).
(1) Charles-Eiienne Lepelletier, seigneur de Beaupré, né le 27 juillet 1702, mort en 1757. Il est Taïeul du célèbre conventionnel Lepelletier de Saint-Fargeau.
(2) L'ordonnance dont il est ici question n'eut pas de
7 mai 1730.
Mission a été commencée pour la première fois en l'église des Jésuites.
Vers à Toccasion d'une estampe qui représente notre seigneur Jésus-Christ avec un manteau et habillement qui a quelque rapport à celui des Jésuites :
lis ont volé mon nom , rejeté mon esprit , Persécuté les miens par leur jalouse rage , Renversé mon église, et, pour comble d'outrage. Ils m'ont couvert de leur habit.
Autres ;
Si Jésus-Christ ressuscité
suite ou fut promptement révoquée. M, de Vastan resta inlendant à Caen , et Lepellelier de Beaupré alla en Champagne.
Sous cet habit eût pu paraître, Thomas, avec raison, eût méconnu son maître, El nous célébrerions son incrédulité.
Autres :
Voyez jusqu'où va la malice De ces hommes industrieux !
Ils ont habillé Dieu comme eux Afin que chacun le haïsse !
27 octobre 1730,
Le sieur Claude Lair, lieutenant général de police à Caen , a rendu une sentence pour enjoindre à ceux qui voudront prétendre à la maîtrise du métier de boutonnier en cette ville qu'ils aient à s'y présenter dans un mois, à compter de ce jour, afin d'ériger la communauté en corps de maîtrise.
Au mois de décembre i715 il y avait eu vingthuit articles de statuts arrêtés alors suivant les lettres patentes de sa Majesté audit an.
26 novembre 1730.
On a fait la cérémonie de la translation des reliques de six saints et saintes envoyées de Rome aux confrères du Saint Sacrement , en Téglise Saint- Pierre de Caen, par frère Roncamp, jésuite , résidant à Rome. Ces reliques avaient été posées dans l'église des chanoines de l'Hôtel-Dieu , où le clergé de Saint-Pierre , avec cinquante autres ecclésiastiques , est allé les prendre pour les apporter en l'église Saint-Pierre , où étant arrivées elles furent posées sur le grand autel; après quoi on chanta plusieurs motets et prières. La bénédiction du saint sacrement fut donnée ensuite par Mg"^ de Luynes , qui porta après ces reliques dans la chapelle du saint sacrement, où elles sont posées sur des piédestaux fort propres. L'autel de la chapelle était magnifiquement orné et illuminé , et il restera pendant huit jours en cet état. On y dit incessamment des messes, et il y a une très grande dévotion.
2 décembre 1750.
La nuit du 1" au 2 décembre 1750, les agents de madame l'abbesse de Sainte-Trinité de Caen ont
fait entrer frauduleusement deux charretées de vin de sept feuillettes chacune dans cette abbaye, dont les commis à la perception des droits d'octroi ont dressé leur procès-verbal , ce qui a occasionné un grand procès.
i2 janvier 1731.
M. Gabriel-Aimé du Moustier, Seigneur de Gaenchj, a présidé pour la première fois au bailliage de Caen, ayant obtenu des lettres de dispense d'âge. Le collège des avocats et la communauté des procureurs , précédés des huissiers et sergents , sont allés le prendre chez lui au matin et le conduire au bailliage. M. de Glosville des Planchés, ancien avocat du Roi au bailliage, l'a complimenté fort agréablement, ainsi que quelques avocats dans leurs plaidoyers. Il a pris l'avis des conseillers à ce siège et est allé ensuite, par forme de galanterie , aux dames qui étaient venues assister à la prise de possession et qui étaient assises sur les fleurs de lys à la suite des conseillers, comme pour leur demander leur avis, ce quia réjoui la compagnie, puis il est retourné à sa place où il a prononcé de bonne grâce et de bon air le jugement.
24 février 1751.
La Gazette de ce jour, dont l'extrait se vend à Gaen par les rues , contient avertissenaent qu'on vend actuellement chez la veuve Gabriel Briard les discours de Mg"" l'évêque de Bayeux , de M. le directeur de l'Académie royale des belles lettres, et les autres pièces lues dans l'Académie, ce qui sera imprimé de même grandeur et papier pour eu faire facilement un recueil (]).
49 juin 1731.
A commencé l'ouverture de la bibliothèque publique de l'université de Caen , sous le rectorat de M. de Than, professeur au collège du Bois (2).
(1) Nous n'avons jamais rencontré d'exemplaire complet de ce recueil.
[% Voir la Notice sur la bibliothèque de Caen citée p. 181.
Le sieur Pierre-François Doublet, imprimeurlibraire à Caen, a présenté requête à l'université de cette ville pour faire de nouveaux mouvements à l'effet d'être reçu en survivance du sieur Antoine Cavelier.
Dès l'année 1718 le sieur Doublet avait demandé à être reçu second imprimeur de l'Université, et fit sur cela des offres avantageuses. Le sieur Cavelier, jaloux de se conserver la qualité de seul iraprimeur de l'Université, en proposa de son côté; sur quoi elle fit deux décrets des 26 avril et 25 mai 1718, par lesquels il fut résolu de conserver le sieur Cavelier seul imprimeur de l'Université pendant sa vie seulement, et de ne pourvoir point au second office d'imprimeur vacant , sauf et sans préjudice à l'Université de se nommer deux imprimeurs, mort avenante du sieur Cavelier.
Le sieur Cavelier a présenté sa requête en opposition , prétendant qu'on ne peut faire un affront plus signalé et une injustice plus griève à un homme d'honneur, en possession d'un office à vie , sans reproche dans ses fonctions, et encore en état de les exercer avec toutes les capacités requises, que de vouloir attenter à sa survivance malgré lui.
6 décembre 4731
M. de la Douespe , avocat au bailliage de Caen et membre de l'académie de cette ville, a fait lecture aujourd'hui à l'académie d'une ode française contenant cinquante vers, sur l'appartement que Mg' de Luynes , protecteur de l'Académie royale des belles lettres de Caen , fait préparer dans son palais épiscopal pour tenir les séances de cette académie [i) .
21 décembre 1734.
Le professeur de rhétorique au collège des Jésuites, à Caen, a prononcé, dans la haute salle ordinaire pour les actes , une harangue dont le sujet était :
Restituta Cadomensis regia litieratorum Academia .
(1) Voyez p. 74.
24 mars 1752.
Madame Renée de Mairat, âgée de vingt-sept ans , épouse de Félix Auberj, marquis de Vastan , intendant en la généralité de Caen, est morte en son hôtel , paroisse Saint-Jean. Elle a été inhumée dans le milieu du chœur de cette église, sous la lampe. C'était une inhumation et un convoi des plus magnifiques.
Le 26, à onze heures du matin, les pauvres des deux hôpitaux , les Cordeliers et le clergé de Saint- Jean, j assistèrent. Les coins du drap mortuaire étaient portés par quatre gentilshommes. Cinquante ou soixante personnes de distinction suivaient le corps ; tous étaient revêtus d'habits noirs.
M. Villette , major du château , commandant pour lors , menait à l'inhumation le fils , âgé de sept à huit ans.
Le matin de l'inhumation, toutes les cloches de la ville ont sonné pendant une heure. Pendant la levée du corps , sur les onze heures , elles furent encore sonnées comme le matin. Il y avait une chapelle ardente dans la cour où était posé le cercueil. Cinq douzaines de flambeaux précédaient le convoi. Dix-sept domestiques , habillés de noir, ayant tous des cierges en main , dont cinq avaient des pleureuses. L'église était tendue de noir depuis le haut jusqu'en bas. Il y avait deux
bandes de velours dans la tente du chœur, et une seule dans la nef, le tout parsemé de larmes de deuil et d'écussons au nombre de quinze cents. Il y avait une estrade ou chapelle élevée où était posé le corps, environnée d'un grand nombre de cierges et chandeliers d'argent des églises. L'autel était orné d'une quantité de cierges. Toutes les personnes de distinction s'y sont trouvées en habits de deuil. Il y avait plus de soixante carrosses à la porte de l'église , le tout en très bel ordre, lequel était conservé par une douzaine de cavaliers de la maréchaussée.
Toutes les communautés et les églises paroissiales on. fait depuis des services solennels chacun chez soi dans la ville.
MM. les officiers de l'Hôtel-de-Ville ont fait faire un service très solennel pour cette dame en l'église Saint-Pierre. Le chœur et le grand autel étaient entièrement tendus de noir , avec grand nombre d'armoiries de la défunte , ainsi que- de l'Hôtel-de- Ville. Il y avait une bande de velours, et une estrade bien élevée et remplie d'un grand nombre de cierges et de chandeliers d'argent des églises de la ville. Cette cérémonie fut faiîo le 8 avril 4732.
22 février i753.
Au matin, premier jour de carême, je suis parti de Gaen pour Saint- Lo (1) avec le valet du sieur de Coigny, et j'ai ressenti un gros rhume qui a été appelé depuis coqueluche, mal universel cette année. Le vendredi 27 j'ai été plus incommodé et n'ai pu sortir. Le samedi 14 mars, le mal ayant été universel, par ordre de police la boucherie publique a été permise, quoique en temps de carême. Samedi 21 mars, ma tante et ma sœur et leur servante ont été très malades, et notamment ma tante le vendredi 27.
9 mars 1753.
Le sieur Pierre Vicaire du Désert , prévôt des ajusteurs de l'hôtel do la Monnaie de Caen , a pré-
(1) Une foule de petites notes sur Saint-Lo, dont quelques unes ont été-insérées par nous dans ce volume , nous font penser que l'auteur du Journal avait des rapporta fri'quents avec cette ville, soit par suite de ses travaux, soit à cause de sa parente.
sente une requête à M. de Vastan, intendant, expositive que le lendemain dO on doit faire tirer à la milice les errants et vagabonds de la paroisse Notre-Dame de Gaen, et, en vertu des privilèges de son office, il a réclamé Alexandre Bacon, garçon, son domestique.
Le 11 avril 1735, la décharge est accordée par M. l'intendant.
1" avril 1753.
M. François de Franquetot, marquis de Coigny, colonel général des dragons de France , chevalier commandeur des ordres du Roi , lieutenant général de ses armées, gouverneur des ville et souveraineté de Sedan , principauté de Gariguan , pays en dépendant, et des ville et château de Caen ; grand bailli de cette ville, a donné à Paris un règlement par lui expédié ce jour pour servir de règlement à la compagnie des arquebusiers de la ville de Caen , et pour terminer différentes contestations sur l'exécution d'une ordonnance précédemment rendue par M. de Coigny, le 26 juillet 1731.
Le 16. avril 1733, le règlement ci-dessus a été enregistré au greffe de l'hôtel commun de la ville de Caen, suivant l'ordonnance des maire et éche-
vins , signée du Moustier de Gaenchy, de Cachy, Le Marchant de Vaubysson, P. Hervieu , Grestey, jrHëroult d'Hérouville.
Le 47 avril 1735, M. de Malhan , lieutenant pour le Roi au gouvernement des ville et château de Gaen, ordonne que ce règlement sera imprimé, pour être affiché et publié partout où besoin sera.
Les statuts de cette compagnie sont faits de 1687. et ont été homologués en 1691.
29 août 1755.
La Gazette de ce jour, qui se distribue dans la ville de Ca^ par extrait abrégé, a commencé d'être imprimée par le sieur Jean Poisson , libraire et imprimeur de la ville, au lieu et place de Gharles Briard qui les imprimait ci-devant.
I 15 décembre 1755.
M. de Vastan , intendant , a fait une ordonnance en treize articles pour l'exécution de l'ordonnance
du Roi du 12 novembre dernier, qui ordonne la levée d'un nouveau bataillon de milice de six cent quatre-vingt-quatre hommes dans la généralité de Caen , et que les trois bataillons qui sont sur pied actuellement seront augmentés jusqu'au nombre de six cent quatre-vingt-quatre, et pour faire le remplacement des miliciens qui manquent par mort ou désertion ou incapacité.